Chondrites prolifératives
CiioNDRiTE SCLÉREUSE OU OSSIFIANTE. — L’exisleiice de cette chondrite est établie par l’expérimentation (voy. t. I", p. 220), qui montre que faction irritante d’un agent mécanique peut amener à sa suite la multi-
(1) Reverdin, Bull, de la Soc. anat., 1807, t. XLII, p. 584.
(“2) Woronschin, Ueber die path. Veranderung. in der Stnictur der Inlerverlebralknorpel bei Meningitis cerebro-.'ipivalis [Jahrb. f. KinderheiU;., 1877, t. XI, p. 287-299),
(•'!) Brüchner, Ueber Eiterbildung im lhj(dinknorpeU fOiss. inaiig., Üorpat. 1873).
CARTILAGES
plication des éléments cellulaires du cartilage. Les cellules nouvelles, perdent alors la propriété de former autour d’elles des capsules de cartilage, elles restent à l’état de cellules embryonnaires, deviennent ensuite le point de départ d’une néoformation osseuse ou fibreuse, et partant, la chondrite proliférative la plus simple est forcément ossifiante ou scléreuse. Ce travail, absolument semblable à celui qui se passe dans le cartilage normal au voisinage des points d’ossification, est observé dans les cartilages du larynx, par exemple, au cours de la phthisie laryngée, et, en effet, il n’est pas rare de constater chez des individus jeunes, atteints de cette alfection, la présence à la face interne du cartilage thyroïde d’une couche cartilagineuse ou osseuse de nouvelle formation. Semblables lésions se rencontrent encore dans la trachée, où elles ontété généralement prises pour des chondromes (fig. 52). Les cartilages diarthrodiaux sont le siège le plus ordinaire de cette végétation ; l’étude en sera faite plus loin, car elle se confond avec celle des arthrites déformantes.
Chondrite tuberculeuse. — Cette lésion, dépendante d’un état général acquis ou héréditaire, occupe presque toujours les cartilages costaux, mais elle peut envahir d’autres cartilages, ceux des vertèbres, du larynx et jusqu’aux cartilages articulaires (1). Elle a la plus grande analogie avec la tuberculose osseuse et consiste, comme cette dernière, en une infiltration de granulations miliaires, qui siègent soit à la face interne du périchondre, soit dans la profondeur même de la substance cartilagineuse. Dans cette substance, les granulations sont grisâtres ou jaunâtres, agglomérées sous forme de masses et, le plus souvent, circonscrites par des vaisseaux de nouvelle formation. Quant au périchondre, il se fait remarquer par un épaississementnotable et la présence à sa face interned’unemassecaséeuse blanchâtre, molle et plus ou moins liquide, qui le distend, le rend saillant et finit par le rompre. A ce moment, la substance tuberculeuse ramollie s’épanche parfois dans les gaines musculaires, les enflamme,
(1) La tuberculose des cartilages articulaires sera étudiée plus loin avec l’arthrite tuberculeuse.
Fig. — Trachée et grosses bronches dont )a face interne est semée de petites tumeurs cartilagineuses ossifiées L La membrane muqueuse était le siège d’ulcérations tuberculeuses. (Pièce due à l’obligeance du docteur Landrieux.)
•irrite le tégument qu’elle finit par perforer et se fait jour au dehors par un trajet fistuleux persistant. J’ai, dans plusieurs cas, observé cette lésion, qui a toujours présenté des caractères à peu près semblables, à savoir : présence de masses caséeuses accumulées sous le périchondre, destruction avec excavations plus ou moins étendues d’un ou de plusieurs cartilages costaux au voisinage des extrémités des côtes (lig. 53).
Ces excavations, profondeset irrégulières, avaient des bords taillés à pic, et le périchondre, dans leur voisinage, était notablement épaissi, grisâtre ou rose. Elles renfermaient, comme dans un cas rapporté par Hayem, une substance mollasse et pulpeuse, constituée par des amas de cellules du volume des leucocytes, irrégulières, infiltrées de granulations grisâtres ou graisseuses et de granulations libres. Le tissu cartilagineux adjacent, dans lequel j’ai quelquefois rencontré des granulations tuberculeuses, ne présente souvent, à cette période avancée, que des cellules infiltrées de graisse ou en état de calcification.
Fig. 53. — Chondrite tuberculeuse. — d, côte ; e, cartilage costal ; c, caverne creusée dans l’épaisseur de ce cartilage avec bouillie caséeuse b; a, périchondre distendu par cette bouillie.
Bibliographie. — Hayem, Abcès symptom. d'une affection tuberculeuse des cartilages costaux {Bull, de la Soc. anat., 1865, p. 424). — E. Lancereaüx, Atlas d'anatomie pathologique, p. 512, obs. ccci, pl. 57, fig. 3". — Th. St. Dowse, Suppurative diseuse of the intervertébral cartilages throughout the entire course of the spinal column {Trans. ofthepathol. Soc. of London, 1873, t. XXIV, p. 177).
Chondrite syphilitique. — Les cartilages revêtus d’une toile fibreuse ou périchondre, comme les cartilages du larynx et les cartilages costaux, sont les plus exposés à cette sorte de lésion, qui consiste plutôt en une périchondrite qu’en une inflammation primitive de la substance cartilagineuse elle-même. Assez souvent, les lésions syphilitiques des parties molles du larynx s’étendent jusqu’au périchondre; celui-ci végète, s’épais-
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sit d’une façon notable, les cellules cartilagineuses se multiplient et donnent naissance à un tissu embryonnaire qui s’ossifie ou se transforme en tissu fibreux, excepté dans certains cas où le tissu cartilagineux, privé de ses sucs nutritifs, vient à se nécroser. Les séquestres formés dans ces conditions jouent le rôle de corps étrangers et entretiennent une suppuration qui peut être pernicieuse lorsque le pus, venant à tomber dans les voies respiratoires, engendre une pneumonie suppurative, aussi il y a tout avantage à les extraire le plus tôt possible. Les cartilages costaux paraissent susceptibles d’une altération du même genre, et Bouisson raconte avoir observé une tumeur gommeuse du grand pectoral en même temps qu’une périchondrite syphilitique de ces cartilages. Les fibro-cartilages sont très probablement sujets à une semblable lésion, mais je ne connais jusqu’ici aucun fait qui le démontre péremptoirement.
Bibliographie. — Yidal re Cassis, Ti’oùé des maladies vénériennes , Paris, 1855, p. 497. — Magawly, Sur la chondrite syphilitique {Petershurg . med Zeitschrift, t. XII, p. 219). — Bouisson, Tum. syphilitiques des muscles (Gaz. méd. de Paris, 1846, et Tribut à la chirurgie moderne, 1858, t. I). — E. Lancereaux, Traité historique et pratique de la syphilis, Paris, 2® édit., 1873, p. 201. — E. Lux, Périchondrite et chondrite du larynx (Rec. de Mém. de méd. et de chirurg. milit., juillet et août 1881, p. 441).
Chondrite goutteuse. — Cette lésion, qui a beaucoup d’analogie avec la dégénérescence des cartilages, est relativement rare en dehors des articulations ; néanmoins, elle a été rencontrée dans les cartilages intervertébraux et laryngiens. L’un des premiers, j’en ai constaté l’existence dans ces cartilages chez une femme dont l’observation se trouve rapportée dans mon Atlas d'anatomie pathologique (p. 496). Les disques intervertébraux de la région lombaire présentaient, à leur partie centrale, une plaque blanchâtre grenue, assez semblable à du plâtre gâché, et formée par une infiltration uratique. Les cartilages cricoïde et thyroïde (pl. 54, fig. 6, et pl. 53, fig. 4) étaient en même temps le siège de dépôts saillants, lenticulaires et blanchâtres, constitués par des urates alcalins déposés au sein de leurs parties élémentaires. Semblables tophus ont été rencontrés plus récemment par Litten, qui en signale la rareté. Notons que dans le cas rapporté par cet auteur, comme dans le mien, il n’existait aucun trouble de la phonation.
Bibliographie. — E. Lancereaux, Atlas d'anatomie pathologique, obs. ccxcii, p. 496, pl. 53, fig. 4, et pl. 54, fig. 4 et 6. — M. Litten, Ein Fall von schwerer Gicht mit Amyloiddegeneration (Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1876, t. LXVI, p. 129). — Yoy. de plus la bibliographie de l’Arthrite goutteuse.
i> — Néoplasies des cartilages.
Les cartilages sont peu sujets aux néoplasies, caries ecchoiidroses, productions inllammatoires plutôt que néoplasiques, sont, pour ainsi dire, les seules végétations aux([uelles ils donnent naissance. Les ecchondroses ont pour siège habituel les cartilages permanents, à savoir : les cartilages costaux, ceux du larynx et de la trachée, des vertèbres et du bassin. Elles forment, .à la surface de ces parties, des nodules disséminés qui ont depuis le volume d’un pois jusqu’à celui d’une moyenne cerise; ces nodules, quelquefois peu adhérents, sont susceptibles de subir la dégénérescence graisseuse ou amyloïde et de s’arrêter dans leur évolution, ce qui les rapproche des produits phlegmasiques ; mais le plus souvent ils se transforment en tissu osseux. Nous n’insisterons pas sur ces désordres, dont il a déjà été question (voy. t. L'', p. 345), et sur lesquels nous aurons l’occasion de revenir lorsque nous nous occuperons de l’élude anatomique et pathologique du larynx et de la trachée.
§ 3. — Hypoplasies des cartilages.
Ces lésions, plus fréquentes que les hyperplasies, à cause, sans doute, de la non-vascularité de la substance cartilagineuse et de ladifliculté dont cette substance éprouve à se nourrir, revêtent les formes diverses dont nous avons fait ailleurs une étude générale (voy. t. I", p. 472 et suivantes), aussi elles nous arrêteront peu.