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II. — Lésions traumatiques avec plaies

Les plaies des nerfs diffèrent suivant qu’elles sont produites par des instruments piquants, tranchants ou contondants.

Le passage d’un corps piquant, une aiguille ou une lancette, à travers un tronc nerveux détermine chez l’animal une hémorrhagie interhbril- i laire peu sérieuse, qui disparaît rapidement sans laisser de trace. Bérard prétend que les piqûres des nerfs peuvent provoquer un état inllamma- i toire avec épaississement, mais il y a lieu de croire que c’est lorsqu’il s’agit d’instruments malpropres. On a vu néanmoins des phénomènes divers, douleurs, soubresauts choréiques, contractions spasmodiques, etc., se produire à la suite de piqûres des nerfs par des aiguilles ou par des lancettes. Ces phénomènes, en réalité très rares, sont difficiles à expliquer, si ce n’est par une excitabilité réflexe exagérée de la moelle épinière.

Les plaies des nerfs par instruments tranchants ont, chez l’homme, des sièges d’élection qui sont la région antérieure de l’avant-bras, la partie supérieure de la cuisse. Les coupures des nerfs de l’avant-bras sont généralement produites , par des éclats de verre, tandis que celles de la cuisse proviennent plutôt de la chute de couteaux ou autres instruments

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de même genre qii’uti mouvement instinctif a cherché à retenir; dans ce cas les vaisseaux sont aussi quelquefois divisés. Les cordons nerveux sectionnés d’une façon incomplète laissent voir des ecchymoses ou de petites hémorrhagies, et des tubes nerveux à peine rétractés ; par contre, ceux qui sont totalement divisés oll'rent un retrait manifeste, mais beaucoup moins considérable, toutes choses égales d’ailleurs, que celui qui succède à une plaie artérielle.

L’irritation déterminée par la section d’un nerf et l’hémorrhagie qui en est la conséquence ne tardent pas à donner naissance à la formation d’un tissu conjonctif embryonnaire qui s’interpose entre les bouts tuméfiés, devient un tissu de cicatrice et finit par amener la réunion des parties sectionnées. Mais, en même temps que s’accomplit cette réunion, des tubes nerveux se développent dans le tissu conjonctif de nouvelle formation et se mettent en communication avec ceux des bouts sectionnés, en sorte que la réparation peut être complète. Ainsi s’explique la possibilité du retour de la fonction à la suite d’un certain nombre de plaies nerveuses. Toutefois, si les bouts du nerf sectionné sont trop distants l’un de l’autre, il se passe, dit Follin, quelque chose d’analogue à ce que l’on observe dans un os fracturé dont les bouts ne sont pas en contact parfait; la réunion a lieu par l’intermédiaire d’une substance fibreuse, et la régénération des éléments nerveux ne s’opère pas plus que celle des éléments osseux. Cette régénération manque encore quand l’intlamraation est par trop intense ; quelquefois enfin, il n’y a pas de réunion, |raais alors, le l)out central présente un rentlement arrondi, tandis que le j bout périphérique oll're une saillie fusiforme et beaucoup moindre. Les

1 tubes nerveux subissent dans ce dernier les modifications qui suivent la section des nerfs ; quelques-uns seulement s’altèrent dans le premier.

Les phénomènes liés à la coupure des nerfs consistent en désordres variés de la motilité, de la sensibilité et de la nutrition. La motilité et la sensibilité sont généralement abolies, et néanmoins les malades accusent parfois des douleurs cuisantes comme dans les blessures par les irmes de guerre.

Les plaies des nerfs produites par instruments contondants et surtout j)ar l’action de projectiles de guerre, ont pour siège habituel les membres supérieurs plutôt que les inférieurs ; elles réunissent tout à la fois les laractères des contusions et ceux des plaies. Les nerfs, plus ou moins |omplètement divisés, sont le siège de contusion, d’écrasement, ou nême d’arrachement.

Chacun de ces accidents est accompagné d’hémorrhagies et d’une estruction plus ou moins complète des nerfs affectés. Les plaies peuvent

ANATOMIE l’ATHOLOülQUE,

se compliquer de la présence de corps étrangers. Dupuylren a trouvé la mèche d’un fouet dans le nerf cubital, et d’autres auteurs ont vu, à la suite d’un coup de feu, des fragments de projectiles arrêtés au milieu des cordons nerveux. Les faits de ce genre ne sont pas rares ; les symptômes observés ont été des douleurs atroces et permanentes, de l’insomnie, de l’inappétence et, dans quelques cas, le tétanos.

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Névrite traumatique^et tétanos. — La névrite, effet commun des plaies des nerfs, est jusqu’à un certain point subordonnée à l’intensité du trau-

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raatisiiie et à ses complications. Rarement suppurative, elle est plus souvent exsudative ou proliférative.

i La névrite exsudative ou parenchymateuse d’origine traumatique se ■ distingue surtout par son évolution de la névrite spontanée qui a été étudiée plus haut; il est inutile de nous y arrêter. Qu’il nous suffise de dire quelques mots de la névrite observée dans certains cas de tétanos, notamment par Michaud, Arloing et Tripier, Laveran, etc. Dans un cas de traumatisme rapporté par ce dernier, les gros faisceaux qui composent le nerf tihial postérieur gauche, au niveau de son extrémité inférieure, se trouvaient sains à l’exception d’un seul. Sur des coupes minces colorées au picrocarmin et examinées à l’œil nu par transparence, ce faisceau se faisait remarquer par une teinte rosée presque uniforme ; au i microscope, il présentait un épaississement notable du tissu conjonctif ; intrafasciculaire. Les tubes nerveux, dissociés par les éléments de nou- I velle formation, apparaissaient sur des coupes transversales comme des disques d’un jaune verdâtre et de volume inégal ; ils semblaient affaissés sur quelques points et renflés sur d’autres ; pareille altération existait à différentes hauteurs de ce même nerf. Cette névrite portait donc à la i fois sur le tissu intrafasciculaire et sur les tubes nerveux, mais la ! moelle épinière était en outre le siège d’un désordre intéressant surtout [ la gangue conjonctive de la substance blanche. Semblables modifications ayant été constatées dans plusieurs cas de tétanos, on ne saurait examiner les cordons nerveux avec trop grand soin, et du reste, tout porte <à croire qu’une étude attentive du sujet conduira à des données précises sur la genèse de cette affection, qui n’est sans doute que l’effet d’une névrite propagée dans des conditions spéciales au centre médullaire. Les cas relativement nombreux de tétanos consécutifs à la présence de corps étrangers fixés dans les nerfs tendraient du moins à I le prouver.

La névrite traumatique proliférative fait ordinairement cortège à la névrite parenchymateuse; elle a été observée à plusieurs reprises, mais contrairement à cette dernière, elle reste limitée à une faible étendue du cordon nerveux.

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Névrome traumatique. — Il est depuis longtemps reconnu que des nerfs cicatrisés après avoir été sectionnés présentent à leur extrémité des renllements en forme de bouton. Attribués dans le principe à un épanchement de moelle nerveuse, ces renflements ont été considérés comme des névromes lorsque leur composition histologique a pu être établie. Ils ne dilièrent pas anatomiquement du tissu cicatriciel qui réunit les parties nerveuses séparées, et se montrent à la suite de simples déchirures accidentelles. Constituées dès l’abord par des éléments conjonctifs jeunes, ces nodosités, contiennent au bout d’un certain temps des libres nerveuses en plus ou moins grand nombre.

Les moignons d’amputation, les cicatrices des nerfs sectionnés ou déchirés, tels sont les points où siège le névrome traumatique. Dans les moignons d’amputation, les extrémités nerveuses, celles des gros troncs notamment, présentent une tuméfaction arrondie, informe ou ovoïde, du volume d’un gros pois, d’une noisette ou d’un petit oignon, suivant la grosseur du nerf aiïecté (lig. 100). Cette tuméfaction terminale offre avec la cicatrice des parties molles une connexion tellement intime qu’il est souvent difficile de la disséquer avec le scalpel; parfois même, lorsque la section porte sur plusieurs troncs nerveux, comme dans l’amputation de l’épaule, plusieurs nodosités peuvent adhérer entre elles et s'unir de façon à former soit une masse ou tumeur unique, soit des tumeurs multiples réunies par des filets intermédiaires. Une section dans la continuité des nerfs donne naissance à des nodosités semblables, mais ordinairement fusiformes (fig. 101).

Ces tumeurs sont ferjnes, non friables, d’une consistance uniforme et de couleur blanchâtre, parfois douloureuses mais plus souvent indo-

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lentes. Considérées pendant longtemps comme de simples fibromes, elles renferment en réalité des fibres nerveuses situées au delà de la limite des anciens nerfs et entre-croisées dans diverses directions (Virchow). Le microscope y révèle l’existence d’un feutrage épais de

Fig. 100. — Extrémités nerveuses sectionnées et renflées (névrome) dans un moignon d’amputation.

FiG. 101. — Névrome du nerf médian consécutif à une coupure de ce nerf par un verre de bouteille, a, le névrome ; b, muscles de l’éminence thénar atrophiés ; d, extrémité digitale recourbée par suite d’un désordre trophique des articulations, et recouverte d’un ongle altéré.

libres nerveuses disposées en faisceaux et tourbillonnant dans tous les sens, les unes pâles, amyéléniques, les autres avec contenu médullaire, et formées d’une gaine de Schwann très mince, pourvue de nombreux noyaux, d’un cylindre-axe et d’une faible couche de myéline. Ces éléments sont compris dans une trame de tissu conjonctif renfermant quelques vaisseaux et disposée sous forme de petits faisceaux qui s’entrelacent et se croisent, de telle sorte qu’on aperçoit simultanément sur une même

préparation des coupes longitudinales, transversales et obliques de faisceaux divers qui donnent à la structure du névrome traumatique une certaine analogie avec celle d’un fibrome ou d’un myome de l’utérus (fig. 102). Dans quelques cas même, les couches externes des nodosités, concentriquement disposées en manière d’écailles, rappellent la structure du corpuscule de Pacini.

Les névromes traumatiques s’accroissent lentement et restent stationnaires au bout d’un certain temps ; aussi leur pronostic n’a d’autre

Eig. 102. — A. Coupe microscopique transversale provenant du névrome représenté ligure toi. Un grand nombre de faisceaux nerveux de petit volume se trouvent disséminés au sein d’une gangue conjonctive. B. Coupe semblable pratiquée à travers la moitié du nerf médian opposé, destinée à montrer la différence d’épaisseur des cloisons et la disposition des faisceaux nerveux.

gravité que celle qui résulte de la douleur. Ce symptôme, quoique rare, n’a pas moins nécessité dans quelques cas l’extirpation de la tumeur.

La plupart des influences traumatiques donnent naissance au névrome. Les amputations, les coupures, les déchirures, les piqûres et même les contusions nerveuses peuvent en être le point de départ. L’irritation déterminée par l’action d’un corps étranger produit un tissu conjonctif de nouvelle formation, et, au sein de ce tissu apparaissent les fibres nerveuses qui caractérisent le névrome traumatique.

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Désordres consécutifs aux lésions des nerfs, — Chargés de traiismeltre aux tissus et aux organes l’excitant nécessaire à leur fonctionnement et à leur. nutrition, les nerfs, une fois altérés, entraînent nécessairement des désordres divers de la motilité, de la sensibilité et de la nutrition. Ces désordres ne peuvent être passés sous silence, mais, dans l’exposition que nous allons en faire, nous nous contenterons de parler de ceux qui succèdent au traumatisme, en faisant remar(|uer que des désordres semblables sont aussi la conséquence des lésions spontanées. Toutefois, les troubles de la motilité et de la sensibilité nous arrêteront peu ; tandis que les désordres nutritifs ou trophiques, moins bien connus, attireront toute notre attention.

Désordres moteurs. — Les effets de l’altération des nerfs sur la fonction motrice sont de plusieurs ordres, ou directs ou réflexes, ou paralytiques ou spasmodiques. Les paralysies peuvent exister à tous les degrés possibles, depuis l’impuissance la plus légère jusqu’à l’inertie complète d’un plus ou moins grand nombre de muscles; elles entraînent à leur suite des déformations des extrémités ou des membres lorsque les muscles antagonistes demeurent intacts. Les spasmes se montrent sous la forme de tremblements et de convulsions toniques ou cloniques ; ils ont leur point de départ dans l’excitation du nerf blessé ou même simplement dans la douleur qui l’accompagne.

Désordres sensitifs. — La sensibilité, diversement troublée à la suite de la blessure des nerfs, peut être exaltée, amoindrie ou simplement pervertie dans ses différents modes. L’exaltation 'de la sensibilité ou hyperesthésie survient ordinairement quelques jours après la lésion nerveuse, et se traduit par de la douleur plutôt que par une surexcitation du sens du toucher. Le'plus souvent cutanée, l’hyperesthésie est quelquefois musculaire, de telle sorte que la moindre pression sur les muscles est pénible. Des sensations subjectives diverses, telles que picotements, fourmillements, brûlures, sont également communes à la suite des blessures des nerfs. L’anesthésie est plus ou moins complète, elle varie depuis la plus légère diminution de la sensibilité jusqu’à l’abolition la plus absolue

(les sensations donloureiises ou tactiles et même des sensations de froid et de chaud. Ces sensations peuvent reparaître, en partie du moins, tout d’abord par suite des anastomoses des nerfs, plus lard par le fait de la régénération des tubes nerveux lésés. A côté de la souffrance qui suit immédiatement le choc ou la blessure reçue par un nerf, piqûre, contusion, plaie, il est des sensations douloureuses qui ne se produisent que plus tard, sont intermittentes, et souvent ne peuvent être rattachées à aucune lésion appréciable ; c’est à ces sensations douloureuses qu’on a donné le nom de névralgie traumatique.

Cette névralgie est caractérisée tantôt par des douleurs légères, sourdes, obtuses, qui ne sont pas sans donner au blessé une inqm’étude qu’augmente encore l’anxiété d’une souffrance plus grande, tantôt par des douleurs vives, soudaines comme un trait de feu qui traverserait les parties voisines de la blessure, et détermine chez le malade un violent soubresaut (douleur fulgurante). Dans quelques cas, ces douleurs peuvent être instantanées et cesser aussi rapidement qu’elles sont venues, ou bien persister quelque temps et plonger le malade dans un étal de souffrance inexprimable. Elles suivent exactement le nerf blessé dans toutes ses divisions périphériques, excepté lorsqu’elles se localisent sur un point fixe; mais parfois aussi elles se font sentir en des endroits qui ne représentent nullement la direction des cordons nerveux, comme si elles étaient sous la dépendance d’autres troncs nerveux que les nerfs blessés.

Ces circonstances portent à penser que ces névralgies sont tantôt directes et tantôt réflexes ; elles ont d’ailleurs un rapport intime avec l’état du système nerveux des malades, et se rencontrent de préférence chez les névropathes et chez tous les individus dont l’excitabilité réflexe est exagérée.

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Désordres trophiques. — Les désordres trophiques qui succèdent aux lésions des nerfs peuvent intéresser les dilïerents organes depuis ceux qui font partie du tégument extérieur jusqu’aux viscères les plus profonds, car toutes les parties de l’organisme ont leur nutrition réglée par le système nerveux. Lorsqu’une lésion portant sur les cordons nerveux d’un membre n’arrive pas à réparation, les tissus correspondants subissent une atrophie notable. Les muscles diminuent de volume, le tissu cellulaire disparaît, la peau devient sèche, rude, raboteuse, jaunâtre ou brunâtre; les ongles et le système pileux subissent des changements notables; les veines se rétrécissent et les pulsations artérielles sont alfaiblies. Une lésion moins complète détermine une atrophie proportionnée au désordre nerveux; elle est suivie d’une diminution peu marquée mais immédiate de la tonicité des muscles, un peu plus tard de l’abolition de leur propriété contractile, et enfin de leur atrophie. Nous n’avons pas à revenir sur les caractères de cette atrophie pas plus que sur les désordres articulaires et osseux (voyez plus haut), mais il importe de dire quelques mots des désordres trophiques de la peau et de ses annexes.

Les modifications de l’épiderme consistent en un épaississement déterminé par la présence d’un grand nombre de cellules dont quelques-unes finissent par tomber. 11 se produit à la surface du derme des squames blanches et parfois argentées qui rappellent les squames du psoriasis. Les ongles s’épaississent, devienneut écailleux, friables, et tombent, ou bien ils présentent un aspect lisse, brillant, et s’atrophient. Les poils diminuent de volume, se frisent, changent de coloration ou tombent.

Les lésions du derme sont caractérisées ou bien par un certain degré d’atrophie, ou bien par des éruptions diverses. L’atrophie cutanée a pour caractère un aspect luisant de la peau qui devient lisse, glabre, rose, marbrée ou couperosée comme dans les engelures. Plus ou moins adhérent aux parties sous-jacentes, ce tégument ne présente aucune ride ; souvent même il est dépourvu de poils, et comme recouvert d’une couche de vernis. L’un des nerfs de l’avant-bras est-il lésé, les modifications nutritives qui en résultent correspondent à la distribution de ces organes aux mains et aux doigts.

Chez un homme de soixante-dix ans observé par moi tout récemment et qui avait reçu une blessure du nerf médian gauche vers l’âge de dix-

ANATOMIE PATBOLOGIQUE.

huit ans, les deux doigts indicateur et médius correspondants se trouvaient eflilés et plus petits que les mêmes doigts du côté opposé. La peau qui les recouvrait était mince, rosée, lisse et brillante; les ongles, rudimentaires, consistaient en de simples écailles friables et fendillées, tandis (|ue ceux des autres doigts étaient normaux, parfaitement nourris. Les articulations des phalanges oll'raient des saillies et des déformations dues à la présence d’ostéophytes au niveau des extrémités articulaires, principalement sur les parties latérales, ce qui leur donnait une grande ressemblance avec les nodosités d’ileberden ; les deux doigts, entièrement fléchis, ne pouvaient être étendus. La ligure 101 répond à un fait du môme genre. Il s’agissait encore d’une blessure du nerf médian qui avait été suivie de névrome et d’une déformation du doigt semblable à celle dont il vient d’être parlé. Quelquefois le désordre trophique est plus étendu ; la paume de la main tout entière et la face palmaire des doigts sont totalement atteintes ou bien simplement ponctuées de petits îlots luisants et rouges. La face dorsale est en général moins modifiée, contrairement à ce qui a lieu pour le pied dans le cas de blessures des nerfs de la jambe. D’autres lésions peuvent se rencontrer: ainsi on a observé une rougeur de la peau, sorte d’érythème qui rappelle Vérythème pernio, ou encore une tuméfaction de ce même tégument et du tissu cellulaire sous-cutané qui simule le phlegmon (Hamilton). Les lésions nerveuses sont en outre parfois accompagnées d’ulcères rebelles comme dans un fait bien connu rapporté par Paget. Chez un homme qui avait conservé, à la suite d’une fracture de l’extrémité inférieure du radius, un cal volumineux comprimant le nerf médian, il se produisit sur la peau du pouce et des deux premiers doigts de la main des ulcères qui résistèrent à tous les traitements. La flexion du poignet, faite de manière à relâcher les parties molles de la face palmaire et à faire cesser, par suite, la compression du nerf, avait pour effet, au bout de quelques jours, d’amener la guérison des ulcères. Mais aussitôt que le malade voulait se servir de sa main, le nerf était de nouveau comprimé et l’on voyait les ulcérations reparaître.

Les éruptions cutanées sont vésiculeuses ou bulbeuses; Weir Mitchell, Morehouse et Keen signalent comme un trait constant l’aspect luisant de la peau, l’apparition, sur le trajet des nerfs, d’éruptions eczémateuses sous forme de petites vésicules se manifestant d'emblée, ou sous forme de vésicules plus larges arrivant par poussées successives. Ces éruptions sont dans un rapport intime avec les phénomènes douloureux, attendu qu’elles diminuent assez*habituellement d’intensité lorsque ceux-ci viennent à disparaître. Le zona est une autre éruption relativement commune

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à la suite des blessures des nerfs ; et dans uii rapport tel avec la distribution de ces organes qu’il ne peut y avoir aucun doute sur le lien qui l’unit au traumatisme nerveux. Les éruptions pemphigoïdes, caractérisées par de grosses bulles rappelant les petites ampoules des vésicatoires, se développent rapidement et se montrent de temps à autre sur divers points du tégument correspondant à la division des nerfs lésés; elles laissent après elles des cicatrices indélébiles.

Semblables modilications peuvent se produire à la suite de lésions spontanées ; aussi suflit-il qu’un nerf soit lésé d’une façon quelconque ou partiellement détruit pour donner naissance aux désordres cutanés en question, ou même à beaucoup d’autres qui seront étudiés ailleurs. Les conditions de l’apparition de ces désordres ne sont pas absolument connues, mais c’est avec raison que Brown-Séquard, Cbarcot et d’autres auteurs ont fait remarquer qu’ils survenaient de préférence, sinon exclusivement, lorsque les nerfs se trouvaient irrités, et de fait, dans les blessures totales des nerfs, la nutrition est atteinte tardivement ]>ar suite de l’intlammation qui se développe dans la plaie ou dans les parties contusionnées. D’un autre côté, les perturbations nutritives étant moins considérables dans les sections complètes que dans les blessures partielles, Weir Mitchell tend à croire que les irritations réflexes ont une grande part dans ces désordres, bien (|u’il y ait lieu d’attribuer bon nombre d’entre eux à l’irritation directe.

1 En somme, les blessures des nerfs sont la source de troubles tro- I phiques du tégument externe, du tissu cellulaire sous-cutané, des muscles

des articulations et des os, qu’il n’est plus possible de mettre en doute.

■ Mais n’y a-t-il que ces organes qui soient susceptibles d’être modifiés par les lésions des nerfs? Évidemment non. La nutrition des viscères est également soumise à l’influence nerveuse, et les désordres des nerfs qui s’y distribuent ne peuvent manquer de les altérer. C’est là un point important à méditer et qui nous porte à croire que les lésions des organes internes ne sont dans un certain nombre de cas que des ellets de désordres I fonctionnels ou matériels du système nerveux. Déjà il est possible d’attribuer à un trouble nutritif d’origine nerveuse plusieurs des altérations du I tube digestif, du cœur et des poumons, mais il faut avouer que nos con- 1 naissances à cet égard sont peu étendues, et que des recherches suivies

1 sur la matière ne manqueraient pas d’être utiles à tous les points de

j vue, particulièrement au point de vue de la thérapeutique,

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