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VII- GENRE

Hypertrophie du système nerveux.

Hypertrophie du cerveau. Le cerveau est soumis à cette loi j)hysiologique en vertu de laquelle tout organe fortement et longuement exercé augmente de volume non moins (pie d'activité vitale et devient prédominant. Or, Texercice pour le cerveau, c'est le travail de la pensée : il est donc hors de doute que le cerveau peut s'hypertrophier comme le cœur, le foie, les glandes salivaires : or, tout le temps (jue la boîte crânienne n'est pas complètement ossifiée; tout le temps (pi'il reste encore une couche cartila-

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gineuse dans les sutures, cette boîte osseuse peut se prêter à Tauginentation graduelle de la masse encéphalique, et il ne répugne pornt d'admettre que le crâne des hommes dont le cerveau a été longtemps et lortement surexcité, puisse obéir au mouvement d'expansion du cerveau. On dit que Napoléon , sur la fin de sa carrière politique, avait le crâne beaucoup plus volumineux que dans les premières années de sa vie politique; mais ce pourrait bien n'être là qu'une apparence.

Dans le cas où le développement du crâne ne serait point en rapport avec le mouvement expansif du cerveau, on conçoit qu'il devrait en résulter des symptômes de compression de cet organe.

Au reste, ici, comme dans la plupart des hypertrophies, le point de la difficulté consiste à tracer la ligne de démarcation entre l'état physiologique et l'état pathologique. Or, en comparant le poids et le volume des cerveaux d'un grand nombre d'individus sains, j'ai pu m'assurer que les extrêmes de la différence sous ce double rapport étaient dans la proportion de 2 à 3.

L'hypertrophie du cerveau a été notée parMorgagni , qui rapporte que chez quelques sujets le cerveau très volumineux, relativement à la capacité du crâne, paraissait avoir subi une compression notable pendant la vie. Jadelot a fait les mêmes remarques chez les enfants; il a même noté qu'un certain nombre d'enfants qui succombaient avec tous les symptômes de l'hydrocéphale interne , ne présentaient pour toute lésion qu'une disproportion entre ie volume du cerveau et la capacité du crâne.

Laennec, dans un très bon rapport sur les recherches de M. Matthey, relatives à l'hydrocéphale interne (1), dit quC;, sur ([uelques sujets qu'il avait regardés comme attaqués d'hydrocéphale interne , il n'avait trouvé qu'une

(i) Journal de médecine de Corvisart, Leroux et Boyer, t. IV.

petite quantité d'eau cîans les ventricules , tandis que les circonvolutions du cerveau, fortement aplaties, annonçaient que cet organe avait subi une compression, laquelle ne pouvait être attribuée qu'à un volume trop grand et par conséquent à une augmentation de nutrition de la substance cérébrale.

Dance présenta à la Société anatomique et publia ensuite dans le Répertoire général d anatomie de Breschet(t. V, 1828), quatre observations tiès détaillées sur ce sujet; mais comme il le dit lui-même, et cette remarque s'applique à tous les cas publiés d byperirojihie du cerveau, l'analyse de ces observations montre que Thypertropbie du cerveau doit être admise plutôt comme probable que comme démontrée.

Quels sont, en effet, les caractères anatomiques de Thypertrophie du cerveau? Son volume, sa consistance, les signes de sa comjiression , tels que le tassement des circonvolutions qui sont fortement rapprocbées et semblent s'échapper de la dure-mère aussitôt qu'on incise cette membrane; la sécheresse de Tarachnoïde, du tissu cellulaire sous-arachnoïflicn et de la substance cérébrale? Mais tout cela s'observe dans des cas oii le cerveau a paru étrangère la maladie. Quant aux symptômes indiqués, ce sont en général ceux de la compression cérébrale, comme dans 1 hydropisieaiguë des ventricules du cerveau ; céj)lialalgie, état obtus des (acuités intellectuelles, stupeur; et dans la dernière période, mouvements convulsils ou perle comj)lète du sentiment et du mouvement.

Jl n y aurait donc entre l'hypertrophie physiologicpie et l'hypertrophie pathologique du cerveau d'antre dif'léren ce qne l'existence de synq)tômes cérébraux , dans le second cas, et leur absence dans le premier; or ce n'est pas sur une base semblable (pie peuvent reposer les faits d'anatomie palhologifjue.

ï/hyperirophiedu cerveau a été signalée dans (juelques

cas en même temps que d'autres lésions de cet organe. Ainsi, dans plusieurs cas d'hydrocéphale chronique observés chez des enfants en bas âge, on a dit que le poids et le volume de la masse cérébrale étaient au moins aussi considérables que chez l'adulte. Dans un cas de tubercules du cervelet dans lequel le cervelet atrophié était réduit à une membrane mince , le cerveau m'a offert un volume extrêmement considérable.

L'hypei trophie du cerveau peut être relative : ainsi , dans le cas d épaississement considérable des os du crâne, lorsque cet épaississement n'est pas la conséquence du reirait du cerveau, on conçoit qu'il puisse en résulter sur le cerveau une compression funeste.

Lliyperlrophie cérébrale peut être partielle; mais dans l'appréciation de ces hypertrophies partielles, il faut bien se rappeler que les deux hémisphères cérébraux n'ont jamais exactement le même volume, et que les circonvolutions correspondantes de l'hémispbère droit et de l'hémisphère gauche sont rarement semblables.

Hypertroph e du cervelet. Les réflexions (jue je viens de présenter sur Thypertrophie du cerveau s'appliquent exactement au cervelet, dont le poids et le volume présentent des différences individuelles non moins remarquables que le volume et le poids du cerveau.

Hypertrophie de la moelle épinière. Jusrju'à ce moment, on peut considérer comme de simples assertions tout ce qui a été dit à ce sujet. Les cas d'hypertrophie de la moelle publiés par quelques auteurs peuvent être raj^portés à l'état tiormal.

Je ferai remarquer que 1 augmentation de densiié delà moelle, de même que celle du cerveau et du cervelet, accompagne l'atrophie bien |)lutôt que l'hypertrophie.

Il suit de ce qui précède qu'il n'est pas anatomicpiement démontré que les centres nerveux soient susceptibles d'hypertrophie proprement dite.

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Hypertrophie des nerfs. Il faut bien distinguer Thypertro phie apparente des nerfs de riiypertrophie réelle, l'hypertrophie du névrilème de Thypertrophie de la substance nerveuse.

Il y a en effet deux choses dans un cordon nerveux, la substance nerveuse et Tenveloppe névrilématique : la substance nerveuse, qui se présente sous Taspect de filaments juxtaposés extrêmement déliés, aussi déliés que le fil du ver à soie ; Tenveloppe névrilématique, qui se compose : 1® d'une gaîne lubrifiante qui enveloppe immédiatement les filaments nerveux, dont la réunion constitue un filet, gaîne lubrifiante que je considère comme de nature séreuse; 2° d'une gaine protectrice fibreuse qui recouvre la gaîne séreuse; 3° d'une enveloppe protectrice générale qui enveloppe la totalité du cordon nerveux.

Or, la fibre nerveuse proprement dite n'est pas susceptible d'hypertrophie. Comment, en effet, se manifesterait cette hypertrophie? Ce ne pourrait être que par une augmentation dans le nombre des filaments nerveux, ou par une augmentation de volume de chaque filament. L'augmentation dans le nombre des filaments me paraît une impossibilité, et l'augmentation de volume de chaque filament n'a encore été prouvée par aucun fait. Chez tous les sujets dont j'ai examiné la fibre nerveuse après macération dans l'acide nitrique étendu, le filament nerveux m'a toujours paru de la même ténuité.

Dans tous les organes hypertrophiés que j'ai eu occasion d'étudier, j'ai toujours remarqué un contraste frappant entre le développement, quelquefois si considérable, de l'appareil vasculaire de l'organe, et le non-développement de raj)pareil nerveux, je veux parler de la substance nerveuse. On peut dire que ce développement est nul. Il est probable que la suractivité de la fibre nerveuse remplace en quelque sorte Ihypertrophie des autres éléments organiques.

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C'est au névrilème que doit se rapporter tout ce qui a été dit sur Thypertrophiedes nerfs, hypertrophie diffuse ou cylindroule^ qui occupe une longueur plus ou moins considérable du nerf, hypertrophie circonscrite, qui a reçu le nom de névrome, mot aussi va^jue que celui de tumeur, et qui comprend toute l'anatomie pathologique des cordons nerveux.

C'est à rhypertrophie du névrilème que je rapporte ce beau cas de développement énorme des ganglions cervicaux du grand sympathique et du tronc nerveux de communication entre ces ganglions, que j'ai fait représenter planche 3, V^ livr. {Anat, pathoL). C'est également à l'hypertrophie du névrilème que je rapporte tous les cas de névrôuies fibreux qui ont été décrits et dont le type le plus remarijuable a été observé dans ces derniers temps à Thôpital des cliniques, dans le service de M. Nélaton, et conservé au musée Dupuylren par les soins de M.Houelle. Je reviendrai sur cette hypertrophie à l'occasion des corps fibreux. Je dirai seulement que cette hypertrophie névrilématique peut porter sur un seul des filets qui appartiennent au tronc nerveux, sur plusieurs filets, sur tous les filets ;que, dans cette hypertrophie, les filaments nerveux proprement dits comprimés , éparpillés , finissent par s'atrophier en raison directe de Thyperlrophie du névrilème.

C'est à la même catégorie, c'est-à-dire à l'hypertrophie du névrilème (|ue je rapporte l'hypertroj^hie apparente des nerfs qui résulte de leur compression, l'hypertrophie qui double, triple le volume du cordon nerveux. Ainsi M. Broca a présenté à la Société anatonnque la portion pédieuse du nerf saphène externe appartenant à un piedbot adulte. Or cette poition pédieuse présentait un renflement cylindroïde semblable au ncvrôme diffus dans toute la portion de son trajet , qui était le siège de la compression. C'est ainsi quej'ai rapporté à la compression

des e=s|)èces de renflements (jnn(>li formes que j'ai rencoii très le lon^ du trajet des nerls, sur des points soumis à des compressions continuelles à raison de leur position sous-cuianée au voisinage d'un os.

Cela posé sur I hypertrophie des quatre grands tissus de Féconomie, tissu musculaire, tissu cellulaire et ses dérivés, tissu glanduleux et tissu nerveux, je pourrais passer en revue tous les organes composés de 1 économie et étudier le rôle que joue Thypertrophie dans leurs lésions. Je me contenierai dédire un mot des membranes tégumentaires , peau et memhrane muqueuse , des vaisseaux et de certaines hypertrophies des doigts et des orteils.

Hypertrophie de la peau. La peau peut être hypertrophiée dans tous ses éléments à la fois , dans tel ou tel de ses éléments.

On peut étu lier à la peau l'hypertrophie du derme, rhypertrophie des papilles, Thypertrophie du réseau vasculaire, 1 hypertrophie des follicules sébacés et pileux. On trouve toutes ces hypertrophies réunies dans Téléphantiasis des Arabes. On ne peut pas donner le nom d'hypertrophie de réj)iderme à l'épaississement de cette membrane ou à des productions cornées, pas plus qu'on ne peut admettre une hypertrophie du pigmentum : Tépiderme et le pigmentum étant bien évidemment des produits de sécrétion.

Hypertrophie du derme. Le derme est sujet à une hypertroj)hie circonscrite (1) sphéroïdale ou hémis[)héroïdale, qu'il est très facile de prendre pour un cancer dur de la peau, avec lequel il a éié souvent confondu.

(i) M. Denonvilliers m'a montré une tumeur de ce f;enrp, hémisphérique, très proéminenle, du volume d'une petite cerise, (ju'il avait extirpée au-devani du gierntun chez un jeune homme. Cette tumeur est excessivement dure, ineompressd)le; on dirait d'un tissu cnrtil;>{;ineux. I^a section a démontré qu'elle était constituée par un tissu fd)rei»x extrêmement dense; rViait un véritable corps fdjreux formé aux dépens du derme.

Ainsi j'ai VU une portion de peau (jui avait été extirpée comme cancéreuse et tjui n'éiaii autre chose qu'une induration livpertropliique. La seule différence, c'est cpie, dans le cancer du derme, on (ait suinter pai* la pression du suc cancéreux. Dans les canceis airophiques de la mamelle, l'hypertrophie du derme joue un grand rôle et précède tou ours l'extension de la maladie cancéreuse. Quelquefois une zone de peau hypertro[)liiée de 5 à 6 lignes d'épaisseur entoure les jiarties dégénérées. Le derme s'hyperirophie considérablement au voisinage d'un ulcère de la jambe. Il est souvent difficile de distinguer cette hypertrophie de celle du tissu cellulaire sous-cutané, qui devient

également fi hreux.

Hypertrophie des papilles. Certaines productions verruqueuses de la peau ne sont autre chose que des groupes de papilles hypertrophiées recouvertes d'un étui épidermi(|ue ou corné plus ou moins épais; souvent il existe en même temps une augmentation remarquable du pigmentum.

L hypertrophie du réseau capillaire veineux de la peau s'observe dans les tumeurs ou couches érectiles sous-épidermiques, soit congénitales, soit accidentelles. Je ne connais pas de cas d hypertrophie du réseau lymphatique cutané anatomiquement démontrée.

U hypertrophie desfollicules pileux et sébacés de la peau est souvent physiologique et donne à la peau l'aspect de la chair de poule. Leur hypertrophie pathologique constitue les kystes sébacés.

C'est dans Véléphantiasis des Arabes que la peau présente l'hypertrophie la plus remarquable : on peut même dire que l'éléphantiasis constitue ime des hypertrophies les plus considérables qui existent dans l'économie, et cette hypertrophie, (jui me paraît la conséquence d'un œdème érysipélateux longtemps continué (voy. œdème), donne à la peau une épaisseur et un développement mon-

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sti lieux, si bien qu'on a vu le scroluni transformé en une masse de 20, 30 kilo(>rammes qui descendait jusqu'audessous du creux du jarret {Ex. de Delpech). Le derme cutané acquiert dans ce cas une épaisseur prodigieuse. Les papilles sont très développées et recouvertes de gaines épidermiques. Le pigmentum de blanc devient noir. On peut admettre deux formes dans l'éléphantiasis, suivant que les papilles restent isolées, ou suivant qu'elles sont réunies en groupes plus ou moins considérables qui forment des espèces de lobules.

Hypertrophie des membranes muqueuses. J'ai déjà parlé de Thypertrophie folliculeuse des membranes muqueuses; les autres éléments de ces membranes sont susceptibles d'hypertrophie. Ainsi, les membranes muqueuses qui ont été le siège d'une fluxion longtemps continuée, s'épaississent , et cet épaississement, qui peut être circonscrit ou non circonscrit, entraîne des accidents très variés, suivant le siège qu'il occupe. Comme exemple d'épaississement non circonscrit des membranes muqueuses, je citerai la membrane mu(|ueuse de l'estomac , laquelle peut être hypertrophiée au point d'être séparable par la dissection dans toute son étendue : l épaississement circonscrit des membranes muqueuses constitue un certain nombre de polypes pédicules ou non pédicules. I/étude de plusieurs jiolypes de l'estomac, de l'utérus, des fosses nasales m'a démontré qu'un certain nombre était formé aux dépens de la muqueuse toute seule, dont tous les éléments s'étaient considérablement développés ; derme, papilles, vaisseaux, follicules muqueux.

Les papilles ou villosités des membranes muqueuses peuvent s'bypertrophier. Ce développement s'observe et dans rinllammation chronique de ces membranes et dans les cas de cancer sous-nnujueux.

Dans certains cas de phlegmasie chronique do la membrane nnupiense du gros intestin , de l'intestin grêle, on

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voit sur un fond noirâtre se détacher des papilles éj^aîement noirâtres extrêmement développées.

Dans le cancer encéphaloïde de l'estomac ou de Tintestin , lorsqu'on plonjje l'organe dans l'eau , on voit flotter à sa surface interne un nombre plus ou moins considérable de prolongements villeux , les uns simples, les autres composés; ces derniers, constitués par une sorte de tige qui soutient un plus ou moins grand nombre de papilles : vues à la loupe , ces papilles, ridées à leur surface, ressemblent à une poche vide et comme flétrie : elles sont quelquefois à demi pleines et semblables à des vésisicules ou kystes. Cette disposition vésiculeuse s'observe bien plus souvent à la vessie , dans le cas où le cancer de l'utérus s'étend au bas-fond de cet organe.

Il est arrivé bien souvent que l'hypertrophie simultanée avec induration des trois tuniques internes de l'estomac ou de l'intestin , à savoir : membrane muqueuse, tunique fibreuse et tunique musculaire , a été prise pour un cancer de Testomac : dans ce cas, la muqueuse, qui a triplé d'épaisseur , et qui présente un aspect fongueux , la tunique fibreuse, le tissu cellulaire intermédiaire à la muqueuse et à la tunique fibreuse et la membt ane musculeuse qui ont acquis une épaisseur considérable, donnent à la coupe de l'estomac un aspect grisâtre, demi-transparent, qui pourrait aisément induire en erreur. Nous verrons plus tard que le caractère univoque du cancer dur ou mou, c'est la présence du suc cancéreux.

Les papilles ou villosités de la muqueuse bronchique et trachéale peuvent se développer. Ainsi, chez un individu mort de catarrhe pulmonaire chroni(pie, j'ai vu les villosités de la muqueuse trachéale et bronchique tellement développées, qu'elles constituaient des prolongements colloïdes visibles à l'œil nu et flottants.

Hypertropine des vaisseaux. L'hypertrophie des vaisseaux se compose de plusieurs éléments :

1° De raugmentation de leur calibre sans diminution d'épaisseur ;

2** De leur allongement et par conséquent de leurs flexuosités ;

3° Des transformations de tissu qui peuvent s'opérer dans leurs parois.

Les causes générales des hypertrophies vasculaires se réduisent à deux : 1** Hypertrophie ou travail morbide dans les organes auxquels ces vaisseaux appartiennent ; 2° oblitération du vaisseau principal. Une cause particulière au système veineux , c'est la communication artérioso veineuse. Dans ce dernier cas , toute la portion de l'appareil veineux dans lequel retentit le choc artériel , présente un développement remarquable , et comme dilatation vasculaire et comme épaississement des parois, ce qui a fait dire que dans ce cas les veines étaient artérialisées.

Des faits nombreux m'autorisent à établir que le système veineux prend une part bien plus active que le système artériel aux mouvements nutritifs soit réguliers, soit morbides, qui se passent dans les organes.

On pourrait considérer comme appartenant à la classe des hypertrophies , ces tumeurs dites variqueuses , érectiles , qui représentent si exactement la structure du corps caverneux et dont le siège est dans le système capillaire veineux.

Hypertroj)hie des vaisseaux et ganglions lymphatiques, 1° Ijes vaisseaux lymphatiques se développent dans des proportions considérables lorsque les organes auxquels ils correspondent sont le siège d'un mouvement nutritif insolite : on peut s'en (aire une idée par le volume vraiment prodigieux qu'accpiièrent les vaisseaux lymphatiques utérins pendant la (;rossesse. D(;s observations nouvelles sont nécessaires pour raj)pr(M:iation du rôle (]ue jouent les vaisseaux lynq)liati(pies dans les diverses lésions organiques.

2° Les exemples abondent relativement h l'hypertrophie des ganglions lymphatiques qui acquièrent quehjuefois un volume considérable indépendant de toute sécrétion morbide dans leur épaisseur ; mais il faut bien distinguer le développement ganglionnaire tuberculeux et surtout cancéreux, du développement ganglionnaire hypertrophique. Nous verrons plus tard que le cancer peut attaquer primitivement les ganglions lymphatiques de toute une région ou de plusieurs régions de l'économie, leur donner un volume prodigieux et simuler Thypertrophie pure et simple.

Hypertrophie des dernières phalanges. Un mot sur cette hypertrophie qui a été considérée comme un signe de la phthisie pulmonaire. Je ne nie pas que dans un certain nombre de phthisies ce phénomène n'ait été observé, mais ce que je puis affirmer, c'est que je Tai rencontré à son plus haut degré chez plusieurs individus affeciés de maladies du cœur avec gène considérable de la circulation et de la respiration. La première fois que j'ai eu occasion de faire cette observation , c'était chez un maréchal de France qui pendant les trois dernières années de sa vie , avait éprouvé les angoisses de circulation et de respiration les plus cruelles, si cruelles qu'il avait sans cesse à lutter contre la pensée du suicide, et chez lequel cependant Tauscultation ne m'avait démontré aucun bruit anormal du cœur : seulement la percussion de la région sternale révélait une matité complète et très étendue, comme dans les tumeurs développées dans le médiastin.

A l'ouverture, je trouvai une masse cancéreuse médiastine qui entourait, étreignait dans toute sa circonférence la portion ascendante de la crosse aortique et en avait rétréci le calibre de moitié au moins. Pendant tout le cours de la maladie, j'avais été frappé du développement considérable de la dernière phalange des doigts des

deux mains, dernière phalan^je qui avait nn diamètre transversal presque double du diamètre de la deuxième et un épaississement proportionnel. L'ongle correspondant était très développé et fortement convexe.

.Vai fait la même observation : 1° sur un menuisier à[jé de trente-cint[ ans, qui entra dans mon service pour nue deuxième attaque d'apoplexie , suite d'une maladie du cœur très prononcée; 2" sur une jeune femme de vingtquatre ans, cuisinière, alfectée de rétrécissement de l'orifice aortique. Chez cette femme, ce développement bvpertropbicpie n'occupait pas toutes les dernières phalanges ; 0° Tout récemment , appelé en consultation en province, auprès d'un malade âgé de quarante ans, arrivé à la dernière période d'un anévrisme hyperlropbique du cœur, le médecin ordinaire me fit observer un développement hypertropbique des dernières phalanges, développement très considérable qui avait lieu dans les trois dimensions. Il en avait conclu que ce malade avait, indépendamment de sa maladie du cœur, une phtbisie puhnonaire, bien que l'exploration du thorax n'en fournît aucun caractère.

[1 m'est bien démontré que certaines professions qui exercent beaucoup les dernières phalanges ont pour conséquence un développement proportionnel de ces phalanges; tel est le cas d'un tourneur en porcelaine, chez le- (piel les dernières phalanges ont une épaisseur et une largeur à peu près double de l'état ordinaire ; et ce ([ui lend cette observation pérempioire, c'est que la dernière phalange de la main gauche, que la profession de tourneur en porcelaine exerce beaucoup moins ([ue la droite, piésentait un d(;vel()j)pement ordinaire.

JJyperlroj)/iic congénitale des orteils. M. Broca a plusieurs fois appelé l'attention de la Société anatomicjue sur rhvpertro[)hie congénitale des orteils, et en particulier sur celle du j>rns orteil, qui dans un cas semblait appartenir

ONZlÈiME CLASSi:. DES H YPEKTllOPHIES. lOl

à un coips de géant, et par la longueur qui dépassait de 2 h Ix centimètres celle des autres orteils et par les autres dimensions; les autres orteils étaient, au contraire, atrophiés. Dans un autre cas, également présenté à la Société anatomifjue , le médius et Tindex d'une main étaient considérablement hypertrophiés. Il existe au musée Dupuytren des modèles en plâtre qui présentent une disposition en quelque sorie colossale pour certains doigts des mains et des pieds (1).

Un fait intéressant et qui vient à lappui de cette remarcjue qu'une grande suractivité circulatoire a pour conséquence l'hypertrophie des organes, c'est que chez un individu affecté de communication artérioso-veineuse traumatique de la partie supérieure de la cuisse, le membre inférieur du côté malade a 6 centimètres de longueur, et le pied 2 centimètres de longueur en sus du membre du côté sain.

Telles sont les hypertrophies. Pour tracer leur histoire complète, il aurait fallu parcourir toutes les lésions morbides et apprécier le rôle que joue Thyperirophie dans chacune de ces lésions. Ce rôle est immense, car nos tissus sont inaltérables : ils ne sont, à proprement parler, susceptibles que d'hypertrophie et d'atrophie.

Les lésions morbides qui se développent dans nos organes sont le résultat des produits de diverses natures organisables ou non organisables qui y sont déposés.

( )) Je me suis demande si l'on ne pouvait pas rapporter à l'hypertrophie congénitale de la peau les plis flottants de ce tégument observés sur toute la surface du corps chez un enfant nouveau-ne.

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