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VII. — Fibromes

Ces néoplasies, les plus communes de toutes celles qui se rencontrent dans le tissu osseux, ne peuvent être bien comprises qu’à la condition d’avoir une idée exacte du développement du tissu conjonctif. Quelquesunes sont constituées par ce tissu à ses diiïérentes phases d’évolution, mais à côté de celles-ci il s’en rencontre, et c’est le grand nombre, qui sont formées exclusivement, les unes par un tissu jeune, embryonnaire, les autres par un tissu complet et adulte, et comme chacune d’elles présente des différences de marche et de gravité, il importe de les grouper sous deux chefs : fibromes embryonnaires, fibromes adultes.

Fibromes embryonnaires. — Les fibromes embryonnaires des os présentent, suivant le degré de leur évolution, deux variétés ordinairement distinctes par la forme des éléments cellulaires qui les composent et qui sont sphériques ou fusiformes.

Le fibrome à cellules sphériques ou globo-cellulaire (voy. t. I, p. 363), désigné par les auteurs sous le nom de tumeur embryoplastique, sarcome encéphaloïde, sarcome à cellules rondes, etc., est une affection qui n’est

os.

pas rare dans les os. Il se montre principalement chez les individus jeunes, où il a une marche rapide et acquiert vite un volume considérable, mais elle diffère dans ses manifestations suivant qu’il est central ou périphérique, médullaire ou périoslique.

Le fibrome central globo-cellulaire a pour siège, dans le plus grand nombre des cas, l’épiphyse des os longs, les os courts de la main et du pied, et en dernier lieu les diaphyses des os des membres. Il forme des tumeurs peu ou pas bosselées, arrondies ou ovales, à contours lisses, entourées d’une capsule osseuse qui finit par s’amincir et disparaître. Ces tumeurs, molles et légèrement élastiques, cèdent à la moindre pression, ont la consistance de la pulpe cérébrale et peuvent donner lieu à une sensation de fausse fluctuation ; aussi ont-elles été prises, dans plusieurs cas, pour des tumeurs fongueuses, des abcès, ou des anévrysmes, d'autant mieux qu’elles sont fréquemment atteintes de dégénérescences qui modifient encore leurs caractères physiques. Sur une coupe, cette néoplasie, parcourue par des travées osseuses plus ou moins épaisses, présente une coloration grisâtre ou gris rougeâtre, suivant sa richesse en vaisseaux et laisse parfois échapper un suc lactescent.

Ce fibrome est constitué par des cellules sphériques, pourvues d’un noyau rond ou ovale avec un ou plusieurs nucléoles, delà dimension des globules de la lymphe et renfermées dans un fin réseau de vaisseaux capillaires à parois embryonnaires, dilatés çàet là. Une semblable composition rend compte de la fréquence des ruptures vasculaires, des battements dont ces lésions sont parfois le siège et des hémorrhagies interstitielles dont elles peuvent être criblées. Les éléments cellulaires sont reliés entre eux par une substance amorphe peu abondante, ou même par une faible quantité de tissu connectif.

Ne pouvant parvenir à une organisation complète à cause sans doute de son exubérance excessive, le fibrome en question subit des dégénérescences diverses, revêt des teintes jaunâtres, blanchâtres ou grisâtres, se ramollit et s’infiltre parfois de globules sanguins. L’os au sein duquel naît et se développe cette tumeur est tantôt altéré et confondu avec la masse, tantôt résorbé à mesure de l’accroissement du néoplasme, et partiellement détruit. Ainsi 's’explique la fréquence relative des fractures spontanées dans ces conditions.

Le fibrome périostique à cellules sphériques est accompagné de cellules fusiformes, indice d’une tendance vers un développement plus avancé, ou bien indépendant de tout autre élément. Il affecte de préférence les os longs des membres et se manifeste sous la forme de tumeurs allongées qui prennent rapidement de grandes dimensions et offrent une

ressemblance parfaite avec les fibromes centraux, aussi bien au point de vue des caractères macroscopiques que sous le rapport des caractères histologiques et des transformations ((ui peuvent s’y produire. Cette néoplasie entoure l’os plus ou moins complètement, pénètre à travers la substance compacte jusque dans le canal médullaire, à tel point qu’il est parfois difficile de savoir quel a été son point de départ exact; ainsi se conçoit la possibilité des fractures spontanées dans ces conditions.

Le fibrome fiiso-cellulaire a pour siège de prédilection les os longs des membres, et en particulier le tibia et l’humérus à leurs extrémités supérieures, le fémur au niveau de son extrémité inférieure ; de même que le fibrome globo-cellulaire, il est central ou périphérique, suivant qu’il prend naissance dans la moelle ou dans le périoste.

Les fibromes centraux, lisses ou lobulés, de forme ronde ou ovale, sont ordinairement recouverts par une capsule périostique ou ostéopériostique ; leur volume, très variable, peut être considérable, car on a vu des tumeurs de ce genre envahir un os tout entier. Leur consistance est tantôt molle comme celle de la pulpe cérébrale, tantôt ferme et élastique. Leur coloration, grisâtre ou rosée, présente habituellement à la coupe des plaques blanchâtres ou jaunâtres plus ou moins étendues. Leur vascularité, moindre en général que celle des fibromes globo-cellulaires, est néanmoins assez riche dans quelques cas.

Ces fibromes sont formés de cellules de dimensions variables, allongées en fuseau, c’est-à-dire renflées dans leur partie centrale munie d’un ou plusieurs noyaux, amincies à leurs extrémités qui sont filamenteuses et souvent bifides. Ces éléments, auxquels se trouve interposée une substanee hyaline, sont ordinairement disposés par faisceaux parallèles et entre-croisés, de telle sorte que sur une coupe on peut apercevoir tout à la fois des sections longitudinales et des sections transversales de faisceaux voisins (lig. 30). Les vaisseaux, dont les parois sont minces, embryonnaires, présentent la direction des faisceaux ; dans leurs mailles, il existe souvent de larges cellules à noyaux multiples désignés par Ch. Robin sous le nom de myéloplaxes.

Fig. 36. — Coupe microscopique d’un fibrome fuso-cellulaire. Les faiseaux de cellules fusiformes ont une direction réciproquement perpendiculaire.

os.

Le fibrome périphérique fuso-cellulaire siège habituellement sur les os longs, à l’union du corps avec l’extrémité, plus rarement sur les os larges et les os courts (fig. 37). Il forme des masses molles ou dures, élastiques, qui entourent une partie ou la totalité de la circonférence de l’os sur lequel elles se sont développées. Le tissu de ces masses présente à la coupe une teinte grisâtre ou rosée ; il est parcouru par des travées qui, sous forme de rayons, vont s’implanter sur l’os et le divisent en autant de parties inégales (fig. 38). Une capsule formée par la couche fibreuse du périoste ou par le tissu conjonctif ambiant limite ces productions qui se développent par couches successives, comprirnent et atrophient peu à

Fig. 37. — Crète de l’os iliaque surmontée d’un fibrome fuso-cellulaire.

»i peu les organes voisins. L’os, rarement intact, est presque toujours érodé,

( sinon envahi par le tissu de nouvelle formation qui pénètre jusque I j dans le canal médullaire et obscurcit le point de départ de la néoplasie, ii Les éléments du fibrome fuso-cellulaire sont dans quelques cas envahis par des granulations noires pigmentaires et réfractaires à l’action de i ]: l’acide sulfurique (fig. 39 et 40). Ces granulations sont disposées dans le

: ’ protoplasma des cellules fusiformes au pourtour du noyau, plus rarement dans la substance intercellulaire; ou bien elles sont libres, arrondies, i réfringentes, agitées de mouvements browniens, et quelquefois aggluti-

i nées par une substance albuminoïde sous la forme de petits blocs. Leur

présence rend la néoplasie plus maligne, d’où une forme particulière du I fibrome embryonnaire des os, le fibrome mélanique.

Le fibrome fuso-cellulaire est quelquefois combiné avec le fibrome ! globo-cellulaire, et cela se comprend puisque ces deux formes d’altération j ne sont que des degrés différents d’un même processus; dans quelques

cas il s’y joint des éléments cartilagineux, ce qui constitue un fibrochondrome.

Les fibromes fuso-cellulaires, comme les fibromes globo-cellulaires, sont exposés à des modifications diverses, à savoir : extravasations sanguines, transformations muqueuses avec formation kystique, infiltration calcaire, dégénérescence graisseuse, etc. Ils évoluent en général rapide-

Fig. 38. — Extrémité inférieure du fémur avec fibrome fuso-cellulaire, né du périoste

(Musée Dupuytren).

ment, et dans quelques cas ils se généralisent dans les viscères, notamment dans les poumons, dont l’artère est le confluent de tout le sang veineux. De même que toutes les formations embryonnaires, ces lésions sont sujettes à récidives.

Fiiîuomes adultes. — Les fibromes adultes ou tumeurs fibreuses des os sont des lésions rares, souvent confondues avec les fibromes embryonnaires ; comme ces derniers, dont ils ne diffèrent que par une phase de développement plus avancée, ils naissent de la moelle osseuse ou du

os.

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périoste et sont centraux ou périphériques. Les os de la face, et de préférence les os maxillaires, ceux de la base du crâne, sont le siège habituel de ces productions.

Ces néoplasies sont constituées par des nodules multiples réunis entre eux de façon à former une tumeur unique (voy. t. I, p. 373). Celle-ci offre la stracture des fibromes en général, elle est résistante, ferme, très dure, entièrement fibreuse, quelquefois creusée de cavités' kystiques, d’autres fois elle s’infiltre de sels de chaux, on bien elle subit

Fig. 39. — a. Extrémité supérieur de l’humérus atteinte d’un fibrome mélanique fuso-cellulaire. — b. Éléments fusiformes et amas de granulations provenant de ce fibrome.

une véritable ossification ; par sa présence dans la profondeur des os, elle fait subir à ces organes des modifications semblables à celles que leur impriment les fibromes embryonnaires, elle prend d’abord la place du tissu osseux qui est résorbé dans son voisinage, puis, à mesure qu’elle devient plus considérable, elle le soulève, l’atrophie, et tend à faire saillie à sa surface; mais le périoste irrité sécrète un os nouveau, et la tumeur se trouve enveloppée d’une coque de nouvelle formation et non pas de l’os ancien comme on le croyait autrefois.

Les fibromes périphériques sont relativement rares ; ils prennent naissance dans le périoste, et plus souvent à la face antérieure des vertèbres cérébrales et spinales, puis ils s’étendent du côté des parties molles, à tel point que l’os dont ils procèdent ne subit en général qu’un

léger degré d’atrophie, tandis que des os voisins peuvent être fortement comprimés et usés. Lorsque ces tumeurs naissent sur l’os basilaire ou sur les premières vertèbi’es, elles remplissent la cavité du pharynx et quelquefois celle du nez (polype naso-pharyngien). D’autres fois, elles se développent aux dépens du périoste des fosses orbitaires, frontales ou sphéno-palatines, se logent dans ces fosses, sont maintenues par un pédicule et revêtent une forme polypeuse qui facilite leur extraction.

Ces tumeurs ont une évolution relativement lente, elles compriment et atrophient les parties de leur voisinage, mais elles ne les enveloppent pas et exercent une action purement mécanique. Cependant, même dans ces conditions, elles peuvent déterminer des accidents sérieux ou mortels, quand, par exemple, elles se développent dans une cavité naturelle comme le pharynx, et viennent troubler de grandes fonctions comme celles de la déglutition et de la respiration. Contrairement aux fibromes embryonnaires, ces tumeurs n’ont qu’une faible tendance à se généraliser ou à récidiver, ce qui prouve qu’une même néoplasie peut être bénigne ou maligne, suivant le terrain sur lequel elle croît, et les circonstances physiologiques qui président à son évolution.

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