II. — Luxations congénitales
Ces luxations, le plus souvent bilatérales et symétriques, affectent la plupart des articulations, celles des mâchoires, de l’épaule, du coude, du poignet, des genoux et des pieds, mais principalement l’articulation coxo-fémorale. L’attitude du membre déplacé diffère peu de ce qui s’observe dans les cas de luxation traumatique, et par conséquent elle varie non seulement dans les diverses articulations, mais aussi pour une même jointure, suivant le siège du déplacement ; c’est au point qu’il est parfois difficile de décider si l’on a affaire à une luxation congénitale, ou à une luxation traumatique.
Les surfaces articulaires dans la luxation congénitale sont presque toujours modifiées, tant à cause des désordres qui précèdent ce déplacement, que de l’âge où il se produit. Les cavités de réception des tôles osseuses, et particulièrement les cavités cotyloïde et glénoïde, se montrent le plus souvent aplaties, elTacées ou comblées par de la graisse; les têtes osseuses sont tantôt à peuprès normales, tantôt déformées, atrophiées et conoïdes plutôtque sphériques. Les capsules articulaires, élargies, ont une grande laxité, et parfois elles sont doubles, l’une ancienne, l’autre nouvelle, et communiquent entre elles. Cette disposition, qui se rencontre uniquement chez l’adulte, est sans doute, comme l’ont pensé plusieurs auteurs, un effet de l’usure et de la déchirure de la capsule primitive, sous l’influence des efforts de la marche. Les ligaments interarticulaires, le plus souvent allongés, sont parfois tuméfiés et augmentés de volume au point de contribuer à chasser la tête osseuse des cavités qui la renferment.
Telles sont les principales modifications que présentent les articulations dans la luxation congénitale. Ces modifications ne sont pas sans analogie avec celles qui caractérisent les luxations traumatiques; toutefois, des dilférences notables permettent de séparer ces affections. La luxation traumatique est unilatérale, tandis que la luxation congénitale est ordinairement double; la rupture des moyens d’union articulaire, qui est la condition de la production de la luxation traumatique, n’existe que par exception et secondairement dans la luxation congénitale, où les parties ligamenteuses, telles que capsule libreus.e, ligament interarticulaire, etc., sont allongées et subordonnées à l’étendue du déplacement. Les cavités de réception des têtes osseuses, dans la luxation traumatique non réduite, comme dans la luxation congénitale, sont le plus souvent effacées et atrophiées, et lorsque dans cette dernière luxation la capsule vient à se rompre, l’extrémité de l’os déplacé, la tête fémorale par exemple, se creuse une cavité nouvelle peu différente de celle de la luxation accidentelle. Cependant, les têtes des os, saines et normales dans la luxation traumatique, sont déformées, atrophiées, dépourvues de cartilage d’encroûtement, et souvent réduites à l’état d’apophyse dans la luxation congénitale. Ainsi cette luxation, par ses caractères anatomiques, se distingue nettement, même à un âge avancé, des luxations accidentelles ou traumatiques.
Produites longtemps avant l’entier développement des os, les luxations congénitales sont fréquemment accompagnées de l’atrophie de ces organes et de celle des muscles voisins des articulations affectées. Mais en outre, lorsqu’il s’agit d’une luxation du fémur, les os du bassin sont ordinai-
ARTICULATIONS
rement déformés, et, par suite, la cavité pelvienne se trouve modifiée , circonstance importante à connaître au point de vue tocologique et qui ne peut être négligée par l’homme de l’art. Bien qu’existant depuis la naissance, la luxation congénitale des fémurs n’est reconnue en général qu’au moment où l’enfant commence à marcher, car, à cette époque seulement, le médecin est consulté. Le diagnostic n’est pas sans difficultés, surtout quand la luxation est double : la marche, la pose des pieds, ont bien, il est vrai, quelque chose d’insolite, il existe même une sorte de dandinement latéral ; mais ces phénomènes passent souvent inaperçus jusqu’à l’époque de la puberté où le développement du bassin rend les mouvements latéraux alternatifs de cette région plus prononcés. La luxation unilatérale se reconnaît plus facilement, car l’inégalité des deux membres inférieurs ne manque pas de frapper l’attention des parents, sinon dès la naissance, du moins aussitôt que l’enfant commence à se tenir debout, et d’ailleurs le membre raccourci e.st le plus souvent en rotation externe, la fesse est saillante et remontée. Cette infirmité se continue pendant tout le cours de l’existence, mais elle ne la compromet nullement.
Étiologie et pathogénie. — Les luxations congénitales des articulations i sont des accidents auxquels président des causes multiples, et qui, pour ce motif, ne constituent pas des accidents toujours identiques. Cependant, si leurs causes sont nombreuses, les conditions pathogéniques dont elles relèvent peuvent être groupées sous trois chefs principaux : l"ob- ' stade mécanique au libre développement de l’articulation; 2° désordres musculaires ; 3" lésions anatomiques des parties qui entrent dans la comi position de l’article.
Les obstacles mécaniques susceptibles de s’opposer au développement I des surfaces articulaires résultent des positions vicieuses du fœtus, qui i mettent le bassin en particulier dans l’impossibilité d’arriver à une con- ' formation régulière, et entraînent l’effacement plus ou moins complet
j des cavités cotyloïdes, point de conjugaison des trois os qui plus tard I constituent l’os coxal. Un fait des plus démonstratifs à cet égard se trouve représenté dans V Anatomie pathologique du corps humain de J. Cruveilhier. Le bassin, soumis à une compression latérale, se trouvait aplati de telle sorte que les deux os pubis se touchaient par leur face postérieure devenue interne, et les épines ischiatiques contiguës s’articulaient entre elles au moyen d’un ligament. Cet aplatissement latéral du bassin avait pour conséquence l’elfacement des cavités cotyloïdes et une luxation congénitale des fémurs avec allongement des ligaments interarticu-
Iflires et déformation des têtes fémorales. Les malformations qui ont cette origine sont généralement accompagnées d’autres désordres du même genre, tels que, pieds bots, spina4)ilida, éventration, exstropbie vésicale, etc.
Les désordres musculaires sont d’ordre spasmodique ou paralytique ; mais, dans tous les cas, pour que la luxation ait lieu, deux conditions sont nécessaires: d’une part, la paralysie ou la contracture d’un groupe musculaire; d’autre part, l’intégrité du groupe musculaire antagoniste, c’est de la sorte que se produit le plus souvent le pied bot. De la même façon les luxations congénitales des fémurs peuvent être dues à la paralysie des fessiers et des pelvi-trochantériens avec persistance fonctionnelle des adducteurs (Reclus). Quand, au contraire, tous les muscles moteurs de l’articulation sont paralysés, il y a laxité, mais non luxation de l’articu' lation.
Les articulations, dans le cours de la vieinlra-utérine comme plus tard, sont exposées à des lésions multiples, et celles-ci ont d’autant plus de gravité que le développement, n’étant pas achevé, se trouve par cela même arrêté : ainsi il en est des anomalies articulaires comme de celles du cœur, elles sont fréquemment l’effet d’un désordre pathologique. Ce désordre, très variable, porte tantôt sur la synoviale et les surfaces articulaircs, tantôt et plus spécialement sur les parties ligamenteuses. Les exemples de synovite congénitale sont assez communs ; lescasd’inflamma’ tion ligamenteuse sont au contraire très rares. Tillmanns a observé une petite fille de six mois, atteinte de luxation congénitale ilio- pubienne des fémurs, qui avait les ligaments ronds des articulations coxo-fémorales considérablement hypertrophiés, par suite d’un travail phlegmasique, et il pensa que cette hypertrophie avait amené le déplacement de la tête des fémurs. La luxation était double dans ce cas, mais en général les'déplacements congénitaux des articulations liés à un désordre inflammatoire sont unilatéraux, tandis que les autres sont presque toujours doubles, commie il est facile de s’en rendre compte.
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ANOMALIES DE NUTRITION
Les lésions articulaires qui rentrent dans cette division appartiennent pour la plupart à la classe des phlegmasies; un petit nombre seulement font partie des néoplasies, mais aucune ne peut être régulièrement placée parmi les hypertrophies, les atrophies ou les hypoplasies. Quelquesunes, intimement liées à un désordre de l’innervation, se rapprochent des arthrites déformantes, avec lesquelles elles ont l’analogie la plus complète ; elles seront décrites à leur suite.
§ I. — Phlegmasies des articulations. Arthrites.
Lésions extrêmement communes, ces phlegmasies ont été divisées jusqu’ici en arthrites aiguës et arthrites chroniques; mais cette classification, qui repose uniquement sur la durée, est insuffisante et confuse, partant elle doit être abandonnée. Les arthrites, si l’on tient compte de leurs caractères anatomiques, sont, comme toutes les phlegmasies, exsudatives, suppuratives ou prolifératives, et forment ainsi trois genres qui comprennent chacun un certain nombre d’espèces distinctes tant par la nature de la cause qui vient modifier les tissus articulaires que par une physionomie et une évolution particulières.