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III. — Tumeurs fbro-plastiques

Dans nos anciens travaux sur les tumeurs cérébrales, nous avons plutôt eu en vue leur symptomatologie que leur marche clinique, et nous tenions à faire distinguer du cancer des tumeurs que l’on confondait avec lui; mais dans un très grand nombre des faits utilisés dans cette élude, la nature du tissu n’a point pu être rigoureusement déterminée. Aussi laisserons-nous de côté, dans la description qui va suivre, toutes les tumeurs dont la structure n’a point été examinée au microscope. Malgré cette restriction sévère, nous avons pu réunir 21 observations, dont 16 nous appartiennent, tandis que les 5 autres sont empruntées à l’ouvrage déjà cité de Heidenreich. Nous ajouterons à ces analyses le résultat de celle de 40 cas dans lesquels la nature fibro-plastique des tumeurs a été probable, sans être certaine.

Le siège des tumeurs a été 6 fois sur la convexité de l’un des hémisphères, avec une certaine prédilection pour la partie moyenne; 2 fois elles étaient situées dans la partie profonde du cerveau, dans la substance médullaire du centre ou dans une des couches optiques; 8 fois leur siège était à la base, mais très variable, depuis la région ethmoïdale jusqu’à la partie postérieure du cervelet; 5 fois les tumeurs fibro-plasliques étaient multiples. Dans un de ces cas, il y avait deux tumeurs dans l’hémisphère droit; dans un second, une se trouvait dans le lobe moyen droit, une dans le pédoncule cérébral droit, une troisième à la surface de la protubérance, à gauche. Dans le troisième fait, l’une d’elles siégeait dans l’hémisphère droit, et une autre dans le ventricule; dans le quatrième, il y avait une agglomération de petites tumeurs dans le pédoncule cérébelleux gauche, et dans le cinquième, cinq tumeurs existaient à la surface de la convexité provenant de la dure-mère. Dans les 40 faits non examinés au microscope, 5 étaient multiples, au nombre de 2, une fois de 3. Le siège a été 20 fois à la base, 7 fois à la surface convexe, et 10 fois dans la substance même du cerveau, 3 fois sous la tente du cervelet.. Les cinq cas de tumeurs multiples ont donc pu être classés dans les catégories précédentes.

Le point de départ des tumeurs est varié; dans près des trois cinquièmes des cas, elles proviennent des méninges, soit de la dure-mère, soit de la pie-mère; cette dernière paraît plus disposée à donner naissance aux tumeurs fibro-plastiques, tandis que la première devient plus volontiers le point de départ de tumeurs fibreuses. Chez 5 malades, la substance cérébrale en était le siège, et dans les autres cas l’origine venait à la fois de plusieurs des parties indiquées. Sur les 40 cas en dehors de cette analyse, la dure-mère en était le point de départ dans un peu plus des deux cinquièmes, la pie-mère dans un peu moins des deux cinquièmes, et la substance cérébrale dans un cinquième. Le volume de ces tumeurs a varié entre celui d’une noisette, d’une noix, d’un œuf de pigeon et d’un œuf de poule; nous les avons trouvées offrant jusqu’à 5 et même 7 centimètres de longueur sur un peu moins de largeur, et en général aplaties, discoïdes, ayant tout au plus de 3 à 5 centimètres d’épaisseur. On trouve ces tumeurs tantôt séparées, tantôt réunies en groupe, le plus souvent formant une masse principale. Elles ne contractent guère d’adhérence avec les parties voisines, et elles n’exercent en aucune façon, sur les tissus qui les entourent, ce mode d’extension substitutive que nous connaissons aux tumeurs cancéreuses. Elles peuvent comprimer le cerveau, le cervelet, les nerfs et les os, creuser dans les organes voisins des gouttières et des cavités, mais sans y entraîner la moindre altération fibro-plastique. Leur forme est ordinairement arrondie, tantôt plutôt sphérique, tantôt ovoïde. Il n’est pas rare de voir leur surface

MALADIES DE L’ENCÉPHALE

présenter un aspect mamelonné. En les disséquant avec soin, on arrive souvent à un point d'implantation beaucoup plus étroit que le reste de la tumeur, constituant parfois un véritable pédicule et paraissant former un épanouissement hypertrophique, pour ainsi dire, d’une portion circonscrite des membranes du cerveau. Dans une de nos observations, l’origine était plus franchement diffuse, et cela s’expliquait par le point de départ, car c’était une tumeur fibroplaslique du péricrâne, production morbide fort étendue, plate, d’un rouge sarcomateux, parsemée de réseaux osseux, dépourvue de tout suc trouble et ne montrant à l’examen microscopique que des éléments propres au tissu fibro-plastique. Entourées d’une enveloppe fibro-celluleuse vasculaire à surface mamelonnée ou lobulée, ces tumeurs offrent déjà, extérieurement, une coloration variée, dans laquelle on voit alterner des portions jaunes, rosées, rouges, et, dans des cas qui ne sont pas trop rares, un tissu d’une teinte verdâtre.

Celte diversité de coloration devient plus manifeste encore sur une coupe fraîche; celle-ci fait reconnaître en outre l’absence de tout suc trouble et lactescent, et ce tissu, ordinairement d’une bonne consistance élastique, ne fournit, même à une forte pression, qu’un liquide transparent, quelquefois accidentellement teint de sang. La consistance est quelquefois différente dans les diverses parties d’une même tumeur, ce qui est alors en rapport avec le degré de vascularité. Celle-ci est-elle prononcée, et le tissu plus ou moins rouge, la consistance est molle, et elle devient d’autant plus ferme que l’élément vasculaire diminue et que l’élément fibreux, au contraire, prend le dessus.

A ces caractères physiques : délimitation nette, au moins dans la majorité des cas, par rapport aux tissus et aux organes voisins, origine par épanouissement méningien, absence de suc lactescent, vient s’ajouter le témoignage de l’analyse microscopique, qui fait constater l’absence de tout élément cancéreux et l’existence constante, au contraire, de tout ce que nous rencontrons journellement dans les productions fibro-plasliques. Ce sont des petites cellules rondes ou ovalaires, dépassant à peine 0mm,012, renfermant un très petit noyau de 0mra,005; on y voit de plus de nombreux corps fusiformes étroits, munis d’un noyau ovoïde, aplati, et dans l’intérieur duquel le nucléole n’est marqué que comme un petit point noir. Toutes les formes intermédiaires, enfin, entre la fibre et les corps fusiformes, s’observent dans ces tumeurs. Nous y avons rencontré aussi ces grandes cellules à noyaux très petits et très nombreux, que nous avons signalées ailleurs dans les tumeurs fibro-plastiques, provenant du périoste ou de l’os, cellules qui se distinguent bien aisément des cellules mères du cancer par leur aspect, ainsi que par leurs dimensions et l’aspect de leurs petits noyaux.

Nous avons trouvé plusieurs fois des cellules mères fibro-plastiques renfermant un certain nombre de noyaux entourés de corps fusiformes, lâchement fixées à leur surface dans quelques-uns. plus intimement adhérentes dans d’autres, et formant dans quelques-unes une espèce d’enveloppe fine; dans d’autres, une enveloppe commune entourait ces espèces de globes fibro-plastiques, qui formaient le centre des petits lobules qui constituaient par leur ensemble la surface grenue de ces tumeurs.

Le tissu jaune verdâtre que nous avons plusieurs fois observé dans ces tumeurs devait sa coloration en partie à l’existence de matières grasses, se présentant sous l’aspect de vésicules opalisantes, offrant tous les caractères de vésicules graisseuses, et n’en différant que par la nuance de leur coloration. La vascularité de ces tumeurs est, nous l’avons vu, non-seulement variable d’une tumeur à une autre, mais même dans les diverses parties d’une tumeur. Dans celles qui sont mamelonnées ou lobulées, on voit quelquefois des réseaux de vaisseaux autour de chaque mamelon.

Une observation attentive démontre donc que des caractères distinctifs incontestables séparent les tumeurs intracrâniennes fibro-plasliques de celles de nature cancéreuse, caractères auxquels nous pouvons encore ajouter celui de la multiplicité de ces dernières tumeurs dans d’autres points de l’économie, lorsque la tumeur cérébrale est vraiment carcinomateuse, tandis que les tumeurs fibroplasliques des méninges sont ordinairement les seules de l’économie, tout en étant parfois multiples dans l’encéphale.

Les tumeurs fibro-plastiques se trouvent à peu près avec une égale fréquence dans les deux sexes. Sur 17 cas dans lesquels le sexe est indiqué, il y avait 8 hommes et 9 femmes. Cependant, sur les 40 cas non examinés au microscope, il y avait 24 hommes et 16 femmes, soit une proportion de 3 à 2. L’âge a été noté 18 fois : et il résulte de celte analyse ce que nous avons trouvé pour presque toutes

MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES

lu

les autres localisations, que ces tumeurs peuvent se développer à tous les âges, mais ne se rencontrent qu’exceptionnellement avant l’âge de 40 ans, 4 fois en tout; tandis que les 14 autres se trouvent entre 40 et 75 ans, dont 5 entre 40 et 45 ans, et 9, ainsi la moitié, après 45 ans ; 3 enfin se sont rencontrés après 65 ans. C’est donc encore là une production accidentelle plutôt propre à la vieillesse.

Tableau de 18 cas examinés microscopiquement.

De 15 à 20 ans . 1

20 à 25 ans . l

30 à 35 ans . l

40 à 45 ans . 5

45 à 50 ans . 2

A reporter. ... 11

Report. . . . 11

De 55 à 60 ans . 2

60 à 65 ans . 2

65 à 70 ans . . 1

70 à 75 ans . 2

Total . 18

Tableau de S 5 cas non examinés microscopiquement.

De là 5 ans .

1 5 à 20 ans, . , .

20 à 25 ans .

25 à 30 ans .

35 à 40 ans .

U0 à ans.

45 à 50 ans .

50 à 55 ans .

60 à 65 ans .

65 à 70 ans .

70 à 75 ans .

75 à 80 ans .

Total. . . 35

La durée a varié dans 9 cas entre 4 mois et 5 ans, la durée moyenne a été de 16 mois. On peut admettre, par rapport à la marche, deux formes : l’une, plus rapide, amenant des accidents mortels dans l’espace de quelques mois à un an ; et une autre, plus lente, dans laquelle la durée est de plusieurs années. Sur 18 cas des 40 faits séparés des nôtres, la durée a été 3 fois de 3 à 6 mois, 5 fois de 6 mois à 1 an, 2 fois de 1 an à 18 mois, 2 fois de 18 mois à 2 ans, 3 fois de 4 ans, 1 fois de 6 ans, 1 fois de 7 ans, et 1 fois de 12 ans. Deux fois des exostoses ont paru donner lieu au développement des tumeurs cérébrales.

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