Néoplasies épithéliales
Êpithéliomes de l’(eil et tumeurs, dites perlées, de l’iris. — Le mol épithéliome comprend, comme nous le savons, non seulement le cancroïde, mais encore les tumeurs décrites par les auteurs sous le nom de carcinome, c’est-à-dire toutes les néoplasies provenant des tissus développés aux dépens des feuillets interne et externe et constituées par des éléments épithéliaux. Aussi ne pouvons-nous, à l’exemple de certains auteurs, admettre l’existence d’un cancer de 1a choroïde, membrane qui ne renferme pas d’épithéliums, bien que Puech (1) ait parlé d’un adénome de cette membrane, et nous sommes surpris de voir des ophthalmologistes distingués décrire tout à la fois un épithéliome et un cancer médullaire de la conjonctive. En réalité, l’épithéliome de l’œil, comme tous les épithéliomes, quel qu’en soit le siège, est primitif ou secondaire. Cette dernière forme, peu étudiée jusqu’ici, est relativement rare, à cause sans doute des rapports difficiles de la circulation de l’œil avec la circulation générale ; néanmoins, on conçoit qu’elle peut revêtir toutes les variétés épithéliomateuses. La première forme, par contre, plus commune, a son point de départ dans les éléments épithéliaux qui entrent dans la composition de l’œil, et, partant, elle offre deux variétés, l’une superficielle, l’autre profonde, suivant qu’elle prend naissance dans les couches épithéliales de la conjonctive et de la cornée ou dans les couches profondes de l’œil, couche pigmentaire de la rétine.
L’épithéliome superficiel de l’œil ou épithéliome conjonctivo-cornéen a été décrit plus haut (voy. p. 863); nous n’avons pas à y revenir, si ce n’est pour dire qu’il a son origine constante dans les éléments de la couche épithéliale qui revêt la cornée aussi bien que la conjonctive.
L’épithéliome profond de l’œil ne peut provenir que d’éléments épithéliaux, et comme ces éléments se rencontrent uniquement dans la couche pigmentaire périphérique à la couche des cônes et des bâtonnets, laquelle, en raison de son origine, doit être rattachée à la rétine, il y a lieu de se demander si un certain nombre de mélanomes de l’œil ne
(1) Pucch, Adénome de la choroïde [fier, des sc. méd., 1. XWII, p. 'i/1).
sont pas des végétations de cette couche, et partant, des épithéliomes; c’est là chose assez vraisemblable et qui tout au moins mérite l’attention des anatomo-pathologistes.
A côté de l’épithéliome qui a pour caractère d’inliltrer les tissus du voisinage, de les atrophier et de les détruire, se placent les tumeurs dites perlées de l’œil qui ont pour siège spécial l’iris, sont formées d’éléments épithéliaux et se distinguent par une évolution spéciale, dill'érente de celle du cancroïde.
Ces lésions, que Rothmund désigne sous le nom d’épidermoïdomes, ont reçu de Monoyer et de Masse la dénomination peu significative de tumeurs perlées. Elles ont un aspect jaune pâle ciui s’accentue avec leur développement, sont arrondies, fermes ou de consistance un peu molle, quand elles renferment un produit de sécrétion glandulaire.
Ces tumeurs enkystées dans un certain nombre de cas sont composées de cellules épidermiques à disposition concentrique, entremêlées de gouttelettes de graisse et de cristaux de cholestérine. Les kystes dits séreux de l’iris neditlèrent de ces tumeurs que parleur contenu parfois liquide; ils ont très vraisemblablement en effet la même origine, car leur intérieur se trouve garni d’une couche épithéliale ; il faut en excepter toutefois certains kystes dus aux plissements de l’iris (de Wecker) ou à la division de cette membrane en deux couches (Feuer).
L’accroissement de ces lésions est des plus lents, et dans une certaine mesure subordonné à l’état d’irritation de l’œil. Cet organe, au bout de quelque temps, s’accommode à la présence de cette sorte de corps étranger, et il en résulte une période de calme, qui, plus tard, peut être interrompue, sans raison bien définie, par de nouvelles poussées irritatives. Le désordre de la vision résulte non seulement de l’empiétement du kyste sur le champ pupillaire, mais encore du glaucome que son adossement à la rigole de Fontana peut occasionner, et cependant il y a intérêt à ne pas toucher à ces tumeurs tant qu’elles restent stationnaires.
L’origine de ces lésions est restée longtemps inconnue; mais, lorsijue Reverdin eut fait connaître la greffe épidermique, on fut conduit à rapporter à une greffe la formation de ces tumeurs, d’autant plus que quatrevingt-trois fois sur cent, chez l’homme, les tumeurs perlées ou les kystes de l’iris succèdent à des plaies pénétrantes de la cornée. Afin de vérifier cette hypothèse très vraisemblable, Masse introduisit dans la chambre antérieure de trois lapins trois à quatre cils arrachés avec leur bulbe, mais dépourvus de leurs follicules pileux; huit mois après l’opération, deux de ces animaux présentaient les cils inaltérés dans la chambre antérieure et les supportaient fort bien. Ceux-ci étant venus s’accoler au-de-
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vaut de l’iris, mais sans s’y greffer, la conclusion fut que la présence de tumeurs epithéliales de l’œil coexistant avec des cils dans la chambre antérieure, ne doit pas être attribuée à la simple greffe de ces derniers. Au contraire, en introduisant dans cette même chambre de petits lambeaux de peau comprenant des cils, on obtient assez facilement la greffé de ces parties sur l’iris. Le fragment de peau s’unit au tissu de ce voile membraneux ([ui s’irrite au point de contact de la greffe. Masse a obtenu ainsi, chez le lapin, la greffe de différents éléments cutanés, épithéliaux et glandulaires, sans (ju’il fût nécessaire de blesser au préalable la membrane irienne. Les greffes conjonctivales ont produit chez les animaux en expérience tantôt des tumeurs épithéliales pédiculées et tantôt des kystes, les premières prenant naissance aux dépens des éléments épithéliaux de la muqueuse, les seconds ayant leur origine dans les glandes conjonctivales. Ainsi, Masse pense (jue chez l’homme les tumeurs épithéliales et les kystes de l’iris se forment par la greffe du follicule d’un cil arraché de la peau ou de la conjonctive, et introduit dans la chambre antérieure à la suite d’un traumatisme de la cornée.
Bibliographie. — Rotiimund, Klin. Monatsbl., 187:2, t. IX, p. 397. — T. Monoyer, Epithelioma perlé ou marguritoide de l’iris (Gaz. méd. de Strasbourg, 1^' juin 1872). — N. Feuer, Zur Lehre von Wesen d. serôsen Iriscysten (Wien. med. Presse, 1875, XVI, 8, 9, et Rev. des sc. méd., t. XIX, p. 331). — E. Masse, De la formation par greffe des kystes et des tumeurs perlées de l’iris {Congrès des Soc. savantes à la Sorbonne, 22 avril 1881). — Le même. Des tumeurs perlées de V iris. Bordeaux, 1881. — G. Dron, Etude sur les cancers de l’œil. Paris, 1881. — L. de Weceer, Traité complet d’ophthalmologie, Paris, 1886, t. Il, p. 316.
§ 4. — Hypoplasies.
L’œil subit avec l’àge des modifications semblables à celles de tous les organes; mais dans quelques circonstances ces modifications se montrent avant le temps et doivent être regardées comme des désordres pathologiques.
Stéatose. — foutes les parties de l’œil sont, avec l’àge, plus ou moins prédisposées à cette degenérescence, certaines cataiactes séniles n ont pas d’autre origine; mais la cornée, malgré sa structure, est la membrane de l’œil où ce désordre a été le mieux étudié. Il se montre le plus habituellement à la circonférence de cette membrane, où il est connu sous
le nom d’arc sénile ou 'jérontotoxon, et apparaît en général à un âge déjà avancé de l’existence, sous la forme d’un cercle opaque, jaune grisâtre ou jaune blanchâtre, situé à un millimètre du limbe conjonctival et d’ordinaire plus développé à la partie supérieure de l’œil, où il reste parfois localisé. Les bords de ce cercle se perdent insensiblement dans le tissu sain de la cornée, et les deux yeux sont le plus souvent intéressés; il n’existe cependant aucun trouble visuel, si ce n’est lorsque, par exception, la lésion s’étend sur la cornée, dont la consistance d’ailleurs reste normale. Les recherches histologiques faites par Canton, llis, Virchow, Arnold, Ch. Robin et autres, ont appris que 1e cercle sénile est dû à l’intiltration graisseuse des cellules fixes de la cornée, lesquelles sont parfois résorbées et laissent à leur place des traînées constituées par des groupes de molécules graisseuses, au milieu desquelles se rencontrent des rudiments de noyaux, l’arallèlement disposées, ces traînées affectent la direction des espaces lymphatiques que tapissent les cellules fixes tombées en dégénérescence.
Située à une certaine distance du bord cornéen et dans les régions de la cornée les plus rapprochées des vaisseaux, cette lésion a pu être considérée, par Arnold notamment, comme liée au transport de molécules graisseuses dans la cornée. Elle coexiste assez habituellement du reste avec d’autres désordres, parmi lesquels il faut citer la dégénérescence des muscles de l’œil et du cœur, celle des vaisseaux, etc.; mais jusqu’ici aucune relation bien définie ne paraît devoir être établie entre ces diverses lésions. Canton, qui reconnut le premier la constitution graisseuse de l’arc sénile, en chercha l’origine dans un trouble nutritif consécutif à un état morbide des vaisseaux. On sait, en efl'et, que i'artère ophtlialmique est souvent modifiée en pareil cas, comme aussi les muscles de l’œil, tandis que les carotides et l’aorte sont le siège de plaques athéromateuses. Néanmoins, ce serait trop s’avancer si, de ce fait, on en arrivait à conclure, avec plusieurs auteurs, que les personnes atteintes de gérontotoxon sont plus particulièrement prédisposées aux ruptures vasculaires et aux lésions encéphaliques.
Bibliographie. — Schôn, Ueber den Marasmus senilis der Kapsel und Linse im menschlich. Auge {Ammon's Zeitschr. f. die OphthalmoL, Dresden, 1831, t. I, p. 162). — R. Virchow, Archiv f. path. Anat. und Fhysiol., Berlin, 1852, t. IV, p. 228. — Canton, On the arcus senilis, or fatty degeneration of the cornea. London, 1863. — Arnold, Die Bindehaut der Hornhaut und d Greisenbogen. Heidelberg, 1860. — A. Testelin, Arl. Arc sénile {Dictionn. des Sciences méd., Paris, 1867, t. VI, p. 4). — O. Becker, Zur Anatom. der ges. und krauken Linse. Wiesbaden, 1883.
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Cholestéarinose. Une dégénérescence qui se rapproche de la stéatose est celle qui a pour ellet la production de cristaux de cholestérine dans les dilTerents milieux de 1 œil, notamment dans le corps vitré, où elle donne lieu au phénomène connu sous le nom de synchysis étincelant. Ce désordre n’est, en somme, si l’on tient compte des produits régressifs auxquels il donne lieu, qu une dégénérescence graisseuse assez semblable à l’athérome des artères. Le corps vitré, vu à l’ophthalmoscope, se trouve parsemé d’innombrables brillants constitués par deux ordres de cristaux, les uns petits, d aspect argenté (tyrosine), les autres plus volumineux, ayant un chatoiement coloré, et souvent réunis en masse (cholestérine). Ces cristaux ont pour siège de prédilection les couches les plus voisines du cristallin et du corps ciliaire, plus rarement les couches postérieures voisines de la rétine. Reconnus tout d’abord par Baker et Stout, les cristaux de cholestérine sont en général groupés eu amas, superposés et parfois surmontés de cristaux de tyrosine (fig. 183) ; rarement isolés, ces derniers forment des masses sphériques étoilées. Enfin, il peut exister, comme l’a vu Poncel, à côté de ces divers cristaux, des masses globuleuses de phosphate de chaux garnies d’aiguilles cristallines. Tous ces produits sont certainement l’elfet de l’altération préalable d’un exsudât inflammatoire, sinon des éléments propres du corps vitré ou même des parties voisines.
La calcification est un autre mode de dégénérescence qu’il n’est pas rare de rencontrer dans l’œil, et qui a été parfois confondu avec une ossification réelle; elle consiste uniquement dans l'infiltration par des sels de chaux des éléments constituants de l’œil et plus souvent peut-être elle a pour siège un exsudât inflammatoire. En conséquence, elle se distingue nettement de l’ostéome, qui est formé par un véritable tissu osseux de nouvelle formation.
Bibliographie. — Parfait Lendron, Rev. méd., 1828, t. V, p. 203. — Desmarres, Synchysis étincelant, ramollissement du corps vitré avec étincelles au fond de l’œil {Annal, d’oculistique, 1845, t. XIV, p. 220). — A. Uouert, Aote sur Lancereaux. — Traité d’Anat. path. Ht. — 51J
Fig. 183. — 1, liouppes de cristaux de tyrosine accolés à des cristaux de cholestérine; 2, niasses sphériques de tyrosine; 3, cristaux de tyrosine déposés sur de la cholestérine; 4, plaques de cholestérine avec une fente à laquelle se trouvent attachées des aiguilles de tyrosine.
un cas de synchysis étincelant {Bull. Acad, de méd., Paris, 1846-47, XII, 924).
— A. -B. Stout, Note sur un cas de synchysis étincelant {Ann. d'ocul. , Bruxelles, 1846, XVI, 74-79). — Pétbequin, Sur une nouvelle variété de synchysis étincelant {Ann. d’ocul., Bruxelles, 1848, t. XX, p. 69, 76, et Gaz. méd., Paris, 1848, 3 s., 111, 884-886). — Oohlhoff, Cholestearin-Ablagerungen im Auge {Deutsche Klinik, Berlin, 1850, 11, 188). — T. Günsburg, Scintillatio pupillæ {Deutsche Klinik, Berlin, 1850, 11, 78). — Chassaignac, Synchysis étincelant {Bull. Soc. de chirurgie de Paris, 1851, 126-164). — Schinkel, Scintillatio {Med . Zeitg., Berlin, 1851, XX, 239). — Seidl, Ueber dus Vorkommen und dieBedeutung derC holestearinkr y stalle im Auge {Wien. med. Wochenschr.,i^^\, 1,541- 557). — G. Hanke, De Cholestiaria oculi, Dorpati, 1872. — Schauenburg, Ueber Cholesterinbildung «mme/isc/tl. AMOfe, Erlangen, 1852. — Scrindler, Das uLeuchten der Augen » {scintillatio pupillæ) der Marie Dittrich {Deutsche Klinik, Berlin, 1852, IV, 109-112). — W. Rau, Beobachtung eines Faites von Scintillatio oculi {Arch. f. Ophth., Berlin, 1855, I, 212-218). — A. von Græfe, Ueber das ophthalmoskopische Erscheinen von Cholestearin zwischen Netzhaut und Chorioidea {Arch. f. OpW/i«Z., Berlin, 1856, 11, 2. Abth., 319, 322). — Williams, Crysteüs of cholestei'ine in the eye {Boston med. and s. J. , 1856, liv. 440). — H. Lehmann, Cholestearinkrystaller i Oiet{Hosp. Tid., Kjobenh., 1859, II, 37). — Galezdwski, Du synchysis étincelant {Ann. d’ocul., Bruxelles, 1864, III, 125-131). — W.- VV. Seely, Cases of cholesterine in thevitreous humor {Cincin. Lancet and Obs., 1866, n. s., IX, 67-71). — Gayet, Quelques notes sur la scintillation oculaire {Mém. et compt. rend. Soc. dessc. méd. de Lyon, 1867, XIX, 196, 210, 219).
— Gros, Note sur le synchysis étincelant {Ann. d’ocul., Bruxelles, 1867, XXXVIII, 157, 165). — J. Tweedy, Cholesterine in the eye {Lancet, London, 1873,11, 519). — Fano, Cholestérine du synchysis étincelant du corps vitré gauche; névro-rélinite des deux côtés se terminant par atrophie des nerfs optiques {Joum. d’ocul. et de chirurg., Paris, 1874, II, 223). — J. Hirschberg, Ueber Cholestearinbildung im Auge {Deutsche Ztschr. f. prakt. Med., Leipz., 1874,470, 1876, III, 39). — H. Chambré, Contribution à l’étude du synchysis étincelant. Paris, 1876. — Carré, Synchysis étincelant {Bull. Soc. de méd. pratique de Paris, 1877, 141, 146). — pFi. ÜGER, Hochgradige Amblycpie bedingt durch glashâutige Wuchemngen und krystallinische Kalkablagerungen an der Innenflàehe der Aderhaut {Klin. Monats. fur Augenheilkunde, sept. 1875, t. XIII, p. 333, et Rev. des sc. méd., 1876, t. VIII, p. 327). — F. Poncet, Observ. de synchysis étincelant de la Soc. de chirurgie, Paris, 1876, n. s., II, 540-550. — G. Strawbrioge, Cholesterine crystals found in the anterior chamber and on the anterior surface of iris, aswell as in the vitreous humour, with a large bone formation in an eyeball atrophied by traumatic irido-cyclitis of six years’ standing {Tr. Am. ophth. Soc., New-York, 1876, II, 306). — Schôler, Fall von massenhafter Ansammlung von Cholestearinkrystallen in der vorderen Kammer {Verhandl. d. Berlin, med. Gesellsch., 1879-1880, 1881, .XI, 116-119).
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ANOMALIES DE CIRCULATION § 1". — Anémies.
Les anémies oculaires n’ont peut-être pas été l’objet de toute l’attention qu’elles méritent, et cela sans doute à cause de la difficulté qu’il y a à les observer. Elles sont de deux ordres, tantôt liées à une anémie générale, tantôt circonscrites et localisées au globe oculaire.
Les anémies oculaires résultant d’une anémie générale et d’une diminution notable de la masse sanguine se distinguent par la décoloration et la pâleur relative de la rétine, avec ou sans taches purpuriques, l’absence d’injection de la choroïde et de l’iris, la pâleur de la sclérotique.
Les anémies localisées proviennent d’une obstruction artérielle par thrombose ou par embolie (voy. plus loin), ou sont subordonnées à l’état dés nerfs vaso-moteurs et produites par la contraction plus ou moins étendue des vaisseaux oculaires. Ces dernières, ou anémies névropathiques, ont pour caractère la décoloration partielle ou même totale des membranes de l’œil; mais il faut reconnaître que, vu 1a pigmentation de la choroïde, l’anémie de l’œil est assez généralement difficile à déterminer, malgré l’emploi de l’ophthalmoscope.
La syncope, l’attaque épileptique et d’autres circonstances pathologiques poüvant agir directement ou par acte réflexe sur les vaisseaux rétiniens, sont les causes de l’anémie ou de l’ischémie névropathique.
§ 2. — Hypérémies.
Les hypérémies de l’œil ont été, plus que les anémies, l’objet de l’attention des spécialistes ; néanmoins leur étude laisse à désirer. Elles sont, en vérité, difficiles à constater, en raison de la pigmentation de la choroïde, mais il n’est pas admissible qu’elles différent des hypérémies des autres organes, et l’on peut les classer comme celles-ci sous trois chefs; hypérémies angiopathiques, hypérémies névropathiques, hypérémies hémopathiques.
Hypérémies angiopathiques. — Résultat d’une altération des vaisseaux artériels ou d’un obstacle apporté à la circulation veineuse, ces hypérémies peuvent occuper les différentes membranes de 1 œil, mais on les observe plus particulièrement dans la rétine, où elles se traduisent par la
réplétion et la dilatation des vaisseaux artériels comrae dans l’artériosclérose, ou des vaisseaux veineux comme dans les aiïections cardiaques ou pulmonaires chroniques, et dans l’obstruction de la veine ophthalmique par une tumeur ou toute autre cause.
Ces hypérémies ou hypérémies passives se font remarquer par la prédominance du calibre des veines sur celui des artères. La marche de ces lésions varie suivant que le système artériel ou le système veineux est en cause; leur durée, subordonnée à l’état des» vaisseaux, à celui du cœur ou des poumons, est ordinairement longue, et pour ce motif leur pronostic est sérieux.
Hypérémies névropathiques. — Caractérisées par la dilatation avec ou sans battements des vaisseaux d’une ou plusieurs membranes oculaires, ces hypérémies produisent un afflux sanguin qui a pour effet la rougeur de ces membranes, la tension de l’œil et vraisemblablement aussi l’élévation de la température. Liées à un trouble direct ou réflexe du système nerveux vaso-moteur, elles sont l’effet de la fatigue de la rétine par un travail trop assidu, ou de son excitation par une vive lumière; mais elles peuvent dépendre encore de causes pathologiques locales, comme la névralgie ou l’altération de la cinquième paire, ou même de causes générales parmi lesquelles l’impaludisme tient le premier rang.
Les hypérémies, liées à l’impaludisme, ou bien accompagnent les accès pernicieux, ou bien se rapportent, comme l’indique le nom d’ophthalmie intermittente, à une névralgie de l’œil. Cette dernière forme n’occupe généralement qu’un seul côté et consiste dans une congestion plus ou moins forte de tout l’appareil oculaire, avec photophobie, larmoiement, rétrécissement de la pupille, et souvent tuméfaction œdémateuse des régions voisines. 11 serait bien utile de pouvoir différencier chacune de ces manifestations; mais la confusion admise jusqu’ici entre les diverses hypérémies est la cause principale du peuj^de connaissance que nous avons du diagnostic différentiel de ces lésions. Il importe donc à l’avenir de s’appli([uer à les distinguer cliniquement.
Hypérémies hémopathiques. — Plus rares que les précédentes, ces lésions s’observent dans la leucémie, où les vaisseaux sanguins sont remplis tout à la fois de globules rouges et de leucocytes, dans le scorbut, où le sang circule difficilement, dans l’empoisonnement oxycai’boné (Guépin) et dans plusieurs autres intoxications.
■ Les, hypérémies hémopathiques se localisent de préférence aux membranes les plus, vasculaires et aux parties déclives, elles se rapprochent
APPARKILS DES SENS.
ainsi des hypérémies angiopathiques plus que des congestions névropathiques. Leur étude, comme celle de ces derniers désordres, est jusqu’ici à peine ébauchée, et en tout cas fort incomplète.
BiHLioGRAPuiii. W. Griesingiîk, Trciitc (les maladies infectieuses, Trad. fianç., Paiis, 1868, p. 59. Poncet de Clvs\, Rétino-choroidite palustre {Compt. rend, et Mém. de lu Soc. de Biologie, Paris, 1878, p. 278). — !.. DE Weciver, llgpcrémie de la rétine dans Traité complet d’ophthalmologie, Paris, 1887, p. 53.