IX. — Épithcliome
Cette végétation ne se montre jamais primitivement au sein des muscles, normalement privés de tout élément épithélial ; elle apparaît dans ces organes, ou bien par propagation, ou bien par métastase. Née d’un tissu épithélial, elle sè propage par contiguïté aux tissus de son voisinage, et n’épargne pas plus les muscles que les viscères.
L’épithéliome des lèvres envahit peu à peu les muscles des mâchoires ; celui de la membrane muqueuse de la langue, les muscles linguaux ; celui des mamelles, les muscles du thorax, etc. Or, dans tous ces cas, la propagation, suivant Neumann, 0. Weber, Popper et Weil, s’opère de la même façon. Sur les limites de la tumeur, là où l’altération est à son stade initial, les noyaux musculaires se multiplient et s’hypertrophient, puis ces noyaux, placés en dedans du sarcolemme, s’entourent d’une masse notable de protoplasma, compriment et refoulent la substance contractile, qui devient bosselée, irrégulière, granuleuse, segmentée, et finit par être résorbée. Les cellules de nouvelle formation, qui rappellent
par leur caractère les cellules épithéliales, tapissent quelquefois assez régulièrement la face interne du sarcolemme pour qu’une section transversale présente un aspect identique à celle d’un canalicule glandulaire. Les éléments nucléaires du faisceau musculaire, modifiés par l’irritation de voisinage, parviennent ainsi à se transformer en éléments épithéliaux
ou cancéreux. Le tissu conjonctif n’est pas pour cela absolument inactif, et, le plus souvent, il participe au même processus.
Il faut reconnaître cependant qu’il n’en est pas toujours ainsi, etque l’épithéliomedes muscles peut se propager sans participation aucune des éléments du faisceau primitif ; loin de là, ce faisceau , comprimé , s’atrophie au fur et à mesure que s’étend le néoplasme épithélial, comme le montre la figure 84. Dans la propagation à distance, c’està-dire dans les cas d’épithéliome métastatique des muscles, les vaisseaux lymphatiques sont les seuls agents de propagation ou d’infection .
Dans l’épithéliome seondaire du diaphragme, en effet, ces vaisseaux jouent un rôle important, et la transformation épithéliale paraît s’opérer aux dépens de leurs cellules endothéliales (Rajewsky).
L’épithéliome musculaire par propagation de voisinage forme des masses plus ou moins molles ou indurées, faisant corps avec la masse principale et quelquefois isolées, mais semblables à cette dernière.
L’épithéliome métastatique, distinct du précédent par son développement dans des points multiples éloignés de la lésion initiale, se présente sous la forme de nodosités fermes, résistantes, arrondies, plus souvent aplaties, ou déprimées à leur partie centrale, peu différentes de toutes celles qui se développent secondairement dans les viscères, et qu’il est généralement possible de reconnaître même à l’œil nu. Histologiquement, ces tumeurs sont constituées par les mêmes éléments que l’épithéliome initial, et, comme ce dernier, elles peuvent présenter autant de
BAUOURtAli
Fig. 8i-. — Coupe microscopique d’un épilhéliome de la langue. Plusieurs fibres musculaires sont comprimées et atrophiées parla végétation épithéliale.
MUSCLES
variétés qu’il y a de variétés d’épithéliums. Généralement développé dans le tissu interstitiel, cet épithéliome comprime et dissèque, pour ainsi dire, les faisceaux musculaires qu’il finit par envahir, attendu qu’il parvient à son tour à se propager par voisinage.
Bibliographie. — E. Neumann, Beitrüge zur Kenntniss der Entwickelung der Neoplasmen [Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1861, t. XX, p. 156). — P. SiCK, Ibid., 1864, t. XXXI, p. 331. — Parmentier, Mém. sur les tumeurs dites cancéreuses des muscles de la vie de relation (Union méd., nouv. scr., 29 et 31 août 1861). — Léon Vignes, Recherches sur les tumeurs dites cancéreuses primitives des muscles de la vie de relation. Thèse de Paris, 1862. — F. Popper, Bie Entwickelung des Krebses in den querg estreiften Muskelfosern (Zeitschrift der k. k. Gesellschaft der Aertze zu Wien, 1865, jahrg. 21, t. II, p. 37; analyse dans Schmidt’ s Jahrbücher, t. CXXIX, p. 36). — Otto Weber, Scirrhose Carcinome der Muskeln {Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1867, t. XXXIX, p. 262. Epithelialkrebs der Muskeln, p. 266). — R. Volkmann, Zur Histologie des Muskelkrebses (Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1870, t. L, p. 543). — G. Weil, Reitrage zur Kenntniss des Muskelkrebses (Striker’s med. Jahrb., 1873, p. 285; anal, dans Revue des sciences méd. , t. III, p. 127). — Arcadius Rajewsky, Ueber secondare Krebsentwickelung im Diaphragm (Archiv f. path. Anat. und Physiol., 1876, t. LXVI, p. 154, et Rev. des sciences méd., t. VIII, p. 529).