‹ Traité d'anatomie pathologique générale (volume 5)Chapitre 2 sur 38 · ONZIEME CLASSE · texte numérisé non relu

ONZIEME CLASSE

DES HYPERTROPHIES.

Les hypertrophies forment la preraière classe du grand groupe des lésions de nutrition. Or, on doit entendre par lésions de nutrition non point toutes les lésions qui portent sur le travail intime, moléculaire, qui constitue le grand acte de la nutrition (il faudrait pour cela embrasser tout le cadre des lésions dites organiques), mais bien les lésions qui consistent tantôt dans l'exagération, tantôt dans rabaissement de la nutrition, soit enfin dans la métamorphose d'un tissu en un autre tissu analogue aux tissus normaux, ou dans la production d'un tissu nouveau analogue.

Les lésions de nutrition proprement dites comprennent donc trois classes : 1° les hypertrophies; 2^ les atrophies; 3® les métamorphoses et productions organiques analogues. Je commence par les hypertrophies.

^hypertrophie (de uTrep, sur, Tpoyv?, nourriture) est une nutrition exagérée qui a pour caractère l'augmentation de volume, de poids, de densité des organes, sans altération notable de texture. Le mot hypertrophie a été inspiré par celui d'rt/ro/?/u'e, qui avait depuis longtemps cours dans la science, et qui signifie défaut ou plutôt diminution de nutrition.

iii. 1

2 ANATOxMlE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

Diipuytren est, je crois , le premier qui ait envisagé les hypertrophies cVune manière générale sous le point de vue de Tanatomie pathologique. Dans sa classification, l'hypertrophie forme le premier ordre de la classe des irritations , sous le titre d'irritations nutritives (1).

Rarement isolées , les hypertrophies constituent moins une lésion proprement dite qu'un élément morbide se mêlant, s'associant à presque toutes les lésions organiques, pour l'intelligence desquelles l'étude des tissus hypertrophiés est de la plus haute importance. Je ne connais pas de lésion qui ait un plus grand nombre d'affinités ou d'associations morbides que les hypertrophies.

En outre, aucune lésion n'est plus générale; elle est aussi générale que la nutrition, dont elle est le résultat; elle est commune à tous les tissus. Je ne puis mieux apprécier le rôle que joue l'hypertrophie dans l'étude des lésions morbides, qu'en rappelant ce que j'ai dit ailleurs (2). «Pour tracer l'histoire complète des hypertrophies, il » aurait fallu parcourir toutes les lésions morbides, et » apprécier le rôle que joue l'hypertrophie dans chacune » de ces lésions. Ce rôle est immense; car nos tissus sont » inaltérables : ils ne sont susceptibles que d'hypertro- » pliieet d'atrophie, et les lésions qui se passent au milieu » de nos organes sont le résultat du dépôt de produits de » diverses natures, dont les uns s'organisent et vivent en » parasites, et dont les autres, non susceptibles d'organi- » sation, doivent être expulsés. » J'ajoute que l'hypertrophie est souvent la première période, le point de départ d'un grand nombre de lésions avec lesquelles on l'a sou-

(i) Voyez l'excellente dissertation de Marandol {Essai sur les irritalions^ Paris, 1807), jeune médecin de la plus fraude espérance, mort victime de son zèle pour la science. — Vovez aussi V Essai sur l'onatomie j)atholorji<juc^ i 8 i H, t. î, p. C)f^.

('.') Voyez Diclionnaire de médecine et de chirurgie pratiques^ article llvi'i r, rnopnii'., t. X, p. t^lr.

ONZIÈME CLASSE. DES HYPERTROPHIES. ?i

vent confondue, et ({u'il importe d'établir lu limite qui sépare l'hypertrophie proprement dite de ces lésions.

Il y a une hypertrophie physiologique et une hypertrophie pathologique. Des degrés insensibles conduisent de Tune à l'autre. Ainsi, à côté de l'augmentation de poids et de volume du cœur, qui a pour conséquence une circulation plus active, mais régulière, se voit l'hypertrophie morbide, qui rompt l'équilibre et constitue une maladie.

La différence entre l'hypertrophie physiologique et l'hypertrophie pathologique est souvent relative.

Deux mêmes organes , égaux en volume , en poids et en densité, appartenant à deux individus différents, peuvent être l'un à l'état normal , l'autre à l'état hypertrophique.

Dans l'appréciation de Thypertrophie, il faut donc tenir grand compte du fait fondamental de l'inégalité de volume et de poids dans les mêmes organes observés chez les différents individus, et aux divers âges de la vie. Chaque individu apporte en naissant une prédominance ou une tendance à la prédominance de tel ou tel organe, de tel ou tel système d'organes : ce sont ces différences originelles dans l'organisation qui établissent en partie ces grandes différences individuelles qu'on appelle tempérament , constitution, idiosyncrasie ^ aptitude. 0\\ en examinant comparativement le poids des organes les plus importants à la vie, tels que le cerveau, le cervelet, le foie, la rate, le cœur, sur un grand nombre de sujets, j'ai été frappé de la différence que présentent les divers individus sous ce rapport. — Aux limites extrêmes, le rapport est de 1 à 2 , en Tabsence de toute maladie proprement dite.

Dans l'état physiologique, une loi de balancement préside au développement régulier des organes , à leurs périodes d'accroissement, de prédominance, comme aussi à leur j)ériode de décroissance absolue ou relative : tels le développement des corps de Wolff, du thymus, des

k ANATOMIE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

organes génitaux, des mamelles. Quand les limites sont dépassées en plus, il y a hypertrophie ; quand les limites sont dépassées en moins, il y a atrophie. Ne soyons donc pas étonnés s'il existe des hypertrophies congénitales.

Tantôt riiypertrophie occupe tous les éléments ou tissus d'un organe , c'est Yhyperirophie dorgane; tantôt elle envahit tel ou tel tissu ou élément de cet organe, Jiyperlrophie de tissu; d'une autre part, tantôt elle n'occupe qu'une partie limitée d'un organe, hypertrophie partielle; tantôt elle occupe la totalité de l'organe, hypertrophie générale.

Il faut d'ailleurs bien se garder de considérer comme hypertrophiés des organes dont le volume anormal est dû à des productions organiques développées dans leur épaisseur.

L'hypertrophie fait exception à cette loi fondamentale qui régit l'anatomie pathologique tout entière, à savoir que les espèces morbides ne se transforment pas les unes dans les autres (1). Les tissus hypertrophiés peuvent en effet s'enflammer, devenir tuberculeux , cancéreux, subir diverses transformations ou productions organiques, preuve bien évidente que l'hypertrophie simple n'est pas une lésion proprement dite, mais une simple exagération de la nutrition normale. Ainsi, dans un cancer de l'estomac qui débute par la muqueuse ou par la couche fibreuse subjacente, la couche musculeuse, d'abord simplement hypertrophiée, finit bientôt par être envahie.

Que si Ton veut aller au fond de la question et déterminer en quoi consiste l'hypertrophie; s'il y a seulement développement des parties préexistant dans l'organe, ou bien si, sous l'influence d'une nutrition plus abondante, il y a création de nouvelles fihres, je répondrai qu'il ni'avait paru plus rationnel d'admettre l'augmentation de volume

des parties préexistantes. Il me répugnait en effet d'admettre que Thypertrophie musculaire ait pour conséquence la formation de fibres nouvelles , l'hypertrophie glandulaire la superaddition de grains glanduleux. Pour résoudre cette question, le microscope était le seul moyen d'investigation qui pût être invoqué.

Or, il résulte des recherches de M. le docteur Charles Robin, agrégé delà Faculté, que les lois de l'hypertrophie varient suivant chaque tissu : que dans les tissus les plus simples , ceux que j'appelle tissus charpente, à savoir le tissu cellulaire et ses dérivés, les tissus fibreux, cartilagineux et osseux, l'hypertrophie est due à une augmentation de nombre des fibres, et que dans les tissus composés, tantôt il y a à la fois augmentation de volume du tissu propre et augmentation de nombre, comme dans les muscles , et souvent aussi dans le tissu glanduleux ; tantôt il y a seulement augmentation de volume, comme dans les nerfs dont les tubes nerveux deviennent plus gros d'un quart environ (1).

Je voulais d'abord n'étudier l'hypertrophie que dans le

(i) Voici la note textuelle qui m'a été remise par M. le docteur Ch. Robin, dont le zèle pour les progrès de la science ne fait jamais défaut, et dont l'exactitude consciencieuse m'est parfaitement connue :

« L'e'tude de la structure intime des tissus exécutée à l'étude du mi- » croscope a montré un fait qui, jusqu'à présent, n'a pas été signalé. » G est que l'augmentation de volume des organes a une cause différente » selon le tissu qui les constitue, ou celui d'entre eux qui augmente de » volume; en un mot, les lois de l'hypertrophie varient suivant chaque n tissu.

» En voici des exemples pris sur les tissus les plus simples d'abord, i) pour arriver aux plus complexes ensuite.

» A. Dans les tissus les plus simples ( adipeux , fibreux , cellu- M laire, etc.) , l'hypertrophie est due à une augmentation de nombre des » fibres ou des vésicules, car aucune d'elles n'a un volume plus grand qu'à n l'état normal.

» 1° Dans lestissus cellulaire et fibreux hypertrophiés, comme par exem- » pie, entre les couches musculaire, muqueuse et péritonéale de l'estomac » dans certains cas d'ulcères de la muqueuse, le tissu cellulaire interposé,

6 ANATOMIE l'ATJlOLOGlQUE GÉNÉRALE.

sens rigoureux de son acception étyniologi(jue, c'est-àdire limiter cette lésion à Taugmentation pure et simple de poids, de volume ou de densité des organes et des tissus, sans altération aucune dans leur texture; mais j'ai bientôt compris qu'il y avait de grands avantages à donner à la classe des hypertrophies toute l'extension que je lui ai don-

» bien que quintuplé, etc., quant à la masse, est formé de fibres qui ont » toutes le volume normal, et qui sont seulement un peu plus adhérentes w les unes aux autres. Le même fait s'observe encore dans les cas d'augmen- >» tation d'épaisseur du périoste, quelque considérable qu'elle soit. Dans » les tumeurs fibreuses qui ne sont que des hypertrophies locales et limi- » tées du tissu cellulo-fibreux portées jusqu'au point de former un organe » morbide nouveau, le même fait peut être constaté avecautantd'évidence. » 2° Cet exemple peut s'appliquer en tout point au tissu adipeux. Que » son hypertrophie soitlocaliséeetportéejusqu'à production d'unetumeur » (lipome) ou généraIisée(polysarcie adipeuse), jamais les vésicules pleines » d'huile, ou vésicules adipeuses, qui sont l'élément caractéristique du » tissu, ne sont plus grosses qu'à l'état normal. Elles ont donc certaine- » ment augmenté de nombre dans ce cas,

» 3" Dans les cas d'augmentation de volume des os (du tibia, par » exemple, devenu un quart plus long que du côté opposé et deux à trois » fois plus épais), dans le cas de voisinage d'un ulcère, d'une tumeur, etc., >• les éléments caractéristiques de l'os, appelés ostéoplastes ou corpuscules n osseux, ont constamment le volume normal. Il en est de même dans le >t cal, dans les stalactites osseuses, les cxostoses éburnées ou non. Même » observation pour les cavités des corpuscules caractéristiques des car- » tilages.

» 4" Dans tous les cas d'hypertrophie de Pépiderme cutané, quelles que » soient les conditions dans lesquelles on l'observe, les lamelles ou cellules » épidermiques conservent le volume normal. Elles ont donc augmenté >• de nombre. Dans les cas de tumeurs épidermiques, on trouve au milieu » de cellules ayant le volume normal, une certaine quantité d'autres qui n sont deux ou trois fois plus larges (jue les cellules normales, mais leur » j)roporiion n'est jamais assez considérable pour que l'on puisse penser » à faire jouer à ce fait un rôle important dans la production de la >i tumeur,

» 5** Ayant comparé les artères homologues très hypertrophiées (bran- » (lies de la carotide externe) dans un cas de tumeur de la région paro- •» (idienne, à C( Iles du côté opposé qui avaient le volume normal, les » éléments (de chaque cotudie très épaissie) étaient restés avec leur vo- » lume normal. Même fait s'est présenté pour les vaisseaux artériels et

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née ailleurs . bien que la limite entre l'hypertrophie et la transformation, ou métamorphose de tissu, et nommément la métamorphose fibreuse , soit quelquefois difficile à établir (1). Or, tous les faits pathologiques relatifs à l'hypertrophie peuvent se rallier aux trois catégories suivantes : l"' hypertrophie pure et simple; 2"" hypertrophie

» veineux ovaro-utcrins dans la grossesse, comparés aux vaisseaux corres- » pondants d'un autre sujet dont l'utérus e'tait à l'état de vacuité.

» B. Quant aux tissus complexes, tels que muscles, nerfs et glandes, la » question offre plus de difficulté, sauf toutefois pour les nerfs.

» i« Les muscles hypertrophie's offrent des faisceaux striés (fibres » striées, fibres primitives des auteurs) plus larges en moyenne qu'à 1 état .i normal. Toutefois cette augmentation de volume est assez peu consi- >> rable pour qu'il soit difficile de pouvoir se rendre compte à son aide » sevdement de l'augmentation de volume de l'organe. Et pourtant, les n coucbes de tissu cellulaire interposées aux faisceaux musculaires ne » sont pas hypertrophiées, non plus que celles de tissu adipeux qu'on n rencontre quelquefois dans les muscles. Ce qui vient d'être dit plus haut » des faisceaux musculaires s'applique à ceux du coeur comme à tous les » autres, et il semble impossible de se rendre compte de l'hypertrophie » de ces organes sans admettre ici la production de fibres striées nou- » velles, puisque l'augmentation de volume de celles qui constituent l'ori> gane malade n'est pas en rapport avec l'hypertrophie de celui-ci.

» 20 Les nerfs de l'utérus pendant la grossesse sont plus gros que dans » l'état physiologique contraire. L'augmentation de volume tient surtout » à celle du névrilème , mais on peut constater aussi que les tubes ner- « veux sont devenus plus gros d'un quart environ.

» 3° Dans l'hypertrophie des glandes, les culs-de-sac peuvent atteindre » un diamètre huit à dix fois plus grand qu'à l'état normal. En même » temps que la gaîne des cids-de-sac devient plus b'rge, l'épi thélium qui » tapisse la face interne augmente d'épaisseur. Ici, dans la grande majo- » rite des cas, celte augmentation de volume rend compte de l'hyper- » trophie de lorgane, dont les cloisons cellulo-adipeuses s'hy[)ertro- » phient également à leur manière (voyez plus haut A). Toutefois il est » des cas où la masse morbide (mamelle, petites glandules salivairessousy> muqueuses hypertrophiées isolément) est si considérable, qu'il n'y a » plus de rapport entre l'augmentation de volume des culs-de-sac et celle j) de l'organe. La disproportion est telle, qu'il est difficile alors de ne pas » adn)eltre la production de culs-de-sac nouveaux dans chacun des acini, » ou grains glandulaires. »

(i) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pralirjtics^ t. X.

avec induiation ; 3^ hypertrophie avec transformation. Cest sous ce triple point de vue que je vais étudier l'hypertrophie dans les tissus principaux de 1 économie, après avoir présenté quelques considérations générales sur les causes et les effets de l'hypertrophie.

Causes générales de l'Iiypertrophie. — Les causes générales de rhypertrophie se résument dans les deux chefs suivants :

1° L'action exagérée d'un organe ou d'un tissu ;

2** Un travail morbide fluxionnaire au voisinage ou au sein d'un organe.

1° A Yaction exagérée d'un organe se rapporte surtout l'hypertrophie pure et simple, l'hypertrophie proprement dite, c'est-à-dire l'hypertrophie caractérisée par une augmentation de poids, de volume ou de densité sans changement aucun dans les caractères anatomiques du tissu : telle l'hypertrophie du cœur à la suite de courses rapides, d'émotions morales répétées, comme aussi à la suite du rétrécissement des orifices du cœur, d'une communication accidentelle de ses cavités. Ainsi, lorsqu'un poumon s'est atrophié par suite d'épanchement pleural ou d'inflammation chronique de son tissu, l'autre poumon , en vertu de cette solidarité qui lie entre eux les organes doubles, supplée par son développement et par son activité à l'insuffisance de son congénère pour les besoins de la vie. Dans un cas de ce genre, j'ai vu le poumon sain remplir les deux tiers de la cage tlioracique : il en est de même des reins, des mamelles, des testicules, etc.

1° Au travail morbide Jluxioti?iaire âaus le voisinage ou au sein d'un organe, se ra|)porte rhypertroj)hie avec induration, et plus souvent peut-être rhy[)ertroj)hie avec transformation ou métamorphose. Bien que ces deux dernières esj)èces d'hypertrophies s'éloignent, à la rigueur, de la définition quej'ai donnée de rhypcrtroj)hic, et (pie la seconde en particulier ap[)artienne a la classe des métamorphoses

organiques, leur affinité avec riiyperirophie proprement dite est telle que le tableau des hypertrophies serait incomplet si on ne les rapprochait pas les unes des autres.

Effets généraux de l'hypertrophie. — Les ejfets généraux de l'hypertrophie sont :

1° Un défaut d'équilibre entre Forgane hypertrophié et les organes avec lesquels il est en rapport de fonction. La loi d'harmonie qui préside au développement relatif des organes et des tissus est plus ou moins détruite, et une perturbation plus ou moins grande dans l'exercice des fonctions en est la conséquence. Dans l'hypertrophie simple , il y a exagération ou prédominance d'action en rapport avec l'exagération de volume et de densité de l'organe.

Si l'organe hypertrophié est un organe sécréteur;, il y a exagération dans le produit de la sécrétion; si c'est un muscle, il y a contraction exagérée. La nutrition de l'organe hypertrophié étant plus active, ses vaisseaux artériels et veineux augmentent beaucoup de diamètre : tels les vaisseaux mammaires pendant l'hypertrophie physiologique qu'entraîne la lactation. Quant aux nerfs, un grand nombre de fciits me paraissent établir qu'ils ne participent pas au développement des autres éléments organiques. Ainsi les nerfs utérins ne sont pas plus développés sur un utérus chargé du produit de la conception que sur un utérus vide.

Lorsque l'hypertrophie n'affecte qu'un élément ou tissu élémentaire d'un organe, il en résulte assez souvent l'atrophie par compression des autres tissus élémentaires de cet organe ; et c'est dans ce cas qu'on rencontre dans le même organe un singulier mélange d'atrophie et d'hypertrophie qu'il est si important de bien analyser.

De l'augmentation de poids, de volume, et de densité des organes hypertrophiés résulte souvent lacompression des organes voisins, et par conséquent une gène plus ou

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moins considérable dans leurs fonctions. Ainsi la glande thyroïde développée comprime la trachée et Tœsopha^e ; les glandes amygdales hypertrophiées gênent la déglutition; l'anneau pyloricjue trop développé rétrécit Torifice duodénal de Testomac.

L'hypertrophie n'est pas une lésion exclusive des autres lésions; bien au contraire, elle les favorise toutes par le travail fluxionnaire qu'elle appelle sur les organes qui en sont le siège : ainsi les lésions si variées qui constituent les goitres paraissent avoir le plus ordinairement pour point de départ Thypertrophie pure et simple de cet organe. D'un autre côté, Thypertrophie est souvent la conséquence du voisinage d'une lésion organique, par suite du travail fluxionnaire qu'entraîne cette lésion organique. Si, dans l'hypertrophie pure et simple d'un organe, il y a exagération d'action de la part de cet organe, il n'en est pas de même dans l'hypertrophie avec induration et surtout dans l'hypertrophie avec métamorphose. Dans ce dernier cas, il y a diminution ou suppression d'action en rapport direct avec cette induration ou cette métamorphose.

L'hypertrophie n'étant autre chose qu'une nutrition exagérée, il est évident qu'elle est curable de sa nature, par la soustraction des causes qui l'ont produite ou ([ui l'entretiennent; on conçoit même que l'atrophie puisse, dans un certain nombre de cas, succéder à l'hypertrophie.

r/hypertropbie étant une lésion aussi générale que la nutrition dont elle est un résultat, je vais l'étudier successivement dans les quatre grands tissus de l'économie : 1° dans le tissu musculaire; 2' dans le tissu cellulaire et ses dérivés; S» dans le tissu glanduleux ; U° dans le tissu nerveux; 5° dans quehpies organes composés, et en particulier dans les membranes tégumentaires ; 6° dans les organes canaliculés.

PREMIER GENRE

Hypertrophie du tissu musculaire.

Le règne de l'hypertrophie est, pour ainsi parler, dans le système musculaire; et il n'est pas sans intérêt de remarquer que c'est pour l'organe musculaire qui y est le plus sujet et chez lequel elle joue le plus grand rôle, le cœur, que le mot d'hypertrophie a été créé.

L'hypertrophie musculaire se reconnaît à une augmentation de volume, de densité des muscles, à une coloration plus brune de leur ussu, et s'accompagne d'un développement plus considérable de leui^s vaisseaux. Je n'ai pas remarqué une augmentation proportionnelle de leurs nerfs. Il faut bien distinguer l'augmentation de volume des muscles qui tient à la présence d'une plus grande quantité de tissu adipeux de fhypertrophie musculaire proprement dite.

L'hypertrophiepartielle des muscles de la viede relation, l'hypertrophie générale de ces muscles qui constitue le tempéramentath!étique,ne sont pas du ressort de la pathologie :en vertu de la loi d'harmonie qui préside à l'organisation,les tendons, les aponévroses, les os et les ligaments se développant d'une manière proportionnelle aux muscles correspondants, il n'en résulte aucun phénomène morbide proprement dit. Il n'en est pas de même du système musculaire de la vie nutritive. Disons d'abord qu'il n'y a aucune solidarité entre le système musculaire de la vie de relation et le système musculaire de la vie de nutrition, et qu'il n'y a non plus aucune solidarité entre les diverses fractions de ce dernier système. Or, les fonctions des muscles de la vie nutritive étant toutes relatives à la circulation des divers liquides de l'économie, on conçoit qu'une différence, même légère, dans leur force et dans leur épaisseur, puisse avoir les conséquences les plus graves sur l'exercice des fonctions.

L'hypertrophie morbide des muscles de la vie nutritive nous a révélé la présence du tissu musculaire dans des organes où il est bien difficile de les reconnaître dans Tétat physiologique (ex., vésicule de fiel). Ainsi, dans un cas d'ictère par lésion cancéreuse des conduits hépatiques (y compris la partie supérieure du canal cholédoque et le canal cystique), la vésicule de fiel, volumineuse, contenant une quinzaine de calculs, j'ai trouvé dans l'épaisseur des parois de cette vésicule une couche musculaire épaisse constituée par de petits faisceaux parallèles, ou légèrement entrecroisés, très visibles à l'œil nu et très faciles à séparer de la tunique muqueuse. Les divisions distendues des conduits hépatiques m'ont également présenté des fibres circulaires qui me paraissent dénoter dans ces conduits la présence de fibres musculaires circulaires. C'est également l'hypertrophie qui nous a permis de déterminer des plans musculaires dont la ténuité ne nous permettait pas d'apprécier la disposition (ex., fibres musculaires de la vessie, de l'estomac). Au premier rang se place, sous le rapport de l'importance pratique , non moins que de la fréquence , l'hypertrophie du cœur, qui va m'occuper avec quelque détail.

Hypertrophie du cœur.

Signalé par tous les médecins qui se sontoccupés du volume et de la structure du cœur, l'épaississement des parois de cet organe, qui constitue son hypertrophie, coïncide le plus ordinairement avec la dilatation de sescavités, et c'est uniquement comme clément de Tanévrisme du cœur que l'hypertrophie cardiaque avait été étudiée par Senac, Lancisi et Morgagni. La distinction fondamentale établie par Corvisart entre Tanévrisme actif et lanévrisme passif a fait entrevoir l'indépendance qui existait entre la dilatation et Ihypertrophie. Mais c'est à Berlin, en 1811, que revient

Phonneur d'avoir décrit le premier i'iiypertropliie du cœur comme une lésion particulière indépendante de toute dilatation.

L'hypertrophie pure et simple du cœur mérite-t-elle une place parmi les maladies de cet organe? Cette question surprendra peut-être au premier abord, et cependant plus j'étudie les maladies du cœur, plus jereste convaincu que l'hypertrophie pure et simple de cet organe, lorsqu'elle ne dépasse pas certaines limites, lorsqu'elle est exempte soit de dilatation dans les cavités, soit de rétrécissement dans les orifices, n'est pas une maladie à proprement parler, qu'elle se concilie avec l'exercice régulier de toutes les fonctions et se borne à imprimer à l'économie les attributs exagérés du tempérament sanguin.

L'hypertrophie du cœur doit donc être étudiée, moins comme une maladie proprement dite que comme un élément de maladie , élément important qui mérite d'être approfondi, soit en lui-même, soit dans ses rapports avec les maladies du cœur et avec celles des autres organes. L'hypertrophie du cœur me paraît, en effet, jouer un grand rôle comme cause organique de maladie ; et malgré des assertions contraires , on ne saurait révoquer en doute l'influence de l'hypertrophie du cœur sur Thémorrhagie cérébrale, soit capillaire, soit avec foyer sanguin. A l'hypertrophie du cœur doivent encore souvent se rapporter les dilatations artérielles , l'apoplexie pulmo* naire, etc.

La première question qui se présente lorsqu'on s'occupe de Thypertrophie du cœur est celle-ci : quelle est la limite qui sépare l'état normal de l'état hypertrophique du cœur? Cette détermination me paraît impossible d'une manière rigoureuse, vu les différences idiosyncrasiques du volume, du poids du cœur et de l'épaisseur de ses parois. Je pense donc qu'il ne faut admettre d'hypertrophie pour le ventricule gauche que lorsque les parois de ce

14 ANATOMIE PATtlOLOGîQUK GÉNÉRALE.

ventricule attei(]nent de 14 à 16 millimètres (1) ( de 7 à 8 lignes) d'épaisseur ; pour le ventricule droit, que lorsque ses parois ont atteint de 8 à 10 millimètres (de U k 5 lignes) d'épaisseur; pour 1« cœur en général, que lorsque le poids du cœur atteint de 10 à 12 onces (300 à 360 grammes), au lieu de 6 à 7 onces (180 à 20 0 grammes), qui est le poids moyen de cet organe.

Les patbologistes ont admis, d'après Bertin , trois variétés d'hypertrophie cardiaque :

1° V hypertrophie shnple , c'est-à-dire l'épaississement des parois, sans augmentation ni diminution des cavités du cœur;

2° Vj' hypertrophie excentrique, caractérisée par la dilatation des cavités du cœur avec épaississement de leurs parois ;

3° \J hypertrophie concentrique, caractérisée par le rétrécissement des cavités du cœur, avec épaississement de leurs parois.

Fondé sur un grand nombre de faits, j'ai cru devoir rejeter l'hypertrophie concentrique du cœur (2). Quels sont, en effet, ses caractères ? Cavités effacées, épaississement proportionnel plus considérable des parois, ce quia fait supposer que, dans ce cas, l'hypertrophie occupait la couche intérieure du cœur, tandis que, d'après les mêmes observateurs, l'hypertrophie excentrique occuperait surtout les couches extérieures.

A cette doctrine, qui supposerait l'indépendance des couches externes et des couches internes du cœur, indépendance qui est contredite par la structure de cet organe (3), j'opposerai seulement ce fait, c'est que l'effacement de la cavité du cœur, dans ce qu'on appelle hypertrophie concentrique, est le résultat du genre de mort. Le

(i) Ces mesures tloivent s'entendre de la partie la plus épaisse de ce ventricule, un peu au-dessous des orifices artériels.

(9.) Dictionnaire de médecine et de ctnrurijie pratiques, I. X, p. 223. (3) Voyez Anatomie (Ifurriptirr^ 3* édilion, f. II, p. .'>39.

OISZIÈME CLASSE. DES IIYPERTROPHIKS. 15

cœui de tous les suppliciés que j'ai eu occasion d'examiner m'a offert ce phénomène à son maximum de développement. J'ai fait la même observation chez tous les individus qui ont succombé à une mort violente, sans agonie. Chez tous, le ventricule gauche est sans cavité; il est contracté sur ses deux grosses colonnes charnues ou piliers, comme la main fermée sur le pouce. Les cœurs hypertrophiés concentriquement des auteurs qui admettent cette variété d'hypertrophie, ne sont autre chose que des cœurs plus ou moins hypertrophiés, que la mort a surpris dans toute leur énergie de contractihté. On peut d'ailleurs s'en convaincre en voyant la facilité avec laquelle ces ventricules sans cavité se laissent dilater par l'introduction d'un ou de plusieurs doigts, et renverser sur eux-mêmes à la manière d'un doigt de gant ; or, le resserrement élastique du cœur une fois vaincu, ces prétendus cœurs hypertrophiés concentriquement se trouvent dans l'état d'un autre cœur plus ou moins hypertrophié. J'avoue que j'ai peine à comprendre (ju'on ait pu invoquer comme caractère différentiel entre le cœur revenu sur lui-même et le cœur hypertrophié concentriquement , l'expérience suivante. Dans le cas d'hypertrophie concentrique du cœur, dit-on, la dilatation du cœur ne peut pas s'opérer sans déchirure de tissu, tandis que la dilatation est facile et sans déchirure dans le cas de cœur simplement revenu sur lui-mérne. J'affirme qu'il n'y a aucune différence sous le rapport de la facilité de la dilatation entre le cœur des suppliciés et des individus morts d'une mort violente sans agonie, et le cœur dit hypertrophié concentriquement. La seule différence qui existe entre les cœurs à cavité effacée, à quelque catégorie qu'ils apj)artiennent, tient à la présence ou à l'absence de l'hypertrophie et de ses divers degrés.

Quant k Y hypej'trop /lie excentrique de Bertin, elle n'est évidemment autre chose que l'anévrisiiie actif de Corvisartoul'anévrisme hypertropbique du cœur, qui se trouve

16 ANATOxMiE PATHOLOGIQUE GÉNÉRALE.

ordinairement lié à un rétrécissement des oiifices. Je ferai remarquer que presque tous les auteurs qui ont traité de Fhypertrophieducœurontprisranévrismehypertrophique pour type de leur description. Je me suis longuement étendu, en traitant de la dilatation du cœur(l), sur la nécessité de séparer, dans l'étude clinique des maladies de cet organe, les phénomènes qui proviennent de Thypertrophie, de ceux qui proviennent de la dilatation, comme aussi de ceux qui tiennentau rétrécissementdes orifices. De ces trois éléments principaux des maladies du cœur, à savoir : Tliypertrophie, la dilatation etle rétrécissement, Thypertrophie est certainement le moins grave; il est le seul qui ne soit pas marqué au coin de rincurabllité; mais quand existe une dilatation permanente du cœur par suite de la perte de son élasticité; quand le ventricule gauche, par exemple, qui, à chaque systole, dans l'état régulier, doit revenir complètement sur lui-même, ne se vide qu'incomplètement, il y a incurabilité absolue, et la vie ne se maintient que parce qu'il s'établit un certain équilibre morbide, que les moindres circonstances peuvent troubler, il en est de même du rétrécissen)ent organique des orifices, qui oppose aux contractions du cœur un obstacle invincible.

Ce que je viens de dire sur Thypertrophie du cœur considérée en elle-même (2) vient, jusqu'à un certain point, à l'appui d'une idée fort ingénieuse de M. Beau, qui considère l'hypertrophie du cœur, dans le cas de rétrécissement ou de dilatation de cet organe, comme un bénéfice de nature, ou, suivant l'expression de M. Beau, comme ime lésion providentielle, en ce sens (ju'elle a pour but de renforcer l'action du cœur toutes les lois que ce viscère a un obstacle à vaincre ou qu'il est affaibli par une cause quelconque ; de telle sorte que , dans les lésions avec

(i) Voyez Classe (les dilalations^ l. Il, j). <3i)0.

{o.) Ces i(l('os \io. sont que la repiodiiolion «le celles que j'nl ('mises, Diclioituaire de nijclcciiic et de chinirijic prntuiucSf t. X, p. ?.i!j.

hypertrophie du cœur, les fonctions cardiaques sont enrayées, non pas à cause de l'hypertrophie, mais hien malgré Fhypertrophie.

Telle est Thypertrophie du cœur, et le rôle qu'elle me paraît jouer dans les maladies de cet organe.

Ses causes sont toutes celles qui impriment au cœur un surcroît d'activité (1). Ainsi, la cause la plus puissante de l'hypertrophie cardiaque, c'est un obstacle mécanique, et par conséquent permanent à la circulation du cœur. Supposons Tarbre artériel congénitalement ou accidentellement trop resserré, ou bien un obstacle à l'un des orifices du cœur, cet organe redoublera de force et de vitesse de contraction pour chasser le sang qui le surcharge et qui afflue incessamment dans ses cavités. Si Fobstacle est aux valvules aortiques et pulmonaires, il y aura hypertrophie des ventricules correspondants; si l'obstacle est à l'orifice auriculo-ventriculaire gauche, il y aura hypertrophie de l'oreillette du même côté et par suite des cavités droites.

C'est de la môme manière, c'est-à-dire en provoquant des contractions énergiques et rapides, qu'agissent toutes les causes physiques et morales qui précipitent les battements du cœur, et qui deviennent si souvent une cause d'hypertrophie.

J'ai eu plus d'une fois occasion d'observer que les palpitations anémiques ou chlorotiques non combattues finissent par amener une hypertrophie, qui survit à la chlorose ou à l'anémie.

Effets de l'hypertrophie du cœur. Telle est la loi d'harmonie qui préside à l'organisation, que tout est coordonné d'une part, dans la force d'impulsion du cœur, et d'une autre part, dans la capacité et dans la résistance du sys-

(i) Il est difficile de comprendre comment on a pu dire que l'hypertrophie du cœur n'était pas une simple au{],montation de la substance musculaire, mais bien le résuhat d'une altération indammatoire des fibres musculaires.

18 ANATOMIE PATHOLCJGIQUE GÉNÉRALE.

lème artériel. Or, les effets de Fliypertrophie, et, par conséquent, de Faiigmentation dans la force d'impulsion du cœur^, se manifestent : V sur le cœur lui-même; 2° sur Farbre artériel ; 3" sur les autres organes.

V Sur le cœur : Si le rétrécissement des orifices du cœur est une cause fréquente de l'hypertrophie de cet organe, l'hypertrophie du cœur est peut-être aussi souvent la cause du rétrécissement des orifices. L'hypertrophie du ventricule gauche du cœur produit très fréquemment les concrétions calcaires de Faorte : et de même que les tendons des muscles de la vie de relation s'accroissent en même temps et dans la même proportion que les muscles auxquels ils font suite ; de même les petits cordages fibreux qui constituent les tendons du cœur, se développent en proportion des colonnes charnues auxquelles ils s'insèrent : les valvules auriculo-ventriculaires, relevées avec force et tiraillées par suite de la contraction vigoureuse des ventricules, s'épaississent, deviennent cartihigineuses, osseuses, se recroquevillent et dès lors sont incapables de jouer sur Forifice qu'elles obturent plus ou moins complètement. Il en eit de même des valvules sigmoïdes , bien qu'elles soient dépourvues de cordages tendineux.

2" Sous Finfluence de Fhypertrophie du ventricule gauche, Faorte se dilate ; et sa dilatation peut être limitée à la crosse et même à la partie ascendante de la crosse de Faorte ; elle peut s^étendre à Faorte tout entière, à la totalité de Farbre artériel : indépendamment de la dilatation des artères, et en même temps (pie cette dilatation , Fhypertrophie du ventiicule gauche peut avoir pour conséquence Faltération plâtreuse, stéatoinateuse , cartilagineuse, ossiforme de Faorte et de tout le système artériel.

C'est dans des cas de cette espèce qu'on a vu une sorte de diathèse anévrismale, et dans Faorte et dans d'autres parties de Farbre arléricl.

3° L'Influence de Thypertrophie du cœur peut s'étendre à d'autres organes, et en particulier aux poumons et au cerveau.

1" Au cerveau : Bien que l'hypertrophie du ventricule gauche ne joue pas dans la production de l'apoplexie céréhrale un rôle aussi grand que quelques auteurs l'ont prétendu , cependant il est incontestable que cet état du cœur ne soit une des causes prédisposantes les plus efficaces de riiémorrhagie cérébrale. Pour mon compte, j'ai vu un grand nombre d'hémorrhagies cérébrales , tantôt capillaires, tantôt avec foyer sanguin, qui coïncidaient avec une hypertrophie du cœur.

2o Aux poumons : L'hypertrophie du cœur est une cause assez fréquente d'hémoptysie ou d'apoplexie puL monaire. Or, l'hémorrhagie pulmonaire, qui semblerait devoir survenir plus particulièrement dans le cas d'hypertrophie des cavités droites, se voit souvent dans l'hypertrophie limitée aux cavités gauches, ce qui n'étonnera pas si l'on considère l'étroite solidarité qui existe entre les cavités droites et les cavités gauches du cœur.

L'apoplexie pulmonaire est une des lésions consécutives les plus fréquentes dans les dernières périodes des maladies du cœur : il est rare qu'elle ne soit pas l'indice d'une fin prochaine; quelquefois même elle est foudroyante.

Conséquences thérapeutiques. On peut guérir l'hypertrophie du cœur, je veux dire l'hypertrophie exempte de toute dilatation, de tout rétrécissement : or, on la guérit non par l'application de la doctrine d'Albertini et de Valsalva, qui, comme méthode générale de traitement, me paraît dans ce cas une erreur grave , mais par la soustraction de toutes les causes qui peuvent accélérer les contractions du cœur et par un appel du sang vers les muscles de la vie de relation.

La saignée générale, dans ce cas, n'est qu'un moyen

palliatif dont on ne doit user qu'avec une (grande réserve et seulement pour remédier à la pléthore sanguine. Sous l'emploi exage'ré de la saignée, j'ai vu l'hypertrophie survenir ou s'accroître, le cœur précipiter ses battements, son irritabilité augmenter, et le vieil adage sanguis frœnat nervos complètement justifié.

Pour moi, la méthode de Valsalva , dans ce cas, c'est le repos du cœnr, la soustraction de tous les stimulants de la circulation , un régime alimentaire peu abondant, substantiel, mais nullement excitant ; et, je le répète, l'appel du sang fait sur les muscles de la vie de relation (1).

Le fait suivant que j'ai observé au début de ma pratique m'a servi de règle de conduite pour un grand nombre de cas analogues. Un de mes anciens camarades d'études passait la plus grande partie des jours et une partie des nuits à faire des cartes géographiques. Il fut pris d'oppression, de battements du cœur et en vint au point de ne pouvoir faire quelques pas sans être suffoqué. On voyait battre son cœur à travers ses vêtements; l'impulsion était énorme. En outre il avait éprouvé plusieurs hémoptysies; on le saignait de temps à autre , toujours avec soulagement; mais ce soulagement était de courte durée. Je lui conseillai de remplacer le travail sédentaire par les occupations de l'arpentage , en évitant de porter lui-même la chaîne , et en marchant à pas très lents : il devait se nourrir de laitage , d'œufs , de volaille et des aliments qu'on trouve ordinairement à la campagne, s'abstenir de vin, de café, etc. Quelle ne fut pas ma surprise de le voir revenir, au bout de six mois de ce régime, sans aucune j)alpitation, sans oppression ! Il était guéri.

(i) Jesais hien queLatinnec dit avoir employé avec succès la meiliotlc «Uf^ je combats, et cite trois faits qui semblent tlemonstraiifs ; l'un de ces faits a pour sujet un individu qui ayant succombé plus tard à une autre rn;<ladi(*,pr('S(;nta unccj'iir pins petit qu'à rordinnirr<lont l'aspect extérieur t't.iif celui d'une poviwc ridcc.

ONZIÈME CLASSE. DES HYPERTllOPHlIiS. 21

Si Ton se rappelle combien est grande la quantité de san[5 qui pénètre les muscles de la vie de relation, combien la circulation qui a lieu à travers les muscles agissants est plus considérable que celle qui se fait à travers les muscles à Tétat de repos ; si l'on rapproche de ces faits, d une part, cette loi de l'économie, en vertu de laquelle la fluxion sanguine ne peut pas être portée au même degré dans deux points à la fois; d'une autre part, cette autre loi par laquelle l'exercice répété , exagéré d'un muscle , augmente très rapidement sa masse, son volume et son énergie de contraction, et développe proportionnellement son système vasculaire, on comprendra facilement quelle dérivation puissante doit opérer siu' la circulation et sur la nutrition du cœur, l'exercice simultané de presque tous les muscles de l'économie , exercice qui doit se faire à pas très lents , de façon à prévenir l'abord brusque d'une grande masse de sang dans les cavités du cœur, mais qui doit se faire d'une manière aussi continue que possible.

C'est à l'aide de cette méthode si simple, entièrement fondée sur la loi physiologique des fluxions, savoir : de se promener à pas comptés avec de courts intervalles de repos pendant la plus grande partie du jour, que je crois avoir obtenu la guérison d'hypertrophies du cœur, (}ui avaient résisté aux évacuations sanguines , aux antispasmodiques de toute espèce et dont plusieurs avaient été regardées comme au-dessus des ressources de l'art.

Voilà ce que je me proposais de dire sur Ihypertrophie du cœur, que je considère comme l'un des trois grands éléments organiques des maladies de cet organe , les deux autres étant constitués par le rétrécissement et par la dilatation.

De ces trois grands éléments des lésions du cœur, qui sont souvent isolés, plus souvent associés deux à deux, trois à trois, un seul est curable : c'est l'hypertrophie ; les deux autres sont incuiables : or, en rapprochant ce que

22 ANATOMIE PAïflOLOGIQUE GÉNÉRALE.

j'ai dit sur le rétrécissement du cœur (classe des Rétrécissements) , et sur l'anévrisme du cœur (classe des Dila^ tations) ; de ce que je viens de dire sur Thypertrophie, on pourra se faire une idée parfaitement exacte de l'anatomie pathoio^i(|ue du cœur, de son diagnostic, comme aussi de son traitement.

Avec l'exercice on doit faire concourir le régime alimentaire (}ui doit être sévère pour le choix et pour la quantité des aliments et des boissons, exempt de tout stimulant, à une température froide. Une alimentation substantielle qui nourrit sous un petit volume est préférable à une alimentation moins nutritive et plus abondante.

Hypertrophie de la tunique musculeuse de la vessie. Elle est extrêmement fréquente , souvent très considérable et peut servir de type pour l'hypertrophie musculaire. J'en ai fait représenter deux exemples remarquables (1).

Cette tunique musculeuse de la vessie, si pâle, si ténue, et en quelque sorte si incomplète dans l'état ordinaire , acquiert quelquefois par l'hypertrophie l'épaisseur de 16 à 20 millimètres (8 à 10 lignes); et c'est dans des cas de ce genre qu'on peut bien étudier les divers plans musculaires qui entrent dans la composition de la vessie et la direction de leurs fibres (2).

Un fait bien remarquable , c'est que c'est aux dépens delà tunique musculaire toute seule qu'ont lieu les hvpertropliies de la vessie, et que la membrane muqueuse conserve presque toujours sa ténuité naturelle.

Dans les vessies considérablement hypertrophiées , les différentes couches musculaires de cet organe forment un tout continu; en outre, sa surface interne présente de grosses colonnes charnues (|ui interceptent par leur rencontre des aréoles plus ou moins considérables, quel(|ue-

[\) Anatomie paOïolog'ujue A\cc fijjures,XXVI*livr., pi. 5,XXXIX''livr., (2) Voyez Analomic descriptive^ t. III, p, 677 el suivantes.

OMZIÈMl!: CLASSE. DES HYPEUTROPHIES. 23

fois aussi de petites poches ou cellules à goulot étroit dont plusieurs peuvent échapper à l'observateur.

Les vessies hypertrophiées se présentent sous deux formes bien distinctes : tantôt elles sont extrêmement petites , c'est Fhypertrophie vésicale avec racornissement ; tantôt elles présentent une grande capacité , c'est Thypertrophie vésicale avec dilatation.

Dans la première catégorie se rangent les hypertrophies avec liberté du col de la vessie et du canal de l'urètre ; dans la seconde, les hypertrophies avec rétention d'urine par suite d'obstacles au col de la vessie ou au canal de l'urètre. Les deux cas que j'ai fait représenter appartiennent à la deuxième catégorie. Dans le cas représenté planche 5, XXV^ iivr. , l'obstacle était à la prostate; dans le cas représenté planche 1, XXXIX^ Iivr., l'obstacle était au canal de l'urètre.

L'hypertrophie de la vessie suppose une habitude de contractions exagérées dans cet organe, et ces contractions exagérées supposent ou bien un obstacle mécanique à l'émission des urines, ou bien une irritation très vive de la muqueuse vésicale : ainsi, l'inflammation de la muqueuse qui tapisse le corps ou simplement le col de la vessie, la Drésence de calculs dans cet organe, la présence d'une sonde à demeure , un obstacle quelconque au cours des urines soit à la prostate, soit dans les autres régions du canal de l'urètre; telles sont les causes ordinaiies de l'hypertrophie vésicale.

Un fait bien remarquable sur lequel j'ai déjà insisté ailleurs , c'est la rapidité avec laquelle se produit l'hypertrophie de la vessie. Ainsi, je l'ai trouvée très considérable sur un assez grand nombre d'individus affectés d'un catarrhe vésical avec épreintes , lequel n'avait pas plus d'un mois d'ancienneté, ou bien affectés de rétention d'urine depuis un mois ou deux, et qui ne portaient la sonde à demeure que depuis cette époque; or, je me suis assuré

que, jusqu'à ce moment, plusieurs de ces malades n*avaient jamais rien éprouvé du côté des voies urinaires : c'est qu'aussi rien n'est comparable à la violence et à la fréquence des contractions de la vessie.

Cette rapidité dans le développement de l'hypertrophie musculaire n'est pas propre à la vessie; elle se produit quehjuefois très rapidement au cœur par suite d'émotions morales très vives ou de courses forcées. Je dirai de riiypertropliie du cœur ce que j'ai dit de la dilatation, à savoir : qu'il a suffi d'une seule course forcée pour produire tous les phénomènes de l'hypertrophie du cœur. Or la rapidité de la production de l'hypertrophie cardiaque est une condition de succès pour le traitement; et il est raisonnable d'admettre qu'à l'aide du repos de cet organe l'hypertrophie musculaire devra en général cesser presque aussi rapidement qu'elle a été produite.

J'ai dit que l'épaisseur de la vessie hypertrophiée tenait exclusivement à la membrane musculeuse ; cela est constamment vrai, pour les vessies hypertrophiées avec racornissement. Il n'en est pas de même pour les hypertrophies avec dilatation. Ainsi , dans le cas représenté XXVl" livraison, planche 5, l'hypertrophie, qui n'avait nullement porté sur la tunique muqueuse , laquelle avait sa ténuité accoutumée, avait porté à la fois et sur Ja tunique musculeuse qui formait une couche très épaisse , et sur la couche graisseuse qui formait une couche un peu moins épaisse, mais continue, intermédiaire au péritoine et à la tunique musculeuse.

Hypertrophie de la membrane musculeuse des voies digeS" tives. L'hypertrophie joue un grand rôle dans les lésions morbides des diverses régions du canal digestif. C'est là surtout qu'elle a été confondue avec le cancer dur ou squirrhe, avec lequel elle est si souvent associée. Disons d'abord (|ue I hypertroj)hic de la tunicjue musculeuse des voies digestives coexiste presque toujours avecriiypcrtro-

OiNZIÈME CLASSE. DES HYPERTROPHIES. 25

phle de leur tunique fibreuse. Étudions-la à l'œsopha^je, ù Testomac et aux intestins.

l® A y œsophage, dans le cas de rétrécissement cancéreux ou autre, la tunique musculeuse est considérablement hypertrophiée au-dessus du rétrécissement, malgré la dilatation que présente ce canal dans la même région. Dans un cas de cancer squirrheux du cardia, qui avait eu pour conséquence la dilatation de la partie inférieure de l'œsophage, j'ai trouvé que la tunique musculeuse de la portion dilatée avait triplé d'épaisseur. A mesure qu'on approchait du rétrécissement, on voyait la membrane fibreuse ( tissu cellulaire sous-muqueux de la plupart des anatomistes ) épaissie , indurée , envoyer des prolongements fibreux entre les faisceaux musculaires; on retrouvait encore des vestiges des fibres musculaires et du tissu fibreux hypertrophié au centre de l'altération cancéreuse.

2^ A Vestomac , l'hypertrophie musculeuse est extrêmement fréquente ; elle peut occuper la totalité de l'estomac, elle peut occuper la région pylorique de cet organe et même être limitée au pylore. Quand elle occupe la région pylorique, elle va en diminuant graduellement du pylore vers le corps de l'estomac.

Il n'est pas rare de voir l'anneau pylorique présenter de 6 à 8 millimètres (de 3 à /i lignes) d'épaisseur. J'ai rencontré sur un cadavre un anneau pylorique simplement hypertrophié qui avait 12 millimètres (6 lignes d'épaisseur). Plusieurs faits m'autorisent à admettre que l'hypertrophie pure et simple de l'anneau musculeux du pylore seul avec ou sans hypertrophie des autres tuniques peut déterminer tous les symptômes locaux et fonctionnels du rétrécissement du pylore. Tel est le cas suivant, communiqué à la Société anatomique par M. Broca (1).

(i) J'ai observe que l'anneau pyloiique était normalement plus épais chez les vieillards que dans les autres â/jes de la vie.

Chez une femme âgée de cinquante ans, morte dans le service de M. Fouquier, vomissant presque tout ce qu'elle prenait, réduite au derniei' degré de marasme, mais n'ayant jamais eu de vomissements noirs, on avait reconnu la présence d'une tumeur dure et profonde au niveau du pyfore, et diagnostiqué un cancer pylorique : à l'ouverture, on trouva l'estomac peu volumineux, le pyfore formant une saillie dure assez considérable; la tunique musculeuse de l'estomac était hypertrophiée dans toute son étendue et formait partout une couche de 2 à 3 millimètres d'épaisseur. Ces parois hypertrophiées allaient en augmentant de gauche à droite, et se continuaient avec la tumeur du pylore. Celle-ci occupait d'une manière régulière tout le pourtour de l'ouverture pylorique. Son épaisseur était d'un centimètre et demi. Du côté du duodénum elle s'arrêtait brusquement et faisait dans cet intestin une saillie très semblable à celle du museau de tanche dans le vagin. « L'aspect de cette tumeur s'éloigne tout à fait de i) ce qu'on connaît des tumeurs cancéreuses. Sa coupe, M ferme, non homogène, ne fournit aucun suc ni par la » pression, ni par le grattage. On y distingue parfaitement, » à un égal degré d'liypertro])hie, la couche muqueuse "Confondue avec la couche fibreuse, puis la couche » musculeuse dont les fibres sont très manifestes ; M enfin la couche péritonéale. m La surface interne de la muc|ueuse n'est nullement ulcérée; les ganglions lymphatiques correspondants n'ont subi aucune augmentation de volume. L'examen microscopique n'a démontré aucun des éléments du cancer (1).

L'hypertrophie de la totalité de la membrane musculeuse de l'estomac s'accom|)agne tantôt du rétrécissement, tantôt de la dilatation de cet organe. Elle suppose nécessairement uu obstacle à l'extrémité pylorique, obstacle contre Iccpiel la contraction de l'estomac lutte avec éner-

(i) Didlciius de lu SocU'lé analomiquCy année i85o, p. 207,

ONZIÈMK CLASSE. DES HYPERTROPHIES. 27

gie; et de cette lutte, de ces contractions répétées, résulte Tépaississement proportionnel de la tunique musculeuse. Le rétrécissement hyperfrophigue suppose une incontinence de Testomac ou ténesme stomacal (1) en vertu duquel les aliments et les boissons sont rendus immédiatement ou |!resque immédiatement après leur ingestion dans Festomac. La dilatation hypertrophfque de l'estomac s'observe dans le cas de dilatation graduelle de l'estomac avec résistance de la tunique musculeuse qui se contracte énergi([uement sur les aliments, les boissons et les gaz qu'il contient. Cette dilatation bypertrophique s'observe quelquefois sans rétrécissement du pylore. J'en ai observé un exemple remarquable (2).

L'hypertropliie de la membrane musculeuse de l'estomac s'accompagne le plus ordinairement, comme dans les cas précédents, de l'bypertrophie de la couche fibreuse et assez souvent de celle de la membrane muqueuse; et lorsque cette hypertiopliie est circonscrite , la coupe présente l'état suivant : 1° développement des villosités de la muqueuse qui offre un aspect fongueux; 2° épaississement considérable et aspect blanc resplendissant de la membrane fibreuse subjacente; 3** prolongements nombreux de cette membrane fibreuse à travers la musculeuse qui a doublé, quadruplé, sextuplé d'épaisseur; /i° quelquefois enfin épaississement plus ou moins considérable de la couche celluleuse qui sépare la membrane musculeuse du péritoine. C'est là V hypertrophie avec induration qui crie sous le scalpel à la manière d'un cartilage; c'est encore là le squirrhe pour beaucoup d'observateurs. Pour moi (3), le squirrhe, ou cancer dur, n'est autre chose qu'une trame fibreuse aréolaire dans les mailles

(i) Voyez t. II, Classe des rétrécissemerits et oblitérations^ ^o, 233.

(2) T. II, Classe des dilatations, p. SSy,

(3) Voyez Hypertrophie, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pra^ tiguesy p. 24» 5 i833.

28 ANATOMIIL PATHOLOGIQUE GÉNÉHALE.

(le la(|nelle est déposé du suc cancéreux. Quand ce suc est en petite quantité, c'est le squirrhe; quand il est en grande quantité, c'est le cancer mou ou encéphaloïde. Dans Ihypertropliie avec induration , la compression la plus forte n'exprime que quelques gouttelettes de sérosité limpide; dans le squirrhe, ou cancer dur, la compression exprime une quantité notable de suc épais, visqueux, lactescent (suc cancéreux). L'hypertrophie avec induration peut exister sans squirrhe; mais le squirrhe, ou cancer dur, ne se voit jamais sans hypertrophie avec induration, et c'est sans doute pour cette raison que ces deux lésions, si différentes l'une de l'autre, sont encore quelquefois confondues anatomiquement aussi bien que cliniquement. Le squirrhe et l'hypertrophie avec induration existent presque toujours simultanément. Dans les cancers les plus avancés , et sous toutes les formes , l'hypertrophie se trouve mêlée aux autres altérations jusqu'à ce qu'enfin la sécrétion du suc cancéreux continuant toujours, à l'hypertrophie des tissus succède leur atrophie.

L'association de l'hypertrophie avec le cancer est un des faits les plus remarquables auxquels conduit l'étude de l'hypertrophie.

ï/hypertrophie n'est pas toujours limitée à l'anneau pyloii(pie; plus souvent encore elle envahit en même temj)s les [)arties voisines de l'eslomac. Dans le cas représenté fig. 1, pi. 6, Xll^ livr., le rétrécissement formait un cylindre d'un pouce de long, espèce de filière a travers lafiuelle le petit doigt ne pouvait pas être introduit, même en usant de violence. L'épaississement était d'ailleurs uniforme dans tous les j)oiiUs de la circonférence du pylore; il était de 10 millimètres (5 ligues) et allait progressivement en diminuant à mesure qu'on s'éloignait de l'anneau pylorique.

Il n'est pas rare devoir dans les rétrécissements hyper-

ONZIÈME CLASSE. DES nYPF.RTROPIIIES. 29

trophiques du pylore la tiinicjue Fibreuse beaucoup plus épaissie que la tunique musculeuse. Tel est le cas suivant.

Chez une femme âgée de soixante-douze ans, morte par suite de vomissements continuels, survenus seulement dans la dernière semaine de la vie, l'extrémité pylorique de Testomac présentait un épaississement considérable qui occupait non seulement le pylore, mais encore la partie voisine de Testomac dans une hauteur de ^ à 5 centimètres ( 18 lignes). L'analyse de cette altération m'a présenté : 1° le péritoine sain; 2° le tissu cellulaire souspéritonéal et la membrane musculeuse hypertrophiés : 3° le siège principal de Thypertrophie était dans la membrane fibreuse, qui avait deux fois plus d'éj)aisseur que la tunique musculeuse, environ 5 lignes (10 millimètres), qui offrait une densité extrême , et dont la coupe présentait un aspect lobuleux à la manière d'un corps fibreux. La membrane muqueuse, très adhérente à la membrane fibreuse, était couverte de villosités très prononcées. Il est donc constant qu'un grand nombre de prétendus cancers du pylore ne sont autre chose qu'une hypertrophie de cette région.

Hypertrophie de [intestin grêle et du gros intestin. Les considérations précédentes s'appliquent parfaitement à l'hypertrophie de la tunique musculeuse et à celle de la tunique fibreuse des intestins grêles et gros. Le rectum par la nature de ses fonctions, est, après le pylore, la partie du canal alimentaire qui est le plus souvent hypertrophiée. Je ferai remarquer que la prédisposition au cancer est au rectum comme au pylore, comme partout, en raison directe de la prédisposition à l'hypertrophie. J'ai vu un cas d'invagination du rectum (chute du rectum) dans lequel la membrane musculeuse avait acquis de S à ^ lignes (de 6 ù 8 millimètres) d'épaisseur. Combien de fois l'hypertrophie simultanée de la tunique

niuscLileuse et de la tunique fibreuse n'a-t-elle pas été prise pour un cancer?

Hypertrophie de f utérus. Dans l'état de [jrossesse, l'utérus présenteunehypertropiiiephysiologiquequi peut servir de type à l'hypertrophie en général. Dense et comme fibreux, relégué dans le petit bassin lorsqu'il n'est pas chargé du produit de la conception, l'utérus prend par degrés un accroissement tel qu'il remplit la totalité de l'abdomen. Son tissu transformé se revêt d'une propriété nouvelle , départie seulement aux fibres musculaires, la myotilité : ses vaisseaux se développent dans la même proportion que son tissu propre. Toute cette exubérance de nutrition se dissipe lorsque le mouvement fluxionnaire cesse avec la cause qui le détermine, la présence du fœtus.

Or, tout corps étranger contenu dans la cavité utérine ou développé dans fépaisseur de ses parois (ex., polypes, corps fibreux, mucus, sang), détermine les mêmes effets que la présence du produit de la conception. Dans l'un comme dans l'autre cas, le tissu de l'utérus présente les caractères anatomiques du tissu musculaire de la vie organique et se revêt de la myotilité; d'où les efforts d'expulsion des corps étrangers, efforts quelquefois suivis de succès , d'autres fois insuffisants et amenant dans un certain nombre de cas une hémorrhagie mortelle.

Dans les cas de grossesse extra - utérine tubaire ou ovarienne , l'utérus présente un déveloj)pement très remarquable, analogue à celui qu'il présente à la fin du premier mois de la gestation. La membrane muqueuse molle, tomenteuse, très épaisse, mais non décollée, a été prise à tort pour une production pseudo-membraneuse, dans un cas de grossesse tubaire ; les parois du globe utéiin ramolli avaient 2 centimètres 1/2 d'épaisseur.

Indépendamment de l'hypertrophie en épaisseur, l'utérus est susceptible d'hypertrophie suivant sa longueur. Le type de cotte disposition est figuré planche 5 ,

XVP livr. C'était un cas d'inva[>inationdu vagin (chute de l'utérus) , avec tumeur considérable développée dans l'épaisseur du corps de Futérus, en sorte que le col utérin, prodigieusement allongé, mesurait tout Tintervalle qui sépare le museau de tanche proéminent hors des grandes lèvres, d'avec la tumeur fibreuse. Ce col utérin ainsi allongé présentait l'aspect du canal de l'urètre.

Chez toutes les femmes affectées de chute de l'utérus, je me suis assuré que cet organe éprouvait un allongement remarquable en même temps qu'un ramollissement dans son tissu. Dans un cas de ce genre, je l'ai trouvé de 5 à 6 pouces de longueur. Il était rétréci à sa partie moyenne , ce qui lui donnait l'aspect d'une calebasse. La planche 5, XVF livr., présente un exemple remarquable de cette disposition.

Nous pouvons considérer comme appartenant à Thypertiophie pure et simple l'augmentation de volume, avec ou sans diminution de cohérence et de densité , que présente l'utérus dans le cas de catarrhe utérin ou à la suite du mouvement fluxionnaire qui suit l'accouchement ou l'avortement, et la plupart des lésions de cet organe qui sont connues sous le nom vague à' engorgement.

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