DEUXIÈME PARTIE
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE
EIVRE TROISIÈME.
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Nous arrivons à une partie de notre ouvrage qui offre un intérêt aussi général pour la pathologie que pour la physiologie. On a reconnu aujourd’hui que l’examen anatomique seul, même aidé de recherches microscopiques exactes, l’expérimentation même la plus soignée, ne suffiraient pas pour déterminer les fonctions de toutes les parties du système nerveux. Car si, grâce aux travaux modernes, nous commençons à connaître les fonctions des diverses parties de la moelle épinière et des nerfs, le cerveau est bien peu accessible à une expérimentation suffisante. Il est donc de toute nécessité que des recherches pathologiques exactes viennent compléter les résultats des travaux anatomiques et physiologiques. D’un autre côté, ce n’est que par le triple concours de ces différentes sources de notions que nous pourrons arriver à comprendre la nature dès maladies des centres nerveux, et à baser sur une pathogénie éclairée une thérapeutique vraiment bonne. Tout clinicien sincère et impartial doit avoir été frappé, comme moi, de l’insuffisance du îraitement actuel dans les maladies du cerveau et de la moelle épinière, et cela s’applique non-seulement à nos nombreux insuccès, mais aux succès même, que nous obtenons souvent plus en tâtonnant que dirigés par des principes rationnels. C’est ainsi, par exemple, que j’ai été frappé déjà, aux bains de Lavey, de voir un certain nombre de paraplégies, en apparence toutes analogues, traitées de la même façon, présenter, pour quelques-unes, un succès complet, pour d’autres une amélioration, mais pour un bon nombre l’absence complète de réussite.
Les localisations de nos facultés établies par Gall et son école sont démontrées fautives aujourd’hui. Localiser en enlevant certaines parties du cerveau pour déterminer leurs fonctions, est une méthode grossière, accompagnée de mutilations graves, sans compter qu’elle ne nous apprendra rien sur les facultés intellectuelles de l’homme. L’étude des hémorrhagies, des ramollissements, des tumeurs, nous donne, sous ce rapport, des renseignements plus positifs. J’ai déjà cherché à établir ce fait dans mon travail sur les tumeurs du cerveau. Bien que toutes les parties du cerveau soient, jusqu’à un certain point, solidaires les unes des autres, nous observons cependant, dans ces lésions morbides, des localisations bien plus limitées que celles que peuvent produire les expériences physiologiques. Nous admirons la sagacité des hommes qui ont coupé la cinquième paire avant sa sortie du crâne pour en déterminer la fonction, et cette expérience si remarquable de notre ami Claude Bernard (I), qui a rendu des animaux diabétiques en piquant le plancher du quatrième ventricule; mais ces expériences ne peuvent atteindre que quelques parties, la plupart du temps superficielles, de l’encéphale. Si nous étudions les paralysies
(1) Leçons de physiologie expérimentale appliquée à la médecine. Paris, 1855-1856.
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MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
d’origine cérébrale, nous voyons que les unes sont croisées, que les autres ne le sont pas, même abstraction faite de celles qui résultent de la compression des nerfs des sens, dont l’effet est ordinairement équilatéral. Les études sur l’entrecroisement des fibres ne nous en rendent pas compte. La pathologie nous prouve donc que des recherches plus exactes restent encore à faire, non-seulement sur les fibres, mais aussi sur leur rapport avec les cellules ganglionnaires, et la question des effets croisés ou équilatéraux ne pourra être résolue que par le concours du physiologiste et du médecin.
Tous les auteurs modernes qui se sont occupés des fonctions de la moelle épinière, et surtout MM. Longet (1), Claude Bernard (2), Brown-Séquard (3) et P. Gratiolet (4) ont invoqué les faits pathologiques pour la détermination de l’état normal. Si notre excellent ami, M. Brown-Séquard, prouve aujourd’hui que ce ne sont pas les cordons postérieurs qui transmettent les sensations, mais plutôt la substance grise centrale, que l’entrecroisement n’a pas lieu dans la partie la plus voisine du cerveau, mais dans la moelle même, il est à peu près certain qu’avant que dix ans ne se soient écoulés, la pathologie viendra ajouter des faits importants à ceux que nous connaissons déjà, pour fixer la valeur de ces grandes et importantes découvertes.
Pénétré de l’importance de l’étude minutieusement exacte de tout ce qui a rapport à ces graves questions, ne méconnaissant pas les nombreuses lacunes de nos connaissances sur ce terrain, nous sommes cependant heureux de pouvoir dire que bien des notions positives et irrécusables sont acquises à la science dans la physiologie pathologique du système nerveux, et nous tâcherons, dans les chapitres suivants, d’en dresser l’inventaire, sinon dans tous ses détails, au moins dans ses traits principaux.
SECTION PREMIÈRE
MALADIES DE L'ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES