I. — Lésions traumatiques sans plaies
.1 Ces lésions, diverses dans leurs causes et dans leurs effets, compren-
lient la compression, la contusion et l’écrasement, la distension et Tarra* chement.
Compression. — Les désordres anatomiques résultant de la compres- ^ sion des nerfs sont à peine mentionnés par les auteurs qui ont le mieux
étudié les troubles fonctionnels liés à cet état pathologique. Weir Mitchell ^ rapporte toutefois qu’il a observé dans les nerfs comprimés des traces de
congestion et que la lésion prédominante était un changement du contenu des tubes nerveux. Dans quelques caSj dit-il, j’avais peine à trouver
NERFS
une fibre tout à fait saine; les désordres étaient certainement plus étendus que pour des nerfs sectionnés depuis sept à huit jom’s, quoique l’influx nerveux pût encore circuler à travers ces éléments modifiés. Les symptômes résultant de la compression des nerfs peuvent être résumés, selon le même auteur, comme il suit ; illusions sensorielles revenant à des intervalles réguliers, puis hyperesthésie, douleur, chaleur, suivies de désordres de la sensibilité et de mouvements spasmodiques, enfin anesthésie et paralysie absolue. Après la cessation de la compression d’un nerf, il se produit un retour rapide de la motilité et de la sensibilité, à moins que la compression n’ait été très forte ou n’ait duré longtemps. Waller, ayant comprimé sur lui-même le nerf radial gauche pendant quarante-cinq minutes, attendit onze jours le rétablissement complet de la fonction.
Les causes de compression des nerfs sont nombreuses et variées, mais elles n’exercent en général d’efl'ets fâcheux qu’autant que ceux-ci se trouvent renfermés dans des cavités osseuses, le crâne, le bassin, etc., car les nerfs situés au sein des parties molles échappent facilement à leur action. Les tumeurs anévrysmales ou cancéreuses, les têtes osseuses et les fragments d’os déplacés, les cicatrices rétractées, le corps thyroïde hypertrophié, les ganglions lymphatiques altérés, etc., comptent parmi les causes les plus fréquentes de compression nerveuse. Signalons parmi celles qui viennent de l’extérieur les fausses positions pendant le sommeil, le forceps, l’usage des béquilles (1), etc.
Bibliographie. — J. B. Bastien et A. Vulpian, Mém. sur les effets de la compression des nerfs {Gaz. méd. de Paris, 1855, p. 794). — A. Waller, Procceding s Londmi royal Society , \SQ0-G‘i. — Bachon, De la paralysie du nerf radial, etc. {Recueil de mém. de méd. , de chir. et de pharm. militaires, 1864, sér.3, t. XI, p. 323). — Nahaud, Paralysies obstétricales des nouveau-nés {Gaz. hebd. de méd. et de chirurg., 1872, p. 847). — Gueniot, Paralysie consécutive à la compression des nerfs. Thèse de Paris, 1872, — Ferréol Reuillet, Sur les paralysies des membres supérieurs liées aux fract. de l'humérus. Thèse de Paris, 1809. — Lasègue et Duplay, La guerre de Sécession aux États-Gnis au point de vue médical et chirurgical {Archiv. de méd. , Janv. 1 874, p. 82). — Weir Mitchell, Des lésions des nerfs et de leurs conséquences. Trad. fr. par Dastre, Paris, 1874, p. 116. — Panas, Sur une cause peu connue de compression du nerf cubital
(1) Les béquilles, sur lesquelles repose le poids du corps pendant la marche, ont pu déterminer dans un certain nombre de cas des paralysies plus ou moins complètes des membres supérieurs. Dans trois faits de ce genre observés par moi, les muscles animés parle nerf radial étaient particulièrement atteints. Le nerf cubital esta son tour quelquefois altéré parla compression, comme j’ai pu le voir chez une femme de cinquante-huit ans, coquetière, qui avait l’habitude de porter un panier à son bras.
ANATÜMIE PATHOLOGIQUE.
{France méd., 1877, p. 108). — J.-Cli. Avezou, l)e quelques jihén. consécutifs aux contusions des troncs nerveux des bras et à des lésions diverses des branches nerveuses digitales. Thèse de Paris, 1879, bibliographie. — E. Boinet, Contribution à l'étude de la compression des nerfs. Thèse de Paris, 1880. — Tédenat, Névrite du sciatique consécutive à la compression de l'artère fémorale au pli de l'aine {Gaz. méd. de Paris, 1881, p. 563) — Vulpian, Paralysie du nerf du brasproduite par la compression [Séance de V Acad . deméd., 7 mars 1882, et Union méd., G mars 1882 p. 392).
Contusion. — Les lésions produites par la contusion des nerfs, rarement observées chez l’homme, ont été de préférence étudiées chez les animaux. Tillaux, ayant soumis chez des lapins les cordons nerveux à l’action de coups de marteau légers, constata que le névrilème ne se déchirait jamais, mais qu’il se formait à l’intérieur de celte gaine un grand nombre de petites hémorrhagies s’étendant bien au delà du point contusionné. Des foyers plus petits se voyaient dans les gaines formées par le périnèvre et occupaient les vides déterminés par la rupture de ([uelques tubes nerveux. Tous ces tubes n’étaient pas rompus; souvent ils étaient simplement effilés, réduits de moitié ou du tiers de leur volume, dilatés en ampoules au delà du siège de la contusion. Trois ou (juatre jours plus tard, le travail de réparation était à peine visible; les tubes nerveux semblaient réduits en une masse granuleuse, au niveau de la contusion, et plus loin la moelle nerveuse était en voie de fragmentation et de dégénérescence graisseuse. Weir Mitchell répéta ces expériences qu’il trouva correctes, et constata que la dégénérescence du nerf ne différait pas de celle qui se produit à la suite d’une section ; l’étendue du travail destructeur était proportionnée à l’intensité de la violence extérieure, et beaucoup de fibres nerveuses échappaient à l’altération. Mais si la contusion avait été suffisamment forte, tous les tubes nerveux étaient rompus, sinon étouffés par une multitude de petits caillots sanguins qui, dans certains cas, donnaient lieu à une tuméfaction assez considérable pour qu’on pùt> la confondre avec un névrome.
Les efléts de la contusion des nerfs sont en rapport avec Tintensité du choc et la nature du plan de résistance; toutefois, à moins d’une contusion très violente, la perte de l’activité fonctionnelle n’est pas immédiate. Au premier moment se produit une douleur vive, puis un engourdissement et des fourmillements, et au bout de quelque temps des désordres trophiques ou paralytiques (1).
(1) Un charpentier, âgé de trente-neuf ans, était tonibe, le i2 septembre 1859, d’un premier étage sur le sol. Cette chute ajant eu pour effet de conlusionner toute la partie
NEKl'S.
La contusion des nerl's, accident coimnu)i de la vie civile, est généralement déterminée par des coups, des chutes, la luxation des grosses articulations, celles des épaules en particulier. Dans la pratique militaire elle peut tenir aux mêmes causes, mais elle provient le plus souvent du
comprisü entre le moignon de l’épaule droite cl la septième vertèbre cervicale, il en résulta, deux jours plus tard, une paralysie de la plupart des muscles du bras et de l'avantbras correspondants, accompagnée de sensations douloureuses plus ou moins vives. Deux mois plus tard, 14- novembre, ce malade était admis dans le service de clinique de rHôtel- Dieu, dont nous étions l’interne; il avait alors une attitude spéciale : la tête pouvait à peine être renversée en arrière et se portait difficilement à droite. L’extension des doigts de la main droite n’était presque pas manifeste, la flexion se faisait mieux. La pronation était possible, la supination des plus difficiles. L’épaule se trouvait relevée, le bras fixe au tronc, l’avant-bras ne pouvait être volontairement fléchi. Les muscles sus-et sous-épineux, une partie du muscle grand pectoral, le deltoïde et la plupart des muscles du bras, étaient atrophiés et ne répondaient plus à l’excitation faradique; il existait des douleurs dans l’épaule et aux extrémités du membre. Pendant un mois on électrisa cha(]ue jour les muscles paralysés; au boui de ce temps, le malade demanda sa sortie et fut perdu de vue. 11 avait peu gagné du côté des muscles paralysés.
Un garçon d’hôlel, âgé de cinquante-deux ans, fait le 18 décembre, sur l’épaule droite, une chute qui est suivie de luxation. Celle-ci est réduite le lendemain, mais le membre correspondant reste fiasque et paralysé. Admis à l’IIôtel-Dieu le 28 décembre 1864, ce garçon a tout le membre supérieur droit dans un état de complète résolution et le dos de I la main légèrement œdématié; la sensibilité objective est peu modifiée, mais des douleurs, parfois assez vives, se font sentir aux extrémités de ce membre. Le 80 décembre, la paralysie du membre persiste, les doigts, un peu raides, sont légèrement fléchis du côté de la face palmaire; des douleurs plus ou moins vives existent toujours sur le trajet du nerf médian. Les muscles de l’avant-bras et du bras, le triceps excepté, répondent peu ou pas à l’excitation faradique. Cet état se continue sans autre cbangement appréciable j ([u’une rétraction plus manifeste des extrémités digitales vers la paume de la main. Le ' 25 janvier 1865, la peau de l’avant-bras est brillante, fine, amincie; elle est le siège d’une sensation subjective de froid; le gonflement du dos de la main s’est accentué, il remonte jusqu’au bras; l’articulation du coude est tuméfiée et douloureuse. Dans les pre- 1 miers jours de mars, le gonfiement de la main commence à diminuer, l’articulation tend î à s’améliorer et la température du membre diffère peu de celle du côté opposé. Les ' doigts, toujours dans la flexion, sont raides et violacés, ce qui donne à la main la forme , d’une griffe; les muscles de l’avant-bras et ceux du bras, à l’exception du deltoïde et du I triceps brachial, sont très manifestement atrophiés. Cet état persiste jusqu’en juillet ; en 1 août, le malade parvient à opérer quelques mouvements de pronation et de supination, cl peut agiter l’extrémité des doigts qui restent fléchis. La sensibilité cutanée demeure ' obtuse. De nouveaux élancements se font sentir suivant le trajet du nerf cubital, et le ! gonflement du dos de la main reparaît en partie. Ce malade toutefois demande sa sortie; mais, l’ayant revu six mois plus tard, nous avons trouvé qu’il s’était beaucoup amélioré et I nue la plupart des muscles paralysés pouvaient se contracter.
; Chez un dernier malade, qui, à la suite de la réduction d’une luxation de l’épaule, fut 1 atteint d’une paralysie du triceps brachial et de tous les muscles de l’avant-bras, avec anesthésie complète de la main et des doigts, et plus tard emporté par une pneumonie, I les nerfs radial, cubital et médian, examinés avec soin, à l’œil nu, furent trouvés rouges, ! violacés et ecchymosés au niveau des points soumis à la contusion. 11 n’y eut aucun exa- 1 men microscopique pratiqué, maisNélaton, qui fit une leçon sur ce cas, tendait à attribuer la paralysie à l’épanchement du sang qui infiltrait le tissu nerveux.
Lancereaux. — Traité d’Anat. path.
402 ANATOMIE PATllOLOülQUE.
choc d’un éclat d’obus ou d’un boulet plein, et les conséquences en sont ordinairement très graves.
La distension et l’arrachement des cordons nerveux, sont les effets habituels des tiraillements qui peuvent se produire dans les cas de fracture et de luxation des membres, mais on les observe aussi à la suite des efforts démesurés de réduction : le nerf se distend, la pulpe se déchire, puis le névrilème, et l’arrachement est complet. Du sang s’épanche entre les bouts déchirés, et les tubes nerveux s’altèrent comme à la suite d’une section. Il résulte de là une paralysie temporaire à la suite d’une simple distension, persistante avec atrophie des muscles après l’arrachement.
Bibliographie. — Descot, Affections locales des nerfs. Paris, 1825. — V.-A. Causard, Essai sur la 'paralysie suite de contusion des nerfs. Thèse de Paris, 1861.
— Weir Mitchell, Des lésions des nerfs, etc., Paris, 1874, p. 99. — Terrillon, Contribution à l’étude de la contusion des nerfs mixtes (Archiv. de physiologie norm. etpath., 1877, p. 264). — Tripier, Dici. encyclopéd. des sc. mcd.,1878, sér. 2, t. XII, p. 254. — S. Pozzi, Névrite traumatique du plexus brachicd droit; atrophie musculaire du membre blessé, etc. (Gaz. méd. de Paris, 1883, p. 486).
— Lauth, Note sur un cas de contusion du plexus cervical superficiel et du plexus brachial (Revue de chirurgie, 10 juillet 1884, p. 560). — J. -Ch. Avezou, Contusion des troncs nerveux du bras, Thèse de Paris, 1879.