II. — Hyperhémies
Les hyperhémies des nerfs sont actives ou passives, c’est-à-dire névropathiques ou angiopathiques, suivant qu’elles sont le résultat d’un désordre de l’innervation vaso-motrice ou d’un obstacle mécanique à la circulation.
Les hyperhémies actives, malgré une étude fort incomplète, sont les mieux connues. Elles se rencontrent assez généralement dans les foyers phlegmoneux, et s’étendent à une certaine distance de ces foyers où il est facile de les étudier. Les nerfs tuméfiés, et parcourus par des traînées rougeâtres, présentent à l’examen microscopique des vaisseaux remplis de sang et souvent dilatés, comme le démontrent des coupes durcies dans l’acide chromique. Cet état est quelquefois accompagné d’œdème et suivi de l’extravasation de globules sanguins donnant lieu à de petits points hémorrhagiques.
Semblable modification se rencontre sans doute dans plusieurs autres circonstances non encore déterminées, c’est du moins ce que l’on est porté à croire quand on sait que les vaisseaux des nerfs, comme ceux des autres organes, sont soumis à des influences nerveuses. Ajoutons que Rokitansky prétend avoir observé la congestion des nerfs et des ganglions du grand sympathique dans le cours de plusieurs maladies infectieuses, le choléra et la fièvre typhoïde notamment.
Les hyperhémies passives ou angiopathiques des nerfs résultent d’un
NERFS
obstacle mécanique au cours du sang artériel ou veineux ; elles s’observent dans les cas de thrombose et d’embolie, de compression vasculaire, etc., à la condition qu’une circulation collatérale soit possible. Elles sont caractérisées par la réplétion des veinules et des capillaires et par un œdème plus ou moins accusé.
Les phénomènes liés à la congestion des nerfs intéressent la sensibilité beaucoup plus que le mouvement ; ils consistent en douleurs intenses, intolérables parfois, principalement dans les hyperhémies passives dues aux thromboses ou aux embolies des membres, en des sensations subjectives diverses telles qu’engourdissements , picotements, fourmillements, etc. Dans quelques cas enfin on constate de l’hyperesthésie et un affaiblissement plus ou moins complet de la motilité. Tous ces désordres ont été observés expérimentalement par Weir Mitchell, qui les a étudiés sur lui-même après refroidissement ou congélation de son nerf cubital.
Bibliographie. — G. Rokitansky, Handh. der pathol. Anatomie, Wien, 1856, t. II, p. 498. — Weir Mitchell, Des lésions des nerfs et de leurs conséquences. Trad. fr. par M. Dastre, Paris, 1874, p. 58. — Cornil et Ranvier, Manuel d'anat. pathologique, l’’'* édit., p. 598.