CCCXVI. — Tubercules cérébraux. (PI. CIII, fig. â
Ces tubercules cérébraux proviennent d’un enfant qui avait succombé avec tous les signes d’une tuberculisation générale accompagnée, pendant les derniers temps, des signes d’une affection grave de l’encéphale. Ces masses tuberculeuses se trouvent disséminées en plusieurs endroits du cerveau et varient entre le volume d’une petite noisette et celui d’une amande. Ils sont crus ou ramollis, les
MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES, premiers d'un jaune pâle et mat, d’une consistance ferme et caséeuse, les seconds plus mous, moins secs, d’une teinte moins mate. Dans les uns et les aûires, on ne -voit à l’examen microscopique, d’autres éléments que les corpuscules caractéristiques du tubercule, plus arrondis et un peu plus volumineux dans les tubercules ramollis que dans ceux d’une consistance plus ferme. Nulle part il n’y a trace de cellules du pus. La substance cérébrale autour des tubercules est ramollie, et dans bien des endroits infiltrée de sang. Autour d’un des tubercules surtout, il y a un véritable épanchement apoplectique. Dans d’autres endroits il en existe des traces ou des résidus, formés par une coloration d’un jaune d’ocre. On ne trouve dans ces endroits que des granules jaunes de pigment. Près des tubercules, beaucoup de vaisseaux ont subi la transformation graisseuse, que l’on constate aussi bien dans les parois des petits vaisseaux que dans leurs épithéliums fusiformes, ce qui ressort très bien du beau dessin que M. Robin m’a communiqué sur ce sujet, et de sa comparaison surtout avec l’épithélium vasculaire normal, reproduit tout à côté.
CCCXVII. — Cysticerques du cerveau et des muscles; plaques cartilayiniformes des méninges rachidiennes. (PI. CIV, fîg. 3 et k.)
Ces pièces m’ont été communiquées par M. Leudet, qui a fait sur ce sujet une présentation intéressante à la Société anatomique, accompagnée de la note suivante :
D. C..., âgée de vingt-huit ans, journalière, d’une taille moyenne, d’une bonne constitution, entre le 10 février 1852 à l’hôpital de la Charité, salle Saint-Basile, n° 22, service de M. Rayer. Habituellement d’une bonne santé, D... fut menstruée à vingt et un ans, sans éprouver, à cette époque, aucun dérangement de la santé. Depuis cette époque les règles sont toujours revenues régulièrement. Accouchée heureusement et à terme il y a un an, D... n’a fait que deux maladies sérieuses, l’une il y a sept ans, dans laquelle elle eut une perte de la voix qui la retint plus de deux semaines alitée, une autre moins grave dans l’hiver de 1850, et qui ne se caractérisait que par une toux légère.
Depuis sept ans elle a habité constamment Paris, sauf une courte absence qu’elle fit il y a vingt-deux mois dans son pays natal. Son père et sa mère jouissent d’une bonne santé; jamais, suivant son dire, aucun membre de sa famille n’aurait été atteint dù Ver solitaire. Le début de la maladie actuelle remonte à vingt-deux mois; elle se manifeste sous forme d’attaques qui se sont répétées six fois dans l’espace de vingt-deux mois, la dernière ayant eu lieu il y a six semaines. En général, avant chaque attaque, D... éprouve la sensation d’un corps roulant dans l’abdomen, puis peu après elle perd connaissance. Jamais elle n’a été prise subitement de ses convulsions pendant ses occupations ou dans la rue ; une fois elles sont survenues dans la nuit, elle n’en a eu aucune consciënce et n’en a été informée que par son mari. La convulsion s’accompagne d’une perte complète de connaissance avec mouvements assez violents; néanmoins une seule personne suffit pour la maintenir. La malade ne saurait dire si elle écume; une seule fois elle s’est mordue la langue. La durée des attaques est variable; la première s’est prolongée pendant quatre heures, une autre six heures; la dernière n’a duré que dix minutes. Ün intervalle de trois mois s’est écoulé entre la première et la deuxième attaque. Depuis, ces attaques s’éloignent plutôt qu’elles ne sé rapprochent. Chaque attaque est suivie d’une céphalalgie gravative pénible et d’une courbature durant cinq à six jours. La mémoire,’ pendant ce temps, est complètement perdue, la vue affaiblie. Ces accidents diminuent graduellement, mais jamais la malade ne jouit complètement du libre exercice de ses sens, comme avant la manifestation des attaques. Depuis le début de la maladie, D... éprouve constamment uiie céphalalgie gravative pénible, Sans siège limité, un affaiblissement marqué de la vue, et quelquefois des sensations lumineuses dans les yeux. L’ouïe est souvent obtuse et est le siège de bourdonnements; la mémoire, excepté après les attaques, est bonne; son caractère, depuis sa maladie, est devenu beaucoup plus irascible. La malade a remarqué en outre un affaiblissement notable des forces. L’appétit est variable, quelquefois diminué, beaucoup plus rarement exagéré ; sensation fréquente d’une strangulation gutturale, ayant son point de départ dans l’estomac ; digestions souvent difficiles ; coliques fréquentes, surtout dans le côté gauche du ventre; pas de douleurs à la région précordiale. D. . . a pris plusieurs fois du kousso et de la racine de grenadier ; ce médicament a procuré l’expulsion d’un ver solitaire que nous n’avons pas vu, mais que le mari de la malade nous a assuré avoir été conservé; il croyait même qu’il nous avait été présenté à l’hôpital. La malade se présente à nous dans un état de bonne santé apparente, accusant les symptômes que nous venons d’énumérer. M. Rayer administra à la malade un médicament en usage en Abyssinie, la poudre de Musannah. Ce médicament était donné incorporé à du miel. On donna, le iU février, 15 grammes de poudre de Musannah; le 15, 30 grammes, et le lendemain, 60 grammes. Le médicament ne donna lieu à aucun effet physiologique, n’amena que le dernier jour une selle dans laquelle on ne retrouva pas de fragments, etc. Les 16, 17 et 18, la malade fut purgée trois fois avec l’huile de ricin; ce purgatif causa de nombreuses évacuations alvines, mais aucune expulsion du ver. Le 26 du même mois, 72 gouttes d’huile éthérée de fougère mâle furent administrées sans provoquer d’expulsion du tænia. Le 2 mars 1852, D... quitta la Charité dans le même état. Le 10 février 1853, la femme D... fut de nouveau admise à l’hôpital de la Charité. Les attaques avaient reparu encore à plusieurs reprises après le séjour de la malade à l’hôpital, l’an dernier ; mais depuis huit mois elles avaient disparu. 11 y a cinq mois, D.. . devint enceinte; sa santé demeura bonne. Le 8 février 1853, les attaques épileptiformes reparurent, se répétèrent chaque jour et forcèrent la malade à entrer le 10 à l’hôpital de la Charité. La malade était arrivée dans le cours d’une attaque, mais, depuis, sa connaissance était incomplètement revenue; la mémoire était mauvaise, la vue peu distincte, la face vultueuse, les pupilles dilatées. Dans la nuit, la malade demeure tranquille. Le 11 au matin, à huit heures, nouvelle attaque épileptiforme, se terminant par un état comateux profond; dans cette période, l’urine, examinée, donne un dépôt albumineux. Mort à onze heures du matin.
Autopsie faite vingt-cinq heures après la mort. — Roideur cadavérique marquée, aucune trace de putréfaction.
Tête. — Injection considérable des vaisseaux de la pie-mère, surtout au niveau de la convexité. On aperçoit, à travers la transparence des enveloppés cérébrales, de petits corps jaunâtres, opaques, situés dans la partie inférieure de la pie-mère, quelques-uns dans la substance cérébrale. Les méninges leur adhèrent intimement. On compte dix-sept petits kystes dans le voisinage des méninges ou dans la substance cérébrale, près de la convexité; un dans la couche optique et un autre dans le corps strié gauche, trois h la partie supérieure du cervelet, aucun dans le bulbe, la protubérance, les pédoncules ou la moelle. Ces petites masses sont formées paf un kyste membraneux enveloppant un corps membraniforme, plissé sur lui-même, dans lequel on distingue parfaitement là vésicule caudale et céphalique d’up cysticerque. La couronne des crochets, mais nulle part intacte, se retrouve également. Pas de ramollissement de la pulpe cérébrale, qui est seulement un peu congestionnée. La moelle offrait, dans sa moitié inférieure, une curieüse altération de ses membranes : des plaques osseuses, fragiles, étaient disposées en écailles à la face' profonde du feuillet pariétal de l’arachnoïde; aucune trace de cysticerques; substance de la moelle saine. Les poumons étaient sains, un peu engoués à la base. Le coeur était dans un état
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DES CENTRES NERVEUX
normal. Tube digestif sain; aucune trace de tænia; foie et rate sains. Reins un peu plus congestionnés qu’à l’état normal. L’utérus contenait un foetus de cinq mois environ. Dans l’ovaire droit existait un corps jaune de fécondation. Les muscles des membres supérieurs: et inférieurs, de même que les pectoraux, contenaient de nombreux cysticerques : leur capsule était un peu allongée; l’animal offrait les mêmes caractères que ceux du cerveau.
CCCXVIII. — Tubercules et carie des vertèbres lombaires; ramollissement de la moelle épinière . (PI. CIV, fîg. 5 et 6.)
Un homme, âgé de quarante-quatre ans, entre, le 24 janvier 1854, à l’hôpital de Zurich, atteint d’une paralysie presque complète du mouvement des extrémités inférieures, accompagnée d’un sentiment de constriction autour de la partie inférieure de l’abdomen. La sensibilité est bien conservée dans les membres paralysés, mais la motilité y est abolie au point que le malade ne peut plus ni marcher, ni se soutenir sur ses jambes. Celte paralysie s’est développée graduellement depuis six mois, sans douleurs et sans autres symptômes, sans que la santé générale du malade se soit altérée. Celle-ci continue à être bonne, toutes les fonctions se font régulièrement. La colonne vertébrale, examinée avec le plus grand soin, ne montre ni déformation, ni sensibilité anormale. On établit deux moxas avec de la potasse caustique sur la partie lombaire de la colonne vertébrale, on prescrit la noix vomique à la dose de 15 à 20 centigrammes par jour, et des frictions sur les membres paralysés avec du Uniment phosphore. Toutefois la paralysie devient de plus en plus complète. La noix vomique est remplacée par le sulfate de strychnine. On prescrit des douches sur les membres affaiblis, des bains sulfureux ; on établit de nouveaux moxas au commencement d’avril, mais le tout sans le moindre succès. Des eschares s’établissent au sacrum et aux deux talons. Depuis la fin d’avril il a de temps à autre des accès de frissons qui durent pendant près d’une heure et sont suivis de chaleur, de sueurs et d’un grand abattement. Il s’affaiblit déplus en plus. Les eschares prennent un aspect gangréneux et une odeur putride, qui est combattue. par l’application de compresses imbibées d’une décoction de quinquina avec de la créosote. Il perd l’appétit; il a une fièvre continuelle. Le pouls est faible, petit, accéléré. Il tousse et l’on perçoit quelques râles disséminés sur plusieurs points de la poitrine. Après s’être graduellement affaibli, il meurt le 19 mai.
Autopsie faite soixante-cinq heur es après la mort. — Les eschares du sacrum et des talons sont détachées, et la colonne vertébrale est presque percée de dehors en dedans, à la partie inférieure du sacrum, par la profondeur de la perte de substance dans l’os. Le liquide céphalo-rachidien est considérablement augmenté, il y a près de deux cuillerées à soupe de sérosité claire autour de la partie inférieure de la moelle épinière. Au niveau des dernières vertèbres thoraciques et des premières lombaires, il y a du pus que nous trouvons plus tard en communication avec un foyer purulent et tuberculeux de la face antérieure de ces vertèbres. A la partie correspondante de la moelle épinière, la pie-mère et l’arachnoïde adhèrent intimement entre elles, et déjà, avant de les fendre, on sent à ce niveau un ramollissement considérable de la pulpe médullaire. Les méninges adhèrent de nouveau entre elles à la partie inférieure, tout le long de laqueue de cheval ; elles sont généralement très injectées. La partie supérieure de la moelle épinière offre une consistance normale, mais déjà toute la moelle thoracique offre une légère diminution de consistance dans sa partie supérieure; elle est meilleure, plus ferme ensuite. Mais à son passage à la partie lombaire se trouve un ramollissement très considérable qui occupe 7 centimètres de longueur, et qui est tel que l’on n’y distingue plus nettement la limite des cordons de la moelle. En y versant un filet d’eau, on désagrégé toute la masse par flocons minces et irréguliers.
Ce ramollissement pultacé occupe presque à un égal degré les cordons antérieurs et postérieurs; leur couleur est pâle, et ces derniers sont traversés par des stries rougeâtres dues à des vaisseaux; 4 centimètres plus bas se trouve un autre ramollissement, mais peu notable et peu étendu. La queue de cheval est entourée, à sa partie inférieure, d’un tissu cellulaire induré, noirâtre, infiltré d’une sanie purulente, fétide, ce qui prouverait encore en faveur d’une communication avec l’eschare extérieure. Dans les parties les plus mollis, les racines correspondantes des nerfs ont une assez bonne consistance. La pulpe ramollie montre, à l’examen microscopique, des fragments irréguliers ou enroulés, prenant alors un aspect globuleux. On y observe de plus beaucoup de granules graisseux, isolés ou agminés, ou renfermés dans les fragments sphéroïdaux des fibres. Immédiatement au-dessus et au-dessous, on peut se convaincre de la parfaite intégrité des fibres de la moelle. L’examen des vertèbres, que nous avions trouvées couvertes de pus, démontre une carie superficielle, produite par une infiltration tuberculeuse sous le périoste, et au-devant de cette partie se trouve une poche pouvant contenir un œuf de poule, remplie d’un mélange de pus concret et de matière tuberculeuse ramollie. Les méninges cérébrales sont généralement hypérémiées, et la pie-mère montre un épaississement laiteux, mais sans trace d’exsudation inflammatoire. Les deux poumons sont adhérents à leurs sommets; ils sont parsemés de quelques granulations tuberculeuses rares, et dans le sommet droit se trouvent deux petites cavernes du volume d’une noisette. Au sommet gauche il y a une caverne semblable, mais probablement de date plus ancienne, offrant des plaques crétacées dans ses parois. Le tissu pulmonaire est normal partout ailleurs. Le péricarde renferme environ 250 grammes de sérosité claire. Le cœur est flasque, normal du reste, et renferme, dans le ventricule droit et dans l’oreillette gauche, du sang mou et noirâtre. L’œsophage montre à sa partie supérieure quelques érosions superficielles. Rien d’anormal dans le foie, dans la rate, dans les reins, dans la muqueuse gastro-intestinale.
GCCXIX. — Tubercules du cerveau. (PI. CIV, fig. 1 et 2.)
Ces dessins m’ont été communiqués par l’obligeance de M. le docteur Woilliez. On voit qu’il s’agit de tubercules très volumineux dé l’hémisphère, provenant de la surface, mais ayant déprimé profondément la substance cérébrale. Toutefois je ne possède pas de détails sur la marche de la maladie ni sur les altérations concomitantes.
CCGXX; — Tubercules du cerveau et des méninges; hydrocéphale aiguë; tubercules pulmonaires. (PI. CIV, fig. 7-10.)
Un homme, âgé de quarante ans, surveillant de bâtisses, nous est amené à l'hôpital, comme atteint de fièvre typhoïde, tout à fait sanâ connaissance et déjà près de sa fin. J’ai appris par le médecin traitant que, plusieurs mois avant de tomber malade, F... s’était plaint d’un engorgement du testicule droit, qui peu à peu ne lui donna plus que des malaises et ne fixait dès lors plus l’attention du malade, bepuis deux mois, le malade était atteint de douleurs de tête vives, continues, générales, accompagnées bientôt de somnolence, de difficulté dans la parole, avec un pouls lent, plein et régulier. Un traitement antiphlogistique modéré et des purgatifs n’avaient amené
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aucune amélioration. A son arrivée à l'hôpital, il était déjà plongé dans un coma profond, d’où il fut impossible de le tirer; le pouls était très accéléré, les pupilles étaient très étroites, immobiles ; le malade eut des évacuations involontaires et ne larda pas a succomber.
Autopsie faite quarante heures après la mort. - La dure-mère est très liypérémiée; peu de liquide sous-arachnoidien a la surface supérieure, beaucoup, par contre, à la base du cerveau, dans les fosses occipitales et dans les ventricules latéraux; les parties centrales du cerveau, le corps calleux et le septum sont très mous. Il y a, à la partie postérieure du cerveau, un tubercule de la p.e-mère, du volume d’un pois, qui repose sur une des circonvolutions, et à la partie postérieure et inférieure du cervelet-, un autre, du vo urne dune noisette, provenant de la dure-mère, très vascularisée tout autour. Ce tubercule a creusé une fossette à la surface du cervelet, et extérieurement a déprimé aussi l’os correspondant. Les deux poumons sont parsemés de nombreuses granulations tuberculeuses plus abondantes, plus jaunâtres aux sommets, tandis qu’ailleurs elles sont plutôt grises et demi-transparentes, il y a en outie anciens tubercules crétacés dans les deux sommets. Autour des granulations, le tissu pulmonaire est liypérémié, emphysémateux dans bien des endroits, surtout en haut et en avant, nulle part hépatisé. Les autres organes sont dans leur état normal.
Examen microscopique des tumeurs. — Les tubercules jaunes,' caséeux, du cerveau et des méninges, sont tous entoures a leur surfaced’une couche d’un gris rosé, passablement vasculaire, formée de tissu connectif, mélée de beaucoup d’elémenis cellulaires fibroplasliques, parsemée toutefois de nombreux corpuscules du tubercule, qui, dans la partie jaune caséeuse, forment Telement cellulaire exclusif; ils sçmt entourés d’une substance finement granuleuse. La couche corticale iibroïde occupe presque un tiers du petit tubercule du pilier postérieur de la voûte, tandis qu’elle ne forme qu’une couche mince à la surface des grands tubercules. Les tubercules granuleux des poumons renferment aussi, en proportion, une plus grande quantité d’éléments fibreux et fibro-plastiques, à côte des corpuscules du tubercule, qu’on n’y en trouve habituellement.