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CHAPITRE PREMIER

os

Les os, organes durs, réunis soit d’une façon immédiate, soit par l’intermédiaire de parties accessoires, telles que cartilages, ligaments, capsules articulaires, constituent un tout continu appelé charpente osseuse ou squelette. Chez l’homme, le tissu de cette charpente se montre sous deux formes principales : la substance compacte, qui est entourée du périoste et livre passage aux vaisseaux, et la substance spongieuse, qui renferme la moelle osseuse. Membrane fibreuse, vasculaire et extensible, le périoste recouvre la plus grande partie de la substance des os auxquels il forme une gaine d’une grande importance au point de vue

Lancereaux. — Traité d’anat. path. III. I

de leur accroissement en épaisseur et de leur régénération à l'état papathologique. Cette membrane présente deux couches : l’une, externe, est formée de tissu conjonctif et de cellules adipeuses; l’autre, interne, reliée à l’os par des capillaires, renferme des éléments conjonctifs, des fibres et des lames élastiques; mais de plus, Ollier a démontré l’existence, à sa face profonde, d’une couche constante de cellules jeunes et très serrées que Gegenbaür a nommées ostéoblastes (1).

La moelle osseuse se présente, tantôt sous l’aspect d’une substance molle plus ou moins rouge et semblable à la pulpe splénique, c’est la moelle jeune; tantôt sous la foi'ine d’une matière muqueuse ou gélatiniforme, c’est la moelle atrophiée; tantôt enfin sous celle d’une masse jaunâtre, c’est la moelle graisseuse ou moelle de la vieillesse. Elle est composée de vaisseaux et de nerfs, de tissu conjonctif et de cellules diverses. Le tissu conjonctif, improprement désigné sous le nom de membrane médullaire, constitue un réseau lâche qui sert de support aux vaisseaux et renferme les éléments cellulaires : ces éléments comprennent des cellules semblables aux cellules lymphatiques, des cellules plus volumineuses, sphériques, présentant un ou plusieurs noyaux, des cellules graisseuses, et enfin de grandes cellules à noyaux multiples (myéloplaxes de Ch. Hobiii). Les premiers de ces éléments ont la forme et les dimensions des cellules de la lymphe et présentent comme elles des mouvements amœbüi'des. Les cellules plus volumineuses, bien étudiées par Ch. Robin, ont été désignées par lui sous le nom de médullocèles ; elles se distinguent surtout par des noyaux bizarres et bourgeonnants. Les cellules à noyaux multiples ou myéloplaxes se font remarquer par leurs dimensions colossales et la forme souvent irrégulière de leur protoplasma. Quant aux cellules graisseuses, très abondantes dans la moelle jaune, qui leur doit sa coloration, elles sont formées d’une membrane d’enveloppe, séparée de la graisse par la substance protoplasmique.

Le tissu osseux proprement dit est composé d’une substance fondamentale dense, vaguement stratifiée, traversée par les canalicules vasculaires ou canaux de Havers et creusée d’une multitude de petites cavités microscopiques, appelées cavités osseuses ou corpuscules osseux, pourvues de prolongements tubulés très fins, et renfermant chacune une cellule spéciale, ou cellule osseuse. Ainsi deux éléments spéciaux entrent dans la composition du tissu osseux : un élément cellulaire caractéristique, la cellule osseuse, et une substance osseuse fondamentale. Les cellules osseuses sont constituées par une masse allongée de proto-

(1) Gegenbaür, Uebcr die Dildung des Knochengewehes (lenaisclie Zeitschrift fur Med. und Naltiriuissensch., 18(U).

os.

plasma i-entermant un noyau et n’ayant ni membrane d’enveloppe, ni prolongements; cependant quelques histologistes les considèrent comme des cellules complètes, munies de prolongements, s’anastomosant avec ceux des cellules voisines. Ces cellules sont contenues dans les cavités osseuses ou ostéoplasteS; cavités qui communiquent les unes avec les autres par de fins prolongements ou canal icules osseux. La substance osseuse fondamentale est composée de lamelles distribuées en couches concentriques au pourtour des canaux de Ilavers, excepté dans le tissu spongieux où cette disposition est peu régulière; c’est dans l’épaisseur de ces lamelles que sont creusées les cavités qui renferment les cellules osseuses. De cette façon, les canaux de Ilavers, situés au centre d’un certain nombre de lamelles, forment avec ces cellules un ensemble presque indépendant, une sorte de lobule, ou mieux un os élémentaire, comme chez certains animaux, la grenouille par exemple, où un os long est formé j)ar un seul système de Havers.

Ces canaux renferment les vaisseaux qui se terminent par un réseau capillaire à mailles rectangulaires allongées, réunies par des anastomoses transversales, et communiquent avec les capillaires de la moelle osseuse et du périoste. Les veines suivent le trajet des artères et sont comme elles fréquemment anastomosées ; aussi Bichat a-t-il pu remarquer, sur un sujet dont les artères nourricières du tibia étaient oblitérées, que la matière de l’injection avait rempli les vaisseaux de la moelle osseuse. Les vaisseaux lymphatiques des os, mentionnés par plusieurs auteurs, ont été étudiés par Budge (1) qui, ayant rencontré deux endothéliums superposés dans les canaux de Havers, en conclut qu’il y a dans les os des espaces lymphatiques analogues à ceux du foie; cet auteur prétend d’ailleurs être parvenu à reconnaître, à l’aide d’injections au bleu de Berlin, que les vaisseaux lymphatiques du périoste sont en continuité avec un canal lymphatique périvasculaire qui entoure le vaisseau sanguin du canal de Havers. Les nerfs des os proviennent du système nerveux cérébro-rachidien ; ils se divisent et s’anastomosent dans la couche de tissu conjonctif, riche en vaisseaux, qui recouvre le périoste proprement dit, pour ensuite pénétrer dans l’os et suivre les vaisseaux dans leur distribution. Les expériences de Schilf et de quelques autres physiologistes ont montré que les nerfs jouent un rôle important dans l’accroissement et la nutrition du tissu osseux.

Ce tissu est soumis, depuis sa formation jusqu’au terme de son existence, à des changements nombreux. Dans la phase d’accroissement.

(1) Budge, Die Lymphwuneln der Knochen (Arch. f. microsc. Anat., t. XIII, p. 78).

ANATOMIE PAiaOLOGIQUE.

l’os adhère au périoste et présente à la coupe une teinte rouge violacé et d'e nombreux ostéoblastes; il est le siège d’un travail nutritif actif, et par conséquent il suffit de la plus légère cause pour exagérer ce travail et produire une phlegmasie ou une néoplasie. Dans la phase d’état, c’està-dire dans la période virile de l’existence, l’os est un peu moins coloré, sa vascularité commence à diminuer, sa nutrition se ralentit, et la [trédisposition aux désordres irritatifs est moindre; par contre, les lésions hypoplasiques, telles que dégénérescences graisseuse, amyloïde, etc., peuvent s’y montrer ]>ar anticipation. Enfin, dans la phase de décroissance ou de régression, le tissu osseux présente à la coupe une teinte jaunâtre ou grisâtre, le canal médullaire est élargi, les alvéoles, agrandies, sont remplies d’une moelle jaune, presque entièrement composée de graisse, d’apparence gélatineuse ; les ostéoblastes sont en petit nombre, la substance osseuse tend à se résorber et présente une certaine friabilité (|ui prédispose aux fractures. Dans cette période, les phlegmasies et les néoplasies sont rares, tandis que les lésions hypotrophiques : stéatose, ostéomalacie, sont particulièrement observées. Ainsi les altérations du tissu osseux sont intimement liées à son évolution, puisqu’à chaque phase de cette évolution correspond une lésion spéciale; c’est là d’ailleurs une loi applicable à tous les organes.

La genèse de l’os est marquée par l’apposition de deux éléments, l’un figuré, l’ostéoblaste, l’autre non figuré, la substance osseuse. Les ostéoblastes, éléments cellulaires spéciaux, d’apparence épithéliale, apparaissent tout d’abord dans les premiers espaces médullaires et dans l’encoche d’ossification ; ils concourent à l’élaboration de la substance osseuse proprement dite, et se transforment en corpuscules osseux (Gegenbaür). L’accroissement de l’os en épaisseur se fait aux dépens du périoste et l’accroissement en longueur au détriment du cartilage de conjugaison : aussi le développement est-il arrêté dès que ce cartilage est complètement ossilié. La vie de l’os est tellement subordonnée à l’intégrité du périoste et de la substance médullaire, qu’aussilot(|ueces parties viennent à s’altérer, il se produit des troubles sérieux de nutrition et même des nécroses partielles ou totales.

Chimiquement, les os résultent de l’union d’une substance organique collogène avec des substances minérales, des phosphates de chaux surtout ; ces substances sont entre elles dans des proportions assez constantes, bien qu’il soit difficile d’aflirmer qu’elles forment une combinaison définie. Les os renferment, en outre, de l’eau, des matières grasses, etc.; la proportion de ces principes varie avec l’âge, l’alimentation, les boissons, et avec un certain nombre de conditions physiologiques et patholo-

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giques qui doivent entrer en ligne de compte lorsque l’on procède à l’analyse chimique des os. Les maladies de longue durée, celles qui portent leur action sur l’appareil nerveux, ont surtout la propriété d’altérer le système osseux, de sorte que, pour arriver à connaître exactement les modifications de ce système, il importe d’être fixé sur la composition chimique du tissu osseux chez des individus sains dont l’hygiène est convenable ; sans quoi, onrisquerait de prendre pour l’état normal ce qui ne l’est pas, et inversement.

Les recherches les plus importantes que nous ayons sur ce sujet (1), nous apprennent que la proportion de carbonate et de phosphate de chaux est plus faible dans les os de l’enfant où la désassimilation est plus rapide, que dans ceux de l’adulte et surtout du vieillard. Semblable modification existe encore dans les os des ivrognes et des gros mangeurs, qui renferment une grande quantité de graisse et sont devenus friables, comme aussi dans ceux des malades atteints de cancer, qui se tranchent facilement au couteau. La grossesse, comme on sait, modifie les os et les cartilages : beaucoup de femmes à ce moment voient leurs os se déformer èt leur colonne vertébrale s’infléchir, et lors de la gestation les os et les cartilages du bassin se ramollissent : c’est une sorte de rachitisme physiologique. La castration elle-même peut apporter quelque changement dans le squelette (2). La race enfin n’est pas sans influence sur la composition du système osseux et sur la prédisposition de ce système à certaines maladies. Les juifs, qui ont généralement les os frêles et minces, sont fréquemment atteints de lésions osseuses. Pruner (3) et d’autres observateurs ont signalé la prédominance des sels de chaux dans les os des nègres ; Levacher (4) a remarqué que chez eux les fractures spontanées étaient assez fréquentes et pouvaient se présenter sans qu’il existât aucune apparence de rachitisme ou de scrofule. Les cas de ce genre semblent constituer, sous le climat des tropiques, une lésion presque spéciale du système osseux, produite par la nourriture, le genre de vie, le lieu de l’habitation, et caractérisée par la diminution des principes gélatineux et par la surabondance des phosphates de chaux.

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(2) A. Poncet, De l'influence de la caslralion sur le développement du squelette (Gaz. méd. de Paris, 1877, p. 443).

(3) F. Primer, Die Kranklieiten des Orients. Erlangen, 1847.

(4) Levacher, Guide médical des Antilles. Paris, 1840, p. 332. .

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ANOMALIES DE FORMATION ET DE DÉVELOPPEMENT

Ces anomalies sont de plusieurs ordres: les unes se produisent pendant la période fœtale et consistent dans le défaut ou dans l’excès de formation des os ; les autres, plus tardives, affectent une plus ou moins grande partie du système osseux ou encore les diverses pièces qui concourent à la formation d’une cavité naturelle, le crâne, le bassin, etc., et consti-

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tuent deux types fort distincts, à savoir, le rachitisme et la suture prématurée de certaines synarthroses.

Les os des membres sont encore exposés à un genre d’anomalie qu’il est permis de rapprocher du rachitisme. Cette anomalie consiste dans un arrêt de développement qui se produit avant le terme de l’accroissement, par suite d’un travail phlegmasique Intéressant le cartilage de conjugaison (I); si alors ce cartilage vient à s’ossifier, l’os cesse de s’accroître en ce point, il est moins long qu’il ne devait être : d’où la possibilité d’un léger degré de claudication.

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