DIX-HUITIÈME CLASSE
DES DÉGÉNÉRATIONS ORGANIQUES.
Les dégénéraiions organiques constituent un groupe de lésions extrêmement graves, caractérise'es par la transformation de nos tissus en un tissu morbide sans analogue dans réconomie, tissu parasitaire vivant d'une vie propre, jouissant à des degrés divers de la propriété de se généraliser dans l'organisme, soit par continuité de tissu, soit par contiguïté ou par voisinage, soit enfin par une infection générale de l'économie, et constituant, dans l'état actuel de la science, la lésion morbide la plus incurable de l'espèce humaine.
Les dégénérations organiques sont donc caractérisées par des tissus nouveaux de formation morbide, recevant de l'individu porteur les matériaux de leur nutrition, qu'ils s'assimilent et transforment en leur propre substance. Les tissus dégénérés peuvent donc être considérés comme des tissus parasitaires greffés sur les organes de l'individu porteur et vivant d'une vie propre. Or, pour atteindre ce parasite il faudrait pouvoir le frapper de mort à l'aide d'un spécifique, de même qu'on neutralise par le mercure et par l'iode le principe de la syphilis.
Il n'y a pas de dégénérations organiques proprement dites ; ce qu'il y a, ce sont des productions ou tissus mor- V. 1
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bides parasitaires déposés au sein de nos organes, résistant jusqu'à ce jour à tous les moyens de traitement : pour les atteindre, il faudrait trouver dans la thérapeutique des moyens spéciaux ou spécifiques propres à modifier ou à détruire le travail morbide qui les a produits.
Je diviserai le groupe des dégénérations organiques en deux grandes classes bien distinctes, savoir : 1** en dégé^ nérations aréolaires et gélatiniformes; 2^ en dégénérations cancéreuses proprement dites,
A Texemple de Bayle et de Laennec, j'avais d'abord considéré la dégénération aréolaire et gélatiniforme comme une espèce de cancer, sous le titre de cancer aréolaire ou gélatiniforme (cancer colloïde), et en effet elle en a Tincurabilité; mais un examen plus approfondi m'a démontré que si, comme le cancer proprement dit, la dégénération aréolaire et gélatiniforme a la propriété de transformer les tissus normaux en un tissu nouveau incapable de revenir à son organisation première, que si , à la rigueur, comme le cancer, mais dans des proportions beaucoup plus restreintes, elle possède la propriété d'envahissement par continuité de tissu, elle n'a nullement , comme le cancer proprement dit , la puissance d'infecter toute l'économie à la manière de la diathèse purulente. L'incurabilité n'est pas en effet le seul caractère du cancer ; son principal, son grand caractère, c'est la faculté de se généraliser dans tous les tissus. Or la dégénération aréolaire et gélatineuse n'a pas à beaucoup près, autant que le cancer, cette funeste tendance à la généralisation ; elle est le plus ordinairement locale, presque toujours limitée à un seul organe ou aux organes contenus dans la même cavité
(i) Lisez Anat. path.^ avec planches, i^® livr. (explication de la planche IV, page 3), les réflexions qui suivent les exemples d'un cancer du rein.
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splanchnique. Je dois ajouter qu'elle affecte une prédilection toute particulière pour la cavité abdominale et surtout pour Testomac, Fintestin elles ovaires; mais il n'est pas douteux qu'elle ne puisse se produire dans les autres cavités splanchniques, et même que, comme la dégénération cancéreuse, elle n'ait la puissance d'envahir primitivement tous les tissus et tous les organes , bien qu'elle n'ait pas encore été démontrée dans tous.
J'admettrai donc deux espèces de dégénérations organiques bien distinctes : 1** la dégénération aréolaire gélati'niforme, dégénération toujours locale ou plutôt régionale, qui peut rester concentrée dans une cavité splanchnique, dans un organe et même dans un tissu, qui peut s'étendre par voie de continuité (et peut-être aussi par voie de contiguïté) aux organes et aux tissus qui l'avoisinent, mais qui ne se généralise jamais par voie d'infection. C'est une dégénération de tissu (1) , mais ce n'est pas du cancer.
2* La dégénération cancéreuse proprement dite, qui a la propriété d'envahir primitivement ou secondairement tous les organes et tous les tissus, non-seulement par voie de continuité, mais encore par voie d'infection générale ; or , le caractère anatomique fondamental de ces deux ordres de dégénérations est non dans la trame aréolaire qui constitue leur charpente (trame aréolaire qui n'offre que quelques variétés sans importance), mais bien dans la qualité du produit ou suc qui remplit les aréoles, suc d'apparence gélatineuse dans la dégénération gélatiniforme ; suc crémeux , galactiforme , miscible à leau dans le cancer proprement dit, suc que j'ai cru devoir appeler suc cancéreux. Or, le suc cancéreux est le
(i) Je crois qu'on pourrait rapprocher de la dégénération aréolaire et gélatiniforme la le'sion du placenta, improprement désignée sous le nom à^hydatides placentaires.
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caractère palhof^nomonique de la dégénération cancéreuse, de même cjue le suc gélatiniforme est le caractère pathop^nomonique de la dégénération gélatiniforme. L'affinité, ou plutôt la non-incompatibilité entre ces deux dégénérations est démontrée par Tassociation qui n'est pas fort rare des deux modes de dégénération chez le même individu, et quelquefois dans le même organe. Elle est même démontrée par la coexistence de la dégénération gélatiniforme d'un organe et du cancer à suc cancéreux dans les ganglions correspondants. Un caractère différentiel bien important de ces deux formes de dégénération, c'est que dans le cancer gélatiniforme la destruction se fait par couches successives et comme par usure sans réaction aucune, tandis que dans le cancer proprement dit la destruction se fait tantôt par ulcération, tantôt par gangrène et toujours par inflammation. Les faits prouvent donc qu'il n'y a pas incompatibilité absolue entre la dégénération à suc gélatiniforme et la dégénération à suc cancéreux ; mais ils établissent aussi que la coïncidence de ces deux dégénérations sur le même sujet, et surtout dans un même organe, est extrêmement rare.
Je diviserai donc le groupe des dégénérations organiques en deux grandes classes :
l°En dégénérations aréolaires et gélatiniformes ;
2° En dégénérations cancéreuses.
Je commencerai l'étude des dégénérations par celle de la dégénération aréolaire et gélatiniforme, qui est la plus simple et la moins grave, bien que, comme la dégénération à suc cancéreux, elle soit marquée au coin de l'incurabilité.
DÉGÉINÉRATIONS AUÉOLAlllES ET GÉLATIC^JIFOKMES. 5