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DES ALTÉRATIONS DES CAVITÉS MAXILLAIRES, FRONTALES ET NASALES

§ I. — De l’analcmlc gialli«log'iqiic des sinus frontaux.

Nous n’avons que bien peu de choses à dire sur les affections des sinus frontaux. On sait que la muqueuse qui revêt l’intérieur de ces cavités peut participer aux maladies des fosses nasales, et surtout à leur phlegmasie catarrhale, laquelle se manifeste par des douleurs gravatives sourdes qui occupent la région des orbites, et ont leur siège dans les sinus frontaux; mais c’est plutôt théoriquement que l’on a construit leur pathologie qu’en se basant sur l’observation, car il est très rare qu’on les ouvre dans le but défaire leur étude anatomo-pathologique. On ne possède que bien peu de données positives sur les produits accidentels dont ces cavités peuvent être le siège. Il existe des exemples de plaies et de sortie du mucus par la région frontale, Ces plaies, ainsi que la carie de l’os frontal correspondant, peuvent favoriser l’établissement de fistules sous-cutanées d’abord. Les malades peuvent alors, en se mouchant, chasser l’air et lui faire faire une saillie au-dessous de la peau temporo-frontalc. Un fait de ce genre est rapporté dans le Dictionnaire des sciences médicales, article Sinus. Un homme reçoit un coup qui ouvre le sinus frontal; la plaie des téguments se cicatrise, mais au bout de quelque temps cet homme s’aperçoit que, chaque fois qu’il se mouche, il se forme vers la tempe une tumeur, qui disparaît ensuite peu à peu. Dupuytren regarda cette tumeur comme formée par l’air qui passait à travers la solution de continuité éprouvée par la paroi osseuse du sinus. Il établit une compression à l’aide d’une petite pelote sur le point où la plaie avait été faite, et au bout de quinze ou vingt jours, le malade fut guéri de son incommodité.

Des corps étrangers, tels que des balles, des fragments de fer, des lombrics même, ont été signalés par d’anciens auteurs dans ces cavités, mais tous ces faits ne sont pas entourés de garanties suffisantes d’exactitude. La maladie que l’on a décrite comme abcès des sinus frontaux n’est généralement pas autre chose qu’une accumulation de muco-pus, semblable à celui du coryza nasal. Lorsque l’ouverture des sinus est fermée, la rétention de ce liquide peut produire l’élargissement de la cavité, et le liquide peut même s’écouler au dehors, après l’usure du frontal sur un point. D’anciens chirurgiens parlent également de la rupture de ces abcès dans l’intérieur du crâne. Toutefois il y a une telle pénurie de faits de ce genre, depuis qu’on observe avec plus d’exactitude, que ces anciennes histoires peuvent laisser des doutes. La carie du sinus frontal, dans la syphilis, peut devenir le point de départ de l’accumulation du pus, de la formation de fistules et de nécrose. On a également cité des exemples de polypes de ces cavités, réunis dans une thèse intéressante que M. Gerdy a écrite sur ce sujet. Il est possible, à la rigueur, que les polypes du nez reconnaissent quelquefois celle origine. On a enfin observé des hydatides dans les sinus frontaux, et, dans l’un des cas, il paraît même que c’étaient des parasites avec des échinocoques. Toutefois je n’ai pas eu sous les yeux ces faits, dont j’ai trouvé un court extrait dans le Traité de pathologie externe de M. Vidal.

On voit, d’après ces détails, combien l’anatomie pathologique de ces cavités est encore incomplète.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF ET DE SES ANNEXES

§ II. — Des altérations «les sinus maxillaires.

Nos connaissances sur les maladies de ces cavités laissent encore beaucoup à désirer. Cependant nous trouvons dans l’excellente thèse de M. Giraldès(l) les principaux matériaux épars dans la science réunis avec l’esprit de bonne critique qui caractérise ce savant distingué. Aussi lui ferons -nous des emprunts fréquents.

1° Inflammation du sinus maxillaire. On doit avant tout ici distinguer une inflammation traumatique par suite d’une lésion directe, une inflammation propagée par continuité avec le périoste ou la muqueuse nasale. 11 est bon enfin de distinguer l’inflammation aiguë et chronique. On ne possède guère de données anatomiques sur cette phlegmasie, terminée par résolution ; mais lorsqu’il se forme du pus, il peut ou s’écouler par le nez, ou s’accumuler dans la cavité, et faire saillie soit à la joue, soit du côté de l’orbite. Cette saillie disparaît lorsque l’abcès se vide. On a trouvé dans ces circonstances la membrane muqueuse épaissie et fongueuse, mais l’abcès de la cavité peut provenir aussi d’une périostite, d’une carie de ces parois, ce qui est quelquefois la conséquence d’une dent cariée dont l’arrachement peut donner issue au pus et amener la guérison.

2° L 'hémorrhagie des sinus maxillaires a aussi été observée. Dupuytren (2) a donné issue à 60 grammes de sang accumulé dans la cavité des sinus. Il en existe un certain nombre d’autres exemples, dont un s’est présenté à la clinique de M. Velpeau, en 1847, pendant que je la suivais régulièrement.

3° Des lésions traumatiques variées, par un fleuret, un coup de sabre, un coup de feu, une contusion, peuvent survenir, et des fragments de l’instrument vulnérant peuvent y rester et entretenir la suppuration en rendant les plaies fistuleuses. Dans le mémoire de Bordenave (3), on trouve l’histoire d’un homme portant une fistule à la joue entretenue par la présence d’un bourdonnet de charpie. Allouel (4) cite l’observation d’une plaie de la joue, à la suite d’un coup de feu, rendue fistuleuse par la présence d’un éclat de grenade. On peut aussi considérer comme corps étrangers les canules de l’opération de la fistule lacrymale, que l’on engage à son insu dans la cavité du sinus.

4° L 'hydropisie du sinus maxillaire a depuis longtemps fixé l’attention des chirurgiens, et a surtout été décrite en 1804 par Deschamps fils (5). Il s’agit, dans cette hydropisie, d’une dilatation de la cavité, avec accumulation d’un liquide non purulent. L’amincissement peut être tel, qu’en comprimant les parois, on provoque un bruit comme parcheminé. La partie dilatée peut faire saillie en avant, en haut ou en dehors, elle peut même se prolonger jusque dans les arcades dentaires. Giraldès cite, sous ce rapport, deux faits remarquables.

Delavacherie (6) rapporte une observation recueillie sur un homme âgé de trente-six ans, chez lequel la dilatation des sinus se prolongeait dans les fosses nasales, dans le palais, et déterminait un tiraillement, une déformation des ailes du nez. M. Bertrand (7) a observé une hydropisie du sinus maxillaire chez un homme âgé de trente-sept ans, chez lequel la dilatation se prolongeait également dans la bouche et dans le nez ; la base de l’apophyse montante était très distendue. Dans les deux cas dont je viens de parler, les parois osseuses étaient devenues très minces, se laissaient aisément déprimer et permettaient au doigt, appliqué dans un point de la tumeur, de recevoir la pression de l’autre doigt comprimant un point éloigné. Le liquide contenu dans la cavité est ordinairement filant, muqueux. M. Ferguson (8) y a trouvé une fois de la cholestérine. On a donné diverses explications de la cause productrice, et l’oblitération de l’ouverture a été surtout invoquée, mais non démontrée. Une modification sécrétoire est plus probable, coïncidant quelquefois avec des dents anormales dans la cavité. Il est

(1) Des maladies des sinus maxillaires, thèse de concours, Paris, 1851; et Mémoires de la Société de chirurgie, Paris, 1853, t. III, p. 479.

(2) Leçons orales de clinique chirurgicale, t. III.

(3) Précis d'observations sur les maladies du sinus maxillaire ( Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, Paris, 1768, t. IV, p. 329).

(h) ' Mémoires de l'Académie royale de chirurgie, t. V, p. 256.

(5) Traité des maladies des fosses nasales. Paris, 1804.

(6) Mémoire sur quelques maladies de la mâchoire., Bruxelles, J843.

(7) Lombard, Thèses de Montpellier , 1836.

(8) Medical Times, 1850, p. 368.

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