CCCI. — Apoplexie cérébrale. (PL XCIX, fig. 3 et
Un homme, âgé de quarânté-six ans, est apporté sans connaissance à l’hôpital de ZüK'ch, le 20 juin 1854. D’après lès feHsëigrt'ëiiiéhtâ qti’oii nous dfittitë; il a eu depuis huit jdürs des vertiges et des mâüi dë tête. L'é mâtin du 20 jiiih, il â ëü du déliré, niais il sfift dé chez lîii* et rentre qbehjües heures plus tard eh chancelaht et tombe dans un état d'assoupissement ‘qui ii’âvait point été ni&difié pâf fine sàigüêè. A son entrée à l’hôpital, l’é malade ëSt toujours plongé flaiis le cdma; ses pupilles sdht rétrécies; le fèg'àfd élt tërnê; le pduls est pétit, à 80 pulsations par minute. Il ne petit pas Ouvrir la bouche, il a des grincements de dents fréqÜërifS ; la pëâh est cO'uvëïtè d’hiiê SïfèUï Visqueuse et froide; la respiration est lente et steriorëuse. Les extrémités sont dàhs üii état dé rôîdëür presque tétâriiqüë. (Glace 'sur ià têtë, sinapismes, ventouses scarifiées à là nuqüë.) Le lendemain, lë malade ’ëst dans uh état de ‘côllàpsüS; lè pduls dèviënt ifrë'gülier, filiforme, la respiration alternativement très léhteët accélérée. Lë cdtfaà est toüjours profond. Dans ht jôürrièë, te malade s’affaiblit, èt il ineÜFt I Onze heures du soir.
Autopsie faite ireiite-sitc heures aptâs la mort. — Hÿpéréihië générale des ift’é'ningeS, sérOsité 'fôugéâlPè dans lés 'ventricules. î)ahs la edüche optique gauche, épa'nch’êmént Sanguin récent, Formant un caillot hoiftbgènë; d’ûn rouge violacé ët dû v’ôluftrè d’uh'è iüôii environ. La subsfàhce cérébrale-, généralement côngestionnéë; est saine, màiâ nulle part il fi’ÿ a ëü ni ràmôllïèSehiënt, ttî àitërâti'ôh manifeste dans les vaisseaux du cèrVëaü. Rien d’anormal dans les autres organes, Si ce n’ést ühè itnbibitioh Sahgüihë ‘dfsséinin'ëè 'dans lë poümôn droit. Le cœur est fiasque et renferme à droite ûn sang rhou, hoirâtrè, feoaguié. Lë fôïe, de 28 centimètres dë fàrgètif Sur 118 dé hauteur à droite, à gauche et 7 de plus grande épaisseur, ëèt d"ùné coriSistàïïcë fèFmè èt prèséhte dàhs Son l’ôb'è ’ifr'ôVt Vffifê ’pëtïtë cavité du volume d’une noisette; remplie d’une masse jaunâtre-, de là consistance du mortier, due probablèment à Üfi àViciën abcès énk'ÿstë. Riëil d’ân'ôVihàl ailï'èurs.
CCCII. — Apoplexie méningée chez un enfant atteint de petite vérole. (PI. XCIX, fig. 1 et 2.)
Un enfant âgé de six mois, non vacciné, est àpporté à l’hôpital de Zurich le 15 juin 1854, atteint d’une petite vérole confluente fort grave. Pendant son séjour à l’hôpital, la fièvre est très intense, l’enfant est plongé dans un assoupissement profond, et il succombe deux ours après son admission.
A l’autopsie, nous trouvons à la partie antérieure et supérieure des deux hémisphères, entre la pie-mèrë et la subStàhcè cérébralè, des épanchements sanguins qui ont jusqu’à 4 millimètres d’épaisseur et 'qui occupent de chaque côté une longueur de près de 8 Centimètres ét une largeur de 2 à 3 centimètres. La substance cérébrale est intacte. Ces apopleXTes devaient être récentes, leur colôratïoh était d’un rôhge foncé, et l’on y voyait encore au microscope des globules sanguins parfaitement intacts. Les poumons renfermaient plusiéûr'S foyers hémorrhagiques, surtout dans le sommet. Les autres organes étaient à l’état normal.
CCCI1I. — Maladie aiguë de Bright , urémie, mort dans la quatrième sefnaine. — État granuleux des reins, apoplexies ëérè’bralës muttifirés; tubercules granuleux anciens dans les méninges et le poumon gauche. (PL XCIX, fig. 5.)
Un homme, âgé de vingt-cinq ans, tailleur de pierre, entre à l’hôpital de Zurich le 7 mars 1854. Ce malade est dans un état de stupeur et ne donne que des renseignements fort incomplets. Tout ce qu’on peut tirer de lui est que, vers le miliéu de février dernier, il a pris froid après avoir été fortement mouillé. Le lendemain il à commencé à enfler à la figure et aux extrémités. Dès le début fl est devenu presque aveugle, il a eu de la peine à écarter les mâchoires, et il a eu une hémorrhagie par la bouché. Nous constatons -chez ce malade un aspect pâle et cachectique, un air hébété. L’anasarque est générale, Surtout pi’ononcée à la face et aux pieds ; l’amblyopie est très marquée, il ne peut plus lire et distingue à peine les objets qu’on lui présente. État Scorbutique des gencives, trismès, dîârrh'ëè; pouls petit, 96; urines rares, pâles, opalines, pesanteur spécifique, 1,005; elles sont fortement albumineuses. (Théis fins pàr jour vingt gouttes de teinture de malate de fer, tisane de quassia avec 4 grammes d’élixir acide de Haller.) Le lendemain, tous ces symptômes s’aggravent, l’assoupissement devient plus profond , l’haleine est touj ours fétide, la bouche remplie d’un sang noirâtre. Il meurt ïè 9 mars, au matin.
Autopsie faite cinquante heures après la mort. — Cerveau pâle à sa sùrfàdè, 'montrànt dans la giè-tttërë, disséminées îjhr tühtè là^urfttce convexe des deux côtés, des granulations blanchâtres du volume d’une tête d’épingle, non entourées d’hypérémie et correspondant, comme le démontre l’ensemble de l’autopSiè, à dès ffàëès ‘d'ühe ’à'hcTehhè 'îfrëhm'gite ttfttërculeuse. Peu de liquide sous-arachnoïdien. A la partie interne et postérieure du grand lobe cérébral se trouve un petit épanchement apoplectique du volume d’une noisette, autour duquel il y a beaucoup de petites ecchymoses. La substance cérébrale environnante est rouge, injectée et ramollie. Un peu en avant du foyer principal s’en trouve un autre plus petit, de 3 à 4 millimètres de longueur, et un peu plus en avant encore, une place ramollie rougeâtre, du volume d’un petit pois. A la surface de l’hémisphère droit, il y a une ecchymose de 5 à 6 millimètres de largeur* et tout autour plusieurs petites. A sa partie postérieure et externe, il a un petit foyer apoplectique du volume d’un pois ; la pulpe cérébrale qui l’entoure est ramollie et rougeâtre. Il y a enfin un dernier foyer à la corne latérale du ventricule gauche. Le poumon droit offre plusieurs adhérences à sa surface, des épanchements sanguins sont disséminés dans ses lobes. A la surface et dans l’intérieur du poumon gauche se trouvent un certain nombre de granulations tuberculeuses entourées de pigment et à l’état desséché. Une masse calcaire, du volume d’une noisette, existe dans le lobe inférieur. Il y a au moins une quarantaine de ces tubercules anciens, mais nulle part il n’y en a de récents. Les glandes bronchiques renferment aussi des tubercules crétacés. La muqueuse trachéo-bronchique offre un certain nombre d’ecchymoses. Le cœur renferme, surtout à droite, des caillots fibrineux mêlés de sang noir. Le rein gauche est entouré de beaucoup de graisse, il a 12 centimètres de hauteur sur 7 de largeur et 3 1/2 d’épaisseur. La capsule est très adhérente à la surface* qui est couverte
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DES CENTRES NERVEUX. 123
de nombreuses petites ecchymoses avec lesquelles alternent des granulations d’un jaune grisâtre. Toute la substance corticale, qui est augmentée de volume, est parsemée de ces mêmes granulations, dont quelques-unes se trouvent dans les sommets des pyramides qui tranchent par ieur forte vascularité avec la décoloration dé tout le reste. La consistance est bonne, le bassinet est normal. Le rein droit est en tous points semblable âii gauche. Le foie et la rate sont de volume normal. La dernière est ramollie. La muqueuse buccale montre plusieurs plaques diphthéritiques. La surface externe des intestins est, par places, injectée et montre quelques fausses membranes récentes. Lé péritoine pariétal montre les traces d'anciennes ecchymoses. La partie pylorique deTestomac est d’un gris ardoisé, ramollie et couverte de nombreuses ecchymoses. Celles-ci existent en très grand nombre aussi dans tout l’intestin, dont la membrane muqueuse est généralement amincie et ramollie. Dans lé côlon ii y a plusieurs plaques d'exsudation diphthéritique.
CCCiV. — Hydrocéphale interne très Considérable. (PI. C, fig. 1-3.)
Lès pièeés dô eô lait très intéressant, que je dois à l’obligeance de M. Archambault, ont été présentées â la Société anatomique le W mars 1852. Nous dônrtons ici les points essentiels de l’observation, publiée dans ses Bulletins. Un garçon, âgé de deux ans, d’une apparence ïottê, à été pris, à l'âge de six mois, de Convulsions, de Vomissements persistants avec fièvre, cris répétés, insomnie, agitation extrême. L’ àôüitè dè l'affection disparut peu à peü, à l’exception des Convulsions, qui persistèrent, revenant à des intervalles rapprochés. Un ïhOis après le début, la mère remarqua que le volume de là tête avait augmenté d’une manière très notable, Mais depuis quelque temps, suivant elle, eet accroissement s’était arrêté.
È'tdt aeml. — La Vête à 5Ô centimètres de pourtour, son Volume reste stationnaire pendant tout le séjour à l’hôpital ; tous les sens jouissent de l’intégrité de leurs fonctions; les yeux regardent en haut et en dehors, ils Offrent une très grande mobilité, comme s’ils ne pouvaient parvenir à sé fixer. L’intêlligèncé est aussi nette et aussi développée que l’âge du sujet le comporte. La nutrition s’est parfaitement faite, ainsi qu’on pourra en juger par ie développement du tronc et des membres. Il n’existe aucun indice de rachitisme ni de scrofules. Les convulsions ont amené la rétraction permanente des doigts de la main droite. Le malade crie souvent, se frappe la tête avec les mains et est très agité ; la soif est assez Vive ; pendant tout son séjour, le pouls offre, en moyenne, 120 à 130 pulsations.
Le 6 mars, l'enfant a passé une nuit très agitée et a toussé et crié'; la peau est chaude; 140 pulsations, 46 inspirations; la conjonctive palpébrale est rougé, elle est devenue le siège d’üné sécrétion abondante, ainsique la muqueuse nasale. Le 7, mêmes symptômes, et, de plus, un vomissement et de la diarrhée. Lé Û au matin, OU trouve une éruption rubéolique sur Ta face et le tronc; fièvre; 160 pulsations, 70 inspirations; quelques râles sous-crëpitants dans la poitrine, des deux côtés. M. Blacfae porte un pronostic fâcheux; il n’a jamais vu, dit-il, un hydrocéphale guérir de la rougeole. Le 10, les symptômes sont plus graves ; le 11 , on ne peut plus compter le pouls ; asphyxie imminente, mort dans la journée.
Autopsie faite trente-six heures après la mort. — Le cadavre est dans un embonpoint remarquable; les doigts de la main droite sont rétractés, comme pendant la vie, sur le pouce, qui est couché dans la paume de la main.
Tête. — La circonférence de la tête est de 50 centimètres ; là configuration est régulière et ses diamètres ont sensiblement conservé les proportions relatives de l’état physiologique. La face est très courte, et les orbites profondément excavées, ce qui tient h la projection du front en avant; les yeux ont conservé la position de strabisme double en haut et en dehors, qu’ils avaient pendant la vie. Les parties molles n’offrent à noter qu’une large plaque de favus; les fontanelles sont sondées, à l’exception de Tantérieure, qui a 5 centimètres dans son diamètre transversal et 3 dans son diamètre antéro-postérieur; les os du crâne, plus mous qu’ils ne devaient l’être, ont à peu près leur épaisseur normale. Les deux portions du frontal soïit soudées. 'GTinctm des 'os du crâne a acquis un développement en rapport avec le volume de la tête. Les enveloppes cérébrales sont saines, il n’existe de liquide ni au-dessus de l’arachnoïde, ni dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien.
Cerveau . — Les lobes cérébraux forment deux vastes poches pleines de liquide; à l’extérieur, les circonvolutions sont aplaties, et les anfractuosités les plus profondes n’ont que quelques millimètres. L’ouverture des ventricules donne issue à une quantité très considérable d’un liquide parfaitement transparent, sans coloration aucune. On voit alors sur la coupe faite d’avant en arrière, que les parois ventriculaires sont réduites, à la partie antérieure, à une lame mince, laquelle prend graduellement de l’épaisseur à mesure qu’on s’avance vers la partie postérieure des hémisphères. Cette lame se compose de trois couches : 1° une externe grise, 2° une moyenne blanche, et une troisième d’apparence cornée’, qui est la membrane ventriculaire prodigieusement épaissie. L’intérieur des ventricules consiste en une vaste cavité à double étage, qui, après l’évacuation du liquide, présente 15 centimètres de diamètre antéro-postérieur pour l’étage supérieur. Ce dernier communique avec l’inférieur par une ouverture large de 7 à 8 centimètres, bornée en dedans et d’une manière très nette par une lame qui, partant de la couche optique, se porte en dehors et en avant, pour se terminer au niveau de la scissure de Sylvius. En dedans cette lame est constituée par la couche optique amincie. Les deux cavités ventriculaires sont, dans toute leur étendue, tapissées par une membrane fibro -séreuse, d’apparence cornée, très résistante, chagrinée dans certains points de sa surface, reposant par sa face adhérente sur la substance cérébrale, dont il est très facile de la détacher. Cette couche, partout continue, comme nous aurons l’occasion de le montrer, nous a paru représenter d’une manière indubitable la membrane ventriculaire très épaissie.
Étage supérieur , — La membrane ventriculaire, après avoir tapissé la paroi supérieure de cet étage, se recourbe de haut en bas sur la cloison clés ventricules, concourt à former la paroi du septum lucidum, tapisse la 'face inférieure du corps calleux, comme nous l’expliquerons plus loin, passe sur le côté du pilier postérieur de là voûte et Ta couche optique en arrière, pour gagner la paroi inférieure du ventricule, tandis qu’en avant , se contournant dans le trou de Monro, elle gagne le ventricule moyen. Il est donc possible d’admettre avecM. Longet qu'elle passe dans le ventricule moyen, d’une part entre le pilier postérieur de la voûte et la partie supérieure de la couche optique, et d’autre.part à travers le trou de Monro. Il n’y a d’admissible que ce dernier mode de continuité. Sur la paroi inférieure, il est impossible de distinguer la couche optique, le corps strié, aplatis, et le sillon demi-circulaire qui les sépare. Arrivée au plexus choroïde, la séreuse ventriculaire se continue manifestement avec' lui, soit qu’elle l’enveloppe à la manière d’une plèvre, comme le .pensait Bichat et comme on est.porté à le croire en voyant la pièce, soit qu’il y ait continuité de tissu entre le plexus et la membrane ventriculaire. Sous cette dernière courent des veines volumineuses dont les troncs répondent à la cloison, tandis que les ramifications divergent en éventail vers les parties latérales. A la partie postérieure du ventricule, l’ergot de Morand n’existe plus.
Cloison des ventricules. — En avant se trouve le septum lucidum, dont les deux parois, parfaitement indiquées, présentent les particularités suivantes : Chacune d’elles se compose d’une lame fibro-séreuse, portion de la membrane ventriculaire qui se prolonge en pointe
MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES
en arrière et se trouve perforée d’un certain nombre d’ouvertures accidentelles, variables pour le nombre et la disposition d’un côté à l’autre ; les bandelettes qui séparent ces trous viennent se confondre en bas avec deux cordons fibreux représentant les piliers antérieurs de la voûte. De cette disposition, il résulte que les ventricules latéraux communiquent entre eux à travers le ventricule moyen. Le trou de Monro est transformé en une ouverture ovalaire dont le grand diamètre antéro-postérieur a 2 centimètres, le supéro-inférieur ayant 1 centimètre 1/2 ; le demi-cercle supérieur de cette ouverture est formé par le pilier antérieur de la voûte. Réduit à un cordon fibreux contenant quelques fibres médullaires, le bord inférieur est constitué par l’extrémité antérieure de la face supérieure de la couche optique. Le plexus choroïde, ayant son volume ordinaire, et la grosse veine du corps strié, débouchent ensemble par la partie postérieure de cette large fenêtre, et semblent l’un et l’autre placés en dehors de la membrane séreuse, ce qui ne peut souffrir de doute pour la veine.
Étage inférieur. — Les parties anatomiques qui étaient en relief, la corne d’Ammon et le corps frangé, ont disparu. Ce que cet étage présente d’essentiellement remarquable, c’est la continuité parfaite de la membrane ventriculaire, qui, au niveau de la grande fente cérébrale de Bichat, obture le ventricule de la manière la plus complète et de telle façon que le doute n’est pas possible à cet égard.
Corps calleux. — Cette partie est représentée par une membrane fibreuse, transparente, étendue transversalement et présentant sur la ligne médiane une sorte de repli antéro-postérieur, où existent quelques fibres de substance cérébrale. Cette membrane est composée de la façon suivante : 1° A la face supérieure, une toile fibro-vasculaire, qui, de chaque côté, se continue sur la face externe des hémisphères avec la pie-mère; 2° une membrane solide qui se continue de chaque côté avec la membrane du ventricule latéral correspondant, d’une part en s’unissant avec la séreuse de la paroi supérieure du ventricule, et d’autre part en descendant sur la cloison dans toute son étendue, de sorte que cette toile fibreuse n’est autre chose que la membrane ventriculaire repoussée entre la face inférieure du corps calleux et la voûte à trois piliers Aussi, au point où nous avons indiqué le repli médian, est-il possible de la séparer en deux moitiés latérales, répondant chacune au ventricule de son. côté.
Voûte. — Elle est représentée en avant par un cordon fibreux qui, de l’extrémité antérieure du trou de Monro, dont il forme le bord supérieur, se porte en arrière, au-dessus delà couche optique, où il cesse d’être distinct après un court trajet.
Ventricule moyen. — Dans ce ventricule, qui est très dilaté, la commissure grise a disparu, la blanche a été repoussée en avant, et dans cette direction le ventricule se termine par un cul-de-sac perforé. Au-dessus de la commissure antérieure, entre les têtes des piliers de la voûte, il existe une traverse fibreuse unissant ces deux colonnes, et au-dessus de laquelle se trouve un petite ouverture que l’on pourrait regarder comme la vulve dilatée, mais qui peut aussi être très bien regardée comme un produit pathologique. Le plancher du troisième ventricule offre encore l’existence d’un canal au centre de l’infundibulum, à travers lequel on peut facilement faire passer une plume à écrire; la glande pituitaire, au centre de laquelle conduit ce canal, a été dilatée de dedans en dehors et présente une cavité qui n’a pas moins d’un demi-centimètre de diamètre. A la partie postérieure du ventricule, on voit l’aqueduc de Sylvius très largement dilaté, si bien qu’il est presque possible d’y faire pénétrer le petit doigt. Ce conduit est partout tapissé par la membrane ventriculaire, qui se continue ainsi du troisième dans le quatrième ventricule. Au-dessus de la lèvre supérieure de l’aqueduc, dans le troisième ventricule, se voit la glande pinéale, et entre ces deux parties un cul-de-sac parfaitement fermé par la membrane des ventricules. Entre la glande pinéale et le bourrelet postérieur du corps calleux existe un autre cul-de-sac n’offrant pas trace d’ouverture. Quelques veines représentant la toile choroïdienne, situées en dehors de la séreuse, se remarquent en ce point. Le quatrième ventricule est très dilaté. Le plancher de cette cavité étant accidentellement ouvert entre les valvules de Tarin, il nous a été impossible de constater comment se conduisait la séreuse des ventricules en ce point.
CCCV. — Tumeur fibro-plastique à la base du cervelet. (PI. C, fig. h et 5.)
Cette pièce intéressante m’a été communiquée par M. Broca, avec leque} je l’ai examinée, et qui Ta présentée à la Société anatomique avec les remarques suivantes :
Cette tumeur, grosse comme une amande dans sa coque, est très régulièrement ellipsoïde; elle repose sur le pédoncule cérébelleux moyen droit et sur le lobe correspondant du cervelet, qui sont manifestement excavés pour la recevoir; la substance encéphalique, à ce niveau, est parfaitement saine. La tumeur est contenue dans l’épaisseur de la pie-mère, dont les vaisseaux se ramifient sur ses deux faces. Elle présente à l’extérieur une couleur d’un gris rougeâtre; sa consistance est un peu supérieure à celle de la substance cérébrale; sa coupe est d’un gris cendré, parcourue de stries vasculaires et marbrée de taches noirâtres qui sont autant de petits foyers sanguins. Jusqu’ici la tumeur offre tous les caractères des encéphaloïdes, mais si on l’examine de très près, on voit que sa coupe est plus lisse que celle d’un encéphaloïde, et que la pression n’en extrait aucun suc. Le grattage en détache, il est vrai, une espèce de pulpe assez dense, qu’on est d’abord tenté de prendre pour du suc cancéreux ; mais si Ton ajoute à cette pulpe une goutte d’eau, on voit qu’elle ne se dissout pas et qu’elle se compose de petits fragments informes visibles à l’œil nu. Ainsi la tumeur, par ces caractères, se distingue des encéphaloïdes, et le microscope a effectivement démontré qu’elle se compose uniquement de tissu cellulaire et de tissu fibro-plastique.
Il n’y avait aucune autre tumeur dans les organes du même sujet. La pièce a été trouvée à l’École pratique, sur le cadavre d’une femme âgée de quarante ans environ, morte de métro-péritonite.
CCCVI. — Tumeur fibro-plastique de la fossette ethmoïdale. (PI. CI, fig. 1-5.) — Cette pièce intéressante m’a été communiquée avec une
note par mon ami M. Broca.
Une femme, âgée de quarante-cinq ans, a été atteinte depuis plusieurs années de la paralysie générale des aliénés. Les parents de cette femme la firent entrer à la Salpêtrière, par l’intermédiaire de la préfecture de police, parce qu’elle n’avalait plus qu’avec la plus grande difficulté. La plupart des aliments qu’elle introduisait dans le pharynx et l’œsophage ressortaient lentement et par régurgitation. Cette malade est restée seulement deux jours à la Salpêtrière; elle a été peu observée; on sait seulement qu’elle laissait aller ses urines sous elle. Elle était très constipée; elle n’a pas été à la garderobe pendant son séjour à l’hôpital. Elle ne parlait pas; elle s’efforçait cependant de balbutier quelques syllabes, mais sans pouvoir les articuler. Cette femme est morte subitement, étouffée par les aliments qu’elle prenait.
A l’autopsie, on a trouvé les organes thoraciques et abdominaux parfaitement sains. Le cerveau ne présentait point les lésions ordinaires et bien connues de la paralysie générale, mais une tumeur volumineuse, reposant sur la fossette ethmoïdale et la base du crâne,
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DES CENTRES NERVEUX
comprimant et refoulant les lobes antérieurs. Cette tumeur, par sa face externe, était àdhérente à la dure-mère, mais il n’a pas été difficile cependant de l’en isoler par la dissection. Elle était tapissée par l’arachnoïde pariétale et n’adhérait en rien à l’arachnoïde viscérale. Il n’a pas été possible de retrouver les cordons olfactifs, ni les renflements mamillaires. Les lobes antérieurs, considérablement refoulés et exactement moulés sur la tumeur volumineuse, semblaient, au premier abord, parfaitement sains. Cependant la couche la plus superficielle a été trouvée un peu ramollie. En arrière la tumeur s’arrêtait au-devant du chiasma et ne le comprimait point, non plus que les nerfs optiques.
La tumeur a 6 centimètres de longueur sur un peu moins de largeur, et A à 5 d’épaisseur; sa surface est inégale, lobulée ; les lobules varient entre le volume d’une lentille et celui d’un pois. Elle est très vasculaire, et les lobules sont entourés d’un réseau de vaisseaux fins. La couleur de la tumeur est, à l’extérieur, d’un jaune rougeâtre, tirant par places sur le brun. Sur une coupe fraîche, le tissu est d’un rose pâle, également très vasculaire et composé aussi d’une multitude de lobules. La consistance est généralement molle et élastique. En comprimant le tissu, on fait sortir un suc clair qui tient en suspension une multitude de petits grumeaux rosés qui ne troublent pas l’eau, mais s’y séparent les uns des autres sans l’émulsionner.
A l’examen microscopique, on trouve cette tumeur, unique dans l’économie, entièrement composée d’éléments fibro-plastiques. On voit un certain nombre de cellules de 0mn,,015 à 0ram,02, ovoïdes ou allongées, renfermant un noyau oblong ou arrondi dont la largeur ne dépasse guère 0mm,005, et qui contient un à deux nucléoles punctiformes. Beaucoup de ces cellules sont très allongées, presque fusiformes; quelques-unes sont multinucléaires. On voit de plus beaucoup de corps fusiformes avec ou sans noyaux, et enfin un grand nombre de cellules multinucléaires enroulées pour ainsi dire de fuseaux qui s’unissent pour former des couches concentriques et pour former ainsi des globes fibro-plastiques composés, volumineux, ayant, par les nombreuses couches superposées, un tiers, un quart de millimètre et au delà de largeur, ce qui les rend nettement visibles à l’œil nu. Leur mélange avec les autres éléments fibro-plastiques simples, avec une masse unissante finement granuleuse, le tout entouré de vaisseaux, rend fort bien compte de la structure grenue et lobulée de ces tumeurs.
CCCVII. — Tumeur fibro-plastique volumineuse de la dure-mère. (PI. CI, fig. 6-10.) ,
Nous avons déjà rapporté ce fait dans la quatre-vingt-unième observation de cet ouvrage. Pour mieux faire comprendre cependant le dessin de la pièce fort intéressante, nous rappellerons en quelques mots les traits principaux de l’observation.
Il s’agit d’une femme âgée de soixante et onze ans, morte à la Salpêtrière, aveugle et hémiplégique. Sa mort a été subite et a eu lieu, comme c’est le cas quelquefois chez les vieillards, dans un accès de suffocation causé par l’entrée des aliments dans la trachée et les bronches.
A part une hypertrophie peu considérable du ventricule gauche du cœur et un kyste fibreux situé dans l’ovaire gauche, on ne trouve d’autre altération que la tumeur cérébrale, qui occupe le tiers moyen à peu près de l’hémisphère gauche. Elle provient de la face interne de la dure-mère et est coiffée du feuillet pariétal de l’arachnoïde; elle a 7 à 8 centimètres de largeur sur environ 6 d’épaisseur; elle a déprimé profondément mais irrégulièrement la substance correspondante de l’hémisphère, qui est ramollie dans le proche voisinage de la tumeur.
La tumeur, un peu plus ferme et moins rosée dans son intérieur que la précédente, a une grande ressemblance avec celle-ci. Elle est d’un jaune rosé, passablement vasculaire, grenue et lobulée, et les granulations se trouvent entièrement composées d’éléments fibroplastiques simples ou composés, disposés en globes concentriques volumineux, dont plusieurs, ainsi que les cellules mères surtout, qui en constituent le centre, ont commencé à subir la métamorphose granulo-graisseuse. Quelques parties plus dures, plus fermes, plus pâles delà tumeur offrent déjà, à l’œil nu, une apparence presque fibreuse. Au microscope, on n’y voit que des noyaux et des corps fusiformes formant, par places, un véritable tissu fusiforme et une structure franchement fibreuse, à fibres isolées, ondulées, isolées ou groupées par faisceaux dans quelques endroits.
CCCVI1I. — Tumeurs fibro-plastiques du cerveau , entourées de ramollissement; hydrocéphalie ventriculaire; tumeurs fibroïdes dans Tutérus.
(PI. XCIX, fig. 6-9.)
Une femme, âgée de trente-deux ans, domestique, est amenée à l’hôpital de Zurich le 29 novembre 1854 . Elle est hors d’état de donner des renseignements sur son état, mais les personnes qui viennent la visiter fournissent sur ses antécédents les détails suivants : Elle a généralement joui d’une bonne santé. Il y a huit semaines, elle a quitté son service et s’est logée en ville, où bientôt elle fut prise de douleurs de tête vives, presque continues, d’insomnie, d’une agitation générale; elle perdit l’appétit et eut de temps en temps des vomissements bilieux. Depuis trois semaines tous ces symptômes se sont aggravés, et la malade a été obligée de s’aliter. Les maux de tête sont allés en augmentant, étant permanents et par moments très intenses. La parole devient indistincte, et bientôt elle a une telle peine à parler, que l’on peut à peine comprendre quelques mots. Du reste, sans avoir beaucoup de délire, elle est presque toujours . assoupie, et lorsqu’on parvient à comprendre ses paroles, on ne saisit que quelques mots incohérents. Elle a de plus une salivation continuelle, probablement à la suite de poudres de calomel qui lui avaient été prescrites. Depuis quelques jours elle ne peut plus marcher sans chanceler; il règne une grande incettitude dans ses mouvements, mais sans qu’aucune partie de son corps soit vraiment paralysée. Ses règles ont été très abondantes la dernière fois et ont duré depuis plus de quinze jours.
A son entrée à l’hôpital, la malade présente tous les attributs d’une forte et bonne constitution, mais la figure est plus colorée qu’à l’état normal, elle est chaude. L’expression de la physionomie a quelque chose de stupide et d’absorbé. Interrogée, elle donne à peine quelques réponses, qui sont incohérentes ; sa parole est mal articulée. Elle porte quelquefois la main à la tête et au front, pour indiquer qu’elle y a mal, et dès qu’on la laisse tranquille, elle retombe dans l’assoupissement. Les pupilles sont un peu dilatées, peu mobiles ; la langue est chargée d’un enduit jaunâtre épais; la salivation persiste. Les organes de la respiration et de la circulation sont à l’état normal; le pouls est de 68 à 72 par minute, d’une force moyenne, par moments un peu irrégulier. Les mouvements de la langue sont faciles, droits; aucune paralysie dans les membres; urines rares. N’oublions pas de noter que la sensibilité est intacte, mais pervertie. Lorsqu’on pince la jambe droite, elle remue la jambe gauche, et vice versa. (16 sangsues aux tempes, toutes les deux heures une poudre de 5 centigrammes de calomel et de 10 centigrammes de scammonée; applications froides sur la tête, sinapismes réitérés à la nuque et aux
T. II. — ANAT. PATHOL. — 26' UVR. 32
MALADIES DE L’ENCÉPHALE ET DE SES MEMBRANES, membres inférieurs; lait et bouillon. Pour faire promptement cesser là salivation, bii touché les gencives trois fois par jour, avec un mëlàrige de 8 grammes d’ablde chlorhydrique avec 16 grammes de sirop de framboises.)
Pendant les jours suivants, le même état persiste; les pupilles deviennent très larges, immobiles; l’assoupissement, les douleurs de tête continuent; la malade est très sensible à la lumière, elle est constipée. Malgré sa stupeur, elle ne dort pas. On augmente là dose du calomel et i’bn fait prendre de l’électuaire de séné et des lavements purgatifs; un large vésicatoire est appliqué à la rtüque. Elle à plusieurs évacuations très copieuses dans la journée du 5 décembre et les jours suivants. Un léger mieux se manifeste : la malade est plüs éveillée; les pupilles sont moins dilatées, Ses réponses deviennent plüs cohérentes; la salivation a cëssé, là langüe s’ést nettoyée. Elle dit <jüe, surtout après l’application du vésicatoire, qui lüi avait causé dé vives douleurs, sa tête s’était un peu dégagée. Pendant tout le reste dli niois de décembre, son état s’améliore au point que l’on peut Croire la malade presque en convalescehce. Elle a le sentiment; comme si elle S’était réveillée d’un rêve long et pénible ; l’expressioh de stupeur disparaît, elle peut même marcher sans chanceler, pour peü qu’elle s’appuie un peu. Le calomel est süppriiüé, et elle hé preiid qile Ûsr,20 à O8' ,30 de ScathmOhée par joür, qui provoquent quatre à six selles liquides. Le premier vésicatoire étant sec, on en applique un second le 20 décembre. Toutefois son état mental n’ëst pas normal, elle a quelque chose d’étrâügë dans toiite Sa mahièiè d’être; le pouls est habituellement accéléré, 92 à 96 par minute, plutôt faible. Cetté amélioration Si remarquable se maintient jusqu’au 10 janvier, où presque tous leS anciens symptômes commencent à reparaître: maux de tête, assoupissement, titubation, difficulté de parler, incohérence des idées, dilatation des pupilles; elle a de plüs, depuis le commencement de l’année, ses règles assez abondamment; le pouls se ralentit de fiôüVeau et revient à 68. Ôn applique Uü séton à là nuque, et là malade étant très faible, on se contenté d’entretenir la régularité des gàrdefôbës, sans recourir de nouvéâù au* purgatifs. Peu à peu elle tombe dans un coma de plus en plus profond, et elle riieurt le 22 janvier, à onze heures du matin.
Autopsie faite vingt-quatre heures après la mort. — Le cerveau est remarquablement sec à sa Surface. A droite, vers le milieu antérolatéral dé l’hémisphère se ’troUve Une pëtite place du volume d’un centimètre environ ou les méninges paraissent rétractées, ët Où l’on voit plusieurs petites granulations fibreuses du volume d’une tête d’épingle. Le cerveau est généralement plutôt ànêmiqüe, mais d’üttè bonne consistance. Le ventricule latéral gauche est distendu par un liquide clair, d’environ 25 à 30 grammes ; il y en a à peine quelquesuns dans le droit. Lorsqu’on coupe les hémisphères par traUcheS, Un trouve défis la pârtîe latérale moÿefine du grand lobe droit une tumeur du volume d’une grosse noisette, qui adhère à la face inférieure des méninges, épaissies et adhérentes, et occupe surtout la substance grise, paraissant au premier abord faire corps avec la substance cérébrale, mais pouvant en être énüclééé. Sur une coupe fraîche, cette tumeur est d’un rose pâle, tirant sur le jaune, d’une consistance élastique, ferme, contenant une vascularité peu considérable et infiltrée d’un suc transparent un peu Visqueux. A partir de cette tumeur jusque vers le centre ovale et la surface externe de la couche optique, la substance blanche du cerveau est dans un état de ramollissement pultacé blanchâtre. Un peu en arrière de la première tumeur, là où nous avions trouvé les méninges rétractées, se trouve une seconde tumeur, du volume d’une petite noisette, présentant les mêmes caractères, entourée aussi de tissu cérébral ramolli dans une étendue d’un centimètre, tandis qu’aulour de la première tumeur, le ramollissement était beaucoup plus considérable, occupant au moins 5 à 6 centimètres carrés. La protubérance annulaire est un peu moins consistante que le reste de l’encéphale, mais ses fibres sont normales et il n’y a aucune altération de structure. Tout le reste du cerveau est sain.
A l’examen microscopique, nous trouvons les tumeurs entièrement composées d’éléments tibro-plastiques, et nous voyons tous les passages entre les cellules à noyaux petits, des corps fusiformes et des fibres. Les cellules ne dépassent guère 0“m,015. La largeur des noyaux ne dépasse pas 0ram,005 ; les nucléoles sont très petits, punctiformes. Les corps fusiformes renferment des noyaux un peu plus longs, et dans un certain nombre, entre eux, on ne voit plus bien la différence entre la paroi cellulaire et le noyau. Par places, le tissu des tumeurs présente une apparence tout à fait fibreuse. Les parties ramollies du cerveau se composent de fragments de fibres brisées et enroulées, mais sans trace de granulations et d’agminations graisseuses. La glande thyroïde est hypertrophiée. La muqueuse trachéobronchique est très injectée. Les deux sommets pulmonaires sont légèrement œdémateux. Le cœur est flasque et renferme, à droite, un sang noirâtre avec quelques caillots fibrineux. Les valvules semi-lunaires de l’aorte présentent un léger degré d’atrophie réticulaire. Lè foie est normal, mais la rate est augmentée de volume; elle a 15 centimètres de longueur sur 7 de largeur et 2 d’épaisseur; elle est très molle. Rien d’anormal dans les reins. L’estomac et les intestins ne présentent d’autres altérations que de nombreuses petites ecchymoses dans le grand cul-de-sac, dans le duodénum et à la fin de l’intestin grêle. L’utérus renferme deux tumeurs fibroïdes du volume d’une noix, composées de fibro-cel Iules musculaires organiques et d’éléments fibro-plastiques. La surface du col utérin est très hypérémiée.
CCCIX. — Kyste situé entre le cervelet et la protubérance annulaire. (PI. Cil, fig. 4.)
Un jeune homme, âgé de dix-neuf ans, a eu il ÿ a deux ans, pendant uü voyage qu’il fit en Amérique, et dans lequel il passa sdüs la ligne, une série d’accès de fièvre. A son retour il s’aperçut que sa vue s’obscurcissait; de violents maux de tête l’assaillirent fréquemment; des éblouissements, des vertiges se manifestaient souvent. Il lui semblait voir des mouches voler devant ses yeux. Bientôt il êut de la peine à se tenir droit. Une amaurose assez complète se développa sans douleur, avec immobilité des pupilles. Quand il était debout, il était comme dans un état d’ivresse et vacillait de côté et d’autre; impossibilité de marcher. Douleurs de tête fréquentes; intelligence nette. Cet état s’aggrave. A différentes reprises il y eut des accès épileptiformes. On applique des ventouses scarifiées à la nuquë, on prescrit un traitement antisyphilitique, à cause des accidents vénériens que le malade avait eus antérieurement. Des cautères sont appliqués successivement à la nuque et aux deux tempes, mais les symptômes restent toujours les mêmes. Après deux ans dè durée environ, les accès épileptiformes deviennent plus fréquents; il pousse alors dè grands cns, ses membres se contractent, sa face devient livide,' ses yeux se retournent, de l’écume remplit sa bouche. Après cinq à sept minutes, il retombe affaissé et resté pendant quelques heures plongé dans la stupeur, puis il revient à son état ordinaire. Toutefois l’état de sa vue s’améliore dans la seconde moitié de mars, mais la céphalalgie deviënt plus intense, il a souvent des nausées et des vomissements. Le 30 mars 1851, il meurt subitement.
Autopsie faite trente-six heures après la mort. — La surface du cerveau est hypérémiée et sèche. Les ventricules latéraux contiennent une grande quantité d’un liquide séreux jaunâtre. On remarque à la surface antéfieùre du cervelet une tumeur molle, fluctuante, du volume à peu près d’un gros œuf de poule. Les parois sont épaisses, elles contiennent utie sérosité claire et abondante. Au-dessous, ce kyste se continue en une tumeur dure, lardacée, de la grosseur d’une noisette, d’une jaune rosé, d’une consistance élastique, infiltrée d’un sue clair. Le bulbe rachidien est aplati, aminci, et l’apophyse odontoïde paraît plüs volumineuse qu’à l’ordinaire. A part la tumeur
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DES CENTRES NERVEUX
d!un centimètre d’épaisseur, qui* du côté de la protubérance, forme la paroi du kyste, celle-ci est mince dans le reste de son étendue, variant entre un demi et un millimètre. Toute la substance des parois est formée d’éléments fibreux entremêlés de quelques noyaux et de corps füsiformes fibrô-plastiques. De nombreux réseaux vasculaires parcourent les parois en tous sens, et l’on peut y distinguer des artères, des veines et des Vaisseau* capillaires. La face interne du kyste est entièrement composée d’expansions épithéliales, disposées en couches- superposées formées par des cellules rondes pâles, de 0mm,02, renfermant un üoyaü granuleux de ütam,005. Un certain nombre de ces cellules sont vides, pâles, dépourvues de noyaux; d’autres, au contraire, sont remplies de granules et en voie de métamorphose granulo-graisseuse.
CCCX. — Hémisphère gauche. Tumeur encéphaloïde intra-crânienne. (PL GII, fig. 5-10.)
Une femme, âgée de soixante-cinq ans, que j’ai observée dans le service de M. Rayer, était atteinte d’une hémiplégie incomplète du côté gauche, accompagnée de roideur, de contractions involontaires et de douleurs dans les membres paralysés ; les membres droits étaient eux-mêmes affaiblis. A la longue, les mains se rétractèrent par la flexion exagérée des doigts; les douleurs et les contractures des membres, stationnaires pendant plusieurs mois, prirent à la fin une nouvelle intensité, l’appétit et le sommeil se perdirent, la maigreur et la faiblesse devinrent excessives; une pneumonie ultime détermina la mort, qui eut lieu le 29 août 18'i8.
Autopsie. — Les articulations interphalangiennes et métacarpo-phalangiennes des deux mains sont altérées; dans chaque jointure, la surface cartilagineuse de l’os supérieur est partagée par une rainure transversale en deux moitiés, l’une antérieure, offrant un cartilage sain en rapport avec l’os inférieur, l’autre postérieure, recouverte d’un cartilage aminci au point de laisser, voir, par transparence, des végétations delà substance osseuse sous-jacente ; dans les rainures, l’os est à nu. La synoviale est injectée. Les poumons sont, dans leurs lobes inférieurs surtout, congestionnés et même hépatisés. Le cœur et les organes abdominaux ne présentent aucune lésion importante.
Sur le lobe moyen de l’hémisphère droit du cerveau existe une masse noirâtre arrondie, du volume d’un petit œuf de poule, qui, le cerveau étant enlevé, reste adhérente à la dure-mère et entraîne avec elle une couche de substance corticale; par là se trouve à nu une sorte de cavité creusée aux dépens des circonvolutions cérébrales, et qui est remplie d’un tissu cellulaire extrêmement fin. Des vaisseaux volumineux, partant de la pie-mère, se répandent sur la tumeur. La dure-mère est, dans le voisinage de celle-ci, recouverte d’une couche vasculaire, mais elle n’est ailleurs nullement altérée dans son épaisseur, en sorte que son feuillet externe est tout à fait sain. Tout autour de la tumeur, il y a de nombreux filaments celluleux, et à la distance de quelques centimètres, une expansion membraneuse rougeâtre, fine, qui paraît plutôt due à une fausse membrane organisée qu’à des restes de la pie-mère. Il ne m’a point été possible de décider si le point de départ proprement dit de la tumeur avait été dans la dure-mère ou dans le tissu cellulaire d’origine inflammatoire de sa surface interne. Ce dernier, toutefois, me paraissait plutôt dû à l’inflammation consécutive qu’à la présence de la tumeur. Autour d’une membrane d’enveloppe fibro-celluleuse d’un jaune grisâtre, la tumeur montre dans son intérieur, sur une coupe fraîche, une substance jaune, molle, lobulée, entourée d’une autre noirâtre, ne paraissant être que du sang épanché. L’examen microscopique démontre, dans les lobules jaunes, un tissu fort bien organisé, facile à écraser et infiltré d’un suc trouble. Quant à l’épanchement sanguin, il offre toutes les teintes intermédiaires entre le rouge noirâtre et le rouge clair.
Un morceau du tissu de la tumeur, préparé pour l’examen microscopique avec un grossissement faible (50 diamètres), montre de très nombreux vaisseaux, soit plus volumineux, soit des capillaires à paroi nettement délimitée, renfermant des globules sanguins dans leur intérieur; le tissu ambiant ne présente point de fibres; il a l’air finement ponctué, transparent du reste, et est parsemé de nombreuses petites taches jaunes. Avec un grossissement de 700 diamètres, on voit que toute la substance du tissu est composée de cellules et d’une substance intercellulaire granuleuse. Les premières sont rondes ou irrégulières, ayant de 0m“,012 à 0mm,015, renferment des noyaux ronds ou elliptiques de 0mm,0075 à 0mm,01, et des nucléoles de 0mm,0025. Les cellules, du reste, sont pâles; il y a absence totale dégraissé.
Nous avons observé dans le sang épanché plusieurs des transformations de la matière colorante du sang; des taches jaunes, de petits globules de 0mm,005, de grands globules de 0mro,025, formés par l’agglomération des petits globulins d’un jaune doré, enfin des cristaux rouges de forme rhomboïdale ou triangulaire. Tous ces éléments subissent, par l’acide sulfurique et nitrique, les transformations de teintes connues.
CCCXI. — Tumeur cérébrale, probablement d’origine syphilitique. (PI. Cil, fig. 12-18.)
Un homme, âgé d’environ vingt-huit ans. ayant eu des maladies vénériennes qui ont laissé des cicatrices 'de bubons et d’ulcères, offre une couleur bistrée particulière de la peau du front et des mains; il est apporté à l’hôpital du Val-de-Grâce, dans le service de M. Laveran, qui a eu l’obligeance de me communiquer cette pièce intéressante, avec les détails de l’observation. Le malade, à son entrée, est presque mourant, il a déjà un commencement de refroidissement, il n’a plus sa connaissance. Le pouls est presque insensible; vomissements fréquents, point de diarrhée; l’air ne pénètre point dans les vésicules pulmonaires de la base, on perçoit encore les battements du cœur et un bruit de souffle entre le premier et le second temps dans la région auriculo-ventriculaire gauche.
A l’autopsie, on ne trouve point la cause de la mort. On constate une dilatation bronchique peu avancée de la base, absence complète de tubercules dans le poumon et ailleurs, induration commençante avec végétations à la valvule mitrale, insuffisance et rétrécissement de l’oïifice auriculo-ventriculaire gauche. Tout le cerveau est d’une consistance molle, mais sans offrir de ramollissement circonscrit. On trouve au centre ovale de Vieussens, dans l’hémisphère gauche, plus près de la base que de la superficie, à l’union du tiers postérieur avec les deux tiers antérieurs, une tumeur qui offre les caractères suivants : Elle a le volume d’une noisette, et est parfaitement délimitée par une enveloppe qui lui adhère intimement et qui montre par places quelques stries vasculaires, ainsi qu’une induration crétacée sur une partie de la base. La consistance de la tumeur est d’une mollesse élastique, sa coloration d’un jaune pâle. En la coupant par le milieu, on la trouve solide, Compacte, élastique, un peu plus blanche dans l’intérieur qu’à la superficie. Au microscope, on trouve dans l’enveloppe une trame cellulaire et vasculaire, tandis que tout l’intérieur est composé d’une masse grenue et opaque que l’alcool bouillant ne modifie point, tandis que l’acide chlorhydrique, sans produire une forte effervescence, rend le tissu presque transparent; il paraît alors composé de granulations très petites et de globules déformés* A l’œil nu, on voyait à la base des paillettes
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brillantes, comme micacées, que le microscope montre composées de cristaux de cholestériue. Il est probable qu’il s’est agi, dans ce cas, d’une tumeur gommeuse ancienne en partie calcifiée.
La couleur foncée de la peau se montre sous forme de réseaux bruns entre les papilles, sous forme de pigment libre entre les couches profondes de l’épithélium, et de granules et de globuiins d’un brun sépiacé dans l’intérieur des cellules épidermiques. Les réseaux, qui ont l/20e à 1/16° de millimètre de largeur, sont plus colorés à leurs bords, mais ils n’ont point d’enveloppe propre.
CCCXII. — Exostose crânienne et tumeur fibro-plastique volumineuse de la dure-mère. (PI. CI, fig. 11-15.)
Un homme, âgé de quarante ans, entre à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Guérard, dans un état d’assoupissement avec perte de connaissance et paralysie du côté droit du corps. Il parle avec beaucoup de peine, et porte de temps en temps la main sur le côté gauche de la tête, pour indiquer qu’il y éprouve des souffrances. Après deux jours de séjour à l’hôpital,' pendant lesquels on n’a pu l’observer qu’incomplétement, il succombe.
A l’autopsie, on constate l’intégrité de tous les organes, et l’on ne trouve que l’altération suivante du crâne et des centres nerveux. La boîte crânienne est généralement épaissie et très pesante, elle offre en moyenne une épaisseur de 6 à 8 millimètres, chacune des tables ayant environ 2 millimètres et le reste étant occupé par le diploé, en majeure partie ossifié. Vers l’angle postérieur et inférieur de l’os pariétal gauche, à l’endroit où se trouve l’empreinte de l’artère méningée moyenne, existe une exostose arrondie, de 3 centimètres environ de diamètre, s’aplatissant vers la circonférence et offrant vers le milieu un aspect conique. C’est sur ce milieu que se trouve une profonde empreinte par l’exagération du sillon creusé par l’artère méningée.
Au même niveau prend naissance, sur la surface interne de la dure-mère, une tumeur molle, d’une dimension très considérable, ayant près de 1 décimètre de longueur sur 7 à 8 centimètres de largeur, et formant un disque aplati de 3 à k centimètres d’épaisseur. Cette tumeur avait déprimé d’une façon générale la partie moyenne et postérieure du grand lobe cérébral du côté gauche; elle était molle, élastique, entourée d’un tissu cellulaire très vasculaire qui la délimitait dans la plus grande partie de sa circonférence, mais on la voyait très bien prendre naissance à la face interne de la dure-mère, par une espèce de pédicule large, plat, mais beaucoup moins volumineux que la surface de la tumeur.
Sur une coupe fraîche, on voit que toute la surface de la tumeur est composée d’un tissu gris rosé, grenu et lobulé, les lobules ayant de un à plusieurs millimètres de largeur. En passant un scalpel sur une coupe, on obtient une espèce de pseudo-suc entièrement composé de ces petits lobules. Au microscope, on n’y trouve que les éléments fibro-plastiques passant dans bien des endroits, dans les intersections surtout, à l’état de tissu fusiforme et même fibreux. On trouve beaucoup de noyaux et de corps fusiformes fibro-plastiques, peu de cellules complètes et un certain nombre de cellules mères renfermant un grand nombre de noyaux.
Voici à présent la structure de l’exostose. A son niveau l’épaisseur totale des os du crâne est de 15 millimètres, y comprises l’exostose et les deux tables. Celles-ci passent insensiblement à l’hypertrophie diploétique. Dans les deux tables, la structure de l’os se compose de lamelles horizontales, parallèles, très prononcées, surtout sur la table externe. Dans l’interstice des lames horizontales, on voit une multitude d’ouvertures qui constituent des interstices aréolaires au centre desquels on reconnaît généralement la coupe d’un ou de plusieurs vaisseaux. Vers l’intérieur, entre les deux tables, ce tissu compacte et horizontal passe insensiblement à un état réticulaire, les réseaux étant cependant compactes, les mailles petites et effacées dans bien des endroits, et sur des coupes fines on reconnaît un ou plusieurs vaisseaux coupés, entourés d’un tissu cellulo-graisseux dans chaque aréole. Vers la table interne, les réseaux se tassent et se condensent de nouveau pour former des couches transversales parallèles très rapprochées, et pour subir de nouveau, dans la périostose, l’élargissement en réseaux un peu plus spongieux même que ceux de l’ossification du diploé. Ces réseaux se réunissent de distance en distance pour donner lieu à des colonnes verticales de tissu osseux de 1/â à 1 millimètre de largeur, et dont les plus volumineuses ressemblent à un tronc d’arbre qui, inférieurement, passe dans l’épanouissement de ces racines. La vascularité de cette périostose est bien autrement considérable que celle de tout le reste de Tos. Partout les interstices entre les aréoles et les vaisseaux sont occupés, en outre, dans le diploé aussi bien que dans la périostose, par des masses de matière calcifiée, par de véritables concrétions calcaires qui n’offrent point de structure osseuse complète. La structure microscopique de tous ces os montre des couches parallèles très rapprochées, dont les interstices sont occupés par les corpuscules osseux très allongés et ressemblent à des espèces de vides remplis de sels calcaires. Ces couches parallèles très rapprochées, avec cette disposition des corpuscules osseux, rappellent la disposition des spiculés osseuses qui résultent d’une ossification du tissu fibreux, et que l’on obtient, du reste, en dissolvant les sels calcaires au moyen de l’acide chlorhydrique.
CCCXIII. — Tumeurs fibroïdes multiples dans l'épendyme des ventricules, chez un homme qui avait succombé à une gangrène pulmonaire compliquée de fistules thoraciques et de pneumothorax. (PL CII, fig. 1.)
Nous avons déjà rapporté ce fait avec beaucoup de détails à l’occasion des maladies des voies respiratoires. Nous mentionnerons seulement ici que nous avons trouvé à la face interne des deux ventricules, dans la substance même de l’épendyme et couvertes par son épithélium, le nombre de dix-sept petites tumeurs, variant entre le volume d’une lentille et d’un pois, d’un blanc jaunâtre, demitransparentes, d’une apparence perlée. Sur une coupe fraîche, leur tissu est d’un blanc jaunâtre, tirant sur le rose dans quelques-unes, d’un aspect homogène. On en fait sortir, à la pression, un suc transparent et séreux. Leur siège principal est à la partie antérieure des ventricules et sur le septum. Il n’y en a ni dans le troisième ni dans le quatrième ventricule. Pour quelques-unes on aperçoit comme une enveloppe de tissu cellulaire sur laquelle rampent quelques petits vaisseaux. La substance cérébrale, à leur niveau, est parfaitement normale. A l’examen microscopique, on les trouve composées en majeure partie d’éléments fibro-plastiques, surtout de nombreux corps fusiformes à noyaux allongés, dont un bon nombre de fibres sans enveloppe cellulaire; ces divers éléments sont entourés d’une masse homogène finement granuleuse; nulle part je n’y trouve de corpuscules amyloïdes. D’après l’intégrité de l’épithélium épendymaire à leur surface, ces tumeurs doivent avoir pris leur origine soit dans l’épendyme, soit dans le tissu cellulaire sous-jacent. Elles sont remarquables par leur multiplicité, leur siège insolite et l’absence de tout symptôme pendant la vie.
OBSERVATIONS SUR LES MALADIES DES CENTRES NERVEUX
CCCXIV. — Emphysème pulmonaire avec hypertrophie du cœur. — Tumeur fibroïde calcifiée de la pie-mère. (PI. Cil, fig. 2 et 3.)
Une femme, âgée. de soixante-deux ans, habituellement assez bien portante, a eu il y a trois ans une inflammation de poitrine, probablement une bronchite,, à la suite de laquelle elle a presque toujours toussé, tout en ayant souvent des douleurs de poitrine, de la dyspnée, forte surtout par accès et plus incommode pendant l’hiver que pendant l’été. Elle avait aussi de temps en temps de fortes palpitations, augmentées. par le mouvement, et surtout lorsqu’elle montait. Après avoir toussé davantage pendant la fin de l’été, tous ces symptômes ont considérablement augmenté à partir du mois de septembre 1855, et elle a eu plusieurs fois des accès de suffocation fort graves. Depuis cette époque ses pieds ont commencé à enfler. La malade est apportée mourante à l’hôpital le 12 octobre, ayant la face cyanosée, de l’anasarque aux membres inférieurs et aux avant-bras, ainsi que de l’ascite. La dyspnée est extrême; elle se plaint de palpitations fort incommodes; le son est presque tympanique en avant et à gauche. On entend partout des râles sibilants, sonores et sous-crépitanls. La respiration est un peu plus faible à droite qu’à gauche; l’impulsion du cœur est forte, la systole un peu obscure; pas de matité anormale au niveau du cœur. Pouls très petit, très accéléré. La malade meurt au bout de quelques heures, malgré tout ce qu’on a pu faire pour la ranimer et pour diminuer sa dyspnée au moyen de l’éther avec du laudanum, des boissons aromatisées, etc.
Autopsie faite trente-cinq heures après la mort. — Anasarque générale, beaucoup de liquide sous-araclinoïdien et à la base du crâne, cerveau hypérémié. A la partie postérieure du grand lobe droit se trouve, sous la pie-mère, à la surface des circonvolutions, une tumeur irrégulière, du volume d’une grosse fève, d’un jaune pâle, de consistance crétacée. Elle est entourée de la pie-mère, épaissie et vascularisée, et qui renferme beaucoup de corpuscules amyloïdes. La substance de la tumeur elle-même se compose d’une trame fibreuse, compacte, englobée dans une gangue presque homogène, finement granuleuse par places et parsemée de grains et de morceaux irréguliers d’une substance pierreuse qui, au microscope, ne montre aucune espèce de structure. Cette petite tumeur, qui, évidemment, était un fibrome ratatiné avec transformation crétacée, avait légèrement déprimé, à son niveau, les circonvolutions cérébrales, dont la substance, du reste, était parfaitement normale. D’après les renseignements pris sur cette malade, elle n’avait eu, à aucune époque de sa vie, des accidents du côté du cerveau.
L’abdomen renferme environ un litre de liquide séreux, le poumon droit est très adhérent; il y a dans ses adhérences des concrétions puriformes; la muqueuse laryngo-trachéale est très injectée. Le poumon droit est diminué d’un tiers de son volume environ par suite d’une ancienne pleurésie dont les adhérences constituent les résidus. Les deux sommets pulmonaires renferment d’anciens tubercules, et des granulations flétries entourées de mélanose se trouvent dans les deux lobes du poumon gauche; celui-ci est généralement très emphysémateux, surtout à la partie antérieure et sur les bords. La muqueuse bronchique est gonflée, très rouge et couverte d’un mucus puriforme dans les bronches capillaires. Le cœur est volumineux, généralement hypertrophié, et renferme, à droite, des caillots noirâtres, mêlés d’un peu de fibrine. La valvule mitrale est épaissie par places. Les organes parenchymateux sont gorgés de sang, mais normaux du reste.
eCCXV. — Méningite tuberculeuse. (PL GUI, fig. 1-3.)
Je ne puis donner sur ce cas que des détails anatomo-pathologiques. L’affection tuberculeuse des méninges était bornée principalement à l’hémisphère gauche. On ne voyait à la surface qu’un nombre restreint de granulations, surtout en les comparant à celles qui s’enfoncent dans la profondeur des circonvolutions. Ces granulations varient de volume, entre celui d’une tête d’épingle et celui d’une graine de chènevis; elles sont aplaties, d’un blanc grisâtre, isolées ou par groupes, suivant le trajet des vaisseaux ou dans leurs interstices. Sur le milieu à peu près de l’hémisphère gauche se voit une plaque irrégulière, allongée, de 3 à U centimètres de longueur sur 2 à 3 de largeur, offrant une teinte jaunâtre ressemblant à celle du pus, mais frappant déjà au premier abord par son aspect sec, comme l’est en général toute la surface de ces hémisphères, sur lesquelles on voit partout une très vive injection se composant de beaux réseaux de vaisseaux de tous les calibres, jusqu’à des petits capillaires de l/50e à 1/60' de millimètre; il y en a beaucoup qui ont un calibre inégal, étant inégalement distendus par le plasma sanguin. Il existe de plus un grand nombre de places d’une teinte rouge plus uniforme qui sont le siège d’une suffusion sanguine, laquelle cependant n’est pas, à beaucoup près, aussi intense que les larges ecchymoses existant sons la plèvre pulmonaire gauche. La plaque puriforme dont nous avons parlé plus haut montre à sa surface un certain nombre de granulations d’un jaune pâle, et lorsqu’on fait des coupes verticales sur des points différents de cette plaque, on est tout étonné de n’en voir sortir aucune espèce de liquide. C’est une substance qui est en tout conforme à celle des granulations et se montre au microscope entièrement composée de matière tuberculeuse. On voit partout les granulations beaucoup plus nombreuses dans le fond des circonvolutions qu’à la surface, et elles y sont mélangées, dans bien des endroits, de plaques analogues à celles que nous avons signalées comme puriformes. La composition microscopique montre les trois éléments suivants: 1° Les globules tuberculeux non douteux, de 0mm, 005 à 0n,n,,006, pâles et finement granuleux dans leur intérieur, entourés de granules moléculaires et d’une substance interglobulaire; 2°. les fibres et le tissu fibroïde de la pie-mère; 3° les cellules d’épithélium de cette membrane séreuse, généralement rondes, en, moyenne de 0mn,,015, et renfermant un noyau de 0mm,003 à 0m'",00â. On peut enlever de larges portions de la pie-mère avec les granulations; on voit alors qu’elles sont placées à la surface interne de cette membrane, et que tout en étant entourées de très riches réseaux vasculaires, pas un de ces vaisseaux ne pénètre dans leur intérieur.
Cette observation est donc curieuse par la présence d’une exsudation tuberculeuse superficielle, qui, au premier abord, offre l’aspect d’une infiltration purulente. Elle montre de plus, dans les circonvolutions, une quantité prédominante de petits tubercules dont on ne soupçonne pas même l’existence au premier abord. L’absence enfin de tout épanchement liquide nous ferait croire qu’il s’agit, eu cas pareil, plutôt d’une très forte hypérémié que d’un vrai travail phlegmasique ; aussi vaut-il mieux désigner cette affection sous le nom de tuberculisation des méninges que sous celui de méningite tuberculeuse.