‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 2)Chapitre 2 sur 35 · II · texte numérisé non relu

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Je limiterai donc l'acception des mots corps étrangers à tons les hétérogènes qni, par leur présence, leur volume, leur poids, leur configuration, en un mot par leurs propriétés physiques, peuvent devenir la source d'accidents, soit mécaniquement, soit par la réaction vitale qu'ils déterminent. J'en élaguerai , ou plutôt je ne ferai que mentionner : 1° les corps gazeux, liquides et solides qui agissent sur l'économie par leurs propriétés chimiques ou toxiques, c'est-à-dire par intoxication^ ainsi : les gaz délétères ou non respirables, les caustiques, les poisons, le venin de la vipère, etc. ; 2° les hétérogènes qui agissent sur l'économie par leurs propriétés septiques , c'est-àdire par septicalion , tels les miasmes végétaux et animaux, les virus variolique. syphihtique, hydrophobique, charbonneux, morveux, etc.; 3° les produits de sécrétion normale retenus dans leurs réservoirs , les produits de sécrétion morbide qui appartiennent à l'inflammation, au tubercule, au cancer; les productions enkystées.

Ainsi délimités, les corps étrangers se divisent en deux ordres bien distincts fondés sur leur nature : les uns sont vivants, les autres sont non vivants: les uns et les autres se subdivisent en corps étrangers qui viennent du dehors et en corps étrangers formés au dedans de nous.

PREMIER ORDRE

Corps étrau^ers vivants.

Il n'est aucune espèce animale qui n'ait ses espèces parasitaires auxquelles elle fournit des moyens de nutrition, de développement et de reproduction.

Ces espèces parasitaires, qui appartiennent toujours aux degrés les plus inférieurs de l'échelle de l'organisation, doivent être divisées en deux catégories bien distinctes : 1^ les unes sont formées en dehors de nous, ce sont les ectozoaires ; 1^ les autres sont formées en dedans

de nous . ce sont les euinzonires. Aux ectozoaiies je rattacherai les ectophytes , ou végétaux vivants parasitaires.

PREMIER GENRE

Ectozoaires.

Parmi les ectozoaires proprement dits, les uns sont parasitaires du tégument extérieur, aux dépens du(juel ils vivent à la manière des mousses et des lichens, les autres sont des parasites du tégument intérieur ou mucpieux. Nous diviserons donc les ectozoaires en cutanés et en niuqueux.

PREMIER SOUS-GENRE. Ectozoaires cutanés.

Les espèces principales chez l'homme sont : 1° \e pediculus (pou) , *i° le cimex (punaise) , 3° le pulex (puce), U" la musca cornaria (mouche de cadavre, asticot), 5"^ Vœstre; et en outre deux insectes microscopiques, 6° ïacarus scabiei^ 7° V acm^us folliculorwn (l). De ces espèces parasitaires, les unes vivent à la surface delà peau, sans pénétrer dans son épaisseur autiement que par leur trompe ou suçoir, les autres pénètrent plus ou moins profondément dans l'épaisseur de cette membrane.

i'' ESPÈCE. Pediculus (pou).

Insecte de Tordre des diptères, qui présente trois variétés de siège, lesquelles correspondent à autant de variétés de conformation étudiées avec soin par quelques na-

(i) Solander a décrit, sans l'avoir observé par lui-même, sous le nom (\e furie infernale , un prétendu ver, dont Linné et autres naturalistes acceptaient l'existence sans contrôle , et que Blumenbach , et plus tard Rudolphi, ont rejeté comme purement imaginaire. Ce prétendu ver se tiendrait sur les arbres en Laponie et dans la Suède septentrionale, d'oii il s'élancerait sur les hommes et sur les animaux, pour pénétrer à travers la peau et causer une maladie cruelle. Ce ver serait filiforme, garni d'une rangée de soies ou d'aiguillons recouibés de clia |ue côf('.

h ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

turalistes. 1° pediculus capitîs, que Ton n'observe qu'au cuir chevelu ; 2*^ pediculus corporis seu vestùnenti, que Ton n'observe que sur les parties du corps recouvertes par les vêtements; o° pediculus piibis vel inguinalis, que l'on n'observe que sur les poils de la région pubienne et quelquefois aussi à la barbe, aux sourcils, aux aisselles, jamais, dit-on, au cuir chevelu; k° M. Denny (1), auteur d'une bonne monographie sur les insectes pédiculaires de l'homme et des animaux, admet une quatrième variété qu'il appelle pediculus tahescentiimi (pou des phthisiques ) (2).

On a décrit, depuis Aristote, sous le nom de maladie pèdiculaire on phthiî^iase [fQzipKXGLç., fQttp, pou), une maladie ou plutôt un état morbide caractérisé par le développement d'une énorme quantité de poux sur toute la surface du corps. Pour donner une idée de la rapide et prodigieuse fécondité de ces insectes, je rappellerai l'expérience de Leuwenhoeck, qui, ayant pris deux poux femelles, les plaça dans un bas de soie noire qu'il porta nuit et jour. (Que ne peut l'amour de la science!) Au bout de six jours, chacune des femelles avait déposé 50 œufs. Au bout de vingt-quatre jours, les petits en avaient produit d'autres dans une telle proportion, qu'en deux mois les deux femelles eurent, par suite de pontes successives, produit 4 0,000 individus.

On conçoit combien la présence d'un nombre aussi considérable d'insectes peut irriter la peau, causer de

(i) Monographia anopluronmi Britanniœ , London, 1842, in-8, avec

(2) Ces insectes, qui ne s'observent guère que chez les individus qui n'ont pas soin de leur personne, se transmettent facilement d'un individu à un autre. II est douteux que le pediculus d'une espèce animale puisse se naturaliser sur une autre espèce; mais il ne me paraît nullement démontre que les trois variétés du pediculus de l'homme ne puissent pas se développer sur une région autre que celle à laquelle ciiacunc d'elles est plus parîiculièment affect('e.

SEPTIÈME CLASSJ';. DES COIU'S ÉTRANGERS. 5

tourments, de cléman;<{eaisons, d'insomnies, d'éruptions cutanées dont la plus remarquable a reçu le nom de/;r». 7'igopediciilaris, et exevcev suv la constitution tout entière une influence fâcheuse.

Ne soyons donc pas surpris qu'à une époque où Tanatomie pathologique n'avait pas encore éclairé de sa vive lumière les causes organiques des maladies et de la mort, on ait pu considérer ces myriades d'insectes attaquant, irritant la peau par des myriades de suçoirs, comme cause de maladie et même comme pouvant amener la mort. C'est ainsi que l'histoire, dont on me permettra de suspecter au moins sur ce point l'authenticité, fait mourir de cette mort cruelle de grands personnages auxquels, pour l'instruction des peuples, elle voulait qu'un châtiment exemplaire fût infl.igé de la main de Dieu même : ainsi Hérode, Sylla, Philippe lî, roi d'Espagne, etc. Lieutaud, qui a souvent mérité le reproche de manquer de critique et de sévérité dans le choix de ses observations, dit que , dans cette étrange maladie , les pediculi s'engendrent non seulement en dehors , mais encore sous les téguments^ et même sous le péricrâne ; ce qu'il y a de plus surprenant, ajoute-t-il, c'est qu'on en a trouvé par' l'ouverture des cadavres, qui, après avoir perforé le crâne et les enveloppes du cerveau, s'étaient logés dans la propre substance de ce viscère. Quelle étrange anatomie pathologique que celle-là!

Un dernier mot sur ces tumeurs pleines de poux doni on lit plusieurs exemples dans les anciens auteurs, mais qu'on ne rencontre plus du tout depuis qu'on apporte dans l'étude de l'anatomie pathologique la sévérité scien tifique. Ces tumeurs pédiculaires, presque toujours situées au cuir chevelu, se seraient présentées, au dire des auteurs, tantôt comme de petits tubercules cutanés, tantôt comme des tumeurs molles : or n'est-il pas infiniment probable que ces tumeurs et tubercules n'étaient autre chose

que des kystes folliculeux , et qu'on aura pris pour des pous la matière sébacée, souvent morcelée, grumeleuse, qu'ils contiennent?

a* et 3* ESPÈCES. Cimex et pulex.

Je me bornerai à signaler ici deux autres parasites ectozoaires qui font encore un des supplices de Tespèce humaine. Ce sont : 1° la punaise (cimex lectularius, Linn.), ellapuce (pulex), qui présente deux espèces bien distinctes, Tune dont la morsure ne dépasse pas le réseau capillaire de la peau , puce ordinaire, pulex -irritans , Linn., et l'autre qui pénètre dans l'épaisseur de la peau, Pulex penetrans, Linn. [Chique des, Antilles). La punaise et la puce ordinaire agissent en piquant la peau par leur trompe, destinée en même temps à pomper le sang du réseau capillaire. Il paraît que la punaise, en même temps qu'elle pique la peau, y dépose un liquide acre.

Les piqûres de la puce ordinaire [pulex irritans) sont intéressantes en pathologie; car elles ont servi de terme de comparaison pour caractériser de petites taches ou effusions sanguines spontanées, sous-épidermiques, qu'on appelle pétéchies, purpura pétéchial; et la similitude entre les morsures de puce et ces petites taches spontanées est telle que l'origine traumatique des premières a été souvent méconnue : le seul caractère différentiel, c'est d'abord la piqûre centrale de l'effusion sanguine par morsure de puce, et en outre une auréole rose autour de la tache ecchymotique qui entoure la piqûre.

Quant au pulex pénétrons, on dit que la femelle de cet insecte s'introduit sous la peau, et [)ius particulièrement au talon et sous les (mgles des orteils; qu'elle s'y nourrit; qu'elle ne tarde pas à s'envelopper d'une espèce de sac ou kyste, dans la cavité duquel elle pond ses œufs en abondance; que, plus tard, la petite poche s'ouvre et donne lieu à une ulcération. On assure que la carie des

SEPTIÈME CLASSE. IJES COUPS ÉTBANGEllS. 7

OS du pied, la chute des orteils, la gangrène, et même la mort, ont été quelquefois la conséquence de la présence d'un grand nombre de ces insectes, accidents qui, bien évidemment, sont le résultat des inflammations phlegmoneuses profondes qu'ils ont pu déterminer. Le traitement consiste à mettre à découvert et à extirper le kyste sans l'ouvrir, ce que les naturels du pays pratiquent avec beaucoup d'adresse.

4* ESPÈCE. — Musca carnaiia.

Réaumur avait prétendu qu'aucune larve de diptère n'attaquait jamais ni l'homme ni même les animaux vivants; mais, suivant l'observation judicieuse de M. Joly (1), en soutenant cette doctrine, qui a bien son beau côté philosophique, Réaumnr commettait une erreur tout à la fois historique (2) et zoologique. Qui ne sait, en effet, que la mouche vivipare va déposer ses larves sur les plaies de Ihomme? Dans un savant travail où M. Hope (3) a donné

(i) Recherches zoologicjues, anatomic]ues, physiologiques et médicales sur les cestrides ^Journal des vétérin.^ avril et mai 1848, p- 188).

(2) Sous le rapport historique, l'iutarque nous apprend en effet que les rois de Perse condamnaient les plus grands criminels à l'horrible supplice d'être dévorés tout vifs par les insectes. On faisait placer le patient entre deux bateaux d'égale longueur, dont l'un recouvrait l'autre. Les mains, les pieds et la tête seuls étaient à nu. La face, exposée aux rayons d'un soleil ardent, était enduite de miel, afin d'attirer des essaims de mouches et d'hyménoptères mcllifcres. Les larves qui naissaient des œufs de ces insectes entraient dans la chair du patient et pénétraient même jusque dans ses entrailles; et, par un raffinement de eruauté inouïe, on forçait le patient à prendre de la nourriture pour qu'il ne mourût pas d'inanition. On lit encore dans Plutarqne que Mithridnte , rondarané par Artaxerxès Longuemain à cette affreuse mort , vécut soixante-dix jours dans la plus cruelle agonie. Quand on enleva l'un des bateaux, on vit sa chair et ses entrailles entièrement rongées par d. s myriades de vers qui s'y étaient développés ( Kirjjy, Introd, lo Entomology-, t. I, p. 'if\\; et Joly, loc. cit.).

(3) On insects and thcir luruœ occaiionellj found in tliv hunian body {Transact. de la Soc. entomol. de Londres, i84o).

une liste des insectes qui ont été rencontrés dans le corps humain, sur 108 exemples qu'il rapporte, il y en a 43 (jui appartiennent à des muscides.

Les deux observations suivantes, qui présentent tous les caractères de Tauthenticité, me paraissent établir de la manière la plus positive ce fait, que des larves de mouches se développent quelquefois sur Tbomme comme sur les autres animaux vivants.

L'un de ces faits, qui appartient à M. Roulin, a pour sujet un mendiant de Lincolnshire, qui, s'étant endormi par un temps très chaud , après avoir placé entre sa chemise et la peau un peu de viande et de pain, fut littéralement dévoré par des larves de mouches. « L^ viande fut » couverte de larves de mouches, qui bientôt passèrent à » la chair vive; et quand cet homme fut trouvé, il était » déjà tellement dévoré, que sa mort paraissait inévitable. » On le transporta à Astorney (1), et l'on fit venir un chi- » rurgien, qui déclara qu'il ne survivrait pas longtemps au » pansement. Il mourut en effet peu d'heures après. Quand )) il fut présenté au chirurgien, son aspect était horrible: » de gros vers blancs se voyaient sur la peau et dans la » chair, qu'ils avaient profondément dévorée. »

Mais le fait sans contredit le plus intéressant est celui qui a été observé à l'hôpital Saint-Louis en 1823 ou 1824 par M. Jules Gloquet. Voici les détails de ce fait, que je dois à l'obligeance de mon excellent collègue :

Un chiffonnier, âgé d'environ cinquante ans, fut ramassé dans un champ, au voisinage de Montfaucon, où probablement il s'était endormi dans un état complet d'ivresse, et porté à l'hôpital Saint-Louis : on ignorait depuis combien de temps il était gisant dans cet endroit. Or voici dans quel état il se trouvait :

Le cuir chevelu était soulevé en tumeurs aiTondies, cou-

(i) Kirby, qui raconte le même fait {loc. cit., p. i38), écrit AsbornLy, et il apprend qne ce malheureux se nommait John Page.

sei''J'ieml; CLAssi-:. dks coups ktrangeiïs. 9

verles de j3erfoiations irrégulières, à travers lesquelles, au milieu d'une chair purulente fétide, sortait une énorme quantité de vers ou larves de la Musca carnaria (asticots des pêcheurs): de l'ouverture des paupières, énormément tuméfiées et rapprochées, s'échappait de quinze à vingt de ces vers parvenus à leur entier développement; des masses d'œufs adhérents à la peau se voyaient en outre au grand angle des yeux et à leur voisinage ; les cornées , devenues opaques, avaient été perforées, ainsi que la sclérotique, par ces mêmes animaux, si bien que les deux yeux étaient presque vides : d'autres vers sortaient par le nez et les oreilles : des œufs en grand nombre avaient été déposés aux aines, à l'orifice du prépi^ce et au pourtour de l'anus : quelques uns paraissaient nouvellement éclos ; mais il n'y avait pas de larves complètement développées.

Ce malheureux, qui reproduisait dans toute son horreur la maladie de Job et d'Hérode, était dans un assoupissement interrompu par de profonds soupirs, suivis de fortes expirations qui toujours chassaient hors du nez quelques unes de ces larves. Il ne répondait d'ailleurs que par des grognements inintelligibles aux diverses questions qu'on lui adressait. Jamais, m'a dit M. Jules Cloquet, je n'ai vu de spectacle plus horrible et plus dégoûtant que cet homme, rongé par les larves des mouches de cadavre : c'était une véritable charogne encore vivante qui semblait se débattre instinctivement contre ces myriades d'animaux qui la dévoraient.

La surface du corps fut lavée; les cavités naturelles d'où sortaient les larves , de même que les cavités des tumeurs du cuir chevelu, furent injectées et les larves extraites avec des pinces aussitôt qu'elles se présentaient. Le cuir chevelu fut frotté avec l'onguent napolitain.

Au bout de quelques jours, les larves cessèrent de se montrer aux ouvertures naturelles et aux perforations du cuir chevelu; mais celui-ci tomba en grande partie en gan-

grène : toutefois les os ne furent pas dépouillés de leur périoste.

L'inflainmation s'établit régulièrement dans la vaste perte de substance; il y eut un peu d'amélioration; mais le délire s'empara du malade, qui s'imaginait qu'on voulait le tuer et poussait des cris continuels ; au bout de quelques jours de cet état d'excitation, ce malheureux tomba dans l'assoupissement, et succomba trois ou quatre semaines après son entrée à l'hôpital.

A l'ouverture, on trouva les os du crâne intacts; mais la portion de dure-mère qui répondait à la voûte du crâne était enflammée : il y avait adhérence dans la même région de l'arachnoïde pariétale à l'arachnoïde viscérale; infiltration séreuse sous - arachnoïdienne; injection des vaisseaux de la pie-mère : la dure-mère était intacte à la base du crâne et ne présentait aucune perforation au niveau de la fente sphénoïdale et des autres trous de la base du crâne. Il était donc prouvé que les larves n'avaient pas pénétré dans la cavité du crâne par le fond des fosses orbitaires, ainsi (jue quelques personnes l'avaient supposé.

5* ESPÈCE. — Acarus scabiei.

Âcarus scabiei, insecte aptère, ciron presque microscO' pique, insecte de la gale, déjà décrit sous le nom A' Acarus humanus suhcutaneus , acarus scabiei, par Linnaeus, qui le confondit ensuite avec la mite du fromage. L'honneur de la seconde découverte de Xacarus scabiei ap[>artient à Gales (1), quia parfaitement constaté ses caractères spécifiques, confirmés par tous les observateurs modernes. C'est la présence de cet insecte qui paraît constituer la cause matérielle de la gale et de sa contagion. Lorsqu'il pénètre sous lépiderme, il détermine un prurit considérable,

(i) Essai sur le diagnostic de la gale, Paris , 1812, in-4.

bientôt suivi de la formation de vésicules transpaientes et de sillons [caniculi) que ces insectes tracent sous l'épidernie, vésicules et sillons qui, en révélant sa présence, deviennent le caractère pathognomonique de la gale.

La contagion de la gale par un insecte qui passe d'un individu à un autre, a paru à Linnaeus le type de toute contagion. C'est ainsi qu'il dit dans ses Aménités académiques : « Les maladies contagieuses sont causées par des » animalcules qui se transmettent par le contact. » On conçoit que, pour avoir quelque valeur scientifique, une pareille hypothèse devrait être appuyée autrement que sur une preuve analogique. Le même jugement doit être porté sur Topinion de Rosen de Rosenstein, qui attribuait la toux de la coqueluche à de petits insectes siégeant dans le larynx et la trachée. Si, comme on le croit assez généralement aujourd hui, la coqueluche est contagieuse, en admettant le principe de Rosen de Rosenstein, la contagion s'expliquerait de la même manière que celle de la gale.

6* ESPÈCE. Acarus folliculorum.

Acarusfolliculorum. M. Gustave Simon (deRerlin),dans un mémoire intitulé : Observations sur des acarus vivant dans les follicules pileux de l'homme dans fétatde santé et dans l'état de maladie (1), raconte comme quoi, en étudiant au microscope la matière grasse qui remplit les follicules de la peau du nez, il a découvert un animalcule microscopique (jui n'est point un helminthe, mais un insecte, un acarus <pii ne saurait être confondu avec l'acariis de la gale, dom il diffère pai' beaucoup de points de son organisation : il a pu l'étudier vivant au milieu de la matière sébacée qu'on exprime des folHcules du nez chez beaucoup de sujets ; il a même rencontré cet acarus vivant sur le cadavre : quant au nombre de ces insectes, il est ordinairement d'un ou de deux, rarement de trois ou quatre

(i) Archives d'anatomie comparée de M. Rayer. Paris, 1842, p. 45.

dans un i^cjlliculo sain. M. Simon a tioiivé jusqu'à treize acarus dans le mêuie follicule.

L'animal microscopique trouvé par M. Donné (1) dans le mucus vaginal [tricomonas va^maZ/s), animal que cet observateur range parmi les animaux inférieurs, tandis que d'autres le classent parmi les acarus, diffère également beaucoup del'acarus des follicules pileux, lequel appartient à la classe des arachnides par sa tète confondue avec le thorax, et à la classe des acarus par la forme de sa bouche.

Quant à l'influence que la présence de ces acarus peut exercer sur la peau, bien qu'on rencontre ces insectes dans des follicules qui paraissent parfaitement sains, il est probable que leur présence, et surtout leur multiplicité, ont souvent pour conséquence la formation de tumeurs ou de pustules d'acné.

Comme complément de cet ordre de faits, je dois ajouter que M. le professeur Ilenle a annoncé dans ï Observateur de Zurich qu'il avait trouvé dans les follicules pileux du conduit auditif externe un petit acarus qui paraît avoir beaucoup d'analogie avec celui décrit par M. Simon, autant qu'on peut l'inférer d'une note très incomplète.

7® ESPÈCE. OEstre (2).

Le doctrine des œstres, en ce qui touche l'espèce humaine, comprend la solution de deux questions :

(i) Cours de microscopie , Paris, i844' P- '^7, et atlas, pi. ix, (2) Insecte diptère, caractérisé par l'absence presque complète de bouche, d'où le nom A'astomes, qui leur a été donné par M. Duméril. L'étude des œstres est curieuse. On sait que chez les herbivores, chaque espèce d'œstre affecte une prédilection pour telle ou telle région. L'œuf introduit par piqûre dans l'épaisseur de la peau s'y développe, y détermine une inflammation suppurative (dont le produit lui sert de moyens de nutrition ) , s'échappe spontanément lorsqu'il a acquis un développement suffisant, tombe à terre cà l'état de crysalide, et achève au dehors ses autres métamorphoses. Les habitants des campagnes, qui appellent trt(i7/esles tumeurs développées par la présentée de ces larves, compriment de chaque coté ces petites tumeurs et font sortir le ver par l'ouverture qui a livré passage à l'œuf.

lo existe-t-il une espèce d 'œstride propre à riiomine et qu'on puisse appeler avec Gmclin œslvus hoiniius ou avec Rudolphi œstius liumamis] 2° les œstres des heiblvores peuvent-ils attaquer Tespèce humaine (1)?

Latreille, se fondant sur cette prétendue loi que les larves d'œstrides ne vivent que chez les quadrupèdes herbivores et rongeurs, et sur ce fait qu'aucun observateur n'a vu ces insectes subir leurs métamorphoses dans Tespèce humaine, soutient qu'on a pris pour des larves d'œstres les vers de la musca carnaria de Linnœus.

Malgré l'autorité de ce savant, on ne saurait révoquer en doute les faits récents lecueillis par des naturalistes dignes de toute confiance; ceux de M. Say,de Philadelphie, de M. Howship, de Londres, de M. Roulin, et le témoignage de M. de Humboldt, qui établissent qu'en Amérique on a vu des larves d'œstrides se développer sur le dos, à la nuque et au scrotum de l'homme en y causant des douleurs plus ou moins vives. Ces savants ont décrit quelques unes de ces larves de manière à ne laisser aucun doute, sinon relativement à l'espèce, au moins relativement à la famille d'insectes à laquelle ces larves appartenaient.

Deux faits entre tous méritent d'entraîner la conviction. Le premier appartient h M. Rouhn (2), et a été observé en 1827 à Mariquita, en Colombie. Un homme avait au scrotum une tumeur conique dont le diamètre était à la base de près de 2 pouces , et dont la hauteur était de 7 à 8 lignes. Le sommet, très rouge, présentait au milieu une petite ouverture dont le diamètre n'était guère que d'une ligne. M. Roulin, ayant agrandi cette ouverture avec la

(i) Lire, à ce sujet, l'excellent mémoire déjà cité Je M. Joly, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, sur les OEstiides en général, et particulièrement sur les œstres qui altaquent l'homme, le cheval, le bœuf et le mouton [Journal des vétérinaires, avril et mai 1848).

(3) Ânn. Société eiitomol. de France , Paris , i 833 , t. Il, p. 5'i3,

pointe d'une lancette, en fit sortir une larve blanche, piriforme, ayant au moins 10 lignes de long et 5 lignes de diamètre dans sa partie la plus grosse, où elle offrait plusieurs rangées d'épines noirâtres. L'auteur ajoute que cette larve lui parut ressembler entièrement aux larves qui, dans les mêmes localités, se trouvent souvent en grande abondance sous Tépaisseur de la peau du bétail, principalement aux deux côtés du cou et des épaules.

Le second fait a été rapporté par un liabile naturaliste voyageur, M. Justin Goudot, qui affirme qu à la Nouvelle- Grenade, non seulement les bœufs et les chiens, mais les hommes eux-mêmes, nourrissent des œstrides. « Moi- » même, dit-il, j'ai eu sur différentes parties du corps et » indistinctement sur toutes celles qui se trouvaient for- « tuitement découvertes, des larves qui ne différaient pas » de celles du chien et du bœuf. J'en ai même conservé » une pendant une quinzaine de jours sur une cuisse, et » j'ai pu ainsi remarquer que l'espèce de succion qu'exé- » cute la larve a lieu particulièrement de très grand matin » (de 5 à 6 heures), et sur le soir, produisant un effet ana » logue à celui d'une aiguille qu'on enfoncerait vivement « dans la peau. »

On conçoit que, pour compléter l'observation et pour arriver à une détermination bien positive de la nature de l'insecte à laquelle ces larves appartiennent, il faudrait avoir le courage de conserver la larve pendant dix à onze mois, afin d'obtenir l'insecte parfait; mais je ne crois pas que, pour une question de simple curiosité, l'amour de la science puisse jamais aller jusque-là.

Il me paraît jésuller de l'ensemble des faits ({ui existent sur la matière, qu'il n'existe pas d'espèces d'œstrides particulières à l'homme, mais qu'il est démontré que l'œstre des races herbivores peut accidentellement, par une sorte d'erreur de lieu, ainsi que l'a très bien dit M. Bracy- Clark, déposer ses œufs dans l'épaisseur de la peau de

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riiomme. C'est d'ailleurs la conclusion à hu|uelle sont arrivés M. Goudot et M. Joly (1).

Il' SOUS-GENRE. Ectozoaires muc|ueux.

FjBS ectozoaires des membranes muqueuses , dont le nombre est beaucoup plus restreint fju'à la peau, n'appartiennent qu'à un petit nombre de conduits muqueux. A la rigueur, on n'en devrait admettre que deux, la larve de la musca carnaria et la chenille de l'œstride. Je mentionnerai aussi quelques animaux non parasitaires qui se sont accidentellement introduits dans les conduits muqueux , sangsues, perce-oreilles. Nous verrons aussi ce qu'il faut penser des récits de serpents avalés, etc.

Ectozoaires des Fosses nasales.

On trouve dans les recueils d'observations un assez grand nombre d'exemples de vers formés dans les fosses nasales de l'homme, où ils ont pris de l'accroissement et où ils ont déterminé des accidents plus ou moins graves.

Mais il ne se produit dans les fosses nasales aucun entozoaire proprement dit : le seul qui y ait été observé, c'est l'ascaride lombricoïde, qui, au lieu de passer par la cavité buccale, se dévie quelquefois de sa route et pénètre dans les arrière-narines. J'ai vu plusieurs fois sur le vivant ces helminthes sortir par les fosses nasales : un de mes malades, qui éprouvait une très vive démangeaison à l'une des narines, y porta la main et arracha avec horreur un

(i) M. Hope, dans un travail intitulé, On insects andtheir larvœ occasionelly founcl on the human body (^ Transact, de la Soc. entomolocjique de Londres, 1840, p. a56), fait l'énumération des insectes qui ont été jusqu'à ce jour rencontrés dans le corps humain. Des cent huit exemples cités par l'auteur, quarante-trois se rapportent à des muscides, ainsi que je l'ai déjà dit, et vingt sont relatifs à des œstrides.

long ver lombric. On assure même qu'un lombric long de 4 pouces a été trouvé dans le sinus maxillaire (1).

Tout ce qu'on a dit d'ailleurs sur les vers nasfcoles et rinaires (2) de Thomme et des animaux doit être rapporté aux larves d'insectes.

On sait qu'il existe une espèce d'œstre [OEstrus ovis, Linn.) , dont la femelle dépose ses œufs à l'orifice des narines des moutons; que ces œufs, devenus larves, pénètrent dans les fosses nasales et vont se nicher jusque dans les sinus frontaux; qu'ils irritent la membrane pituitaire, et déterminent chez cet animal si doux des accès de vertige et de fureur pendant lesquels on le voit bondir et aller heurter de la tête contre les arbres et les pierres.

L'homme est-il sujet à une pareille lésion? Pour ce qui me regarde, je n'ai jamais trouvé dans les fosses nasales des cadavres d'autres œufs que ceux qui y ont été déposés après la mort par la mouche de cadavre, d'autres vers quo les larves qui sont le résultat de l'éclosion rapide de ces œufs. Et bien évidemment ces œufs et ces larves ne sont autre chose qu'un phénomène cadavérique.

Toutefois la raison ne répugne pas à admettre avec Saltzmann que les œufs auxquels ces larves doivent leur origine peuvent avoir pénétré avec l'air dans les fosses nasales; que c'est en respirant l'odeur des fleurs et des fruits que ces œufs, déposés sur les végétaux, ont pénétré dans les fosses nasales, et surtout dans leurs sinus. On ajoute même, pour donner plus de poids à cette conjecture, que les femmes sont plus souvent affectées de cette maladie que les hommes.

Quant à la prédilection que semblent affecter, d'après les observateurs, les ectozoaires des fosses nasales pour les sinus, ils l'ont inférée, non de faits directs, mais de ce

(i) M. Descliamps fils , Traité des maladies des fosses nasales, d'après le docteur Fortassin.

(a) Andry, De la yénrration des vers dans le corps de l'homme, i 74 ' •

qu'un certain nombre d'individus ont rendu des vers par le nez après avoir éprouvé des accidents du côté des sinus frontaux. Il y a eu une époque dans la science où l'on ne se faisait pas de scrupule de rapporter à la présence de vers dans les sinus frontaux les douleurs de tête violentes éprouvées à la région que ces sinus occupent.

On ne saurait révoquer en doute le fait suivant raconté avec tous les détails qui lui donnent le caractère de l'authenticité (1).

Une femme qui éprouvait un mal de tête affreux avec fièvre, lequel avait résisté à trois saignées et à plusieurs purgatifs , prit un vomitif pendant l'action duquel elle fut affectée d'éternuments ; et à chaque fois qu'elle éternuait, elle rendait par le nez deux, trois, quatre petits vers. Elle en rendit dix en présence de son médecin : à mesure que ces vers sortaient, le mal diminuait sensiblement. Soixantedouze vers furent ainsi rendus; et la céphalalgie et la fièvre se dissipèrent immédiatement. Ces vers étaient blancs; leur corps était composé de plusieurs anneaux; ils avaient de 7 à 8 hgnes de long sur 3 ou /i de large ; en un mot, ils étaient parfaitement semblables à ceux qu'on trouve dans les fosses nasales des moutons, et qui ont été si bien décrits par Réaumur. Le médecin ordinaire de la malade apprit alors que, la veille de son indisposition, cette femme, étant à la campagne, pressée par la soif la plus vive, ne trouva pour se désaltérer qu'une petite mare un peu bourbeuse où un berger venait de faire abreuver son troupeau. Il est probable, dit l'observateur, que l'eau de cette mare ayant été infectée de ces petits vers, la femme, qui s'était couchée par terre à plat ventre pour boire plus à son aise, avait attiré l'eau dans les narines aussi bien que

(i) Journal de médecine, chimrçàe eè /j/iârmac/e, par Vandermonde, Î758. Paris, t. IX, p. 4i5.

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