ARTICLE V. — DES PRODUITS ACCIDENTELS DES ARTICULATIONS
Ordinairement nous ne parlons des produits accidentels qu’après avoir exposé avec détail tout ce qui se rapporte au travail phlegmasique des organes qui font le sujet de nos descriptions ; si nous nous écartons ici de cette règle, nous y sommes engagé par le peu d’importance qu’ont proportionnellement les produits accidentels dans les maladies des articulations, tandis qu’au contraire leur inflammation est le chapitre de beaucoup le plus important, que nous traiterons dans son ensemble après avoir parlé des autres affections.
La plupart des productions accidentelles attribuées aux articulations n’appartiennent en réalité qu’aux parties périarticulaires, et surtout aux épiphyses osseuses; et quant à celles qui se trouvent dans l’articulation même, ce sont très souvent des produits inflammatoires ou hypertrophiques. Si nous passons tous ces produits en revue, nous arrivons avant tout au lipome. On sait que J. Müller a décrit sous le nom de lipoma arborescens, une production graisseuse qui se montre souvent dans les articulations; cependant, d’après ce que j’ai vu, je ne puis envisager ce lipome que comme un développement anormal du tissu graisseux intra-articulaire. Les tumeurs fibreuses sont rares aussi dans les articulations ordinaires. Je n’en ai vu qu’un seul exemple, c’était sur une pièce qui m’avait été communiquée par mon amiM.Verneuil : une petite tumeur fibreuse prenait naissance dans le fond de la cavité cotyloïde. Cette pièce se trouve figurée dans nos planches.
Quant à la transformation fibreuse des cartilages, c’est bien là aussi une production nouvelle du tissu fibreux, mais nous en parlerons avec détail à l’occasion des altérations du cartilage. De même nous passons sous silence ici un autre produit accidentel des plus intéressants, savoir, les corps étrangers articulaires, qui naissent tantôt dans l’épaisseur des franges synoviales, tantôt comme vrai séquestre ou cartilage. Nous les décrirons par conséquent à l’occasion de l’arthrite sèche et des altérations du cartilage. Pour les petits corps riziformes, d’apparence fibrineuse, que l’on rencontre dans les bourses muqueuses et quelquefois dans les articulations, il en a déjà été question ailleurs.
Le tubercule est quelquefois déposé dans les épiphyses articulaires, dans lesquelles il peut exciter un travail suppuratif, avec pénétration du pus dans les articulations. 11 est beaucoup plus rare de rencontrer le tubercule sous forme de granulations ou de places infiltrées à la surface de la membrane synoviale. Il en existe un exemple unique, c’est l’existence des tubercules à la surface du cartilage articulaire, et nous le devons encore aux recherches de M. Broca. M. Titon avait présenté plusieurs os et articulations d’un enfant qui avait succombé à la suite d’une tumeur blanche d’origine scrofuleuse (1). A l’autopsie, on avait trouvé aux deux sommets pulmonaires quelques petites masses de tubercules non ramollis ; un seul ganglion bronchique contenait un tubercule crétacé. L’auteur donnait ensuite la description du genou malade; mais en poursuivant les recherches et en examinant d’autres articulations, M. Broca trouva la surface interne de la synoviale et du cartilage articulaire du coude comme recouverte d’un enduit assez adhérent et présentant les caractères microscopiques du tubercule. Le tubercule se rencontrait en masses plus cohérentes dans les fosses coronoïdienne et olécranienne, ce qui avait rendu l’os en ce point extrêmement fragile, ou, pour mieux dire, à peu près réduit à sa coque périostale.
Il paraît que dans ce cas, c’est de l’os qu’est parti l’enduit tuberculeux qui s’étendait en nappe sur le cartilage; il serait difficile de comprendre autrement sa formation. J’ai rencontré aussi des tubercules à la surface interne de la cavité cotyloïde, mais provenant également de la substance osseuse. Les tumeurs fibro- plastiques cartilagineuses, cancéreuses, etc., déposées dans les épiphyses, envahissent quelquefois
(1) Bulletins de la Société anatomique, t. XXVII, p. 86.
MALADIES DES ARTICULATIONS
l’articulation; toutefois le cartilage leur résiste pendant longtemps, et lors même qu’elles finissent par faire saillie dans la cavité articulaire, on n’est pas en droit d’admettre celle-ci comme point de départ de l’affection. Si donc, dans l’état actuel de nos connaissances, ces produits accidentels ne se développent guère primitivement dans les articulations, il resterait cependant à rechercher si, lorsque ces maladies infectent l’économie tout entière, il ne se forme pas des tumeurs de ce genre à la surface interne de la membrane synoviale.