‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 2)Chapitre 3 sur 35 · II · texte numérisé non relu

II

18 ANATOMIE PATHOLOGIQUK GÉNÉKALE.

dans la bouche, et que les vers, extrêmement petits, avaient suivi la même voie.

Il paraîtrait, d'après une observation de M. Dastros (1),

que la mouche cairnassièrea déposé dans le nez d'une femme,

affectée de l'horrible infirmité connue sous le nom de pit-

nais, une si grande quantité d'œufs, qu'il sortit cent treize

ai'ves par les narines.

Le fait de l'hôpital Saint-Louis, rapporté à l'occasion des ectozoaires cutanés, ne peut laisser aucun doute sur ce fait, que la mouche carnassière peut déposer ses œufs dans les fosses nasales de l'homme.

Je terminerai par une observation plus récente qui n'est pas moins convaincante :

On lit, sous le titre de larves vivantes dans le sinus maxillaire (2) , l'observation d'un homme âgé de trente-cinq ans, qui, huit ans auparavant, avait été affecté d'ime carie vénérienne des os du nez, et qui, à la suite de douleurs excessives dans l'intérieur des narines et dans toute la mâchoire supérieure, expulsa en se mouchant fortement trois ou quatre vers vivants : léger soulagement; recrudescence des douleurs , qui partaient du sinus maxillaire et s'étendaient jusqu'à la tempe; suintement sanguinolent et fétide par les narines. A la suite d'injections dans les fosses nasales avec diverses substances irritantes, d'mspilations d'éther, de vapeurs ammoniacales-, il soitit une centaine de vers tout vivants, (jui n'étaient autre chose que des larves de mouches, longues d'un demi-ponce, atténuées h la partie antérieure, annelées , sans pieds, noires postérieiu'oment et blanches dans tout le reste du corps. Il est probable, ajoute l'observateur, que la carie dos os propres du nez avait rendu Foiifice des sipus maxil-

(i) Nouveau Journ f/e mec/., sept. 1821.

(2) Archives cjéni'r de méd.^i. XXV, p. 106; Irad. de Transact. of tlie med. and pliys. Society nf Cnfriitfn , x, 4; et London med. aiid pfijs. Journal, (\éc. i83o.

SEPTIÈME CLASSE. DES CORPS ÉTRANGErS. 19

iaires accessible à Tinsecte, qui avait déposé ses œufs dans ces cavilés. Mais évidemment rien ne j)rouve que ces vers fussent logés dans le sinus maxillaire plutôt que dans les fosses nasales pi'oprement dites.

Ectozoaires du conduit auditif.

Les ectozoaires du conduit auditif sont l'insecte connu sous le nom de perce-oreille, la puce, la punaise, le pou, les mouches. Il existe dans la science plusieurs exemples d'asticots ou vers de cadavre développés dans Foreille; et ces asticots provenaient bien évidemment de larves de la mouche carnassière dépose'es dans le conduit auditif, et qui ont trouvé là les conditions de leur développement (1). M. le professeur Bérard aîné m'a dit avoir vu à l'hôpital Saint Antoine un conduit auditif plein de ces vers de cadavre. Il eut l'idée de les attirer au dehors en appliquant sur l'oreille du malade un morceau de viande. Le même stratagème avait été déjà mis en usage avec succès par Alteyrac.

OEstres de l'estomac.

On sait que plusieurs espèces d'œstres déposent leurs œufs à la surface de la peau, au voisinage des ouvertures naturelles chez certains animaux herbivores ( bœuf, cheval, mouton); qu'un bon nombre de ces œufs sont introduits par l'action de lécher dans la cavité buccale et portés par la déglutition jusque dans l'estomac; que là un certain nombre d'œufs deviennent larves ou chenilles; que celles-ci s'attachent aux parois de l'œsophape et de l'estomac , rarement aux parois intestinales , à l'aide de deux petits corps roides noirâtres, espèces de tarières dont elles sont armées ; que ces chenilles se détachent spontanément et sont rendues par les selles lors-

(i) Bullet, (le l'Acad, roy. de méd.^ t, IX , p. 3i i.

qu'elles ont subi leur complel développement et sont devenues aptes à de nouvelles métamorphoses. Une chose bien remarquable, c'est que ces œstres, à l'état de chenilles, ne s'attachent pas indifféremment à toute l'étendue des parois de l'estomac, mais seulement à la partie épidermique de cet organe, c'est-à-dire à la grosse extrémité.

Pourquoi l'homme ne présenterait-il pas le même phénomène? Croit-on qu'il n'avale pas avec ses aliments un grand nombre d'œufs d'insectes , et suppose-ton que ses organes digestifs aient constamment la propriété soit d'assimilation, soit de destruction, soit d'expulsion avec les fèces de ces œufs, qui ne trouvent probablement pas dans le canal alimentaire les conditions de leur développement? Le fait est que rien n'a démontré jusqu'à présent la présence d'insectes soit dans l'estomac humain, soit dans les autres parties du canal alimentaire. Mais la question ne me paraît pas encore définitivement jugée, et la preuve analogique tirée du développement de l'œstre du cheval me paraît subsister dans toute sa force (1).

(i) Ces réflexions m'ont été suggérées par le fait suivant : M. le docteur Géry (a), alors médecin à Donnemarie, m'adressa, sous le titre d'entozoaire intestinal, une grosse chenille qui avait été rendue, disait-il, avec les matières fécales. M. Géry n'y crut pas d'abord; mais son malade, bon observatevir et esprit très distingué, lui avait affirmé que le vase était parfaitement propre et qu'il avait observé la selle immédialement après l'avoir rendue : il paraissait d'ailleurs impossible que l'insecte se fût introduit pendant que le malade était sur le vase, et qu'il se fût insinué dans l'épaisseur d'un boudin de matière fécale.

La Société anatomique, à laquelle je présentai cet insecte , y reconnut la chenille du sphynx, et nous pensâmes tous que sa présence était fortuite, et qu'il y avait eu erreur d'observation delà part du malade. Voici l'opinion de M. J. Cioquet sur cet insecte : chenille d'un sphynx parvenus à son parfait développement, et prête à se transformer en crysalide. Si elle a été rendue vivante par le vomissement, elle a dû être avalée

(rt) Voyez arlicle Entozoaibes, Diction, de médecine el de chirurgie prali(jues , t. VII, p. 328. - Voyez Diillei. de lu Sncieié anat. \<c nnnce, p. «30.

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A la suite des ectozoaires venus du dehors c[ui se sont introduits vivants dans les conduits muqueux. qui avoisinent la peau, je crois devoir dire un mot des animaux non parasitaires introduits accidentellement dans nos organes.

Sangsues. Appliquées par l'art au voisinage des ouvertures naturelles, elles peuvent s'y introduire. Appliquées de nos jours sur les membranes muqueuses elles-mêmes, dans les cavités muqueuses accessibles, dans la cavité buccale, dans les fosses nasales, au museau de tanche, elles peuvent, dans quelques cas, s'insinuer plus profondément. Cet accident s'observe surtout dans le cas d'application des sangsues dans les fosses nasales, moyen conseillé à si juste titre dans la méningite cérébrale (1). Le cas suivant peut servir de type. J'avais , chez un enfant affecté de méningite, conseillé une sangsue dans chaque narine. Je me retirai en recommandant de maintenir, à l'aide d'un linge, l'extrémité caudale pendant toute la durée de l'application. Une des sangsues restant immobile, on crut qu'elle avait pris : point du tout, à j^eine l'eut-on lâchée, qu'elle pénétra dans les narines et dis-

immédiateinent auparavant; elle ne peut pas avoir été' avalée par mégarde à l'état de chenille, à raison de son volume; elle ne peut pas non plus avoir été avalée à l'état de larve, car son organisation ne permet pas son développement dans le canal digestif.

Ce n'est pas sérieusement que je mentionnerai ici le fait de Bonet. Si l'on en croit cet auteur, un enfant, atteint de jaunisse, après avoir fait inutilement divers remèdes, avala huit ou neuf poux. La jaunisse se dissipa ; l'enfant éprouva une faim canine, tomba dans le marasme et mourut. A l'ouverture, on trouva dans l'estomac une colonne de gros poux entassés les uns sur les autres en forme de peloton. — Lieulaud qui, suivant sa coutume, rapporte cette observation sans critique, en cite une autre du même genre de Heurnius qui n'est pas plus croyable.

(i) C'est dans l'intime conviction de l'utilité de cette évacuation sanguine locale que j'ai fait faire, sous le nom de phlébotome de la pituitaire, un petit instrument composé d'une gaine et d'une tige terminée par un tranchant , à la manière du lithotome caché.

2^ ANATOMIK PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

parut. Elle venait d'être avalée. Les parents croient leur enfant perdu ; ils courent à demi vêtus demander du secours. Un médecin fait boire de Feau salée et provoque le vomissement à l'aide d'une barbe de plume. Quelques instants après, la sangsue est vomie morte.

Si la sangsue mordait l'estomac avant de mourir, elle donnerait lieu à une petite hémorrhagie que les acides de l'estomac, et à leur défaut quelques astringents, ne tarderaient pas à arrêter. Le plus ordinairement, les sangsues qui pénètrent dans les fosses nasales descendent le long du voile du palais dans le pharynx, d'où elles sont rendues par la bouche.

Il existe dans la science plusieurs observations curieuses, mais dont l'authenticité ne me paraît pas irréprochable, relativement aux accidents produits par les sangsues (1).

Les auteurs anciens parlent souvent de sangsues avalées avec de l'eau marécageuse par des voyageurs pressés par la soif; et cette idée était tellement accréditée du temps d'Hippocrate , qu'en parlant du crachement de sang, le père de la médecine conseille de s'assurer ^'il n'est pas produit par quelques sangsues engagées dans la cavité buccale. Galien affirme avoir vu le vomissement de sang produit par la présence de sangsues dans le pharynx oii dans l'estomac, Timœus parle même d'un enfant de cinq ans qui avait avalé plusieurs sangsues. Il ajoute que la sortie du sang par la bouche, les coliques, la cardialgie qui se déclarèrent furent bientôt suivies de la mort. M. Larrey père dit que nos soldats se jetaient à plat ventre sur les bords des petits lacs remplis d'eau douce mais bourbeuse qu'on rencontre çà et là dans les déserts de la Libve, en buvaient avec avidité et avalaient en même temps des sangsues qui étaient la source d'acci-

(i) Journal général de médecine, tomes XXV-XXVI.

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dents plus ou moins graves. — J'avoue que, uiaigié toutes ces autorités, je ne puis croire à de pareils faits, car il n'existe dans la science aucun exemple de sangsues trouvées vivantes dans restomac. A plus forte raison, je ne saurais admettre que de petites sangsues introduites dans Testomac avec l'eau prise en boisson, s'y soient développées, attendu (pie les acides de l'estomac suffisent pour les faire mourir peu de temps après leur introduction.

Serpents avalés. Les auteurs citent des exemples d'hypocondriaques (^ui rapportaient les accidents spasmodiques qu'ils éprouvaient, à des serpents qu'ils auraient avalés sans s'en apercevoir en bavant dans une fontaine.

J'ai vu ce cas plusieurs fois, et en particulier sûr un hypocondriaque, poêle anglais, qui croyait avoir un serpent boa, dont il racontait avec infiniment d'esprit les mœurs, les habitudes, le sommeil, le moment du réveil, des repas, etc. C'est une forme assez fréquente de névrose abdominale qu'on pourrait appeler névrose hehninthijorrne.

Il est permis, en bonne conscience, d'user d'un stra- ^ tageme pour guérir ces imaginations malades qui échappent à tout argument, à toute démonstration autre qu'une démonstration physique, matérielle; car elles ont la conviction physique, matérielle de la présence d'un serpent, et vous disent gravement : Je sais bien que vous ne me croyez pas, mais c'est un fait.

Chauve souris avalée. Quelle que soit mon antipathie pour les faits extraordinaires, je ne puis refuser ma créance au fait suivant, extrait du Journal de Hufelaud (fév. 1833) [Archiv. cjén. de méd., 2^ série, t. IV, p. 67 6). Un enfant âgé de trois ans s'endormit dans un champ, la bouche ouverte à moitié remplie de pain : une chauve-souris y pénètre brusquement. L'enfant se réveille, ferme la bouche et avale l'animal qui arrive jusqu'à lestomac; aussitôt dou-

leurs, efforts de vomissements, vomissements de sang qui se calment au bout de deux heures. Le médecin appelé ne voulut ajouter foi au récit des parents que lorsque Tenfant eut rendu par les selles une chauve-souris enveloppée de mucosités sanguinolentes (1).

Cela posé sur les ectozoaires, c'est-à-dire sur les corps organisés et vivants venus du dehors, je vais m'occuper des entozoaires, après avoir dit un mot des ectophytes.

Ectophytes.

Quatre espèces ont été décrites par les micrographes. "Voici leurs caractères , que j'exposerai sans commentaires.

2* ESPÈCE. Champignon du porrigo decalvans {microsporium Audouini^

Gruby).

Filaments noduleux suivant la direction des fibrilles de cheveux, transparentes, larges de 0,002 à 0^,003, point de granules à Fintérieur. Bifurcations sous un angle de 30 à 40 degrés. Spores couvrant les tiges et quelquefois leurs branches, pressées les unes contre les autres j elles sont ordinairement rondes ou ovales, ayant de 0,001 à 0,005. Toutes transparentes et sans granules à l'intérieur.

3* ESPÈCE. Champignon de la mentagre.

Filaments granuleux à l'intérieur et se bifurquant sous

(i) Quant à cette observation duSepulchretumde Bonet (Obs. 5, rapportée par Morgagni, t. XXX, p. 2 1), qui a pour sujet une servante d'Ahembourg, qui prétendait rendrepar la bouche, par l'anus, et même parles par ties génitales, des lézards, des crapauds, des grenouilles, qui, quelquefois même, n'étaient pas morts et qui vivaient jusqu'ausixième jour, il est évident qu'il y avait là supercherie de la part de cette femme monomaniaque , si c'étaient de véritables animaux; ou erreur de la part des médecins qui se S'iraient l.iissé abuser par une ressemblance grossière entre ces animaux el des matières rendues par les vomissements, et teintes de bile.

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un angle de ^0 à 80 degre's ; spo7rs très petites, très nombreuses, adhérentes au poil ; toutes sont sphériques.

4" ESPÈCE. Champignon du muguet ( Berg. ).

Filaments tubuleux, cloisonnés d'espace en espace, souvent étranglés au niveau des cloisons et ramifiés plusieurs fois. Les bords des filaments sont nets : la cavité des chambres limitées par les cloisons renferme quelques granules moléculaires, ou quelquefois deux à quatre cellules très petites, ovoïdes. Les filaments naissent d'une spore qui pousse un prolongement tubuleux ; cette spore conserve sa forme, quelle que soit la période de développement du végétal. L'extrémité libre est ordinairement formée par une cellule courte et renflée ; elle est souvent précédée de plusieurs cellules ovoïdes articulées en chapelet. Les spores sont sphériques ou un peu allongées, à bords nets foncés, à centre brillant; elles renferment une fine poussière et souvent un ou deux granules moléculaires.

5* ESPÈCE. Champignon de la teigne (ac/tonou 5'c/iœn/eJnù", Rem.) (i).

Myalum formé de tubes flexueux, grêles, ramifiés, non cloisonnés, vides ou contenantquelques rares granulations moléculaires. Sporanges formés de tubes droits ou courbes sans être flexueux, quelquefois, mais rarement ramifiés, contenant des granules ou de petites cellules rondes, ou des cellules allongées, placées bout à bout, de manière à représenter des tubes cloisonnés , avec des sous-traces d'articulations étranglées. Spores de formes diverses, la plupart sphériques libres ou réunies en chapelet.

(ij Ch. Robin, Des vcgétaux qui croissent sur l'homme et sur les animaux vivants, in-8. Paris, 1847, P- ^^-

II» GENRE

Entozoaires ou Helminlhes (1).

Parmi les nombreux produits accidentels qui se développent au sein de Torganisme, il n'en est aucun qui mérite davantage de fixer l'attention des médecins et des physiologistes que les produits organisés , vivant d'une vie propre, véritables parasites intérieurs, ne demandant à l'animal porteur que le lieu, !a chaleur et des moyens de nutrition.

Ce? produits organisés et vivants ne prennent nom d'entozoaires (Knlozoa; Rudolphi)ou d'/je/>/»'/îfAe5 que lorsqu'ils sont libres dans une cavité naturelle ou accidentelle. Les autres produits accidentels vivants d'une vie propre mais adhérents par un des points de leur surface ou par toute leur surface, ont reçu différents noms; ceux de kystes, de polypes , de tumeurs fibreuses d'ostéo-phytes^ de chondrophytes, etc. (voyez la classe des productions et mêlamorphoses org a niques).

Chaque espèce animale a ses entozoaires ou parasites intérieurs qui lui sont propres, comme elle a ses ecto-

(i) Le nom de vers s'appliquant en zoologie à une classe d'animaux bien plus élevée f[ue les vers intesliuaux ou entozoaires, ne saurait être conservé à ces derniers dans l'état actuel de la nomenclature scientilique, d'où le nom d'helminthe qui a prévalu, en Alleniagne, pour désijjuer ces animaux, du grec £>fj.(V5, £/iptv9o5, mot employé par Aristote et riippocrate pour désigner les vers intestinaux, et le nom d'helminthologie pour désigner la science qui s'en occupe. Je ne comprendrai point parmi ifs helminlhes les animalcules spermatiques, ou zoospermes ■, bien que plusieurs naturalistes aient eu cette prétention en leur attribuant une organisation comparable à celle des distomes. Mais, suivant la remarque judicieuse de M. Dujardin, professeur de zoologie à la Faculté de Tiennes (Histoire naturelle des helminlhes ^ ou vers intestinaux, i845),ceque M. Valentin en a décrit sous le nom de bouches^ de ventouses, d'intestins des spermatozoaires, n'est autre chose que le résultat de simples apparences, de différences d'épaisseur dans les diverses parties du disque et des effets de réfraction, qui sont la conséquence de ces différentes d'épaisseur.

zoaires ou parasites extérieurs : le nombre des espèces d'en tozoa ires est donc considérable et constitue une branche inipoitanle de la zoologie. L'homme est également sujet au développement d'êtres vivants parasitaires qui ne peuvent trouver que dans son organisme les conditions de leur nutrition et de leur reproduction.

C'est des entozoaires propres à l'espèce humaine que je dois m'occuper exclusivement ici, et envisageant de suite cette question sous le point de vue pratique, je diviserai les entozoaires : 1° d'après leur siège : en ceux qui se développent dans les cavités muqueuses et en ceux qui se développent dans l'épaisseur même des organes , c'est-à-dire dans le tissu cellulaire; 2° d'après leur conjormation extérieure , en cylindriques , en plats et en hjdaiidiformes ou vésiculaires (1) : chacune des espèces a d'ailleurs reçu une dénomination particuHère.

Quant au nombre d'espèces propres à Tespècebumaine, il n'est pas encore bien détermmé, attendu que plusieurs observateurs considèrent comme fausses ou non suffisamT ment démontrées un certain nombre d'espèces admises par d'autres. M. Owen admet quinze espèces propres à l'homme, qu'il énumère dans l'ordre suivant : 1° echinococcus hominis , 2° cysticercus cellulosœ ; 3° tœnm sotium; k° botlwiocepkalus latus, 5° distoma hepaticwn; 6° disloma lanceolatum ; 1" filaria viêdinensis ; 8° filaria oculi; 9° fîlaria b?vnchialis; i^" tricocephalus dispar; 11° strongylus gigas ;

(i) Linnée, dans son Système de la nature^ classe les entozoaires parmi les autres vers, et place les fiiaires ((/0)'c/ms filaria), les ascarides (ascaris], et les douves ou fascioles (^distoma) parmi les vers , Ihydatide et le taenia parmi les zoophytes. — Zedcr, et d'après lui Rudolphi, que l'on considère ajuste titre comme le prince des helminthologues, ont divisé tous les vers intestinaux en cinq classes ou familles, que ce dernier zoolojjiste a dési>»nées, d'après la forme, sous le titre de nématoïdes ■, acanthocéphales, tre'matodes, cestoïdes et cjsto'ides. C'est cette nomenclature qui est aujourd'hui ge'néralement adoptée. Cuvier divise les vers intestinaux, d'après leur structure, en cavitaircs et en /jarenchymateux.

12° ascaris lumbrîcoides ; i^° oxyurus vermicularis ; ik" trichina spiralis; 1 5° spiroptera hominis , indépendamment des produits douteux, appelés acéphalocysles (1).

Dans cet article , je diviserai le genre entozoaires en deux sous-genres, fondés sur leur siège : 1° en ceux qui appartiennent aux surfaces muqueuses ; 2° en ceux qui se développent dans le tissu cellulaire.

Le premier sous-genre qui est en grande partie constitué par les entozoaires des voies digestives, comprend huit espèces : Y ascaride lombricoïde, Y oxyure, le ù'ichi'ure, le tœnia solium , le botriocephale , le distome hépatique, le strongle géant, et le filaire bronchique : je n'ose pas admettre une neuvième espèce qui ne me paraît pas suffisamment démontrée, à savoir le spiroptère de l'homme.

Le deuxième sousgenre, qui comprend les entozoaires du tissu cellulaire, embrasse six espèces: l'^Véchinococque; 2° Vacephalocyste; 3° le cysticerque du tissu cellulaire,' 4° le fdaire de Médine\ 5" \q filaire de tœil; 6° le irichina spiralis.

C'est dans cet ordre que je vais faire l'exposition des diverses espèces d'entozoaires.

PREMIER SOUS-GENRE. Entozoaires appartenant aux surfaces muqueuses.

Cinq espèces (l) appartiennent au canal alimentaire proprement dit, ce sontV ascaride loinbricoïde,Voxyure,\e trichiure, le ténia et le bothriocephale; quant aux vers cucurbitains des anciens, c'est à tort qu'ils ont été considérés comme formant un genre particulier, attendu que ces prétendus vers ne sont autre chose que des articulations dé-

(i) Vascaride ailé, s'il exisie, conslitue lu sixième espèce. Cet enlozoaire a e'té trouvé une seule t'ois dans l'intestin grêle de l'homme, en Irlande, par M. Billingham : c'étaient deux femelles. 'Voici la caracléristicpie : corps droit, long de 8 cenlirnèlies, extrémité antérieure infléchie, munie de deux ailes membraneuses, demi-transparentes, plus larges en arrière qu'en avant, ce cpii donne à celte partie du corps une forme triangulaire.

tacliées du ténia : une espèce appartient aux voies biliaires , c est le distome hépaiicjuc : deux espèces aux voies urinaires, ce sont le strongle géant et le spiroptère de t homme ^ s'il existe; une espèce aux voies bronchiques, ]ejîlaire bronchique.

Entozoaires du canal alimentaire.

Les entozoaires du canal alimentaire forment sans contredit la classe la plus importante de Thelminthologie. Leur fréquence, les accidents nombreux auxquels ils donnent lieu, leurs causes, les symptômes par lesquels ils manifestent leur présence, leur thérapeutique, intéressent à un haut degré le médecin praticien, tandis que leurs caractères zoologiques, l'organisation si complète de quelques uns d'entre eux, réclament toute l'attention des zoologistes.

Classés, dans l'enfance de la science, parmi les vers de terre ou lombrics, en raison d'une analogie grossière de forme, ils l'ont été sans plus de raison parmi les zoophytes par les naturalistes modernes; mais il est de toute évidence que les entozoaires intestinaux doivent faire une classe à part, moins élevée que les vers, mais bien plus élevée que les zoophytes. Comme il importe au médecin de reconnaître à des signes certains l'espèce d'helminthe à laquelle il a affaire, il m'a paru indispensable de grouper ici les caractères spécifiques et différentiels, en un mot la carac/eWW^ue de chacune des espèces. Ces caractères qui reposent essentiellement sur la disposition des organes de la digestion et sur celle des organes de la reproduction , seront tous zoologiques, et ce n'est pas là le seul point de contact de la médecine et de la zoologie (1).

(i) L'anecdote suivante, racontée par Goëze, ne se reproduirait pas de nos jours, vu les connaissances obligées en histoire naturelle pour les «xamens du doctorat : « Quelques enfants firent un jour une incision sur » un lombricoïde, et cela fit sortir ses intestins au dehors; le père, qui

i'^ ESPÈCE. Arcaride lombricoïde, vulgairement lombric.

C'est l'espèce qu'on rencontre leplus fréquemment dans l'espèce humaine; aussi était-elle connue dès la plus haute antiquité : tant de différences la séparent du lumhricus terrestris avec lequel elle avait d'abord été confondue, qu'aucune analogie ne saurait être admise.

Caractères. — Corps cylindrique, d'où le nom de lum~ bricus teres, de deux à trois lignes de diamètre, d'un rose plus ou moins foncé, aminci aux deux extrémités, un peu moins du côté de la queue qui est obtuse (cauda obtusîuscula), corps sillonné de chaque côté ( corpore utrinque sulcoto) , assez roide , élastique. Tégument présentant des stries transversales. Tête petite, reconnaissable à trois valves finement denticulées sur leur bord interne, et portant chacune près du sommet une papille saillante. Le canal intestinal se reconnaît à sa couleur brunâtre. L'anus s'ouvre à un millimètre de l'extrémité postérieure.

Les deux sexes sont séparés. Le mâle est plus petit que la femelle; il n'a que de 15 à 17 centimètres, tandis que la femelle est longue de 20 h 2 5 et même de 3 0 à 40 centimètres; elle se distingue en outre par sa queue qui est un peu déprimée et recourbée. Deux spicules péniens aplatis, presque droits, contenus dans une gaîne fibreuse contractile, sortent immédiatement au-dessus de l'extrémité caudale, du côté de la concavité. — Chez la femelle, queue droite, conique, obtuse; vulve en avant du milieu : les organes de la génération presque entièrement constitués par

» aniva en ce moment, recueillit le ver et le conserva dans de l'esprit-de- » vin pour demander à son médecin (du -rest^, homme habile) ce ((u'il » croyait que cela pouvait être; le médecin regarda les oviductes sortis » au dehors et les prit pour déjeunes ascarides, et le canal alimentaire » pour un jeune ténia. Goëze rectifia cette erreur en présence du disciple » d'Hippocrate, qui avait porté nn jugement si erroné et qui, par conseil quent, eut un peu à rougir de son ignorance. »

les oviclucles, se reconnaissent à leur couleur blanche qui apparaît à travers la transparence de l'enveloppe et cpii contraste avec la couleur brunâtre de Tintestin.

Siège. — L'ascaride lomhi'icoïde réside le plus habituellement dans Tintestin grêle. Cependant: on le rencontre très souvent dans le gros intestin, dans Testomac et même quelquefois dans l'œsophage d'où il ne tarde pas à être expulsé par le vomissement. J'ai vu un de mes malades arracher avec horreur par l'orifice antérieur de l'une des narines un ascaride lombricoïde dont une extrémité s'y était engagée.

Les exemples d'ascaride lombricoïde contenus dans les voies biliaires ne sont pas fort rares. — On a également vu des lombricoïdes pénétrer dans les voies aériennes soit par Torifice supérieur du larynx, soit par une perforation des conduits adossés de l'œsophage et de la trachée. Enfin on en a rencontré dans la cavité péritonéale où ils avaient pénétré à la faveur d'une perforation de l'intestin.

2® ESPÈCE. Oxyure vermiculaire.

Nom donné par RudolphietBremser à l'ascaride vermiculaire de Linné, qui avait à tort compris l'ascaride vermiculaire et Tascaride lombricoïde dans le même genre. Cette espèce est, comme la précédente, connue dès la plus haute antiquité (1).

Caractères. — Corps blanc, à tête obtuse , vésiculeuse, ailée, c'est-à-dire présentant deux renflements latéraux vésiculaires du tégument • bouche ronde dans l'élat de rétraction^ devenant triangulaire ou abord légèrement trilobé, quand elle est en saillie ; peau striée à travers laquelle on voit une double couche de fibres obliques croi-

(i) Il paraît que plusieurs fois des larves de mouclies, et, ce qui est bien plus difticile à concevoir, des articulations détachées du ténia ont été prises pour ce genre d'helminthes.

sées : deux sexes séparés : ovipares et non vivipares, ainsi que le croyait Goëze : de même que chez Tascaride lombricoïde, le mâle est beaucoup plus court que la femelle, il n'a que de 2 à 3 millimètres de longueur ; tandis que la femelle a de 9 à 10 millimètres. Queue tellement déliée qu'on a peine à l'apercevoir; elle est contournée en spirale chez le mâle, droite chez la femelle. L'anus s'ouvre à un ou deux millimètres de l'extrémité postérieure ; la vulve à un ou deux millimètres de l'extrémité antérieure.

Siège. — L oxyure vermiculaire réside exclusivement dans le gros intestin, et plus particulièrement dans le rectum. Cependant Bremser dit en avoir vu dans le cœcum (1). Il n'est pas rare de voir ces helminthes passer de l'orifice anal dans l'orifice vulvaire.

3' ESPÈCE. TricocépKale de l'homme {tricocephalus f/?spar Rutlolphi),

Long de 3 à 5 centimètres; capillaire dansla plus grande partie (environ les U/S) de sa longueur, pai^te capillari longissiniâ : la tête occupe l'extrémité de cette partie capillaire : elle est rétractile; œsophage aussi large que la tête, flexueux en avant, téguments striés en travers. Le mâle, un peu plus petit que la femelle, se reconnaît à ce que la partie renflée est roulée en spirale, tandis qu'elle est presque droite chez la femelle. Corpore maris spiraliter involuto, fœminœ subrecto (Rud. ).

L'extrémité postérieure, ou queue de la femelle, est ter-minée en pointe mousse. OEufs brunâtres. L'extrémité postérieure du mâle est plus ou moins dilatée en enton-

(i) Brera dit avoir observé une quantité innombrable de ces helminthes dans l'œsophage d'une femme qui avait succombe à la suite d'une fièvre lente nerveuse. Cet auteur, dont Bremser s'attache à relever les nombreuses erreurs, cite sans critique une observation de Bianchi, qui pre'tendait avoir trouvé cet helminthe dans les ventricules du cerveau.

SEPTIÈME CLASSlï. DES CORPS ÉTRANGERS, 3?>

noir ou renflée et vésiculeuse à son extrémité qui est hérissée de petites pointes.

Siège. — Cette espèce, connue de Morgagni , a été découverte de nouveau par un étudiant de Goettingue : son histoire se rattache à celle de Tépidémie muqueuse de Goettingue, si bien décrite par Rœderer et Wagler, qui désignèrent cet helminthe sous le titre de trichiure. Il occupe ordinairement le gros intestin et plus particulièrement le voisinage de la valvule iléo-cœcale (1), J'en ai plusieurs fois trouvé dans l'intestin grêle. J'ai même fait dessiner {^nn. pathol.,a\ec figures, 8^ liv.) un tricocéphale adhérent à une escarre gangreneuse de la fin de l'intestin grêle près de la valvule iiéo-cœcale. Il n'est pas d'épidémie d'entérite folliculeuse aiguë (fièvre typhoïde des modernes), où je n'aie rencontré un nombre plus ou moins considérable de ces helminthes. Je l'ai observé très souvent aussi chez les femmes de la Maternité, mortes de péritonite puerpérale. Bremser dit qu'on rencontre le tricocéphale sur presque tous les cadavres d'hommes. Je puis assurer que je l'ai vainement cherché dans un grand nombre de cas : rarement ces helminthes sont-ils en grand nombre. Très souvent, dit Bremser, il n'y en a qu'un seul. Piudolphi dit en avoir observé plus de mille chez le même individu. Si les auteurs ne font pas })lus souvent mention de tricocéphales rendus par les selles , c'est que ces helminthes échappent aisément par leur petitesse aux recherches de l'observateur. Le tricocéphale n'est pas propre à l'espèce humaine , on l'a rencontré dans un grand nombre d'espèces chez les rongeurs, les ruminants, etc. (2).

(i) Oa a trouvé accidentellement plusieurs de ces lielmintlies dans la cavité du péritoine, et on n'a pas hésité à considérer la perforation du canal intestinal, à travers laquelle ces helminthes avaient pénétré dans le péritoine, comme le résultat de leurs morsures. Nous verrons plus bas ce qu'il faut penser de ces prétendues perforations d'intestin par morsures des helminthes.

(2) Bremser dit (p. i48) que la partie la plus pointue du tricocéphale II. 3

4* ESPÈCE. Ténia de l'homme (^tœnia solium Linn.).

Le ténia de l'homme, connu dès la plus haule antiquité, a été improprement nommé t'er solitaire, car on en trouve souvent plusieurs chez Thomme, de même que chez le chieu, où il n'est pas rare de rencontrer plusieurs ténias enlacés les uns dans les autres. Bremser croit que personne n'a encore vu un ténia entier, parce que, dit-il, les dernières articulations , chargées d'œufs fécondés , se détachent et sont évacuées avant le complet développement des articulations qui avoisinent la tête. On a porté la longueur du ténia jusqu'à 30 et même 50 aunes ; mais il est prohable que les observateurs qui ont fait ce calcul, ou bien ont ajouté plusieurs ténias les uns à la suite des autres, ou bien ont fait l'addition de toutes les portions de ténia rendues à diverses époques. C'est ainsi que Hufeland parle d'un enfant qui aurait rendu 30 aunes de ténia dans l'espace de six mois. Robin , cité par Bremser , raconte qu'il trouva sur un cadavre d'homme un ténia reployé sur lui-même, qui s'étendait du pylore jusqu'à 7 ou 8 pouces de l'anus, en parcourant toute la longueur des intestins. Ce ténia avait 30 pieds de long, y compris plusieurs pieds que le malade avait rendus. Le plus long ténia que possède Bremser a 2ji pieds. La largeur du ténia , qui est d'un tiers ou d'un quart de ligne au voisinage de la tête, acquiert de 3 à 4 lignes à la partie postérieure, qui va un peu en diminuant. Voici d'ailleurs les caractères zoologiques de cet helminthe.

Caractères zoologiques. — Tête petite, hémisphérique, pourvue de quatre suçoirs qu'Andry regardait, avec ses

est toujours assez fortement implantée clans les parois intestinales, tandis que l'extrémité la plus grosse, qu'elle soit droite ou spiriforme, se trouve libre dans les matières fécales. Je n'ai jamais observé cette implantation.

prédécesseurs, comme autant d'yeux et que Ton considère aujourd'hui comme destinés à fixer fortement la tête du ténia à la membrane muqueuse. Au centre de ces suçoirs se trouve un disque pourvu d'un double rang de petits crochets, disque que, suivant Bremser, l'helminthe perdrait en vieillissant. La grande ténuité de la tête explique pourquoi il est si rare qu'on l'obtienne intacte dans l'expulsion du ténia.

Le ténia est composé d'articulations : le cou est dépourvu d'articulations, ou plutôt les articulations du cou sont représentées par des rides transversales.

Le corps du ténia est articulé. Chaque segment est qua-^ drilatère : les segments les plus voisins du cou sont phis larges que longs , et à mesure qu'on s'éloigne du cou, ils deviennent j)lus îongs que larges; leur bord antérieur est plus étroit que leur bord postérieur.

Le ténia est androgyne. Chaque segment contient uu appareil mâle et femelle. Sur le milieu de l'un des bords du j)lus grand nombre des segments, on voit tantôt d'un côté , tantôt de l'autre , ordinairement d'une manière alterne, un pore ou petite ouverture qui n'est autre chose que l'orifice des oviductes, lesquels se continuent avec un ovaire ramifié. L'organe mâle est représenté 1^ par une petite vésicule piriforiiie qui occupe le voisinage du milieu du bord postérieur de chaque segment (c'est le testicule), 2" par un petit canal déférent, et 3° par un vestige de pénis. Les naturalistes ne possèdent sur la reproduction du ténia, sur la chute et sur la séparation de ses anneaux ou segments, que des idées fort incomplètes. Chaque segment ou anneau paraissant tout à fait semblable à ceux fjui précèdent ou qui suivent, il semble qu'on doive considérer le ténia comme formé par l'accollement d'une série d'animaux de la même espèce. Cette opinion , que Blumenbach avait d'abord soutenue , a été réfutée par les naturalistes et par Blumenbach lui-même : la disposition

36 A^■ATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

du canal alimentaire (1), qui commence à la bouche, se prolonge en se bifurquant dans toute la longueur du ver , et constitue ainsi deux canaux longitudinaux unis par de petits canaux transversalement situés au bord postérieur de chaque segment , canaux transversaux qui n'ont d'ailleurs aucun rapport avec les pores marginaux; cette disposition, dis-je, ne permet pas d'adopter l'opinion de l'indépendance des fragments. On pense donc généralement que le ténia se forme de prime abord en entier, mais que les segments les plus voisins de la queue se développent et se détachent les premiers. On ignore le temps nécessaire pour le développement du ténia.

5* ESPKCE. Ténia Irolhiiocéphale (bolhriocepJialus latus Breinser).

Nommé aussi ténia large, ténia à anneaux courts. Espèce d'helminthe bien distincte sous le point de vue zoologique , mais qu'on pourrait ne considérer que comme une variété sous le rapport médical. Sa longueur la plus habituelle est de 2 0 pieds.

Ses caractères spécifiques sont moins dans la forme des fragments généralement plus larges que longs , mais qui présentent beaucoup de variétés, que dans la disposition de la télé et dans la situation des pores généiateurs.

Téic. — Point de suçoir, point de crochets autour de la bouche comme dans le tœnia solium ; tête oblongue, perforée par la bouche à son extrémité , légèrement proéminente , présentant de cha(|ue côté une dépression (d'où le nom de hothriocéphale) . I-e cou , ou la partie qui fait suite à la tête, n'offre pas de traces d'articulation dans une longueur de 8 centimètres. Puis la disposition en segments est indiquée par des rides; plus loin les articulations deviennent parfaitement distinctes. Les seg-

(l) Voy. Ricliard Owen, Lectures on the comparative anatorny and physinloqx of the invertebraie animais. London, i843, p. 49»

ments sont en général plus larges que longs ; mais le contraire a lieu pour les segments les plus postérieurs. Le caractère le plus important du bothriocéphale , qui justifie amplement Bremser d'en avoir fait une espèce particulière , c'est que l'ouverture des organes de la génération se fait, non sur les bords, comme dans le tœni'a solium, mais bien sur la face ventrale de chaque segment; c'est qu'il y a deux ouvertures pour chaque segment, l'une appartenante Toigane mâle, l'autre appartenant à l'organe femelle, et que ces deux ouvertures se voient l'une à côté de l'autre sur une même proéminence.

Le bothriocéphale est donc hermaphrodite (1).

Siège. — Le ténia bothriocéphale, comme le tœnia solium, habite l'intestin grêle. Ce n'est qu'accidentellement qu'il occupe ou le gros intestin, ou l'estomac. Un fait qui m'a été communiqué, mais dont je ne puis garantir l'authenticité, établirait qu'un ténia a été rejeté parle vomissement.

Ce qu'il y a de remarquable dans Ihistoire des deux espèces du genre tœnia ^ c'est que le ténia solium s'observe exclusivement chez les Anglais, les Allemands et les Egyptiens , tandis que le ténia bothriocéphale s'observe exclusivement chez les Suisses, les Polonais et les Russes, et que les provinces françaises qui avoisinent la Suisse sont infestées par les deux espèces, tandis que toutes les autres provinces ne ]>résenient d'autre espèce que le ténia solium. Cette répartition géogra])hique du cestoïde humain (cette observation est de Owen) n'est-elle pas en opposition avec la doctrine de l'origine spontanée des helminthes.Une autre remarque non moins importante à faire, c'est que l'habitation des pays infestés par le bothriocé-

(i) Voy,, pour les détails descriptifs des org;anes génitaux, Owen, p. 5a, et le travail du professeur Eschricht de Copenhague, dont rexcellente monographie [Anatom.-phjsiolog. unlerlucUiincjcn die hothrjocephalen. Bonn., 184I5 in-4) hg.) a été couronnée par rAcadémie des sciences de Berlin.

pha!e, donne aux individus qui appartiennent, par leur origine, aux localités infestées parle ténia soliura, l'aptitude à contracterla première espèce d'helminthes, et réciproquement.C'est ainsi que le grand naturaliste Sœmmerring fut affecté du bothriocéphale, bien qu'il fût Allemand; mais il est constant qu'il avait fait un voyage en Suisse pour visiter un ami, et il est probable que c'est pendant son séjour en Suisse que le germe du parasitaire bothriocéphale se sera introduit dans son corps.

Cela posé sur les caractères zoologiques des cinq espèces d helminthes intestinaux, cherchons à pénétrer leur étiologie, c'est-à-dire la question de leur génération , non moin s intéressante pour le naturaliste que pour le médecin.

Or comment se produisent les helminthes intestinaux? Viennent-ils du dehors? Sont-ils formés au dedans de nous ? Sont-ils dûs au développement de germes préexistants , ou bien sont-ils le produit d'une génération spontanée? Un mot sur chacune de ces questions litigieuses.

L'opinion la plus ancienne, et c'est aussi celle de Linnœus, c'est que les helminthes intestinaux ne seraient autre chose ([ue des vers terrestres ou aquatiques avalés soit en nature, soit à l'état de germes ou d'œufs; mais pour que cette opinion eût quelque fondement , il faudrait qu'on retrouvât hors du canal alimentaire de l'homme et des animaux des helminthes tout à fait semblables à ceux qu'on rencontre dans ce canal, et c'est en effet ce que prétend Linnœus. Mais si, à l'exemple de Bremser qui a consacré douze ans de sa vie à l'étude des entozoaires, on analyse sévèrement les faits invoqués, on verra qu'ils sont vagues , mal observés, imcomplets , fournis par des hommes peu versés dans l'étude de l'hehninthologie, et qu'une simihtude grossière de forme a fait conclure à une similitude d'organisation. Nous pouvons donc regarder comme démontrée cette proposition, savoir, que jamais on na rencon ire hors du corps de [homme et des animaux des vers sembla-

bles aux vers intestinaux , à moins qui/s n aient été déposés par l'homme ou par les animaux, et réciproquement que jamais on na renconti'é vivants dans le corps de l'homme et des animaux, des vers terrestres et aquatiques, à moins qu'ils ny aient été introduits immédiatement.

Une autre opinion plus spécieuse (et c'est celle du grand Boerhaave ) est la suivante : ne serait-il pas possible que les germes ou œufs des vers aquatiques ou terrestres introduits en nature dans les voies digestives, se trouvant dans un milieu différent de celui qu'ils habitent ordinairement, subissent des métamorphoses qui, à tout prendre, ne seraient pas plus extraordinaires que celles si connues des insectes et que celles des têtards en grenouilles?

Sans doute, les circonstances extérieures, les milieux, peuvent puissamment modifier les espèces^ mais ils sont impuissants à les transformer les unes dans les autres. Toutes les influences extérieures sont dominées par l'action toute puissante de la race ou de l'espèce. L'uniformité des races ou espèces est une loi de la zoologie. Un certain nombre d'espèces peut disparaître de la surface du globe par des cataclysmes: mais pour la création d'une espèce nouvelle , il faut l'intervention directe de la puissance créatrice , de Dieu même.

Or: 1° Il n'y a aucun rapprochement à établir entre les helminthes et les vers aquatiques ou terrestres, lesquels appaj-tiennent à des es-pèces essentiellement différentes. 2° Pourquoi les mêmes espèces d'helminthes ne se rencontrent-elles pas dans toutes les espèces animales, et pourquoi chaque espèce, au contraire, présenle-t-elle des helminthes qui lui sont propres? 3° Pourquoi, dans le même animal , les mêmes espèces d'helminthes occupent-elles constamment telle ou telle portion de son canal alimentaire? h^ Comment se fait-il, dans l'hypothèse que je combats, que l'helminthe meure immédiatement après sa sortie du canal alimentaire, de même que le ver terrestre ou

40 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉKALE.

aquatique meurt presque immédiatement après son introduction dans les voies digestives? 5° Comment expliquer la reproduction en quelque sorte illimitée des helminthes intestinaux , si le canal alimentaire n'était pas le milieu pour lequel ils sont destinés? 6° Enfin, comment concilier Thypothèse de Tintroduction des vers dans le canal alimentaire avec la présence des helminthes intestinaux dans le fœtus , présence qui paraît avoir été constatée par plu' sieurs observateurs dignes de foi?

Il résulte donc de cette discussion qu'on peut considérer comme démontrée la proposition suivante :

Les helminthes intestinaux ne sont point des vers terrestres ou aquatiques qui auraient subi de gi'andes modifications par suite du milieu dans lequel ils aivaieiït été plongés.

Mais de même que certaines larves d'insectes ( les œstres), introduites dans l'estomac de certains animaux à l'état d'œufs ou de germes, trouvent là seulement les conditions de leur développement, ne serait-il pas possible que les helminthes intestinaux fussent le résultat de l'ingestion dans les voies alimentaires de germes spéciaux qui, dans tout autre milieu, languissent et meurent, faute d'y troU' ver les conditions de leur existence ? D'après celle manière de voir qui me paraît la plus probable, des germes spéciaux iie?iw5c/M(:/e//or5 seraient l'origine des helminthes intestinaux comme d'ailleurs de tous les entozoaires. En effet, si ces germes ne venaient pas du dehors, ils seraient donc formés au dedans de nous par génération spontanée. Or la raison, aussi bien que les faits, répugne aux formations spontanées. La production des êtres par voie de génération, c'est-à-dire par un germe détaché d'un autre individu, satisfait pleinement l'esprit : c'est la loi générale de reproduction , la seule qu'on observe dans toutes les espèces végétales et animales (1).

(i) Y aurait-il une loi autre que la formation par ^jeruies pour les parasites du icgne animal et du règne végétal, pour la moisissure, la matière

SEPTIÈME CLASSE. DES CORl'S ÉTRAINGEUS. 41

Rudolphi etBremserme paraissent avoir observé des helminthes imparfaits ou peut-être autre chose que des helminthes , lorsqu'ils ont cru reconnaître les diverses phases du développement de ces entozoaires.

Quant à l'opinion émise par un auteur allemand, opinion d'après laquelle les helminthes intestinaux seraient le produit de l'allongement des villosités intestinales, lesquelles se détacheraient après avoir acquis une vie indépendante, elle ne peut être considérée que comme une pure invention de l'esprit complètement démentie par l'observation aussi bien que par le raisonnement.

Cela posé sur la cause formelle de la production des hel-

verte de Priestley, les animaux infusoires, les champignons, les lichens, les helminthes intestinaux, les acares, lesquels se produiraient spontanément de toutes pièces dans des circonstances déterminées. La preuve matérielle peut se donner pour les animaux infusoires. Voici, en effet, ce que j'ai observé un- f»rand nombre de fois, avec un observateur microscopique très-distingué, M. Fray, mon compatriote, auteur d'un ouvrage fort intéressant sur la formation des êtres organisés. Si l'on plonge une substance végétale ou animale dans de l'eau distillée, le vase étant hermétiquement fermé, le microscope ne tarde pas à révéler dans ce liquide la présence d'une quantité plus ou moins considérable de globules organiqueSy lesquels se meuvent en tout sens par une force propre, indépendante de la force de gravité. Ces globules sont plus ou moins agiles et représentent assez bien les globules du sang, lesquels, comme on sait, se meuvent avec une extrême rapidité. La dessiccation seule arrête le mouvement des globules; l'humectation le leur rend. Si la macération est prolongée, le vase étant toujours hermétiquement fermée aux globules organiques on voit succéder des animaux infusoires semblables aux têtards de la grenouille, qui jouissent d'une locomotion extrêmement remarquable, semblent avoir une volonté, car ils fuient un obstacle, s'évitent les uns les autres, et paraissent doués d'une vitalité assez développée. C'est un des plus beaux spectacles qu'il soit donné à l'homme de contempler que ce monde microscopique, ces globules vivants et ces animaux infusoires qui emblent le résultat de l'agglomération d'un certain nombre de globules organiques; et je ne m'étonne nullement que les savants qui se sont occupés de ce genre de recherches aient cru voir dans ces phénomènes le secret de la vie.Toutefois, il faut le dire, quoi que l'on fasse, la formation spontanée ne peut pas aller plus loin, et, entre les animaux infusoires d'une part, les acarus et la matière verte de l'autre, il y a un abîme.

minthes intestinaux, cause formelle que nos moyens d'investigation ne révéleront peut-être jamais , étudions les causes éloignées ou prédisposantes de cette production : c'est là la partie pratique et vraiment médicale de la question; car ces causes étant connues, nous pourrons les éloigner ou les atténuer, et établir ainsi sur des bases solides, et le traitement prophylactique , et le traitement curatif.

Or je regarde comme démontrée la proposition suivante, à savoir, que les helminthes intestinaux reconnaissent pour cause éloignée une assimilation incomplète de matériaux nuit^itifs surabondants . Cette assimilation incomplète, ce défaut d'équilibre entre les forces assimilatrices du canal digestif et les aliments ingérés, peuvent provenir tantôt du canaldigestif lui-même, tantôt de la qualité et delacjuantité des aliments, tantôt de ces deux causes à la fois (1).

Ainsi, les climats froids et humides; une habitation froide et humide; ainsi une nourriture trop abondante, presque exclusivement végétale, trop aqueuse ou de mauvaise qualité; un mauvais état des voies digestives, telles sont les causes éloignées de la production des helminthes, démontrées par Fobservation. J'ai pratiqué la médecine dans ma ville natale (Limoges), où les enfants des pauvres, relégués dans certains quartiers,viennent faire leurs excréments sur le pas de la porte : or en parcourant ces quartiers, j'ai été souvent frappé de la grande quantité de vers contenus dans leurs matières fécales. Cela est si vrai qu'il n'est peut-être pas de pays en France où l'on fasse prendre plus de vermifuges aux enfants. Il est de règle, dans un grand nombre de familles, d'en administrer tous les mois. Oi" les causes de cette maladie vermineuse endémique . dans les classes pauvres sont l'usage presque exclusif des végétaux, et surtout la mauvaise habitude de ne point

(i) Voyez Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , l'article ENTozoAiRES, où je SUIS entré dans beaucoup de développements à cet égard.

régler les heures des repas chez les enfants qui mangent à la lettre toute la journée.

L'influence de la mauvaise qualité n'est pas moins favorable à la production des helminthes intestinaux que celle de la trop grande quantité des aliments. J'ai coutume de citer, à Tappui de cette proposition, l'exemple de plusieurs chiens destinés à des expériences, qui étaient exclusivement nourris de pain et d'eau (j'en ai conservé pendant six mois avec cette seule nourriture). On ne se fait pas une idée de la quantité de ténias que j'ai rencontrés dans leur canal alimentaire : la presque totalité de l'intestin grêle en était remplie. Chargé, pendant plusieurs années, du service médical d'une maison d'aliénés, j'ai souvent été frappé de l'énorme quantité de vers que contenait le canal alimentaire des idiots; mais je n'en ai jamais vu davantage que chez une idiote épileptique qui mangeait jusqu'à ses matières fécales : tout l'intestin grêle était rempli d'ascarides lombricoïdes, lesquels, pelotonnés çà et là, formaient des boules qui obstruaient l'intestin. J'en remplis un grand bassin : il y en avait plus de mille.

D'après cette étiologie, on conçoit donc qu'on pourrait produire ou supprimer les helminthes suivant qu'on placerait les individus dans t^lle ou telle condition, qu'on les soustrairait à telle ou telle influence. On comprend comment, dans certaines conditions hygiéniques, la production des vers intestinaux a dû être générale : de là les épidémies de maladies , de fièvres vermineuses décrites par divers observateurs ; de là ces théories qui ont fait jouer à ces parasites un rôle exagéré, qui leur ont même assigné la première place dans la série des phénomènes morbides. Dans une épidémie d'entérites folliculeuses aiguës (fièvres muqueuses), que j'ai observées en 1816, année remarquable par une humidité constante, par le défaut de maturation des grains et de tous les produits végétaux , tous les malades rendaient soit par le haut, soit parlebas, uneplus

llU ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

OU moins grande quantité d'ascarides lombricoïdes. Jamais maladie épidémique n'aurait mieux mérité le nom de fièvre vermineuse.

Ici se présente une question importante à résoudre.

Existe-t-il des maladies vermineuses essentielles ?

L'observation clinique ayant démontré la présence d'helminthes intestinaux dans un certain nombre de maladies, et quelquefois les accidents ayant disparu immédiatement après l'expulsion spontanée ou provoquée d'une quantité plus ou moins considérable de ces parasites, il est tout simple qu'on ait pu les considérer comme la cause matérielle de la maladie. Or on a donné le nom de maladies vermineuses à ces maladies par la même raison qu'on a donné le nom de maladies bilieuses aux maladies caractérisées par une sécrétion surabondante de bile dont l'expulsion paraissait être le principal moyen curatif; de là les maladies vermineuses, les fièvi^es putrides vermineuses.

L'anatomie pathologique est venue pour un moment appuyer de son autorité cette pathologie vermineuse , et il n'est peut-être pas de faits qui prouvent mieux la nécessité d'une grande sévérité dans l'interprétation des données fournies par l'anatomie pathologique que les faits relatifs aux helminthes intestinaux. Ainsi , des ascarides lombricoïdes ayant été rencontrés à l'autopsie dans un certain nombre de cas de tétanos, d'hydrophobie, de chorée, de manie ( car on a admis une manie vermineuse) , d'apoplexie , d'épilepsie, c'est à la présence de ces parasites qu'on a rapporté ces diverses maladies. Que n'a-t-on pas dit sur l'irritation des houppes nerveuses intestinales par les vers, qui s'attachent;,qui mordent, qui perforent et qui pénètrent dans la cavité du péritoine?

Et, d'un autre côté, il s'est rencontré des observateurs qui ont regardé la présence des vers dans le canal alimentaire, non seulement comme inoffensive, mais encore comme salutaire; car, disent-ils, ces vers se nourrissent

SEPTIÈME CLASSE. DES COIiPS KTIiANGERS. 65

du résidu des substances nutritives, en débarrassent Téconomie , ainsi que des mucosités surabondantes , stimulent le canal digestif par leurs mouvements et favorisent l'exercice de toutes les fonctions. A cette manière de voir on reconnaît un naturaliste philosophe. Et, en effet, elle appartient à Goëze, qui, dans son admiration pour ce vaste univers et surtout poiu' l'homme, le chef-d'œuvre de la création, cherche à prouver que tous les êtres créés l'ont été pour l'homme, parce (jue tous ont une utilité directe ou indirecte relative à l'homme, voire les helminthes. Mais pour peu que nous descendions dans le domaine des faits positifs, nous verrons que si une grande quantité d'helminthes ont pu, nombre de fois , séjourner impunément dans le canal alimentaire, et même ne manifester leur présence par aucun symptôme morbide, il est arrivé bien plus souvent encore que des accidents plus ou moins graves ont cédé immédiatement après là sortie provoquée ou naturelle d'un nombre plus ou moins considérable de ces parasites. Mais ici se présente une distinction importante à établir; car le vermifuge peut guérir par toute autre propriété que par sa propriété vermifuge. C'est ainsi qu'on lit dans les observations des exemples de coliques habituelles, d'épilepsie, de chorée, d'hystérie, de convulsions , de vomissements , de hoquets dits vermineux, qui ont disparu par l'emploi du vermifuge sans évacuation appréciable d'helminthes, qu'on suppose gratuitement avoir été rendus par fragments.

Mais ce qui jette et ce qui jettera presque toujours un voile impénétrable sur les accidents produits par les helminthes intestinaux, c'est la difficulté de faire la part des symptômes qui tiennent à ces helminthes, de ceux qui tiennent à d'autres causes concomitantes; de telle sorte qu'à l'exception d'un petit nombre de cas où des symptômes locaux ont été produits mécaniquement par le fait de la présence de boules vermineuses, il est impossible de citer

une observation bien positive de maladie vermineuse proprement dite. Car, à côté des cas où l'expulsion spontanée ou artificielle d'une quantité plus ou moins considérable de vers a fait cesser subitement tous les accidents; à côté d'autres cas où l'autopsie a constaté, pour toute cause matérielle, la présence d'une grande quantité de vers dans le canal alimentaire, on pourra toujours citer un grand nombre d'observations où la présence d'une multitude innombrable de vers n'a entraîné aucune espèce d'inconvénients. Donc les accidents rapportés aux vers dans les autres cas peuvent tenir à toute autre cause.

Nous ne pouvons donc, dans l'état actuel de la science, admettre de maladies vermineuses proprenieiit dites, c'est-àdire,des maladies qui seraient le résultat exclusif de la présence des vers dans le canal alimentaire; nous admettrons seulement des symptômes vertnineux. Et bien qu'il n'y ait rien de parfaitement caractéristique dans ces symptômes, nous devons les connaître, les méditer, pour lesfaire entrer en ligne de compte dans le calcul des probabilités auquel nous nous livrerons à l'occasion de chaque maladie. La médecine a son côté conjectural comme son côté positif; et ce serait une erreur funeste que de ne vouloir s'occuper que de la partie positive de la science ; car ce qui est conjectural aujourd'hui pourra devenir positif demain.

Les helminthes intestinaux peuvent-ils , par leur présence , enflammer le canal alitnentaire ? Quelques faits semblent le prouver, mais des faits bien plus nombreux attestent l'innocuité de leur présence ; en sorte que dans le cas de coexistence d'inflammation et d'helminthe , on est toujours en droit de se demander s'il y a relation de causeà effet, ou bien simple coïncidence.

Les symptômes de l'iléus ou d'un étranglement interne, l'étranglement dansles hernies ontété rapportés, dans quelques cas, à la présence des helminthes dans le canal ali-

mentalre (1). Wedekind a même publié une disGertation uiùtulée De l'étranglement dans les hernies occasionné par des i^er5, et pousse la subtilité jusqu'à admettre un étranglement vermineux spasmodique et un étranglement vermineux par obstruction. On conçoit qu'un grand nombre d'ascarides lombricoïdes accumulés dans Tintestin déplacé puissent entraîner les mêmes inconvénients queFaccumulation des matières fécales; encore, suivant la remarque de Bremser, ces helminthes seraient-ils plus faciles à réduire que les matières fécales , à cause de leur ténuité , de leur forme, de la surface lisse de leur corps, de leurs mouvenaents propres, de leur indépendance.

Les helminthes intestinaux peuvent-ils perforer le canal alimentaire ? L'observation ayant démontré la coïncidence de la présence des ascarides lombricoïdes et de la perforation des intestins; quelques observateurs (et je suis de ce nombre) ayant même rencontré ces helminthes engagés dans des perforations intestinales, on en a conclu que ces perforations avaient été produites par les helminthes. C'est ainsi qu'on lit dans les annales de la science plusieurs observations sous le titre de Pei^foration des intestins causée par des vers. On cite même a l'appui quelques exemples d'abcès stercoraux dont l'ouverture a donné issue à un grand nombre d'helminthes : et l'on en conclut que l'inflammation qui a précédé la formation de l'abcès a été causée par la présence et même par la morsure de ces parasites. On insiste sur la forme circulaire des perforations intestinales qui paraissent exactement moulées sur lever. Mais dans combien de cas ne rencontre-t-on pas, en l'absence d'helminthes, des perforations circulaires identiques à celles qu'on leur attribue. Tous les faits ne concourent-ils pas à établir que les helminthes intestinaux sont complètement passifs

(i)On cite, en effet, des cas de hernies étranglées terminées par gangrène, dans lesquels on a vu les helminthes sortir avec les matières fécales.

dans ces cas de perforations intestinales , et que leur passage de Tintestin dans la cavité périlonéale, ou leur sortie à rextérieur par suite d'un abcès, sont toujours consécutifs à une perforation produite par une cause qui leur est complètement étrangère? Où sont, en effet, leurs organes perforateurs? Je n'ai jamais trouvé chez Tborame aucune espèce d'helminthe attachée, à la manière d'une ventouse, par l'extrémité céphahcjue aux parois intestinales (ce qui , par parenthèse, méfait douter de l'existence de véritables suçoirs), jamais engagés dans les cavités d'un follicule agminé ou isolé, et à plus forte i-aison dans une perforation qu'elle aurait pratiquée. Il n'existe point dans l'espèce humaine d'helminthe qui puisse porter le titre de lombricus effraclorius . Sous ce rapport , les helminthes de l'homme diffèrent essentiellement des helminthes échinorhynques du porc, qui perforent l'intestin dans la moitié, les 2|3 , les 3|/; de leur épaisseur, et déterminent la formation des tubercules qui peut-être survivent à la présence de ces parasites (1). J'admets sans doute , avec M. de Blainville (2), que les vers de terre percent la terre sans instruments perforateurs avec l'extrémité céphalique pointue, molle et érectile de leur corps ; mais je conteste l'analogie, car les parois de l'intestin, sensibles, irritables et contrac-

(i) J'ai eu occasion de voir plusieurs fois chez les charcutiers l'échinorhynquedu porc. Sa présence se reconnaît, à l'extérieur de l'intestin, par la présence d'un tubercule. Si l'on ouvre l'intestin, on trouve l'helminthe très fortement implanté dans l'épaisseur de l'intestin, si bien qu'il faut user d'une grande violence pour le détacher: on voit alors à sa place une perforation. liC tubercule n'est autre chose que le résultat de l'inflammation déterminée par la perforation d'une part , et d'une autre pnrt par la présence de la têle de l'helminthe. Les quatre membranes de l'intestin sont adhérentes dans ce point, si bien que le charcutier est obligé de jeter cette portion d'intestin qui ne peut plus lui servir à la préparation des boudins. On trouve dans l'épaisseur du tubercule du pus concret. Les espèces de dents perforatrices de l'échinorynque n'ont pas assez de longueur pour traverser toute l'épaisseur de l'intestin.

(2) Bremser, Traité zoologique et physiol, des vers intestinaux, Paris, 1837, appendice, p. 537.

SEPTIÈME CLASSE. DES CORPS ÉTIlANGEnS. /|9

tiles, échappent aisément à une action aussi peu énergique que celle de la bouche ou des suçoirs des helminthes intestinaux de l'homme.

La perforation de deux canaux adossés explique parfaitement le jiassage des helminthes intestinaux du canal alimentaire dans les voies aériennes ou génito-urinaires. Cependant il est un certain nombre de cas dans lesquels la pénétration de ces helminthes dans d'autres voies que celles qui leur sont destinées est la conséquence non d'une communication artificielle, mais bien d'une communication naturelle de ces voies avec le canal alimentaire.

Telle est la présence des helminthes intestinaux dans les canaux hépatiques. On lit , dans les Comme maires de Leipsick (1), un cas où trois ascarides lombricoïdes s'étaient introduits par le canal cholédoque et nichés dans la vésicule du fiel. J'ai consigné ailleurs (2) le fait suivant. En ouvrant le corps d'une femme morte de pneumonie, je dis à un élève de détacher le foie, qui était très volumineux. Comme il procédait à cette ablation : « H y a des vers dans le foie! » s'écria~t-il. Et je vis, en effet, que le scalpel avait coupé deux ascarides lombricoïdes contenus dans le canal hépatique. Ces deux helminthes remplissaient les deux divisions du canal hépatique ([ui occupent le sillon transversal du foie. Trois autres lombricoïdes étaient logés dans des divisions plus profondes. Du reste , aucune trace d'inflammation , soit dans le foie , soit dans les conduits biliaires. Doit-on rapporter à la présence des lombricoïdes dans les conduits hépatiques les convulsions et la mort dans un cas rapporté par Guersant père (3)? je ne le pense pas; car, dans cette observa-

(i) Comment., Leipsiclc, 1767, t. XIV.

(2) Médecine pralicjiie éclairée par l'anatonue patholocjique, iS:ii, Avant-propos, p xvr.

(3) Dictionnaire <1c médecine en "j i volumps, t. Wf, [». n.14-

IL h

tien, c'est l'absence de toute lésion cérébrale , pulmonaire ou gastro-intestinale, qui a fait admettre à Guersant que Finlroduction des vers dans les conduits biliaires avait été la cause des convulsions. Mais combien de convulsions mortelles dans Tenfance sans lésion organique appréciable !

C'est après la mort ou pendant l'agonie que je conçois la possibilité de l'introrluction des helminthes intestinaux dansàles conduits hépatiques. Comment admettre, en effet , que l'orifice commun des canaux cholédoque et pancréatique qui, comme tous les orifices muqueux, doit être pourvu d'une vitalité si remarquable , permettrait pendant la vie la pénétration de ces helminthes dans les concluits biliaires? La preuve, d'ailleurs, c'est que dans le cas que j'ai cité plus haut, dans un autre cas que j'ai observé depuis, il n'y avait aucun signe d'inflammation ou de travail morbide quelconque dans les voies biliaires. Il n'en est pas fait mention non plus dans le fait de Guersant.

Cependant Laënnec (1) a rencontré, chez un enfant dont l'estOmac contenait un grand nombre d'ascarides lombricoïdes , les pores biliaires distendus et le tissu du foie rongé dansplusieurs pointspar des vers delà même espèce. Il est malheureux qu'un aussi bon observateur ne soit pas entré dans plus de détails et surtout qu'il n'ait pas spécifié Tahération qu'il a voulu indiquer par l'expression métaphorique de rongé. J'imagine qu'il a voulu indiquer que les lombrics, introduits dans des divisions de troisième et de quatrième ordre, ainsi que j'en ai vu un exemple , avaient écarté le tissu du foie, lequel paraissait absent dans quelques points.

Les ascarides lombricoïdes peuvent pénétrer dans les

voies aériennes par la perforation de l'œsophage. Tel est

*lecas (2) suivant publié par M. le docteur Lepelletier.

(i) Bulletins de la Faculté de médecine, t. XVI, p. 3.

(a) Journal hebdomadaire, i83i, t. IV, p. iG7. Perforations organiques

Chez un enfant tle douze ans, mort au milieu des plus violentes convulsions, l'œsoj^hage jirésentaitj vers le milieu de sa longueur, à droite, un ulcère inégal de six à huit lignes de diamètre ; cet ulcère communiquait avec une cavité creusée dans la partie inférieure du lobe pulmonaire moyen. Deux vers lombrics de quatre à cinq pouces étaient contenus dans cette cavité. Un troisième ver était encore engagé dans Tulcère.

Du reste, indépendamment de cette voie artificielle, les helminthes intestinaux peuvent pénétrer directement du pharynx dans les voies aériennes par Torifice supérieur du larynx: on en cite quelques exemples. Mais cette introduction me paraît incompatible avec la vie, vu la sensibilité exquise de l'orifice supérieur du larynx: la glotte violemment contractée, toutes les puissances expiratrices mises en jeu pour chasser la colonne d'air s'opposeraient nécessairement à ce passage. C'est donc après la mortou peutêtre dans les derniers moments d'une agonie avec asphyxie, ou encore dans un état comateux qui éteint toute sensibilité, que des helminthes ont pu remonter dar l'œsophage dans le pharynx et s'insinuer dans les voies aériennes. Ce n'est que dans ce sens que je puis admettre l'observation de Blandin [Anat. chir.), qui dit avoir vu un enfant asphyxié par le passage d'un ver dans les voies aériennes. Il est à regretter que cet excellent observateur ne soit pas entré dans plus de détails.

Le passage des helminthes du canal alimentaire dans les Yoiesgénito-urinaires, du rectum, de l'S iliaque du côlon, ou même de l'intestin grêle dans la vessie, à travers une perforation des parois adossées de ces deux organes; le passage de ces mêmes helminthes de l'intestin dans l'u-

produites par des vers intestinaux. \Jauteui- ne doute en aucune rnaniàie que l'ulcère n'ait e'té produit par les vers. « Ce ver, encore engage' dans » l'ouverture de l'œsophage, lève, dit-il, tous les doutes qui pourraient » s'élever à cet égard. »

térus OU dans le vagin à la suite de fistules entéro-utérines, entéro-vaginales, ont encore été observés.

Le voisinage de l'orifice vulvaire et de Tanus explique parfaitement le passage des helminthes de l'anus dans le vagin ; et les erreurs dans lesquelles peuvent tomber les femmes sur Touverture par laquelle Thelminthe s'est échappé.

Telles sont les considérations les plus importantes auxquellesdonnentlieules helminthes intestinauxderhorame. Avant de terminer ce sujet, disons un mot des pseudo-helminthes, lesquels peuvent être rapportés : 1° à des substances qui, introduites dans le canal alimentaire, sont évacuées dans un état d'altération telle, qu'elles sont méconnaissables pour un œil peu exercé, et présentent toutes les apparences d'un corps organisé ; 2" à des concrétions pseudo-membraneuses.

Je ne saurais dire combien de fois on m'a apporté des débris de substances végétales et animales, de tendons, de membranes qu'on croyait appartenir à une nouvelle es» pèce d'helminthes. Ainsi , MM. lés docteurs Carrier et Maréchal m'ont adressé comme une espèce non encore décrite d hydatide une masse vésiculeuse qui avait été trouvée au milieu des selles chez une malade affectée de coliques extrêmement violentes, lesquelles avaient cessé immédiatement après son expulsion. C'était une agglomération de vésicules oblongues , terminées par deux extrémités effilées,dontl'une s'implantait dans une sorte de parenchyme; il ne me fut pas difficile de reconnaître un tissu végétal, et même un fragment du parenchyme du fruit d'une hespéridée.

Les naturalistes ont été souvent trop prompts à imposer des noms à des corps organisés qui se présentaient avec quelque apparence d'animalité. Une erreur qui s'appuie sur une dcnouiination nouvelle est une erreur qui s'accrédite presqiip toujours, et qu'il ost sonvcntdilficilededéraciner.

SEPTIÈME CLASSE. DES COIU'S ÉTHANGEllS. 53

Ainsi, Bremser me paraît avoir parfaitement démontré que le dîtrachycère rude tic Sulzer [bicorne hérisse de Lamarck) n'était autre chose que des graines du mûrier, et que les prétendues antennes étaient les germes de ces graines. Ces petits corps avaient été rendus à la suite d'un purgatif.

Il en est de même du dicanthos polycephalus de Stiébel, qui n'est autre chose, d'après Rudolphi, qu'un tissu végétal, une rafle de grappe de raisin, dans laquelle il a découvert des vaisseaux spiraux ou trachées végétales.

Les erreurs les plus singulières sont celles auxquelles ont donné lieu 1*^ l'appareil hyo-laryngien d'un oiseau, appareil que toute l'Académie de Sienne prit pour un animal bipède, et dont M. de Lamarck a fait son Qenre sagittule; 2" ces débris de trachée d'oiseau qu'on a décrits comme un nouveau genre d'helminthe intestinal sous le nom dephysis intestinal is (1); 3° les prétendus vers des dents qui n'étaient autre chose que des germes de quelques graines ou tout autre détritus d'aliment engagés dans des dents creuses.

Souvent le médecin, dans le diagnostic qu'il doit porter sur les maladies, est dans la nécessité de lutter non seulement contre les difficultés inhérentes à la nature des choses, mais encore contre une foule de supercheries. Ainsi, Bremser parle d'une femme qui, voulant se donner la mort, avala un crapaud, dans l'idée que cet animal était venimeux. Elle vomit bientôt après, à la suite de grands efforts de vomissement, ce reptile mort et mutilé; le médecin qui fut appelé reconnut la fraude , mais ce ne fut que longtemps après qu'il obtint l'aveu de la malade.

Il est évident qu'avec un peu d'attention et quelques connaissances anatomiques, on pourra toujours distinguer des débris de substances végétales ou animales d'avec les les entozoaires proprement dits, et qu'à l'aide de quelques connaissances zoologiques on déterminera le caractère

dj On lit (Entozoorum hisloiia, liudolphi) qu'un laiynx de canard a été pris pour un lielminllie par Vandcriinden.

de l'animal ou des fragments d'animal qui seront soumis à l'observateur (1).

Un mot sur les concrétions pseudo-membraneuses rendues par les selles, concrétions qui ont pu être prises pour des helminthes ou pour des débris d'helminthes.

Parmi ces concrétions, les unes sont des tubes pseudomembraneux plus ou moins revenus sur eux-mêmes , à

(i) Je nepuis.mieux éclairer cette question qu'en rapportant texluelîement ce que dit à ce sujet M. de Blainville dans l'appendice qu'il a ajouté au savant traité de Bremser : « Si ce sont des animaux plus ou moins tron- » qués, un peu de sagacité et quelques bonnes figures d'animaux devront » suffire pour reconnaître aisément l'erreur. Enfin, quand ce seront des » animaux complets, quelques connaissances de zoologie, et surtout pour M les médecins qui en manquent ( ce qui est malheureusement trop com- I» muii), de bonnes figures d'aï .maux, facilitent la reconnaissance. Ils au- » ront bientôt reconnu si c'est un animal vertébré, et par conséquent une »• supercherie; car, quoi qu'on en ait dit, il n'est guère admissible que ■). même un reptile, lézard ou couleuvre, ou un amphibie, grenouille, cra- » paud ou salamandre, eut y>VL s'introduire dans le canal alimentaire d'un 1) homme par accident, et sans que celui-ci s'en fût aperçu. Si c'est un » animal articulé extérieurement, ce qu'il est fort aisé de voir, on pourra » se guider d'après la distinction du nombre des articidations et l'exis- » tence ou non des appendices sur leurs côtés.

» Tous les entozoaires connus jusqu'à présent jnt les articulations de » leur corps peu ou [)oint marquées, mais toujours fort nombreuses et » sans traces d'appareils locomoteurs; par conséquent, on ne peut les » confondre ni avec les myriapodes, ni avec les chétopodes ou néréides, » qui, ayant les articulations très nombreuses, les ont très distinctes et » pourvues d'appendices complets et incomplets. Par la même raison, ils » ne peuvent l'être avec les larves ou vers d'hexapodes, qui, si quelque- )) fois leurs articulations sont peu marquées et sans pattes, n'ont jamais » des premières au-dessus de quatorze, ni des secondes au-dessous de trois » paires.

» On ne peut cependant nier qu'il soit à peu près impossible de ne pas » confondre plusieurs entozoaires avec plusieurs animaux extérieurs, par » exemple, les filaires avec quelques gordius, certaines fascioles avec des )) planaires, et peut-être même quelques strongles avec plusieurs ascarides, » Il n'y a peut-êtie alors que la couleur presque constamment blanche, du » moins à l'extérieur, qui puisse faire savoir qu'un de ces animaux " similaires, présenté à l'examen des médecins, soit un ver intestinal ou » non. »

parois plus ou moins épaisses, et qui ont quelquefois plusieurs pieds de long : l'origine pseudo-membraneuse de ces produits ne saurait être douteuse; les autres sont des concrétions cylindroïdes, du volume d'une plume de corbeau, non tubulées, rameuses d'une manière très irrégulière, renflées , comme noueuses, crevassées, présentant des pertes de substance à leur surlace, souvent bilurquées. J'ai voulu dessiner plusieurs de ces concrétions pour me faire une bonne idée de leur forme : rien de plus irrégulier. Les individus qui rendent ces concrétions sont affectés d'entérite chronique dont le siège est dans le gros intestin. Je donne des soins depuis quatre ans à une malade qui , chaque matin , rend une quantité considérable de ces cordons blancs , tantôt seuls , tantôt mêlés à quelques matières fécales bien ou mal digérées. Si l'on m'avait montré ces petits cordons sans me prévenir de leur origine, j'aurais pu croire au premier abord qu'ils venaient des bronches, à cause de leurs embranchements dontl'irrégularité n'aurait pas tardé à démentir cette origine. Leur ténuité m'avaitfait penser aux voies biliaires, comme source de ces concrétions; mais il me |)araît infiniment probable que ces concrétions en forme de cordons pleins ont été primitivement des tubes pseudo-membraneux qui ont tapissé l'intestin dont ils se sont plus lard détachés. Gomme addition à cette interprétation et pour rendre compte de la disposition rameuse, et des prolongements de ces concrétions , on peut admettre que la fausse membrane qui en est le principe ne s'est pas produite uniformément sur toute la surface interne de l'intestin , mais sur divers points de cette surface, et que les prolongements qui les unissent se sont détachés dans des temps différents de la surface de l'intestin,

Helminthes hépatiques (douves du foie).

Nous avons vu que des ascarides lombricoïdes avaient été trouvés plusieurs fois dans les voies biliaires , canal cholédoque, canal hépatique et ses divisions, et même canal cystique et vésicule biliaire; mais la présence de ces helminthes dans les voies biHaires est tout à fait accidentelle, et il n'est venu à l'idée de personne de les regarder comme appartenant primitivement au foie. Or il existe un helminthe propre aux voies biliaires, que j'ai eu occasion d'observer un très grand nombre de fois chez le mouton et le bœuf, mais que je n'ai jamais rencontré chez l'homme : c'est la douve du foie, distome hépatique [fasciole hépatique, Lamarck), qui n'appartient pas aux helminthes filiformes ou nématoïdes de Iludolphi, mais bien aux vers plats ou acanthocéphales de ce zoologiste. J'ai donné aiU leurs (1) une description détaillée de ces helminthes en forme de sole, de différentes longueurs, de différents vo= lûmes, dont les plus grands n'ont pas plus de 6 à 7 lignes de long, helminthes parcourus par un vaisseau central rameux, percés à leur extrémité antérieure par une bouche ou suçoir visible à l'œil nu, et muni d'un crochet ré trac-=; tile qui devient proéminent à l'aide d'une pression légère. J'en ai rencontré par milliers dans les conduits hépatiques du bœuf et du mouton, lesquels conduits étaient dansquel-> ques cas excessivement dilatés ; car ils pouvaient admettre le doigt indicateur : les parois de ces conduits étaient d'ailleurs considérablement épaissies, souvent cartilagineuses , quelquefois ossifiées ou parsemées à leur surface interne de granulations et de papilles proéminentes, pénétrées de phosphate calcaire. A un degré très avancé de la maladie, ces conduits biliaires ne charrient plus de bile; ils ne communiquent plus avec les granulaiions hépa-

(i) Médecine pratique, i*'" caliier, Avanl-j)ropos, 1 821 ; et Dictionn. de: ynéd. et de chir. pratiques, t. VII, p. 356, article Emozoairks.

SliPTIÈMK CLASSE. DES COKPS ÉTllANGEUS. 57

tiques et ne contiennent que des mucosités transparentes qui finissent par n'être pas même teintes par la matière colorante de la bile. Le tissu ambiant du foie est atrophié, et les animaux affectés de cette maladie nous offrent à une certaine période l'étonnant spectacle de la vie se maintenant pendant un temps plus ou moins long sans sécrétion biliaire, avec un foie atrophié dans la plus grande partie de son étendue. Cette maladie, qui paraît produite soit par des pâturages humides, soit par Tencombrement des étables , est le fléau des bêtes à laine et à cornes de mon département (la Haute- Vienne) : j'ai vu des bergeries entièrement dévastées en quelques mois par cette épizootie. J'ai d ailleurs eu occasion d'étudier cette maladie à tous ses degrés. J'ai vu ces helminthes, retirés du foie d'un mouton qu'on venait d'égorger pour me fournir l'occasion de les voir vivants , reçus dans l'eau tiède, se mouvoir avec une assez grande rapidité.

J'ai vainement cherché dans l'espèce humaine le distome hépatique, et cependant j'ai dirigé mes investigations sur ce point dans tous les cas de maladies de foie que j'ai eu occasion de rencontrer depuis 1819, époque de mes premières observations jusqu'à ce jour. J'ai quelquefois rencontré les canaux biliaires de l'homme très distendus , très épais, remplis d'un liquide visqueux transparent ou à peine teint en jaune comme dans le cas de douve du foie des animaux; mais au lieu d'animalcules, je n'ai trouvé que des concrétions biliaires. Bien que Bremser n'ait pas été plus heureux que moi dans ses recherches sur l'homme, néanmoins il admet leur existence dans l'espèce humaine; il est vrai que c'est sur la foi d'observations bien incomplètes (1).

Dans cette recherche des douves du foie chez l'homme,

(i) Voici quelques-unes de ces observations. Pallas dii avoir trouvé dans l'ampliilhéàtre de Breslau des douves du foie incarcérées dans le canal hépatique d'une feinnie. Chabert a tait rendre à une jeune tille de

il faut se rappeler que ces iielminthes se présentent sous deux aspects bien distincts. Premiej- aspect : c'est celui que j ai décrit, on ne saurait méconnaître la douve à l'œil lïu ; second aspect : sous la forme d'un petit point noir ou brun qui répond à la tête, le reste du corps étant obiong, transparent et échappant par cette transparence à une observation peu attentive : si bien qu'au premier abord, conrime on n'aperçoit que la tête, on prendrait ces douves pour de très petites concrétions biliaires. J'avais pensé que ces douves, beaucoup plus courtes que les autres (elles n'ont que 3 lignes de long), beaucoup plus étroites et à peu près uniformément étroites, étaient de la même espèce que les douves en forme de sole dont j'ai parlé, qu'elles étaient déjeunes douves incomplètement développées, opinion qui avait été déjà émise par Zeder; mais lés naturalistes modernes en ont décidé autrement, et trouvant dans la forme, dans la structure, et plus spécialement dans celle du canal alimentaire de ces petites douves, des raisons suffisantes pour les distinguer des précédentes, ils ont admis deux espèces de douves, l'une à laquelle ils ont conservé le nom âe distome hépatique, l'autre à laquelle ils ont donné celui de distome lancéolé. Voici d'ailleurs leur caractéristique: on me permettra de ne les considérer que comme des variétés de la même spèce.

douze ans, à l'aide de son huile empyreumatique, une quantité innombrable de ces helminthes. Bucholz a rencontré une grande quantité de douves dans la vésicule du fiel d'un forçat mort d'une fièvre putride. Brera en a observé dans le foie d'un homme mort hydropique. D'un autre côté, Owen (*) ne dit pas explicitement qu'il a vu de ses propres yeux la douve du foie chez l'homme , il se contente de dire que la douve est plus commune chez les animaux domestiques que dans l'espèce humaine. On assure queM. Duval,de tiennes, l'a trouvée dans la veine porte de l'homme.

(*) Lectures on the comparalii'e anatomy and physiology of Ihe inverlebrale animais, 1843, p. 56,

Prennère variété. — Distome hépatique. Je l'appellerai ci/5- /owîeso/eVïiVe (ou en forme de sole). Corps d'une couleur blanc sale, plus ou moins teint de brun , aplati en forme de sole ou de feuille, moins iar^je en arrière qu'en avant, où il se prolonge en une sorte de col conique; longueur de 18 à 31 millimètres; largeur de /i à 13. Tégument parsemé de petites saillies épineuses ou de lamelles étroites en avant, larges en arrière. Ventouse antérieure à rextrémité correspondante du corps; ventouse postérieure à orifice triangulaire placée à 3 ou Zi millimètres derrière la première : Intestin ramifié: Hermaphrodite; orifièes génitaux contigus, situés au milieu de l'intervalle des deux ventouses; pénis cylindrique, saillant et recourbé; ovaires blancs , latéraux, en grappe : oviductes remplis d'œufs brunâtres et formant des circonvolutions nombreuses au milieu de sa longueur.

Deuxième variété. — Diitome lancéolé [Distoma lanceoiatum, Mehlis ). — Corps demi-transparent , paraissant plus ou moins tacheté en brun parles œufs vus par transparence; de trois à quatre fois aussi longque large, long de U à 9- millimètres ; corps aplati, oblong, lancéolé, obtus en arrière, plus aminci en avant, mais non prolongé dans ce sens en forme de col. Ventouse antérieure occupant l'extrémité antérieure du corps ; ventouse postérieure orbiculaire située à 1 millimètre environ de la première. Intestin divisé en deux branches droites et simples. Orifices génitaux contigus situés entre les deux ventouses; testicules grands, lobés, situés à la suite l'un de l'autre, en arrière de la ventouse ventrale ; ovaires blanchâtres ramifiés. (Bucholz et Mehlis assurent avoir trouvé cette espèce chez l'homme.)

On dit avoir trouvé la douve hépatique dans l'intestin; il serait difficile qu'il en fût autrement, cet entozoaire devant être souvent entraîné par le prodiiit de la sécrétion des voies biliaires.

Entozoaires des voies urinaires.

Les entozoaires propres aux voies urinaires sont le strongle , le spiroptére de l homme ^"eile dactylius aculeatus. Ces deux derniers sont au moins douteux.

Strongle des reins, strongle géant [strongylus-gigas^ Bremser).

Le plus formidable, dit Owen (1), mais heureusement le plus rare des parasites nëmatoïdes (vyjjuot, fil) de Thomme, se développant dans les reins (2), où il atteint quelquefois la longueur de 3 pieds et le diamètre d'un demi-pouce, ayant pour conséquence la suppuration et la destruction de cet important organe.

Il ne me paraît pas démontré que ce parasite, assez fréquent chez le chien, le loup, le bœuf, le cheval, la fouine, le phocjue, ait été réellement observé dans Tespèce humaine ; et je suis porté à croire que, dans un grand nombre de cas, on a pris pour des strongles des concrétions pseudo-membraneuses ou du sang coagulé qui se seraient moulés en cordon cylindriqueàleur passage dans le canal de l'urètre; une communication accidentelle delà vessie avec l'intestin peut également expliquer le passage d'un helminthe intestinal dans la vessie, et, par conséquent, son expulsion par l'urètre. Lisez Bremser à ce sujet

(i) Loc. cit., p. 365.

(2) Bremser (Trailé zoologicjue et physiologique des vers intestinaux de Vhomme^ traduct., p. 253) dit que ce ver séjourne dans les reins et peutêtre aussi dans les muscles qui les environnent. M. Leblanc, vétérinaire distingué , a trouvé re'cemnient sur un chien un strongle géant dans le tissu cellulaire qui avoisine le canal de l'urètre, entre l'anus et l'os du pénis. Ce strongle était contenu dans un hyste qui fut ouvert et bientôt cicatrisé. Il n'y avait aucune communication entre le kyste et le canal de l'urètre ; cependant M. Leblanc suppose que le strongle venait des voies urinaires tt que le canal de l'urètre avait été perforé.

SF.PTIÈMK cr.Assr;. nr.s corps ktrangf.rs. 61

(p. 253 à 265), et vous verrez combien est fondé le reproche de défaut de critique que j'ai déjà plusieurs fois adressé aux helminthologues qui refjardent en général comme appartenant à l'espèce strongle tous les helminthes faux ou vrais, toutes les concrétions rendues par le canal de l'urètre ou par quelqu'un des points des voies urinaires. Le fait le plus probant serait le suivant, si les entozoaires rendus avaient été examinés par un naturahste (1). Un enfant de dix ans qui avait subi l'opération de la taille sept ans auparavant éprouve des douleurs très vives à la région lombaire avec rétention complète d'urine. Un abcès se forme à cette région; il est ouvert: une grande quantité de pus s'en écoule et la plaie guérit. Pendant trois ans cette tumeur s'ouvrait et se fermait alternativement. Quatre vers longs de cinq pouces et de la grosseur d'un tuyau de plume à écrire sortirent successivement à la suite de divers accidents, et le malade guérit parfaitement.

Au reste, on conçoit que la diagnostic de ces helminthes est tout à fait impossible, et que les accidents auxquels ils donnent lieu tiennent moins à leur caractère d'animalité qu'à leur qualité de corps étrangers.

Voici d'ailleurs la caractéristique du strongle des voies urinaires, appelé strongle géant à cause de sa grande dimension en longueur , pouvant atteindre de 60 à 80 centimètres. Corps rouge, cylindrique, un peu moins gros que le petit doigt , étroit en avant et en arrière. Peau présentant des stries circulaires et deux faisceaux de fibres longitudinales. Tête obtuse, bouche orbiculaire, entouréede six papilles planes, rapprochées {orepapillisplaniusculis succincto). OEsophage grêle, plus étroit que l'intestin. Mâle à queue incurvée, terminée par une bourse membraneuse ou vésicule, de la base de laquelle sort un

(i) Journal de méd, et de chirurgie, lySS, t. IX, p. i^^, reproduit m extenso pai' M, liayer dans son Traité des Maladies des reins, t. lUjp. jîia.

spicule pénien simple et grêle. Femelle plus longue cpie le mâle, à queue droite et obtuse. Anus oblong, triangulaire, situé sous la queue. Vulve situe'e à une petite distance de l'extrémité antérieure, au moins à 27 millimètres de Textrémité caudale. Utérus et oviductes simples, repliés et contournés. OEufs presque globuleux.

Spiroptère de F homme. Je mentionnerai sans avoir aucune conviction personnelle à cet égard le spiroptère de f hommes espèce établie par Rudolphi d'après Texamende petits vers faux ou vrais rendus avec les urines par une femme dont MM. Barnet et Lawrence ont publié l'observation (1).

Voici d'ailleurs les caractères zoologiques du spiroptère. Corps cylindrique, blanchâtre, mince, arrondi aux deux .extrémités et roulé en spirale. Tête tronquée munie d'une papille ou deux. Longueur de la femelle, 22 millimètres. Queue de la femelle plus épaisse, terminée par une pointe obtuse très courte, mince et diaphane. Queue du mâle terminée par une pointe plus longue, plus mince; h sa base, se voit une aile mince et très courte et un petit tube médian cylindriquequi est peut-être la gaîne du pénis.

Daciylius aculeatus. — Dans la catégorie des entozoaires douteux, en ce sens qu'on aura pu prertdre des animaux extérieurs pour des entozoaires, je classerai avec M. Owen (2) le dactylius aculeatus découvert dans l'urine et décrit avec un grand soin par M. Curling, chirurgien en second à l'hôpital de Londres (3). L'organisation de ces vers, qu'on a trouvés dans les urines, et ({ne par conséquent on supjDose formés dans les reins ou dans la vessie, est tellement semblable à celle des annélides

(i) Med.-chir. yrans., reproduite in extenso par Rayer, t. HI, p. 'J^'] ^Maladies des reins.

(2) The médical Times, 1 849, p. 61 5.

(3) Case of a qirlwho voided from the urethra a number of entozootic wormsnot hitherto describedwith an accountof the animais. {^Medic.-chir Transactions. Lontlon, t. XXII, p. 1 83.)

et si supérieure à celle des entozoaires nématoïcles , qu'on ne saurait so refuser à admettre (|ue ces animaux ont été accidentellement introduits dans l'urine.

Voici d'ailleurs , pour mémoire , la caractéristique du genre dactylius, d'après la note de M. Curling : « Corpus » teres, elasiicnm, annulatum et utrinque attenuatum. Ca- » put obtusum, os orbiculare; anus trilabiatus. — Dactj- » lius aciileatus.CiiY>'\ie ohtuso •■, totocorporeaculeorum série » multiplici armato ; cauda obtusa et annulata. — Habitat w in vesica urinaria. »

Pseudo-helminthes des voies urinaires. — Aux ])seudohelminthes des voies urinaires il faut donc rapporter : 1° le daclylius aculeatus, ettrès probablement le spiroptère;

2° Les helminthes intestinaux, et principalement les ascarides lombricoïdes (1) rendus par l'urètre, par suite d'une communication pathologique de l'intestin avec la vessie, ou bien s'échappant d'un abcès lombaire qui communiquait avec la cavité de l'intestin côlon ;

3° Des concrétions pseudo-membraneuses ou du sang coagulé , lesquels se moulent en cylindre à leur passage à travers le canal de l'urètre ;

h° Des larves d'insectes et de vers de terre accidentellement introduits dans des vases de nuit.

Entozoaires des voies aériennes.

Pilaire ou haniulaire des bronches ( Filaria hominis bronchialis, Rud ; hamularia subcompressa ). — Je ne ferai que mentionner cette espèce d'entozoaire décrite par Treutler^ qui l'a trouvée chez un homme mort d'excès vénériens, dans une glande bronchiqueconsidérablement développée. La longueur de ce filaire serait d'environ un pouce*, plus ou moins atténué antérieurement, un peu

(i) On dit avoir vu des portions de ténia sortir par le canal de l'urètre.

comprimé latéralement; biiinàtre, varié de blanc et presque transparent en arrière, et émettant de son extrémité anale, obtuse et incurvée, un spicuJe mâle.

Dans mes recberches sur Tanatoniie pathologique des ganglions bronchiques de Thomme, je n'ai jamais rencontré d'entozoaires. Je n'en ai jamais rencontré non plus chez l'homme dans la trachée, les bronches et leurs divisions, et cependant il paraît qu'on trouve assez souvent des filaires ou crinons en plus ou moins grand nombre dans les bronches de quelques animaux, en particulier du mouton et du porc : on dit même avoir vu ces helminthes régner épizootiquement et produire l'asphyxie.

II® SOUS-GENRE. Entozoaires qui se développent dans le tissu cellulaire libre ou dans l'épaisseur même des organes.

Ce sous-genre comprend : 1» plusieurs entozoaires cylindriques ou filiformes (nématoïdes de Rudolphi); 2° les entozoaires vésiculaires ou hydatidiformes.

Le trichina spiralis, le filaire de Médine, le filaire de l'œil humain et le polystome de la femme, s'il existe, appartiennent à la première catégorie. J'examinerai pour mémoire les filaires ou strongles de l'estomac, de l'œsophage et des artères, qui n'ont point encore été observés chez l'homme : dans la seconde catégorie je décrirai le cysticerque, l'échinocoque, l'acéphalocyste.

Trichina spiralis.

Le trichma spiralis est un entozoaire cylindrique, microscopique, exclusivement propre aux muscles de la vie de relation; toujours enkysté, toujours multiple. Je suis persuadé que ces petits entozoaires ne sont pas très rares; mais ils échappent aisément par leur ténuilé à une observation peu attentive. Je les ai vus en nombre tri s cousidérab'.o dans les muscles des rj'('ml)res sujtérieurs, et

SEPTIÈME CLASSK. DES CORPS ÉTRANGERS. GT)

principalement dans les muscles du bras. On les découvre facilement en plaçant une tranche très mince du muscle qui les contient entre deux lames de verre, et en l'exposant au foyer d'une lentille. Le /r/cAma, enveloppé de son kyste, se présente constamment sous une forme ellipsoïde, dont le grand diamètre est dirigé suivant la longueur des fibres musculaires. Cette forme pourrait bien être la conséquence de la pression et de la traction auxquelles il est exposé. La longueur ordinaire du kyste est, suivant Owen, d'un cinquantième de pouce, et sa largeur d'un centième de pouce dans son plus grand diamètre. Retiré du kyste, avec lequel Tentozoaire n'a aucune adhérence , le trichina apparaît sous la forme d'un fil disposé en spirale, décrivant deux tours ou deux tours et demi de spire, obtus à ses extrémités, qui sont inégales en volume. On distingue une bouche et im canal alimentaire qui a quelque rapport avec celui- d'un jeune ascaride ou d'un jeune strongle ordinaire. Il n'y a généralement qu'un seul tricJdna dans chaque kyste; quelquefois cependant on en trouve deux ou trois (1).

Filaire de Médine {filaria Medinensis^ Gmelin).

Filairede Médine ou dragonneau, ver de Médine ou de Guinée. — Endémique dans les régions tropicales de l'Asie et de l'Afrique.

Son siège est dans le îissu cellulaire sous-cutané. On l'observe le plus ordinairement aux extrémités inférieures , quelquefois au scrotum. On l'a même vu occuper le tissu cellulaire sous-conjonctival de l'œil. Sur cent quatrevingt-quatre observations de filaires recueillies par Grégor,

(t)Lire,pour plus de détails, la description de M. Owen (^Lectures, etc., 1843, p. 63). — Owen, dans un travail ultérieur {The med. Times, 9 septembre 1849, P- ^07)5 *^^^ 4"^ ^^ trichina spiralis pourrait bien n'être que la larve d'un nématoïde déjà connu.

trente - trois filaires sié(]eaient aux jambes, onze aux cuisses , deux au scrotum et deux aux mains,

Sa situation est tellement superficielle que cet heltninthe soulève la peau à la manière d'une veine variqueuse. On dit l'avoir vu profondément placé dans les interstices musculaires des membres.

Sa description se trouve dans cette phrase linnéenne : tongi'ssima; margine oris tumido , caudœ acumine vijlexo. Sa longueur est exti émement variable : le minimum est de 6 à 9 pieds, le maximum de 12, et même, a-t-on dit, de 20 pieds. Rudolphi, qui donne pour limites extrêmes 2 et 12 pieds, fait remarquer fort judicieusement qu'il serait très possible qu'on eût dans quelques cas considéré comme un seul individu plusieurs individus placés les uns à la suite des autres. Quelques auteurs disent n'avoir jamais vu qu'un seulfilaire chez le même individu, tandis que d'autres affirment en avoir rencontré jusqu'à trente, et mêraecinquante.

Presque toujours disposé en spirale à la manière d'un serpent, le filaire de Médine est quelquefois placé en long et diversement infléchi. Sa ténuité est excessive. Le plus gros qu'on ait vu était de la grosseur d'une ficelle, d'un la de violon; quelques uns ont la ténuité du fil ordinaire [filaire). Cet helminthe est d'ailleurs imiforméraent cylindrique, un peu rétréci vers son extrémité antérieure. Eudolphi en a donné une excellente figure. M. Owen, qui a eu occasion d'observer un individu de petite taille, a tiouvé que la bouche, orbiculaire, était entourée par trois petites éminences. L'extrémité caudale du mâle est obtuse , et c'est d'elle que sort le spicule. Chez la femelle, la queue est aiguë et soudainement recourbée en crochet. On dit que les œufs éclosent à l'intél'ieur de la femelle, qui serait par conséquent vivipare.

Les effets de la présence du filaire dans le tissu cellulaire sous-cutané sont extrêmement variables. Il paraît (|u'il peut séjourner plusieurs mois, plusieurs années,

dans l'épaisseur de nos paiiies, sans manifester sa pré Sence par aucun symptôme; mais, le plus souvent, il cause un prurit incommode, bientôt suivi d'uu furoncle ou pustule douloureuse , et quelquefois le fîlaire est éliminé spontanément au milieu d'une suppuration abondante. Il est néanmoins assez rare que la nature se suffise à ellemême pour cette expulsion. D'après quelques auteurs, le filaire n'entraînerait que des accidents purement locaux ; mais plusieurs faits tendent à prouver que la cachexie et même la mort peuvent en être la suite. Comme exemple de cachexie, je citerai l'observation d'un jeune nèyre de dix à douze ans , réduit au dernier degré du marasme, que M. Péré délivra d'un dragonneau qui occupait le tissu cellulaire sous-cutané de l'abdomen et du thorax. Ce jeune nègre se rétablit si rapidement , que M. Péré put le vendre 1,200 francs trois mois après. Du reste, le diagnostic est extrêmement facile. Comme le filaire rampe sous la peau, on le reconnaît à sa forme, qui est celle d'un petit cylindre presque toujours flexueux, qui ressemble assez bien à une veine variqueuse, avec laquelle on l'a quelquefois confondu.

Quant au traitement, une seule indication se présente : c'est l'extraction du filaire , ce qui n'est pas toujours chose facile; les précautions les plus minutieuses sont conseillées pour éviter sa rupture. Ainsi , une incision ayant été pratiquée sur le furoncle ou petit abcès qui s'est formé au niveau de l'une des extrémités du filaire, on saisit cette extrémité avec beaucoup de précaution pour exercer sur elle des tractions lentes et graduées. Pour peu qu'on éprouve de résistance , on s'arrête ; on enroule la partie sortie autour d'un cylindre de. toile, et l'on attend au lendemain. Une autre méthode d'extraction très rationnelle est celle de Loeffer , qui , négligeant la pustule, pratique une incision sur la partie moyenne du filaire ; on conçoit que cette méthode

rend rextraction plus facile , parce que les efforts de traction se partagent également sur les deux moitiés de l'entozoaire.

Plusieurs questions graves se présentent relativement à l'origine du filaire(l). Se forrae-til de toutes pièces dans le tissu cellulaire libre. Doit-il être considéré comme un œstre déposé à Tétat de larve dans le tissu cellulaire, ou bien avalé avec les boissons? Serait-ce un gordius aquatique, ou bien une espèce particulière qui se serait insinuée dans l'épaisseur de nos parties ?

L'hypothèse de la larve d'insecte est soutenue par le docteur Ghivolon, qui dit avoir traité plus de mille individus affectés de dragonneau, et qui admet presque indifféremment que cette larve est déposée dans l'épaisseur delà peau ou avalée avec les boissons ; mais cette double hypothèse est péremptoirement réfutée par Bremser. Les larves des œstres, en effet, trouvent dans le coips des animaux toutes les conditions de leur développement, et sortent spontanément lorsqu'elles ont subi les métamorphosesqui

(i) Que de fables n'ont pas t'ié débitées sur cet entozoaire, qu'on a tantôt regardé comme un petit serpent, d'uù le nom de dracunculus, dragonneau, tantôt comme une veine, une concrétion fibrineuse, un tendon, un nerf, ungordius aquatique; et ce qui augmente encore l'incertitude, c'est que les observateurs eux-mêmes donnent de ces helminthes les descriptions les plus diamétralement opposées. Ainsi Lnrrey, qui a pu étudier et voir de ses propres yeux le fdaire en Eyypte, affirme que ce prétendu entozoaire n'est autre chose que du tissu cellulaire frappé de mort à la suite d'un furoncle. D'un autre côte, Ksempfer a extrait deux fois ce ver vivant du scrotum, et une multitude d'auteurs assurent avoir vu ses mouvements. Comme vingt faits négatifs ne détruisent pas un fait affirmatif,je n'ai jamais hésité à me ranger de l'opinion de ceux qui admettent cet helminthe, qui disent l'avoir vu, l'avoir touché, l'avoir péniblement extrait des parties au milieu desquelles il était comme enchevêtié, et qui décrivent les accidents divers auxquels il donne lieu. Il faudrait être partrop pyrrhonien pour taxer d'autant de mensonges les cent quatre-vingt-quntre observations de Grégor sur le dragonneau observé chez l'homme : d'ailleurs plusieurs espèces de filaires existent, de l'aveu de tout le monde, chez les mammifères, les oiseaux, les reptiles et les poissons, etc.

les rendent aptes à vivre dans un autre milieu. Or le filaire de Médine ne sort jamais spontanément, et meurt imraé' diatement après sa sortie artificielle.

Quant à l'hypothèse qui rapporte le filaire au gordius aquaticus , (jenre qui , zoologiquement parlant , est très voisin du Claire , elle est diversement interprétée : les uns admettent que le gordius s^introduit dans le canal alimentaire avec Teau des boissons ; les autres pensent qu'il se fait jour à travers la peau de rhomme pendant un bain ou dans toute autre circonstance, et qu'une fois implanté dans le tissu cellulaire sous-cutané, il y acquiert un très grand développement, La première opinion me paraît insoutenable : mais la seconde opinion, et je prie de ne pas oublier que je ne peux juger la chose que par analogie, la seconde opinion, dis-je, ainsi modifiée, savoir que le filaire de Médine est non lin gordius aquatique, mais un animal terrestre ou aquatique propre aux pays chauds , pénétrant à travers la peau pour se loger dans le tissu cellulaire sous-cutané, où il trouve toutes les conditions nécessaires à son développement et à sa reproduction ; cette opinion, disje, me paraît réunir les plus grandes probabihtés en sa faveur. Je me fonde sur ce fait fondamental, qu'on observe presque toujours le filaire aux extrémités inférieures, quelquefois au scrotum, aux mains, à la face, ])resque jamais sur les parties couvertes; que les nègres et tous les individus qui marchent pieds et jambes nus, sont bien plus exposés à ce genre de maladies que les Européens et les indigènes. Les partisans de la génération spontanée des entozoaires au sein de nos parties pensent qu'il est le produit de la nourriture propre aux pays chauds ou des habitudes de ces climats, sans rien préciser à cet égard. D'autres sont portés à croire que sa formation est due à la température ; car on ne 1 observe que sous la zone torride , en Guinée , dans la haute Egypte, en Abyssinie, dans l'Arabie Pétrée, sur les bords du golfe Persicjue et de la mer Caspienne.

Un fait observé parimde nos jeuneschirurgiens les plus distingués, M. Maisonneuve (1), fait qui n'est venu à ma connaissance qu'au moment où je corrigeais l'épreuve de cet article, vient à l'appui des réflexions précédentes, et résume en quelque sorte tout ce que nous savons de plus positif sur ce sujet. Voici ce fait intéressant avec les détails qu'il mérite : Vingt-huit ans, ancien militaire, ayant habité !e Sénégal pendant deux ans et demi, ne s'était aperçu de rien ni pendant la traversée, ni pendant les quatre mois qui avaient suivi son retour en France, lorsqu'environ un mois avant son entrée à l'hôpital, le 10 octobre 1843, il vit une tumeur furonculeuse se former sur le dos du jjied gauche, au niveau de l'extrémité postérieure du quatrième métatarsien, tumeur accompagnée d'une vive déf mangeaison, d'où il avait extrait, quelques jours avant sop entrée à l'hôpital, et à deux reprises, plusieurs centimètres d'un petit cordon vermiforme, sans se douter de sa naturç. M. Maisonneuve , qui ne se doutait de rien , fit sur 1^ tumeur une petite incision avec une lancette. Le lendemain, il aperçut un filament blanchâtre long de 2 centimètres et de 2 millimètres d'épaisseur, qui sortait par la plaie , et qui paraissait de nature tendineuse. Il le saisit avec les doigts, et en exerçant sur lui une traction légère, U reconnut qu'il cédait. Il en avait attiré au dehors une longueur de 20 centimètres au moins lorsque le filament se rompit.

« Quelle était la nature de ce corps singulier? Etait-ce » un nerf, un tendon, ou un caillot fibrineux? J'eus un mo- » ment d'hésitation; mais bientôt je reconnus que c'était »un ver, et j'eus l'idée que ce pouvait être un dragon- » neau. »

Voici le résultat de l'examen le jilus circonstancié des parties : Indépendamment de la tumeur furonculeuse du |)ied, il existait chez cet individu, à la partie supérieure

(0 Archives (jénémles de médecine, 4' série, t. VI, p. 47'

SEPTIÈME CLASSK. DES GOHP.) El H A^(;l;I!S. 7 1

et externe clo la jambe, à 5 cenlimèlres au-dessous delà tète du péroné, une autre petite tumeur furonculeuse » assez sem])!al)!e à la première, indolente, dont le malade lui-même ne s'était aperçu que depuis quinze jours. De cette petite tumeur partait un relief qui se prolongeait en un cordon tortueux ;, bosselé, sur la partie antérieure interne de la jambe , et disparaissait entièrement au niveau du mollet. Ce cordon, que l'observateur prit d'abord pour une varice, exploré avec soin, présentait la consistance d'une corde à boyau, ce qui le porta à écarter l'idée d'une veine variqueuse, et à diagnostiquer la présence d'un second ver semblable au premier.

Une tuméfaction pblegmoneuse s'étant manifestée le 13 octobre autour de la malléole externe, et ayant fait de rapides progrès, deux incisions furent pratiquées pour donner issue au pus. Le 19, une nouvelle portion du ver s'étant montrée par l'une des plaies, M. Maisonneuve en attira au dehors quelques centimètres (environ 10 centimètres) qu'il enroula autour d'un cylindre de diachylura. — Le lendemain, le malade exerça quelques tractions sur le ver, (ju'il rompit après en avoir extrait 15 centimètres en sus des 10 enroulés la veille. — Le 21, nouveau phlegmon du côté de la malléole interne. — Le 27, les phlegmons circummalléolaires étaient complètement guéris.

Voici les particularités non moins intéressantes qu'offrait la petite tumeurfuronculeuse supérieure. La pression exercée sur elle en fit suinter, à travers une petite ouverture spontanée, quelques gouttelettes d'un liquide blanc semblable à du petit-lait. Dans ce liquide, examiné au microscope par un grossissement de 50 fois, MM. Maisonneuve et Deville reconnurent des myriades de petits vers cylindriques, à queue effilée, à tète mousse et non renflée, longs en apparence de 5 centimètres, ils s'agitaient avec une rapidité surprenante. Il fut impossible d'y trouver ni bouche, ni anus, ni suçoirs, ni crochets.

72 ANAÏOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

En examinant la liqueurblanche à contre jour, on pouvait reconnaître à l'œil nu ces petits vers sous la forme de stries extrêmement déliées , et distinguer leurs mouvements tourbillonnants. Ils furent conservés vivants pendant plusieurs jours et puient être présentés à la Société de chirurgie. Une dessiccation incomplète leur faisait perdre leur mobilité, que quelques gouttes d'eau leur rendaient.

Le lendemain du jour où l'on avait observé ce suintement, une portion du ver se montra au sommet de la petite tumeur, probablement à travers le point érodé d'où venait le suintement; M. Maisonneuve, qui soupçonnait que c'était l'extrémité céphalique du ver, la saisit entre les doigts : elle se brisa. Un instant après, le ver rentra complètement. Quelques jours après, ce chirurgien procéda à son extraction de la manière suivante : Une incision, pratiquée sur le trajet du ver, à la faveur d'un pli transversal fait à la peau , mit à nu plusieurs circonvolutions dont l'aspect rappelait assez bien celui du canal déférent à sa sortie de l'épididyme. L'helminthe était plongé dans le tissu cellulaire sous-cutané : il fut disséqué avec soin et soulevé à l'aide d'une sonde cannelée. On put aussi extraire toute la partie supérieure du ver, celle qui aboutissait à la petite tumeur. Elle avait 30 centimètres de longueur : elle était d'un blanc mat, cylindrique, et du volume d'une plume de corbeau. On exerça ensuite des tractions sur l'extrémité inférieure, mais le ver se brisa, en sorte que l'extraction ne put être complète. La portion extraite avait en tout kO centimètres.

A 9 centimètres au-dessous de la première incision, une seconde incision fut pratiquée; la portion de ver pelotonnée fut disséquée, soulevée à l'aide de la sonde cannelée, et l'on put en attirer au dehors 20 centimètres, terminés par une extrémité mousse qui parut être l'extrémité céphalique intacte. Quant au reste du ver, ne

pouvant réussir à l'attirer au dehors, on se décida à le couper et à maintenir le bout dans la plaie à l'aide d'un simple fil. L'extraction fut compléte'e par le malade luimême, et la portion qu'il retira avait 60 centimètres de long. Cette portion, qu'on croit être l'extrémité caudale, était terminée en pointe effilée recourbée en forme d'hameçon. Les plaies se cicatrisèrent sans aucune dilliculté. L'une d'elles s'est rouverte pour donner issue à la portion de ver qui avait été rompue, et que le malade a retirée lui-même quelques jours avant sa sortie de l'hôpital.

Examendes portions du ver ex traites. — Toutes ces portions ont offert un aspect à peu près semblable, une couleur blanc de lait, une forme cylindrique, le volume d'une plume de corbeau. Sur deux points opposés de la circonférence, et dans toute leur longueur, régnait une ligne demi-transparente large d'un demi-millimètre. Entre ces deux lignes, la substance de Ihelminthe était complètement opaque : on y apercevait de légères rides transversales, toutes représentant un tube dontles parois, épaisses d'un cinquième de millimètre environ, étaient composées de deux membranes. La plus extel'nè de ces membranes, celle qui formait l'enveloppe extérieure du corps , était dure, coriace, d'une résistance cornée^ et ne se laissait couper que difficilement avec la pointe du bistouri. L'interne était plus mince , facile à séparer en filaments longitudinaux extrêmement déliés; mais il était difficile de la rompre dans le sens transversal. Ces deux membranes n étaient unies que par un tissu amorphe facile à déchirer j aussi leur dissection présenta-telle peu de difficulté.

On a cherché à reconnaître à quel portion du corps de lentozoaire appartenaient les divers tronçons extraits. Les tronçons retirés de la partie inférieure de la jambe étaient dépourvus d'extrémités céphalique et caudale. — Les tronçons retirés de la partie supérieure de la

77i ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

jambe, au nombre de trois, appartiennent à deux vers différents.

Le premier de ces tronçons présente une extrémité cépbalique quia été rompue dans une tentative d'extraction, l! est remarquable en ce que son tube intérieur renferme une liqueur lactescente, en tout semblable à celle qui était sortie par l'érosion de la petite tumeur furonculeuse, avant l'extraction du ver. L'examen microscopique y a fait reconnaître des myriades de petits animalcules parfaitement identiques à ceux qui ont été décrits. L'extrémité caudale de ce ver manque; le malade dit l'avoir extraite, mais il n'a pu la représenter.

Les derniers tronçons constituent un individu complet. L'un de ces deux tronçons présente, à l'une de ses extrémités (extrémité céphaiiaue) une surface arrondie, mousse, percée d'un orifice circulaire en forme de suçoir, mais complètement dépourvue de crochets. L'autre portion, encore étranglée par le fd qui avait servi à la retenir au dehors, est remarquable en ce qu'elle est effilée en pointe et terminée par un crochet très court, en forme d'hameçon (extrémité caudale).

Conséquences. — Ce qu'il y a de neuf dans ce fait, c'est l'écoulement spontané, par une érosion de la tumeur furonculeuse, de la liqueur déjà signalée par les observateurs comme remplissant le tube de l'animal; c'est la présence, dans cette liqueur, d'une multitude de petits dragonneaux microscopiques , et la résistance vitale de ces animalcules qui peuvent vivre plusieurs jours dans Teau, même à une basse température. Ce fait explique ])Ourquoi le Glaire peut rester inaperçu dans le tissu cellulaire sous-cutané pendant plusieurs mois; il paraît en outre établi que l'apparition de la tumeur furonculeuse coïncide avec l'époque de la génération, de la ponte, époque à laquelle le ver fait effort pour perforer la peau, que la perforation a pour conséquence l'écoulement spon-

SEPTIÈMF CLASSr:. DES COUPS ÉTRANGERS. 7 5

tané du liquide blanc qui contient les dragonneaux microscopiques. Il suivrait de là que le dragonneau, au lieu de déposer sa progéniture dans le lieu qu'il occupe, la rejette à l'extérieur , où elle se développe quand elle trouve les conditions d'humidité nécessaires à son existence.

Ainsi se trouveraient confirmées les idées de plusieurs observateurs, de Linné, de Joerdens, etc., qui avaient reconnu que le dragonneau était un entozoaire venant du dehors, s'insinuant dans les parties vivantes, lorsque celles-ci se trouvaient en contact avec la terre humide : mais ils admettaient (et c'est là qu'est l'erreur) que le dragonneau n'était autre chose que le gordîus aquaticus modifié par son séjour dans l'économie, et non une espèce particulière, comme cela me paraît démontré. Ainsi se trouve renversée l'opinion relative à la génération spontanée de ces entozoaires.

Filaire de l'œil humain.

Ce filaire, presque microscopique, a été découvert par M, Nordmann en 1830, dans l'œil des poissons d'abord, puis dans l'œil de l'homme et de beaucoup d'autres animaux. C'est dans l'humeur de Morgagni appartenant à un cristallin cataracte opéré par extraction par M. Graefe, que le filaire de l'œil humain a été découvert. Dans cette opération , la capsule avait suivi le cristallin, et l'examen eut lieu une demi-heure après l'extraction. Deux filaires d une extrême ténuité, disposés en cercle, apparurent à la faveur du microscopeau milieu del'humeur de Morgagni. L'un de ces filaires avait été entamé par l'aiguilie qui avait servi à ouvrir la capsule, l'autre était intact. Tous deux furent observés au microscope. Celui qui était intact avait trois quarts de ligne de long, et présentait une bouche sans papilles. A travers la transparence du tégument, on put voir un canal alimentaire droit, entouré

par les circonvolutions des oviductes et terminé par une extrémité anale incurvée (1). Il faut bien distinguer ce filaire des chambres de l'œil des filaires trouvés dans l'épaisseur de la glande lacrymale et sous la conjonctive.

Polystome de la femme (polysloma pinguicola^ Zeder; ttoÎivs uropa

Je ne ferai que mentionner pour mémoire et sans garantie cet entozoaire, trouvé en Allemagne par Treutler, au centre d'un noyau dur, du volume d'une forte noisette , lequel noyau ou tubercule était développé au milieu delà graisse qui entourait l'ovaire gauche d'une femme de vingt ans, morte en couche. Cet entozoaire représenté parTreutler, et reproduit par Bremser (2), serait le seul ver plat développé dans le tissu cellulaire (3).

Voici sa caractéristique : corps jaunâtre, long de 18 millimètres, large de 6 à 7 ; oblong, déprimé, rétréci ou acuminé en avant, tronqué en arrière, où se trouvent six ventouses orbiculaires rangées en arc de cercle.

Strongles de l'estomac , de l'œsophage , des artères.

Bien que je n'aie jamais rencontré chezl'homme d'entozoaires dans l'épaisseur des parois de l'estomac, de l'œso-

(i) Ces mêmes caractères avaient été déjà observés sur le filaire volumineux, qui inFeste l'oeil du cheval. La présence de ces filaires pourrait bien être une des causes de la cataracte. Voici le résumé des recherches de M. Nordmann sur les entozoaires de l'œil. Il a trouvé le genre filaire dans l'œil de l'homme, le genre ascaride dans l'œil de la grenouille commune, le genre oxyure dans l'œil des perches, le genre cysticerque dans l'œil du cochon, et des nématoïdes en grande quantité dans l'œil de la plupart des poissons. Il a trouvé ces entozoaires dans l'épaisseur de toutes les membranes et dans toutes les humeurs de l'œil. Ces observations me paraissent établir un fait important, c'est l'affinité qui existe entre les diverses espèces d'entozoaires.

(2) Traite zoologique et physiologique sur les vers intestinaux de l'homme. Paris, iBSy, pag. 273, pi. viii, fig. 5.

(3) Mais l'ovaire proprement dit n'est jamais entouré de graisse; il ne peut y en avoir que dans le repli du pe'ritoine qui le soutient.

phage et des artères, je crois devoir en faire mention ici, ces quelques données d'anatomie pathologique comparée pouvant tôt ou tard fournir matière à d'importantes applications à Tespèce humaine.

Strong les de r estomac. — En étudiant Festomac du cheval, j'ai plusieurs fois rencontré dans Tépaisseur de ses parois des tumeurs aplaties, dures, proéminentes h Tintêrieur de l'organe, tumeurs qui présentent deux, trois, quatre petites ouvertures par lesquelles une pression légère fait sortir au milieu d'une mucosité abondante de petits helminthes filiformes, cylindriques, terminés en pointe à leurs extrémités, qui présentent les caractères zoologiques des strongles. Ces tumeurs vermineuses sont divisées en loges ou locules qui tantôt communiquent et tantôt ne communiquent pas entre elles et dans lesquelles on trouve asse? souvent une matière puriforrae , pultacée. Le siège de ces tumeurs est dans le tissu cellulaire sousrauquenx. Les parois des loges ou locules sont fibreuses. Il m'a été facile de voir que primitivement ces locules ne communiquaient pas entre elles, et que ce n'était que plus tard , par suite de l'inflammation des cloisons de séparation que s'établissait la communication. Quant au mode de formation de ces tumeurs vermineuses , ayant eu occasion d'en rencontrer plusieurs à leur première période , j'ai vu que chaque loge vermineuse n'était autre chose qu'un follicule muqueux contenant un strongle et communiquant avec la cavité de l'estomac par une ouverture élargie, que conséquemment ces tumeurs vermineuses étaient le résultat de l'agglomération d'un certain nombre de follicules distendus par des strongles, que ces follicules, irrités par leurprésence, finissaient par s'enflammer, par suppureret par constituer ainsi un abcès à la fois purulent, muqueux et vermineux. Relativement au mode de production de ces strongles, comme j'en ai constamment rencontré dans la cavité de l'estomac

7 8 AMATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

en même temps que dans les tumeurs vermineuses; comme, d'une autre part, rorifice des follicules ou glandules gastriques du cheval est plus cjue suffisant pour admettre ces entozoaires filiformes; et enfin comme j'ai observé tous les degrés de développement de ces tumeurs depuis le moment où elles sont constituées par des follicules simplement dilatés, jusqu'au moment où elles ont dégénéré en une espèce de phlegmon vermineux, je me suis cru fondé à conclure que ces strongles ne s'étaient pas pri)nitivement développés dans les tumeurs vermineuses de l'estomac, pour pénétrer plus lard dans la cavité de cet organe, à l'aide des ouvertures qu'ils auraient pratiquées euxmêmes à la faveur d'une inflammation éliminatrice ; mais bien que primitivement formés dans la cavité de l'estomac, ils ont pénétré par les orifices folliculeux dans là cavité des follicules, où ils se sont nichés.

Strongles de l'œsophage. — C'est de la même manière que j'explique la formation d'une tumeur vermineuse de l'œso phage, que j'ai rencontrée sur un chien, tumeur qui con tenait des strongles plus iongs et plus rouges que ceux de l'estomac du cheval, et qui communiquait avec la cavité œsophagienne par plusieurs ouvertures. Morgagni avait déjà observé et décrit avec une rare perfection chez le même animal une tumeur œsophagienne du volume d'une petite cerise, contenant des vers rougeâtres, grêles et allongés, mais il ne put découvrir aucune voie de commu nication ni à l'extérieur, ni à l'intérieur. Or, Morgagni ayant trouvé sur le même chien plusieurs nodosités arrondies, dures, le long de l'aorte, il reconnut dans l'épaisseur de ces nodosités des vers de la même nature. Ces tumeurs et ces vers, ajoute-t-il, avaient une telle ressemblance qu'un ôèuf et un œuf, et que deux gouttes de lait ne sont pas plus semblables.

Quant à la question de savoir quelle est l'origine des strongles de l'estomac et de l'œsophage, s'ils viennent du

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Jeliois ou s'iis Stt sont formés au dedans de nous, je serais disposé à admettre que lesœuFs de ces vers déposés sur la peau ont été introduits dans Testomac par Taction de lécher, à la manière des œsires; mais le développement des strongles dans les tumeurs dites vermineuses des arières me fait suspendre mon jugement à cet égard.

Slrongles des artères. — La présence des strongles dans certaines tumeurs anévrismales des artères constitue Yanévrisme vermineux. La fréquence de l'anévrisme vermineux chez les animaux, et surtout chez le cheval, est telle qu'il est permis de penser que cette espèce d'anévrisme pourrait bien exister chez Thomme: et d ailleurs le fait du développement d'un strongle [stroncjylus armaïus niùior de Piudolphi), dans la cavité d'un vaisseau, au milieu d'un caillot de sang, est un des phénomènes les plus curieux qu'ait révélés l'anatomie pathologique.

Lesanévrismes vermineux ont été signalés dans le mésentère du cheval par Ruysch, qui a donné des vers contenus dans cetanévrismeune bonne figure. Plus tard Schulze trouva un anévrisrae vermineux dans une des artères mésocoliques d'une jument, et le décrivit avec beaucoup de soin; mais leshelminthesdesanévrismesvermineuxontété surtout parfaitement observés et décrits sous le nom de c;înons ( en forme de ci'ins), par Chabert, vétérinaire des pi us distingués (l).MM. Trousseau et Leblanc (2) ont très bien

(i) Il est bon de dire que le nom de crinons employé par Chabert {Traité des maladies vermineuses des atiimaux ) pour désigner les strongles et fiiaires du cheval a été appliqué par quelques médecins à dé prétendus vers blancs que l'on fait sortir par expression des follicules de la peau , ou à des poils courts que les frictions sèches détachent quelquefois de cette enveloppe.

(2) Recherches anatomiques sur les maladies des vaisseaux {Archives de médecine, 1828, t. XVI, XVII et XVIII). MM. Trousseau et Leblanc ont mis dans le temps à ma disposition un grand nombre de pièces , et comme eux j avais constaté que les crinons n'occupaient en aucune manière l'épaisseur de l'artère, mais bien le caillot tibrineux, et noté que les artères étaient simplement dilatées au niveau de ces concrétions.

décrit la disposition des caillots fibrineux dans les anévrismes verraineux du cheval, et reconnu que les crinons se trouvent, non dans l'épaisseur des parois des artères, mais bien dans l'épaisseur des concrétions fibrineuses. M. Rayer (1) a parfaitement discuté les travaux publie's jusqu'à ce jour, et définitivement établi que le crinon {strongylus armatus tninor) naît et se développe au sein des concrétions fibrineuses des vaisseaux, et que les anévrismes vermineux sont des anévrismes vrais ou par dilatation. Les tubercules vermineux observés sur le chien seraient, d'après M. Rayer, tout à fait distincts des anévrismes verraineux; mais il est bien difficile d'admettre une distinction entre ces deux lésions, lesquelles ne sont probablement que deux périodes, deux états de la même lésion.

Un mot sur les hématozoaires^ c'est-à-dire sur les entozoaires trouvés dans le sang de certains animaux. On a parlé de vers du cœur à une époque où Tanatomie pathologique était à peine à son berceau, et il est bien évident qu'on a pris pour des vers des concrétions fibrineuses vermiforraes. La découverte des crinons dans les concrétions fibrineuses de l'anévrisme vermineux, c'est-àdire au milieu du sang coagulé, a en quelque sorte préparé la découverte des entozoaires du sang. Or, plusieurs observateurs, en étudiant le sang des veines et du cœur de quelques animaux, y ont découvert des entozoaires : c'est surtout chez les grenouilles et les poissons qu'ont été faites ces observations (2).

(i) Archives de médecine comparée. Paris, 1842, t. I, in-4°.

(2) M. Delafond, professeur de l'école ve'tériiiaire d'Alfort, et M. le docteur Gruby ont présenté, en i843 à l'Académie des sciences, ïin mémoire sur une nouvelle espèce de ver jilaire qui vit dans le sang du chien.

Ils ont reconnu dans le sang du chien deux espèces d'hématozoaires, les uns microscopiques, les autres visibles à l'œil nu. D'après ces auteurs, les hématozoaires microscopiques ont le diamètre de 3 à 5/ 1000 de diamètre et une lonp,ueur de aS/ioo de millimètre, Leur corps est transpa-

SEl'TIÈMIi CLAS3K. DES CORPS ÉTfiANCKHS. SI

Cela posé sur les entozoaires ( tous cylindriques ou nematoï(les) qui se dévelopjDent dans le tissu cellulaire ou dans Tépaisseur des orjjanes, je vais m'occuper des en^ozoaires vési'culaires ou Jiydatidiformes qui se produisent également dans le tissu cellulaire ou dans l'épaisseur des organes.

Hydatides, ou entozoaires vésiculaires {cyslicus^ Rudolphi).

Je conserverai le vieux mot (Yhydaiides en l'appliquant exclusivement aux entozoaires vésiculaires développés dans l'épaisseur de nos organes. Je séparerai donc des hydatides proprement dites les kystes séreux, c'est-à-dire les poches transparentes adhérentes par leur face externe et remplies de sérosité, et je définirai les hydatides : Des vésicules oupoci'.es libres de toutes parts , vivant d'unevie propre,

rent et incolore; l'extrémité antérieure est oljtuse et l'extrémité postérieure ou caudale se termine par un filament mince. Le mouvement de ces animaux est très vif; leur vie persiste même dix jours après que le sang a été retiré des veines et déposé dans un vase placé dans une tempéi'ature de i5 degrés centigrades.

En examinant une goutte de sang sous la lentille microscopique, on voit ces hématozoaires nager, par un mouvement ondulatoire, entre les globules sanguins, se courber, se recourber, se tortiller et se détortiller avec beaucoup de vivacité. Ces vers existent dans les artères, les veines et les capillaires. Les urines, les matières excrémentitielles, le liquide des séreuses, tous les tissus de l'économie en sont dépourvus. Leur nombre calculé dans la totalité du sang de plusieurs chiens j)eut s'élever de 20,000 à 100,000; la quantité prodigieuse'de ces animaux doit ^d'autant plus étonner que le plus grand nombre des chiens sur lesquels les auteurs les ont rencontrés jouissaient d'une bonne santé. Cinq d'entre eux avaient eu cependant des attaques d'épilepsie.

Quant aux hématozoaires visibles à l'œil nu, ce sont des Pilaires de 12 à 14 centimètres de long, ayant le diamètre d'un gros fil ordinaire. Les auteurs ont reconnu ces grands filaires dans un caillot de sang trouvé dans le cœur d'un chien en bonne santé, qui présentait dans son sang une quantité énorme des fdaires microscopiques précédemment décrits. Ils ont pu distinguer les mâles des femelles et reconnaître les caractères zoolofviques de ces vers qui appartiennent au genre filaire et à l'espèce papil- /euse. Ces 'filaires trouvés dans un caillot du cœur sont-ils autre chose que les stroiigles des caillots des anévrismes vermineux?

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