‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 15 sur 38 · CLASSIFICATION DES ESPÈCES DE LANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION DES ESPÈCES DE LANATOMIE PATHOLOGIQUE

Les considérations précédentes suffisent pour établir, d'une part, la nécessité dune bonne détermination des espèces anatomiqoes morbides, d'une autre part, Tesprit d'après lequel ces espèces doivent être étudiées ; mais qael ordre suivrous-nous pour lexposition des faits nom* bieax dont se compose Tanatomie pathologique?

Trois ordres peuvent être suivis : i ^ Tordre anatomique ; S« Tordre des maladies , ou , en d autres termes , Tordre suivi par lesnosographes ; 3* Tordre des lésions matérielles considérées en elles-mêmes.

Vcrdrt anatomique / soit qu'on étudie les lésions d'orgnnea d'après Tordre topographtque , h capite ad calcem , à la manière de Bonet, Morgagni , etc. , soit qu'on classe ces lésions dans Tordre physiologique , en parcourant successivement les divers appareils d organes , soit enfin que» à la manière de Bichat, on étudie ces lésions au point de vue de Tanatomie générale , suivant Tordre des tisstis ; Tordre anatomique , di»je , est certainement le plus simple, le plus naturel i et c'est pour cela qu'il a dû se présenter aux premiers observateurs. Mais s'il a pu convenir dans Tenfence de la science comme moyen de classement provisoire, il ne saurait convenir à la science toute faite ; car il a Tinoonvénient majeur de rapprodier les lésions les plus disparates , d'éloigner les lésions analogues et d'obliger à des répétitions continuelles et fastidieuses. Ainsi à l'occasion de chaque organe, il dut passer en revue chacune des lésions dont cet organe est susceptible.

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Toutefois, je me hâte de le dire, si cet ordre n est nullement scientifique > philosophique, il convient parfiûtemeot comme résumé. On ne saurait en effet méconnaître Tavantage qu'il y a à résumer dans un seul et même chapitre et à présenter dans un tableau succinct toutes les lésions dont le même organe est susceptible : ainsi , pour le diagnostic des maladies du cœur, il y a bien plus d^avantage à rapprocher Fhypertrophie du cœur de lanévrisme de cet organe que l'hypertrophie du cœur de l'hypertrophie de la vessie. J ai déjà dit que je suivrais Tordre anato* mique à capite ad calcem pour l'anatomie pathologique topographique; j ajoute que je suivrai Tordre physiolo* gique, Tordre des appareils, dans la partie de cet ouvrage que j ai cru devoir désigner sous le nom d'aoatomie pathologique appliquée, et que j'exposerai successivement les lésions de Tappareil digestif, celles de Tappareil respiratoire, circulatoire, etc.

Ordre suivi par les nosographes. — Adopterons-nous , dans Texposition des lésions matérielles de nos organes , Tordre qu ont adopté les pathologistes? Exposerons*nous d abord Tanatomie pathologique des maladies chirurgicales, puis celle des maladies qui sont Tobjet de la médecine interne proprement dite ; et , pour nous borner à celle-ci , étudierons-nous d'abord Tanatomie pathologique des fièvres continues, rémittentes, intermittentes, puis celle des phlegmasies aiguës et chroniques , pour passer eusuite aux névroses, aux cachexies, etc.? Sans doute cet ordre a quelque avantage , en ce sens qu'il forme de tous les éléments constitutif d'une maladie un tout compacte et qu'il nous présente en quelque sorte la lésion matérielle entourée de ses causes , de ses symptômes et de sa thérapeutique; mais il a Tinconvénient de scinder, d'éparpiller les lésions , de les subordonner , de les faire fléchir sous le joug des divisions plus ou moins arbitraires adoptées par les nosographes , au lieu de les mettre ep

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relief, de les étudier sous tons leurs aspects et de les coordonner dans Tordre de leurs affinités.

G est en elle-même que lanatomie pathologique doit puiser sa méthode et ses divisions , et cela dans l'intérêt même de la padieiogie, sur laquelle elle est appelée à jeter une si vive lumière. Une bonne détermination des espèces morbides doiten être la base, et en celaencorenoussuivrons les principes de la méthode naturelle. Toutes les espèces danatomie morbide doivent être présentées dans Tordre de leurs plus grandes affinités^ indépendamment du rang qu^elles occupent dans les cadres nosologiques ; pour nous, il ne doit y avoir aucune distinction entre les maladies médicales et les maladies chirurgicales, pas plus qu^il n'y a de distinction entre Thomme médical et Thomme chirurgical, et la science sera ainsi rendue à son unité première; car 5*il importe à quelques égards, sous le rapport de Tart et pour le perfectionnement des détails, qu'il y ait des hommes spéciaux, il n importe pas moins, à d'autres ^ards, sous le rapport scientifique, qu'un certain nombre dliommes qui cultivent Tensemble de la science rassemblent tous ces chaînons épars et les rattachent à l'anneau qui est leur point commun d Wigine , à plus forte raison quand ce sont les anneaux de la même chaîne qui ont été violemment séparés.

Nous verrons que le rapprochement des lésions mécaniques, qui sont Tobjet de la chirurgie, des lésions spontai^es , qui sont Tobjet de la médecine , jette sur. ces der nîères un jour tout nouveau. Il nest pas jusqu'aux fièvres dites primitives qui ne soient en quelque sorte expliquées par les fièvres traumatiques.

Cela posé, voici la classification que j'avais adoptée dans la première édition de cet ouvrage , classification qui était à peu de chose près celle de Dupuytren (1).

(t) Voyex Maraodel, Essai sur Us irritations j Paris, 1807, thèse in-4*

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Les lésions donc s'oocupe ranatomio pathologique étaient divisées en quatre sections.

Dans une première sedion se rangeaient toutes les Usions mécaniques^ qui comprenaient dix classes : i*^ classe» las piaièsi a* classe, les uleéres; 3* classe, lesjittules; 4* classe i lee cantusionê et les commotions; 5* classe » les distensions^ les dichirtments et les ruptures; 6* classe, les fractures; 7* classe, les déplacements; 8* classe, les corps orangers; 9* dasse » les anéurismes; lo* classe , les vtcef de cottfbmus* tion^

La deuxième section comprenait toutes les lésions obs«r« vëesdans les maladies dites organiques, qui consistent essentiellement dans une altération de texture; elle se di« ▼isait en deux classes : 1 1' classe, les diginèrations orga^ niques j subdivisées en scrojuleuses et cancéreuses, et en injbnnmations chroniques; la* classe, les transformations et productions organiques.

La troisième section comprenait trois classes : 1 3* dasse, les irritations, subdivisées en nutritives ^ sécr^oiresy hémor^ rhaqiquesj inflammatoires ; 1 4* classe^ les atonies; 1 5* ciasseï las gangrènes.

La quatrième section comprenait les maladies dites vitales par opposition aux maladies dites organiques : i6* daséOi les Jièvres; 17 classe, les névroses.

Cette dassification , bonne à beaucoup d'égards, est vicieuse en ce qu elle manque d'unité de base. Si la lésion matérielle a présidé à la détermination du plus grand nombre des classes, c'est sur la physiologie que sont fon« dées les dasses des irritations et des atonies , et sur la pa« thologie que sont fondées les classes des fièvres et dei névroses.

Ce fut d'ailleurs une grande idée que celle de rapporter à un principe unique , à t irritation , un nombre cotisidé* rable de faits, et il est même probable que la doctrine si célèbre de Tirritation a été inspirée à Broussais par la doc-

DM BSPiBQlS AVATOMIQUES MOaBIDia. SO

triae des irritâlioiks de Dupuytren. Que rirrilatioii) expim* sion métaphorique d'un phénomène mal défini» préside k qnelqne Ihéwie de physiologie médicale » oele se conçoit^ mais qtt*eUe préside à une classification d anatomie patho* logique , c'est un contre-sens semblable i celui qui coasiaterait à prendre les propriétés vitales pour base d'une dasaification d'anatomie générale*

Cest le mime principe qui ne ma pas permis d'adopter la base de classification de M. Andral, qui a ims son point de départ t non dans l'anlitomie pathologique elle-même, niaia dans la physiologie » ou plutôt dans la pathoginie^ dsms les lésions élémentaires ou primitivBSf non point telles que le scalpel les démontre, mais tdles que l'esprit les oonçoit.

Considérant que trois aotes fondamentaux s'aocom» jdîsaent dans toute partie vivante , savoir la circulation capillaire, la nutrition et la sécrétion , l'auteur a admis trois grandes classes de lésions : ^on$ th ciVtuAtftbn capit taire j lésions de nmiriîion et lésions de sécréiibnk En outre, Finnervation et la composition du sang exerçant une in-* fluMice non équivoque sur l'action de chaque partie, il admet une quatrième et une cinquième classe sous le titre de lésions de finnervation; lisions de la composition du sang.

Il résulte de cette manière d'envisager l'anatomie pa?» thologiqne , que l'auteur ne décrit nulle part les altérations teUes que la nature les présente, mais qu'il lês a analysées de manière à offrir isolés les phénomènes et les éléments qui les constituent. Ainsi , dans son excellent ouvrage , si remarquable pour le fond et pour la forme, comme tout ce qui sort de la plume de M. Andral, on ne trouve nulle paît décrite la lésion complexe qui oonstltue une inflammation, une tumeur cancéreuse, mais on voit épars les éléments que l'on conçoit être le principe de ces altérations. S'il m'est permis de dire toute iM pensée à cet égard, il ne semble que l'auteur distin*

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gué dont je parle a commencé par où il fallait finir, que 9on esprit élevé a vu le but et s'est affranchi des moyens, qu'il a donné sous ce rapport dans le même écueii que les pathologistes qui, à la suite de Bicbat, ont divisé les maladies, en maladies de la sensibilité animale, maladies de la contractilité animale , maladies de la contractilité organique sensible, maladies de la sensibilité et de la contractilité organiques insensibles, et que les thérapeutistes qui avec Swilgué ont classé les médicaments d'après leur action sur telle ou telle des propriétés vitales admises par Bichat. Si nous savions quelles altérations doivent être rapportées à la lésion d'innervation, quelles autres à la lésion de circulation , de nutrition , de sécrétion, ce qui supposerait que nous savons préalablement en quoi consiste Finnervation, la circulation capillaire, la nutrition et la sécrétion, en un mot, si les lésions primitives étaient connues, la science serait toute faite, et lanatomie pathologique aurait accompli sa mission.

Dans une classification exclusivement fondée sur les lésions matérielles, je n*ai pas dû conserver la dasse de vic^s de conformation ou monslniosCi^f parce que dans cette classe sont réunies les lésions les plus hétérogènes ; et comme , d'un autre côté, ces altérations, qu'on peut con« sidérer comme des lésions intra*utérines, ont beaucoup d'affinité avec les lésions qui se produisent après la naissance, j'ai établi entre les unes et les autres un rapproche* ment qui n'est pas sans intérêt. Je sais bien qu'on peut objecter que cet isolement, cet éparpillement des vices de conformation ne permet pas de les considérer dans leur ensemble et d'une manière générale; mais cet inconvé* nient, d'ailleurs facilement réparable, ne peut nullement entrer en balance avec les avantages d'un plan uniforme et régulier dans lequel les circonstances de lésion anaUh» mique sont tout, et le reste est purement accessoire. Du moment que les lésions connues sous le nom de vices de

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