II. — Névrites suppuratives
Ces névrites, bien différentes de celles qui précèdent, sont caractérisées par la présence de globules purulents au sein du stroma conjonctivovasculaire des nerfs. Consécutives dans la plupart des cas à une suppuration de voisinage, elles forment dans la classe des phlegmasies nerveuses un genre à part, relativement pauvre, mais néanmoins distinct tant par ses caractères macroscopiques et microscopiques que par ses origines.
Les nerfs lésés sont injectés, tuméfiés, rougeâtres ou jaunâtres et quelquefois ramollis. Le périnèvre et le tissu conjonctif interfasciculaire sont le siège d’un processus congestifet d’une infiltration plus ou moins étendue
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(le sérum eide leucocytes. Celte infiltration, constatée par Martinet entre les différents vaisseaux qui composent le nerf sciatique, et par quelques observateurs dans d’autres nerfs, ne peut être mise en doute. Néanmoins, il faut reconnaître que, dans un certain nombre de cas, les nerfs situés au sein des foyers de suppuration et directement baignés par le pus n’offrent d’autre modification qu’un épaississement du périnèvre, comme si I cette membrane faisant l’office du péritoine formait une barrière au pus I et défendait les nerfs contre la suppuration. Du reste, lorsque la suppu- [ ration envahit le périnèvre et le tissu interfasciculaire, la gaine lamelj leuse forme à la diffusion du pus dans l’intérieur des faisceaux une bar- I rière à peu près infranchissable, et les tubes nerveux ainsi préservés conservent le plus souvent leurs propriétés.
Les cordons nerveux ont donc peu de tendance à la suppuration. Gendrin prétend que la présence d’un corps étranger dans leur épaisseur les détruit par ulcération sans produire d’infiltration purulente, et plus récemment Vulpian a pu s’assurer que la cautérisation, la pression entre le mors d’une pince, la ligature des nerfs et même d’autres traumatismes j ne parviennent pas à produire une névrite suppurative véritable au delà des points soumis à la violence expérimentale. Toutefois, lorsque la suppuration d’un cordon nerveux est de longue durée, les tubes, comprimés f sinon baignés par le pus, subissent au-dessous du point lésé une série de transformations qui ne diffèrent pas sensiblement de celles qui succèdent à une section nerveuse.
Bibliographie. — Martinet, Mm. sur Tinfl. des nerfs {Rev. méd., 1824). —
J Gendrin, Histoire anatomique des inflammations, Paris, 1826, t. II, p. 149. — - 'i Andral, Précis d’ anatom. pathologique, Paris, 1829, t. II, p. 887. — Chassaii GNAc, Traité de la suppuration, Paris, 1859, p. 789. — A. Collin, Contribu- ; tiond l’étude de la névrite suppurative. Thèse de Paris, 1876. — V. Cornil et
Il L. Ranvier, Man. d’histologie pathoL, 2® part., p. 600. — A. Vulpian, Leçons i sur les nerfs vaso-moteurs, Paris, 1875, t. II, p. 295.
I I III. — Névrites prolifératives.
I Caractérisées par la formation au sein de la substance interfasciculaire * I des cordons nerveux d'un tissu conjonctif embryonnaire qui tend à s’ori jl ganiser définitivement ou à disparaître en partie, ces névrites constituent li un genre distinct et méritent toute notre attention. Néanmoins, comme J elles se montrent dans le cours de maladies diverses et résultent de l’ac- ' I tion d’agents spéciaux dont chacun imprime à la lésion nerveuse un I'
cachet particulier, il est nécessaire de diviser ce genre en espèces ; aussi décrirons-nous successivement une névrite éléphantiasique ou scléreuse, une névrite syphilitique ou gommeuse, une névrite lépreuse, et une névrite tuberculeuse.
Névrite éléphantiasique ou scléreuse. — Cette névrite, moins nettement définie que celles qui vont suivre, est presque toujours secondaire soit à une lésion de voisinage, soit à une altération primitive des centres nerveux, et de là deux variétés, sinon deux espèces distinctes : névrite par propagation, névrite consécutive à une lésion des centres nerveux.
Névrite par propagation. — La névrite secondaire à une lésion de voisinage a pour type la névrite de l’éléphantiasis, aujourd’hui bien connue au point de vue de ses caractères microscopiques et de sa composition histologique. Les nerfs affectés, loin de pouvoir glisser au sein d’un tissu cellulaire lâche, sont fixés aux parties voisines et immobilisés par un tissu scléreux comme cicatriciel ; ils sont gonflés, indurés et plus résistants qu’à l’état normal. Sur des coupes colorées au carmin et examinées à un faible grossissement, Cornil a pu constater que le névrilème était notablement épaissi et renfermait des îlots de tissu cellulo-adipeux ; le tissu conjonctif interfasciculaire était manifestement tuméfié. Les coupes des faisceaux primitifs, examinées à un grossissement suffisant, laissaient voir des cylindres d’axe irréguliers ou remplacés par une cavité plus grande que le cylindre lui-même, désordre vraisemblablement consécutif. Toujours circonscrite au membre ou à la partie affectée d’éléphantiasis, la névrite en question coexiste avec une altération des vaisseaux lymphatiques et sanguins, et de plus avec une sclérose du derme et des muscles.
L’éléphautiasis endémique n’est pas la seule maladie dans laquelle on observe une névrite proliférative; d’autres maladies avec lésions scléreuses peuvent avoir le même résultat. Depuis longtemps Beau a admis Texistence de névrites consécutives à la pleurésie, mais seulement dans les nerfs intercostaux, ou encore dans les nerfs phréniques et même dans le piieumo-gastrique. Les phlegmasies du péritoine peuvent engendrer des accidents du même genre du côté des nerfs du bassin, et de là certaines douleurs succédant à la pelvi-péritonite. Les phlegmasies des méninges de la base de l’encéphale se continuent ou se propagent de la môme façon jusque dans les nerfs cérébraux. Cette propagation beaucoup moins rare qu’on ne le pense donne l’explication de quelquesuns au moins des phénomènes de rigidité et de contracture musculaire,
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d’hyperesthésie, etc., survenant du côté de la tête et du cou dans le cours de certaine méningite.
Les phlegmasies prolifératives de la tunique externe des gros vaisseaux, l’aorte notamment, parviennent aussi, du moins dans un certain nombre de cas, à produire une névrite scléreuse des filaments nerveux qui rampent à la surface de ces canaux. Cette névrite est relativement commune dans le plexus cardiaque qui, par sa situation entre l’artère pulmonaire et l’aorte, s’y trouve prédisposé, mais elle se rencontre dans d’autres points du système artériel, où des nerfs se trouvent accolés aux vaisseaux. Dans un cas de phlegmasie proliférative de la première portion de l’aorte avec angine de poitrine, il m’est arrivé de trouver le plexus cardiaque compris dans un tissu scléreux formé aux dépens de la tunique externe de l’aorte, et envahi par les éléments de ce tissu, attendu qu’il existait entre les faisceaux nerveux de nombreuses cellules embryonnaires de tissu conjonctif. (Voy. mon Atlas d'anatomie pathologique, pl. 25, lig. 1 et 2.)
Névrite scléreuse consécutive ci une lésion des centres nerveux. — Cette névrite n’est manifeste que dans les cas d’hémiplégie ancienne, elle se révèle par l’augmentation de volume des nerfs correspondants à la lésion qui a produit celte paralysie. Les nerfs ainsi modifiés peuvent être doublés par le simple fait d’un épaississement du périnèvre et du tissu conjonctif interfasciculaire provenant de la prolifération de ce tissu. Les tubes nerveux sont généralement intacts, ou du moins ils conservent leur structure normale (Cornil).
Indépendamment de cette névrite, il n’est pas rare de trouver dans la sclérose en plaques du cerveau et de la moelle épinière des lésions des nerfs ayant de grandes analogies avec celles des centres nerveux. Ces lésions se présentent sous la forme de plaques indurées, grisâtres ou blanchâtres, plus ou moins étendues, et disséminées sans ordre sur le trajet des cordons nerveux. Au niveau de ces plaques il existe un tissu conjonctif de nouvelle formation à une phase plus ou moins avancée de son développement.
Bibliographie. — Hilary, Observât, of the change of the air and concomitant epidemical diseuse in theisland of Barbadoes. London, 1759. — Favre, Observ. d'éléphantiasis des Arabes, etc. {Bidl.de la Soc. anatomique, 1830, t. V, p.50). — Nœgelk, Archiv. gén. de niéd., t. XllI, p. 431. — Carl Decker, Èléphantiasis ou lèpre arabe. Lahr, 1858. Analyse dans Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie, p. — J. Crüveilhier, Traité d'anatom. path. générale. Paris,
I 1882, t. IV, p. 19. — Moxon, On the morbid anatomy of elephantiasis Graecorum {Gur/s Hospital Reports, 1862, t.XIV , p. 218). — Newman et Butlin, Elephan- Lancereaux. — Traité d’Anat. patli. lit. — 2i
tianis of the right lower extremity (Transact. of the patholog Soc. of London, 1875, t. XXVI, p. 21 1). — R. ViKcnow, Neuritis interstitialis proliféra (Archiv f. pathol. Anal, und Physiologie, 1871, t. LUI, p. 411). — Girard et Cornil, Éléphaiitiasis des Arabes, Hypertrophie des nerfs, etc. (Bullet. de la Société anatomique, 1883, p. 155-lüO).
S. Beau, lie la névrite et de la névralgie intercostales {Archiv. génér. de médecine, février 1847, t. I, p. 161). — E. Lancereaux, De l’altération de l'aorte et du plexus brachial dans l'angine de poitrine (Gaz.méd. de Paris, 1864, p. 492, et Atlas d’anatom. path., Paris, 1870, p. 256, avec pl.). — Loupias, Quelques observ. d’anat pathol. pour servir à l’étude de l’angine de poitrine. Thèse de Paris, 1865. — Fr. Scrultze, Ueber das Verhalten des Rückenmarks und der Rùckenmarksnervenwulzeln bei akuter Basiiarmeningitis {Berlin, klin. Wochenschrift, 1876, t. XIII, n"® 1, 2 et 3). — Liouville, Deux cas de sclérose en plaques de la moelleet du cerveau {Bullet. de la Soc. anat , 1868, t. XLIII, p. 354). — Cornil, Lésions des nerfs dans les hémiplégies anciennes {Conipt. rendus et Mém. de la Société de biologie, 1863, et Gaz. méd. de Paris, 1863, p. 406).
Névrite syphilitique. — Les localisations de la syphilis sur les cordons nerveux sont rarement primitives ou directes ; le plus souvent, elles se fixent tout d’abord sur une membrane telle que la pie-mère, la duremère, le périoste crânien, etc., ou bien sur une artère ou un organe comme l’encéphale, pour s’étendre ensuite aux nerfs du voisinage, et conséquemment les désordres qu’elles déterminent sont secondaires ou indirects (lig. 94). Cette circonstance nous donne la clef de la fréquence relative des lésions syphilitiques des cordons nerveux et nous permet de comprendre comment les nerfs crâniens et les nerfs situés dans le voisinage du périoste sont les plus fréquemment atteints.
La névrite syphilitique est une lésion de la période tertiaire plutôt que de la période secondaire, et, comme toutes les lésions avancées de la syphilis, elle est circonscrite à un ou plusieurs points de l’organe affecté. Elle a pour siège spécial lenévrilème et le tissu conjonctif interfasciculaire, et se présente sous deux formes ; forme scléreuse et forme gommeuse.
La forme scléreuse de la névrite syphilitique diffère peu de la névrite scléreuse proprement dite ; elle est cai’actérisée par un changement de coloration avec tuméfaction plus ou moins étendue d’un seul ou de plusieurs cordons nerveux. Les nerfs affectés sont indurés, fermes, grisâtres et parfois rétractés (lig. 95), tantôt libres, tantôt compris dans une gangue de tissu conjonctif de nouvelle formation qui les fait adhérer aux tissus ou aux organes voisins (1).
(1) Sijphilis. — Névrite des nerfs moteurs oculaires communs. — Destruction de lu voûte palatine; tubercule de la face; hépatite gommeuse. '
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L’examende coupes microscopiques perpendiculaires au grand axe de I ces nerfs permet de constater que le tissu interfasciculaire est plus épais
Fig. 94. — n,n, deux divisions du nerf frontal sectionnées et comprimées par les éléments d’une périostite gommeuse syphilitique. — g, g, pelotons graisseux.
que normalement, non pas dans toute son étendue, mais sur des points divers, comme si la lésion frappait partiellement le cordon nerveux. Cet épaississement est le résultat de l’apparition, au sein du tissu interstitiel, d’éléments conjonctifs nouveaux qui, peu à peu, en s’organisant, se rétractent, d’où la compression des tubes nerveux, et plus tard
'iG. 95. — Section de l’encéphale au niveau des pédoncules cérébraux. En avant et en bas de ces pédoncules représentés par deux larges taches blanches se voit un îlot de substance grise d’où partent les nerfs de la 3® paire a, amincis, indurés et rétractés.
leur étranglement. Les faisceaux nerveux, inégalement altérés, sont les uns atrophiés et plus ou moins complètement détruits, les autres dans un état d’intégrité presque totale. Cette irrégularité et la circonscription de
D. E.,., âgée de 41 ans, repasseuse, est atteinte de syphilis en 1871 (chancre, éruption généralisée), et, pendant les deux années qui suivent, elle fait deux fausses couches; plus tard, elle perd une partie de la voûte palatine et de la cloison du nez ; enfin, en 1881, il lui survient une gomme du voile du palais, des tubercules de la face et une paralysie progressive des nerfs moteurs oculaires communs. C’est au cours de ces accidents que cette malade est admise dans notre service (hôpital de la Pitié), le 16 décembre 1881. A cette époque, il existe une déviation prononcée des deux yeux en dehors, marquée à droite du ptosis et de la mydriase, et, en même temps, un léger degré d’amblyopie à gauche. La malade accuse des maux de tête et présente une hyperesthésie à peu près générale. Elle n’a ni contracture ni paralysie, mais elle est sans appétit et vomit parfois de la bile. La 1 voûte palatine est perforée et le voile du palais laisse voir un large ulcère ; la peau du visage est le siège de plusieurs tubercules ulcérés et recouverts de croûtes. Un traitement
l’altération sont ici comme ailleurs les principaux caractères de la syphilis tertiaire.
La forme gommeuse de la névrite syphilitique ne diflère de la forme scléreuse que par l’existence, sur un ou plusieurs points, d’une exubérance de tissu conjonctif embryonnaire, lequel, ne parvenant pas à se nourrir, subit une sorte de transformation granulo-graisseuse qui diminue sa consistance et lui donne une coloration jaunâtre ou grisâtre. Dans ces conditions, les nerfs, ceux de l’encéphale surtout, présentent à leur origine ou sur leur trajet de petits nodules miliaires ou lenticulaires saillants, grisâtres, secs, peu élastiques, souvent parsemés de points jaunâtres, grenus à la coupe, faciles à écraser sous le doigt. Telle est celte lésion dans sa période d’état. Plus tard, les éléments nouveaux, transformés et résorbés, laissent à leur place un tissu de cicatrice et des faisceaux nerveux plus ou moins altérés, c’est la seconde phase du processus.
La première de ces phases a été vue par plusieurs auteurs ; quant à la seconde, nous avons pu en constater l’existence dans un cas de gomme syphilitique du trijumeau que nous avons suivi pendant plus d’une année. Lorsque la malade succomba, le tissu gommeux avait disparu, les nerfs des cinquième, septième et huitième paires droites se trouvaient englobés dans un tissu fibreux très compact ; le ganglion de Casser était aplati, induré et réduit à une mince bandelette blanchâtre comme s’il s’agissait d’une cicatrice. Les éléments nerveux se trouvaient étouffés par le tissu conjonctif, ils étaient atrophiés là où ils n’avaient pas disparu (1).
spécifique est institué et suivi par la malade ; mais, le 'îi. décembre, six jours après son entrée, elle tombe dans le coma et succombe.
Autopsie. — Le crâne est sclérosé, la dure-mère n’est pas altérée et les méninges molles n’offrent pas de modification sensible. Toutefois, les nerfs moteurs oculaires communs, préparés avec soin, se font remarquer à leur origine et sur leur trajet par un cliangement de volume, une induration manifeste, et surtout par une coloration gris noirâtre, qui se rencontre encore dans la substance nerveuse au niveau de l’origine apparente de ces nerfs. La pie-mère qui les recouvre est épaissie. Cette membrane est injectée, et quelque peu épaissie au niveau du chiasma des nerfs optiques. Les deux premières circonvolutions frontales (droite et gauche) sont ramollies à leur partie postérieure et interne. Le cœur et l’aorte sont intacts; les poumons sont congestionnés à leur base. Le foie est le siège de cicatrices multiples, étoilées et profondes, indices de gommes résorbées. Les reins sont peu modifiés. Les trompes utérines sont adhérentes, l’utérus est normal.
L’examen histologique des nerfs moteurs, qui eût été des plus intéressants, n’a pu être pratiqué, a cause du garçon d’amphitliéâlrc, qui fit disparaître le cadavre aussitôt que le dessin macroscopique fut terminé.
(1) Syphilis. — Altération du nerf trijumeau droit, avec douleurs de tête, anesthésie delà face et fonte purulente de l’œil correspondant. Dyspepsie. Vomissements, puis c.mé-
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Bibliographie. — L. Gros et f^ANCEREAUX, Affections nerveuses syphilitiques. Paris, 18G1. — J. H'uglings Jackson, Cases of diseuse of the nervous System {London hospital Reports, 1867-68, t. IV, p, 314), — Lépine, Dégénérescence
lioratioH sous l’influence d’un traitement ioduré longtemps continué. Retour des douleurs. Paralysie des nerfs de la cinquième, septième et huitième paire. En dernier lieu, débilité générale, coma et mort.
V. P...., liiigère, contracta, à l’àgè de vingt-deux ans, un chancre syphilitique de la grande lèvre, qui fut rapidement suivi de plaques muqueuses aux parties génitales, d’angine et d’une éruption rubéolique généralisée. 11 n’y eut aucune autre lésion syphilitique depuis cette époque, du moins si on en juge par l’état des téguments, qui n’offrent pas la moindre trace de cicatrice. Toutefois, en 1877, cette malade, âgée de quarante-cinq ans, éprouva du côté droit de la tête de vives douleurs avec légère exacerbation nocturne. En même temps, digestions pénibles et amaigrissement rapide. Un traitement ioduré ne tarda pas à améliorer cet état; mais la malade quitta l’hôpital trop tôt, s’abstint de toute médication et endura pendant des mois entiers d’atroces douleurs névralgiques, jusqu’au jour où de graves désordres du côté de l’œil ta firent entrer à l’hôpital Saint-Antoine (service de chirurgie). 11 était facile alors de reconstituer la série des accidents présentés par cette malade .• kératite neuroparalytique, abcès cornéen, perforation, hernie de l’iris, qui est encore compris dans une cicatrice, et, enfin, staphylome consécutif.
L’incurabilité de cette affection, jointe aux douleurs névralgiques intenses de la face à droite et à une surdité à peu près totale du même côté, engagea mon collègue, le docteur Le Dentu, à faire passer cette malade dans mon service à la fin de l’année 1878. La névralgie faciale fut traitée par l’iodure de potassium à haute dose, tandis que le régime lacté, l’emploi de poudres stomachiques relevaient les forces déprimées et stimulaient les fonctions digestives de la patiente. Celle-ci sortit, améliorée, au bout d’un certain temps, mais non guérie ; aussi, le 3 avril 1879, elle venait de nouveau réclamer nos soins à l’hôpital de la Pitié. Elle était alors très émaciée, avec du muguet dans la bouche ; des douleurs plus vives que jamais étaient ressenties sur le trajet des branches de la cinquième paire, où l’on constatait les points douloureux de Valleix; il existait de plus une exostose située au niveau du sourcil gauche, une surdité complète et une hémiplégie faciale à droite. Ajoutons que la plupart des dents s’étaient cariées et étaient tombées par morceaux, d’abord à la partie droite de la mâchoire supérieure et ensuite à celle de gauche.
Soumise au traitement qui avait été déjà employé, cette malade cessa bientôt de souffrir, et son état général s’améliora au point que ses règles reparurent après une suppression d’une année, elle reprit même de l’embonpoint. Toutefois, la médication ayant été cessée à plusieurs reprises, pour satisfaire à son désir, tes douleurs frontales ne tardèrent pas à reparaître. Puis, à l’hyperesthésie faciale qui existait autrefois, succéda peu â peu de l’anesthésie de la moitié droite de la langue, de la pituitaire et de la peau de la joue droite; la région frontale seule demeura sensible.
La mastication devint difficile, et, de temps à autre, la moitié droite du front et de la tête était le siège d’élancements douloureux comparables à des décharges électriques. Des douleurs se firent sentir enfin dans la région droite du cou, puis il survint des vertiges pendant la marche avec tendance à tomber à droite. Un léger degré de raideur apparut dans la jambe du même côté, depuis longtemps sujette aux crampes, les articulations des poignets devinrent le siège d’élancements douloureux et il se produisit une certaine difficulté des mouvements de la main. Plus tard, la miction se trouva gênée et difficile, la sensibilité des membres du côté droit s’exagéra, tandis que le mouvement s’affaiblit.
A partir des premiers jours de janvier 1881, la santé générale déclina; le 27, la malade tomba dans une sorte de stertor avec insensibilité à peu près générale, et elle succomba le 29 â dix heures du soir.
Autopsie. — Épaississement de la calotte crânienne au niveau de l’occipital; la corne
syphilitique du nerf cuùitul (Bull, delà Soc. anatoni., 1867, t. XLII, i>. o77).
Fr. Robinson, Transact. of the patliol. Soc. of London, 1869, t. XX, p. 17. — P. Pétrow, JJeber die Vcranderungen des symp. Nervensyst. bei constitut. S^jphi-
spliétiüïdale du côté droit et la protubérance au niveau de la cinquième paire adhèrent aux méninges correspondantes (pie-mère et dure-mère) qui sont épaissies ; de même la substance du cervelet, superficiellement indurée, se trouve unie à ces membranes au niveau du conduit auditif interne.
Le nerf trijumeau droit est comme dissocié à son origine ; en tout cas, beaucoup plus mince que son congénère, il présente, au niveau de son passage sur le bord supérieur du rocher, un petit renllement induré, formé d’éléments conjonctifs embryonnaires dont quelques-uns en voie d’altération granulo-graisseuse. 11 existe en outre, sur la face postérieure du rocher, une masse calleuse impossible à dissocier, qui s’étend du conduit auditif interne au sommet de l’os, et résulte de la fusion des méninges molles de la duremère avec la substaneo cérébelleuse voisine.
Les nerfs des cinquième, septième et huitième paires du côté droit, atrophiés et manifestement altérés, sont englobés dans ce tissu fibreux très compact. Le ganglion de Casser, du même côté, beaucoup moins saillant et plus aplati que son congénère, se trouve réduit à une simple bandelette; il offre une coloration blanchâtre, comme s’il s’agissait d’une cicatrice; il est induré et résistant. Le ganglion du côté opposé est normal et, partout ailleurs, les méninges et l’encéphale sont sains.
L’examen comparatif des coupes histologiques dos deux ganglions permet de constater qu’il existe à droite un développement considérable des éléments conjonctifs, une sorte de gangue fibreuse infiltrée de graisse qui étouffe les éléments nerveux. Ceux-ci, les cellules aussi bien que les fibres, sont plus ou moins profondément atrophiés. Les fibres nerveuses ne possèdent plus de myéline, et quelques-unes seulement laissent encore voir le cylindre-axe. Semblable altération est constatée dans les nerfs auditif et facial.
Le globe de l’œil droit est flasque et beaucoup plus mou que celui de l’œil gauche. La cornée est complètement opaque. La perforation est située dans la moitié inférieure; elle est bouchée par une substance jaune assez adhérente. La chambre antérieure a presque complètement disparu. L’iris est très dilaté et adiière dans toute sa petite circonférence à la face postérieure de la cornée.
11 existe une synéchie totale antérieure et une adhérence intime au niveau de la cicatrice cornéenne sans synéchie postérieure. Le cristallin, complètement opaque, a la consistance d’un cartilage mou; il est d’un blanc légèrement grisâtre, un peu ambré au centre, mais n’a pas la couleur jaune sombre de la cataracte sénile ordinaire. Le corps vitré n’a rien de spécial. La choroïde et les procès ciliaires sont beaucoup moins colorés que du côté sain ; ils ont une teinte brune plutôt que noire. La rétine est d’un gris un peu plus prononcé que du côté sain; elle paraît épaissie et flotte moins bien dans l’eau. La papille ressort mieux sur le plan de la rétine; à l’œil nu et a la loupe, on ne constate pas d’autres lésions. Les muscles de l’œil droit ont la même couleur et la meme consistance que ceux du côté gauche.
Adhérences des poumons aux plèvres, quelques points de pneumonie stasique à la base du poumon droit, et aussi, sur une faible étendue, à la base du poumon gauche. Cœur normal; aorle semée de quelques plaques graisseuses.
Le foie présente, au niveau de son lobe droit, une cicatrice étoilée et déprimée qui envoie des prolongements fibreux à l’intérieur du parenchyme. C’est là une lésion manifestement syphilitiiiue, indice d’une gomme ancienne. La raie est un peu volumineuse. La capsule des reins adhère sur plusieurs points à la substance corticale ; en ces points, il existe de petites plaques d’induration.
Les trompes adhèrent aux ovaires et à l’utérus. L’ovaire droit est manifestement volumineux et sclérosé. Les parois utérines renferment un corps fibreux du volume d’une
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lis (Archio f. path. Anat. und Physiolog., 1873, t. LVII, p, 121). — Barlow, Syphilis congéniUde, gomme des nerfs crâniens (Med. Times and Gaz. et Gaz. méd. de Paris, 1877, p. 479). — E. Lancereaux, Traité historique et pratique de lu syphilis, éd., Paris, 1856 ; 2® éd,, Paris, 1873, p. 375. — Le même, Leçons de clinique médicale, Paris, 1883, p. 100. — Le même. Paralysies toxiques et syphilis cérébrale. Leçons recueillies par L. Gautier. Paris, 1883, obs. V.
Névrite tuberculeuse. — De même que la syphilis, la tuberculose n’affecte pas indistinctement tous les nerfs, mais elle localise de préférence ses effets sur quelques-uns d’entre eux. La névrite tuberculeuse accompagne presque toujours une tuberculose méningée et fait pour ainsi dire partie de cette affection, car elle commence au niveau des origines nerveuses et s’étend de là vers les troncs. Les nerfs crâniens sont particulièrement prédisposés à cette lésion relativement rare dans les racines des nerfs rachidiens et beaucoup plus encore dans les cordons nerveux des membres. En général les granulations tuberculeuses apparaissent dans la pie-mère sur le trajet des vaisseaux et se généralisent ensuite peu à peu au stroma conjonctif des nerfs de la base du crâne et quelquefois aussi, lorsque les méninges spinales sont prises, aux racines des nerfs rachidiens. Les nerfs le plus fréquemment affectés sont les deuxième, troisième, quatrième et sixième paires cérébrales ; c’est pourquoi les désordres fonctionnels de ces cordons nerveux sont si fréquents dans la méningite tuberculeuse.
Parcourus par des vaisseaux dilatés, les nerfs affectés de tuberculose offrent une teinte sombre, grisâtre ; ils sont comme œdématiés et semitransparents. Vus au microscope, ils présentent des granulations tuberculeuses attenant aux vaisseaux ou bien une infiltration du tissu interfasciculaire par des cellules conjonctives embryonnaires gênant plus ou moins fortement la nutrition des tubes nerveux. La modification qui en résulte porte sur la myéline qui est coagulée, fendillée ou même granuleuse ; mais parfois aussi elle peut aiteindre le cylindre-axe. (Voy. mon Atlas d’anatomie pathologique.)
Les nerfs encéphaliques ne sont pas influencés par la tuberculose uniquement dans le crâne; les ner's pneumogastriques et phréniques, en rapport les uns avec les ganglions bronchiques, les autres avec les plèvres, peuvent subir cette même influence par leur contact avec des tissus tuberculeux. Les cas de ce genre, peu rares en ce qui concerne le pneumogastrique, méritent d’être connus à cause des accidents sérieux dont la lésion des nerfs vagues surtout peut être le point de départ ; ainsi il m’a été donné de voir chez des phthisiques plusieurs cas de mort rapide
OU subite, qui n’avaient d’autre cause qu’une altération des ganglions bronchiques et du pneumogastrique correspondant. D’un autre côté les rameaux du grand sympathique et particulièrement le plexus solaire sont exposés à de semblables désordres, et tout dernièrement j’ai pu observer un fait des plus intéressants à ce point de vue, car il montre que, non seulement la tuberculose des ganglions lymphatiques prévertébraux, mais encore celle des capsules surrénales, peut être l’occasion de troubles nerveux graves et difficiles à reconnaître. Dans ce cas, en effet, on voyait très nettement sur les branches de ce plexus et sur le ganglion semi-lunaire gauche de petites masses caséeuses qui semblaient s'enfoncer entre les faisceaux nerveux (1).
(1) Tuberculose primilive des capsules surrénales avec lésions concomitantes de quelques branches du plexus solaire, sans mélanodermie, vomissements, fades péritonitique, etc.
M., âgée (le trente-()iiatre ans, domestique, est une femme bien constituée, qui a perdu sa mère à l’âge de trente-neuf ans, et dont le père se porte bien. Elle a perdu son mari après trois ans d’une maladie de poitrine. Cette femme a joui d’une bonne santé jusque il y a dix-huit mois, époque où elle a été prise de vomissements alimentaires qui avaient lieu très peu de temps après les repas, se reproduisaient quelquefois pendant k trois jours de suite, et cessaient totalement pendant une quinzaine de jours. Un médecin iii
consulté au bout d’un certain temps ayant diagnostiqué une gastrite, prescrivit l’applica- li.
tion d’un vésicatoire à l’épigastre, le lait et l’eau de Vichy. Sous l’influence de ce régime 'il!-
suivi pendant près de deux mois, les vomissements ne se reproduisirent pas, mais plus Ç
tard ils recommencèrent et devinrent plus fréquents qu’ils n’étaient tout d’abord. Depuis un mois elle est dans l’état où nous la voyons le 14 juin 1884 lors de son entrée à l’hôpital. Elle ne vit que de lait, rend en général cet aliment une heure ou une heure et > r
demie après l’avoir pris, et si elle ne boit pas son lait, elle n’en a pas moins des nausées i-
et souvent vomit de la bile. D’ailleurs, elle est sans appétit, éprouve une répugnance invin- 1 1
cible pour certains aliments et notamment la viande de boucherie; elle mange volontiers les œufs, le beurre, et prend le lait avec assez de plaisir. Scs garde-robes sont difficiles | v et ses selles fréquemment enveloppées d’un mucus gélatiniforme. !
La langue est par places desquamée et lisse, le voile du palais rouge et injecté; les gencives sont rosées, brillantes et douloureuses; la membrane muqueuse des joues est ! [ normale. Les yeux sont profondément excavés et la physionomie exprime l’abattement et l’anéantissement des forces; la peau est normale. Le ventre est aplati, les battements arté- i riels sont très prononcés à l’épigastre ; absence de tumeur au palper, mais clapotement du contenu de l’estomac. La malade ne tousse pas et ne présente aucun désordre matériel du coté du cœur, malgré de violentes palpitations; le foie et la rate n’offrent rien de particulier. La note dominante chez cette malade, en somme, ce sont les vomissements et une prostration telle qu’elle ne se remue presque pas dans son lit, évite môme de changer de place, de se lever pour aller aux cabinets, et n’y va qu’en se traînant, ce qui la fatigue outre mesure.
Le 16 juin, la malade continue de vomir son lait; elle pèse 41 kilogrammes, tandis qu’il y a deux ans elle en pesait 55. Sa température axillaire est de 36“ : lait, glace, potion avec chlorate de potasse. Les jours suivants elle continue de vomir; les urines des vingt-quatre heures varient entre un et deux litres; elles sont claires et ne renferment i ni sucre ni albumine. Le 21 juin, elle vomit en plusieurs fois près d’un litre de lait coagulé, mélangé de bile ; la constipation est opiniâtre, la langue est toujours très rouge, il •
NERFS
Bibliographie. — M. Nélaton, Tubercules développés à l'orùjine des nerfs des troisième, cinquième, septième et huitième paires. Perte de l'ouïe, de la vue et de l'odorat. Conservation du goût et de la sensibilité des téguments de la face {Bidl. de la Soc. anut., 1833, t. VIII, p. 135). — E. Lancereaux et P. Lackerbauer, Atlas d'anatomie patholog., pl. 40, (ig. 2. Voyez en outre la bibliographie de I la méningite tuberculeuse. — Ladreit de Laciiarriére, Méningite tuberculeuse; tubercule du nerf optique droit, chez un enfant de quinze mois (Bull, de la Soc. anal., 1859, p. 47). — Bousseau, Névrite optique dans la méningite tubercideuse \ (Bull, de la Soc. anatom., 1867, t. XLII, p. 681). — Peter, Névralgie sciatique chez les phthisiques (Leçons de clinique médicale, t. II, p. 389). — Friot, Bêla sciatique chez les phthisiques. Thèse de Paris, 1879. — Dreyfous, Névralgie 1 chez les tuberculeux ; tuberculose des nerfs (Franc, met/., 1884, n® 64).
survient du lioquet. Le 2:2, les yeux sont profondément excavés, ral)attement est excessif.
: La malade accuse une lassitude extrême, elle a toutes les peines pour se soulever dans
] son lit. Elle balance sans ordre ses bras et ses jambes, puis, à partir de quatre heures du
S soir, elle change de place à chaque instant dans son lit, se tourne et se retourne; enfin,
vers huit heures du soir, elle se couche brusquement sur le ventre et meurt.
Autopsie. — Le cerveau, la protubérance et le bulbe sont normaux. Le poumon gauche adhère avec la paroi thoracique dans une grande partie de son étendue, et renferme à son sommet trois petites masses tuberculeuses. Le poumon droit, libre de toute adhérence, ne renferme pas moins une masse caséeuse ancienne enkystée et du volume d’un pois environ. Le cœur n’oiîre rien de spécial, le système artériel n'est pas lésé. L’estomac est séparé en deux loges par l’exagération du rétrécissement qui se voit souvent chez l’homme; il est légèrement dilaté et rempli d’une substance muqueuse, visqueuse, adhérente aux parois; ses tuniques ne sont pas altérées. On ne constate ni tumeur, ni rétrécissement des orifices. Le duodénum et l’intestin tout entier n’offrent pas de lésion appréciable. Le pancréas est sain, le bord supérieur de cet organe, toutefois, se trouve en rapport avec , des ganglions lymphatiques tuméfiés, indurés et jaunâtres, manifestement tuberculeux, sinon caséeux. La présence de ces ganglions nous ayant mis sur la voie d’une lésion matérielle, nous ne tardâmes pas à constater que les capsules surrénales, celle de gauche particulièrement, étaient profondément altérées, indurées et jaunâtres. Cette dernière, bosselée, allongée et augmentée de volume, offrait â la coupe un gros noyau jaunâtre d’aspect lardacé, véritable masse caséeuse, circonscrite par un tissu grisâtre et très ferme. Les lésions de la capsule droite sont moins accusées, mais cet organe est néanmoins augmenté de volume et présente à sa partie supérieure une masse caséeuse du volume d’une cerise. Plusieurs des branches nerveuses qui composent le plexus solaire se trouvent surmontées, au voisinage de la capsule gauche, de petites masses caséeuses qui paraissent les pénétrer. A gauche, 1e ganglion semi-lunaire adhère â la capsule surrénale par son extrémité externe et dans ce point il est manifestement modifié. Le nerf grand splanchnique est intact; â droite, le ganglion semi-lunaire est libre d’adhérences et n’a de rapports avec la capsule correspondante que par les filets nerveux qu’il leur envoie. Toutefois, il existe sur la face antérieure de ce ganglion une petite masse jaunâtre, friable, d’apparence caséeuse, du volume d’un pois, faisant corps avec le tissu nerveux, mais présentant I une consistance bien différente.
IA l’examen microscopique, les cellules ganglionnaires sont fortement pigmentées, mais non détruites; les tubes nerveux â myéline sont peu ou pas modifiés; quant aux fibres de Remak, elles paraissent intactes. La capsule surrénale gauche est presque totalement détruite par le foyer tuborculeux, celle de droite est moins altérée. Le foie et la rate sont intacts, comme aussi la vessie et les ovaires.
anatomie pathologique. ,
Névrite — Manifestation commune de la lèpre, cette névrite
a [)Our siège ordinaire les nerfs des membres, plus rarement ceux des autres régions. Elle est difluse ou circonscrite et nodulaire comme la névrite syphilitiipie.
La forme diffuse de la névrite lépreuse est caractérisée par une tuméfaction légère et assez uniforme des cordons nerveux, tandis que la forme circonscrite- ou nodulaire se révèle par des épaississements fermes, grisâtres ou brunâtres, fusiformes, ronds ou aplatis, résultant au fond d’un même processus. Ces épaississements circonscrits ou nodulaires ont pour siège habituel les nerfs situés au voisinage de la peau, comme le cubital au coude, le médian au poignet, et correspondent à des tubérosités concomitantes de ce tégument. Ainsi il n’existe souvent aucune limite précise entre la lèpre de la peau et la lèpre des nerfs, ce qui arrive d’ailleurs fréquemment pour les lésions syphilitiques de ces mêmes cordons presque toujours confondues avec celles du périoste ou des membranes cérébrales.
Vus au microscope les nerfs de la lèpre présentent des altérations qui portent spécialement sur le stroma conjonctif. Le névrilème est plus ou moins épaissi, quelquefois transformé en une masse dure et résistante ; mais ce sont les cloisons intérieures des faisceaux nerveux et la substance interstitielle oupérinèvre qui olï’rent les principales modifications. A l’aide d’un grossissement suffisant il est facile de reconnaître que l'épaississement des cloisons est dû à la présence de jeunes éléments ronds ou cellules embryonnaires conjonctives disposées en amas dans leur épaisseur. Semblables éléments infiltrent le tissu interposé entre les tubes nerveux qui se trouvent ainsi écartés et séparés les uns des autres, comme l’a figuré Virchow, par une sorte de réseau cellulaire de nouvelle formation, lequel s’organise sur quelques points, tandis que sur d’autres il est soumis à une métamorphose graisseuse complète. Les tubes nerveux, comprimés, subissent peu à peu, dans quelques cas, les modifications (|ui résultent de la section nerveuse : la myéline se fragmente, devient granuleuse puis est résorbée, tandis que le cylindre-axe disparaît, de sorte qu’un certain nombre de tubes nerveux peuvent se trouver réduits a la gaine de Schwann.
Les désordres fonctionnels sont en rapport avec cette destruction. L anesthésie succède peu à peu à l’hyperesthésie, puis il survient des paralysies diverses des muscles moteurs. C’est d’ailleurs ce qui arrive j)our les névrites tuberculeuse et syphilitique, dans lesquelles l’hyperesthesie, l’hyperalgésie et la contracture précèdent généralement l’anesthésie, 1 analgésie et la paralysie. (Voy. l’obs., p. 372.)