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VIII. — Angiomes

La moelle osseuse renferme normalement, du moins dans le jeune âge, ainsique l’ont démontré les recherches de Ch. Robin, des éléments particuliers qui ont été désignés sous le nom de médullocelles et de myéloplaxes. Jusqu’ici la signification de ces éléments nous a échappé ; cependant la grande ressemblance des médullocelles avec les ostéoblastes de Gegenhaur, en nous renseignant sur la nature de ces cellules, porte à croire que les tumeurs à médullocelles ne sont que des tumeurs à ostéoblastes. D’un autre côté, les recherches récentes de Rouget (1) de Ranvier et de Leboucii, sur le développement des vaisseaux, rapprochées de celles de Malassez et Monod, sur les tumeurs à myéloplaxes tendent à prouver (j lie les parties constituantes de ces tumeurs sont des éléments jeunes destinés à la formation des vaisseaux (cellules vaso-formatives). Ainsi, les tumeurs dites à myéloplaxes seraient des néoplasies constituées par des éléments vasculaires jeunes, et, partant, des angiomes embryonnaires. Cette dénomination n’est pas seulement juste, elfe permet en outre de faire rentrer les néoplasies des os dans le cadre commun. Ajoutons quelle trouve un appui dans ce fait, que les tumeurs à myéloplaxes ont été primitivement désignées sous les noms de fougues hémalodes, tumeurs érectiles, anévrysmes et kystes des os, jusqu’au moment où l’application du microscope à l’étude de l’anatomie pathologique ayant permis de constater l’identité des principaux éléments constituants de ces tumeurs avec les éléments normaux de la moelle osseuse, ces noms ont été changés en ceux de tumeurs à myéloplaxes (Ch. Robin), de tumeurs myéloïdes (J. Paget).

(1) Rouget, Mém. stir le développement, la structure et les propriétés physiques des vaisseaux sanguins et lymphatiques {Archiv. dephysiol. norm. et pathol., Paris, 1873, p. 639). — Ranvier {Ibid., 187A, p. 429-445). — Leboucq, Recherches sur le développement des vaisseaux et des globules sanguins dans les tissus normaux et patholog., Gand, 1876.

Angiomes embryonnaires (tumeurs a myéloplaxes ; tumeurs myéloïdes). — Ces néoplasies se développent de préférence aux dépens des os pourvus de moelle rouge : les maxillaires, les grands os longs (fémur, tibia, humérus), et aussi le sternum, les corps vertébraux, les os du tarse, etc.

Elles ont pour point de départ habituel le centre de l’os; canal médullaire des os longs, tissu aréolaire des os courts, des os larges et des épiphyses (tumeurs intra-osseuses) ; mais dans quelques cas aussi elles prennent naissance sous le périoste (tumeurs péri-osseuses).

Constituées par des masses rougeâtres, du volume d’une noisette ou d’un œuf, les tumeurs péri-osseuses font saillie à la surface de l’os , dans lequel elles se creusent une loge plus ou moins profonde, au-dessous du périoste, qui leur forme une enveloppe fibreuse et résistante. Leur volume varie depuis la grosseur d’une aveline jusqu’à celle d’un œuf; leur consistance est molle et

leur coloration rougeâti’e.

Les tumeurs intra-osseuses, ordinairement plus volumineuses et plus colorées, sont infiltrées de sang ou semées de foyers sanguins. C’est à elles que se rapportent les formations molles et vasculaires qui ont été parfois prises pour des anévrysmes des os, et aussi quelques-unes des lésions désignées sous le nom de spina ventosa. Elles sont homogènes, enkystées, limitées par des lamelles osseuses plus ou moins minces et pouvant faire défaut sur quelques points (fig. 40). Sur ces points, la néoplasie se trouve en rapport avec le périoste qui est irrité et régénère le tissu osseux à mesure que la pression excentrique le fait résorber. Dans quelques cas, la tumeur ne va pas jusqu’à se creuser une loge ; les vacuoles de l’os sont simplement élargies et remplies de sang extravasé ou de caillots sanguins. Indépendammentde l’usure qu’elles déterminent dans le tissu osseux, ces tumeurs compriment les organes voisins des os, elles aplatissent les muscles, dévient les tendons, les cor-

l’iG. 40. — Humérus sectionné suivant sa longueur. Cet os présente vers sa partie moyenne une tumeur à myéloplaxes qui avait déterminé pendant la vie une fracture spontanée.

dons nerveux, mais rarement elles parviennent à détruire les cartilao-es

et à bourgeonner jusque dans les cavités articulaires. Elles subissent avec l’agedesmodilications en vertu desquelles leur tissu s'altère et se ramollit, leurs vaisseaux se rompent et donnent lieu à des extravasats sanguins, et plus tard à de vastes cavités ou lacunes renlermant les restes plus ou moins transformés de ces extravasats.

Les premières notions sur la composition histologique de ces tumeurs sont dues au professeur Cb. Robin (1), qui décrivit et appela du nom de mvéloplaxes les grandes cellules de formation récente de la moelle osseuse normale. Virchow (2) donna plus tard le nom de cellules géantes à ces mêmes éléments qu'il avait trouvés dans des ganglions lymphatiques et dans le tubercule. Depuis lors, les cellules géantes, ayant été rencontrées dans les conditions les plus diverses, ne peuvent être regardées comme des éléments spéciaux à la moelle des os, et les tumeurs dans lesquelles elles prédominent, comme des hyperplasies simplement médullaires.

La structure de ces tumeurs varie suivant le degré de leur évolution, elle présente trois parties essentielles, à savoir: un élément fondamental, une trame et des vaisseaux. L’élément fondamental, ou cellule à myéloplaxe, est composé par une masse aplatie, énorme, de protoplasma granuleux, pourvue de nombreux noyaux ovoïdes munis d’un ou de deux nucléoles. Cette masse a des formes diverses, elle est arrondie, polyédrique, anguleuse, étranglée, et souvent elle possède des prolongements simples ou ramifiés qui s’anastomosent entre eux. Userait superflu de s’arrêter à décrire ces différentes formes et la disposition des noyaux dans l’épaisseur du protoplasma ; mais ce qu’il importe de faire remarquer, c’est que plusieurs de ces éléments présentent des fissures ou des vacuoles renfermant sinon des globules sanguins, du moins des débris de globules et de rhéma.line.

Cette modification cellulaire, que nous avons autrefois fait représenter dans les énormes cellules qui se produisent au pourtour des caillots de l’artère pulmonaire (voy. notre Atlas d'anat. patholog., pl. 19, fig. 3), nous avait porté à croire que ces éléments devaient contribuer à la formation des vaisseaux. Malassez et Monod se sont appuyés sur ce caractère pour rapprocher les cellules dans lesquelles il s’observe, des cellules vasoformatives de Ranvier, et pour les considéi’er comme des éléments générateurs des vaisseaux. Ajoutons que de semblables cellules se rencontrent jusque dans le blastoderme, où elles participent au développement des

(1) cil. Robin, Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1849, p. 119.

(2) R. Virchow, Pathologie des tumeurs, traduct. française, t. II, p. 2ü8.

os.

in

premiers canaux vasculaires et ne sont ainsi que des vaisseaux à l’état embryonnaire, d’où la légitimité de la dénomination A' angiome embryonnaire que nous donnons aux tumeurs ossseuses dans les(|uelles prédominentces éléments. Ici, en ed'et. comme dans le fibrome et l’ostéome embryonnaires, il n’y a jamais qu'une faible portion des éléments cellulaires qui parvienne à un développement complet ; comme si le processus par trop exubérant se trouvait dans l’impossibilité d’atteindre son plus haut degré de perfection.

La trame présentée par ces productions est une trame conjonctive, embryonnaire ou adulte, suivant son degré plus ou moins avancé d’évolution. Embryonnaire, elle est constituée par de petits éléments sphériques (éléments embryoplastiques, cellules embryonnaires de tissu conjonctif), ou par des cellules fusiformes (cellules fibro-plastiques) (fig. 36); adulte, elle est formée de fibrilles ou de faisceaux de tissu conjonctif. Les cellules à myéloplaxes, comprises dans cette trame, sont toujours plus l’ares dans les formes fibreuses que dans les formes fibro-plastiques, et d’autant plus abondantes que les éléments de celle-ci sont plus jeunes. Malassez et Monod admettent qu’elles ont des rapports évidents avec les voies circulatoires, qu’elles siègent parfois dans des espaces tapissés de cellules endothéliales et remplis de globules sanguins, ou sont implantées aux parois vasculaires, sinon complètement libres dans la lumière du vaisseau.

Les vaisseaux donnent aux tumeurs à myéloplaxes leur coloration rouge. Ils ont des parois très minces, et leur rupture est la cause des foyers sanguins si communs dans ces tumeurs qui, presque toujours, subissent avec le temps une transformation kystique.

Les angiomes embryonnaires des os (tumeurs à myéloplaxes), le plus souvent isolés et uniques, évoluent lentement et ne déterminent guère que des désordres mécaniques ; aussi ont-ils été considérés par la plupart des auteurs comme des productions bénignes; cependant ils récidivent parfois ou même se généralisent, c’est le propre, ainsi que nous le savons, de tous les tissus jeunes, de ceux-là mêmes qui composent les ostéomes.

Bibuographie. — Ch. Robin, Compt. rend, de la Soc. de biologie, 1849, p. 119 ; Remarq. sur le tissu médull. des os à l'état normal et à l’état morbide {Gaz. rnéd., 1865, p. 67 et 105), et Dict. encyclop. des sc. méd., art. Moelle et art. Os. — J. Paget, Lectures on tumours, London, 1853. — Gray, Onmyeloid and myelocystic tumours of bones {Med. chir. Trans., 1856, t. XXXIX, p. 120, et Arch. de méd., 1857, t. I, p. 135). — J. Hutchinson, Transact. of the path. Soc. of London, 1857, t. Yll, p. 346. — S Wilks, 16id., 1858, t. IX, p. 377. — Mitchell Henry, Fibroplastic tumour ofthe humérus, containincj myeloid cells ; amputation.

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Angiomes adultes (tumeurs érectiles, tumeurs vasculaires ou sanguines- DES os). — Ces néoplasies dilîèrent si peu des précédentes que certains auteurs, et notamment E. Nélaton, ont avancé que toutes les tumeurs sanguines des os étaient des tumeurs à myéloplaxes. Le fait est que plusieurs des observations dont on trouvera plus loin l’index bibliographique, rentreraient tout aussi bien dans la catégorie des angiomes embryonnaires que dans celle des angiomes adultes. Une différence importante existe néanmoins entre ces deux formes de lésions, puisque dans l’une prédominent les alvéoles et les vaisseaux sanguins, tandis que dans l’autre ce sont les cellules à myéloplaxes ou éléments formateurs de ces derniers. D’ailleurs beaucoup de tumeurs animées de mouvements isochrones au pouls ont été prises à tort pour des tumeurs érectiles, attendu que les battements sont des plus rares dans ces tumeurs que compose, comme on le sait, un tissu veineux. Toutefois ce serait une erreur de nier absolument l’existence de ces lésions dans le tissu osseux. De même que les tumeurs à myéloplaxes, elles appartiennent surtout aux épipbyses des os et peuvent être dites périphériques ou centrales,' suivant qu’elles prennent naissance sous le périoste ou dans la profondeur de l’os.

L’existence des premières repose sur plusieurs observations. Cruveilhier prétend les avoir rencontrées dans le périoste sous la forme de taches rouges légèrement saillantes, et plus tard sous celle d’un tissu osseux de nouvelle formation ayant de larges mailles remplies par du

os.

sang, et des vaisseaux sanguins considérablement développés. Virchow rapporte qu’une femme, âgée de soixante-douze ans, atteinte d’une tumeur caverneuse du foie, offrait en même temps, sur le pariétal droit, au-dessous du péricràne à peine altéré, une tumeur de deux pouces de long et de trois quarts de pouce de large qui avait usé l’os, dont il ne restait plus que la table interne. Les aréoles de cette tumeur, remplies de sang liquide, étaient très larges et communiquaient avec les vaisseaux du dipIoé(|ui avait une demi-ligne à trois quarts de ligne de diamètre. Les trabécules de ce tissu aréolaire étaient la plupart perpendiculaires à l’os.

Les angiomes centraux des os revêtent la forme télangiectasique de préférence à la forme caverneuse ; pourtant Travers a extirpé, à un jeune garçon de dix ans, une clavicule qui, à l’incision, présentait au-dessous du périoste une série de vacuoles remplies de caillots foncés, solides, et un sang liquide. Schuh a vu une lésion assez semblable développée dans l’os métacarpien du petit doigt gauche, chez une jeune fille de dixhuit ans. A l’intérieur d’une coque osseuse incomplète, se rencontrait un tissu caverneux parfait que de petites ramifications reliaient manifestement aux veines. La forme caverneuse de l’angiome osseux est toutefois plus rare que la forme télangiectasique caractérisée par la présence de vaisseaux dilatés et anastomosés entre eux. Lorsque ces vaisseaux viennent à se rompre, ils donnent lieu à un épanchement de sang qui s’entoure d’une membrane de nouvelle formation, d’où il peut résulter une confusion avec une poche anévrysmale.

L’angiome adulte des os ne forme jamais des tumeurs volumineuses ; il a une évolution lente et se rencontre chez des personnes d’âges différents, de dix à soixante-douze ans. Oans certains cas, soit à cause de son volume, soit à cause des douleurs intenses qu’il détermine, son ablation, qui est l’amputation du membre, devient nécessaire ; mais alors le malade est à l’abri de toute récidive, du moins s’il s’agit d’un véritable angiome et non de toute autre production pathologique.

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