Hémorrhagies
foutes les parties de l’œil sont sujettes aux hémorrhagies, mais ces lésions, faciles à observer depuis l’emploi de l’ophthalmoscope, se rencontrent de préférence dans la choroïde et la rétine. Les conditions dans lesquelles elles surviennent ne diffèrent pas de celles des hémorrhagies des autres organes ; aussi, tenant compte de leur pathogénie, nous étudierons successivement les hémorrhagies angiopathiques, les hémorrhagies névropathiques et les hémorrhagies hémopathiques.
Hémorrhagies angiopathiques. — Placées au premier rang en raison de leur fréquence relative et de l’abondance de l’épanchement sanguin, ces hémorrhagies, dont le siège initial est souvent difficile à déterminer, forment en général des foyers arrondis ou étalés (hémorrhagies en plaques) assez semblables à des vases à bords ronds et à ouverture rectiligne au sein de la choroïde, de la rétine, ou entre ces deux membranes. Elles en écartent les éléments, et dans certains cas se répandent jusque dans le corps vitré, qu’elles transforment en un véritable caillot sanguin. L’espace intervaginal des nerfs optiques est le point de départ habituel de ces forts épanchements, qui s’étendent de préférence vers le pôle postérieur et la macula lutea, refoulant sur leur passage les fibres de la rétine. A part ces foyers volumineux dont la résorption est difficile, le sang épanché subit ici les diverses transformations et les changements de coloration que nous avons décrits ailleurs. L’irritation produite par ces épanchements est suivie de la sclérose des tissus voisins et de véritables cicatrices pigmentées, sous forme de traînées ou de plaques plus ou moins irrégulières.
Par les désordres qu’elles déterminent au sein des membranes oculaires, les hémorrhagies en question sont des lésions graves, ou du moins compromettantes pour la vision. Les altérations vasculaires qui leur
donnent naissance sont variables : l’artério-sclérose, les anévrysmes miliaires comptent parmi les principales, aussi leur coïncidence avec les hémorrhagies de l’encéphale n’est-elle pas rare. Or, de même que ces hémorrhagies sont communes chez les herpétiques (voy. notre Traité de l' herpétisme), de même l’apoplexie de l’œil est fréquente dans cette maladie, et son existence doit nous mettre en garde vis-à-vis de l’hémorrhagie des centres nerveux. Tout ce qui apporte un obstacle à la circulation dans les troncs artériels ou veineux, thrombose, embolie, etc., tout ce qui vient exagérer la pression sanguine et favoriser la rupture des parois vasculaires, peut enfin amener une hémorrhagie de l’œil.
Hémorrhagies névropathiques. — Ces hémorrhagies, peu étudiées jusqu’ici, se rencontrent néanmoins dans un certain nombre de cas et se manifestent par des extravasats sanguins peu abondants, des taches purpuriques, de petites ecchymoses qui ne tardent pas à changer de coloration, au fur et à mesure que le sang épanché se transforme et est résorbé. L’épanchement sanguin presque toujours extravasé et en faible quantité se distingue des foyers hémorrhagiques liés à une altération vasculaire.
Les troubles nerveux qui donnent naissance à ces hémorrhagies n’ont pas été jusqu’ici nettement déterminés. Liés tantôt à une cause locale, tantôt à une cause générale, ils sont en outre directs ou réflexes, et dans ce dernier cas ils se rattachent fréquemment à des désordres matériels ou fonctionnels d’organes divers, parmi lesquels l’utérus sans doute tient le premier rang. 11 serait du plus grand intérêt de pouvoir juger, d’après les caractères de ces hémorrhagies, de la cause qui leur a donné naissance, mais leur étude par trop incomplète ne permet pas cette appréciation.
Toutefois, dans l’impaludisme, qui est l’une de leurs conditions générales les plus habituelles, les hémorrhagies apparaissent surtout au moment des accès pernicieux ou comateux, quelquefois aussi lorsque survient la période cachectique. Elles ont pour siège ordinaire les membranes vasculaires et notamment la rétine, affectent une forme radiée et une disposition en flammèches le long des vaisseaux, augmentent d’étendue sous l’action d’un nouvel accès fébrile, et prennent une teinte rouge plus foncée; enfin, lorsqu’elles sont abondantes, elles produisent une sorte de couronne autour de la papille.
Les hémorrhagies oculaires observées sur de jeunes sujets et sur lesquelles le docteur Abadie a publié un mémoire intéressant (Ann. d’oculistique, t. XIV, p. 36), ont très vraisemblablement uussi une origine
nerveuse.
APPAREILS DES SENS
Hémorrhagies hémopathiques. — Assez peu distinctes des hémorrhagies que nous venons d’étudier, les hémorrhagies hémopathiques, en raison de leur origine, se manifestent sous la forme de taches ou d’ecchymoses et produisent rarement des caillots sanguins. Elles ont pour siège les membranes les plus vasculaires, sont le plus souvent disposées sur le trajet des vaisseaux, et se rencontrent dans des maladies multiples et diverses, parmi lesquelles figurent la leucémie, le scorbut, le purpura, l’anémie pernicieuse, etc.
Les extravasations sanguines, dans la leucémie, prédominent vers le corps vitré et forment parfois des foyers arrondis, plus souvent des traînées le long des vaisseaux; mais dans quelques cas aussi elles siègent de préférence dans le voisinage de la macula. Elles se font remarquer par leur coloration blanchâtre entourée d’un liséré rouge, par un certain degré d’œdème concomitant et enfin par la présence de nombreux globules blancs au sein des vaisseaux. La coloration des foyers est due à la nature de leur composition, dans laquelle entrent des corpuscules lymphoïdes entremêlés de corpuscules rouges, beaucoup plus nombreux vers les bords de la tache (1). La diapédèse qui donne lieu à ces épanchements lymphoïdes s’opère vraisemblablement d’une façon très lente, car les éléments de la rétine restent le plus souvent intacts dans leur voisinage.
Les hémorrhagies oculaires du scorbut et du purpura forment des taches arrondies, rougeâtres, également disposées sur le trajet des vaisseaux delà choroïde ou de la rétine, et vraisemblablement produites par diapédèse. Dans l’anémie pernicieuse, ces hémorrhagies se manifestent par des foyers arrondis, enrubanés par un liséré rouge bien plus large que dans la leucémie. Ces foyers peu étendus ont pour siège plus spécial les couches les plus vasculaires, et sont composés de globules blancs ou de globules rouges en voie de décomposition. Il n’existe pas d’œdème concomitant, et l’intégrité des vaisseaux est parfaite. Des hémorrhagies assez semblables sont encore rencontrées, en même temps que des épistaxis, dans certaines affections hépatiques avec ictère.
Il est conséquemment difficile de se refuser à admettre l’existence des hémorrhagies hémopathiques du glohe oculaire. Ajoutons que des hémorrhagies rétiniennes, vraisemblablement liées à une altération du sang, ont été observées dans l’anémie consécutive à une hématémèse abondante ou à d’autres pertes de sang, et aussi dans certains états pathologiques tels que le diabète et l’albuminurie, où le sang est sans aucun doute modifié.
(1) Bucquoy, Union médicale, 1870, o° 48.
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APPAREILS DES SENS
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§ 4. — Thromboses et Embolies.
L’œil, comme tous les organes recevant des vaisseaux, est sujet aux thromboses et aux embolies, et ces lésions sont d’autant plus sérieuses (|ue les membranes oculaires possèdent une plus faible résistance.
Thromboses de l’œil. — Ces lésions, dont la fréquence a été exagérée par quelques auteurs, s’observent cependant dans un certain nombre de cas. Elles ont pour siège les artères ou les veines.
Les thromboses artérielles se lient à Tartério-sclérose et sont l’effet du rétrécissement du vaisseau ou de l’ulcération de sa paroi. Toutefois, si l’obstruction des vaisseaux de l’œil est commune, par suite de l’épaississement de leurs parois, la présence d’un bouchon non embolique à leur intérieur est chose beaucoup plus rare, et n’a été constatée anatomiquement que dans un très petit nombre de cas, ,\u contraire les artères sont souvent réduites comme calibres, et plus ou moins complètement obstruées par places et transformées en cordons blanchâtres.
Mais qu’il y ait simple rétrécissement vasculaire ou complète oblitération, il se produit dans ces conditions des désordres dystrophiques divers, caractérisés, le plus souvent, parla coloration rouge delà papille que voile une sorte d’œdème plus ou moins étendu, et par la présence d’un nombre plus ou moins considérable de points ou taches hémorrhagiques de la rétine. Ces taches se montrent à des périodes diverses de
transformation, et dans leurs intervalles se voient, dans quelques cas, des taches jaunâtres, graisseuses, dues à l’altération trophique des éléments propres de la rétine. Les thromboses veineuses, quelle qu’en soit l’origine, ont pour conséquence des suffusions sanguines disséminées, surtout dans l’hémisphère postérieur et au voisinage de la papille ; elles sont parfois très petites et constituent ce que Follin avait appelé le sablé hémorrhagique.
La thrombose veineuse se rencontre dans un certain nombre de cas, et, si en raison de sa situation la veine ophthalmique est rarement le siège d’une coagulation sanguine véritablement spontanée, par contre elle est quelquefois atteinte de thrombose inflammatoire (phlébite). Cette dernière lésion, relativement commune dans la furonculose de la face, comme j’ai pu en observer plusieurs exemples, est en général suivie de mort (1). La veine, dans ce dernier cas, se trouve distendue par un caillot noirâtre plus ou moins résistant, qui renferme des microbes et devient généralement le point de départ d’une infection purulente. Des phénomènes locaux sont en outre l’eflét de cette thrombose, ils consistent dans un œdème plus ou moins prononcé avec hypérémie, accompagné ou non d’un pointillé hémort’hagique des membranes oculaires.
Embolies. — Les embolies de l’œil ont pour siège l’artère ophthalmique, l’artère centrale de la rétine ou l’une de ses branches périphériques, et cette diversité de siège est importante à connaître quant au rétablissement de la circulation collatérale. Les bouchons emboliques sont de nature variable et distendent plus ou moins fortement le vaisseau qu’ils obstruent (fig. 184). La paroi artérielle s’enflamme à leur niveau et adhère à l’embolus, pour peu que celui-ci date d’un certain temps; aussi, dans quelques cas, il arrive, comme l’a vu Spencer Watson, que l’artère centrale est occupée par une substance molle en voie de transformation fibreuse. La rétine, dans les cas d’embolie de l’artère ophthalmique ou de l’artère centrale, offre des modifications qui varient suivant l’époque à laquelle on observe l’œil malade. Peu de temps après l’accident, les artères vues à l’examen ophthalmoscopique ressemblent à des filets blanchâtres, plus étroits autour de la papille décolorée et anémiée que vers
(1) Voy. t. Il, p. 43 et 965. Un nouveau cas de furoncle de la face observé récemment par moi à rhôpital de la Pitié, avait la plus grande ressemblance avec celui qui se trouve relaté à la page 43. 11 s’agissait d’un jeune bomme atteint d’un tout petit furoncle situé sur le côté droit de la joue, assez près du nez et qui ne tarda pas à succomber, avec desphénomènes d’infection purulente. La face était à peine œdématiée. La veine ophthalmique droite épaissie se trouvait obstruée par un caillot jaunâtre assez ferme, se continuant jusque dans 1e sinus caverneux. Les méninges et le cerveau étaient congestionnés.
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la périphérie. Les veines sont elles-mêmes rétrécies au niveau de la papille, tandis qu’elles sont plutôt distendues vers les parties équatoriales de 1 œil. La pression sur le globe de l’œil ne détermine aucun changement de configuration des vaisseaux rétiniens, ni aucune pulsation dans les artères.
Ces premiers phénomènes, effet de l’interruption subite de la circulation artérielle, sontbientôt suivis dedésordres hypérémiqueset trophiques. Les veines s’élargissent par le fait de la stase et peut-être aussi d’une circulation en retour; il se produit ainsi une sorte d’œdème et parfois
Fig. 184. — Embolie arrêtée dans l’artère centrale de la rétine. — ■ Sc, sclérotique; ch, choroïde ; R, rétine.
de petites hémorrhagies comme on le voit dans l’encéphale à la périphérie d’un foyer de ramollissement. Au bout de quelques jours, succède à la coloration déterminée par la stase une légère teinte jaunâtre, puis la couche des fibres nerveuses ressort davantage et la rétine apparaît avec une blancheur lactescente, excepté dans ses parties équatoriales, laissant apercevoir à travers ce voile laiteux le fond rouge et granuleux des membranes sous-jacentes. Lamacula subit des modifications semblables, car, après s’être présentée comme une tache rouge, elle devient opaque quelques jours plus tard.
Ces phénomènes se modifient, au bout d’un certain temps, dans la rétine surtout, pourvue d’un système vasculaire double fonctionnel par l’intermédiaire de l’artère centrale, nutritif par le cercle de Haller, sui-
vaut que l’embolie porte à la fois sur ce double système ou sur l’uii d’eux isolément, et qu’une circulation collatérale est rendue possible ou impossible. En tout cas, si l’embolie atteint simplement les vaisseaux fonctionnels, la nutrition demeure intacte, mais la rétine, devenue inactive, s’atrophie.
D’ailleurs, si la circulation collatérale est plus facile quand l’embolie siège uniquement dans l’artère centrale de la rétine, elle n’a pas lieu nécessairement, et il ne faut pas oublier que le retour des fonctions de la rétine, pas plus que le retour de celles de l’encéphale, n’est pas constant, nonobstant le rétablissement de la circulation, attendu qu’il suffit d’une interruption circulatoire de courte durée pour amener des troubles trophiques irrémédiables dans des tissus aussi délicats que ceux de la rétine et du cerveau. C’est pourquoi la terminaison la plus fréquente de l’embolie de l’artère ophthalmique et de l’artère centrale de la rétine est l’atrophie du nerf optique et des éléments constitutifs de cette membrane. Les altérations observées dans les autres tissus de l’œil sont dues à des inflammations ou à des œdèmes de voisinage : tels sont l’épaississement de la membrane hyaloïdienne, l’œdème de la choroïde, et enfin l’oblitération plus ou moins complète de l’espace sous-vaginal. Dans un cas qu’il eut l’occasion d’observer, Sichel ne put être exactement renseigné sur l’état histologique des éléments rétiniens; mais le disque était atrophié, et les artères étaient réduites à des lignes blanches, même jusqu’aux branches périphériques. Les veines, tortueuses et d’un rouge foncé, étaient obstruées par un coagulum sanguin, et de petites ecchymoses se rencontraient sur le trajet des moins volumineuses.
L’embolie des branches de l’artère rétinienne a été vue par de nombreux observateurs. C’est tantôt la branche rétinienne supérieure, tantôt la branche rétinienne inférieure, tantôt une de leurs divisions qui se trouve oblitérée, et alors, suivant la branche atteinte, il survient une hémianopsie inférieure ou supérieure complète; s’il s’agit d’une division, un quart du champ visuel seul fait défaut, et il se produit un infarctus hémorrhagique de forme triangulaire correspondant à l’interruption du champ visuel bientôt suivi de l’atrophie partielle de la papille du nerf optique. Le mode de formation de cet infarctus, qui peut être tout aussi bien l’effet d’une thrombose que celui d’une embolie, est le suivant : l’artériole étant complètement oblitérée, les capillaires situés au delà se vident par l’élasticité des tuniques artérielles, ou bien le sang s’y coagule parce qu’il n’est plus poussé par la vis a tergo: alors se forme autour de la partie ischémiée une congestion intense, suite de la fluxion collatérale, qui, ne pouvant franchir les vaisseaux obstrués, distend les capil-
APPAUEILS DES SENS.
laires dans le domaine desservi par l’artériole, les rompt et produit ainsi un infarctus ou foyer hémorrhagique en forme de coin.
Les embolies artérielles reconnaissent pour cause habituelle des concrétions fibrineuses provenant d’une affection valvulaire du cœur gauche (endocardite rhumatismale et endocardites dites infectieuses) ou tout autre corps étranger détaché des parois du cœur et lancé dans la circulation générale, qui le transporte par le sang artériel jusque dans l’artère centrale de la rétine, sinon dans l’une de ses branches, où il produit les phénomènes que nous venons de signaler.
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Parasitisme et traumatisme.
§ 1". — Parasitisme.
Les parasites du globe oculaire font partie de la classe des vers, et se rapportent aux genres cestoide, trématoïde et nématoïde. Les vers qui appartiennent au premier de ces genres ont été rencontrés dans toutes les régions de l’œil, ceux qui rentrent dans les deux derniers n’ont guère été vus que dans le cristallin.
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