VII. — Des kystes simples du cerveau
Nous avons déjà parlé, à l’occasion des kystes en général, de ceux qui ont leur siège dans les plexus choroïdes; nous avons de plus rencontré plusieurs fois des granulations séreuses à la surface de l’épendyme ventriculaire, isolées ou groupées ensemble, de la grosseur d’une tête d’épingle à une petite lentille, formées par une enveloppe de tissu cellulaire et par un liquide séreux dans lequel nous n’avons vu que quelques granulations. Des kystes plus volumineux appartiennent souvent aux résidus d’un épanchement hémorrhagique, d’un ramollissement cérébral, ou ce sont des kystes qui délimitent une collection purulente. Mais, outre ces kystes, il y en a d’autres indépendants, qui peuvent entourer des productions parasitiques dont il sera question plus tard; ils peuvent enfin constituer une maladie tout à fait idiopathique. Toutefois les faits de ce genre sont rares, et je n’en ai rencontré qu’un bien plus petit nombre dans les auteurs. J’en citerai cependant quelques exemples :
1° M. Contour (1) a présenté à la Société anatomique, en 1840, un kyste assez volumineux, développé dans l’épaisseur du lobe droit du cervelet, contenant une sérosité jaunâtre, transparente, avec quelques cristaux de cholestérine dans sa cavité et de la matière èncépbaloïde dans ses parois. La femme qui est le sujet de cette observation, âgée de vingt-trois ans, avait éprouvé des douleurs excessivement intenses dans toute la tête, à la face, et de temps en temps des fourmillements dans les membres supérieurs. La langue avait quelquefois perdu momentanément le goût, mais à sa pointe seulement. La vue avait été plusieurs fois suspendue à droite (côté de la lésion), mais jamais il n'y avait eu d’autres lésions des sens.
2° Yelloly rapporte le fait suivant (2) : Une femme âgée de dix-neuf ans fut prise de céphalalgie, de vertiges, d’injection des conjonctives; elle tombait dans des accès d’insensibilité sans convulsions. Ces accès se renouvelaient toutes les trois semaines, il en survenait alors dans un intervalle de deux à douze heures. Au bout de huit ou neuf mois, ces attaques augmentèrent d’intensité; elle perdit alors l’ouïe, la vue et l’odorat .; la parole et la déglutition devinrent très gênées. Bientôt après elle mourut apoplectique. Une hydatide de 8 centimètres de longueur sur 5 centimètres et demi de largeur, pénétrée d’un très grand nombre de vaisseaux, occupait le centre de l’hémisphère droit. Le cerveau était d’ailleurs sain.
3° Nous décrirons ailleurs avec plus de détails un kyste situé entre le cervelet et la protubérance annulaire, observé chez un jeune homme âgé de dix-neuf ans, qui, depuis deux ans, était successivement pris de maux de tête, de vertiges et d’amaurose; il se sentait comme ivre lorsqu’il voulait se tenir debout, puis il eut des accès apoplectiformes de plus en plus fréquents, ensuite souvent des nausées et des vomissements, et il mourut subitement. A l’autopsie, on trouva beaucoup de sérum dans les ventricules, et à la surface antérieure du cervelet un kyste du volume d’un gros œuf de poule, qui, à sa partie postérieure, se terminait en une tumeur du volume d’une noisette; cette tumeur comprimait le bulbe rachidien et avait environ un centimètre d’épaisseur, tandis que les parois du kyste variaient entre un demi et un millimètre et étaient composées d’éléments fibro-plastiques ; la cavité revêtue d’un épithélium renfermait un liquide clair.
Ces exemples prouveront au moins qu’il existe des kystes séreux indépendants des parasites, des abcès, du ramollissement et de l’hémorrhagie, ainsi que des tumeurs de diverse nature dans l’intérieur desquelles des cavités profondes peuvent se creuser, mais alors comme altération secondaire (3).