‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 4)Chapitre 4 sur 36 · ONZIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

ONZIÈME CLASSE

DES HYPERTROPHIES.

Les hypertrophies forment la première classe du grand groupe des lésions de nutrition. Or, on doit entendre par lésions de nutrition non point toutes les lésions qui por* tent sur le travail intime» moléculaire, qui constitue le grand acte de la nutrition (il faudrait pour cela embrasser tout le cadre des lésions dites organiques) , mais bien les lésions qui consistent tantôt dans l'exagération , tantôt daps rabaissement de la nutrition , soit enfin dans la métamorphose d'un tissu en un autre tissu analogue aux tissus normaux» ou dans la production d*un tissu nouveau analogue.

Les lésions de uutrilion proprement dites comprennent donc trois classes : i^ les hypertrophies; 2® les atrophies; i^ les métamorphoses et productions organiques analogues. Je commence par les hypertrophies.

V hypertrophie (de vircp, sur, t/s ofn , nourriture) est une nutrition exagérée qui a pour caractère laugmentation de volume, de poids, de densité des organes, sans altération notable de texture. Le mot hypertrophie a été inspiré par ce\\î\^ atrophie j qui avait depuis longtemps cours dans la science, et qui signifie défaut ou plutôt diminution de nutrition.

ni. 1

Dupuylren est , je crois , le premier qui ait envisagé les hypertrophies d'une manière générale sous le point de vue de Tanatoinie pathologique. Dans sa classification, rhypertrophie forme le premier ordre de la classe des irritations, sous le titre d'irritations nutritives (1).

Rarement isolées, les hypertrophies constituent moins une lésion proprement dite qu'un élément morbide se mêlant, s associant à presque toutes les lésions organiques, pour Tintelligence desquelles Tétude des tissus hypertrophiés est de la plus haute importance. Je ne connais pas de lésion qui ait un plus grand nombre d affinités ou d associations morbides que les hypertrophies.

En outre, aucune lésion n'est plus générale; elle esc aussi générale que la nutrition, dont elle est le résultat; elle est commune a tous les tissus. Je ne puis mieux ap« précier le rôle que joue l'hypertrophie dans l'étude des lésions morbides, qu'en rappelant ce que j'ai dit ailleurs (2).

• Pour tracer l'histoire complète des hypertrophies , il 9 aurait fallu parcourir toutes les lésions morbides , et » apprécier le rôle que joue l'hypertrophie dans chacune » de ces lésions. Ce rôle est immense; car nos tissus sont 9 inaltérables : ils ne sont susceptibles que d'hypertro- » phieet d'atrophie, et les lésions qui se passent au milieu » de nos organes sont le résultat du dépôt de produits de 9 diverses natures, dont les uns s'organisent et vivent en

• parasites, et dont les autres, non susceptibles d organi-

• sation, doiveut être expulsés. » J'ajoute que l'hyper» trophieest souvent la première période, le point de départ d'un grand nombre de lésions avec lesquelles on l'a sou-

(i) VojM r«iceIleot« dinerution de Marandel {Eitai but lu irnu» tionsy Parii, 1B07), jeune mëdecio de la plui (grande espérance, mort victime de «on zèle pour la science. — Voyez aussi VEs$ai sur Fanatomie patholotfique^ iSifi, t. I, p. j)4'

(î) Voye» Dieîionnaire de médecine et de chirurgie pratiqua^ article

HlI'fRTBOPIllK, t. X, p. Q^l.

ONZIÈME CLASSE. DES lITPERTROPIilfiS. 3

vent conlbndue , et qn'il importe d'établir la limite qui sépare l'hypertrophie proprement dite de ces lésions.

Il y a une hypertrophie physiologique et une hypertrophie fMihologique. Des degrés insensibles conduisent de Tune à l'autre. Ainsi, à côté de l'augmentation de poids et de volume du cœur, qui a pour conséquence une circulation plus active, mais régulière, se voit l'hypertrophie morbide, qui rompt l'équilibre et constitue une maladie.

La diflerence entre l'hypertrophie physiologique et l'hypertrophie pathologique est souvent relative.

Deux mêmes organes , égaux en volume , en poids et en densité, appartenante deux individus difitérents, peuvent être l'an à l'état normal , l'autre à l'état faypertrophique.

Dans l'appréciation de l'hypertrophie, il faut donc tenir grand compte du fait fondamental de l'inégahté de volume et de poids dans les mêmes organes observés chet les différents individus, et aux divers âges de la vie. Chaque individu apporte en naissant une prédominance ou une tendance à la prédominance de tel ou tel organe, de tel ou tel système d'organes : ce sont ces différences originelles dans l'organisation qui établissent en partie ces grandes différences individuelles qu'on appelle tempérament^ consUtuinm, idiosyncrasièj aptitude. Or, en examinant comparativement le poids des organes les plus importants à la vie, tels que le cerveau, le cervelet, le foie, la rate, le cœur, sur un grand nombre de sujets, j'ai été frappé de la différence que présentent les divers individus sous ce rapport. ^Aqx limites extrêmes, le rapport est de 1 à 2 , en 1 absence de toute maladie proprement dite.

Duns l'état physiologique, une loi de balancement préside au développement régulier des organes , à leurs périodes d'accroissement, de prédominance, comme aussi à leur période de décroissance absolue ou relative : tels le développement des corps de Wolff, du thymus , des

& ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNiUlALB.

organes génitaux, des mamelles. Quand les limites sont dépassées en plus, il y a hypertrophie; quand les limites sont dépassées en moins, il y a atrophie. Me soyons donc pas étonnés s'il existe des hypertrophies congénitales.

Tantôt rhypertrophie occupe tous les éléments ou tissus d'un organe , c'est Yhypertrophie dorgane$ tantôt elle envahit tel ou tel tissu ou élément de cet organe, hypertrophie de tissu; d'une autre part, tantôt elle n'occupe qu'une partie limitée d'un organe, hypertrophie par» tieile; tantôt elle occupe la totalité de l'organe, hypertrophie générale.

Il faut d'ailleurs bien se garder de considérer comme hypertrophiés des organes dont le volume anormal est dft à des productions organiques développées dans leur épaisseur.

L'hypertrophie fait exception à cette loi fondamentale qui régit lanatomie pathologique tout entière, à savoir que les espèces morbides ne se transforment pas les unes dans les autres (1). Les tissus hypertrophiés peuvent en effet s'enflammer, devenir tuberculeux , cancéreux, subir diverses transformations ou productions organiques, preuve bien évidente que l'hypertrophie simple n'est pas une lésion proprement dite, mais une simple exagération de la nutrition normale. Ainsi, dans un cancer de Testa* mac qui débute par la muqueuse ou par la couclie fibreuse subjacente, la couche musculeuse, d'abord simplement hypertrophiée, finit bientôt par être envahie.

Que si Ion veut aller au fond de la question et déterminer en quoi consiste l'hypertrophie; s'il y a seulement développement des parties préexistant dans lorgaue « ou bien si, sous l'influence d'une nutrition plus abondante, il y a création de nouvelles fibres, je répondrai qu'il m'avait paru plus rationnel d'admettre l'augmentation de volume

(i) Voyei Anatomie pathologique ^énhale^ U I, p. 5i.

des parties préexistantes. Il me répugnait en effet d admettre que Thypertrophie musculaire ait pour conséquence la formation de 6bres nouvelles , l'hypertrophie glandulaire la superaddition de grains glanduleux. Pour résoudre cette question, le microscope était le seul moyen d'investigation qui pût être invoqué.

Or, il résulte des recherches de M. le docteur Charles Robin, agrégé de la Faculté, que les lois de Thypertrophie varient suivant chaque tissu : que dans les tissus les plus simples , ceux que j appelle tissus charpente, à savoir le tissu cellulaire et ses dérivés , les tissus fibreux , cartilagineux et osseux, Thypertrophie est due à une augmentation de nombre des fibres, et que dans les tissus composés, tantôt il y a à la fois augmentation de volume da tissu propre et augmentation de nombre, comme dans les muscles, et souvent aussi dans le tissu glanduleux ; tantôt il y a seulement augmentation de volume, comme dans les nerfs dont les tubes nerveux deviennent plus gros d'un quart environ (1).

Je voulais d'abord n'étudier l'hypertrophie que dans le

(i) Voici la note textuelle qui m'a été remise par M. le docteur Ch. Robin, dont le sèle pour les progrès de la science ne fait jamais défaut, et dont Texactitude consciencieuse m'est parfaitement connue :

m LVtude de la structure intime des tissus exécutée à l'étude du mi« » croacope a montré un fait qui, jusqu'à présent, n'a pas été signalé. • Cest que l'aufpneotation de volume des organes a une cause différente ■ adon le tissu qui les constitue» ou celui d'entre eux qui augmente de » Tolnroe; en un mot^les lois de Thypertropliie varient suivant chaque

■ En voici des exemples pris sur les tissus les plus simples d'abord, » pour arriver aux plus complexes ensuite*

• J. Dans les tissus les plus simples { adipeux , fibreux , cello-

• laire, etc.) , l'hypertrophie est due à une augmentation de nombre des

• fibres ou des vésicules, car aucune d'elles n'a un volume plus grand qu*à

• l'état normal.

• 1* Dans les tissus cellulaire et fibreux hypertrophiés, comme par esem-

• pie, entre les couches musculaire, muqueuse et péritonéale de l'estomac » dans certains cai4*alçères de l« muqueuse, le tissu cellulaire interposé.

6 ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉdÉHALB.

sens rigoureux de son acception étymologique, cest-ii« dire limiter celte lésion à laugmentation pure et simple de poids, de volume ou de densité des organes et des tissus, sans altération aucune dans leur texture; mais j ai bientôt compris qu'il y avait de grands avantages à donner à la classe des hypertrophies toute lextension que je lui ai don-

» bien que quintuplé, etc., quant à la masse, est fomé de fibres qui ont » toutesle volume normal, et qui sont seulement un peu plus adhérentes

■ les unes aut autres. Le même fait s'observe encore dans les cas d*augroeu> » tatioD d'épaisseur du përioate, quelque considérable qu'elle soit. Dans

• les tumeurs fibreuses qui ne sont que des hypertrophies locales et limi-

• tées do tissu cellulo-fibreni portées jusqu'au point de former un oiigane

• morbide nouveau, le même fait peut être constaté avec autant d'évidence. » a* Cet exemple peut s'appliquer en tout point au tissu adipeux. Que

• aon hypertrophie soit localisée et portée jusqu'à produeiion d'unetumeur » (lipome) ou généralisée (poljaaroîe adipeuse), jamais les vésicules pleines

• d'huile, ou vésicules adipeuses» qui sont l'élément caractéristique du

• tissu, ne sont plus grosses qu à l'état normal. Elles ont donc certaine- » ment augmenté de nombre dans ce cas.

m 3* Dans les cas d'augmentation de volume des os (du tibia, par

■ exemple, devenu un quart plus long que du côté oppoaé et deux à trots » fois plus épais), dans le cas de voisinage d'un ulcère, d'une tumeur, etc.,

■ les éléments caractéristiques de l'os, appelés otiéoplastts on eorputeules m ossttur,ont coastamment le volume normal. l\ en eat de même dans le 9 cal, dans les sulactites osaensea» les oxottoset éburnéea ou non. Même

• observation pour lea cavités dea corpuscules camoiérîstiquea des car-

• tilages.

» 4* D^ns tous les cas d'hypertrophie de l*rfpiderme cutané, quelles que n aoieot les conditions dans lesquelles on l'observe, lea lamelles ou cellules

• épidermiques conservent le volume normal. Elles ont donc augmenté 9 de nombre. Dans les cas de tumeurs épiderroiquesy on trouve au milieu

■ de cellules ayant le volume normal, une certaine quantité d'autres qui » sont deux ou trois fois plus larges que les cellules normalee, maîa leur

• proportion n'est jamais assex considérable pour que l'on puisae penser » à faire jouer à ce fait un rMe imporiant dans la produotioa de la

■ tumeur«

• 5* Ayant comparé les artères homologues trèa hypertrophiées (bran*

• ches de la carotide externe) dans un cas de tumeur de la région para-

• tidienne, à celles du côté opposé qui avaient le volume normal, les

• éléments (de chaque couche très épaisaie) éuieat restée avec leur vo-

• lume normal. Même fait s'est préaeolé pour lot vuittMUi artériela et

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née ailleurs, bien que la limite entre Thypertrophie et la transformation, ou métamorphose de tissu, et nommément la métamorphose fibreuse , soit quelquefois difficile à établir (1). Or, tous les faits pathologiques relatifs à l'hypertrophie peuvent se rallier aux trois catégories suivantes : !• hypertrophie pure et simple; 2* hypertrophie

• TeineuK ovaro-uterins dans la grossesse, comparés aux vaisseaux correa* » pondants d'un antre sujet dont Tutérus était à l'état de Tacuité»

• B, Quant aux tissus complexes, tels que muscles, nerfs et glandes, la

■ question offre plus de difficulté, sauf toutefois pour les nerfs.

■ I* Les muscles hypertrophiés offrent des faisceaux striés (fibres

• striées, fibres primitives des auteurs) plus larges en moyenne qu*à l'état « normal. Toutefois celte augmentation de volume est auex peu consi-

• rable pour qu'il soit difficile de pouvoir se rendre compte à son aide

• seulement de Tougmentation de volume de Torgane. Et pourtant, les

• couches de tissu cellulaire interposées aux faisceaux musculaires ne

• aOBC pas hypertrophiées, non plus que relies de tinsu adipeux qu'on

■ rencontre quelquefois dans les muscles. Ce qui vient d'être dit plus haut

• des faisceaux musculaires s'applique à ceux du cœur comme à tous les

• autres, et il semble impossible de se rendre compte de l'hypertrophie

■ de ces organes sans admettre ici la production de fibres striées nou-

• velles, puisque l'augmentation de volume de celles qui constituent l'or- » gane OMlade n'est pas en rapport avec l'hypertrophie de celui-ci.

• a* Les nerfs de Tutérus pendant la grossesse soûtplus gros que dans

• rétat physiologique contraire. L'augmentation de volume tient surtout

• h celle du névrilème , mais on peut constater aussi que les tubes ner-

• veux sont devenus plus gros d'un quart environ.

■ 3* Dans l'hypertrophie des glandes, les culs-de*sac peuvent atteindre

• un diamètre huit à dix fois plus grand qu'à l'état normal. En même

• temps que la gaine des cals-de-sac devient plus l^irge, l'épiihélium qui 9 tapitte la face interne augmente d'épaisseur. Ici, dans la grande majo-

• rite des cas, cette augmentation de volume rend compte de l'iiyper- ■ trophie de l'organe, dont les cloisons cellulo-adipeuses s'hypcrtro-

• phient également à leur manière (voyez plus haut À). Toutefois il est

• des cas où la masse morbide (mamelle, petites glandules saiivaircssous-

• muqueuses hypertrophiées isolément) est si considérable, qu'il n*y a 9 plus de rapport entre Taugmeotation de volume des culs-de^sac et cplle » de l'organe. La disproportion est telle, qu'il est difficile alors de ne pas

• admettre la production de culs-de-sac nouveaux dans chacun des acini,

• ou grains glandulaires. »

(i) Pieîiûnnairt Je métUcine €t d€ chirurgie prmtiquesy t. X.

8 ANATOMIË PATHOLOCIQUE GÉNÉRALE.

avec induration ; 3^ hypertrophie avec transfornoation. Cest sous ce triple point de vue que je vais étudier l*hy* pertrophie dans les tissus principaux de réconomie, après avoir présenté quelques considérations générales sur les causes et les effets de Thypertrophie.

Causes générales de l'hypertrophie. — Les causes générales de rhypertrophie se résument dans les deux chefs suivants :

1* L'action exagérée d'un organe ou d'un tissu ;

2* Un travail morbide fluxionnaire au voisinage ou au sein d'un organe.

1* A Yaction exagérée d'un organe se rapporte surtout rhypertrophie pure et simple, l'hypertrophie proprement dite, c'est-à-dire l'hypertrophie caractérisée par une augmentation de poids, de volume ou de densité sans changement aucun dans les caractères anatomiques du tissu : telle l'hypertrophie du coeur à la suite de courses rapides, d'émotions morales répétées, comme aussi à la suite du rétrécissement des orifices du cœur, d'une communication accidentelle de ses cavités. Ainsi, lorsqu'un poumon s'est atrophié par suite d'épanchement pleural ou d'inflammation chronique de son tissu, l'autre poumon, en vertti de cette solidarité qui lie entre eux les organes doubles» supplée par son développement et par son activité à Tinsuffisance de son congénère pour les besoinsdelavie.Dans un cas de ce genre, j'ai vu le poumon sain remplir les deux tiers de la cage thoracique : il en est de même des reins, des mamelles, des testicules, etc.

2® ^u travail morbide fluxionnaire dans le voisinage ou au sein d'un organe, se rapporte l'hypertrophie avec induratiou, et plus souvent peut-être l'hypertrophie avec transformation ou métamorphose. Bien que ces deux dernières espèces d'hypertrophies s'éloignent, à la rigueur, de la défi* nition que j'ai donnée de l'hypertrophie, et que la seconde en particulier appartienne à la classe des métamorphoses

ONZIÈME CLASSE. DES HYPKfiTROPHIES. 9

organiques, leur affinité avec riiypertrophie proprement dite est telle que le tableau des hypertrophies serait incomplet si on ne les rapprochait pas les unes des autres.

Effets généraux de l'hypertrophie, — Les effets généraux de f hypertrophie sont :

i" Un défaut d'équilibre entre Torgane hypertrophié et les organes avec lesquels il est en rapport de fonction. La loi d*harmonie qui préside au développement relatif des organes et des tissus est plus ou moins détruite, et une perturbation plus ou moins grande dans lexercice des fonctions en est la conséquence. Dans l'hypertrophie simple y il y a exagération ou prédominance d'action en rapport avec l'exagération de volume et de densité de Torgane.

Si lorgane hypertrophié est un organe sécréteur^ il y a exagération dans le produit de la sécrétion ; si c'est un muscle, il y a contraction exagérée. La nutrition de l'organe hypertrophié étant plus active, ses vaisseaux artériels et veineux augmentent beaucoup de diamètre : tels les vaisseaux mammaires pendant l'hypertrophie physiologique qu'entraîne la lactation. Quant aux nerfs, un grand nombre de faits me paraissent établir qu'ils ne participent pas au développement des autres éléments organiques. Ainsi les nerfs utérins ne sont pas plus développés sur un utérus chargé du produit de la conception que sur un utérus vide.

Lorsque l'hypertrophie n'affecte qu'un élément ou tissu élémentaire d'un organe, il en résulte assez souvent l'atrophie par compression des autres tissus élémentaires de cet organe ; et c'est dans ce cas qu'on rencontre dans le même organe un singulier mélange d'atrophie et d'hypertrophie qu'il est si important de bien analyser.

De l'augmentation de poids, de volume, et de densité des oi^aoes hypertrophiés résulte souvent la compression des organes voisins, et par conséquent une gène plus ou

10 ANATOMie. PATHOLOGigUE GÈNÉKALE.

moins considérable dans leurs fonctions. Ainsi la glande thyroïde développée comprime la trachée et Tœsophage; les glandes amygdales hypertrophiées gênent la déglutition; Tanneau pylorique trop développé rétrécit Toriâce duodénal de Testomac.

L'hypertrophie n'est pas une lésion exclusive des autres lésions; bien au contraire, elle les favorise toutes par le travail fluxionnaire qu elle appelle sur les organes qui en sont le siège : ainsi les lésions si variées qui constituent les goitres paraissent avoir le plus ordinairement pour point de départ Thypertrophie pure et simple de cet organe. D'un autre côté, Thypertrophic est souvent la conséquence du voisinage d'une lésion organique, par suite du travail fluxionnaire qu'entraîne cette lésion organique.

Si, dans l'hypertrophie pure et simple d*un organe, il y a exagération d'action de la part de cet organe, il n'en est pas de même dans l'hypertrophie avec induration et surtout dans l'hypertrophie avec métamorphose. Dans ce dernier cas, il y a diminution ou suppression d'action en rapport direct avec cette induration ou cette métamor* phose.

L'hypertrophie n'étant autre chose qu'une nutrition exagérée, il est évident qu'elle est curable de sa nature, par la soustraction des causes qui l'ont produite ou qui l'entretiennent; on conçoit même que l'atrophie puisse, dans un certain nombre de cas, succéder à Thypeitrophie.

L'hypertrophie étant une lésion aussi générale que la nutrition dont elle est un résuhat, je vais l'étudier successivement dans les quatre grands tissus de l'économie : i* dans le tissu musculaire ; 2*^ dans le tissu cellulaire et ses dérivés; S« dans le tissu glanduleux ; &« dans le tissu nerveux; 5* dans quelques organes composés, et en particulier dans les membranes tégumentaires ; «• dans les organes canaliculés.

ONZIÈaiB CLASSE. DBS MTPEATROPHIKS. 11

miKiaBR GENRE, Hypertrophie do tissa musculaire.

Le règne de Thypertrophie est, pour ainsi parler, dans le système musculaire; et ii n'est pas sans intérêt de re* marquer que c^est pour l'organe musculaire qui y est te plus sujet et chez lequel elle joue le plus grand rôle, le cœur, que le mot d'hypertrophie a été créé.

L'hypertrophie musculaire se reconnaît à une augmentation de volume, de densité des muscles, à uneroloration plus brune de leur tissu, et s'accompagne d'un développe» ment plus considérable de leurs vaisseaux. Je n'ai pas remarqué une augmentation proportionnelle de leurs nerfs. Il faut bien distinguer l'augmentation de volume des muscles qui tient à la présence d'une plus grande quantité de tissa adipeux de Thypertrophie musculaire proprement dite.

L'hypertrophiepartielledes muscles de la viede relation, rhypertrophie générale de ces muscles qui constitue le tempérament athlétique, ne sont |>as du ressort delà pathologie : en vertu de la loi d'harmonie qui préside k l'organisation, les tendons, les aponévroses, les os et les ligaments se développant d'une manière proportionnelle aux muscles correspondants, il n'en résulte aucun phénomène morbide proprement dit. Il n'en est pas de même du système musculaire de la vie nutritive. Disons d'abord qu'il n'y a aucune solidarité entre le système musculaire de la vie de relation et le système musculaire de la vie de nutrition, et qu'il n'y a non plus aucune solidarité entre les diverses fractions de ce dernier système. Or, les fonctions des muscles de la vie nutritive étant toutes relatives à la circulation des divers liquides de l'économie, on conçoit qu'une différence, même légère, dans leur force et dans leur épaisseur, puisse avoir les cooséquences les plus graves sur l'exercice des fonctions^

L'hypertrophie morbide des muscles de la vie nutritive nous a révélé la présence du tissu musculaire dans des organes où il est bien difficile de les reconnaître dans letat physiologique (ex., vésicule de fiel). Ainsi, dans un cas d'ictère par lésion cancéreuse des conduits hépatiques (y compris la partie supérieure du canal cholédoque et le canal cystique), la vésicule de fiel, volumineuse, contenant une quinzaine de calculs, j'ai trouvé dans Tépaisseur des parois de cette vésicule une couche musculaire épaisse constituée par de petits feisceaux parallèles, ou légèrement entrecroisés, très visibles à lœil nu et très faciles à séparer de la tunique muqueuse. Les divisions distendues des conduits hépatiques mont également présenté des fibres circulaires qui me paraissent dénoter dans ces conduits la présence de fibres musculaires circu* laires. C'est également l'hypertrophie qui nous a permis de déterminer des plans musculaires dont la ténuité ne nous permettait pas d'apprécier la disposition (ex., fibres musculaires de la vessie, de lestomac). Au premier rang se place, sous le rapport de l'importance pratique , non moins que de la fréquence , l'hypertrophie du cœur, qui va m'occuper avec quelque détail.

Hypertrophie du eœwr.

Signalé par tous les médecins qui se sont occupés du volume et de la structure du cœur, l'épaississement des parois de cet organe, qui constitue son hypertrophie, onncidele plus ordinairement avec la dilatation de sescavités,et c est uniquement comme élément de l'anëvrisme du cœur que l'hypertrophie cardiaque avait été étudiée par Senac, Lan» cisi et Morgagni. La distinction fondamentale établie par Gorvisart entre l'anévrisme actif et lanévrisme passif a fait entrevoir l'indépendance qui existait entre la dilatation et l'hypertrophie. Mais cest à Bertin, en 1811, que revient

ONZIÈME CLASSE. DES HYPERTROPHIES. iS

Phonneur davoir décrit le premier l'hypertropliie du cœur comme une lésion particulière indépendante de toate dilatation.

L'hypertrophie pure et simple du cœur mérite-t-elle une place parmi les maladies de cet organe? Cette question surprendra peut-étre au premier abord, et cependant plus j*étudie les maladies du cœur, plus je reste convaincu que lliypertrophie pure et simple de cet organe, lorsqu'elle ne dépasse pas certaines limites, lorsqu'elle est exempte soit de dilatation dans les cavités, soit de rétrécissement dans les orifices, n'est pas une maladie à propre* ment parler, qu elle se concilie avec Texercice régulier de tontes les fonctions et se borne à imprimer à l'économie les attributs exagérés du tempérament sanguin.

L'hypertrophie du cœur doit donc être étudiée, moins comme une maladie proprement dite que comme un élément de maladie , élément important qui mérite d'être approfondi, soit en lui-même, soit dans ses rapports avec les maladies du cœur et avec celles des autres organes. L'hypertrophie du cœur me parait, en effet, jouer un grand rôle comme cause organique de maladie; et malgré des assertions contraires , on ne saurait révoquer en doute l'influence de l'hypertrophie du cœur sur rhémor-* rhagie cérébrale, soit capillaire, soit avec foyer sanguin. A l'hypertrophie du cœur doivent encore souvent se rapporter les dilatations artérielles , l'apoplexie pulmo* Daire,etc.

La première question qui se présente lorsqu'on s'occupe de l'hypertrophie du cœur est celle-ci : quelle est la limite qui sépare l'état normal de l'état hypertrophique du cœur? Cette détermination me parait impossible d'une manière rigoureuse^ vu les différences idiosyncrasiq^ues du volume, du poids du cœur et de l'épaisseur de ses parois. Je pense donc qu'il ne faut admettre d'hypertrophie pour le ventricule gauche que lorsque les parois de ce

16 ANATOMIE PATHOLOGIQUE CÉNÉnALE.

ordinairement lié à un rétrécissement des orifices. Je ferai remarquer que presque tous les auteurs qui ont traité de rhyperirophieducœurontprisranévrismehypertrophique pour type de leur description. Je me suis longuement étendu, en traitant de la dilatation du cœur(i), surlanécessite de séparer, dans l'étude clinique dès maladies de cet organe, les phénomènes qui proviennent de Thypertrophie, de ceux qui proviennent de la dilatation, comme aussi de ceux qui tiennent au rétrécissement des orifices. De ces trois éléments principaux des maladies du cœur, à savoir : Thy* pertrophie, la dilatation etle rétrécissement, Thypertrophie est certainement le moins grave ; il est le seul qui ne soit pas marqué au coin de l'incurabilité; mais quand existe une dilatation permanente du cœur par suite de la perte de son élasticité; quand le ventricule gauche, par exemple, qui, à chaque systole» dans l'état régulier , doit revenir complé* tement sur lui-même, ne se vide qu'incomplètement, il y a incurabilité absolue, et la vie ne se maintient que parce qu'il s'établit un certain équilibre morbide, que les moindres circonstances peuvent troubler. Il en est de même du rétrécissement organique des orifices, qui oppose aux contractions du cœur un obstacle invincible.

Ce que je viens de dire sur Thyperlrophie du cœur considérée en elle-même (2) vient, jusqua un certain point, à l'appui d'une idée fort ingénieuse de M. Beau, qui consi*dère l'hypertrophie du cœur, dans le cas de rétrécissement ou de dilatation de cet organe, comme un bénéfice de nature, ou, suivant lexpression de M. Beau, comme une lésion providentielle, en ce sens qu'elle a pour but de renforcer l'action du cœur toutes les fois que ce viscère a un obstacle à vaincre ou qu'il est affaibli par une cause quelconque; de telle sorte que, dans les lésions avec

(i) Voyei Classe des dilalntions, t. H, p. 690.

(1) Os id^M Yie sont ijitp la reproduction de ccllfs que j'nî rmi<.(>s. Dictionnoift d^ médecine et de dnrttr^ie pratiqurs, t. X, p. 2 7 5.

hypertrophie du cœur, les fonctions cardiaques sont enrayées, non pas à cause de Thypertrophie, mais bien malgré Thypertrophie.

Telle est l'hypertrophie du cœur, et le rôle qu'elle me parait jouer dans les maladies de cet organe.

Ses causes sont toutes celles qui impriment au cœur un surcroit d activité (1). Ainsi, la cause la plus puissante de Thypertrophie cardiaque, c'est un obstacle mécanique, et par conséquent permanent à la circulation du cœur. Supposons Tarbre artériel congénitalement ou accidentellement trop resserré, ou bien un obstacle à Tun des orifices du cœur, cet organe redoublera de force et de vitesse de contraction pour chasser le sang qui le surcharge et qui afflue incessamment dans ses cavités. Si l'obstacle est aux valvules aortiques et pulmonaires, il y aura hypertrophie des ventricules correspondants; si l'obstacle est à l'oriBce auriculo-ventriculaire gauche, il y aura hypertrophie de l'oreillette du même côté et par suite des cavités droites.

C'est de la même manière, c'est-à-dire en provoquant des contractions énergiques et rapides, qu'agissent toutes les causes physiques et morales qui précipitent les battements du cœur, et qui deviennent si souvent une cause d'hypertrophie.

J ai eu plus d'une fois occasion d'observer que les palpitations anémiques ou chlorotiques non combattues finissent par amener une hypertrophie, qui survit à la chlorose ou à l'anémie.

Effets de V hypertrophie du cœur. Telle est la loi d'harmonie qui préside à l'organisation, que tout est coordonné d'une part, dans la force d'impulsion du cœur, et d'une autre part, dans la capacité et dans la résistance du sys-

(i) Il ett difficile de comprendre comment on a pu dire qae l'hyper* trophie da ccenr n'éuil pai nne simple augmentation de la tol>stance mnacttlaire, mai$ bien le résuliat d'une altération inflammatoire des fibres mutculaires.

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