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I. — Névrites parenchymateuses ou exsudatives

Nous étudions sous celte dénomination tout un groupe de lésions spontanées des nerfs caractérisées parla tuméfaction de la fibre nerveuse, la segmentation, l’état granulo-graisseux de la moelle, la disparition du cylindre-axe, et enfin par l’apparition de noyaux à l’intérieur de la gaine de Schwann, le tout fréquemment suivi de la régénération de l’élément nerveux. Ces lésions se rapprochent, tant par leurs caractères anatomiques que par leur évolution, de celle quedétermine la section des nerfs; aussi, pour en faire saisir les détails, allons-nous décrire tout d’abord comme type les modifications qui surviennent à la suite de cette section dans les tubes nerveux périphériques.

Fort bien étudiées par Vulpian et Ranvier, ces modifications apparaissent vingt-quatre à quarante-huit heures au plus après la section d’un nerf, le sciatique par exemple. Dès ce moment, les noyaux des segments interannulaires commencent à se tuméfier; trois jours plus tard, ils sont assez volumineux pour occuper toute la largeur du tube et interrompre la continuité du cylindre-axe. Vers le sixième jour, la myéline, moins

homogène et moins trouble, se segmente, mais en même temps les noyaux de la gaine de Sclnvann se multiplient. Tandis que cette multiplication progresse, le manchon de myéline se divise en segments de moins en moins longs, puis se présente sous forme de grosses gouttes irrégulières ou arrondies, qui remplissent le calibre intérieur de la gaine de Schwann, et se transforment peu à peu en gouttelettes dont la résorption permet à cette gaine.de revenir sur elle-même. Quant au cylindre-axe, on n’en trouve plus aucune trace dix-sept jours après la section; il commence à disparaître dès le troisième ou quatrième jour, sans qu’il soit possible de bien préciser son mode de destruction, si on se refuse à accepter l’assertion de Ranvier, suivant laquelle cette destruction serait l’effet de la compression déterminée parles noyaux de la gaine de Schwann considérablement augmentés de volume. C’est à tort, en tout cas, que les plis de la gaine en question revenue sur elle-même ont pu faire croire à la persistance de cette partie importante des nerfs.

Telle est la lésion des tubes nerveux; mais il se produit dans le tissu interfasciculaire et dans le périnèvre un léger degré d’hyperplasie qui rend la dissociation des fibres nerveuses moins facile. Deux mois après la section du nerf, il n’existe plus dans la gaine de Schwann que des granulations graisseuses très fines, agglomérées par places et formant, principalement au pourtour des noyaux multipliés, des corps granuleux séparés les uns des autres par des intervalles plus ou moins réguliers. Deux mois plus tard, les granulations ont à peu près totalement disparu, et le nerf a perdu sa couleur normale pour revêtir une teinte grisâtre. Les propriétés physiologiques sont en même temps abolies, car Longet a prouvé que la motricité des fibres nerveuses séparées du centre disparaît dès la fin du quatrième jour.

Tandis que ce travail s’effectue dans le segment périphérique, le bout central du nerf coupé en travers reste à peu près entièrement sain. Son extrémité terminale seule, qui confine à fa section, augmente de volume et forme un renllement sphéroïdal dû à la multiplication des noyaux de la gaine de Scbwann et du tissu conjonctif interstitiel. Cette modification se distingue de l’altération survenue dans le bout périphérique, tant par l’intensité de la multiplication des éléments conjonctifs que par la persistance des cylindres-axes (Hanvier). Dans le reste de sa longueur, le bout central n’offre aucun cbangement de structure; cependant, si les conditions du traumatisme sont telles qu’une réunion soit impossible entre les deux bouts sectionnés, les tubes nerveux du bout supérieur peuvent s’atrophier et disparaître en partie, et la région corres[)ondante de la moelle est susceptible d’une semblable modification.

NËRFS,

L altération du bout périphérique, ainsi que l’ont établi tout d’abord les recherches d’Aug. Waller, s’étend jusqu’à l’extrémité du nerf sectionné, dans les points mêmes où les libres nerveuses, avant de se terminer, sont réduites au cylindre-axe et à la gaine de Schwann. Cet auteur a démontré, en outre, que si on sectionne la racine antérieure d’un nerf mixte, le bout central de cette racine, celui qui est en rapport avec la moelle épinière, reste intact, tandis que le bout périphérique subit dans toute la longueur des libres motrices, au delà du point de coalescence des deux racines, l’altération que nous connaissons. Au contraire, lorsqu’on vient à couper la racine postérieure d’un nerf mixte entre le ganglion qu’elle traverse et la moelle épinière, la partie centripète de celte racine s’altère comme tout à l’heure le bout périphérique, tandis que la partie qui tient au ganglion n’est nullement modifiée jusqu’à son extrémité terminale. Ces faits étant bien établis, Waller a été conduit à considérer la moelle épinière comme un centre trophique par rapport aux libres nerveuses motrices, et celte manière de voir a largement contribué aux progrès accomplis dans l'élude des lésions pathologiques du cordon médullaire. Les résultats de la section des racines nerveuses ontd’ailleurs amené Waller à reconnaître que la nutrition des libres sensitives est soumise à l’inlluence des cellules des ganglions spinaux, et partant, si les fibres motrices ont leur centre nutritif ou trophique dans la substance grise de la moelle épinière ou de l’encéphale, les fibres sensitives ont le leur dans les ganglions des racines postérieures. Quant aux libres nerveuses sympathiques, elles ont leur centre nutritif, toujours suivant le même auteur, les unes dans l’encéphale, les autres dans les ganglions nerveux du grand sympathique.

L’inlluence des centres trophiques en question sur l’intégrité des libres nerveuses motrices, sensitives ou sympathiques, est en outre démontz'ée par les conditions dans lesquelles s’opère ultérieurement la restauration de ces éléments. Il résulte en effet des expériences de Waller que celte restauration n’a lieu qu’autant que les deux bouts du nerf sectionné se sont réunis par un travail de cicatrisation et que le segment nerveux isolé a été remis en communication avec son centre trophique. On voit alors le cylindre-axe s’allonger, puis il est entouré de cellules embryonnaires et de moelle nerveuse.

Les désordres consécutifs à la section des nerfs constituent un mode d’altération relativement commun que l’on retrouve à la suite de l’altération spontanée des noyaux gris de substance nerveuse. Ces désordres, qui s’étendent du centre nerveux vers la périphérie, ont été décrits sous les noms de dégénérescence secondaire, de névrite descendante. D’un

autie côté, il existe pour les nerfs coinuie pour les racines sensitives sectionnées des lésions qui commencent par les extrémités nerveuses et se propagent peu à peu vers les centres ; eu raison de leur marche, ces lésions ont été désignées sous le nom de névrites ascendantes. L’étude de ces névrites nous conduira naturellement à celle des lésions nerveuses suite d’intoxication, ou névrites toxiques, et à l’examen des désordres qui surviennent du côté des nerfs dans le cours des fièvres, ou névrites pyrétiques. Ainsi sera complète la description d’une des classes les plus importantes des altérations des nerfs, celle des névrites parenchymateuses.

Névrite descendante. — Cette névrite a pour siège tantôt les nerfs encéphaliques, y compris les nerfs de sensibilité spéciale (1), tantôt les nerfs spinaux, et correspond à des lésions des noyaux de substance grise de l’encéphale ou de la moelle épinière. Elle est caractérisée dans le crâne par le changement de coloration, l’injection et la diminution de volume du nerf alfecté. Celui-ci, d’abord tuméfié, perd peu à peu sa coloration blanche que remplace une teinte sombre ou rougeâtre plus ou moins prononcée; il est mou, friable, parcouru par des vaisseaux dilatés et injectés ; avec le temps, il devient grisâtre et s’atrophie d’une façon presque progressive. Vus au microscope, les nerfs ainsi modifiés offrent des caractères assez semblables à ceux que l’on observe dans les nerfs sectionnés transversalement ; ces caractères, comme il est facile de le comprendre, varient suivant la durée et l’acuité de la lésion centrale à laquelle se trouve subordonnée la modification. En effet, si on vient à examiner un certain nombre de ces nerfs , on parvient à y retrouver les transformations successives que nous avons décrites plus haut, savoir : multiplication des noyaux de la gaine de Schwann, segmentation de la myéline et transformation de cette même substance en corps granuleux et gouttelettes graisseuses destinées à être résorbées, enfin destruction du cylindreaxe. Ajoutons que dans certaines conditions les nerfs ainsi lésés, de même que les nerfs sectionnés transversalement, peuvent se régénérer ; mais c’est là un phénomène très rare, vu les difficultés qu’éprouvent les lésions du système nerveux central à disparaître totalement et à se réparer.

Les circonstances dans lesquelles s’observe cette névrite sont nombreuses, car aux difl'érentes causes de destruction des centres trophiques de l’encéphale et de la moelle épinière s’ajoutent encore certaines influences qni peuvent agir directement sur les cordons nerveux et les léser.

(I) Voy, E. Lancereaiix, De l'amaurose liée à la dégénération des nerfs optiques dans les cas d'alteration des hémisphères cérébraux (Archives gén. de médecine, 1804, t. Ii 1'. 47 et 1110).

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Névrite ascendante. — Si l'existence delà névrite descendante est un fait acquis et indéniable, il n’en est pas de même de celle de la névrite ascendante qui est toujours contestée. Cette lésion, caractérisée par une marche progressive continue ou interrompue des extrémités vers les centres nerveux, est mise hors de doute, selon nous, d’une part par les recherches de Waller sur les racines postérieures, d’autre part par les expériences et les observations de Tiessler, Feinberg, Klemm, Ilayem, etc. Ces auteurs ont démontré que la cautérisation, la destruction et l’arrachement des nerfs déterminent des lésions pouvant se propager jusqu’à la moelle épinière et y produire des désordres inllammatoires. D’un autre côté, on sait qu’il existe dans les moignons d’amputation et dans les nerfs aboutissant à ces moignons des libres nerveuses frappées d’atrophie, et que cette atrophie remonte jusque dans les centres nerveux correspondants.

Eichorst enfin a rapporté sous le nom de Neuritis migrans un cas d’altération généralisée des nerfs périphériques sans altération concomitante de la moelle épinière, et déjà antérieurement Duménil avait vu des faits semblables et émis l’idée que certaines alléctions médullaires pouvaient être con sécuti ves à des altérations des nerfs périphériques (névrite chronique).

La lésion nerveuse de l’ataxie locomotrice progressive ou névrite tabétique nous semble devoir être considérée comme un type de névrite ascendante spontanée. Elle débute, en effet, le plus souvent par un désordre inflammatoire des fibres sensitives des cordons nerveux ou seulement des racines postérieures pour gagner la moelle épinière, s’étendre d’une façon systématique aux faisceaux postérieurs et se continuer par ces cordons jusque dans l’encéphale et les organes des sens. De même l’ophthalmie dite sympathique est le fait d’une névrite ascendante du nerf optique, sinon des nerfs ciliaires;

Fig. 02. — Tubes nerveux du nerf tibiul antérieur provenant d’un ataxique, a, tube jiresque sain; a' a”, tubes envoie de segmentation ; b b’, tubes segmentés ; c d, tubes réduits à la gaine de Schwann, avec de nombreux noyaux.

enfin la paraplégie dite urinaire et beaucoup d’autres désordres reconnaissent pour point de départ une altération semblable. En conséquence, tous les nerfs, à l’exception sans doute des nerfs exclusivement moteurs comme le facial, peuvent devenir le siège d’une névrite ascendante.

Celte névrite, quelle qu’en soit l’origine, est caractérisée par l’injection diffuse des cordons nerveux, leur changement de coloration qui de blanche devient rouge-gris sale, la tuméfaction du périnèvre, la formation d’exsudats au pourtour des vaisseaux, enfin et surtout par la segmentation, la désintégration granuleuse de la moelle nerveuse, la multiplication des noyaux de la gaine de Schwann et la destruction du cylindreaxe (fig. 92). Celte destruction est-elle définitive, ou bien le nerf altéré peut-il être régénéré ainsi qu’il arrive dans la névrite descendante? C’est là un point sur lequel il importerait d’être fixé, mais qui n’a pas jusqu’ici reçu une solution précise. Si on en juge par ce qui se passe dans les nerfs amputés, il semble que la régénération est sinon impossible, du moins beaucoup plus difficile ici que dans la névrite descendante, ce qui se conçoit d’ailleurs puisciu’il est démontré que la reconstitution du nerf dans cette dernière s’opère par le bout central.

La névrite descendante et la névrite ascendante, que nous avons étudiées à dessein tout d’abord, doivent être envisagées comme deux types importants auxquels nous pourrons comparer les diverses espèces de névrites qui vont suivre. Parmi ces espèces nous en trouvons, comme la névrite a frigore, qui ont des analogies tout à la fois avec la névrite descendante et avec la névrite ascendante, et d’autres qui se rapprochent de l’une quelconque de ces lésions, de la dernière principalement.

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Névrite ascendante. — L. DuMENiL, Contribut. pour servir à l’histoire des Lancereaux. — Traité d’Anat. path. III. — 23

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Névrite a frigore. — Cette espèce de névrite, qui, en raison de son peu de gravité, manque de sanction anatomique, n’en est pas moins admise par quelques auteurs. S’appuyant sur les phénomènes électro-musculaires observés à la suite de l’action du froid sur certains nerfs, Joffroy ne doute pas de l’existence d’une névrite sciatique ayant cette cause, et l’on peut croire que d’autres nerfs, le facial notamment, subissent aussi l’influence nocive du même agent. Les raisons invoquées par Joffroy sont purement classiques, c’est la constatation, dans certains muscles ou groupes de muscles innervés par le nerf en question, d’une atrophie considérable avec abolition de la contractilité faradique, exaltation, dimi" nution ou même abolition de la contractilité galvanique.

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Ces signes ont certainement une grande valeur, mais nous préférerions des preuves anatomiques. Ces dernières d’ailleurs ne seraient pas superflues, du moins pour déterminer si, par suite de l’action du froid, les tubes nerveux sont altérés primitivement ou consécutivement à un désordre du tissu interstitiel. Il est vrai de dire toutefois que la rapidité de l’abolition de la contractilité électro-musculaire est de nature à faire penser que les fibres nerveuses sont avant tout modifiées; ajoutons que, suivant Graves, les lésions de ce genre auraient même le caractère de la névrite ascendante, attendu qu’elles seraient parfois suivies de paraplégie. J’ai observé, dit l’éminent clinicien de Dublin, bien des exemples de cette forme de paraplégie, et j’ai été amené à l’attribuer le plus souvent à l’action du froid et de l’humidité sur les extrémités inférieures. Reconnaissons enfin que l’évolution de certaines hémiplégies faciales attribuées à l’action du froid se comporte comme s’il y avait tout d’abord destruction et plus tard régénération des éléments tubulaires des nerfs.

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Névrites toxiques. — Ces lésions, dont l’existence est aujourd’hui incontestable, ont, en raison de leur marche, une place marquée à côté des névrites descendante et ascendante. Elles forment, comme nous pensons l’avoir démontré, un groupe des plus naturels (1). En efl'et, quel que soit l’agent qui leur donne naissance, elles sont en général symétriques et se localisent de préférence aux extrémités des membres, pour s’étendre de là vers le tronc ; elles donnent lieu à des paralysies avec diminution ou abolition de la contractilité électro-musculaire, et sont presque toujours accompagnées de désordres de la sensibilité générale et de troubles vaso-moteurs.

Les nerfs, au début de l’altération, sont parfois tuméfiés, volumineux, plus tard ils s’atrophient et revêtent une teinte légèrement grisâtre; vus au microscope, ils présentent des modifications qui se rapprochent de celles des névrites descendante ou ascendante : les nerfs où siège l’altération sont partiellement atteints, en ce sens que dans un même cordon nerveux, à côté des tubes lésés, il existe toujours un certain nombre de tubes normaux. La myéline est segmentée en boules de volume inégal, ou bien en voie de désintégration granuleuse; la gaine de Schwann renferme un plus grand nombre de noyaux que normalement, mais dans

(1) Voy. nos leçons intilulées : Paralysies toxiques et syphilis cérébrale. Paris, 1883.

quelques tubes il semble que ce soit parce que la myéline est résorbée. Les cylindres-axes sont atrophiés ou détruits.

Tels sont les caractères généraux du genre, il nous reste à indiquer les particularités propres aux espèces. Quant à savoir si les névrites toxiques sont des lésions directes ou des désordres consécutifs à une altération de la moelle épinière, c’est là une question sur laquelle les auteurs ne sont pas d’accord, mais qui nous semble devoir se résoudre en faveur de la première opinion.

Névrite saturnine. — Manifestation de la forme chronique de l’intoxication saturnine, cette névrite a pour siège de prédilection les avant-bras et se localise aux branches nerveuses des nerfs radiaux, à l’exception de celle qui se distribue au long supinateur; quelquefois, comme dans un cas publié par moi, les nerfs des muscles extenseurs des jambes sont simultanément atteints, et enlin les nerfs des muscles deltoïdes ou même d’autres encore, mais sans tendance à une généralisation, car un des caractères de celte névrite est d’être circonscrite. Les nerfs affectés ne le sont que partiellement, et, par sa localisation à un certain nombre de faisceaux seulement, l’agent toxique opère une sorte de dissection des cordons nerveux.

Les tubes affectés présentent les différents degrés d’altération que manifestent les nerfs séparés de leurs centres trophiques. Il existe en effet, à côté de libres normales, des tubes dans lesquels la myéline est fragmentée en blocs volumineux arrondis à leurs extrémités, le cylindre-axe modifié, mais encore visible, tandis que les noyaux du segment interannulaire sont en voie de multiplication. D’autres libres nerveuses plus profondément altérées ont un aspect moniliforme, et ne renferment que des débris granuleux ou de simples gouttelettes graisseuses provenant de la myéline; leur cylindre-axe a disparu. Un certain nombre de tubes enfin ne sont plus représentés que par la gaine de Schwann entièrement vide, revenue sur elle-même, plissée et laissant voir de distance en distance des noyaux régulièrement disposés au niveau des segments interannulaires.

Celte altération, assez semblable à la névrite descendante, est rattachée par quelques auteurs à une lésion locale, caractérisée par la prolifération des noyaux de la gaine de Schwann et la tuméfaction d’un plus ou moins grand nombre de segments des tubes nerveux avec aspect clair de la myéline, sorte d’œdème inllammatoire bientôt suivi de la fragmentation et de l’émulsion de celle substance; ce ne serait que plus tard et par suite de la destruction du cylindre-axe que la lésion s’étendrait et revêtirait les caractères de la dégénérescence wallérienne (Gombault, Duplaix et Lejard). L’idée que la névrite saturnine pouvait provenir d’une lésion

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médullaire, émise par moi tout d’abord, ne semble pas devoir se confirmer.

La névrite saturnine aboutit en somme, ainsi que nous l’avons fait connaître tout d’abord, à la destruction des tubes nerveux et se localise aux nerfs de quelques régions du corps. Ces nerfs peuvent-ils se reproduire comme dans la dégénérescence wallérienne? La chose n’est pas bien éclaircie; mais si l’on remarque qu’un certain nombre de paralysies saturnines sont susceptibles de guérison, il n’y a pas lieu de douter qu’une amélioration sensible ne puisse survenir dans le tube nerveux altéré par le saturnisme, et que la régénération de ce tube ne soit possible dans l’espèce. Un semblable processus est fatalement long, et la réparation n’est souvent que partielle.

Bibuographie. — E. Lancereaux, Note relative à un cas de paralysie saturnine ' avec altér. des cordons nerveux et des muscles paralysés (Gaz. méd. de PariS} 1862, p. 709). — Le même. Saturnisme aigu avec accès de goutte, etc. (Ibid., 1871, p. 383, et Atlas d’anatom. patholog., pl. 53). — Gombaui.t, Contribution à l'étude anat. de l'atrophie musculaire saturnine ■ (Archives de Phys. norm. et j pathol., 1873, t. V, p. 592). — Westphal, TJeber eine Veranderung des Ne?!),

I l'adialis bei Bleilàhmung (Archiv f. Psychiatrie, 1873, p. 776). — Mayor,

I Lésions des nerfs intramusculaires dans un cas de paralysie saturnine (Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1877, sér. 6, t. IV, p. 313). — Lespille- Moutard, De /a névrite dans l'intoxication saturnme. Thèse de Paris, 1878. — i C. Friedlander, Anatomische Untersuchung . eines Faites von Bleilühmung nebst Begrùndung der myopatischen Natur dieser Affection (Archiv f. pathol. Anat. und Physiol., 1879, t, LXXV, p. 24, et Ai'chives gén. de méd., 1879, t. Il, p. 215). — J. Déjerine, Recherches sur les lésions du système nerveux dans la paralysie saturnine (Gaz. méd. de Paris, 22 mars 1879, p. 147). — E. Zunker, Zur Pathologie des Bleilühmung (Zeitschr. fur Min. Med., 1880, t. I, p. 496, j et Eeu. des SC. méd., 1880, t. XVI, p. 467). — -N. Popow, Ueber die Veran- \ demngen in Ruckenmarke nach Vei’giftung mit Arsen, Blei und Quecksilber- (Archiv für path. Anat. und Physiol., 1883, t. XCIII, p. 351). — J. B. Duplaix ! et Ch. Lejard, Note sur un cas d'ati'ophie saturnine (Archives gén. de méd., 1883,

' t. II, p. 587). — Celler, Zur pathologischen Anatomie Bleilæhmung, Munich, 1884, et Revue de Médecine, 10 mars 1884, p. 272. — Voy. de plus la hiblio- ‘ graphie de la page 262.

Névrite arsénicale. — L’arsenic, comme le plomb, détermine dans l’or- ! ganisme des accidents aigus et des accidents chroniques. C’est à ces derniers qu’appartient ordinairement la névrite arsénicale. Cette névrite envahit de préférence les nerfs des membres, et, contrairement à la névrite saturnine, les nerfs des membres inférieurs plutôt que ceux des ' membres supérieurs. Les nerfs circonflexes et même d’autres cordons nerveux sont aussi quelquefois atteints.

Cette affection porte spécialement sur les tubes nerveux, car, de même que la névrite saturnine, elle est accompagnée d’une diminution rapide ou de l’abolition de la contractilité faradique qui, d’ailleurs, peut faire | retour comme dans cette dernière. Les nerfs, il est vrai, n’ont pas été comme dans le saturnisme l’objet d’une étude histologique attentive chez l’homme, mais les caractères de la paralysie arsénicale sont favorables à l’idée d’une névrite, et les recherches de Scolosuhoff et d’Arm. Gautier ont démontré que ce poison a une prédilection marquée pour le système nerveux.

Bibliographie. — R. Leroy d’Étiolles, Gaz. hebd., 1857, p. 142. — Imbert Güubeyre, Gaz. méd. de Paris, \8bS, nM et suivants. — Kirchgasseb, Vierteljahrschr. f. gericht. Medidn, juillet 1868. — Scolosdboff et Arm. Gautier,

Sur la localisation de l’arsenic dans les tissus à la suite de T usage des arsenicaux (Archiv. de Physiol. norm. etpathol., 1875, p. 653, et Am. d'hygiène publique et de med. légale, 1876, t. XLV, p. 164).

Névrites oxy-carbonées et suif uro-car bouées. — La première de ces névrites a, moins que les précédentes, de la tendance à la symétrie, car les paralysies qui en sont la conséquence peuvent être limitées à un membre, à un groupe de muscles, ou même à une moitié du corps ; néanmoins j’ai observé deux fois leur généralisation aux quatre membres, c’est dire qu’elles se localisent encore de préférence aux nerfs des extrémités.

Le sulfure de carbone, autrefois employé dans la fabrication du caoutchouc, peut aussi altérer les nerfs et y produire des désordres ayant de grandes analogies avec ceux que l’on observe dans l’empoisonnement par l’arsenic et surtout avec ceux que déterminent, comme nous allons le dire, les agents alcooliques. Ces désordres, que l’on remarque surtout aux nerfs des extrémités, affectent ceux des membres inférieurs plus souvent que ceux des membres supérieurs, et les nerfs extenseurs plutôt que les nerfs fléchisseurs.

Les muscles animés par ces nerfs perdent au bout d’un certain temps, comme dans la paralysie saturnine, leur contractilité électro-musculaire ; aussi, malgré l’absence d’un examen histologique des nerfs, il y a lieu de croire que ces organes sont lésés et que leur altération ne diffère pas de celle que l’on observe dans l’empoisonnement par le plomb.

Bibliographie. — H. Bourdon, Bes paralysies consécutives à l’empoisonnement par le gaz oxyde de carbone. Thèse de Paris, 1843. — Leudet, Recherches sur les troubles des nerfs périphériques, et surtout des vaso-moteurs, consécutifs à l’asphyxie par la vapeur de charbon (^Archiv. gén. de médec., 1865, t. I, p. 513).

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— A. Delpech, Mém. sur les accidents que développe chez les ouvriers en caoutchouc V exhalation de sulfure de carbone en vapeur {Bidl. de V Acad, de méd., 15 janvier 1856).

Névrite alcoolique. — Mise en lumière surtout par les recherches que nous avons faites avec notre élève Gautier en 1880, cette névrite se loca-

Fig. 93. — Névrite alcoolique. A. Tubes nerveux de la peau du pied réduits à la gaine de Schwann, et renfermant à peine quelques granulations graisseuses — B. Tubes nerveux provenant du nerf tibial antérieur; la myéline segmentée ou réduite en boules de graisse dans quelques-uns de ces tubes, a disparu dans plusieurs autres. — C. Tubes nerveux des racines nerveuses rachidiennes du même malade (paralysie alcoolique); ces tubes, quelque peu modifiés par l’acide osmique, ne sont pas altérés, et par conséquent les lésions des cordons nerveux ont bien une origine périphérique; mais de plus ces lésions ont commencé par les extrémités puisque l’altération y est plus prononcée.

lise spécialement aux nerfs des extrémités des membres, mais, dans quelques cas, elle gagne le tronc, met les malades dans l’impossibilité de marcher et même de rester debout. Généralement accompagnée de vives sensations douloureuses et de troubles vaso-moteurs, elle détermine des paralysies symétriques qui affectent de préférence les muscles extenseurs du pied et de la jambe, puis ceux des avant-bras ou même du tronc,

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La contraclililé laiadique des muscles paralysés ne tarde pas à diminuer ou à s’éteindre, comme dans toute lésion sérieuse des nerfs. La marche de ces paralysies est ascendante et aiguë, dans lequel cas, une mort rapide en est la conséquence habituelle ; elle est lente et chronique lorsque la localisation reste limitée aux membres inférieurs ou supérieurs. La névrite alcoolique est enfin quelquefois suivie de gangrène, et ce désordre comme la paralysie affecte particulièrement les extrémités et présente une symétrie parfaite.

Cette névrite, d’autant plus accusée que les nerfs sont examinés plus près de leurs extrémités, a pour caractère initial la segmentation de la myéline, qui se concrète peu à peu en boules de volume inégal, séparées par des intervalles plus ou moins considérables. La myéline ensuite devient granuleuse, puis enfin elle est résorbée laissant les gaines de Scbwann absolument vides (fig. 93, A B). A cette dernière période les cylindres-axes sont ordinairement détruits ; quant aux noyaux, ils ne nous ont pas paru se multiplier d’une façon sensible, ce qui tient sans doute au peu de temps écoulé depuis l’apparition du mal, dans les cas graves soumis à notre observation. Au contraire, dans les cas où la lésion reste circonscrite, la régénération nerveuse semble possible, si j’en juge par deux exemples, actuellement sous mes yeux, de paralysie limitée aux extenseurs du pied et qui s’améliorent lentement.

Les boissons de mauvaise qualité, celles qui renferment de l’alcool amylique ou des essences, sont particulièrement aptes à produire ce genre d’altération dont les symptômes ont été quelquefois confondus avec ceux du tabes dorsalis (Déjerine), d’une affection médullaire syphilitique (Barth), ou encore, le plus souvent sans doute, avec une paralysie ascendante aiguë ou même avec la polyomyélite antérieure.

L’éther, comme l’alcool, peut engendrer des névrites et des paralysies. Arnozan mentionne l’existence de paralysies musculaires consécutives à des injections d’éther et qui étaient vraisemblablement sous la dépendance d’une lésion des nerfs. Le même auteur a vu un mal perforant suivre une névrite produite par une injection interstitielle d’éther.

Bibliographie. — E. Lancereaux, art. Alcoolisme du Bict. encyclop. des sc. méd., 1804, et Gaz. hebd,, 1865, p. 438 et 464. — Le même, Paralysies toxiques et syphilis cérébrale, Paris, 1883, p. 1. — Leudet, Archiv. gén. de méd., 1807, t. I, p. 5. — S. WiLKs, The Lancet, 13 mars 1872, p. 32. — Lokhart Clarke, Ibid., id., p. 427. — Galezowski, Amblyopies et amauroses toxiques {Archiv. de méd., 1880, t. II, p. 342). — A. S Myrtle, On a case of acute ascending paralysis. Chron. Alcohol. {The Brit. med. Joum., t. II, p. 312). — Thomrrs R. Gi.ynn, Cases of alcoholic paraplegia {The Liverpool med. chir.

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Jouni. July 1883, p. 874). — J. Dhiîschfekd, On alcohoUc puralysis (Brain, a Journ. of nenrology, 1884, p. 475). — Mœli. Charité Annal., 1883, VIII, p.552.

— AmozkN, Des paralysies consécutives à des injections d'éther {Union méd., 16 juin 1883, p. 1056). — Le même, Mal perforant consécutif à une névrite produite par une injection interstitielle d'éther {Union méd., mai 1884, p. 791).

— OEttinger. Étude sur les paralysies alcooliques. Thèse de Paris, 1885.

Névrite lathyrique. — Certaines espèces de plantes de la famille des légumineuses faisant partie du genre Lathyrus et servant à l’alimentation dans quelques contrées, le district d’Allahabad aux Indes (Irving), les montagnes de la Kabylie (Proust), etc., peuvent déterminer du côté des membres inférieurs des désordres nerveux qui ont la plus grande analogie avec ceux que l’on observe chez les alcooliques, et que, pour cette raison, en l’absence de tout examen histologique, nous n’bésitons pas avec quelques auteurs à attribuer à une névrite. Ces désordres consistent effectivement en accidents paralytiques avec contracture des extrémités inférieures, modifications diverses de la sensibilité, frigidité des organes génitaux, etc. Ils ont une marche ascendante, sont accompagnés de troubles vaso-moteurs et surtout de douleurs subjectives extrêmement vives. Or tous ces caractères se rapportent bien plus à une lésion des nerfs qu’à un désordre matériel de la moelle épinière; aussi croyons-nous qu’il s’agit encore ici d’une névrite.

Bibliographie. — Irving, The Indian Annals of med. science, et Gaz. hebdomad. de méd. et de chirurgie, 1861, p. 555. — Proust, Le lathyrisme médullaire spasmodique {Bull, de l'Acad. de médecine, 3 juillet 1883, p. 829).

Névrite béribérienne. — La maladie décrite sous le nom de béribéri, ou kakke, offre avec le lathyrisme une analogie des plus grandes. Elle se traduit, comme ce dernier, par des désordres paralytiques des extrémités inférieures, accompagnés de contracture, troubles de la sensibilité et des nerfs vaso-moteurs. Ces accidents, attribués tout d’abord à une affection de la moelle épinière, ont été récemment rapportés par Scheube et Baelz à une lésion des nerfs ou polynévrite, assez semblable à celle que nous avons décrite depuis longtemps dans l’intoxication saturnine et récemment dans l’alcoolisme.

Ces organes, suivant Baelz, sont en effet légèrement tuméfiés et présentent dans l’état aigu une dégénération de leurs fibres analogue à celle que produit une section nerveuse, c’est-à-dire une désagrégation de la myéline, une multiplication des noyaux de la gaine de Schwann et souvent la destruction des cylindres-axes. Les fibres du grand sympathique ont un aspect finement granuleux, et sur quelques points il existe

une prolifération notable de leurs noyaux. Dans les cas chroniques, un certain degré d’hyperplasie du tissu intrafasciculaire vient s’ajouter à la lésion de l’élément nerveux. Les nerfs tibiaux et péroniers sont les plus propres à l’étude de ces altérations auxquelles participent quelquefois les nerfs vagues et les nerfs phréniques.

Cette névrite enfin, comme celles qui précèdent, se distingue par l’inégalité d’altération des tubes nerveux, dont les uns sont dégénérés et les autres absolument intacts; ce fait dépend vraisemblablement d’une différence d’origine ou de fonction.

Bibliographie. — Malcolmson, Pract. essay on the histonj and treatment of Béribéri, Madras, 1835, anal, dans Gaz. méd. de Paris, 1836, p. 571. — S. L. Heymann, Zur Wesendes Beri-Beri (Archiv für pathol. Anat. undPhysioL, 1859, t. XVI, p. 331). — OüDENHOVEN, NoticB sur le béribéri (Gaz. méd. de Paris, 1860, p. 22). — Leroy dê Mèricourt, art. Béribéri du Bict. encyclopéd. des sciences médicales, Paris, 1868, t. IX, p. 129-165, avec bibliographie. — A. Wernich, Klinische Vntersuchuncjen über die Japanische Varietat der Beriberi- Krankheit (Archiv für pathol. Anat.imd Physiol., 1877, t. LXXI, p. 290). — Duane b. Simmons, Le Béribéri ou le Kakke du Japon (Archiv. de méd. navale, 1881, t. XXXV, p. 257, et Union méd., 1883, t. II, p. 806). — B. Scheube, Weitere Beitrage zur pathologischen Anat. und Histol. der Beri-Beri (Kah-ke) (Archiv für pathol. Anat. und Phys., 1884, t. XCV, p. 146). — B. Baelz, Kakke {Béribéri) du Japon (Archives de méd. navale, 1884, t. XLI, p. 330).

Névrite pellagreuse. — Cette lésion, que l’on était en droit de soupçonner en raison des troubles vaso-moteurs et trophiques des extrémités des membres chez les pellagreux (1), a été étudiée par Déjerine chez deux individus morts dans le service de Hardy. Les tubes nerveux de la peau de la face dorsale des mains étaient pour la plupart composés de gaines vides, car pour un tube sain on comptait trente à quarante de ces gaines. Dans certains faisceaux même, il n’existait pas un seul tube sain, et l’on pouvait croire avoir affaire au bout périphérique d’un nerf sectionné depuis plusieurs mois, ou bien à des nerfs de fœtus privés encore de myéline et de cylindre-axe. Plissées en long par le rapprochement de leurs parois, les gaines de Schwann contenaient à intervalles réguliers des noyaux disposés dans le sens de leur longueur et produisant à ce niveau un léger renflement; ailleurs on trouvait des lésions moins avancées.

Bibliogbaphie. — J. Déjerine, Sur les altérations des nerfs cutanés dans le pellagre (séance de l’Académie des sciences, 11 juillet 1881, et Gaz. méd. de

(1) E. hancereaux, Leçons de clinique médicale. Des Troubles vaso-moteurs èt trophiques liés à l’alcoolisme, etc., Paris, 1883, p. 32.

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Faris, 1881, p. kYl). — Sir.vio Tonnini, Phénomènes spinaux observés chez les pellagreux (Rivista sperimenl. de Medicina leg., 1884, fasc. 1-2, et France méd., 19 juillet 1884, p. 1026).

Névrite sécalinique. — Les désordres nerveux symptomatiques de l’ergotisme, ceux-là surtout qui affectent tes extrémités des membres, ont avec les troubles liés à l’existence d’une névrite parenchymateuse, une analogie telle qu’il y a, croyons-nous, des raisons sérieuses de les attribuer à cette même lésion. Sensitifs, moteurs, vaso-moteurs et trophiques tout à la fois, ces désordres portent à soupçonner la présence d’une lésion matérielle des nerfs, jusqu’à ce que l’occasion de vérifier le fait se présente.

Bibliographie. — Consultez pour les symptômes de l’ergotisme la bibliographie t. I, p, 521, et de plus : Menche, Die Ergotismus épidémie in Obertressen seit Herbst 1879, etc. {Deutsch. Arch. f. klin. Med., t. XXXIII; anal, dans Gaz. méd. de Paris, 26 juillet 1884, p. 355).

Névrites pyrétiques, Cette dénomination nous sert à désigner des lésions des cordons nerveux développées pendant le cours ou à la fin des maladies infectieuses faisant partie de la classe des fièvres. Ces névrites, qui ne sont pas sans analogie avec les névrites ascendantes, peuvent affecter la plupart des nerfs, mais elles ont pour chaque maladie un siège de prédilection assez spécial. Les nerfs du voile du palais et de la respiration, fréquemment atteints dans la diphthérie, ne le sont pas, ou du moins rarement dans la fièvre typhoïde et la variole où la névrite se localise de préférence aux nerfs des extrémités.

Anatomiquement, ces névrites diffèrent peu ou pas de celles que nous avons étudiées jusqu’ici. Le tube nerveux, principal siège de l’altération, présente, ainsi que font indiqué plusieurs auteurs, des caractères semblables à ceux que l’on observe dans le bout périphérique d’un nerf sectionné. Charcot et Vulpian, à qui la science est redevable des premières recherches sur la névrite de la diphthérie, ont constaté, dès l’année 1862, que les nerfs du voile du palais d’une femme morte un mois environ après le début d’une paralysie liée à cette maladie renfermaient des tubes dans lesquels la matière médullaire était fragmentée sinon transformée en corps granuleux elliptiques, ou même se trouvait résorbée. Déjerine a rencontré des lésions semblables, non seulement dans les cordons nerveux, mais encore dans les racines antérieures de nerfs traitées par l’acide osmique et examinées à l’état frais. Les tubes nerveux de ces parties permettaient de suivre les diverses phases d’alté-

ration de la myéline : simple fragmentation, transformation en blocs arrondis ou corps granuleux et en gouttelettes graisseuses. En même temps, les noyaux de la gaine de Schwann étaient plus nombreux, le cylindre-axe, conservé dans les nerfs dont la myéline commençait à s’altérer, se trouvait fragmenté dans ceux où cette altération était un peu plus ancienne, et avait disparu dans ceux où elle était avancée, de sorte qu’un certain nombre de tubes se trouvaient réduits à leur simple gaine. Ces mêmes lésions ont d’ailleurs été vues par d’autres observateurs.

La variole expose à des lésions des nerfs semblables à celles dont il vient d’être question, du moins si on s’en rapporte au petit nombre de faits connus. Chez un malade mort de tuberculose et qui, à la suite d’une variole grave, avait été atteint de douleurs violentes avec atrophie musculaire du membre supérieur gauche, Joffroy constata, dans un très grand nombre de tuhes des nerfs radial et cubital gauches traités par l’éosine, la disparition du cylindre-axe et de la myéline; par contre le nerf médian du même côté et le nerf radial opposé, soumis au même réactif, étaient entièrement sains ; la moelle épinière, examinée avec soin, n’était pas touchée.

La lièvre typhoïde est quelquefois suivie de troubles sensitifs, moteurs ou même vaso-moteurs, localisés le plus souvent à la périphérie des membres, et qui semblent avoir pour siège les cordons plutôt que les centres nerveux. Mais si jusqu’ici aucun examen direct ne vient nous renseigner sur l’état des nerfs dans ces conditions, il y a néanmoins lieu de croire qu’ils sont le siège d’une altération semblable à celle qui survient dans la diphthérie et la variole. Ces réflexions sont applicables aux paralysies circonscrites observées dans la dysenterie, le choléra et dans beaucoup d’autres maladies infectieuses. D’ailleurs les paralysies pyrétiques ne manquent pas d’analogie avec les paralysies toxiques dont il a été question plus haut, et qui sont liées à une altération des cordons nerveux.

Les conditions pathogéniques des névrites pyrétiques n’ont pas été jusqu’ici parfaitement déterminées. Déjerine pense que la névrite diphthéritique est subordonnée à un désordre matériel primitif des éléments cellulaires des cornes antérieures (téphro-myélite) ; mais la lésion qu’il a observée dans quelques cas n’est pas tellement nette qu’il faille admettre cette opinion sans contrôle. La méningite spinale rencontrée dans deux ou trois cas n’est, en vertu du principe de la constance et de l’identité des lésions dans une même maladie, qu’une simple coïncidence. D’un autre côté, dans un cas de névrite varioleuse, la moelle épinière, exami-

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née avec grand soin par Joffroy, n’a rien présenté d’anormal. Ajoutons que plusieurs histologistes, en Allemagne surtout, nient l’existence d’une lésion médullaire dans la paralysie diphthéritique, et concluons qu’il y a des raisons sérieuses de croire que les névrites pyrétiques ne sont pas forcément subordonnées à une altération des cellules médullaires.

Quel lien unit ces névrites à la maladie générale sous l’influence de laquelle elles prennent naissance? Sur ce point nous ne sommes pas plus avancés que sur le mode de genèse des lésions des reins et du foie survenant dans le cours des maladies infectieuses. Après avoir attribué ces lésions à l’élévation de la température, on tend à les rattacher aujourd’hui à la présence de microbes au sein des parenchymes. En serait-il des névrites comme des néphrites, seraient-elles ainsi que ces dernières dues à une intiltration microbienne des éléments des nerfs ou tout au moins des vaisseau.x qui se distribuent à ces organes ? C’est là une question qui se pose, mais que nous ne pouvons encore décider.

Les désordres paralytiques ordinairement circonscrits qui se rencontrent à la fin ou dans la convalescence des maladies infectieuses, et que nous croyons devoir rattacher à une névrite, ont en tout cas une physionomie spéciale, et cette circonstance indique qu’ils dépendent d’une lésion subordonnée vraisemblablement à une condition pathogénique commune. Ces désordres sont en elTet accompagnés ou précédés de troubles subjectifs ou objectifs de la sensibilité (picotements, fourmillements, hyperesthésie et anesthésie), souvent aussi de troubles vasomoteurs (œdème, hypérémie, etc.). Leur début est insidieux, leur marche envahissante; néanmoins ils disparaissent ordinairement au bout d’un certain temps et n’ont de gravité réelle que s’ils atteignent des organes dont l’intégrité fonctionnelle est indispensable à l’entretien de la vie. C’est ce qui arrive quelquefois à la suite de la diphthérie où non seulement l’altération des nerfs vagues, mais encore celle des nerfs laryngiens, est la cause d’accidents mortels. Cette dernière paralysie peut favoriser la pénétration des aliments dans les voies aériennes et provoquer de la sorte une pneumonie fatale si on n’a soin de soumettre le malade à un régime lacté absolu.

Bibliographie. — Maingault, Sur la 'paralysie du voile du palais à la suite d’angine. Thèse de Paris, 1854. — Gubler, Des paralysies dans leurs rapports avec les maladies aigues (Archiv. gén. de médec., 1860 et 1861). — W. Erb, Zur Pathologie und pathologischen Anatomie d. peripherischen Paralysen {Archiv f. Min. Med., 1868, t. IV, p. 535, et 1869, t. V, p. 42, et Gaz. hebd. de méd. et de chirurgie, 1869, p. 283; voyez encore Arch. physiol., 1869, p. 783). — Carlo Fedeli, Paralisi post-difteritica del vago ; osservazioni cliniche e anatomo-

patologiche (Rivista clinîca di Bologna, janv. 1877, et Rev. des Sc. méd., 1878, t. XI, p. 157). — J. Dêjérine, Recherches sur les lésions du système nerveux dans la paralysie diphthéritique {Archiv. de physiolog. normale et palhoL, 1878, sér. 2, t. V, p. 106, et Bull, de la Soc. anat., sér. 6, t. IV, p. 335). — H. Barth et J. Déjerine, Note sur un cas de méningite bulbaire surveyiant chez un individu atteint de paralysie diphthérique du voile du palais [Archiv. de physiologie norm. etpathol., 1880, p. 673). — P. Meyer, Anatomische TJntersuchungen ûber dipteristiche Liihmung, Berlin, 1881 [Archiv fùr pathol. Anat., t. LXXXV, p. 2, et Rev. des Sc. méd., 1882, p. 57 avec bibliographie). — Kohler et Fick, Ueber Ataxie nach acufen Erkrcmkung [Rrager Vierteljahrschrift, 1879). — Percy Kidd, A contribution to the Pathology of Diphteritic paralysis [Med. chirurg. Transact., 1883, t. LXVIl, p. 133). — Ch. Schers- CHEWSKY, Ueber Thermoneurosen [Archiv für pathol. Anat. und Physiol., 1884:, t. XCVI, p. 131). — WiERERHOFER, Des parulysics consécutives à la diphthérie [Allgem. Wien. med. Zeitung, 23 ocl. 1883; anai. dans Gaz. méd. de Paris, 1884, p. 259).

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