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V. — Chondrome

Cette néoplasie, l’une des plus fréquentes parmi celles qui affectent le tissu osseux, est constituée tantôt par des éléments jeunes, exubérants, tantôt par des éléments qui ont acquis tout leur développement, et comme, d’ailleurs, sa marche est plus aiguë et sa généralisation plus ! facile dans le premier cas que dans le dernier, il serait naturel de décrire,

j ainsi que nous le ferons plus loin pour les fibromes et les ostéomes, des

chondromes embryonnaires et des chondromes adultes ; néanmoins, pour j être bref, nous nous contenterons de mentionner ces deux formes et nous i n’en donnerons qu’une seule description.

I Le chondrome se rencontre dans tous les os, ceux des extrémités particulièrement, et, suivant qu’il prend naissance dans le périoste ou dans l’os lui-même, il est désigné sous le nom de périchondrome ou d’enchon- ) drome, de chondrome périphérique ou de chondrome central; mais ces I deux modes ne sont pas toujours séparés par une ligne de démarcation 1 très nette, car les tumeurs cartilagineuses centrales peuvent n’être pas absolument distinctes, du moins à un certain degré de leur développement, de celles qui procèdent du périoste.

Le chondrome périphérique survient à un âge relativement avancé de la vie, et son siège de prédilection est plutôt les os larges que les os longs des membres, c’est ainsi que le bassin en est souvent atteint. Il forme des tumeurs saillantes, irrégulièrement proéminentes, qui compriment et I atrophient l’os qui les porte, et s’étendent dans les endroits de moindre résistance (fig. 32). Paget cite le cas curieux d’un chondrome qui, né de Lancereaux. — Traité d’anat. path. III. — 7

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la tète des cotes, pénétra par les trous de conjugaison jusque dans le canal vertébral, où il se trouva en rapport avec la moelle épinière et produisit une paraplégie.

Le chondrome central ou encliondrome, production parfois étalée, dilFuse, toujours lobulée, est forcément latent pendant un temps plus ou moins long, et ne peut être découvert si ce n’est lorsqu’il commence cà faire saillie à la surface de l’os. Cette saillie s’accroît au fur et à mesure du développement de la tumeur, non pas parce que la couche osseuse externe

est simplement distendue, mais parce que le périoste irrité sécrète des couches osseuses nouvelles, au fur et à mesure que la couche corticale s’amincit. Toutefois, l’accroissement chondromateux étant indéfini, il vient un moment où la coque fait défaut, du moins en certains endroits, et il ne se rencontre plus à la surface de la tumeur que des écailles et des plaques de substance osseuse disséminées.

A ce travail d’irritation périostique correspond quelquefois un travail analogue d’ossification interne, qui amène l’oblitération de la cavité médullaire. Ces formations osseuses se voient facilement sur une section de la tumeur, mais on y constate de plus l'existence de nodules multiples dont un certain nombre peuvent être en état de ramollissement et de transformation calcaire, graisseuse ou muqueuse et kystique (voy. t. I, p. 352), sinon présenter un tissu semblable à celui de l’os rachitique ou de l’os normal (chondrome ostéoïde et ossifiant).

Toutes les variétés de chondrome observées dans les os (voy. t. I, p. 347), répondent aux différentes formes hyaline, fibreuse, réticulée du cartilage normal ; il s’y rencontre aussi des chondromes muqueux, à cellules ramifiées, ossifiants, etc. Ces chondromes prennent naissance aux dépens des éléments embryonnaires du périoste ou de la moelle (t. 1, p. 350)

Fig. 3Ü — Extrémité supérieure de l’humérus affectée de chondrome (Musée Dupuytrcn).

et se développent peu à peu; mais quelques-uns, par suite de leur exubérance ou de toute autre condition, restent à l’état embryonnaire. Ce sont ceux-là qui ont de la tendance à s’étendre, à se généraliser et à récidiver. Tels sont, en effet, les chondromes dits métastatiques disséminés dans différents organes, notamment dans les poumons qui sont, comme on sait, l’aboutissant de toutes les veines du corps.

La marche du chondrome osseux est lente, excepté dans les cas de chondrome embryonnaire ; d’un autre côté, le pronostic de cette lésion est d’autant moins sérieux qu’elle évolue moins rapidement et quelle se

Fig. 33. — Chondrome de la base du crâne t, a apophyse clinoïde (d’après l’Atlas d’Anatomie pathol. de Lancereaux et Lackerbauer).

trouve constituée par des éléments arrivés à un développement plus parfait : c’est dire que le chondrome embryonnaire est toujours beaucoup plus grave que le chondrome adulte.

Les désordres fonctionnels produits par les tumeurs cartilagineuses varient nécessairement avec le siège de ces lésions. Celles des os longs gênent les mouvements des articulations et par conséquent la fonction des membres ; mais cette gêne n’est rien relativement à celle que déterminent les chondromes des os plats qui limitent des cavités dans lesquelles sont renfermés des organes plus ou moins essentiels à l’existence. Les chondromes thoraciques amènent des désordres cardiaques et pulmonaires, ceux du hassin apportent une gêne à la fonction de la vessie et de l’utérus, mettent obstacle à l’accouchement, et enfin ceux du crâne, en raison de leur siège habituel à la base et au niveau du pont de Varole, déterminent des troubles cérébraux qui ont la plus sérieuse gravité (fig. 33).

Étiologie et pathogénie. — Le chondrome osseux, quelquefois congénital, apparaît d’ordinaire dans les vingt premières années de la vie, et si

cette tumeur se voit souvent plus tard, il n’est pas difficile de s’assurer qu’elle avait pris naissance depuis plusieurs années. Sur 94cas d’enchondromes des os réunis par 0. Weber, le point de départ remontait, dans plus de la moitié des cas, aux vingt premières années de l’existence, et dans un tiers environ, à l’âge de dix ans. Il existe quelques exemples de transmission héréditaire de cette lésion, et même on a observé sur trois générations successives la production d’enchondromes multiples de diverses parties du squelette, notamment des tibias, des côtes et des avant-bras.

Ces circonstances sont de nature à nous faire comprendre que l’âge joue un rôle important dans la genèse des chondromes, et, si ces tumeurs apparaissent de préférence dans le jeune âge, c’est non seulement parce que cet âge est celui où se développent de préférence les néoplasies conjonctives, mais encore, parce que les os, à cette époque de la vie, renferment ordinairement quelques gisements cartilagineux.

Le siège particulier et préféré d’un certain nombre de chondromes semble d’ailleurs donner un appui à cette manière de voir, car ces productions sont relativement communes dans les environs des cartilages épipbysaires ou intermédiaires et des fractures récemment consolidées, des syncliondroses sacro-iliaque, ilio-pubienne, sphéno-occipitale. La tumeur chondromateuse qui se développe en ce dernier point et qui, sans doute, prend naissance dans les débris de la corde dorsale, répond à la base de l’encéphale, ce qui en fait une lésion le plus souvent redoutable.

BiBLioGRAPniE. — Voyez t. I, p. 354. — Hirschfeld, Tumeurs cartilagineuses de la base du crâne (Gazette médiccde de Paris, 1851, p. 530, et Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1852, t. III, p. 94). — Ranvier, Contribution à l'étude de la structure et du développement des tumeurs cartilagineuses (Bull, de la Soc. anatomique, 18G5, p. 534). ■ — Walsdorf, Chondromes malins des os. Thèse de Paris, 1878. — Clément Lucas, Large osteoïd chondroma of the fémur, successfid amputation through the hip joint (Gug's hospital Reports, 1879, 3'^ sér., t. XXIV, p. 319). — R.-W. Parker, Ossifying chondro-sarcoma of both femora, etc. (Trans. of the pathol. Soc. of London, 1881, t. XXXI, p. 223).

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