V. — Tumeurs érectiles
C’est également une affection des plus rares dans le cerveau ; cependant nous pouvons en réunir cinq exemples.
1° Leubuscher (1) cite le passage suivant : « Farre a déjà observé des tumeurs érectiles dans le cerveau, outre deux plus volumineuses dans la substance médullaire de l’hémisphère gauche; il y en avait plusieurs dans les corps striés et dans le cervelet, composées tout entières de la réunion des vaisseaux rouges, presque à nu dans la substance environnante dissoute. »
2° Un cas fort remarquable de ce genre est rapporté par M. Guérard (2). C’est le cas d’une jeune fille âgée de trois ans, qui succomba
(1) Op. cit., p. 413.
(2) Bulletins de la Société anatomique, t. VIII, p. 223.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
à une pneumonie et qui n’avait point présenté de symptômes cérébraux, Le ventricule latéral du côté droit contient dans son extrémité postérieure, au lieu appelé. cavité digitale, une tupieur du volume d’un œuf de poule, d’un aspect rouge violacé, bosselée à l’extérieur, qui se rapproche un peu de l’aspect de la glande thyroïde renfermée dans un tissu cellulaire mince qui ne formé pas d’enveloppe distincte. Cette tumeur est très élastique au toucher, d’une coupe granulée, offrant la même teinte qu’à l’extérieur, sans vaisseaux considérables, et paraissant formée d'une infinité de petits vaisseaux contournés et pelotonnés ensemble, comme le lacis qui forme la substance testiculaire. A la partie antérieure de la tumeur, on voit le plexus choroïde qui y aboutit et offre pies de la tumeur de petites granulations rouges, violacéés, qui paraissent de la même forme et de la même composition que la tumeur elle-même.
3° J’ai rapporté avec détail (t. I, p. 213, obs. LXXXV) le cas d’une tumeur érectile située dans le lobe postérieur droit du cerveau d’une femme âgée de quatre-vingt-six ans. La tumeur avait le volume d’un œuf de poule et était composée de vaisseaux très finement ramifiés et d’une substance intervasculaire fibro-plastique qui avait subi en partie l’altération granulo-graisseuse, et qui, en partie, était infiltrée d’éléments hématiques.
4° Le professeur Luschka, de Tubingue, a décrit (1) une tumeur érectile située dans le lobe antérieur gauche du cerveau d’un homme âgé de quarante ans, qui s’était suicidé; elle avait le volume d’un œuf de poule et était entourée de substance cérébrale ramollie; elle était composée de trabécules, les unes solides, les autres creuses et remplies de sang; les masses arrondies et utriculaires qui ne renfermaient point de sang contenaient des cristaux de cholestérine, des granules de carbonate de chaux et des globules agminés granulograisseux.
5° Enfin Fœrster (2) fait une mention bien courte d’une tumeur érectile de la substance grise corticale d’un des hémisphères, du volume d’une noisette, dont les espaces caverneux étaient en partie remplis de sang veineux et en partie de coagulations fibrineuses racornies. Gps espaces étaient en communication avec des petites veines dilatées du voisinage.
Voici donc cinq faits, dont un de tumeurs multiples, les autres de tumeurs uniques dans un des hémisphères, du volume d’une noisette ou de celui d’un œuf de poule, et une tumeur provenant du plexus choroïde du ventricule latéral droit. Dans les tumeurs de Farre, de Guérard et dans la mienne, la tumeur était en majeure partie composée de vaisseaux de plus en plus finement ramifiés. Dans le fait de Fœrster, des espaces caverneux communiquaient avec des veines, tandis que dans le fait de Luschka, le sang se serait formé postérieurement aux végétations creuses qui formaient la tumeur caverneuse.
Nous ne connaissons pas les détails de l’observation de Farre, mais, chose curieuse, il paraît que dans les quatre autres cas, la tumeur n’a donné lieu à aucun symptôme. Guérard, Fœrster et Luschka la trouvent accidentellement. Dans mon cas, le seul qui ait été observé pendant la vie, la malade meurt d’une pneumonie légère et ne présente que pendant le dernier mois des symptômes cérébraux, de l’assoupissement, de la déviation des traits à droite et une hémiplégie graduelle à gauche. On a observé aussi quelques mouvements convulsifs des muscles de la face, un embarras de la parole, une contracture légère du bras gauche; après un mieux de quelques jours, la malade s’affaisse, la respiration s’embarrasse, et elle meurt dans le collapsus. Le sexe, indiqué trois fois, a été deux fois le sexe féminin; l’âge a été une fois de 3, une fois de 4-0, et une fois de 86 ans.
VL — Tumeurs anévrysmales des artères cérébrales.
Nous ne parlerons pas ici des anévrysmes si fréquents des petits vaisseaux, mais seulement de ceux qui, situés à la base du cerveau, se forment sur les vaisseaux qui constituent le cercle de Willis et ses principales divisions; en un mot, des anévrysmes d’un certain volume qui peuvent réellement provoquer des accidents graves.
Nous ne trouvons guère dans les auteurs anciens des faits bien authentiques d’anévrysmes des artères cérébrales. Le cas du célèbre Ramazzini, cité par Leubuscher, ne saurait entrer en ligne de compte. Morgagni (3), qui en parle, dit bien que ce médecin célèbre avait eu deux anévrysmes à la main, qu’il était sujet aux palpitations, à l’hémicranie, qu’il était devenu successivement aveugle des deux yeux, et que l’attaque d’apoplexie à laquelle il succomba pouvait faire supposer qu’il y avait aussi un anévrysme d’une artère cérébrale, qui se serait rompu, mais l’auteur ajoute qu’il n’a point fait l’autopsie : « Quoniam ejus cadaver non est dissec tum , recte an secus conjecerim , nescio. » Depuis trente ans seulement des observations ont été publiées en nombre suffisant pour qu’il me soit possible d’en tracer l’histoire générale d’après 27 faits que j’ai pu analyser. Les deux premières observations datent de 1826, et ont été publiées par M. Serres dans les Archives de médecine de cette même année. Elles se rapportent, l’une
(1) Archiv fur patholoyische Anatomie de Virchow, t. VI, 1854, p. 458.
(2) Op. cit., p. 418.
(3) Op. cit., lib. I, epist, ni, §§ 8 et 9.
MALADIES DE L'ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
à un anévrysme de l’artère basilaire, et l’autre à un anévrysme de la communicante antérieure avec rupture. Dès lors un grand nombre d’observations ont été publiées dans les recueils périodiques, mais nulle part en proportion aussi grande qu’en Angleterre; 13 de nos 27 faits appartiennent aux auteurs de cette nation, et encore n’ai-je pu utiliser que bien incomplètement leurs travaux. J’ai réuni dans les auteurs français 9 faits, desquels j’ai observé moi-môme 4 ; 4 sont empruntés à des auteurs allemands, dont un, appartenant à Pfeuffer, a probablement été observé à Zurich, à en juger d’après sa date: ce dernier est intéressant sous ce rapport, que les anévrysmes y sont très rares, et que, sur plus de 6000 malades que j’ai observés à l’hôpital de Zurich, je-n’ai trouvé jusqu’à ce jour que deux anévrysmes de l’aorte confirmés par l’autopsie, deux de l’aorte, ainsi qu’un de la carotide externe, diagnostiqués pendant la vie, et un de la cloison du cœur trouvé à l’autopsie. Je ne connais pas de travail étendu et complet sur ce sujet, qui mérite cependant l’attention du clinicien tout autant que de l’anatomiste. Cependant je trouve une remarque curieuse du docteur Brinlon (l) à l’occasion d’une communication faite à lu Société médicale de Londres sur un anévrysme de l’artère cérébrale antérieure, par le docteur Hamilton Roe. Ce passage m’a d’autant plus vivement frappé, que je ne connais pas de travail spécial du docteur Brinlon sur ce sujet. Je reproduis ici textuellement le passage :
a Le docteur Brinlon a fait suivre l’observation de M. Roe de la communication de quelques résultats statistiques relatifs à ces anévrysmes intracrâniens. 11 résulte de ces recherches que la science compte environ 40 cas de cette espèce, dont 6 ou 8 cités par Stumpff (de Berlin) dans une dissertation publiée en 1836; 5 ou 6 par Albers (de Bonn), en 1840; 8 par le docteur Crisp, en 1846; les autres dans les journaux et recueils de médecine. Résultats généraux : Relativement à l’âge moyen, 42 ans; de la naissance à 20 ans, 1 /6e ; de 20 à 35, 1/6"; de 35 à 50, 2/6cs ; de 50 à 65, 2/6es. Sexe : deux fois plus d’hommes que de femmes. Siège : à peu près le môme nombre sur les systèmes artériels carotidien et vertébral, 1/3 du nombre total pour la basilaire. Volume: la moitié, celui d’une aveline; un quart, celui d’un pois; un quart, celui d’une noix. Terminaison : dans 1/3 des cas, ou plus exactement dans 3/8cs, rupture; dans 1/8°, compression, simple perte de fonctions; dans 1/8°, accès épileptiformes ou convulsifs; dans 1/8°, congestion ou hémorrhagie cérébrale ; dans 1/8C, conditions inflammatoires du cerveau ; dans 1 / 8% troubles ou accidents concomitants. Nombre : dans trois cas, il y avait deux anévrysmes ; dans un, trois; dans un cas, les deux carotides opposées étaient affectées (anévrysmes symétriques) (2). » Quoique le nombre de ces faits soit supérieur au mien, je ne puis cependant faire entrer en ligne de compte tous ceux que je n’ai pas lus moi-môme en détail.
On sait que les artères de l’encéphale proviennent de trois sources différentes : des artères vertébrales, qui se réunissent pour former l’artère basilaire, laquelle fournit les artères cérébelleuses et les artères cérébrales postérieures ou profondes; de la carotide interne, qui fournit la communicante de Willis, l’artère du plexus choroïde, l’artère calleuse antérieure, puis la cérébrale antérieure, ainsi que l’artère sylvienne ou cérébrale moyenne; et enfin, en troisième ligne, de l’artère méningée moyenne, qui provient de la maxillaire interne, tandis que la méningée postérieure provient également de l’artère vertébrale, et l’antérieure, qui n’est pas constante, de l’artère opbthalmique. L’artère basilaire est, de toutes, celle qui est le plus fréquemment le siège des anévrysmes : 8 fois on les y a rencontrés, surtout à sa partie antérieure. L’anévrysme y occupe le milieu, et tout le calibre ou un seul des côtés. Le siège de l’anévrysme peut aussi être près du confluent des artères cérébrales. Une seule fois une des artères vertébrales était le siège d’un anévrysme, et une fois l’artère vertébrale postérieure. La carotide interne est bien moins souvent malade que l’artère basilaire; mais, par contre, ses divisions le sont bien plus fréquemment: 14 fois en tout, dont 2 fois la carotide interne clle-môme, et sur ces 2 cas il y en avait un où les deux carotides étaient à la fois dilatées; 1 fois c’était la communicante à gauche, 3 fois la communicante postérieure. Toutes les trois fois à gauche, et dans deux de ces cas l’anévrysme se propageait dans la carotide interne. L’artère cérébrale antérieure ou calleuse était dilatée 3 fois ; l’artère cérébrale moyenne ou sylvienne 5 fois; 3 fois enfin l’anévrysme avait son siège dans l’artère méningée moyenne. Cependant, dans un de ces cas, ce fait n’a pas été directement constaté. Un chirurgien avait voulu extirper une
(1) Archives de médecine, Uc série, t. XXYTI, p. 469.
(2) Puth. Soc. of London, avril, et Lond.med. Gaz., mai 1851.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
tumeur profonde à la région temporale; le malade a perdu beaucoup de sang et a succombé ensuite avec tous les signes d’une hémorrhagie méningienne, ce qui a fait supposer que le siège de l’hémorrhagie était sur le trajet de l’artère méningienne. Les cas d’anévrysmes multiples sont rares ; cependant, dans une des observations de M. Cruveilhier (1), il y avait en même temps plusieurs anévrysmes sur le trajet de l’aorte, et dans un cas de Friedreich il existait en outre un anévrysme de l’artère coronaire du cœur, et un autre de l’artère splénique. Par conséquent l’anévrysme d’une artère, cérébrale peut provenir d’une diathèse anévrysmale générale. L’anévrysme de l’artère basilaire siège ordinairement dans le milieu; cette artère est beaucoup plus souvent dilatée que ses branches, tandis que le contraire a lieu pour la carotide interne. Lorsque l’anévrysme siège d’un côté, le gauche est plus souvent affecté que le droit, et nous pouvons formuler, à cette occasion, un fait qui n’a pas encore été signalé, que je sache : c’est qu’en général le côté gauche de l’encéphale est plus souvent atteint de maladies que le côté droit.
Le volume des anévrysmes varie entre ceux d’un petit pois, d’un noyau de cerise, d’une petite balle de fusil, d’une noisette, d’un œuf de pigeon, d’un œuf de poule. L’artère basilaire offre les tumeurs les plus volumineuses; cependant. les autres artères peuvent également se dilater très notablement. La forme des anévrysmes est ordinairement arrondie, un peu aplatie, surtout en haut ou latéralement, selon le côté où les parties ambiantes ont le plus résisté; mais le plus souvent, au contraire, la substance cérébrale cède à la forme de l’anévrysme incessamment distendu par l’ondée sanguine. Tant que l’anévrysme est petit, sa forme est plutôt sphérique ; lorsqu’il augmente de volume, il devient ovoïde; une fois nous l’avons vu lobé, et une fois présentant trois bosselures à sa surface.
Les parois de l’anévrysme n’ont pas toujours été bien examinées; plusieurs fois elles renfermaient des plaques athéromateuses. Dans un cas on trouva les caractères de l’anévrysme disséquant ; plusieurs fois les parois étaient rigides et épaissies, sans présenter des plaques ossiformes; d’autres fois il existait un amincissement graduel, amenant peu à peu la rupture. On n’a pas suffisamment examiné l’état d’intégrité ou de rupture des membranes interne et moyenne. La communication de l’anévrysme ou de l’artère était ou directe avec les deux côtés, ou latérale par une ouverture étroite. Dans une des observations, qui se rapporte à une jeune fille âgée de huit ans, il est dit que les parois avaient subi la dégénérescence graisseuse. Les caillots de l’intérieur de l'anévrysme étaient de deux sortes, foncés, mous, homogènes, irrégulièrement granuleux, ou, dans une seconde forme, stratifiés, lamelleux, plus ou moins décolorés. Les deux formes existaient quelquefois ensemble. Dans un cas il y avait des rigoles au milieu pour des courants sanguins et pour le rétablissement de la circulation.
La rupture est fréquente dans ces anévrysmes; nous l’avons notée H fois sur 27. Elle est proportionnellement plus fréquente sur le système de l’artère basilaire que sur celui de la carotide : 5 fois l’artère basilaire anévrysmatique était rompue, 3 fois la cérébrale moyenne, 1 fois la méningée moyenne, 1 fois la communicante antérieure, 1 fois la cérébrale antérieure, 2 fois la communicante postérieure, et 1 fois la carotide interne. La rupture était 2 fois double : une fois c’était un anévrysme de la communicante antérieure qui s’était rompu, et l’artère cérébrale de l’autre côté s’était déchirée au point d’insertion de la communicante antérieure; l’autre fois la rupture avait lieu dans un anévrysme de l’artère cérébrale moyenne droite, et l’artère cérébrale moyenne gauche s’était rompue à l’endroit correspondant. Ce fait rappelle la loi de symétrie formulée par Bizot, d’après laquelle les altérations athéromateuses des artères ont lieu ordinairement d’une manière symétrique des deux côtés du corps. Dans plusieurs observations on pouvait constater les traces de ruptures multiples dont la dernière était devenue mortelle. Dans un cas même il n’existait que les traces d’une ancienne rupture, sans déchirure nouvelle. L’ouverture se trouve en bas, en dehors, en dedans, sans qu’il existe sous ce rapport une règle fixe. C’est ou un trou à bords déchiquetés ou arrondis, de la grosseur d’une tête d’épingle ou davantage, ou une fente, ou une fissure de 2 à 4 millimètres de longueur. L’hémorrhagie est ordinairement proportionnellement abondante, de 100 à 200 grammes; elle a même atteint 500 grammes dans l’observation de M. Serres. Elle prend son point de départ à la base du cerveau, entre la pie-mère et l’arachnoïde, et s’étend de là à l’espace interméningien de la convexité, et peut-être par la fente de
(1) Anatomie pathologique du corps humain , avec planches, t. II, 40e livraison, pi. 11, III.
T. II. — AN AT. PATHOL 24e HVK.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
Bichat, dans les ventricules latéraux, et de là dans le troisième et quatrième. D’autres fois la rupture a lieu dans le parenchyme cérébral, soit à la base d’un des lobes du cerveau ou du cervelet, soit dans la protubérance ou la moelle allongée. Le sang est ordinairement liquide, plus rarement séparé en caillots ou en sérum, ce qui arrive surtout dans les ventricules; quelquefois il est mêlé avec des débris de substance cérébrale. Lorsqu’on trouve des foyers anciens, on constate les diverses transformations hématiques décrites à l’occasion de l’hémorrhagie cérébrale. L’hémorrhagie interméningienne est ordinairement beaucoup plus forte, bornée cependant quelquefois aux côtés de l’anévrysme. Les artères voisines sont athéromateuses dans quelques cas, d’autres fois parfaitement saines. La dilatation s’y propage parfois à un léger degré. Une fois les artères étaient bouchées.
Les parties ambiantes du cerveau sont rarement intactes, quelquefois ramollies, plus souvent creusées d’une cavité qui logeait l’anévrysme, ou au moins aplaties par la pression de celui-ci, sans compter les foyers hémorrhagiques provenant d’une rupture. Les diverses artères provoquent les effets de compression sur les parties diverses. La vertébrale comprime ou creuse la face antérieure du bulbe ou de la moelle allongée. L’anévrysme basilaire comprime la protubérance, la moelle allongée, les lobes du cervelet, les nerfs qui y prennent origine, l’hypoglosse, le pneumogastrique. Les artères provenant de la carotide interne compriment plutôt la partie antérieure des nerfs cérébraux. Nous trouvons avant tout le nerf moteur oculaire commun, comprimé, adhérent, atrophié, éparpillé même à la surface de l’anévrysme ou ayant disparu presque complètement sur une partie de son trajet. Le nerf optique est également bien souvent comprimé, puis la cinquième paire. Les anévrysmes de la cérébrale antérieure compriment la partie inférieure du lobe moyen et les pédoncules, les nerfs olfactifs, optiques et oculo-moteurs. Les anévrysmes de l’artère cérébrale moyenne, enfin, font naître par compression des creux dans la scissure de Sylvius. Parmi les nerfs plus rarement atteints, nous trouvons citée la compression de la portion dure de la septième paire. Lorsque la troisième paire a été pendant longtemps comprimée, les muscles de l’œil qu’elle anime peuvent être atrophiés. Les anévrysmes volumineux peuvent comprimer à la fois les diverses parties indiquées, à cause de leur volume et indépendamment alors de leur provenance.
Dans plusieurs observations, il y avait une vraie diathèse anévrysmale. Chez un malade observé par M. Cruveilhier, plusieurs anévrysmes existaient le long de l’aorte; dans une observation de Kingston, il y avait en même temps un anévrysme de la carotide commune. Dans le fait emprunté à Friedreich, la diathèse était plus disséminée encore; outre l’anévrysme de l’artère cérébrale antérieure, il en existait un sur la coronaire antérieure du cœur et un autre sur l’artère splénique. Nous avons déjà dit plus haut que Morgagni avait soupçonné, chez Ramazzini, la rupture d’un anévrysme d’une artère cérébrale, vu qu’il portait deux anévrysmes sur le dos de la main, et que ses palpitations faisaient soupçonner un anévrysme de l’aorte. L’aorte n’a été indiquée comme athéromateuse qu’une seule fois. Si nous tenons compte de cette circonstance qu’un certain nombre de nos faits se rapportent à des individus jeunes encore, et que, d’un autre côté, l’anévrysme suppose une altération antérieure des tuniques artérielles, il devient probable pour nous qu’il doit exister une dégénérescence graisseuse, probablement granuleuse, partielle, des tuniques artérielles, qui, tout en diminuant leur résistance et leur élasticité, prédispose à la dilatation, et plus tard même à la rupture des membranes internes. Cette supposition gagne encore en probabilité par les observations faites sur les petits vaisseaux cérébraux. Leurs anévrysmes, si fréquents aux divers âges de la vie, montrent souvent cette même altération. Il est probable même qu’il y a là une dégénération graisseuse qui ne passe guère à l’état athéromateux.
Chez deux malades seulement il existait en même temps des maladies organiques du cœur, chez un autre une maladie des bronches; aucun n’était tuberculeux.
Les tumeurs anévrysmales du cerveau donnent lieu à des symptômes semblables à ceux des tumeurs solides de la base ; seulement il y a, proportionnellement à leur volume, une plus grande intensité des symptômes, due peut-être à leurs battements continuels et à leur plénitude sanguine, de même que la fréquence de leur rupture donne lieu à la complication avec tout le cortège des signes de l’apoplexie cérébro-méningienne. Cependant plusieurs fois la maladie a été latente, et quelquefois aussi de longue durée. Ordinairement le début est lent, graduel; cependant, dans certains cas, il a été brusque, provoqué par des efforts, par exemple pour une garderobe dure et pénible. Ici il y a deux possibilités.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
Un anévrysme a existé, et l’effort a donné lieu seulement à un agrandissement rapide par rupture des membranes interne et moyenne, ou bien l’anévrysme s’est formé subitement.
Dans les cas de début subit, principalement, on observe aussi des compressions instantanées, pour ainsi dire, des nerfs indiqués, et une paralysie très prompte. D’autres fois le début est subit lorsqu’un anévrysme latent ne donne lieu à des symptômes qu’au moment de sa rupture. Dans les cas les plus ordinaires, il y a d’abord une céphalalgie vive, plus forte par accès, générale ou bornée à un côté et à la partie postérieure de la tête. Les malades ont des vertiges et des étourdissements fréquents; les facultés intellectuelles restent intactes, quelquefois la mémoire diminue; on observe une hyperesthésie de la face, avec accès névralgiques, et plus tard l’anesthésie, lorsque la cinquième paire est comprimée. Si c’est la troisième paire, la paupière supérieure tombe; il survient un strabisme en haut et en dehors, avec fixité de l’œil et dilatation de la pupille. La compression du nerf optique provoque d’abord l’affaiblissement de la vue, de la diplopie, et plus tard la cécité, d’abord d’un seul, puis des deux côtés. La paralysie faciale a lieu lorsque la septième paire est comprimée ; mais ordinairement on observe une paralysie plus étendue, une hémiplégie qui survient lentement du côté opposé au siège de l’anévrysme, et qui devient peu à peu générale, lorsque le siège est près de la protubérance. C’est dans ce cas qu’on observe aussi des nausées, des vomissements et une gêne de la respiration. Si la compression s’étend à la moelle allongée, la paraplégie peut survenir de bonne heure. La voix est altérée, plus tard il y a aphonie. Les malades ont de la peine à avaler et à respirer. Tous ces phénomènes peuvent survenir brusquement au lieu de se développer peu à peu, lorsqu’un anévrysme s’est rompu. Les convulsions s’observent beaucoup plus rarement que dans les autres tumeurs cérébrales.
Dans les cas de rupture on observe tous les signes de l’apoplexie qui peuvent amener la mort au bout de quelques heures, mais le plus souvent au bout de deux ou trois jours seulement, et quelquefois on observe même plusieurs attaques successives à une ou deux semaines d’intervalle ou plus éloignées encore, mais qui, finalement, entraînent la mort.
On peut donc admettre trois formes de marche, celle qui est tout à fait latente, celle qui l’est jusqu’au moment d’une rupture avec mort prompte ou avec succession d’une série d’attaques, et enfin une durée plus prolongée qui a pu être fixée dans 10 cas : 4 fois elle a été de 6 mois à 1 an, 3 fois de 1 à 2 ans, et 3 fois de 5 à 10 ans. 11 y a encore ici deux variétés, l’une d’abord lente et latente, puis à marche apparente plus prompte, l’autre à marche très lente et très chronique. La première se complique beaucoup plus volontiers de rupture que la seconde, qui ne l’a point été dans les faits analysés. Le sexe a été noté 25 fois; sur ce nombre il y avait 16 hommes et 9 femmes, ainsi presque le double pour les premiers. L’âge a été indiqué 24 fois : 5 fois, ainsi dans près de 1/5°, il a été de 15 à 25 ans, 2 fois de 30 à 40; par conséquent près des 3/4 se trouvent passé 40 ans, dont 4 seulement entre 40 et 50; 6 entre 55 et 60 ans, ce qui constitue la plus forte proportion; 6 encore entre 60 et 70, et 1 à 84 ans. Par conséquent, cette maladie est rare dans la jeunesse, plus fréquente dans la vieillesse, surtout après 55 ans.
Voici le tableau de tous ces cas :
De 15 à 20 ans . 3
20 à 25 ans . 2
30 à 35 ans . 1
35 à 40 ans . 1
A0 à 45 ans . . 2
45 à 50 ans . 2
A reporter. ... 11
Report. . . 11
De 55 à 60 ans . 6
84 ans . 1
Total . 24
Nous n’avons pu constater l’influence des professions. Nous nous sommes déjà prononcé plus haut sur celle des maladies vasculaires, et nous croyons pouvoir admettre deux formes, la dégénération graisseuse simple et l’athéromateuse. Des efforts peuvent occasionner la rupture, laquelle, une fois, a eu lieu à la suite d’une émotion vive. Cependant il reste encore beaucoup d’inconnu dans l’étiologie des anévrysmes des artères cérébrales.
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