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CHAPITRE IV

DES PRODUITS ACCIDENTELS DE LA PEAU

La plupart des produits accidentels de la peau ont déjà été décrits. C'est ainsi que nous avons parlé de la mélanose, de la couleur bronzée de la peau dans la maladie d’Addison, du nævus coloré, des cornes, des verrues, des condylomes, des épithéliomes de toute espèce, des tumeurs fibreuses, fibro-plastiques et érectiles. Les éphélides n’offrent d’autres caractères anatomiques qu’un dépôt de pigment noir dans les cellules épidermiques et en dehors d’elles. Il ne nous reste donc à parler que des kystes et du cancer. Nous avons déjà traité des kystes d’une manière assez étendue à l’occasion de l’hypertrophie des glandes sébacées ; j’ajouterai seulement que je penche de plus en plus vers l’opinion que les kystes athéromateux peuvent aussi se former de toutes pièces dans le tissu cellulaire sous-cutané. Nous n’aurons donc à parler avec détail que des kystes dermoïdes.

§ I. — Des kystes dermoïdes sous-cutancs.

Nous ferons connaître en premier lieu tout ce que nos travaux nous ont appris au sujet des tumeurs enkystées sous-cutanées contenant des poils, des glandes, de la graisse, de l’épiderme, etc. Voici les deux faits que j’ai observés.

Obs. I.— Pendant un séjour que je fis à Berlin au commencement de 18ô6, M. Dieffenbach me proposa un jour d’extirper à sa clinique une tumeur enkystée qui avait son siège au-dessus de la paupière supérieure gauche. Un jeune homme âgé de vingt-quatre ans, d’une bonne constitution, portait cette tumeur depuis sa naissance; il n’en avait été incommodé que depuis peu de temps ; elle était située au-dessus du bord supérieur de l’orbite, et bien que peu à peu la tumeur eût atteint le volume d’un œuf de pigeon, les mouvements de la paupière n’étaient proportionnellement que peu troublés. La peau extérieure était mobile sur la tumeur, tandis que celle-ci ne l’était que partiellement sur l’os sous-jacent.

Je pratiquai l’opération en faisant une incision semi-lunaire sur toute sa longueur. Après avoir disséqué la peau des deux côtés, je la fis

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écarter par des aides, et je séparai ensuite le kyste avec le bistouri et avec des ciseaux, mais je rencontrai des adhérences si intimes avec le périoste frontal, que je fus obligé de laisser une très petite partie de la base, qui, en effet, plus tard se détruisit par la suppuration et ne mit point obstacle à la cicatrisation complète.

Le contenu de cette tumeur était composé d’une graisse jaune, de la consistance du suif, montrant au microscope de la graisse granuleuse et des vésicules, sans véritables cellules adipeuses et sans cristaux gras, La paroi interne du kyste, close de toutes parts avant l’opération, présentait tous les caractères d’une organisation cutanée complète. Bien qu’il ne fût point facile d’enlever l’épiderme isolé, on put cependant bien aisément constater son existence sur des coupes verticales qui, traitées par l’acide acétique, firent reconnaître les feuillets et les noyaux des cellules épidermiques. Le derme lui-même était composé d’un tissu fibro-aréolaire semblable à celui de la peau. Toute la surface interne du kyste était recouverte de petits poils blanchâtres, fins, courts, solidement implantés, et dont le bulbe et la gaine étaient très nettement visibles. A côté de chaque poil se trouvaient deux glandes sébacées en forme de grappes, dont le conduit excréteur se rapprochait de la surface du poil ; elles étaient gorgées de leur produit de sécrétion identique tout à fait avec la graisse contenue dans le kyste.

Obs. II. — Un jeune homme, âgé de vingt et un ans, que j’ai également observé dans la clinique de M. Dieffenbach à la même époque, avait déjà offert dès l’âge de six mois, d’après les indications de ses parents, une petite tumeur du volume d’une lentille, audessus de la paupière supérieure gauche. Il est probable que cette tumeur était congénitale. Peu à peu elle prit de l’accroissement, et à l’âge de dix-neuf ans, elle avait atteint le volume d’une prune, et incommodait assez le malade pour qu’il réclamât l’opération.

Celle-ci fut pratiquée par une incision dans toute sa longueur; on fit sortir tout son contenu, et l’on entretint son intérieur en suppuration pendant cinq à six semaines. La plaie se cicatrisa, mais la tumeur ne tarda pas à se reproduire et à s’accroître bien plus rapidement qu’auparavant, au point qu’à l’époque de l’entrée du malade à la clinique, elle avait atteint le volume d’une petite pomme. Depuis quelques semaines, la tumeur était devenue douloureuse et s’était enflammée à la suite d’une longue marche pendant laquelle le malade avait beaucoup couru. Des douleurs lancinantes, brûlantes ou térébrantes s’étaient fait sentir, et étaient devenues de plus en plus vives et permanentes. La peau avait pris une teinte rouge à la surface, et le volume de la tumeur avait si rapidement augmenté pendant les derniers temps, que l’œil en était complètement recouvert, la paupière ne pouvant plus être relevée spontanément; l'œil, du reste, n’avait pas le moindre mal ; le sourcil de ce côté passait juste sur le milieu de la tumeur.

Le 17 février 1846, l’opération fut pratiquée de la façon suivante. Une ellipse de peau fut circonscrite par deux incisions faites audessus du sourcil, et dans la direction transversale ; le kyste fut ensuite disséqué : on l’ouvrit pendant l’opération, ce qui donna issue à une matière grumeleuse mêlée de beaucoup de pus. Les suites de l’opération furent heureuses ; au bout d’un mois la plaie était cicatrisée, et le malade quittait l’hôpital, complètement guéri.

L’examen de la tumeur offrit les caractères suivants. Les masses grumeleuses étaient composées d’une matière grasse sébacée, à petits granules ; le pus avait ses caractères ordinaires. La face interne de la membrane du kyste présentait tous les caractères de la peau extérieure; sa surface la plus rapprochée de la cavité était recouverte d'une couche épithéliale dont les lamelles superficielles étaient un peu racornies, mais un peu au-dessous d’elles se trouvaient des cellules épithéliales plus jeunes avec un noyau distinct : ces cellules offraient tous les caractères de jeunes cellules d’épithélium pavimenteux ou de l’épiderme de la peau. Au-dessous de cette couche de cellules se trouve un derme très vasculaire. Toute la surface de cette peau de nouvelle formation est parsemée de poils avec des glandes. Les premiers sont de couleur blonde et ont des bulbes larges et bien nourris, entourés de leur gaîne ; deux glandes sébacées accompagnent généralement ces poils. Cependant il y a par-ci par-là des poils sans glandules et des glandüles sans poils. On reconnaît déjà ces derniers à l’œil nu par leur couleur jaune pâle et mate et par leur forme arrondie et lobulée ; leur volume varie entre celui d’une très petite tête d’épingle et celui d’un grain de millet. Lorsqu’on fait des préparations minces de cette membrane interne et qu’on les rend transparentes par l’acide acétique, il est facile d’étudier la structure des glandules avec le microscope : on voit bien alors leur membrane propre, leur conduit excréteur et leurs contours lobulés en forme de feuilles de chêne ; leur contenu se compose d’une graisse jaunâtre, granuleuse ou à petites vésicules. Nous n’avons point trouvé de poils libres et détachés mêlés à la graisse qui remplissait ce kyste.

En 1858, j’ai pratiqué, à Zurich, sur un étudiant italien, l’extirpation d’une tumeur en tout semblable, située à la racine du nez et très adhérente au périoste. Ce cas n’entre point dans l’analyse statistique que nous allons présenter tout à l’heure.

Les faits de ce genre ne sont pas très rares, quoique nos traités classiques de chirurgie se taisent généralement sur ce sujet.

Baillie (1) nous apprend que Hunter avait déjà excisé une tumeur parfaitement close, située au-dessus du sourcil , qui renfermait des poils.

M. Cruveilhier (2) a réuni quelques cas semblables. Un premier appartient à Maurice Hoffmann, qui trouva dans une tumeur de la tête et de la tempe des cheveux libres et implantés. En 1810, Zotherman avait signalé la présence de poils dans un kyste qu’il avait extirpé à la paupière supérieure. Dupuytren enleva à un enfant âgé de trois ans une tumeur de la paupière supérieure, renfermant une matière semblable à du beurre fondu et une grande quantité de poils adhérents à la paroi interne, longs de quelques lignes. Pitet lut devant la Société anatomique une observation semblable.

A. Cooper (3) fait aussi mention de ces sortes de tumeurs. « Quelquefois, dit-il, ces kystes renfermënt

(1) Philos. Transact., 1789, t. XVI, p. 535-539.

(2) Traité d'anatomie pathologique générale. Paris, 1856, t. III, p.' 340.

(3) Œuvres chirurgicales, trad. par Chassaignac et Richelot. Paris, 1837, p. 710.

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» des cheveux. C’est ce qu’on observe lorsqu’ils existent à la tempe ou près du sourcil, ou dans d’autres » parties du corps recouvertes de poils. Ces poils n’ont pas de bulbe ni de canal, et diffèrent par consé- » quent de, ceux qui existent normalement à la surface du corps. »

Cette opinion ainsi formulée nous paraît exagérée; elle est réfutée, du reste, par les deux faits que nous avons rapportés plus haut; toutefois il est intéressant de constater que A. Cooper avait bien connu les kystes pilifères sous-cutanés.

Le docteur Yenot a publié l’observation d’un kyste pileux siégeant à la jambe chez un homme âgé de trente-six ans (1).

M. Lawrence a publié, en 1838 (2), un mémoire fort curieux sur ces maladies, et nous sommes étonné qu’on ait tenu si peu compte de ses observations. Il y rapporte les faits suivants. Un jeune enfant portait, près de l’angle droit externe de l’œil, une petite tumeur du volume d’une fève, faisant une saillie sans changement de couleur et sans adhérence à la peau. La tumeur était congénitale. En faisant l’extirpation, le chirurgien put se convaincre que la tumeur était située sous le muscle orbiculaire, et que par sa base elle adhérait intimement à la surface de l’os, à l’apophyse externe du frontal. Ce kyste renfermait de la graisse et des poils d’une couleur foncée. L’auteur ajoute que les tumeurs de cette espèce ne sont pas rares dans celte région chez les jeunes enfants, qu’elles sont ordinairement congénitales, et qu’elles restent quelquefois stationnaires pendant toute la vie; et il cite le cas d’un homme qui en a, toute sa vie, porté une à l’angle externe de l’œil sans avoir jamais été incommodé. L’auteur anglais rapporte ensuite ce singulier fait, que si, en opérant, on laisse persister une partie du kyste, la plaie ne se cicatrise point. A l’appui de cette opinion, il rapporte les deux cas suivants. Une jeune personne portait une tumeur de ce genre à la racine du nez, entre les deux paupières ; on en fil l’ablation, mais la cicatrisation ne devint jamais complète. Lawrence incisa alors la fistule, et trouva au fond de la plaie un fragment de kyste sur lequel des poils étaient implantés. L’excision fut pratiquée, et la guérison né tarda point à s’accomplir. Le second fait est entièrement semblable. Une tumeur existait également à la racine du nez ; incomplètement opérée, elle avait laissé une ouverture fisluleuse. Une incision fut pratiquée, et l’on mit également à nu un morceau de kyste couvert de poils, dont l’excision fut suivie d’une guérison complète. Voilà donc encore trois faits non douteux de faits de kystes pilifères sous-cutanés.

Le docteur Ryba observa un fait semblable (3). Ce chirurgien extirpa à une femme, âgée de trentehuit ans, une tumeur du volume d’une grosse noix qu’elle portait dans la région du sourcil gauche, vers la tempe, et qui était profondément située sous la peau; elle était attachée par des adhérences fibrocelluleuses au périoste. Le sac complètement extirpé contenait, outre un sérum jaunâtre avec des flocons blancs, une quantité de poils détachés, courts, semblables à ceux du sourcil. Une partie de ce sac était plus épaisse et plus saillante vers l’intérieur, et les poils y étaient solidement implantés. On cite un autre fait de tumeur sous-cutanée pilifère, extirpée parle docteur Bramer à un homme de la campagne, âgé de yingt et un ans, qui portait cette tumeur près du sourcil gauche, depuis sa naissance (4).

En général, ces faits avaient frappé davantage les ophthalmologistes que les autres chirurgiens. Dès 1817, Beer (5) avait déjà bien décrit cette maladie. Nous aurions rapporté plus haut ce passage, si l’auteur avait cité des observations détaillées à l’appui de sa description générale. Après avoir exposé la pathologie des tumeurs enkystées des paupières et du pourtour de l’œil, Beer dit que l’on y trouve une matière jaunâtre, pultacée, mêlée de beaucoup de poils unis, courts, mous, d’une ligne environ de longueur, et que la surface intérieure de ces kystes est toute parsemée de ces poils, mais qu’ils se laissent facilement enlever parce qu’ils n’ont point de bulbe.

M. Cruveilhier a publié (6) l’observation d’une petite fille âgée de neuf ans, qui portait sur la partie moyenne du nez une croûte du volume d’une tête d’épingle ; cette tumeur, enlevée, laissa pénétrer la sonde

(1) Gazette médicale, 1837, p. 590.

(2) London medical Gazette, 1838, t. XXI, p. 771.

(3) Prager Vierteljahrsschrift, 18AÛ, t. Il, p. 261.

[ti) Même journal, t. VIII, Analecta.

(5) Lehre von den Augenkrankheiten. Wien, 1817, l. U, p. 608-609. — Voy. aussi Sicile], Iconographie ophthalmologique. Paris, 1859, p. 628 et pl. LXIV.

(6) Anatomie pathologique du corps humain. Paris, 1829 à 1835, 1. 1, 18e livraison.

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vers le sinus frontal. Par la pression, on en fit sortir des poils noirs de six lignes de longueur; déjà antérieurement il en était souvent sorti. M. Cruveilhier conseilla une injection irritante; mais il n’est pas probable qu’elle ait amené la guérison, comme cet observateur le suppose. Dans une des séances de la Société anatomique, M. Cruveilhier a rapporté, à l’occasion d’une communication deM. Giraldès, le fait d’un kyste pilifère qu’il a observé près du pubis.

Le fait de M. Giraldès (1) est le suivant. Ce chirurgien a extirpé à un homme de vingt et quelques années un kyste au cou, situé au milieu de la distance du cartilage thyroïde à la fourchette du sternum, et dont le malade ne se rappelle pas la première apparition. Celte tumeur, du volume d’une grosse noix, mobile sous la peau, fluctuante, aurait pu être prise, en raison de son siège, pour une affection du corps thyroïde, si un examen attentif n’eût montré qu’elle ne suivait pas le mouvement d’ascension du larynx dans la déglutition. Une ponction exploratrice donna issue à du pus crémeux mêlé de poils blancs, et dans lesquels le microscope fit reconnaître des globules graisseux. Après une injection de teinture d’iode, non suivie de succès, M. Giraldès extirpa la tumeur dont la cavité contient encore une petite quantité du liquide crémeux indiqué ; la surface interne, d’un blanc nacré, est lisse, sauf quelques mamelons réunis au lieu d’implantation des poils. Deux de ces derniers, blancs et beaucoup plus longs que les autres, sont implantés sur la partie la plus profonde de la tumeur.

Aux faits précédents nous ajouterons une observation de ce même genre que vient de nous communiquer avec beaucoup d’obligeance M. le docteur Panum (de Copenhague). Un jeune homme, âgé d’environ vingt ans, porte depuis longtemps à la partie externe du sourcil, au-dessus de la paupière supérieure, une tumeur du volume d’une aveline. Elle fut extirpée en automne 1849, par M. le professeur Larsen, chirurgien de l’hôpital de celte ville. La surface interne du kyste était recouverte d’une matière grasse et d’une multitude de poils fins, de la longueur de ceux du sourcil ; bien que recouvrant la membrane interne, ces poils n’étaient plus implantés; cependant on y trouvait un bout inférieur légèrement épaissi, constituant un bulbe, et à l’autre extrémité ils se terminaient tous en pointe. Le contenu gras était formé par des cellules de 1 /50e de millimètre environ, dont quelques-unes étaient pointues aux extrémités, sans noyau visible et non altérées par l’acide acétique. La graisse offrait quelques particularités chimiques sur lesquelles M. Panum ne m’a pas donné de détails suffisants ; ces cellules étaient très probablement de nature épidermique, et avaient subi cette modification cornée qui les rend insensibles à l’action de l’acide acétique et renfermaient de la graisse ; leur surface dure opposait probablement un obstacle à la dissolution dans l’alcool (2).

Si l’on tient compte de tous les détails qui ont présidé à la formation de ces kystes dermoïdes, qu’on les compare ensuite à des formations analogues dans les poumons et dans d’autres parties du corps, et d’un autre côté aux tumeurs perlées décrites sous le nom de cholestalum, on ne sera plus du tout étonné que les tumeurs sébacées simples puissent également se développer de toutes pièces. La discussion sur le siège exclusif de ces affections, soit dans les glandes sébacées, soit en dehors de celles-ci, par suite d’une formation endogène, n’a plus de raison d’être aujourd’hui. En général, tout ce que nous

(1) Bulletin de lu Société anatomique, 1847, p. 96.

(2) Parmi les productions sous-cutanées de poils, une des plus curieuses est celle mentionnée par Lobstein ( Traité d’anat. pathologique, Paris, 1839, t. I, p, 350), qui a une fois trouvé des poils dans la matière noire d’une mélanose siégeant sous le cuir chevelu. Malheureusement l’auteur n’entre dans aucun détail sur ce fait curieux, dont nous avons vainement cherché une mention dans la description de la mélanose.

Ruysch ( Tkesaur . anat., Amstelod., 1705, VI, pl. III, 5 et 6, et t. I, 87-88) a rencontré deux fois des kystes pileux entre les muscles de la nuque d’un bœuf, et non chez l’homme, comme le passage de Meckel, qui a cité la planche VI au lieu de la planche III, le ferait supposer. L’auteur compare ce kyste à un nid de colibri, et il montre, dans la figure 5, la disposition circulaire des poils et de la matière sébacée dans l’intérieur. Dans la figure 6, il représente un autre kyste trouvé dans la même région, de l’intérieur duquel proviennent ces poils verticalement disposés. La planche VI de la même division représente une masse pileuse dermoïde et pédiculée, expulsée de l’utérus d’une vache.

Hunter, d’après Baillie (Phil. Transact. , yo\. XVI, p. 535-39), avait déjà observé chez des vaches et des brebis des kystes sous-cutanés, contenant des poils chez les unes, de la laine chez les autres. Il indique ces formations comme fréquentes, et il ajoute qu’une disposition cutanée à la face interne de ces kystes clos prépare la formation des poils.

Paget ( Lectures on tumours, London, 1851, p. 31) parle aussi de la fréquence des productions de ce genre chez la vache et le bœuf, et il est même probable que plusieurs des préparations auxquelles il fait allusion provenaient de la collection de Hunter.

M. Leblanc ( Journ . deméd. vétérinaire, t; II, p. 23, 1831), dont nous aimons toujours à invoquer le témoignage, a résumé, à l’occasion

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avons dit ailleurs de l’hétérotopie plastique, et tout ce que nous savons de la formation des produits accidentels en général, démontre que toute idée exclusive sur l’hypertrophie et sur l’hétérotopie est à bannir de la science.

Une autre discussion, quant à l’origine des kystes, présente un peu plus de difficultés : c’est à savoir si les kystes qui manifestement tirent leur origine d’un follicule hypertrophié sont dus au développement d’un follicule sébacé ou d’un follicule pileux. Mes études sur ce sujet me rendent cette double origine probable. Ces kystes pouvant provenir, tantôt d’une glandule hypertrophiée, tantôt d’un follicule, lorsque l’hypertrophie se localise sur l’une ou sur l’autre, on comprend aisément la disparition des petits organes contigus non hypertrophiés : le follicule pileux et l’une ou plusieurs glandes sébacées disparaissent lorsqu’une glandule s’hypertrophie, et celle-ci disparaissant à leur tour, lorsque le follicule pileux est le point de départdu travail hypertrophique, peut-être l’absence de graisse dans l’intérieur de certaines tumeurs de ce genre militerait-elle en faveur de l’hypertrophie d’un follicule pileux.

§ II. — Du cancer de la peau.

Nous avons observé 20 cas de cancer primitif delà peau, dont 11 à la face, savoir : 6 à la lèvre inférieure, 3 à la lèvre supérieure et 2 sur les lobes du nez ; 4 à la verge, 3 à la face externe de la vulve, un dans la région épigastrique, et un dans la peau de la jambe. La face et les organes externes de la génération paraissent donc, comme pour le cancroïde, être le siège de prédilection du cancer de la peau. Cela n’a rien d’étonnant, car ce sont évidemment les deux régions de toute la surface du corps les plus importantes et les plus riches en tissus.

Quant à la forme affectée par le cancer, nous rencontrons le plus souvent (dans les trois quarts des cas) des tumeurs plutôt intermédiaires entre le squirrhe et l’encéphaloïde que nanties des caractères types de l’une ou de l’autre forme, quoique généralement ces tumeurs se rapprochent davantage de la forme encéphaloïde. Cet aspect intermédiaire s’explique aisément lorsqu’on réfléchit que le stroma fibreux ne peut pas manquer, puisqu’à l’état normal, c’est l’élément essentiel du derme, et que, d’un autre côté, ses mailles sont assez larges pour permettre le dépôt d’un suc cancéreux abondant. Deux fois, dans le dixième des cas, nous avons observé des tumeurs mixtes, cancéreuses et épidermiques ; la superficie offrait un développement insolite de la couche épidermique et papillaire, tandis que le cancer siégeait plutôt dans le derme proprement dit. La disposition au dépôt mélanique est bien prononcée dans le cancer de la peau : nous l’avons observé dans un quart des cas, 5 fois sur 20; entre autres, dans tous les 3 cas de cancer des grandes lèvres, de plus une fois dans celui de la région épigastrique, une fois dans celui de la peau de la jambe. Nous ne l’avons jamais vu, ni dans celui de la face, ni à la verge ; et', chose curieuse, le dépôt mélanique a constamment manqué dans les cas de tumeurs cancroïdes observés par nous. Si ce fait se confirmait d’une manière générale, il aurait une grande valeur clinique, et il en résulterait que lorsqu’on rencontre des éléments mélaniques dans une tumeur cutanée, on doit déjà, par cela même, être porté à la regarder comme cancéreuse bien plutôt que comme cancroïde.

Si nous jetons à présent un coup d’œil sur la structure plus intime du vrai cancer cutané, nous arri-

d’un kyste pileux intracrânien, quelques-uns des faits généraux qui se rapportent à ces sortes de kystes. Il a bien reconnu la structure dermatique de leur face interne ; il les distingue en kystes superficiels et profonds, et ces derniers contiendraient plus de poils que les premiers. Leur siège de prédilection est le tissu cellulaire intermusculaire de l’encolure et celui des rayons supérieurs des membres antérieurs, surtout en dessous de l’épaule, et de plus diverses régions de la tête près des lèvres, les naseaux, sur le dos. Leur forme est ovoïde. Leur volume atteint celui de la tête d’un homme adulte. Voyez le fait curieux observé dans l'épaisseur du tissu adipeux sous-cutané d'un bœuf, rapporté par M. Bauchet ( Mémoires de l'Académie de médecine, Paris, 1857, t. XXI, p. 107).

Un travail plus étendu sur ce sujet (Gurlt, Magazin fur die gesammte Thierheilkunde, Berlin, 1836), que je regrette ne pas avoir pu me procurer, a été publié par M. Gurlt (de Berlin).

Nous devons enfin citer le fait curieux d’une de ces tumeurs dermoïdes sous-cutanées renfermant des poils sur la paroi interne, observée et opérée par M. Tixier, vétérinaire à Saint-Pourvain. Cette tumeur, du volume du poing, située dans le tissu cellulaire du cou d’un bœuf, close de toutes parts, augmentait sensiblement chaque année à l’époque de la mue. (Trapenard, Rapport des travaux de la Soc . méd. de l'arrondissement de Gannat. Gannat, 1852, p. 6.)

Nous espérons avoir donné assez d’exemples de la formation autogène des glandes et des poils dans des kystes sous-cutanés, et à coup sûr il ne viendrait à l’esprit d’aucun anatomiste sensé de prendre ces kystes pileux péri-orbitaires pour des produits de conception, soit d’inclusion, soit de superfétation.

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vons d’emblée à ce caractère différentiel très important par rapport au cancroïde, que le vrai cancer tend, de très bonne heure, à rendre l’aspect et la structure normale de la peau méconnaissables, à substituer, pour ainsi dire, un tissu' nouveau au tissu physiologique; tandis qu’au contraire le cancroïde, tant qu’une ulcération profonde dans sa dernière période n’a pas trop altéré son aspect, montre bien plutôt une exagération marquée des éléments normaux du derme et de l’épiderme, et contribue à compléter, pour ainsi dire, nos notions sur cet organe, privilège non encore suffisamment apprécié de tout travail hypertrophique.

L’aspect du tissu cancéreux dans la peau offre les caractères suivants. Sur une coupe fraîche on reconnaît, au commencement surtout, une trame fibreuse, de moins en moins marquée à mesure que l’on s’éloigne du début, qui cloisonne, par de nombreuses intersections, un tissu mou, quelquefois comme gélatiniforme et demi-transparent. La consistance est plus dure lorsque le stroma fibreux prédomine, plus molle lorsque la substance cancéreuse proprement dite existe en plus grande abondance. A l’exception d’un seul cas où, en pressant et en grattant avec le scalpel, nous n’obtenions que des grumeaux gélatineux, composés, du reste, aussi de cellules cancéreuses, nous avons toujours vu sourdre à la pression un suc cancéreux abondant, trouble, lactescent, d’un blanc jaunâtre, et une fois, dans un cancer du gland, nous avons même trouvé une cavité du volume d’un gros pois, entièrement remplie de ce suc, à tel point qu’elle ressemblait a un petit abcès. Cependant, à l’examen microscopique, nous avons reconnu non-seulement qu’il n’y avait dans ce liquide que des cellules cancéreuses, mais de plus qu’elles avaient subi un travail endosmotique curieux, en montrant à leur circonférence des soulèvements partiels delà membrane cellulaire externe, et dans quelques-unes un décollement comme lamelleux de toute la membrane d’enveloppe. C’est dans le gland aussi que nous avons rencontré deux fois un suc cancéreux si épais, qu’il offrait presque un aspect grumeleux. Lorsqu’il existe d’abondants éléments mélaniques dans le cancer cutané, le suc est coloré en noir ; et de plus son tissu, ordinairement d’un jaune pâle et lardacé, devient ou noirâtre et comme truffé, ou d’un gris ardoisé entremêlé de portions décolorées, le tout offrant un aspect panaché.

Ce tissu cancéreux se trouve souvent par tumeurs multiples, isolées, mais rapprochées ou confluentes; nous avons vu plusieurs fois des tumeurs de ce genre disséminées dans le tissu des lèvres, et c’est dans ces cas que nous avons trouvé quelquefois la couche épidermique hypertrophiée; une fois c’était la couche glandulaire de la face interne de la lèvre, et dans un autre cas enfin les glanduîes profondes du derme. Dans deux cas de cancers mixtes extirpés, la récidive offrait les mêmes caractères de tumeurs mixtes que le mal primitivement enlevé. Nous avons aussi observé dans le gland cette hypertrophie superficielle du derme avec dépôt cancéreux dans les parties plus profondes. Du reste, à cette hypertrophie des éléments dermotiques et épidermiques succède bientôt un travail ulcéreux qui, à la lèvre, a lieu quelquefois plutôt du côté de la muqueuse que du côté de la surface. L’ulcère une fois établi s’étend en largeur et en profondeur; les éléments épidermiques et papillaires sont bientôt détruits, et il s’ensuit une ulcération plus profonde qui offre ordinairement des bords taillés à pic et un fond purulent et sanieux.

La coupe de ces cancers cutanés ulcérés fait voir que les couches sous-jacentes ont perdu leur cachet particulier pour se confondre en un tissu cancéreux. C’est à la verge que nous avons observé en outre l’infiltration grasse et granuleuse du tissu cancéreux, ce qui lui donne cette espèce d’apparence tuberculeuse que nous avons décrite sous le nom de phymatoïde. Dans ce même organe, nous avons aussi rencontré un véritable champignon encéphaloïde, forme de cancer dont nous avons vu encore dernièrement un nouvel exemple dans un cancer secondaire de la peau.

La structure microscopique du cancer cutané offre les caractères suivants. Nous trouvons dans la trame fibreuse les fibres pâles et fines du tissu fibrillaire ordinaire, et de plus, les fibres élastiques plus larges, à contours plus foncés, et souvent ramifiées. Lorsque le cancer s’est propagé à la couche musculaire sous-jacente, nous trouvons, outre les fibres, des fragments de cylindres musculaires très altérés, ayant perdu leurs raies transversales et se montrant quelquefois infiltrés de cellules cancéreuses dans l’intérieur des cylindres mêmes.

Quant au suc cancéreux, il est essentiellement composé de cellules cancéreuses proprement dites,

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qui, dans le gland et à la lèvre, sont quelquefois mêlées à la surface à divers éléments épidermiques; mais, dans rinlérieur et dans les couches profondes, il y a toujours des cellules bien marquées.

Quoique nous n’ayons négligé l’examen microscopique dans aucune de nos observations, ce n’est que dans la moitié des cas, dans 10, que nous avons pris à ce sujet des notes avec beaucoup de détail. Deux fois les noyaux seuls existaient en grand nombre, et les cellules complètes, par contre, étaient très rares. Dans les 8 autres, les cellules entières étaient nombreuses ; leur dimension moyenne était de 0mra,02 à 0ram,025. Dans 3 cas, nous les avons vues atteindre 0mm,03 et même 0mm,035 ; deux fois leur minimum était de 0mm,017 ; leur forme était tantôt ronde, tantôt ovoïde, et souvent irrégulière, les contours cellulaires généralement pâles. Les noyaux ovoïdes ou ronds, à contours fortement marqués* variaient entre 0mm,01 et 0mm,015, et renfermaient 1 à 3 nucléoles de 0mm,0025 à 0ram,005, et dans ces derniers nous avons vu des nucléoles secondaires. Une seule fois nous avons rencontré des cellules mères de 0mm,05 à 0mm,l, renfermant un amas de noyaux et même de cellules complètes ; 2 fois nous avons observé l’infiltration granuleuse et graisseuse très abondaute des cellules cancéreuses. Dans les 5 cas d’infiltration mélanique, nous avons trouvé ces éléments en partie entourés de granules et de globules pigmentaires en dehors des cellules, et en partie les montrant dans leur intérieur, infiltrant ou le contenu cellulaire, ou le noyau, ou la cellule cancéreuse tout entière par des granules noirs ou par de petits globulins de 0mm,005; c’est même après le cancer de l’orbite, dans le cancer delà peau, qu’on peut le mieux étudier l’infiltration mélanique du cancer. Les épanchements sanguins, si fréquents dans les cancers des autres organes, n’ont point été observés par nous dans celui de la peau..

Les affections carcinomateuses de la peau ont une tendance prononcée, comme le cancer en général,

infecter l’économie tout entière, et à récidiver, par conséquent, non-seulement sur place, mais aussi dans les points éloignés des dépôts primitifs. Dans deux cas de cancer véritable de la verge, nous avons trouvé des cancers secondaires non- seulement dans les glandes inguinales, mais aussi dans les poumons, dans le foie, et, dans l’un des cas, dans l’intérieur du système veineux (1).

Les récidives, après l’opération, ne se bornent pas à une simple reproduction surplace; mais elles ont lieu tout aussi bien dans des organes tout à fait éloignés. L’infection dermotique disséminée précède ordinairement celle des autres organes.

Le point de départ histologique du cancer cutané est dans les lames du derme lui-même. De bonne heure il fait saillie à la surface, en soulevant l’épiderme à son niveau. 11 est facile à reconnaître, même à l’état tout à fait naissant, lorsqu’il est mélané. Ces tumeurs, quoique encore récentes, renferment déjà exactement les mêmes cellules cancéreuses que des tumeurs volumineuses et plus anciennes.

Le mal local montre au début une trompeuse bénignité, peu de gêne, peu de douleurs, un état général Intact. Mais bientôt des douleurs se déclarent, le mal s’étend, d’autres tumeurs apparaissent, des glandes lymphatiques se prennent, des troubles viscéraux se manifestent ; le malade dépérit et la mort survient dans un espace de temps qui varie entre six mois et deux ans.

La durée de la maladie a été notée dans 14- cas, mais, pour la plupart seulement, jusqu’à la première ou à la seconde opération, ce qui fait que nos données à ce sujet sont fort incomplètes. Dans deux cas d’autopsie où nous avons pu noter la durée exacte, elle a été une fois de cinq mois et une fois de dix-huit mois; dans les deux cas d’autopsie rapportés par M. Rayer (2), elle a été une fois de dix mois et une fois d’un an. Ainsi, chez ces quatre malades, la marche a été assez rapide.

Quant à l’époque où une première opération a été réclamée, neuf fois sur douze elle n’a pas dépassé un an ; une fois au bout de quatorze mois avec rechute peu de mois après; une fois au bout de dix-huit mois, et une fois au bout de deux ans. Voici, du reste, ce tableau :

De 3 à 6 mois . 3

6 à 9 mois . 3

9 à 12 mois . 3

12 à 15 mois . 1

A reporter. . . 10

Report ... lü

De 15 à 18 mois. . . . 1

18 à 24 mois. ... : . 1

Total . 12

(1) Nous avons rapporté ailleurs ( Traité pratique des maladies cancéreuses, Paris, 1851, p. 606) plusieurs faits à l’appui de cette doctrine; nous y renvoyons.

(2) Traité théorique et pratique des maladies de la peau, 2' édition, Paris, 1835, t. Il, p. 282.

PRODUITS ACCIDENTELS DE LA PEAU

Voilà donc une marche et une durée en tout conformes à celles que nous connaissons aux maladies cancéreuses en général.

Le sexe a été noté 16 fois; sur ce nombre il y a 10 hommes et 6 femmes* Ces chiffres sont, du reste, trop faibles pour en tirer des conclusions, et si nous résumons les observations sur le vrai cancer de la peau, que nous avons trouvées dans divers recueils et ouvrages, il nous semble qu’il y a à peu près répartition égale pour les deux sexes. Sur les 16 cas pour lesquels le sexe a été noté, il y en a eu 3 de cancer delà verge et 3 de cancer de la vulve; le cancer de la face s’est rencontré dans nos notes 7 fois chez des hommes et 3 fois chez des femmes.

L’âge a été également noté chez 16 malades. Nous avons, pour notre compte, généralement observé le cancer cutané dans la seconde moitié de la vie. Cependant nous avons vu que M. Rayer citait deux observations, l’une d’une jeune fille de 17 ans et l’autre d’une jeune femme de 25 ans. Tous fios 16 cas se trouvent, par contre, entre 40 et 75 ans. L’âge de la plus grande fréquence a été entre 55 et 65, et l’âge moyen de 57 ans et 7/1 6es. Voici, du reste, le tableau détaillé :

De 40 à 45 ans . 2

45 à 50 ans . 3

50 à 55 ans . 1

55 à 60 ans . 3

A reporter . 9

Report. .... 9

De 60 à 65 ans . 5

65 à 70 dns . »

Total . U

Quant à l’influence des causes extérieures telles que des coups ou des contusions, des maladies antérieures, les scrofules, la syphilis, nous n’avons pas encore pu la constater une seule fois d’une manière positive pour le véritable cancer cutané, tandis que nous verrons plus loin qu’il n’en est plus de même pour le cancroïde de la peau; en un mot, l’étiologie du cancer est tout aussi obscure pour celui du derme que pour celui de tous les autres organes.

Les produits accidentels du tissu cellulaire sous-cutané ont déjà été décrits pour la plupart, aussi nous bornerons-nous à quelques remarques sur le cancer de cette partie.

§ III. — Cancer «lu tissu cellulaire sous-cutané.

Cette maladie est plus fréquente à l’état de dépôt cancéreux secondaire qu’à l’état de cancer primitif, surtout si l’on a soin d’en séparer les tumeurs fibro-plastiques des membres, les affections cancéreuses des glandes lymphatiques, et celles du système osseux, qui, par suite de leur développement, deviennent tout à fait sous-cutanées.

Nous n’avons observé, pour notre compte, que 4 cas de tumeurs cancéreuses sous-cutanées : 2 fois chez des hommes et 2 fois chez des femmes. Leur siège était une fois sur les parois de la poitrine, 2 fois à la cuisse, et une fois à l’avant-bras. C’est dans ces deux régions surtout que nous avons vu commettre l’erreur de prendre des tumeurs fibro-plastiques pour des cancers, et nous avons été confirmé dans notre manière de voir, non-seulement en constatant la structure histologique non cancéreuse de ces tumeurs, mais encore en trouvant les parties environnantes non altérées, et le reste de l’économie exempt de toute production cancéreuse.

Arrivé à ce résultat, nous regrettons de ne pouvoir nous servir des matériaux qui existent dans la science sur le cancer sous-cutané ; l’incertitude du diagnostic nous a surtout frappé dans l’analyse d’un certain nombre d’observations réunies par Walshe (1).

Le cancer sous-cutané peut prendre son origine dans le tissu cellulaire sous-dermotique, ou dans celui qui se trouve entre les muscles ou les parties plus profondes. Dans les cas observés par nous, il a toujours été encéphaloïde, et les éléments microscopiques du cancer y offraient leurs caractères types. C’est dans les cancers sous-cutanés secondaires que nous avons plutôt observé la forme squirrheuse.

La maladie débute par une petite tumeur superficielle ou profonde qui, indolente au début, et occasionnant fort peu de gêne, peutpasser inaperçue pendant quelque temps, et ce n’estqu’au moment où elle a pris un certain accroissement, où elle fait saillie sous la peau, et où elle s’accompagne d’élancements ou

(!) The nature and treatment of Cancer,. London, 1846, in-8.

644 ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

de douleurs plus ou moins vives, que l’attention y est attirée. Le diagnostic est très difficile pendant tout ce temps, et l’on ne peut soupçonner la nature cancéreuse d’une de ces tumeurs que lorsqu’elle présente un accroissement rapide, la mollesse particulière à l’encéphaloïde, des douleurs lancinantes qui vont en augmentant, et une altération générale de la santé.

§ IV. — Des maladies «les glandes cutanées, des poils et des ongles.

Nous avons déjà donné de très nombreux détails sur les maladies des glandes cutanées, et surtout sur l’engorgement et l’hypertrophie des glandes sébacées et sudoripares ; nous n’aurons également que peu de remarques à faire sur les maladies des cheveux et des ongles, aussi celte section sera-t-elle exposée d’une manière beaucoup plus succincte que la précédente.

I. De quelques altérations des glandes sébacées. — En faisant abstraction ici de l’hypertrophie avec ses formes diverses décrites dans la partie générale de cet ouvrage, nous avons avant tout à parler d’une altération sécrétoire dans laquelle les glandes deviennent le siège d’une hypérémie habituelle, d’un agrandissement de leurs cavités, même de l’épaississement de leurs parois, avec exagération considérable de leurs sécrétions, véritable flux sébacé qui peut donner lieu à une inflammation chronique ambiante, et montrer les passages à l’acne rosacea, à la couperose, dans laquelle peu à peu la sécrétion diminue ou cesse, tandis que l’inflammation chronique périfolliculaire persiste. Les follicules pileux et sébacés peuvent aussi être le siège d’une inflammation suppurative, et donner lieu à de véritables abcès folliculaires dont la marche et les caractères anatomiques n’offrent rien de spécial. D’un autre côté, cette ouverture commune du follicule pileux et des glandes sébacées peut devenir le siège d’une infection venant du dehors, et je me suis demandé si dans la morve, dans la syphilis, des ulcères primitifs ou des pustules qui se formaient sans écorchure aucune de la peau ne débutaient pas souvent par un dépôt d’un principe toxique et virulent dans la cavité d’un de ces follicules. Pour le chancre, j’ai en effet observé, d’une manière non douteuse, des ulcères folliculaires primitifs, soit chez l’homme, soit chez la femme.

Nous devons dire deux mots de l’occlusion des glandes sébacées par un simple bouchon de matière sébacée, qui donne lieu à ces points noirâtres si fréquents à la figure, et qui, lorsqu’on les presse à leur pourtour, font sortir une espèce de petit vermisseau composé de matière sébacée et d’épithélium folliculaire. Quoique Krause (1) ait eu raison en revendiquant cette affection pour les grands follicules sébacés composés dont un follicule pileux ne serait qu’un mince appendice, je suis pourtant de l’avis de Simon (2), que les deux espèces de follicules peuvent donner lieu à cette affection, qui même peut prendre naissance, d’après cet auteur, dans la dilatation de la partie supérieure du follicule pileux ; du reste, nous renvoyons à l’excellente description de l’auteur que nous venons de citer pour des détails plus circonstanciés sur cette affection. Nous mentionnons seulement encore, parmi les diverses explications données sur la cause de cette accumulation sébacée, celle émise par Simon, que le relâchement des fibro-cellules musculaires situées autour du follicule, et par conséquent le relâchement de la contractilité périfolliculaire, pouvait rendre compte de l’accumulation sécrétoire, et même, par la suite, de la consistance plus grande du sébum et de la dilatation ultérieure des glandules.

Un fait enfin du plus haut intérêt est celui signalé par M. de Bœrensprung (3), comme explication des petits follicules clos remplis de matière sébacée, qu’on rencontre à la surface externe des paupières, et quelquefois aussi ailleurs. Ces corps, désignés sous le nom de milium , se forment, d’après lui, par l’accumulation du produit de sécrétion dans le conduit excréteur, à son embouchure dans la partie profonde du follicule pileux. C’est ainsi que le follicule sébacé se distend dans la profondeur, mais sans que le bouchon obstruant fasse saillie au dehors. Les glandules forment ainsi une saillie superficielle qui ressemble à un grain de millet; de là le nom de milium. Ce même auteur a observé des formations analogues dans les plaies guéries par première intention, dans lesquelles les conduits excréteurs

(1) Mullers’ Archiv /ür Anatomie , 1842, p. 218.

(2) Op. cit., p. 345.

(3) Beitrœge zur Anatomie und Pathologie der menschlichen Haut. Leipzig, 1848, p. 89.

PRODUITS ACCIDENTELS DE LA PEAU

étant coupés et obstrués par la cicatrice, le produit de sécrétion se serait accumulé dans ces glandules transformées en follicules clos; toutefois on ne comprendrait pas pourquoi, en pareil cas, le développement de ces granulations persisterait à l'état de corps miliaire, et je me suis demandé à mon tour s’il ne pouvait pas surgir aussi quelquefois, d’un développement partiel de la glande avec obstruction, ce que l’on observe dans beaucoup d’hypertrophies glandulaires.

II. Des maladies du système pileux. — Nous avons déjà parlé avec détail de plusieurs maladies des cheveux, tant à l’occasion des cryptogames qui se développent dans les follicules pileux qu’à l’occasion de leur production anormale dans les kystes dermoïdes cutanés, ovariens ou autres.

Une première anomalie des cheveux est leur développement excessif ( hyperlrichosis ) et leur formation dans des parties de la peau qui en sont dépourvues, par exemple sur toute la figure ou sur toute la surface du corps, disposition dont on a cité un certain nombre d’exemples, même chez les enfants nouveau-nés. On a observé des poils anormaux sur les taches fortement pigmentées, connues sous le nom de nævi, d’envies. On a vu quelquefois des poils anormaux se développer sur une grande partie de la surface du corps, dans la convalescence de maladies graves, fait dont plusieurs exemples ont été rapportés par MM. Bricheteau, Rayer, Fuchs et autres. Tout le monde sait que les femmes brunes ont une disposition à avoir des moustaches, et que plusieurs d’entre elles en ont au point d’être obligées de se faire raser; d’autres fois des poils se développent sur des parties de la peau qui ont été irritées. M. Rayer (1) en a vu se développer sur un enfant à la surface de la cicatrice d’un vésicatoire. Le même auteur cite un certain nombre d’autres exemples du même genre. On sait que quelquefois la barbe se développe de très bonne heure chez les jeunes garçons. Des poils s’observent parfois ailleurs qu’à la surface cutanée, cependant toutes les relations que l’on possède sur ce sujet permettent le doute. Voici un résumé des faits connus de ce genre.

Abstraction faite des poils développés à la surface interne des grandes lèvres et des paupières, dans l’espèce humaine, on trouve chez les anciens auteurs des exemples, réunis par Meckel, de poils rencontrés sur des membranes muqueuses plus profondes. C’est ainsi que Ford (2) a trouvé dans le palais d’un enfant nouveau-né une tumeur couverte de poils. Amatus Lusitanus (3) parle de poils trouvés sur la langue d’un homme, et qui, arrachés, se sont reproduits. Mon ami M. le docteur Bécourt a donné pendant longtemps des soins à une demoiselle qui portait de nombreux poils sur la langue. J’ai pu en examiner, mais je n’y ai trouvé que des éléments épithéliaux disposés en papilles piliformes. Bichat (4) dit avoir rencontré une fois des poils à la face interne de la vésicule du fiel ; ces poils, manifestement implantés sur sa surface, avaient un pouce à peu près de longueur et étaient au nombre d’une douzaine environ. Les cas nombreux dans lesquels des poils ont été évacués par l’anus n’ont pas une grande valeur, parce qu’il est probable qu’en thèse générale ces poils avaient été ingérés. L’observation la plus curieuse de ce genre que nous connaissions est celle qui appartient à Baudamant, chirurgien de Verdun (5). Il s’agit d’un jeune garçon âgé de seize ans, qui, dès son enfance, avait pris la mauvaise habitude de manger ses cheveux, et d’arracher ceux de ses frères et d’autres personnes qui l’approchaient, pour les avaler également. Il ramassait même les cheveux qui se trouvaient dans les balayures. Ce goût bizarre s’accrut avec l’âge. Les cheveux, entassés par couches, formèrent bientôt un corps ovale que l’on distinguait au toucher. Cette masse augmenta successivement; l’estomac devint douloureux, la fièvre s’alluma, et le malade mourut dans un affaiblissement qui fut précédé par les douleurs les plus vives.

Nous n’avons pas plus de certitude quant au développement de poils sur la membrane muqueuse des voies urinaires. L’observation souvent citée de Bichat, qui a trouvé des poils sur des calculs du rein, et non de la vessie, comme on a dit, doit se rapporter à des poils développés sur la muqueuse du bassinet; mais les preuves de ce fait manquent. M. Rayer (6), dans son excellent travail sur le trichiasis des voies

(1) Traité des maladies de la peau, t. III, p. 724.

(2) Méd. commun., t. I, n. 31.

(3) Curât, med., cent. VI, obs. 65.

(4) Anatomie générale , p. 525.

(5) Histoire de la Société royale de médecine. Paris, 1780, t. II, p. 262. Avec deux planches accompagnant cette observation, montrant quatre amas prodigieux de poils, dont l’un, entre autres, a le volume d’une tête d’adulte.

(6) Mémoires de la Société de biologie, 1850, t. II, p. 167.

T. II. — AHAT. PATHOL, — 40e LIVR. 102

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

urinaires et la pilimiction, résume de la façon suivante l’état actuel de nos connaissances sur le développement de poils dans les voies urinaires :

« Le trichiasis des voies urinaires est une maladie très rare, qui doit être inscrite dans nos cadres nosologiques. Elle l’est certainement beaucoup plus qu’elle ne paraît l’être d’après le nombre de trichiasis déjà publiés. Le chiffre de ces observations se réduit beaucoup, lorsqu’on écarte celles dans lesquelles l’urine n’a pas été examinée au moment de son émission, et celles dans lesquelles l’existence de véritables poils d’homme dans l’urine ou dans les graviers n’a pas été suffisamment établie.

» Le trichiasis est caractérisé par l’émission de poils avec l’urine non sensiblement altérée dans son apparence et sa composition, ou avec l’urine plus ou moins chargée de mucus, de sang ou de pus. Ces poils peuvent aussi être déposés à la surface, ou disséminés dans l’intérieur de calculs d’une composition plus ou moins complexe.

» Dans le trichiasis, l’émission de poils avec l’urine peut quelquefois s’opérer presque sans douleur et même à l’insu des malades : c’est le cas du trichiasis simple. Plus souvent le trichiasis est accompagné de diverses complications, de dysurie, d’urines sanguinolentes ou purulentes, et d’autres accidents propres à diverses maladies des voies urinaires. L’émission des poils peut n’avoir lieu qu’à des intervalles plus ou moins éloignés.

» Les causes de cette singulière affection sont complètement ignorées; il résulte seulement de l’analyse des faits observés qu’on l’a vue le plus souvent coexister avec une inflammation de la membrane muqueuse des voies urinaires, avec des graviers ou des calculs.

» Le trichiasis a été observé chez l’enfant, chez l’adulte et le vieillard, chez l’homme et chez la femme.

» On ne sait encore rien sur la disposition des poils et sur l’état anatomique de la membrane muqueuse, du bassinet et de la vessie, dans le trichiasis des voies urinaires, Maurice Hoffmann et Bichat ayant malheureusement négligé l’examen de cette membrane dans les deux cas où ils ont constaté l’existence de poils dans les voies urinaires après la mort.

» Parmi les caractères anormaux des cheveux, on observe aussi quelquefois une longueur et une largeur anormales, non-seulement dans les parties habituellement velues, mais aussi dans les hétérotopies plastic ques : c’est ainsi que j’ai vu et fait figurer (pl. XXXVill) des cheveux de près d’un mètre de longueur, qui provenaient d’un kyste de l’ovaire. On a aussi observé des cheveux qui avaient l’épaisseur, la rigidité des soies de sanglier ou de porc; c’est probablement une véritable hypertrophie du poil. »

III. De l’alopécie. — Nous avons déjà indiqué quelques causes de la chute des cheveux, dont le bulbe s’atrophie en même temps que probablement le follicule pileux subit des altérations de nutrition qui rendent la régénération du poil nulle ou incomplète. Rien de plus curieux que l’absence congénitale des poils. J’ai été consulté pour un jeune homme de Genève qui, à l’âge de quatorze ans, portait perruque, et qui n’avait aucun vestige de cheveux à la tête ni de poils au pubis ; cette calvitie datait de sa naissance. Les sourcils et les cils ne présentaient que des poils rares, courts et blancs. Danse (1) a obsërvé deux fois celle affection chez l’adulte, avec absence simultanée des dents. Steimnig (2) l’a observée chez deux enfants de la même famille, mais avec état normal des dents. M. Rayer (3) cite l’exemple d’un homme de trente-deux ans qui n’avait que fort peu de cheveux à la tête et aucun poil sur le reste du corps. D’autres fois la calvitie congénitale est partielle ; ou bien les cheveux et les poils existent partout, mais en très petite quantité. Dans l’alopécie sénile, les cheveux deviennent souvent gris avant de tomber. D’après Kolliker, les vaisseaux du bulbe pileux s’oblitèrent. On observe la calvitie, dans l’âge moyen, plus fréquemment chez l’homme que chez la femme. Quelquefois une violente perturbation dans le système nerveux peut provoquer la chute des cheveux. M. Rayer (4-) rapporte un cas observé par Ravaton, dans lequel une violente contusion de la tête, suivie d’amaurose d’un œil, avait provoqué la chute des cheveux, des sourcils et des cils du côté affecté : les cheveux étaient devenus gris

(1) Starclis Arckiv fur die Geburtshülfe , Bd IV, p. 684.

(2) Frorieps Notizen, XXVI, Bd. n° 4.

(3) Traité théorique et pratique des maladies de la peau, V édition, Paris, 1835, t. III, p. 736.

(4) Op. cit., p. 741.

PRODUITS ACCIDENTELS DE LA PEAU

auparavant. Romberg (1) rapporte que chez une jeune fille atteinte d'atrophie d’un côté de la face, il y avait des places chauves au cuir chevelu du même côté.

On sait que les cheveux tombent souvent après des maladies aiguës graves, telles que la fièvre typhoïde, la scarlatine, etc. La chute des cheveux que l’on observe quelquefois dans l’érysipèle de la face est au contraire une suite de l’inflammation du cuir chevelu. L’influence d’une altération générale de l’économie sur la chute des cheveux ressort encore du fait curieux observé par Magendie, qui, chez des animaux nourris exclusivement avec du fromage, a observé la chute des poils. C’est bien à tort que l’on reproche souvent au mercure de faire tomber les cheveux. M. Rayer avait déjà observé que les doreurs atteints de tremblement mercuriel ne devenaient point chauves à la suite de l’intoxication par le mercure. J’ai, pour ma part, constaté un très grand nombre de fois que non-seulement le mercure, dans les maladies vénériennes, ne faisait point tomber les cheveux, mais qu’employé à temps, il prévenait et même arrêtait leur chute, en combattant la diathèse syphilitique constitutionnelle.

Les cheveux tombent fréquemment lorsque la peau est distendue par des tumeurs. Nous manquons du reste, jusqu’à présent, de recherches suffisantes sur les altérations que subissent les follicules pileux, les bulbes, etc., dans les diverses formes de calvitie. Les quelques recherches qui ont été faites sur ce sujet se trouvent exposées dans l’ouvrage souvent cité de Simon, et H. Weber (2) dit que les follicules pileux persistaient chez les vieillards atteints de calvitie. Simon (3) a confirmé cette observation, et a constaté que les glandules sébacées des poils persistaient, et qu’en outre le follicule pileux renfermait un très petit poil presque imperceptible à l’œil nu, qui sortait cependant par l’ouverture commune. Dans l’âge très avancé, ces follicules avec les glandes étaient plus rares et plus distants les uns des autres.

Une des altérations généralement des plus intéressantes des cheveux, est celle de leur pigment, dont l’absence peut être congénitale, comme chez les albinos, ou acquise, comme dans la couleur grise des cheveux qui survient ordinairement pendant la vieillesse, mais bien souvent aussi de bien meilleure heure, et qui commence ordinairement à la tempe, à la barbe, et qui s’étend peu à peu sur tous les cheveux. La couleur grise partielle s’observe quelquefois chez de jeunes sujets. 11 existe un certain nombre d’exemples qui prouvent que la couleur grise peut survenir très promptement : on cite des exemples dans lesquels cela a eu lieu dans l’espace d’une nuit. Ordinairement cette décoloration commence à la pointe, plus rarement à la base. On a aussi observé que la couleur des cheveux a changé. Rayer (J) rapporte, d’après Alibert, qu’une femme avait perdu ses cheveux blonds pendant ses couches, et qu’elle eut ensuite des cheveux noirs. Un autre malade a été plus maltraité : il perdit, après une une maladie, des cheveux bruns, et ceux qui vinrent les remplacer étaient rouges ; des personnes qui avaient déjà des cheveux gris ont eu plus tard des cheveux normalement pigmentés. Un des faits les plus curieux de ce genre a été décrit par Karst (5), d’après une observation recueillie dans la clinique de M. le professeur Baum, alors à Greifswald. Il s’agit d’un jeune homme chez lequel chaque cheveu montrait une coloration alternante de blanc et de brun. Les places brunes étaient un peu plus épaisses que les autres. Richelot rapporte le cas d’une fille chlorotique, qui avait des cheveux bruns à la base et à la pointe et gris dans le milieu. On observe aussi des personnes qui ont des cheveux de différentes couleurs : j’en ai vu plusieurs exemples dans le canton de Yaud, et, chose curieuse, j’ai fait la même remarque pour des kystes de l’ovaire qui renfermaient des poils. Rien de plus curieux pour celui qui les voit pour la première fois, que les cheveux d’une couleur verte ou bleuâtre que l’on observe chez les ouvriers qui manient beaucoup le cuivre ou des combinaisons de cobalt.

Outre ces altérations quantitatives et pigmentaires, la forme du cheveu est quelquefois modifiée ; on peut y observer des renflements. D’autres fois on trouve la surface ou leurs pointes divisées, le plus souvent en deux, quelquefois même en plusieurs parties : c’est une espèce de fissuration de la substance du cheveu. Une des maladies les plus curieuses des cheveux, est la plique polonaise, quia déjà fait le sujet de bien des

(1) Clinische Ergebnisse. Berlin, T846, p. 76.

(2) Eildebrandt's Anatomie, t. I, p. 196.

(3) Op. cit., p. 377.

(4) Op. cit., t. III, p. 730.

(5) De capillitii humani coloribus quibusdam (dissert, inaug.). GrypUiæ, 1846.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

recherches, et qui a été attribuée, tantôt à la malpropreté, tantôt à une dermatose du cuir chevelu. Cette première opinion, professée par Hébra, a en sa faveur d’autant plus de probabilités, que dans les pays où la plique règne, une extrême malpropreté de la tête est très commune, par la raison qu’un préjugé populaire fait envisager ces maladies comme une espèce de dépuration de beaucoup de principes morbides. Toutefois la plique est une maladie réelle, favorisée seulement dans son développement par l’absence de propreté. Quant à la théorie d’après laquelle les parasites végétaux en seraient le point de départ, Simon a démontré par ses recherches qu’il n’en est rien, mais que des cryptogames se développent d’une manière consécutive. Les cheveux, même collés ensemble par un liquide qui plus tard devient concret et réunit en faisceaux compactes un certain nombre d’entre eux, ne sont presque point altérés dans leur structure, comme l’a déjà démontré Baum (1) par des recherches très exactes. Ces observations ont été confirmées par tous les observateurs ultérieurs. Quant à la substance gluante, fétide, qui, en se desséchant, réunit les cheveux en une masse confuse et inextricable, elle paraît d’abord le produit d’une exsudation morbide, d’une exsudation des. glandes, probablement du cuir chevelu, qui, en s’amassant et en se desséchant, et n’étant jamais enlevée par des soins de propreté, finit par constituer des amas considérables dans lesquels on a trouvé, outre les écailles d’épiderme, des insectes, des grains de sable, des fils de laine, de soie ou de coton. La masse qui renferme toutes ces parties hétérogènes est amorphe ou finement grenue. D’après les recherches chimiques de Hünefeld (2), il paraît que cette matière intercapillaire de la plique se compose d’une substance semblable à l’extrait aqueux de la viande. Celte substance animale se décompose facilement. Il reste à déterminer quelle serait, dans ce cas, la part de sécrétions normales exagérées, tant sébacées qu'épidermiques, et quelle serait celle d’une exsudation morbide et fibro-albumineuse ; sur ce sujet, il serait, avant tout, essentiel de combiner des recherches micro-chimiques très exactes du cuir chevelu avec l’analyse chimique ordinaire et les observations microscopiques.

IV. Des maladies des ongles. — On a observé quelquefois des maladies congénitales des ongles, leur absence complète aux mains et aux pieds, ou au moins à un ou plusieurs doigts ou orteils. Quant à la duplicité des ongles, elle coïncide le plus souvent avec la formation complète ou incomplète de doigts surnuméraires. Quant aux ongles hétérotopiques dont il a été quelquefois question, nous manquons de recherches exactes sur leur structure. Th. Bartholin rapporte qu’une jeune fille avait l’ongle de l’index implanté au côté interne du doigt; ce cas, rapporté par Blech (3), est accompagné du récit d’un autre dans lequel les doigts manquaient complètement et où les ongles étaient implantés sur le tronçon de la main.

Nous donnons la plupart des détails qui vont suivre d’après Simon , et nous y ajouterons plus tard quelques détails sur le champignon des ongles, d’après le beau travail publié récemment par Virchow.

L’atrophie des ongles survient quelquefois après des fractures, ou chez les paralysés, ou à la suite de la suppuration de la base de l’ongle, ainsi qu’après la sortie des phalanges, à la suite de panaris. J’ai vu des ongles atrophiés se reproduire après l’opération de l’arrachement des ongles. Les lamelles de l’ongle peuvent être moins cohérentes et se détacher par fragments. Chez les vieillards, on observe souvent une plus grande fragilité des ongles.

Leur hypertrophie est encore plus fréquente que leur atrophie; elle a lieu en longueur et en épaisseur, surtout au gros orteil. On les trouve d’une épaisseur anormale, plus fortement recourbés, et parfois M. Simon y a trouvé de distance en distance des membranes minces de structure épidermoïdale. L’épaississement de l’ongle peut avoir lieu dans l’ongle tout entier, qui alors devient plus ou moins difforme, tout en conservant sa dureté; d’autres fois on trouve les ongles hypertrophiés, composés de couches superposées, qui leur donnent l’apparence de plusieurs ongles superposés les uns aux autres, séparés par une substance épidermoïdale. D'autres fois l’épaississement de l’ongle est plutôt apparent, l’ongle étant couvert à sa face intérieure d’une substance plus molle qui peut s’étendre jusqu’à la racine; l’organe peut être hypertrophié indépendamment de cette couche pultacée. Les bords latéraux alors se recour-

(1) Rust’s Magasin, 1843, t. LXI, Heft 1, S. 1.

(2) Ibid., t. LXI, p. 19.

(3) De mutalionibus unguium (dissert, inaug.). Berolinî, 1816, p. 9.

PRODUITS ACCIDENTELS DE LA PEAU

bent naturellement en bas et en dedans, d’autres fois tout l’ongle entoure toute cette substance molle, comme un cornet.

Les ongles peuvent avoir aussi une forme anormale en dehors des altérations hypertrophiques. Sans compter la forme très convexe des ongles, chez les phthisiques, on connaît surtout la déformation gryphosique, qui fait ressembler l’ongle aux griffes de certains animaux. On observe aussi des raies longitudinales ou transversales : ces dernières sont surtout fréquentes, et peuvent faire ressembler l’ongle à certaines coquilles bivalves.il n’est pas rare de rencontrer les ongles gryphosiques et recourbés sur les cadavres des vieillards. Des déformations beaucoup moins régulières s’observent chez les individus atteints de lèpre ou de plique polonaise. Lorsque l’ongle est tombé à la suite d’une inflammation suppurative, la matrice de l’ongle se recouvre de plaques cornées molles qui peu à peu deviennent confluentes, et forment un ongle régulier lorsque la matrice est restée normale, difforme lorsque celle-ci a souffert. Quant à l’inflammation des parties qui constituent l’ongle, sa description est du domaine de la chirurgie ; d’ailleurs, il n’existe point de recherches anatomo-pathologiques sur ce sujet. La consistance de l’ongle peut être plus molle ou plus dure que de coutume. Pour les taches blanches des ongles, Valentin (1) explique leur formation par la cornification incomplète des cellules qui forment la substance de l’ongle et ont alors une couleur blanchâtre.

On a enfin décrit dans ces dernières années un champignon particulier qui se développe sur les ongles, et qui produit l’affection désignée par Virchow (2) sous le nom d ’onychomychosis. Ce petit champignon, décrit pour la première fois par Baum et Meissner (3), se propage par deux espèces différentes de sporules et est composé de fils simples et ramifiés, articulés ; nous renvoyons à la description très complète qu’en donne Virchow. Nous ajouterons seulement, d’après ce même auteur, que cette affection provoque aux ongles une coloration d’un blanc jaunâtre, par taches assez profondes; ces ongles sont souvent gryphosiques, et épaissis d’une manière égale ou seulement à leur partie antérieure ou latérale; ils montrent une formation augmentée de lamelles sèches du côté de la matrice de l’ongle. Les feuillets sont moins serrés, moins adhérents les uns aux autres. Il est probable que le champignon se développe sous l’ongle et s’insinue entre les fissures de la substance qui est en partie désagrégée par petits fragments, et lorsque les éléments des champignons forment des masses compactes, on voit apparaître les taches jaunâtres, le plus souvent disposées dans la direction longitudinale.

Jusqu’à présent les maladies des ongles ont peu attiré l’attention des pathologistes et des micrographes; mais je suis convaincu qu’une étude approfondie de l’anatomie pathologique des ongles peut conduire à des découvertes intéressantes et à des applications pratiques importantes.

OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DE LA PEAU

DVII. — i Scrofules, tumeurs circonscrites du derme, éruption eczémateuse; inflammation des paupières ; carie de plusieurs doigts ; tumeur blanche du coude et engorgement de la malléole interne du côté droit avec fistules et carie, (PI. CLXXXVI, fig. 1-4.)

Le jeune malade, âgé de huit ans, est né d’une mère bien portante et dont la famille est saine ; son père porte les cicatrices d’une ancienne affection des glandes du cou; sa santé a toujours été délicate; il a perdu une sœur en bas âge d’une affection de la jambe. Notre malade est venu au monde à terme, et en apparence assez fort ; mais confié à une nourrice négligente, il a été, à l’âge de trois mois, dans un état de marasme fort inquiétant. Sa mère l’ayant alors repris à la maison, la santé générale de l’enfant devint bientôt meilleure. A quatre mois, il se manifesta une éruption à la tête et à la figure, qui dura pendant plus de trois ans avec une intensité variable. Ni la vaccine, ni la rougeole qu’il a eue à trois ans n’ont paru influer sur sa santé. A l’âge de quatre ans, il n’avait plus qu’une éruption peu considérable à la tête; il se portait bien du reste. Jusqu’à cinq ans et demi aucun trouble n’est survenu dans sa santé. C’est à cet âge que le système osseux a commencé à devenir malade. La première phalange du pouce gauche s’engorgea. Six mois plus tard survint un gonflement dans plusieurs phalanges de la même main, dans le coude droit et à la partie inférieure du tibia et du péroné droit. Une éruption à pustules larges et rares (ecthyma) se montra à cette même époque, puis il se forma un certain nombre d’abcès les uns après les autres; les os devinrent le siège d’une carie.

Au mois de mars 1844, la mère consulta un empirique de Dijon, qui jouissait d’une certaine vogue populaire pour son traitement des scrofules, lequel consistait à appliquer sur une région quelconque de la surface du corps, ordinairement éloignée du siège du mal,

(1) Wagner s Handworterb. d. Physiologie, art. Gewebe, p. 769.

(2) Archives , t. IX, p. 580.

(3) Archiv für phys. Heilk., 1853, t. XII, p. 193.

AHAT. PATHOL.— 40' LIVR. 16:5

T. II

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

un grand nombre de cautères faits au moyen de la potasse caustique. Ce pauvre enfant a subi ce traitement pendant six mois : tous les deux ou trois jours on lui établissait deux ou trois de ces petits cautères ; ces applications ont été si nombreuses, que l’enfant porte sur la région des omoplates et de la partie supérieure du dos plus de cent cicatrices blanches, irrégulières, ayant en moyenne un centimètre de diamètre.

Lorsqu’au bout de six mois la mère s’aperçut que ce traitement, très douloureux pour l’enfant, n’exerçait aucune influence favorable sur la marche de Ja maladie, elle y renonça. C’est quelques mois après la cicatrisation des derniers cautères, que les tumeurs que nous allons décrire ont commencé à se former. Les premières se montrèrent à la partie postérieure du bras droit, ensuite plusieurs à la partie postérieure des deux épaules, et il s’en est développé ainsi successivement une vingtaine ; plusieurs paraissaient encore en voie de formation au moment où nous avons recueilli cette observation : bon nombre d’entre elles m’ont paru tirer leur origine d’une hypertrophie, avec vascularisation du tissu même des cicatrices,

Avant de décrire en détail ces tumeurs, disons d’abord deux mots sur le reste de la santé actuelle du jeune malade.

L’affection de la peau n’est pas entièrement guérie. Le cuir chevelu, garni de cheveux rares et minces, est toujours le siège d’un eczéma chronique ; on n’y voit plus de vésicules primitives, mais un assez grand nombre de croûtes minces et feuilletées, plutôt épidermiques que purulentes. A la face il y a quelques boutons d’ecthyma. Malgré cette maladie scrofuleuse de si longue durée, le patient ne présente pas les signes de l’habitus scrofuleux. 11 a des cheveux châtains, un front régulier, des yeux bruns, le nez un peu large et rouge à la pointe, une figure ronde, un bon teint, des lèvres d’une épaisseur ordinaire; l’état de sa nutrition est bon, ses chairs sont d’une fermeté moyenne.

Outre l’affection du derme, il offre les lésions locales suivantes : 1° un écoulement puriforme par les oreilles ; l’éruption eczémateuse de la tête s’étend aux régions mastoïdiennes ; les conduits auditifs externes et moyens sont exempts d’éruption ; 2° depuis longtemps l’enfant a mal aux yeux, et encore à présent il a les paupières des deux yeux très rouges, avec un fort développement granuleux des glandes et fournissant une sécrétion purulente qui les tient collées pendant la nuit, à tel point que le matin l’enfant a toujours de la peine à les ouvrir; l’œil droit est plus malade que le gauche, et la conjonctive oculaire de ce côté montre des faisceaux d’injection vasculaire partielle qui dépassent le bord de la cornée; 3° l’os métacarpien et la première phalange du pouce, ainsi que celle du petit doigt du côté gauche, sont le siège d’une carie avec fistules; 4° engorgement du périoste et de la portion inférieure du tibia droit avec une fistule entourée d’un tissu rouge, vasculaire, comme velouté, de nature fibro-plastique ; 5° une tumeur blanche du coude droit sans fistules ; on y sent un engorgement des os, des masses lardacéespeu épaisses se trouvent tout alentour. L’articulation est incomplètement ankylosée dans la position de demi-flexion. On voit, en outre, des cicatrices froncées et adhérentes à l’os sur la partie inférieure de l’humérus gauche.

Les tumeurs cutanées sont ou isolées ou groupées et comme confluentes, ayant surtout leur siège sur la partie postérieure des épaules et sur la partie supérieure du dos. Du côté gauche, il y en a quatre isolées et quatre confluentes; à droite, il y en a six isolées assez volumineuses et quatre plus petites moins développées. Les tumeurs sont entourées d’un grand nombre de taches blanches qui ne sont autre chose que les cicatrices indiquées plus haut. Les tumeurs bien développées font saillie au-dessus du niveau de la peau, saillie dont le volume est tantôt un peu au-dessous, tantôt un peu au-dessus d’un centimètre ; le diamètre de leur longueur et de leur largeur varie entre 10 et 15 millimètres. Elles sont en général, d’un rouge plus ou moins vif sur toute leur surface, et plus elles sont développées, plus elles présentent la coloration rouge. On voit toutes les transitions entre les taches blanches saillantes, cicatrices de l’application du caustique, de petites saillies comme tachetées de rouge et de blanc, des tumeurs beaucoup plus rouges d’un côté que de l’autre, et des tumeurs bien saillantes et bien uniformément rouges. Toutes sont indolentes au toucher et à la pression.

Pour nous éclairer sur leur nature, nous en enlevons une avec des ciseaux courbes sur le plat, ce qui se fait rapidement et est suivi d’une cicatrisation assez complète au bout d’une quinzaine de jours.

L’examen de la tumeur montre les particularités suivantes. Une coupe faite par le milieu offre un tissu blanc légèrement rosé, homogène, tout à fait élastique, d’une teinte un peu plus rouge vers ses limites externes. Entre le bord rouge et le tissu blanchâtre, il n’y a sur la coupe aucune ligne de démarcation. En comprimant fortement la tumeur, on ne fait point sortir de la surface de la coupe du suc hétéromorphe trouble et lactescent comme celui du cancer; à peine une petite quantité de sérosité limpide s’y fait alors reconnaître.

En examinant une branche mince de ce tissu sous le microscope simple, nous trouvons qu’il oppose à la dissection une bonne résistance, comme celle des parties fibreuses et élastiques; on y reconnaît, comme base de sa structure, un feutrage de fibres qui, avec de faibles grossissements, montre dans ses mailles un aspect grenu comme tacheté.

Après avoir détaché des parcelles très minces de cette tranche fine, on y reconnaît, avec de forts grossissements microscopiques, les éléments suivants : 1° comme hase de toute la substance, des faisceaux de fibres ayant entre l/50e à 1/40e de millimètre de largeur, composés de fibres à contours nettement marqués de 1/5006 à 1/400° d’épaisseur, tortueuses et ondulées par placés, droites et plus roides dans d’autres ; 2° dans bien des endroits, l’intervalle entre les faisceaux renferme un tissu fusiforme à fuseaux très allongés de 1/200' de millimètre de largeur dans leur milieu, sans noyaux ; ces corpuscules sont entourés d’une substance hyaline et finement grenue ; 3“ des éléments fibro plastiques bien caractérisés se trouvent partout autour de la préparation microscopique. On y distingue des corps fusiformes à noyaux, quelques cellules fibro-plastiques complètes, et surtout beaucoup de noyaux elliptiques de 1/200' de millimètre de largeur sur 1/100° de longueur, renfermant un ou deux nucléoles punctiformes. Quelques-uns des noyaux sont ronds et sphériques.

DVIII. — Tumeur fibro-plastique des parois thoraciques. (PI. CLXXXVIII, fig. 1-5.)

Un homme, âgé de soixante ans, porte depuis vingt ans sur les parois du thorax des tumeurs qui se sont développées peu à peu sans cause appréciable et sans occasionner au malade la moindre souffrance. Elles occupent toute la partie antérieure et supérieure entre les deux mamelons. Les unes sont pédiculées à base étroite, les autres sont implantées par une base large et diffuse. Leur volume varie entre celui d’une noisette et celui d’une pomme de moyenne dimension. Celles qui sont pédiculées offrent une apparence pyriforme. Nulle part ces tumeurs ne sont douloureuses à la pression, elles sont recouvertes d’une peau généralement saine et sont mobiles sur les tissus sous-jacents. Leur siège est dans le tissu cellulaire sous-cutané. Au niveau de la tumeur la plus volumineuse, le derme offre un commencement d’ulcération qui ne s’est opérée que depuis quelques mois seulement. Le malade, craignant les progrès ultérieurs du travail ulcératif, entre à l’hôpital de la Charité dans le service de M. Velpeau, qui enlève toute la portion de peau et de tissu cellulaire sous-cutané et

OBSERVATIONS

siégedeces productions accidentelles. On rapproche les bords delà plaie; la guérison s’opère après une suppuration de quelques semaines, et le malade quitte l’hôpital en très bonne santé. Nous n’avons pas pu le suivre ultérieurement. Cependant la marche lente delà maladie, sa nature locale, l’intégrité de toutes les fonctions, la santé générale, nous ont fait diagnostiquer la variété des tumeurs fibro-plastiques que l’on désigne sous le nom de kéloïdes. Le tissu qui compose ces tumeurs est partout identiquement le même. I! est homogène, d’un jaune pâle, luisant, demi-transparent, infiltré d’un suc clair légèrement gluant. Au microscope, on reconnaît comme principaux éléments ceux du tissu fibro-plastique. On voit surtout de longs noyaux ovoïdes ayant de 0mm,015 à 0ram,02 de longueur sur 0mm,005 à 0mm,0075 de largeur; ils renferment un ou deux nucléoles de 0mm,0016 à 0nm),002. On voit peu de cellules fibro-plastiques, peu de corps fusiformes complets, beaucoup de tissu fusiforme à noyaux, quelques fibres élastiques et quelques faisceaux de fibres ondulées.

DIX. • — Tumeur fibro-plastique de la région iliaque externe , extirpée trois fois, mais guérie depuis la dernière opération en octobre 1852.

(PI. CLXXXVI, fig. 6-8.)

Ce fait a acquis une certaine célébrité parce qu’il a été un de ceux qui ont donné lieu à la discussion que j’ai eu à soutenir devant la Société delà chirurgie au sujet des tumeurs fibro-plastiques. J’y attache une importance d’autant plus grande, que la guérison soutenue déjà depuis plusieurs années vient tout à fait à l’appui de mes doctrines. Voici d’abord l’observation telle qu’elle a été communiquée par M. Larrey à la Société de chirurgie, dans la séance du 21 janvier 1852.

« Un ancien militaire, gendarme mobile, nommé Genter, âgé d’une quarantaine d’années, doué d’une bonne constitution, s’était aperçu dès sa jeunesse et presque dès son enfance de la présence d’une petite tumeur au devant de la fesse gauche, vers le niveau de la face externe de la crête iliaque, sans qu’aucune cause appréciable parût y avoir donné lieu. Cette tumeur, présumée même d’origine congénitale, n’avait guère plus de volume qu’une noisette à l’époque du recrutement, et n’occasionnant alors ni gêne, ni douleur, elle passa presque inaperçue au conseil de révision. Mais depuis l’entrée au service elle s’accrut progressivement sous l’influence de la pression mécanique exercée par le bord du ceinturon et par la poignée du sabre. Les fatigues ne firent qu’exciter l’action lente, mais à peu près continue de cette cause locale, et au bout d’une vingtaine d’années la tumeur avait acquis un développement assez considérable pour qu’il fût impossible au malade de supporter l’équipement militaire. Elle devint même le siège de douleurs qui ne s’étaient jamais fait sentir, et caractérisées par des élancements irréguliers. Le malade fut obligé de cesser à peu près son service en 1850. 11 entra au Val-de-Grâce au mois de mars 1851, et fut placé dans nos salles de clinique. Voici dans quel état il se trouvait. Ce militaire paraissait avoir une assez bonne santé, quoiqu’il fût déjà venu à l’hôpital pour de légères affections de poitrine (bronchite aiguë, sans indice de tuberculisation); il avait eu une maladie syphilitique caractérisée par des chancres primitifs, mais bien guérie. Nulle raison d’ailleurs de rattacher le mal local à des causes générales. La tumeur siégeant à la face antérieure et supérieure de la région iliaque externe du côté gauche offrait alors le volume d’une grosse orange; elle était assez régulièrement arrondie, ayant une surface lisse, sauf une bosselure en avant, une coloration rougeâtre avec injection veineuse et amincissement de la peau , mais sans ulcération ; elle avait une consistance ferme, résistante dans tous les points et paraissant élastique; une mobilité notable dans toute sa circonférence ou portion libre, donnant aux doigts une sensation de glissement comme dans un kyste, mais ne provoquant, par diverses pressions, qu’une sensibilité faible ou très obtuse, sans complication enfiffd’aucune altération des parties adjacentes ni d’engorgement des ganglions circonvoisins, ni de la moindre altération de la santé générale. Cette tumeur, en un mot, nous offrait les caractères extérieurs des tumeurs dites fibro-plastiques, et elle fut diagnostiquée comme telle. C’était donc une tumeur placée dans des conditions favorables pour le pronostic, eu égard à l’opportunité de l’extirpation, malgré des chances de récidive locale. L’opération étant ainsi reconnue nécessaire, après en avoir discuté les avantages dans l’une de nos conférences cliniques, j’y procédai le 20 mars, par une double incision semi-elliptique circonscrivant la base de la tumeur. Cette opération fut facilitée par une énucléation rapide de la plus grande partie de la tumeur et terminée en moins de deux minutes. Un seul point d’adhérence à la base nécessita une simple excision ; une hémorrhagie veineuse assez abondante de toute la surface survint à la section des parois, comme si un réseau de tissu érectile avait enveloppé cette tumeur ; mais la ligature ou la torsion de 5 ou 6 artérioles et quelques ablutions d’eau froide suffirent pour arrêter l’écoulement de sang. Les lèvres assez extensibles de la plaie furent réunies à l’aide de quatre points de suture et de compresses graduées qui, soutenues par un bandage contentif, complétèrent le pansement et prévinrent le retour de l’hémorrhagie.

» La tumeur, examinée avec soin aussitôt après l’opération, est enveloppée d’un kyste mince cellulo-adipeux lâche, très vasculaire (ce qui explique l’abondance de l’effusion sanguine au moment de l’opération). Quant à la tumeur elle-même, elle se compose d’une masse homogène irrégulièrement arrondie, du volume d’une orange, de consistance ferme, élastique, d'un aspect luisant, de coloration jaunâtre et légèrement rosée, d’une texture sui generis, non décomposable en lobules, comme la graisse, sans vascularisation intérieure, sans exsudation de liquide blanchâtre ou lactescent, sans ramollissement ni dégénérescence, sans mélange de tissu graisseux; n’offrant enfin, au microscope, nulle trace de l’élément ou de la cellule du cancer, mais exclusivement des corps fusiformes allongés, dont la nature est bien celle du tissu fibro-plastique, ainsi que nous le démontra la recherche- attentive faite par notre savant confrère M. Lebert. La tumeur, présentée d’ailleurs à la Société anatomique, ne laissa point de doute à cet égard. Le résultat de l’opération avait été très satisfaisant ; aucun accident notable, soit primitif, soit consécutif, n’était survenu, sauf un gonflement des bords de la plaie, qui nécessita, dès le second jour, la levée de l’appareil et l’enlèvement des sutures, sauf ensuite une altération de la surface de cette plaie, devenue grisâtre et d’une suppuration sanieuse, offrant l’aspect de la pourriture d’hôpital. Mais bientôt des pansements appropriés (à l’aide du styrax, etc.) modifièrent favorablement l’état des choses ; et la plaie, une fois détergée, commença, dès les premiers jours d’avril, à se cicatriser en même temps que la santé générale était satisfaisante ; et vers la fin de ce mois la cicatrisation étant complète, permit au malade de sortir de l’hôpital, quarante-cinq jours après l’opération. La cicatrice est restée solide pendant huit mois environ, et Genter a pu, durant cette période, reprendre son service et en supporter toutes les fatigues. Mais vers le troisième mois, une récidive se manifesta sur place, ou dans la cicatrice même, sous forme d’une tumeur grosse d’abord comme une noix seulement. Cette tumeur augmenta d’une manière graduelle vers le sixième mois surtout, et dans le courant de novembre, elle s’ulcéra d’abord sous forme d’une simple érosion, et ensuite dans une grande étendue. Elle acquit enfin un développement assez considérable pour obliger le malade à cesser son service et à rentrer au Val-de-Grâce, où il fut admis le 27 décembre 1851. La cause mécanique qui semblait avoir favorisé le développement primitif de la tumeur nous paraît avoir provoqué sa récidive et son augmentation graduelle avec ulcération.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

» Quoi qu’il en soit, voici dans quelles conditions nouvelles se présente cette tumeur à notre examen clinique, le IU janvier. Elle offre dans son ensemble une masse considérable du volume à peu près de la tête d’un enfant d’un an ; sa forme est irrégulièrement arrondie ; sa surface est ulcérée dans une grande étendue, sous l’aspect d’un fongus; sa circonférence mesure h 2 centimètres, et sa superficie 29; l’ulcération fongoïde en comprend les deux tiers environ, et est recouverte d’une couche pultacée, avec suppuration sanieuse et odeur fétide; la base est protégée encore par les téguments intacts, mais distendus, amincis, enflammés; la sensibilité, très manifeste en ce point et un peu au delà, est nulle dans la masse ulcérée, même à une pression assez forte ; la consistance, mollasse à la superficie, est ferme, élastique profondément. L’augmentation enfin de cette tumeur est telle, que de jour en jour elle semble plus prononcée, sans offrir, non plus que la première fois, le moindre engorgement des ganglions circonvoisins ; mais elle exerce sur l’ensemble de l’économie une influence marquée, à en juger par l’état d’émaciation, par l’altération de la face, par l’affaiblissement général avec insomnie, toux, inappétence, etc., sans autre complication appréciable qu’un peu de râle sibilant et de matité du côté droit de la poitrine.

» L'extirpation nouvelle de cette tumeur ainsi récidivée, nécessaire et vivement réclamée par le malade, est pratiquée le 15 janvier, en présence de MM. Lustreman et Mounier, professeurs de l’hôpital du Val-de-Grâce. L’inhalation de chloroforme me permet de détacher promptement la tumeur par une incision circulaire à sa base et de cautériser fortement sa surface avec le fer rouge, dans un point surtout qui semblait offrir des adhérences assez profondes. Aucun indice cependant n’annonce que le périoste de l’os iliaque soit malade ou dénudé ; très peu de sang s’écoule cette fois. Un pansement à plat avec compression légère est appliqué ensuite, et le malade est soumis au régime des grandes opérations. Il éprouve, dès les premières heures, un soulagement notable ; à la suite d’une transpiration abondante, il a un sommeil assez calme. Mais le lendemain il ressent quelques élancements dans la plaie, et trois jours après il est atteint tout à coup d’une dyspnée extrême avec un frisson qui nous aurait fait craindre des accidents de résorption, si cet état ne s’était dissipé spontanément comme il-était survenu. La suppuration s’établit ensuite régulièrement dans la plaie, qui tend à se recouvrir de bourgeons charnus ; la santé du malade semble s’affermir de plus en plus, et la guérison définitive serait prochaine si la nature de la maladie ne nous laissait encore l’appréhension d’une récidive nouvelle. Quant à la tumeur enlevée ainsi pour la seconde fois, elle offre un volume beaucoup plus considérable que la première ; sa forme est à peu près sphéroïde ; son diamètre mesure 19 centimètres et son poids est de 670 grammes ; sa surface extérieure est bosselée, d’apparence fongueuse dans quelques points et gangréneuse dans d’autres; sa base offre des traces d’adhérences, comme celles d’un pédicule; sa texture intérieure est homogène, d’un blanc jaunâtre, de consistance fibreuse, dense, élastique, excepté dans un point où ce tissu, comme raréfié, contient une matière semi-liquide d’apparence colloïde. Le suc interstitiel est incolore et non lactescent, non grumeleux et sans indice de cellules cancéreuses.

» Cette première tumeur était composée de tissu fibro-plastique identiquement le même que celui que je décrirai plus loin. Déjà, vers la fin de 1851, une nouvelle tumeur avait apparu et était devenue volumineuse. Le malade s’était aperçu, pour la première fois dès le troisième mois après l’opération, d’une induration dans la cicatrice. La tumeur, très volumineuse, ulcérée et fongoïde à sa surface, fut de nouveau enlevée le 18 janvier dernier. Cette pièce avait 19 centimètres de diamètre et pesait 670 grammes; la surface était gangréneuse dans quelques points. Examinée de nouveau à ce moment, je n’y ai constaté d’autres éléments que la présence des éléments fibro-plastiques. Le compte rendu de la séance du 21 janvier 1852 renferme les détails de cet examen. Mais voici ce qui s’est passé pour notre malade depuis ce moment. Déjà au mois de février, pendant que la plaie était encore en voie de suppuration, quelques végétations fongoïdes s’élevèrent du fond de celle-ci, et examinées au microscope, je les trouvai entièrement composées de tissu fibro-plastique. Une cautérisation profonde avec le fer rouge fut pratiquée, et vers la fin de février la plaie parut cicatrisée ; le malade put sortir guéri de l’hôpital. Au bout de deux mois, il s’aperçut de nouveau dans la cicatrice d’une induration qui ne fit que s’accroître. Rentré à l’hôpital du Valde-Grâce au mois de septembre, il portait une tumeur assez volumineuse dont l’opération devint nécessaire. Elle avait, avant l’extirpation, le volume d’une petite orange, mais elle était plus longue que large et l’on sentait une induration considérable au-dessous de la cciatrice. Des veines bleuâtres sillonnaient sa surface ; elle offrait une espèce de fausse fluctuation ; elle était par moments le siège de douleurs lancinantes et habituellement douloureuse à la pression ; elle'était mobile sur les tissus sous-jacenls, mais adhérente à la peau. En s’accroissant, elle avait atteint presque la crête iliaque. La santé générale du malade était restée bonne, seulement il avait le moral un peu affecté, à cause de l’opiniâtreté des récidives. La tumeur fut enlevée le 7 octobre, en présence de plusieurs chirurgiens, et entre autres devant M. Langenbeck (de Berlin).

» L’opération ne présentait aucune difficulté. Elle fut pratiquée d’une manière très large, et malgré cela le tissu cellulaire du fond de la plaie paraissait suspect, ce qui nécessita une cautérisation avec le fer chauffé à blanc.

» Voici la description de la tumeur. Elle a 13 centimètres de longueur sur 6 centimètres dans la plus grande largeur et 3 environ de hauteur. Elle se divise en deux portions dont Tune, à peu près du volume d’un œuf de pigeon, est située à l’extrémité postérieure de l’ancienne cicatrice et placée immédiatement sous celle-ci. La tumeur principale qui lui est annexée dépasse le volume d’un gros œuf de dinde. La tumeur est mobile sur les tissus sous-jacents et elle y est entourée d’une enveloppe fibro-celluleuse et vasculaire, mais à toute sa partie supérieure, ainsi que sur la majeure partie de sa circonférence, elle se confond pour ainsi dire avec les lames profondes du derme et avec le tissu de la cicatrice. Elle est peu vasculaire dans son intérieur, qui est d’un jaune pâle homogène, tirant légèrement sur le rose. La consistance est ferme et élastique. Par le grattage on n’en fait sortir qu’un suc transparent, mêlé de quelques grumeaux ; mais ce qu’il y a surtout de frappant dans ce tissu, c’est sa parfaite homogénéité. Lorsqu’on porte de petites parcelles de ce tissu sous le microscope, on est frappé de l’élasticité de ces fragments qui sont très difficiles à écraser. On n’y trouve absolument d’autres éléments que ceux du tissu fibro-plastique, surtout fusiforme. Ce sont des cellules très allongées, pointues à Tune ou aux deux extrémités, ayant jusqu’à 1 /50e de millimètre de longueur et même au delà, et à peine 1/200" de largeur ; dans la moyenne elles atteignent cependant 1/150“ de millimètre. Il y a bien peu de cellules ovoïdes ou arrondies, et dans celles-ci les noyaux sont à la fois moins allongés et plus larges. Des nucléoles punctiformes se trouvent partout dans les noyaux. Le tissu est entièrement composé de ces éléments, réunis ensemble par une substance intermédiaire presque transparente, finement granuleuse, du reste peu abondante. »

Depuis cette époque, le malade est entièrement guéri, comme M. Larrey me Ta encore affirmé lors de mon dernier voyage à Paris.

DX. — Tumeurs fibroïdes et fibro-plastiques multiples de la surface du corps. (PL CLXXXV1II, fig. 6 et 7.)

Wipf (Heinrich), âgé de quarante-sept ans, a perdu son père d’une maladie aiguë, à l’âge de soixante ans ; sa mère est morte à l’âge de soixante-dix-sept ans, sans maladie antérieure, sans maladie bien déterminée. Pas de cas de tumeurs semblables à celles que porte le

OBSERVATIONS

malade, ni chez ses parents, ni chez ses grands parents des deux côtés. Son frère et sa sœur se portent bien; il a perdu une sœur en couches.

Le sujet, valet de ferme, ayant toujours exercé son état, dit n’avoir eu, étant enfant, ni maladies éruptives, ni signes d’une affection chronique, ni scrofules, ni épistaxis abondantes. Il a eu quelquefois des maux de tête pendant quelques jours, mais sans être alité et sans être obligé d’interrompre ses travaux.

Au mois de septembre 1851, il s’est aperçu pour la première fois qu’il portait à la partie antérieure de la peau du thorax un certain nombre de tumeurs (qu’il évalue au nombre de quinze à vingt), du volume d’une tête d'épingle. Ces tumeurs se sont rapidement multipliées, et se sont manifestées successivement à l’abdomen et à la face interne des cuisses, puis au dos, en devenant de plus en plus nombreuses sur toute l’étendue du dos, à partir de la nuque. Déjà, en janvier 1852, un certain nombre de ces tumeurs avaient atteint le volume d’une noisette ; à côté de celles-ci il y en avait toujours un certain nombre de fort petites et de grandeurs diverses. Il dit avoir éprouvé, au début, un sentiment de cuisson aux endroits où les tumeurs ont paru, qui ont passé dès que les tumeurs ont pris de l’accroissement.

Il a quelquefois éprouvé des élancements dans diverses tumeurs peu intenses. Depuis six mois, il éprouve plus de douleurs, surtout dans les tumeurs qui siègent dans la peau du crâne. En général, le sommeil est troublé depuis quelques mois, malaises, inquiétudes, vertiges, etc.

Un an et demi ou deux ans avant l’apparition des tumeurs cutanées, le malade s’est aperçu qu’il portait une tumeur dans le côté droit du cou; lorsqu’il s’en est aperçu, la tumeur avait déjà le volume d’une noix. Dans l’espace de six mois, la tumeur a augmenté; depuis lors elle ne s’est pas accrue, seulement elle est tantôt plus, tantôt moins volumineuse. Il a toujours conservé un bon appétit, il a toujours eu des selles régulières; depuis un an il est sujet à la constipation, tous les deux ou trois jours seulement; pas d’hémorrhoïdes.

Depuis unau et demi le malade a maigri : cependant, à son entrée à l’hôpital, la première fois, en juillet 1852, il pesait 131 livres. 11 a eu à l’hôpital une affection fébrile, un état catarrhal des intestins qui l’a fait maigrir. En octobre 1852, il pesait 129 livres et demie avant de tomber malade; le 31 octobre, 106 livres; le 7 novembre, 112; le 16. novembre, 112 et demie; le 28 novembre, 113 et demie; le 5 décembre, 115 et demie; le 12 décembre, 116 et demie; le 26 décembre, 126 et demie; actuellement, 129 livres; de façon qu’il n’existe pas d’amaigrissement notable.

Pendant le séjour du malade à l’hôpital, dans la deuxième moitié de 1852, les tumeurs étaient aussi nombreuses qu’actuellement, mais plus pleines, plus turgescentes, ce qui a été constaté par un examen attentif.

M. le docteur Ernst en a extirpé plusieurs du volume d’un œuf de pigeon à celui d’un œuf de poule, l’une formée par une seule tumeur, l’autre par une agglomération de tumeurs: l’une des plaies a guéri par première intention, l’autre a fourni une suppuration d’abord bonne, puis sanieuse; la cicatrisation a été complète environ un mois après l’opération.

L’examen microscopique a montré qu’il n’y avait, pour ainsi dire, que des éléments fibro-plastiques étroitement serrés, allongés, fusiformes, des cellules encore arrondies en petit nombre, peu de fibres fines et complètes. Tous les passages existaient entre les fibres et les cellules.

État actuel. — Le malade est d’une taille moyenne, 1 mètre 625 millimètres. Apparence forte et robuste, épaules larges (0"*,66) ; cheveux noirs, yeux noirs, figure pleine, médiocrement colorée ; point de cheveux gris.

État de la peau. — Normale dans l’intervalle des tumeurs, souple, d’épaisseur normale, pas de vascularité anormale. A la partie antérieure du corps on voit une quantité très considérable de tumeurs, surtout à la partie supérieure du sternum, peu sur le reste de la partie antérieure de la poitrine, beaucoup au contraire sur tout l’abdomen.

Leur volume y varie entre une tête d’épingle et une noix; les plus petites sont à peine saillantes au-dessus du niveau de la peau, dont la coloration n’est pas changée; elle est rosée à la surface de celles qui dépassent un petit pois; il y en a d’isolées, de confluentes, 3 ou 6 et au delà se touchant. De plus, à la surface des tumeurs un peu volumineuses il y en a de petites, appartenant plutôt à la peau et au tissu cellulaire sous-cutané que constituant des excroissances de la masse principale ; les unes ont une base large et diffuse, d’autres sont plus pédiculées. La plus large, dépassant le volume d’un œuf de poule, a une base très élargie. La peau à leur niveau est incomplètement mobile, garnie par places de poils; le tissu de la tumeur est au toucher d’une mollesse élastique ; elles sont mobiles sur les parties musculaires plus profondes. Le dos en est garni également, et surtout il yen a un plus grand nombre à la partie supérieure du thorax en arrière qu’en avant; un très grand nombre, surtout dans la région lombaire, s’étendent jusqu’aux fesses. Toutes ces tumeurs sont indolentes au toucher. Au cou, il y en a un grand nombre, et de plus dans la région parotidienne, une du volume du poing, composée d’une partie intérieure dure et sphérique, et d’une extérieure, lobulée, moins résistante. Cette tumeur s’étend en arrière jusque dans le voisinage des vertèbres cervicales, en avant sous le sterno-mastoïdien; la carotide externe est déplacée et passe sur la partie supérieure et intérieure de la tumeur; il ne paraît pas qu’il y ait compression du pneumogastrique, ni de sa branche récurrente; il n’y a ni dyspnée, ni changement dans la phonation, ni difficulté dans la déglutition; depuis deux mois et demi cette tumeur est stationnaire; on sent la glande thyroïde comprimée en dedans et au-dessus d’elle. Le front, le menton et les joues renferment plusieurs tumeurs peu volumineuses : il en existe un grand nombre à la base des cheveux et sur les deux tiers inférieurs de l’os occipital; le cuir chevelu est parsemé de ces excroissances; les cheveux à leur niveau sont sains, la surface de plusieurs est couverte de taches et de plaques de pityriasis. Les membres supérieurs en renferment proportionnellement un petit nombre, une seule y atteint le volume d’une noisette ; il y en a autant dans le sens de la flexion que dans celui de l’extension. Il en est de même des membres inférieurs ; cependant, à la partie postérieure des cuisses, les tumeurs, discrètes et rares, atteignent jusqu’au volume d’une petite noix. Le scrotum en offre un certain nombre, la verge n’en montre point.

L’état général de la santé paraît assez satisfaisant, il se plaint seulement de maux de tête fréquents et de vertiges. Il a assez bon appétit; langue bonne; toujours un peu de constipation tous les deux ou trois jours. La respiration et la circulation sont à l’état normal; pouls, 72, assez plein ; température de la peau normale. En un mot, aucun signe de souffrances ni de dépérissement. Cependant il a moins de forces qu’avant de tomber malade.

Le 13 juillet j’ai enlevé plusieurs de ces tumeurs, dont le volume variait entre la grosseur d’un petit pois et celle d’une noix. Leur aspect et leur structure étaient les mêmes, savoir : la peau légèrement adhérente; la substance essentielle des tumeurs se compose d’un tissu d'un blanc jaunâtre, tout à fait homogène, ferme, élastique, ne donnant à la pression et au grattage qu’un suc transparent.

T. II. — ANAT. PATHOL. — 60e LIVR. 166

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

L’examen microscopique ne démontre dans toutes les parties de ce tissu que les éléments fibreux et fibro-plastiques, les premiers à l’état de fibres fines englobées dans une masse intermédiaire hyaline et finement granuleuse. Les éléments fibro-plastiques sont, ou des cellules complètes, rondes ou allongées, de 1/100“ à 1/60“ de millimètre, renfermant un noyau ovoïde, allongé, de 1/200" de millimètre de largeur, avec 1 ou 2 nucléoles punctiformes, ou de simples noyaux sans enveloppe, ou des cellules ovoïdes très allongées, ou eufin des corps fusiformes avec ou sans noyau. En un mot, on y voit tous ces passages entre les fibres et les cellules que j’ai depuis longtemps décrits comme constituant le tissu fibro-plastique.

Le 19 février 1855. Il y a deux ans que cette note est rédigée, et le malade continue à se porter parfaitement bien.

DXI. — Caneroïde papillaire fibroïde du front. (PI. CXC, fig. 1 et 2.)

Une petite tumeur, du volume d’une cerise, s’était développée depuis une année, chez un vieillard, à la partie inférieure gauche du front, près du sourcil. Le malade n’en souffrait point; mais comme la tumeur commençait à s’éroder à la surface, à fournir un suintement purulent, qui se concrétait sous forme de croûte, il désirait en être débarrassé. L’excision fut pratiquée par M. Monod, qui m’a envoyé cette pièce. Le malade a bien guéri des suites immédiates de l’opération, mais je n’ai point su s’il a eu une récidive ou non.

La tumeur occupait l’étendue d’une pièce d’un franc et faisait au-dessus du niveau de la peau une saillie de 5 à 6 millimètres, et offrait un aspect grenu, comme framboisé. La surface était humide, mais pas précisément ulcérée. C’était l’espèce de suintement purulent, avec de jeunes cellules épidermiques, que l’on observe à la surface des tumeurs papillaires, lorsque leur enveloppe épidermique commune a disparu. Sur une coupe fraîche nous trouvons les lames profondes du derme et le tissu cellulaire sous-cutané à peu près intacts. L’altération principale est constituée par un engorgement hypertrophique des papilles de la peau, qui sont très allongées, ayant près d’un millimètre de longueur sur un demi-millimètre de largeur. Comme dans d’autres tumeurs de la région orbitaire, nous avons trouvé ces papilles entièrement composées d’une hypertrophie fibro-plastique, dans leur centre fibroïde, tandis que la couche épidermique de leur surface a à peu près disparu. La substance des papilles est granuleuse et renferme beaucoup de noyaux ovoïdes de 0ram,01 de longueur sur 0mm,005 de largeur, avec un ou deux petits nucléoles. Ces noyaux sont en partie enveloppés d’une membrane ronde ou ovoïde, tandis que d’autres se trouvent renfermés dans des corps fusiformes allongés et étroits, visibles surtout à la circonférence des petites papilles.

DXII. — Éléphantiasis des extrémités inférieures. (PL CLXXX1X, fig. 2.)

Une femme, âgée de quarante-huit ans, est reçue le 4 juillet 1854 à l’hôpital de Zurich. Réglée à l’âge de dix-huit ans, elle s’est mariée à vingt et un. Elle a eu sept enfants dont quatre vivent. Personne dans sa famille n’a eu une maladie semblable à la sienne. A la fin de toutes ses grossesses, elle a eu un œdème des pieds qui chaque fois s’est dissipé après les couches. Elle a perdu ses règles à l’âge de quarante-deux ans, c’est de cette époque que date le début de sa maladie actuelle. Au commencement, elle eut des douleurs névralgiques dans le bassin et les membres inférieurs, puis survint l’œdème des pieds, qui peu à peu augmenta, mais sans être douloureux et s’étendit aux jambes. Cependant elle a pu, jusqu’il y a un an et demi, travailler aux champs et s’occuper activement des soins du ménage. Depuis dix-huit mois, l’engorgement des membres inférieurs s’est étendu jusqu’au bassin, et a tellement augmenté depuis six mois, qu’elle a été obligée de garder le lit dans une immobilité complète. La santé générale, toutefois, est restée bonne ; elle n’a point eu de douleurs dans les membres engorgés. Le membre inférieur gauche est beaucoup plus volumineux que le droit, il a au milieu de la cuisse jusqu’à 67 centimètres de circonférence et 62 vers le milieu de la jambe ; à droite, les chiffres correspondants sont 59 et 51. La peau forme autour des articulations des genoux et des pieds des plis profonds ; elle est généralement dure, épaisse, écailleuse. C’est surtout le corps papillaire qui est hypertrophié ; et dans bien des endroits on voit des groupes de papilles faire des saillies du volume d’un petit pois et au delà, ce qui donne à la surface un aspect rugueux et bosselé. Les glandules sébacées sont également hypertrophiées, et on les voit dans les couches superficielles de la peau gorgées du produit de leur sécrétion, d’un jaune pâle et terne, à contours lobulés, atteignant jusqu’au volume d’une lentille ou d’un petit pois. La sécrétion sébacée est très abondante et d’une odeur fort désagréable.

Nulle part les téguments ne gardent l’impression du doigt. La malade pèse 172 livres, dont on peut compter les deux tiers pour les membres inférieurs. Ordinairement peu souffrante, elle a de temps en temps des brûlements dans les pieds; la sensibilité de la peau est intacte; elle ne peut mouvoir les jambes. Toutefois, lorsqu’on la place sur ses pieds, elle peut se maintenir un moment. La malade a un écoulement blanc très abondant et l’induration hypertrophique s’étend aux parois du vagin.

La malade quitta l’hôpital en octobre, non améliorée; mais au mois de novembre les membres désenflèrent considérablement à la suite d’un suintement séreux qui s’était établi à la surface. Toutefois l’augmentation fit bientôt de nouveaux progrès, et au mois de janvier ses membres avaient un bon quart de volume de plus qu’en juillet. Nous avons perdu la malade de vue depuis ce moment.

DXIII. — Caneroïde de la lèvre inférieure. (PI. CXC, fig. 3 et 4.)

Cette pièce provient du service de M. Demarquay, qui l’a enlevée à un vieillard de soixante-six ans. La tumeur siégeait à la commissure droite de la lèvre. Je n’ai pu déterminer la durée de la maladie ; du reste le malade est bien conservé pour son âge. L’opération a été pratiquée par une large excision et une restauration par autoplastie. La pièce entière avait environ 4 centimètres de longueur, un demi de largeur et près de 2 d’épaisseur. Sur le milieu de la tumeur, l’épiderme de la surface était crevassé. Une coupe fraîche montre qu’à ces crevasses de la surface correspond une infiltration de pus. Les glandes sébacées sont par places très développées. Le mal occupe l’épaisseur de la joue jusqu’à la couche glandulaire, qui est fortement hypertrophiée. La coupe est dure, criant sous le scalpel, et au premier aspect on croirait avoir affaire à un squirrhe ; mais en examinant le tissu à la loupe, on peut se convaincre qu’à part un stroma fibreux, la majeure partie de ce tissu est composée de petites papilles blanchâtres très étroitement juxtaposées. C’est surtout dans les parties profondes qu’on reconnaît un réseau blanchâtre ; à l’examen microscopique on trouve dans celui-ci du tissu fibreux, mêlé de beaucoup d’éléments élastiques. Les papilles sont presque exclusivement composées d’épiderme de nouvelle formation. Les plus jeunes cellules ont à peine 1/80“ de millimètre de largeur, et renferment un petit noyau avec un nucléole. Celles un peu plus grandes, jusqu’à 1/50“, offrent un reflet opalisant particulier qui a quelque ressemblance avec celui de la graisse, tout en offrant cependant un cachet

OBSERVATIONS

particulier. Le noyau est très visible dans quelques-uns, tandis que dans d’autres il tend à prendre un aspect granuleux ; dans d’autres encore les granules moléculaires occupent un espace plus grand. La paroi cellulaire est épaissie dans quelques-unes des cellules, tandis que dans d’autres elle est devenue lamelleuse, offrant plusieurs couches concentriques. Plusieurs de ces cellules concentriques sont devenues trois ou quatre fois plus volumineuses que les cellules ordinaires. Toutefois je n’ai point observé dans ce cas de formation endogène de cellules dans ces corps concentriques, comme dans plusieurs de mes observations précédentes..

DXIV. — Double cancrotde de la lèvre inférieure recouverte de croûte en forme d’une corne. (PI. CXC, fig. 5-13.)

Un malade, âgé de quarante-neuf ans , d’une sauté antérieurement bonne, a vu se développer, il y a trois ans, sur le milieu de la lèvre inférieure, un petit bouton qui, au bout de six mois, s’est transformé en une crevasse. Peu à peu des végétations granuleuses se sont développées au fond de celle-ci, et pendant près de deux ans le mal s’est accru lentement et a peu à peu acquis le volume d’une framboise. Pendant tout ce temps, le malade n’en était nullement incommodé. Depuis six mois environ, un sillon s’est d’abord creusé sur le milieu de la tumeur, puis une ulcération superficielle s’est établie, qui, après avoir fourni pendant quelque temps un suintement purulent, s’est couverte d’une croûte, laquelle est devenue de plus en plus épaisse et a pris peu à peu l’aspect d’une double corne, Aucun trouble ne s’est manifesté dans la santé générale du malade, il n’y a pas eu non plus de ganglions lymphatiques engorgés. Le malade, désirant être débarrassé de son mal, fut opéré. L’extirpation fut facile et la réunion immédiate eut lieu; mais, comme il est retourné en province bientôt après, je n’ai pu savoir si la guérison s’est maintenue ou non.

Examen de la pièce. — Les deux cornes se touchent sur la moitié de leur longueur par leur côté interne. L’une a un centimètre de hauteur, l’autre 12 millimètres. Leur base commune occupe une largeur de près de 2 centimètres. A leur extrémité libre, elles sont légèrement recourbées et se terminent en une pointe mousse. La peau, tout autour, parait tout à fait normale. Le mal ne dépasse pas l’épaisseur du derme. La couche musculaire au-dessous est parfaitement saine. La corne apparente n’est qu’une croûte lamelleuse d’un brun sale à l’extérieur, irrégulièrement aréolaire dans son intérieur; on peut l’enlever complètement. On arrive alors à la véritable surface de la tumeur, qui est d’un blanc mat ou grisâtre, composée d’une multitude de petites éminences papillaires, de 1 à 2 millimètres de longueur sur 1/2 à 1 de largeur. Leur partie périphérique est formée de couches concentriques d’épiderme; ces feuillets ont jusqu’à 1/20” de longueur sur 1/30” de largeur, et renferment un petit noyau de 1/200” de millimètre de largeur sur une longueur un peu plus grande ; entourée dans beaucoup de cellules d’une aréole transparente, limitée par une membrane. La substance delà croûte se compose d’un mélange de pus, d’épiderme desséché et de matière sébacée.

En faisant bouillir la substance avec de l’alcool, celui-ci se trouble, et laisse déposer, après le refroidissement et l’évaporation, un dépôt blanchâtre et granuleux au microscope. Cette substance nous a procuré l’occasion de faire une observation curieuse : en la délayant avec une solution de chlorure de zinc et en la laissant reposer pendant plusieurs jours, il se produit une substance transparente et élastique qui offre les formes les plus variées de corps qui ont beaucoup de ressemblance avec des cellules et avec des fibres. Parmi les cellules, il y en a qui sont simples, d’autres qui paraissent renfermer une autre cellule; dans un grand nombre on voit sept ou huit vésicules emboîtées d’une manière concentrique les unes dans les autres. La liqueur alcoolique se trouble lorsqu’on y ajoute de la potasse; mais en chauffant, le précipité se redissout pour reparaître de nouveau par le refroidissement. On y voit des formes granuleuses diverses sans type distinctif. Le tannin forme également un précipité granuleux qui n’offre rien de particulier non plus; l’éther y produit un trouble laiteux. Lorsqu’on traite cette substance épidermique avec l’acide acétique, les amas de feuillets épidermiques se désagrègent, leur paroi devient très transparente et le noyau très visible. Un morceau de la substance qu’on laisse digérer pendant quelque temps dans l’acide nitrique prend une couleur jaune pâle, et devient ensuite d’un jaune rouge lorsqu’on le (plonge dans une solution de nitrate de mercure. Cette réaction n’offre d’ailleurs rien de caractéristique, étant commune à beaucoup de tissus animaux. Un morceau de ce tissu, chauffé dans une solution de potasse à 1/10”, se transforme assez promptement en une matière gélatineuse, et diminue ensuite de volume, au point d’être à peu près dissous, en laissant toutefois le liquide trouble et nuageux. Les morceaux de cette substance gélatineuse, examinésau microscope, font encore fort bien reconnaître les globes concentriques d’épiderme et deviennent très transparents; on reconnaît fort bien les parois cellulaires, mais les noyaux ont partout disparu ; un peu plus tard la paroi se dissout aussi bien que le noyau. La partie dissoute dans la potasse donne un précipité par l’acide acétique. Les acides minéraux concentrés racornissent tous ces éléments sans les dissoudre.

DXV. — Tumeur épidermotdale papillaire située en arrière et au-dessous du sein droit. (PI. CXCI, fig. 9 et 10.)

Le 24 mai 1848, est entrée dans le service de M. Huguier la femme Duchêne, âgée de soixante et dix ans. Venue depuis trois jours à Paris, elle habite Saint-Germain où elle remplit depuis vingt ans les fonctions de femme de confiance. D’une constitution assez forte, cette malade a les muscles peu développés et paraît surtout excessivement nerveuse. Habitant une maison très saine, elle a toujours été bien nourrie et n’a jamais fait de travail pénible. Réglée à seize ans, ses règles disparurent peu de temps après, presque subitement, à la suite d’une vive émotion, pour ne reparaître qu’à dix-neuf ans. Pendant cet intervalle de trois années, elle fut presque toujours malade. Ses règles vinrent ensuite avec la plus grande régularité jusqu’à cinquante-quatre ans, époque à laquelle elles disparurent complètement sans déterminer le moindre accident. Cette femme n’a jamais eu d’enfants. Trois ans après la cessation définitive de la menstruation, elle fut prise pendant quelques jours d'un malaise général avec inappétence et envie de vomir, puis tout à coup, sans effort, sans toux, elle vomit une grande quantité de sang. Elle en rendit aussi une assez grande quantité dans les selles. Elle dit que cette quantité avait été évaluée par son médecin à 5 ou 6 livres.jEIle fut tellement affaiblie, qu’elle ne put reprendre ses occupations habituelles que dix jours après cette hémorrhagie. Cinq ou six semaines plus tard, elle vomit encore du sang, mais en moins grande quantité; la troisième et dernière fois elle vomit seulement un verre de sang et sans aucun effort.

Son père est mort à soixante et dix-huit ans, elle ne peut dire à quelle affection il a succombé. Sa mère est morte à trente-huit ans, d’une pneumonie. Elle a bien perdu des sœurs, mais leur maladie n’avait aucun rapport avec celle de notre malade.

Cette malade, lors de son entrée à l’hôpital, portait une tumeur sur l’origine de laquelle elle donne les détails suivants. Elle n’était d’abord formée que par une verrue moins volumineuse qu’un pois ordinaire ; cette verrue lui causait de la démangeaison, surtout quand

65 G ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

elle transpirait beaucoup : elle l’écorchait souvent, mais la cicatrisation se faisait aussitôt. 11 y a six ans, la petite tumeur étant déchirée, au lieu de se cicatriser, s’ulcéra, et prit en peu de temps les dimensions d’une pièce d’un franc. La malade alla consulter son médecin. Celui-ci appliqua des caustiques à plusieurs reprises; mais la maladie n’étant pas complètement détruite, la malade refusa de se soumettre à une nouvelle cautérisation, et la plaie se boursoufla, prit un aspect fongueux et présenta au bout de six ans les caractères suivants :

Elle est située sur le côté droit, en arrière et un peu au-dessous du sein correspondant, à environ quatre travers de doigt audessous du creux axillaire. Elle est ovalaire ; son grand diamètre est dirigé d’avant en arrière, le petit est vertical. Le premier a au moins 5 pouces, le second près de 4. Sa surface externe est convexe d’avant en arrière ; elle présente une infinité de petits points granuleux qui, réunis par groupes, sont séparés par des lignes assez profondes des groupes voisins. Son aspect est rosé ; elle ressemble tout à fait aux végétations syphilitiques qui se développent à la vulve et au pourtour de l’anus (la malade n’a jamais eu de maladie vénérienne). Il s’écoule de sa surface un pus séreux assez abondant. Ses bords sont irréguliers, assez minces, et paraissent se continuer au premier abord avec le reste de la peau, mais en les renversant en dehors on voit que la tumeur est pédiculée. La peau recouverte par ces bords est rouge et presque ulcérée ; le pédicule, du reste, est très large et la tumeur n’a à peine qu’un pouce de libre à sa circonférence. Cette tumeur est douloureuse au toucher, saigne quand on la comprime; la malade ressent des élancements, souvent aussi ce sont des picotements, des démangeaisons, quelquefois une sensation de véritable brûlure. La tumeur est mobile sur les tissus sous-jacents.

La malade devait subir l’opération le 24 mai, mais ayant eu une indigestion dans la nuit, on la diffère jusqu’au 1er juin.

Deux incisions elliptiques sont pratiquées, l’une au-dessus, l’autre au-dessous de la tumeur; elles sont un peu obliques de haut en bas et d’arrière en avant, elles ne comprennent que la peau. Le chirurgien tranche ensuite en dédolant dans le tissu cellulaire souscutané, et enlève ainsi complètement la tumeur, qui ne s’étendait pas plus profondément. Quelques petites artères qui donnaient du sang sont liées. On rapproche les bords de la plaie à l’aide d’une suture enchevillée. La malade a perdu peu de sang.

Le 3 juin, on panse la malade, qui n’a eu depuis l’opération que très peu de fièvre. Les bords de la plaie sont rapprochés, mais ne sont pas mis en contact immédiat. Les jours suivants, les fils de la suture, menaçant de diviser complètement les tissus, sont coupés; on rapproche les bords de la plaie avec des bandelettes de diachylon et des tampons de charpie convenablement disposés.

Le 15, chute des ligatures; la plaie continue à marcher vers la cicatrisation. La malade a eu pendant quelques jours un peu de dévoiement.

Le 25, la plaie continue à bien marcher, la cicatrisation est complète aux angles de la plaie. En juillet elle s’achève tout à fait.

Tout alla bien pendant quelques années, lorsqu’en 1851 une reproduction du même mal eut lieu en dehors de l’ancienne cicatrice. Cè mal a été décrit et figuré à l’occasion des tumeurs épidermiques. La guérison eut encore lieu cette fois-ci, et la malade quitta l’hôpital guérie. Nous renvoyons, pour compléter celle observation, aux détails histologiques de cette seconde pièce, qui était une tumeur épidermique papillaire.

DXVI.— Cancer cutané de i abdomen. (PL CXCII, fig. 1-3.)

Une femme, âgée de soixante et douze ans, toujours bien portante, ne donne que des renseignements fort incomplets sur la santé de sa famille. Mariée à vingt-six ans, elle a eu deux enfants; elle n’a jamais fait de maladie grave. Depuis sa naissance elle portait au creux de l’estomac un nævus coloré en brun, qui peu à peu avait acquis le volume d’un petit pois et était resté pendant de longues années sans l’incommoder. Au mois de janvier 1848, la malade s’aperçut que cette tumeur avait augmenté de volume, qu’elle commençait à s’ulcérer à sa surface et qu’elle saignait de temps en temps. Dès lors l’accroissement en fut rapide, et peu à peu elle atteignit le volume d’un petit marron ; l’ulcération et la suppuration augmentèrent.

Les petites hémorrhagies de la surface devinrent plus abondantes et plus fréquentes. Toutefois la santé générale n’offrait encore aucune altération, et la tumeur était exempte de toute douleur. Elle fut enlevée, la plaie se cicatrisa; mais plus tard des tumeurs cancéreuses se développèrent sur d’autres points de la surface cutanée, et la malade succomba avec tous les signes de la cachexie cancéreuse.

La tumeur extirpée a le volume d’un marron. Elle a 3 centimètres de hauteur sur à peu près autant de largeur, et un centimètre d’épaisseur. Sur son milieu se trouve une ulcération superficielle de l’étendue à peu près d’une pièce d’un franc ; tout autour l’épiderme est conservé, généralement d’un brun foncé, mais rosé par places. Sur une coupe fraîche, le tissu de la tumeur est mou, offrant un mélange de teinte jaune grisâtre, brun clair, et presque noir. Ce tissu est infiltré d’une quantité notable de suc cancéreux. Les vaisseaux ne sont bien développés qu’à la surface de l’ulcère', tandis qu’il n’y en a que bien peu dans la tumeur. A l’examen microscopique, on y trouve bien peu de fibres pâles, mais une quantité considérable de cellules cancéreuses variant de 0mm,02, 0mm,03. Le noyau a en moyenne de 0nm,,01 de largeur sur un peu plus de longueur ; il renferme un ou deux nucléoles de 0mm,0025 à 0mm,003. Dans les endroits colorés en brun ou en noir, les cellules sont infiltrées de granules et de giobulins pigmentaires couleur de sépia qui les remplissent dans certains points, de telle façon que le noyau en devient méconnaissable. Il est instructif, enfin, de comparer les cellules épidermiques de la surface avec les cellules cancéreuses de la substance de la tumeur; elles en diffèrent par leur forme large et plate, par leurs petits noyaux, en un mot par tout l’ensemble de leur aspect.

DXVII. — Cancer récidivé de la lèvre supérieure. (PI. CXCU, fig. 4-6.)

Un homme, âgé de cinquante ans, a vu se développer dans la lèvre, il y a six mois environ, une tumeur qui a promptement pris de l’accroissement et avait atteint une hauteur de 2 à 3 centimètres sur 4 centimètres de largeur. La lèvre était devenue difforme et le siège d’une tumeur inégale et bosselée dans laquelle le malade éprouvait des douleurs lancinantes. A la surface interne, la peau était intacte, mais la muqueuse de la lèvre offrait une ulcération à bords durs, à surface inégale, grenue et lobulée. La santé générale commençant à s’altérer, le malade réclama l’opération, qui fut pratiquée par M. Velpeau. Après avoir enlevé largement toutes les parties morbides, il fit par autoplastie la restauration de la vaste perte de substance.

La tumeur montre sur une coupe fraîche un tissu jaune pâle , homogène , mou , infiltré d’un suc cancéreux abondant. Au microscope, on voit tous les tissus normaux profondément altérés ; les cylindres musculaires ont perdu leur régularité et leurs raies transversales. Les

OBSERVATIONS

cellules cancéreuses offrent des parois irrégulières, larges, mais dans quelques-unes aussi allongées et fusiformes. Les noyaux sont volumineux et varient entre 0mm,01 et 0m,n,02, et renferment de un à trois nucléoles volumineux.

DXVIII. — ■ Cancer récidivé de la lèvre inférieure , mixte d'épidermique et de squirrhe. (PI. CXCII, fig. 7-9.)

Je trouve dans mes notes la description d’un cancer récidivé de la lèvre inférieure, qui m’a été envoyé par un chirurgien des hôpitaux de Paris. Tant à l’œil nu qu’au microscope, cette tumeur, placée sur le milieu de la lèvre inférieure, à côté d’une cicatrice d’une ancienne opération, offrait tous les caractères les plus tranchés d’un véritable cancer. Sur une coupe fraîche on voit tous les tissus depuis l’épiderme jusqu’à la muqueuse de la lèvre confondus ensemble. La surface de la peau n’est ni ulcérée ni enflammée. Sur une coupe fraîche pratiquée dans toute l’épaisseur de la tumeur, nous trouvons une trame fibreuse qui renferme dans ses mailles une substance d’un gris rosé, incomplètement transparente. Par places, on voit une couche glandulaire, très développée, surtout du côté de la muqueuse, tandis que sous l’épiderme la couche papillaire et l’élément épidermique sont hypertrophiés. En pressant la surface de la coupe, on en fait sortir un suc cancéreux non douteux, avec ses cellules les mieux caractérisées. Ce n’est que vers la surface externe que Ton trouve des cellules et des globes concentriques d’épiderme; la couche musculaire, méconnaissable, ne présente que des débris de cylindres musculaires, tandis que la couche glandulaire offre ses éléments bien distincts, mais ayant subi la métamorphose graisseuse.

DXIX. — Petite vérole chez un fœtus de quatre mois. (PI. CXCI, fig. 1-8.)

Madame T. .., âgée de trente-cinq ans, jouissant habituellement d’une bonne santé, sujette aux flueurs blanches, a eu un premier enfant il y a quinze ans; dès lors elle n’était plus devenue enceinte. Au moment de l’invasion de sa petite vérole, elle soupçonna une nouvelle grossesse. C’est le 18 janvier dernier qu’elle commença à ressentir les prodromes de la variole, fièvre intense, céphalalgie, douleurs de reins, courbature générale. Appelé le 20 au soir, je trouvai la face en partie couverte de petites papules rouges qui indiquaient l’éruption de la variole ; la malade avait été vaccinée, du reste, et en portait les marques sur le bras. Les jours suivants, la petite vérole suivit sa marche ordinaire, restant toutefois très bénigne, et n’étant nulle part confluente ; plus abondante à la figure qu’ailleurs, mais ne présentant guère que des pustules peu volumineuses et une suppuration peu intense : les caractères de l’éruption étaient donc plutôt ceux de la varioloïde. Au bout de quinze jours, elle avait parcouru toutes ses phases, et la malade était en pleine convalescence. Vers le quatrième jour de l’éruption, il y eut une apparition des règles, qui avaient manqué depuis trois mois. Cependant cela se borna à un suintement séro-sanguinolentqui ne dura que trente-six heures.

La malade avait été parfaitement bien portante pendant plusieurs semaines, lorsqu’elle se plaignit dans la journée du 16 février de douleurs vives dans le bas-ventre ; elle eut un commencement de perte, et le 17, à [neuf heures du matin, elle fit une fausse couche dont elle est actuellement en convalescence.

Le fœtus rendu par l’avortement a environ quatre mois; il a 2 décimètres de longueur, et offre la conformation extérieure des fœtus de cet âge, telle qu’elle est décrite dans les traités d’accouchement.

Ce fœtus a d’une manière non douteuse la petite-vérole. Les pustules, à la vérité, ne sont pas excessivement nombreuses, mais elles sont bien caractérisées. C’est surtout à la tête qu’il y en a le plus ; on en voit quelques-unes disséminées sur le cou, le thorax, les membres, la nuque et le dos.

Les pustules tranchent par leur couleur d’un blanc jaunâtre sur le reste de la peau, vivement injectée et d’un rouge prononcé ; elles ont en moyenne de 3 à U millimètres de diamètre, offrant une dépression ombiliquée à leur centre, et présentent à la dissection les caractères suivants : En enlevant l’épiderme environnant avec la pustule, celle-ci montre déjà, au premier aspect, une teinte trouble qui la différencie de ses alentours ; cette teinte trouble est plus prononcée à mesure que Ton se rapproche du centre ; l’épiderme y a plus du double de son épaisseur normale ; au-dessous de la plaie correspondant à la pustule, le derme montre une tache jaunâtre de la même couleur et des mêmes dimensions, et qui pénètre à plus d’un millimètre d’épaisseur. Le microscope ne fait point découvrir de pus dans ces pustules; il n’y a qu’une masse trouble finement granuleuse, des cellules d’épiderme infiltrées également de ces granules et quelques globules granulo-graisseux qui constituent principalement l’élément morbide des pustules; nulle part il n’y a trace de fausses membran es : il paraîtrait donc que s’il y a eu suppuration, elle avait déjà passé depuis quelques jours au moins avant l’avortement. Nous ne pouvons point découvrir de pustules sur les muqueuses buccale et palatine. Les organes intérieurs, examinés avec soin, n’offrent point d’altérations notables; absence d’épanchements, d’abcès, de tubercules, etc.

Ce fœtus nous a fourni l’occasion d’étudier la structure de la peau, de ses glandes et du développement des poils.

1° L’épiderme peut se détacher à peu près en entier sur toute la surface du corps, à l’exception de la tête. C’est ce qui indique que le fœtus est mort depuis plusieurs jours, quoiqu’il n’offre pas trace de putréfaction. Tout l’épiderme est composé de couches imbriquées de cellules aplaties offrant jusqu’à 1 /30e de millimètre de diamètre et renfermant un noyau de l/200e, qui dans quelques-unes paraît encore entouré d’une paroi particulière. L’épiderme montre dans ses couches les plus profondes des cellules beaucoup plus petites, arrondies, renfermant également un petit noyau. Toute cette surface interne est recouverte de distance en distance de prolongements glandulaires ayant environ l/10e de millimètre, et étant tous composés aussi de cellules épidermiques.

Quant aux poils, on ne peut pas saisir la première formation, mais à côté de ceux qui sont complètement bien formés, on en voit qui ne dépassent pas encore le niveau du sac pileux ; on reconnaît partout à la surface interne de celui-ci un enduit épidermique qui se perd vers le bulbe ; celui-ci, bien différencié dans les poils complètement formés, paraît à peine dans ceux dont l’évolution est moins avancée. Un réseau vasculaire très riche recouvre partout l’espace qui sépare le derme de l’épiderme ; on reconnaît en outre dans le derme les papilles qui, outre leur enduit épidermique, montrent une structure essentiellement fibro-plastique. On y voit peu de fibres complètes, mais pas mal de noyaux dans une substance amorphe demi-transparente , au milieu de laquelle on reconnaît aussi des corps fusiformes.

L’épiderme de ce fœtus, pouvant être facilement isolé, nous a servi à faire des essais chimiques sur cette substance.

T. II. — AffAT. PATHOL. — tlO’ LIVR.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

DXX.— Syphilide tuberculeuse , tumeurs'gommeuses dans le cœur, dans les ovaires et dans la matrice. (PI. CXCII, fig. 10 et 11. )

Nous avons déjà parlé de ce fait à l’occasion des maladies du cœur, mais c’est ici le cas de communiquer l’observation pour laquelle des notes intéressantes nous ont été communiquées par notre ami le docteur Lucien Corvisart.

Une femme, âgée de trente et un ans, d’une assez bonne constitution , a été réglée depuis l’âge de quinze ans. Mariée à dix-huit ans, elle a eu trois enfants, après des couches heureuses. La malade a toujours joui d’une bonne santé ; elle nie avoir eu des maladies vénériennes, toutefois cette négation est démentie par la nature de sa maladie.

En 1848, une tumeur indolente parut sur la partie latérale du cou. Quelques mois plus tard, des tumeurs semblables se montrèrent successivement à l’abdomen ; elles étaient dures, atteignaient le volume d’une noisette, étaient d’une couleur rouge ou violacée et constituaient des tubérosités cutanées dont plusieurs disparurent spontanément. En septembre, elle eut passagèrement une paralysie de la face du côté droit. Vers la fin de l’année, une multitude de tumeurs semblables se développèrent sur les membres, sur le tronc et à la ligure. Sa santé générale s’altéra visiblement. Lorsque M. Corvisart observa la malade, en janvier 1849, elle avait une centaine de ces tumeurs, en moyenne du volume d’une noisette, d’une couleur rose ou rouge cuivreux. Au sommet de quelques-unes, l’épiderme était soulevé par un liquide purulent, d’autres étaient ulcérées et couvertes de croûtes ou fournissant une suppuration sanieuse. A la ligure, ces tubercules cutanés existaient principalement au front, aux paupières, autour du nez et du menton. Les membres supérieurs en renfermaient surtout un très grand nombre. Du reste, la malade n’éprouvait ni des douleurs, ni des démangeaisons dans ces tubercules. Son pouls était peu développé, à 52; elle était pâle et amaigrie. Matité du cœur normale ; souffle doux au premier temps, souffle continu au cou ; palpitations fréquentes depuis deux mois, muqueuse décolorée. Elle n’a plus ses règles depuis six mois ; sa voix est faible et voilée ; l’appétit a presque disparu, elle a quelquefois de la diarrhée. La malade se fait recevoir successivement dans un grand nombre d’hôpitaux ; partout on lui fait subir des traitements spécifiques, soit iodurés, soit mercuriels. Mais comme elle a toujours l’air de s’offenser du soupçon d’une maladie vénérienne, elle ne séjourne nulle part assez longtemps; elle s’affaiblit de plus en plus, et elle succombe au commencement de mars 1849, à l’hôpital Saint-Louis. Voici les détails que j’ai notés sur l’autopsie.

Autopsie quarante-six heures après la mort ; température , 8° R. — Peu de traces de putréfaction. Les eschares d’un certain nombre de tumeurs sont d’un noir foncé. Les tumeurs sont singulièrement affaissées, flétries, bien moins proéminentes qu’elles n’étaient avant la mort. M. de Castelnau nous a dit que la tumeur sous-cutanée du front, dont nous avons donné les dimensions, était réduite elle-même au volume d’une petite fève. L’épiderme s’enlève assez facilement sur les tumeurs qui ne sont pas ulcérées; on voit assez généralement une surface rouge provenant d’une très grande vascularité, qui a son siège principalement dans les couches superficielles du derme ; dans tout le reste, la rougeur est comme tachetée et irrégulière. Ces tumeurs ont à l’intérieur des aspects variés : tantôt d’un blanc grisâtre, tantôt d’un gris rosé, tantôt d’un rouge violet ou brun. L’épaisseur du tissu des tumeurs cutanées varie entre 4 et 8 millimètres. Au microscope, on trouve entre les éléments normaux du derme une multitude innombrable de petits globules qui ne sont pas seulement des noyaux ; ils sont munis de parois cellulaires régulières dans quelques-uns, irrégulières dans d’autres, serrant de près le noyau. La cellule complète varie entre 1/1 00e et 1/200° de millimètre. Le noyau, qui est l’élément prédominant dans celte production, n’a en moyenne que 1/200° de millimètre; il est assez régulièrement sphérique, à contours nettement marqués, montrant dans quelques-uns de un à cinq nucléoles excessivement petits, dans d’autres un aspect plutôt granuleux. A côté de ces cellules, on trouve beaucoup de corps fusiformes fibro-plastiques, montrant tous les passages entre une cellule ovoïde et un corps fusiforme très allongé; leur longueur varie de 1/50° à 1/20' de millimètre. Ils renferment un noyau semblable à ceux que nous venons de décrire. On trouve la même structure dans la tumeur sous-cutanée du front. Au-dessus de cette tumeur, le périoste du coronal est épaissi, excepté au milieu, dans une étendue d’une pièce de 25 centimes, où il est détruit et laisse voir la table externe de l’os superficiellement cariée. Absolument aucune autre altération au crâne, non plus qu’au cerveau et à ses enveloppes. Une ulcération se voit au voile du palais, elle a détruit une portion de la luette.

Poumons sains. A la base de l’artère pulmonaire, on voit à l’extérieur deux tumeurs, à l’intérieur une de plus, arrondies, de O", 02 à 0“,03 de diamètre, vascularisées à la surface, tranchant par leur teinte jaune très pâle sur les portions saines du ventricule droit, dans l’épaisseur duquel elles se sont développées. Dans la cavité du ventricule, au niveau des tumeurs voisines de l’artère, l’endocarde épaissi présente des éminences papilliformes à sommet flottant, simple ou divisé, ressemblant à ce qu’on a décrit à la surface du cœur, sous le nom de cor villosum. Les trois tumeurs du ventricule droit présentent au milieu d’un tissu intermédiaire finement ponctué les cellules et les hoyaux fibro-plastiques qui ont été rencontrés dans les tumeurs cutanées ; ces éléments manquent dans les éminences papilliformes, qui se composent essentiellement d’éléments fibrineux.

L’estomac et les intestins, scrupuleusement examinés, sont sains. Au niveau de l’extrémité droite du côlon transverse, on observe extérieurement un phlegmon circonscrit au tissu cellulaire, sans altération des tuniques internes. Le foie, d’un volume normal dans sa portion droite, est mince dans son lobe gauche; on constate à sa surface des traînées fibreuses qui correspondent à des vaisseaux sanguins oblitérés. Le foie, dans sa totalité, présente la décoloration et l’état gras à un degré très prononcé. Les reins sont à peu près sains, comme la vessie.

Les deux ovaires semblent plus volumineux qu’à l’état normal. Ils renferment dans leur substance plusieurs petites tumeurs blanchâtres dont le volume varie entre celui d'une lentille et celui d’un petit haricot. Le tissu de l’ovaire autour de ces tumeurs, qui sont les unes isolées, les autres confluentes, est rouge, dur, assez vasculaire. La matrice est saine dans le tissu du corps et son enveloppe, mais la muqueuse utérine est rouge, très injectée, et recouverte d’un mucus légèrement teint de sang. Le col est ramolli, d’un rouge-cerise ; il est le siège d’une ulcération superficielle, irrégulière, large comme une pièce de 25 centimes, à fond jaunâtre. Le tissu utérin renferme quelques tumeurs semblables à celles de l’ovaire; leur composition microscopique est la même, si ce n’est que les corps fusiformes y sont moins nombreux.

DXXI. — Sclérodermosie. (PI. CXCIII.) (Observation recueillie dans le service de M. le docteur Follin par M. Lucien Belhomme, interne

du service.)

Virginie D..., âgée de dix-huit ans, lingère, entre le 16 mars 1859 à l’hôpital Necker, dans le service de M. Follin, pour une affection

OBSERVATIONS. 659

encore mal connue et décrite sous différents noms dans les rares observations qui ont été publiées jusqu’à ce jour. Cette jeune fille est d’une excellente constitution. Son tempérament est lymphatico-sanguin.

Réglée à seize ans, elle a toujours eu ses menstrues avec la plus grande régularité. Elle a vécu dans de bonnes conditions hygiéniques. Elle habite Paris depuis sept mois seulement.

Son père et sa mère n’ont jamais présenté d’affection semblable à celle qui l’amène aujourd’hui à l’hôpital.

La santé de ses sœurs a toujours été excellente.

Le début de l’affection remonte à trois ans. Il présente quelques particularités dignes d’être notées.

« Un soir, raconte Virginie, travaillant à l’aiguille, je sentis tout à coup ma main droite fatiguée; je m’arrêtai, ma main était gonflée, et » je m’aperçus bientôt qu’il m’était impossible d’étendre les doigts. »

Le gonflement, qui ne présentait du reste aucune dureté, dura quatre mois ; mais il n’était pas assez marqué pour empêcher la malade de se servir de sa main, bien que les mouvements fussent moins faciles que dans l’état physiologique.

A partir de ce moment, le gonflement commença à diminuer, en présentant toutefois des alternatives : ainsi la malade remarquait que le soir, la main, plus fatiguée, présentait un volume relativement considérable, tandis que le matin, au contraire, après le repos de la nuit, il y avait une diminution remarquable.

Ces alternatives diverses durèrent jusqu’au mois de septembre 1858, époque à laquelle la main a repris définitivement le volume qu’elle présente aujourd’hui, volume qui ne diffère pas sensiblement de celui de la main gauche.

Outre le gonflement, la main présentait encore un autre phénomène: c’était une flexion des doigts assez marquée pour que les secondes phalanges formassent des angles droits avec les troisièmes. La malade pouvait exagérer cette flexion, mais l’extension était très limitée. Aujourd’hui même, l’extension n’est pas parfaite, bien que très étendue, et il est complètement impossible à la malade de mettre les doigts en ligne droite.

Il est bon de dire que le pouce a toujours échappé à ces altérations. La disparition de ces différentes lésions a été obtenue par des applications locales d’eau-de-vie camphrée, des bains de son, et de l’huile de foie de morue à l’intérieur.

Quant aux lésions qui amènent Virginie à l’hôpital, elles se sont montrées quelque temps après la disparition du gonflement de la main. Celui-ci doit-il être considéré comme la première période de la maladie, ou n’était-ce qu’une simple coïncidence?

Aujourd’hui, la main a recouvré son aspect normal, et à part le défaut d’extension signalé plus haut, et la fatigue plus facile, rien ne la distingue de la main du côté sain.

Les lésions qui constituent la maladie, à l’époque où nous avons l’occasion d’examiner la jeune fille, siègent sur le membre supérieur droit et occupent l’avant-bras surtout et le bras. On trouve aussi quelques plaques disséminées sur le reste du corps.

A l’avant-bras. — On constate, sur les régions externes et postérieures, de larges plaques jaunâtres entremêlées de taches blanchâtres [aaa, fig, 2) qui recouvrent toute la partie. Ces plaques sont dures au toucher, rudes ; elles semblent occuper à la fois la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. Elles donnent à la main qui les touche la sensation de plaques de bois qui auraient été appliquées sur l’avantbras. La région antérieure est saine ; seulement en dehors, sur les limites de la région, on sent une dureté sans changement de couleur de la peau, dureté qui semble indiquer la première période de l’affection, et qui se continue sans ligne de démarcation bien sensible avec les plaques qui occupent le côté externe.

Au bras. — Les plaques présentent les mêmes caractères. Elles se continuent avec celles de l’avant-bras et occupent les mêmes régions. Elles remontent en arrière de l’épaule, sous forme d’une traînée d’un blanc jaunâtre, pour aller gagner une plaque isolée, d’une étendue de 6 centimètres environ, située en arrière du cou. Au-dessus de celle-ci existe une autre plaque siégeant immédiatement au-dessous de la racine des cheveux [b).

Ces deux dernières plaques sont blanches» et non jaunâtres comme les précédentes. Les régions antérieures et internes du bras sont saines comme les parties correspondantes de l’avant-bras; cependant on trouve à la partie supérieure et interne une petite plaque jaunâtre isolée, de la largeur d’une pièce de 50 centimes.

Au bras et à l’avant-bras, du reste, les plaques sont loin d'être aussi nettement délimitées que pourrait le faire croire la description. Elles forment, pour ainsi dire, un tout, et peuvent être comparées à une sorte de carapace appliquée sur les tissus sous-jacents.

La ligne de séparation avec les parties saines est assez facile à établir; la différence de couleur et le toucher permettent en effet de limiter la lésion d’une façon presque parfaite.

La flexion de l’avant-bras est normale. L’extension est très étendue sans être complète.

Sur le reste du corps on trouve quelques autres plaques plutôt blanches que jaunes, toujours isolées. Ainsi :

1° A la partie interne du genou gauche existe une plaque de 7 à 8 centimètres de largeur, qui s’est montrée il y a trois mois environ, et qui ne paraît pas avoir fait de progrès depuis cette époque.

2° Au niveau de la région lombaire se trouvent plusieurs plaques semblables.

3° Au-dessous et en arrière de l’oreille gauche existe une plaque qui mesure 5 centimètres de hauteur sur 8 de largeur. (PL CXCIII, a, fig. 1.)

â° Enfin, sur l’avant-bras gauche, on trouve une ligne blanchâtre ressemblant, à s’y méprendre, à une cicatrice de bubon. A son niveau, la peau présente à peine un peu de rudesse. Le mal, bien limité à la ligne séreuse indiquée, commence au-dessus du poignet et s’arrête un peu au-dessous de l’articulation du coude (fig. 2).

La marche de la maladie a été la suivante. Elle a commencé à se montrer sur l’avant-bras, s’est étendue ensuite de proche en proche sur le bras, l’épaule et le cou. De ce dernier point elle s’est répandue sur le reste du corps.

Quant au début de chaque plaque en particulier, il paraît se faire par de petites taches blanchâtres qui s’étalent ensuite sur les tissus environnants, comme nous avons eu occasion de le constater pendant le séjour de la malade à l’hôpital.

Les parties malades ne sont le siège d’aucune douleur spontanée ; seulement de temps à autre, sans cause bien accusée, la malade y ressent des élancements peu marqués.

Le bras se fatigue vite et la malade travaille avec difficulté. La sensibilité n’est nullement altérée au niveau des points malades. Virginie fait remarquer que lorsqu’elle a chaud, les parties attëintes ne se couvrent pas de sueur comme le reste du corps.

Il n’existe aucun symptôme autre que la lésion locale.

La jeune fille a conservé, du reste, une santé excellente. Toutes les fonctions s’exécutent avec la plus grande régularité.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU

Voici le traitement auquel on soumet la malade :

27 mars. — Bains alcalins; frictions avec le liminent suivant : huile de jusquiane, 120 gram. ; laudanum de Sydenham, 20 gram.; vin de quinquina, 125 gram. Trois portions.

1er avril. — Virginie fait remarquer une plaque nouvelle qui s’est montrée sur le membre inférieur droit, à la partie interne de la cuisse, immédiatement au-dessus du genou. A vrai dire, il n’y a pas de plaque proprement dite ; on constate seulement que la peau, dans cet endroit, est plus résistante que dans les points voisins.

4 avril. — On met la malade à l’iodure de potassium, 1 gram. dans une potion.

14 avril. — On trouve trois petites taches d’un blanc bleuâtre, situées sur le menton, adroite de la symphyse, et une autre placée au-dessous de l’aile gauche du nez. Regardées à la loupe, ces taches sont glabres, elles paraissent formées par une dépression du derme. La délimitation avec les parties saines se fait d’une façon brusque et sans transition aucune. Ces taches sont lenticulaires. Elles n’existent que depuis hier.

16 avril. — On supprime les frictions, et l’on remplace les bains alcalins par des bains simples de deux heures et demie chacun.

20 avril. — On remarque sur le côté droit du cou quelques lignes blanchâtres qui paraissent être le début de l’affection dans ces points.

26 avril. — Les bains simples sont supprimés. Douches froides de cinq minutes, une chaque jour.

1er mai. — Le membre semble moins dur. La plaque de l’oreille s’est étendue d’une manière évidente.

11 mai. — Hier, dans la soirée, la malade a été prise tout à coup de frisson avec fièvre. Ce matin ellea du lumbago, de la constriction épigastrique et quelques nausées. Suppression du traitement : diète ; limonade pour boissson ; huile de ricin, 15 grammes.

14 mai. — On aperçoit sur le corps de petites taches rouges discrètes avec élevure centrale.

15 mai. — Les élevures se sont transformées en vésicules dont quelques-unes renferment un liquide séreux, les autres un liquide purulent. Nous faisons remarquer qu'on ne trouve aucune pustule variolique sur les points sclérodermosés.

21 mai. — La dessiccation est complète. La malade, que l’on avait laissée jusque-là aux potages, demande à manger. Une portion.

2 juin. — Le traitement est repris ; on remplace seulement les douches froides par des douches chaudes.

1" juillet. — M. Follin pratique à la partie externe de l’avant-bras malade une incision de 14 centimètres de longueur, incision comprenant la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. L’incision est très douloureuse ; il s’écoule à peine quelques gouttes de sang. Le tissu incisé est induré ; on y constate la présence de quelques rares vaisseaux. On trouve de distance en distance des brides qui résistent plus au bistouri que les autres parties. Du reste, le tissu induré se sépare assez facilement de l’aponévrose, qui est incisée dans un second temps. — Cataplasme froid sur le membre. La douleur existe encore assez vive le soir; la nuit, il y a quelques élancements ; pas de réaction générale. Les jours suivants, on prescrit des bains de bras ;'Ie membre y reste plongé presque toute la journée. La plaie est recouverte d’un pansement simple pour la nuit.

9 juillet. — On commence à voir apparaître des bourgeons charnus sur les bords de la plaie, qui s’est considérablement rétrécie.

12 juillet. — La malade ne prend plus que deux bains de bras par jour, d’une demi-heure chacun. La cicatrisation ne présente aucune particularité à noter.

18 juillet. — Depuis quelques jours, la malade ressent des douleurs névralgiques dans la partie latérale gauche du cou.

19 juillet. — Apparition d’un groupe de vésicules reposant sur une surface d’un rouge vif. Les jours suivants, les groupes se multiplient, et le 21 on a un herpes zoster fort bien caractérisé, formant un segment de cercle qui commence à la partie antérieure du cou pour remonter à gauche jusque dans les cheveux. Poudre d’amidon ; desquamation vers le quinzième jour.

18 août. — Exeat. Voici l’état delà malade à sa sortie :

1° A l’avant-bras et au bras, l’aspect de la maladie n’a pas changé. Elle n’a pas fait de progrès, mais elle n’a pas non plus rétrogradé.

2° La plaque située au-dessous de l’oreille s’est considérablement agrandie. Celles qui occupent les autres points du corps ont sensiblement la même étendue. Nous avons vu qu’il s’en est montré de nouvelles dans différentes parties du corps.

La santé générale de la malade est restée excellente ; elle travaille toujours fort difficilement, le membre se fatigue aisément.

En résumé, il n’y a aucune amélioration sensible; la maladie, au contraire, a fait de nouveaux progrès, comme nous venons de l'indiquer.

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