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I. — Néoplasies conjonctives

Toutes les néoplasies conjonctives connues ont été observées dans les nerfs, à l’exception de Tendothéliome, du lymphome et du myome. Néanmoins il n’est pas prouvé que ces dernières lésions ne puissent s’y développer, à l’exception peut-être du myome à cause de l’absence de libres musculaires dans la composition histologique des organes en question.

Myxome. — Cette néoplasie, très voisine du fibrome dont elle n’est peut-être qu’une phase d’évolution, est relativement commune au sein de l’appareil nerveux et des nerfs en particulier. Tous les nerfs y sont pré-

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disposés, mais elle a pour siège plus spécial les nerfs de la tète et ceux des membres; elle prend naissance tantôt dans la substance conjonctive interstitielle ou périnèvre (Virchow), tantôt à l’intérieur de la gaine lamellaire et dans les lames qui séparent les tubes nerveux (cas de Cornil). Quel que soit son point de départ, cette lésion, ordinairement isolée et unique sur le trajet d’un même nerf, se présente sous la forme d’un renllement du volume d’une cerise ou d'une petite pomme, sphérique ou allongé en fuseau, lobulé plutôt que lisse, semi-transpa- I rent, de teinte grisâtre, de consistance peu ferme, gélatiniforme et par- ! fois très molle ; aussi peut-on, dans quelques cas, croire pour une production kystique. Cette erreur est facile, surtout quand cette tumeur vient à dégénérer et à se liquéfier à son centre ; c’est pourquoi il y a lieu de croire que certaines néoplasies décrites sous le nom de névromes cystiques n’étaient vraisemblablement que des myxomes (voy. Ifouël).

La composition histologique du myxome des nerfs ne diffère pas de celle du myxome des autres organes (voy. t. I, p. 329). Dans un cas examiné par Cornil à l’état frais, il était facile de constater sur des sections très minces, traitées par le carmin, un réseau de faisceaux et de libres de tissu conjonctif réunies les unes aux autres. Ce tissu formait ainsi une charpente solide et résistante renfermant dans ses mailles un liquide muqueux et des cellules de tissu conjonctif caractérisées par un noyau ovo'ide, tuméfié, et par un protoplasma grenu disposé au pourtour du ' noyau ; il y avait en outre des cellules lymphatiques libres dans les mailles du tissu fibreux. C’était pour Cornil un fihro-myxome, mais on peut se demander s’il ne s’agissait pas d’un fibrome avec dégénérescence muqueuse. Des sections transversales prati(juées sur cette même tumeur permirent de reconnaître que la néoformation se rencontrait uniquement dans les faisceaux nerveux, à l’intérieur de la gaine lamellaire où elle formait une zone épaisse et repoussait au centre du faisceau les tubes nerveux dissociés en deux ou plusieurs groupes longitudinaux, mais qui avaient conservé leur myéline et leur cylindre-axe.

Le myxome des nerfs a un accroissement assez peu rapide ; il est quelquefois opéré avec succès.

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FicrioMES. — Les (il)pomes des nerfs, désignés à tort, la plupart du temps, sous le nom de névromes, sont embryonnaires (sarcomes des auteurs) ou adultes (fibromes proprement dits).

Les fibromes embryonnaires sont tantôt uniques, tantôt multiples et disséminés sur le trajet d’un ou de plusieurs nerfs, parfois même jusque dans l’épaisseur de la pie-mère et de la moelle épinière, preuve d’une certaine analogie de structure entre le tissu conjonctif de ces dilTérentes parties. Tous les nerfs y sont exposés, mais principalement les nerfs des membres, le sciatique surtout, comme il est facile de s’en assurer en jetant un coup d’œil sur la bibliographie ci-jointe.

Les tumeurs uniques ont un volume variable, qui est assez ordinairement celui d’une amande, elles sont ovoïdes, allongées, mobiles latéralement et plus ou moins intimement fusionnées avec les cordons nerveux. Examinées après la mort, elles ont une consistance souvent inégale, un peu molle, et donnent la sensation d’une fausse fluctuation. Leur coloration est grisâtre ou rougeâtre, car elles sont parcourues par de nombreux vaisseaux dont la rupture peut amener des hémorrhagies ou même donner naissance à des kystes sanguins. Ajoutons que soumises à des transformations diverses et notamment à la transformation muqueuse, ces productions sont^ dans quelques cas le siège de kystes mucosanguinolents. Aussi peut-on croire que les prétendus kystes non parasitaires des nerfs ne sont que des effets de la transformation muqueuse du myxome ou du fibrome embryonnaire de ces organes.

Les fibromes embryonnaires multiples revêtent la forme de nodosités du volume d’un pois, d’une cerise ou d’une olive, parfois énucléables, peu consistantes, grisâtres ou rougeâtres, éparses sur le trajet d’un seul ou de plusieurs nerfs, et en général très nombreuses. Dans un cas qui m’est personnel, la plupart des cordons nerveux, principalement ceux de la (pieue de cbeval et des membres, étaient affectés, mais en même temps il existait plusieurs tumeurs disséminées à la surface de la pie-mèrë spinale (fig. 96) (voy. mon Atlas, planche XLV), Il en était de même dans un fait rapporté par Sibley, avec cette différence que les nouvelles formations étaient moins nombreuses et que plusieurs d’entre elles étaient le siège de kystes colloïdes et sanguins.

La composition histologique des fibromes embryonnaires des nerfs ne diffère pas de celle des fibromes des autres organes. Ces tumeurs sont constituées en eflet par des éléments jeunes de tissu conjonctif, cellules sphériques de petites dimensions ou cellules allongées, fusiformes, et par des vaisseaux plus ou moins nombreux, irréguliers, inégaux et très

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minces. Les cellules allongées sont les éléments de beaucoup les plus communs; elles sont diversement disposées dans la tumeur, et formaient, dans un cas qui m’est personnel, des couches concentriciues au pourtour d’un point central rougeâtre, coloré par de l’hématine, et partant elles paraissaient avoir pris naissance dans les parois vasculaires. Ces éléments ont pour siège habituel le tissu interfasciculaire des nerfs, mais il peut se faire que les lihromes embryonnaires, semblables en cela au.x fibromes adultes, se développent cà l’intérieur des faisceau.v nerveux.

Fig. 9G. — a. Partie inférieure de la moelle épinière et les branches qui en émanent. Ces branches sont le siège de fibromes embryonnaires disséminés. — b. Nerfs du bras atteints par les mêmes tumeurs. (Figures tirées de V Atlas (Vanat. path. de Lancercaux et Lackerbauer.)

Cette néoplasie a, comme toutes les formations embryonnaires, une marche généralement rapide. Son extirpation, pratiquée dans quelques cas de fibrome unique, ne paraît pas avoir été suivie de récidive lorsqu’elle a été complète.

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Fibromes adultes. — Ces fibromes, ordinairement multiples, sont parfois très nombreux puisqu’on a pu en compter plusieurs centaines sur le même individu, et que Smith prétend en avoir trouvé une fois deux mille, lis siègent sur tous tes nerfs, mais ils ne sont accessibles au clinicien qu’autant qu’ils occupent des points superficiellement situés ; c’est pourquoi on les rencontre de préférence sur les membres, ,dans les espaces intercostaux, sur la paroi abdominale, etc. Ils se présentent sous la forme de tubercules ou de nodosités disséminées sur plusieurs points d’un même cordon nerveux qui prend ainsi l’aspect d’un chapelet, ou bien ils envahissent d’emblée toutes les ramifications d’un même nerf; ils s’étendent enfin à toute une série de nerfs des régions les plus différentes sans épargner ni les nerfs spéciaux ni ceux du grand sympathique. Ces dernières localisations donnent une certaine symétrie aux tumeurs fibreuses des nerfs et constituent ainsi un élément important de leur diagnostic.

Les nodosités fibromateuses des nerfs sont allongées suivant l’axe de ces organes fusiformes et quelquefois aplaties par la résistance des plans aponévrotiques. Elles ont un volume qui varie depuis la grosseur d’un pois jusqu’à celle d’une grosse amande, une consistance ferme, cartilagineuse et peu élastique. Très mobiles dans le sens de leur plus petit diamètre ou latéralement, elles le sont beaucoup moins suivant leur longueur, ce dont il est facile de se rendre compte quand on sait que le nerf pénètre la tumeur par son sommet et émerge à son extrémité inférieure. Ces caractères appartiennent de préférence aux tumeurs fibreuses des troncs nerveux, mais les tumeurs des ganglions et des ramuscules offrent quelques différences.

Les fibromes des ganglions nerveux, dont un bel exemple est publié dans V Anatomie pathologique de Cruveilhier et un autre rapporté par Lebert (Physiologie pathologique), donnent lieu à des tumeurs irrégulières, du volume d’un petit marron ou d’une petite noix, fermes, résistantes, fort peu mobiles et difficilement constatables pendant la vie. Les fibromes des ramuscules nerveux font saillie sous la peau; ils sont

iN'EHKS.

mobiles, parfois très douloureux à la suite de la pression ou d’une lésion mécanique, d’où la dénomination de tubercules douloureux qui leur a été donnée par W. Wood « painful tubercle î>. Ils ont pour siège habituel les extrémités supérieure et inférieure, surtout le voisinage des articulations ; ils se rencontrent aussi au tronc, principalement dans les régions pectorale et scrotale, très rarement au visage.

Tous ces fibromes ont une marche lente et progressive; ils cessent de s’accroître au bout d’un certain temps et parviennent rarement à acquérir un volume considérable; ils ne subissent aucune transformation régressive, car on en a vu persister quinze, vingt ans et plus, sans la moindre modification.

Constituées par une formation circonscrite, lente et indéfinie de tissu fibreux, ces tumeurs, malgré la différence de leur siège, ont une composition histologique assez semblable. Elles peuvent, il est vrai, se développer dans le tissu interfasciculaire, mais elles ont pour siège habituel le tissu conjonctif intrafasciculaire des nerfs. Des coupes fines de ces fibromes, examinées au microscope à un grossissement suffisant, permettent de constater à l’intérieur de la gaine lamelleuse l’existence de faisceaux fibreux assez compacts, sectionnés perpendiculairement ou parallèlement et plus ou moins onduleux, auxquels s’ajoutent une petite quantité de matière amorphe et quelques cellules allongées. Au milieu de ces faisceaux, à l’intérieur et dans le voisinage de la gaine lamelleuse épaissie par de nouvelles couches imbriquées, on constate parfois des espaces ressemblant à une sorte de feutrage et renfermant, à côté d’éléments cellulaires conjonctifs, des tubes nerveux. Ceux-ci, agglomérés par places ou isolés, n’occupent qu’une faible partie de l’aire des faisceaux nerveux, le reste se trouvant comblé par un tissu conjonctif librillaire accompagné d’un plus ou moins grand nombre d’éléments cellulaires. Reconnaissables à leur coloration noir foncé lorsqu’ils ont été traités par Tacide osmique, ces tubes ont un volume tantôt normal, tantôt diminué bien que le contenu de la moelle n’ait pas disparu entièrement et que, de distance en distance, on parvienne encore à distinguer les étranglements annulaires. Le cylindre-axe est généralement intact, i| les noyaux de la gaine ne présentent aucune modification, si ce n’est dans des circonstances rares où les tubes nerveux comprimés sont profondément atrophiés ou détruits.

La conservation des tubes nerveux dans certains cas de fibromes, même volumineux, est devenue indiscutable depuis l’emploi de Tacide osmique, qui permet d’avoir une notion exacte des désordres de ces tubes. La plupart du temps, en effet, la présence de ces tumeurs sur le trajet des Lancereaux. — Traité d’Anat. patli. III. — 2.'S

cordons nerveux n’em pèche pas la transmission des impressions sensitives et des incitations motrices et ne détermine, pour tout phénomène, que des sensations d’engourdissement ou de fourmillement. La mort toutefois peut en être la conséquence, mais c’est uniquement lorsque la néoplasie s’étend cà tout le système nerveux, dans lequel cas elle est plutôt l’ellèt de la multiplicité des lésions et de l’exagération de la végétation pathologique que de ses conséquences physiologiques, à moins cependant que les nerfs pneumogastriques et le grand sympathique ne se trouvent atteints.

Les néoplasies qui se rapprochent le plus des fibromes, comme les chondromes, les ostéomes, les angiomes, les myomes, sont extrêmement rares dans les nerfs ou n’y ont jamais été rencontrées. Si dans quelques tubercules sous-cutanés douloureux l’examen histologique est venu révéler l’existence d’une production musculaire, il est de toute vraisemblance que le point de départ de cette production était étranger aux nerfs; on sait, en efl'et, qu’il n’entre aucune fibre lisse dans la composition de ces organes, si ce n’est celles qui font partie des artérioles, et celles-ci n’ont qu’une très faible tendance à végéter.

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■ —H. Lebert, Physiologie pathologique, 1815, t. II, p. 179.

j Névromes. — Ces néoplasies, dans la composition desquelles les libres \ nerveuses ou les cellules ganglionnaires entrent comme élément princi- * pal (1), présentent deux variétés distinctes désignées, suivant leur compo-

I (1) Le nom de névrome vrai, suivant üillrolli, servirait à désigner une tumeur composée f exclusivement de fibres nerveuses ; mais alors cc névrome est une lésion excessivemeiu 1 rare, et même, il n’existe pas. Nulle part en effet les éléments nerveux pas plus que les

sitioii histologiijue, sous les noms de iiévrome fasciculaire et de névrome médullaire ou ganglionnaire.

Névrome fasciculaire. — Le névrome fasciculaire a pour siège de prédilection les nerfs spinaux, beaucoup plus rarement les nerfs cérébraux, et quelquefois les nerfs sympathiques. Les éléments nerveux qui le constituent, sont les uns blancs, avec un contenu médullaire, les autres grisâtres et sans moelle; de là des tumeurs blanchâtres et des tumeurs grisâtres. Celte dilTérence de composition, en rapport avec les deux ordres de nerfs, a conduit Virchow à diviser le névrome librillaire ou fasciculaire en névrome myéliniquo et névrome amyélinique. Ces deux variétés, le plus souvent isolées etdistinctes, sont quelquefois confondues, de telle façon qu’une même tumeur peut renfermer les deux espèces de libres nerveuses.

Le névrome fasciculaire myélinique a un aspect un peu différent suivant qu’il se développe sur le trajet ou à l’extrémité des nerfs. Les névromes des troncs nerveux sont constitués par des renflements fusiformes, des saillies ou nodosités fermes et résistantes, disséminées sur le trajet d’un seul ou de plusieurs cordons nerveux.

Les névromes des extrémités nerveuses ou névromes terminaux se présentent sous la forme de tumeurs arrondies, sinon fusiformes, qui se rapprochent des fibromes connus sous le nom de tubercules douloureux, ou bien sous celle de petits cordons renflés, indurés, s’anastomosant entre eux et formant des trabécules à la façon des nerfs cutanés les plus tins. Quelquefois enlin, par suite de la fusion de ces trabécules, se forment des tumeurs diffuses plus ou moins molles, assez semblables à des plaques d’éléphantiasis, et qui ont été désignées sous le nom de pachydermatocèle. Examinées à l’œil nu, après dissection, ces dernières variétés se montrent composées de cordons inégalement renflés, cylindriques, pelotonnés ou anastomosés en forme de plexus, d’un aspect qui rappelle celui des veines variqueuses, d’où la dénomination de névrome plexiforme (Verneuil) et de névrome cirsoïde (Bruns). Ces cordons, qui souvent décrivent des cireonvolutions nombreuses au milieu du tissu conjonctif qui les entoure, s’étalent à la manière des anses de

éléments épilhéliau.x ne se multiplient sans qu’il y ait simultanément végétation des éléments conjonctifs et formation de vaisseaux. Ainsi compris, le névrome vrai est une tumeur composée de tissu nerveux en ce sens qu’elle renferme simultanément des fibres nerveuses, des éléments conjonctifs et des vaisseaux. Toutefois, si nous ne sommes pas de l’avis de Billrotli, nous sommes moins encore de celui de Virchow, qui décrit sous le nom de névrome des tumeurs congénitales sacro-coccigicnnes, par exemple, sous prétexte qu’elles renferment quelques faisceaux nerveux.

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l’intestin, lorsqu’on vient à couper les bandes fibreuses qui les maintiennent (tig. 97).

Uniques ou multiples, les névromes ont une composition histologique semblable, sinon identique, en ce sens qu’on y trouve d’une façon constante trois éléments : des tubes nerveux, des fibres conjonctives et des vaisseaux. Les tubes nerveux ne diffèrent pas des tubes normaux avec cylindre-axe ; mais, lorsque ces éléments ont été atrophiés, il est parfois difficile, en présence des éléments fibreux et vasculaires, de démêler s’il s’agit d’un véritable névrome ou d’un simple fibrome, et l’on voit des histologistes très recommandables rester hésitants sur la question. Ces tubes, déjà reconnaissables à l’état frais, le sont encore plus à la suite de leur imprégnation par l’acide osmique ; ils se reconnaissent par dissociation, aussi bien que sur des coupes fines transversales ou longitudinales. Ils sont réunis en nombre variable et forment des groupes ou faisceaux entourés d’un périnèvre épaissi.

Dans quelques cas, au milieu de tubes nerveux à doubles contours réguliers ou diver- ‘''8“»

sement renflés, on rencontre

un petit nombre de faisceaux de fibres de Remak, Signalons dans un

fait rapporté par L. Labbé et Legros la bifurcation et même la trifur-

cation des tubes nerveux ; quelques-uns de ces tubes, après s’être renflés légèrement, se divisaient en deux rameaux qui à leur tour se subdivisaient plus loin.

Les fibres conjonctives qui servent de charpente aux névromes ne diffèrent de l’état normal que par une plus grande épaisseur, ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte par l’examen d’une coupe fine et transversale. Sur cette coupe on constate, en même temps, la présence de faisceaux

liorizontaux, perpendiculaires ou obliques, comme si les tubes nerveux eux-mêmes n’avaient pas toujours une direction constante et formaient une espèce de lacis enchevêtré et irrégulier. Les vaisseaux, en général peu nombreux, n’offrent rien de spécial, si ce n’est dans quelques cas où ils sont dilatés et anastomosés, comme dans une tumeur érectile. Cette particularité rend compte d’un phénomène clinique rencontré dans plusieurs cas de névrome vrai, à savoir : la tuméfaction et la saillie de la tumeur à la suite d’explorations répétées, ou même spontanément sous des inlluences inconnues.

Les névromes formés par l’hypergénèse des fibres de Remak ou névromes amyéliniques sont relativement rares, ou du moins très difficiles à reconnaître. Ces tumeurs, dont la plupart des fibres ne renferment pas de moelle nerveuse, ont été pendant longtemps confondues avec les fibromes embryonnaires ou adulfes, surtout h l’époque où l’on ajoutait à la préparation histologique de l’acide acétique qui faisait apparaître une quantité de noyaux au sein d’une substance fondamentale fibrillaire ou striée. Le parallélisme des fibres sans moelle et la constatation de ces fibres dans les névromes myéliniques sont les principales circonstances qui ont conduit Virchow à distinguer ces névromes, bien différents d’ailleurs des fibromes par le siège des noyaux contenus non pas dans de simples cellules, mais dans des fibres à double contour faciles à poursuivre sur de longs parcours.

La proportion des éléments qui composent les névromes n’étant pas toujours aussi nettement définie que celle des parties constituantes d’un nerf à l’état normal, la prépondérance de l’un ou l’autre d’entre eux donne naissance à autant de variétés ; on a de cette façon des névromes fibromateux, myxomateux, angiomateux, suivant que les éléments fibreux, muqueux ou vasculaires viennent à prédominer. Ces variétés de névromes, la première notamment, ont quelquefois une telle analogie avec les fibromes des nerfs qu’il est difficile, même à des histologistes éminents, de les distinguer. Ajoutons que ces difficultés peuvent être le résultat non seulement d’une exagération du tissu conjonctif, mais encore d’une diminution par atrophie de l’élément nerveux comprimé ou détruit par ce tissu.

Les névromes s’accroissent lentement, et dans la plupart des cas ils n’atteignent qu’un faible volume; ils sont assez généralement arrêtés dans leur marche et peuvent rester dix ans et plus sans présenter de changement appréciable. Ces tumeurs, à la vérité, ont parfois des localisations multiples, mais elles ne sont pas infectieuses et doivent être considérées comme essentiellement bénignes. Leurs éléments ont du reste peu de tendance à dégénérer, car la métamorphose graisseuse et le ramol-

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lissement avec dégénérescence cystoïde sont les seules transformations qu’elles aient jamais présentées.

Les phénomènes auxquels donnent lieu les névromes diffèrent peu, malgré la présence d’éléments nerveux nouveaux, de ceux que détei’minent les myxomes et les fibromes des nerfs; ces néoplasies ayant été la plupart du temps confondues, on ne s’est pas appliqué à rechercher leurs signes distinctifs, une analyse clinique plus minutieuse permettrait sans doute d’arriver à éclaircir leur diagnostic. Résultat de l’excitation et de la compression des nerfs par le néoplasme conjonctif qui joue ici le rôle d’un corps étranger, ces phénomènes intéressent toutes les fonctions nerveuses, à savoir : la sensibilité, le mouvement et la nutrition.

Les troubles de la sensibilité se révèlent par des sensations de picotements, de fourmillements et d’élancements douloureux , souvent très intenses, ceux du mouvement, par des phénomènes convulsifs ou paralytiques; les troubles trophiques, dorit les téguments sont le principal siège de localisation , se traduisent enfin par des éruptions diverses. Tous ces désordres sont en rapport non seulement avec les conditions de la lésion

à l’égard des faisceaux nerveux, mais encore avec l’excitabilité spéciale du malade.

Fig. !)8. — Extrémité inférieure de la moelle épinière et queue de cheval atteinte de névromes vrais.

Névrome ganglionnaire. — Ce névrome est une néoplasie dont la structure se rapproche de celle des ganglions nerveux et dans la com- ( position de laquelle il entre, en même temps que des tubes nerveux et i un stroma conjonctif, des cellules que Ton peut croire de nature nerveuse. Plusieurs auteurs conservent encore des doutes sur la nature de cette néoplasie, dont l’existence nous semble peu discutable (voy. t. I, p. 462). Elle a été observée dans les ganglions nerveux où elle formait une sorte d’exubérance, ce qui ne peut nous surprendre ;

ANATÜMllî PATHOLOGIQUE.

mais on l’a rencontrée également sur le trajet des nerfs, ce qui est plus extraordinaire, puisque ces cordons ne contiennent aucune cellule nerveuse (lig. 98).

La coupe microscopique d’un névrome du plexus solaire, examiné par Ch. Robin, à un grossissement d’environ 350 diamètres, offrait les éléments qu’on trouve au centre de chaque cordon nerveux, tandis que les masses correspondant aux ganglions contenaient des cellules ganglionnaires semblables aux cellules normales. Dans un cas de tuméfaction

du ganglion de Casser qui avait acquis le volume d’un œuf de pigeon, Günsburg trouva une augmentation décuple des cellules ganglionnaires. Dans un autre cas du même auteur, le troisième et le quatrième nerf sacré du côté gauche se terminaient par un renflement blanchâtre, piriforme, de deux millimètres de long sur un centimètre de large.

Ces tumeurs se trouvaient composées d’un feutrage de fibres nerveuses et de tissu interstitiel, avec de nombreuses cellules plates, transparentes, de à de diamètre.

J’ai rapporté moi-même un fait intéressant à ce sujet, en ce sens que plusieurs des cordons nerveux formant la queue de cheval étaient le siège de renfleiïients fusiformes grisâtres, du volume d’un grain de blé ou d’un noyau de prune, assez analogues aux ganglions spinaux (lig. 98). Ces renflements offraient une structure se rapprochant de celle des ganglions nerveux, car sur une coupe microscopique longitudinale on constatait la présence de tubes nerveux disposés sous forme de faisceaux entre des amas de corps arrondis ou ovoïdes, bruns, pigmentés, en possession d’un noyau relativement considérable, d’environ (•■"jOl de diamètre (fig. 99).

Fig. 9!i. — Coupe microscopique de l’un des névromes représentés figure 98 : a, grosses cellules avec noyaux, disséminées dans le stroma conjonctif; b, tubes nerveux perpendiculairement sectionnés.

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Étiologie et pathogénie. — Les conditions étiologiques des névromes spontanés sont peu connues; on sait que ces néoplasies sont quelquefois ! congénitales et fréquemment héréditaires, mais la cause réelle de leur i développement reste ignorée. 11 semble que les individus dont l’appareil I cérébro-spinal est mal conformé soient spécialement prédisposés à ces ! tumeurs dont la fréquence relative chez les idiots et chez les crétins a été ' remarquée ; mais il n’existe aucune donnée certaine sur les rapports qui j peuvent relier ces états pathologiques.

i La genèse des éléments des névromes est toujours discutée. Quelques histologistes, ayant trouvé dans certains d’entre eux des tubes nerveux bifurqués ou même trifurqués, en ont induit que les éléments de nouvelle i formation provenaient des tubes normaux par division dichotomique i (L. Labbé et Ch. Legros). D’autres auteurs, n'ayant pas rencontré cette I bifurcation, ont émis l’avis que les éléments nerveux des névromes pouvaient bien se former aux dépens des cellules de tissu conjonctif. La présence habituelle de fibres de Remak au sein des névromes viendrait à l’appui de cette théorie qui laisse à désirer au point de vue de la formation du cylindre-axe. Reconnaissons, en tout cas, que la genèse des névromes ne peut s’écarter des lois qui président au développement I embryonnaire du tissu nerveux.

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' de méd. et de chir., 1870, p. 242). — P. Bruns, Bas Rankenneurom {Archiv i fùr path. Anat. und Physiolog., 1870, t. L, p. 80). — R. Marchand, Basplexi- ' form Neurome {Ibid., 1877, t. LXX, p. 36). — Wilh. Loretz, Ein Fait von ' ! gangliosem Neurom {ganglions) {Archiv fûr path. Anat. und Physiolog,, 1870, I ; t. XLIX, p. 435). — L. Labbé et Ch. Legros, Etude anatomo-pathologique de trois cas de névromes {Journ. de V Anatomie et de la Physiologie, etc., 1871,

p 171), — Perls, Beschreibimg eincsivahrenNeuromdes Mervus opticus (Archiv f. Ophthalmologie, 1873, t. XIX, p. 287). — A. Carïaz, Étude sur le névrome plexiforme (Archiv. gén. de rnéd., 1876, t. II, p. 170). — Czerny, Éléphantiasis des Arabes, congénital avec névromes plexiformes (Archiv f. kl. Chirurg., t. XVII, p. 350). — A. VON WiNiwARTER, Plcxiform fibroneurom der Armnerven, etc. (Ibid., 1876, t. XIX, p. 595. Anal, dans ArcA. gén. de méd., 1877, t. 1, p. 104, et Rev. des sc. méd., t. IX, p. 270). — J. Garel, Notesurun nouveau cas de névrome plexiforme (Lyon méd., 14 janvier 1877, et Rev, des sc. méd., t. IX, p. 669).

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ÉPiTiiÉLiOME. — Le cancer ou épithéliome primitif des nerfs n’exisle pas par la raison que ces organes ne renferment pas d’épithéliums ; aussi croyons-nous que les descriptions qu’en ont données Forster et Virchow se rapportent à des lésions d’un tout autre genre. Le cancer ou épilhé - Home secondaire, y est quelquefois observé par suite de propagation plutôt que de métastase. Ainsi certains nerfs situés au voisinage d’organes fréquemment alï'ectés de cancer sont particulièrement prédisposés à cette lésion ; c’est le cas du nerf sciatique et du nerf crural à leur sortie du bassin, du nerf mentonnier au niveau du trou de même nom, et de plusieurs nerfs voisins de la mamelle.

Les nerfs lésés se présentent dans deux conditions un peu différentes : ou bien ils sont compris dans un tissu épithélial de nouvelle formation qui a envahi et détruit le névrilème, ou bien cette enveloppe est respectée et le nerf, qu’il est possible de séparer sans trop de difficulté des parties voisines, offre sur son trajet un ou plusieurs renflements fusiformes.

Une coupe fine pratiquée au niveau de ces renflements et examinée à un faible grossissement laisse voir dans l’épaisseur du névrilème des espaces ou cavités comblées par des cellules épithéliales de même ordre que celles de la tumeur principale. La multiplication de ces éléments a pour conséquence la destruction du névrilème, l’envahissement du tissu interfasciculaire, et aussi la compression des faisceaux nerveux dont les éléments peuvent dégénérer. Cette dégénérescence survient, à plus forte raison, quand les éléments épithéliaux envahissent la gaine lamelleuse et pénètrent à l’intérieur du faisceau nerveux. De vives douleurs sont alors ressenties sur le trajet des nerfs affectés; elles sont, comme on le sait, tellement violentes dans certaines circonstances qu’elles

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arrachent des cris aux malades et ne cèdent' (|u’aux injections hypodermiques de morphine.

Les nerfs sont, non seulement envahis par le cancer, mais cette néoplasie, suivant Calomiali, peut s’étendre par leur intermédiaire ou du moins par l’intermédiaire des canaux et des espaces lymphatiques qui entourent les faisceaux nerveux. Un fait de ce genre m’a frappé dès l’année 1861 : un homme atteint d’un épithéliome situé sur la partie latérale (lu cou présenta à l’autopsie une tumeur épithéliale du volume d’uiie noisette dans l’épaisseur du centre phrénique du diaphragme vers le point où aboutit le tronc du nerf phrénique. Les recherches intéressantes auxquelles s’est livré l’auteur italien lui ont appris que la diffusion cancéreuse s’observe fréquemment dans les cas de cancer de l’utérus (17 fois sur 22 cas), et que les cellules cancéreuses des nerfs altérés se trouvent disposées circulairement sur une ou plusieurs rangées autour des faisceaux nerveux à l’intérieur même du périnèvre dont elles ont écarté les éléments. De cette zone circulaire du périnèvre se détachent quelquefois des rangées de cellules placées bout à bout qui pénètrent à l’intérieur de l’endonèvre et se dirigent vers le centre du faisceau nerveux. La preuve que les espaces dans lesquels s’insinuent ainsi les cellules du cancer sont bien des espaces lymphatiques préexistants, c’est que dans certaines préparations on peut voir leur revêtement endothélial, et qu’ils représentent fidèlement la disposition des espaces lymphatiques normaux du périnèvre et de l’endonèvre.

Bibliographie. — 'W. H. Flower, Epithelial tumour in the seat of the sciatic Nerve (Transact. of the pathol. Soc. of London, 1858, t. IX, p. 11). ■ — V. Cor- NiL, Sur la production des tumeurs épithéliales des nerfs (Journ. de l'Anatomie et de la Ehysiologie de l’homme et des animaux, 1864, p. 183). — Colomiati, Diffusion du cancer le long des nerfs, Turin, 1876, anal, dans Archiv. de Physiol. normale et pathol., 1876, sér. 2, t. III, p. 663.

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