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MALADIES DU SYSTÈME OSSEUX

cartilage détruit dans bien des endroits, réticulé dans d'autres, mamelonné par places, et offrant en quelques endroits la fissuration veloutée. Partout, dans l’intervalle du cartilage détruit, se voient des bourgeons charnus provenant de l’os dénudé, et c’est par la jonction de ces bourgeons de part et d’autre qu’une ankylosé paraît s’être opérée. Le tissu osseux près des altérations cartilagineuses paraît plutôt raréfié, et les os sont déformés .dans ce sens qu’il y a atrophie par places et formation d’os et de cartilage nouveaux en d’autres. Les altérations les plus remarquables que nous y ayons vues, dans les cartilages érodés et en général altérés, sont dans beaucoup d’endroits une transformation fibreuse. Les cellules du cartilage et les lacunes sont par places conservées, tandis qu’en d’autres points les noyaux sont libres et ont une forme vésiculaire. Là où les cellules sont encore conservées, le noyau a un aspect grenu. La transformation fibreuse est ou par fibres très fines, formant presque un aspect frangé, ou par des fibres plus larges ressemblant presque aux fibres élastiques, et dans ces derniers endroits les corpuscules de cartilage sont plus intacts et plus normaux. Dans quelques cartilages l’aspect est moins net, mais à la périphérie des coupes on voit des saillies allongées, presque en forme de palissades. L’altération histologique de ces cartilages la plus remarquable est une disposition générale à la transformation fibreuse, et pour les cellules la tendance à la disparition des grandes membranes d’enveloppe avec augmentation du volume et aspect vésiculaire des noyaux. Nous sommes à nous demander si l’on peut donner à cette affection le nom d’arthrite sèche. U y a là, à ne pas en douter, une aberration marquée dans la nutrition des extrémités osseuses, des cartilages, des capsules, de la membrane synoviale. Mais est-elle inflammatoire, ou se produitelle en vertu d’une disposition spéciale et inconnue comme dernière cause générale, et comme une nutrition simplement troublée, exagérée dans quelques éléments et abaissée dans d’autres? Voilà ce que nous ne saurions décider.

CDXCVIII. — Contusions multiples par suite d’une chute , fracture de la rotule. Mort au bout de douze jours. — Description de l'altération du cartilage rotulien. (PL CLXXX, fig. 9-12.)

Ces pièces ont-été présentées en 1850 à la Société anatomique par M. Weiss, et j’ai dû les examiner d’autant plus près que j’ai fait à ce sujet un rapport à la Société anatomique.

Il s’agit d’un soldat qui s’est précipité d’un deuxième étage. Le 2 août 1850, jour de sa chute, cet homme fut porté an Val-de-Grâce. Diverses parties de son corps étaient violemment contusionnées; de vastes ecchymoses existaient sur chaque membre. Les deux paupières du côté gauche et la pommette du même côté étaient fortement ecchymôsées. Enfin, on constata chez ce malheureux une plaie du menton et de la lèvre inférieure avec fracturé du maxillaire inférieur dans le voisinage de la ligne médiane, et sur chaque avant-bras les signes manifestes de la fracture de l’extrémité inférieure du radius. On appliqua de la glace sur les fractures des avant-bras. Le surlendemain, U août, parurent quelques signes de pneumonie (saignée âOO grammes, ventouse sur le thorax; le 5, potion kermétisée ; les jours suivants, potion stibiée). Le malade mourut le 13, avec les symptômes de l’infection purulente.

A l’antopsie, on trouve un grand nombre d’abcès dits métastatiques dans les poumons ; trois abcès de même nature se rencontrent dans le foie. Le radius droit est fracturé à un centimètre et demi au-dessus de l’articulation radio-carpienne. Cette fracture est indiquée en avant par un écartement transversal d’au moins 2 millimètres, qui existe entre les fragments; mais en arrière on n’aperçoit aucune solution de continuité, même après avoir enlevé le tendon et arraché le périoste : c’est donc une fracture incomplète de l’extrémité inférieure du radius. Le radius gauche présente une fracture complète située au même niveau. Les deux fragments sont engrenés l’un dans l’autre, il y a pénétration réciproque. L’articulation du genou droit est pleine de sang. La rotule correspondante est brisée en trois fragments ; mais ceux-ci sont exactement unis par l’épaisse couche de tissu fibreux qui tapisse la face antérieure de la rotule.

Le maxillaire inférieur présente très près de la ligne médiane, un peu à droite de la symphyse du menton, une fracture verticale. De cette première fracture on en voit partir une seconde, oblique de bas en haut et de dedans en dehors; celle-ci se dirige vers le bord alvéolaire, près duquel elle s’arrête. L’articulation temporo-maxillaire droite est ouverte. Le ligament latéral externe de cette articulation est complètement déchiré. Le condyle de la mâchoire, entraînant avec lui le disque interarticulaire, est placé à un centimètre en avant de la racine transVersé de l'arcade zygomatique ; sur ce condyle, on aperçoit une petite fracture verticale. Un foyer purulent assez considérable, tapissé par une membrane pyogénique de couleur noirâtre, existe au niveau de cette luxation. Le maxillaire supérieur gauche est le siège de plusieurs fractures qui ne s’accompagnent d’aucun déplacement. Le crâne est sain; il n’y avait de suppuration qu’au niveau de l’articulation temporo-maxillaire droite. C’est là sans doute que se trouvait le point de départ de l’infection purulente, mais la dissection des veines n’a pas été faite. Ce n’est pas la multiplicité des fractures qui doit étonner, mais bien plutôt la nature de plusieurs d’entre elles. C’est ainsi que nous trouvons une fracture du radius, dont la réduction pendant la vie a paru impossible. A l’autopsie, avant de scier l’os dans sa longueur, on est étonné de ne pas pouvoir imprimer de mouvements aux fragments, et pourtant une rainure de 2 millimètres de largeur divisait transversalement en avant l’extrémité articulaire de l’os ; mais en pratiquant la coupe longitudinale, on voit qu’à part quelques fragments de la circonférence, la fracturé principale est tout à fait incomplète. L’effet de la violence extérieure a été de redresser pour ainsi dire la courbure naturelle de l’extrémité articulaire du radius, comme l’a fort bien fait observer M. Jarjavay, qui était présent à la séance, et qui a déjà développé ce point antérieurement dans sa thèse inaugurale. Ainsi, il y a bien eu une espèce d’enfoncement ou d’écrasement d’un certain nombre d’aréoles du tissu spongieux de l’os, mais en aucune façon une véritable fracture par pénétration.

Les cartilages de la rotule dans les environs de la fracture ne montrent aucun travail de réparation. Au premier abord, on aurait pu prendre pour un cal une portion étroite de cartilage détachée par une double fissure parallèle. Tout à côté des fissures les cellules du cartilage n’offrent plus leur état normal ; les noyaux ont en partie disparu et sont remplacés par des granules ou des vésicules de graisse. On peut toutefois suivre les divers passages entre des amas granuleux et des noyaux encore bien reconnaissables. Dans quelques cellules les granules et les vésicules remplissent presque tout l’intérieur et ne permettent plus de distinguer un contenu t’éguliêr. ,

CDXCIX. — Tumeur blanche du genou. (PI. CLXXVIII, fig. 10-13.)

Cette articulation malade provenait d’un enfant âgé de sept à huit ans, apporté pour des travaux de dissection à l’École pratique où, grâce à l’obligeance de M. Follin, j’ai pu faire avec lui l’étude de cette pièce intéressante que nous avons présentée ensemble dans le temps, à la Société de biologie.

OBSERVATIONS

Voici la description de cette pièce : La tumeur blanche du genou, d’une forme globuleuse, a fait rétracter la jambe presque à angle droit; les vaisseaux du membre malade ont été remplis par une injection de térébenthine colorée par du bleu de Prusse. Une partie de la matière à injection est sortie par une fistule .située à la partie externe, postérieure, et tout à fait supérieure de la jambe; une cicatrice adhérente se trouve au milieu de l’espace qui sépare les deux condyles du fémur et correspond à une ancienne fistule. L’articulation étant ouverte par le milieu, au-dessus de la rotule, on voit qu’elle est d’une fort petite capacité, et qu’il existe même à sa partie postérieure un commencement d'ankylose entre le milieu du fémur et une partie de la tête du tibia, ankylosé établie au moyen de fausses membranes qui constituent, pour ainsi dire, un ligament de nouvelle formation. La synoviale qui revêt la cavité articulaire est épaissie, vasculaire, et envoie des prolongements vers les bords des cartilages diarthrodiaux. Dans plusieurs points se voient des ponts de fausses membranes remplis de vaisseaux injectés et réunissant les bords libres et séparés de la synoviale. Le cartilage est érodé et notablement aminci au niveau de la portion du fémur, où l’épiphyse montre dans son intérieur une raréfaction notable. Le cartilage est complètement détruit au niveau d’une affection plus profonde et plus grave de la tête du tibia. Cet os renferme une cavité d’abord oblique dans l’épiphyse, et qui traverse ensuite la zone cartilagineuse pour devenir verticale dans la diaphyse : cette cavité a en tout 3 centimètres de longueur sur 1 centimètre à 15 millimètres de largeur ; elle offre, du côté de la cavité articulaire, un creux infundibuliforme correspondant à toute la largeur de l’os et ayant près de 2 centimètres de longueur sur 12 millimètres de largeur. La perte de substance de l’os et du cartilage y est faite comme avec un emporte-pièce, et elle est comblée en partie par un tissu fongueux, mollasse et libro-plastique. Dans la cavité décrite, on voit bien distinctement deux séquestres, dont l’un, supérieur, a le volume d’un petit haricot, tandis que l’inférieur est un peu plus volumineux. Le tissu fongueux qui entoure de toutes parts cette perte de substance montre un riche réseau vasculaire fort bien injecté. Le tissu osseux tout autour est très vasculaire et plutôt condensé. Une perte de substance irrégulière, du volume d’un gros pois environ, existe à la partie antérieure et postérieure de la surface externe de la tête du tibia , perte en partie comblée par le tissu fongueux déjà mentionné. Il est certain qu’on eût pu faire l’extraction des séquestres de ce côté, dès lors le genou eût pu guérir par ankylosé incomplète, et la contracture consécutive aurait pu être traitée plus tard par la ténotomie et par l’extension forcée. La rotule est déjetée en dehors et en haut, et la capsule qui revêt sa surface est très vasculaire et richement remplie par la matière d’injection ; le tissu que sépare la membrane synoviale de la capsule fibreuse et des ligaments a de 3 à 4 millimètres d’épaisseur; il est très vasculaire et se compose essentiellement de tissu fibro-plastique.

D. — Arthrite sèche du coude avec altération du cartilage. (PI. GLXXX, fig. 13 et 14.)

Nous ne citons ce fait que pour donner des détails sur les altérations histologiques du cartilage provoquées par une arthrite commençante du coude chez une femme qui avait succombé à une fièvre typhoïde dont on constata à l’autopsie les altérations caractéristiques.

Les parties qui entourent l’articulation malade n’offrent qu’un léger degré d’engorgement du tissu cellulaire avec développement de quelques éléments fibro-plastiques. La membrane synoviale est un peu épaissie, dépolie, terne et beaucoup plus vasculaire qu’à l’état normal. La cavité articulaire ne renferme qu’une petite quantité de synovie, mais ni pus, ni fausses membranes. Les extrémités articulaires des os voisins, surtout la partie inférieure de l’humérus, présentent une vascularité anormale, un léger' ramollissement dû à la raréfaction commençante de son tissu spongieux; son périoste n’est point épaissi.

Les altérations histologiques les plus prononcées se trouvent dans les cartilages diarlhrodiaux qui, dans toute l’articulation, sont ramollis, tuméfiés, d’un aspect irrégulier, comme vermoulu à la surface. Dans quelques endroits, le cartilage présente déjà à l’œil nu un aspect fibroïde. A l’examen microscopique, nous trouvons la substance intercellulaire du cartilage transformée en un tissu irrégulièrement fibroïde et granuleux; on n’y voit presque plus de cellules normales du cartilage, mais à leur place des corps irréguliers, allongés, granuleux dans leur intérieur et offrant pour quelques-uns de la ressemblance avec les corps fusiformes du tissu fibro-plastique, pour d’autres avec les corpuscules du tissu connectif, tels que Virchow les [a décrits ; on n’y voit point de noyaux. Ces corps, allongés, étant très minces, ressemblent à des bâtonnets, à des corps bacillaires, lorsqu’on les voit de profd.

DI. — Arthrite sèche de la tête du fémur. (PI. CLXXXI, fig. 1-3.)

Ces pièces m’ont été communiquées par M. Verneuil, et présentent un beau type d’arthrite sèche de la partie supérieure du fémur. Le rebord de la tête de l’os est rabattu en forme de champignon. Ou voit à la partie antérieure du col une saillie considérable, une véritable exostose à surface irrégulière, parfaitement isolée par une ligne de démarcation du reste de l’os; ce tissu est, dans cet endroit, très rouge et très vasculaire. On voit à la surface de la tête du fémur une multitude de végétations cartilagineuses arrondies, dont plusieurs, étroites à leur base, auraient pu se détacher par la suite et tomber comme des corps étrangers dans la cavité articulaire. Par places, le cartilage diarthrodial est ossifié d’une manière anormale. On constate enfin sur ces pièces une condensation, une espèce d’hypertrophie concentrique à la partie supérieure de la tête fémorale, tandis que la partie inférieure de la tête de l’os montre, au contraire, une raréfaction atrophique de son tissu. U y a donc là un travail fort inégalement réparti de formation ostéo-cartilagineuse nouvelle, d’absorption atrophique et d’ossification du tissu osseux et du cartilage normal.

DII. — Tumeur fibreuse dans l'articulation coxo-fémorale. (PI. CLXXXII, fig. 1.)

Cette pièce, qui m’a été communiquée par M. Verneuil, est sans contredit une des plus curieuses que j’aie eu occasion d’examiner. Je n’ai, à mon grand regret, pas de détails sur le malade pendant la vie. C’est sur un cadavre de l’École pratique que M. Verneuil a trouvé dans l’articulation coxo-fémorale, à la partie supérieure de la cavité cotyloïde, une petite tumeur pyrifonne, étroite et comme pédiculée à sa base, du volume d’une grosse noisette, de 25 millimètres de hauteur, sur 18 de largeur et 7 à 8 d’épaisseur, d’une couleur jaune pâle, luisante, homogène, offrant bien peu d’arborisations vasculaires à sa surface, surtout à sa base. Autour de celle-ci, la cavité cotyloïde a éprouvé une perte de substance de plusieurs millimètres de largeur, faite comme avec un emporte-pièce; tout autour le tissu osseux est aminci. Cette perte de substance prouve que c’est de dehors en dedans que le polype fibreux a pénétré dans la cavité articulaire. A l’examen microscopique, on n’y trouve d’autres éléments que ceux du tissu fibreux, sans mélange à peu près d’éléments fibro-plastiques.

MALADIES DU SYSTÈME OSSEUX

DIII. — Tumeur blanche du genou avec hydropisie de bourse muqueuse synoviale sous le triceps et un tubercule volumineux dans latête du tibia.

(PI. CLXXXII, fig. 2-5.)

Un jeune garçon, âgé de douze ans, d’une apparence chétive et délicate, avait depuis deux ans environ une tumeur blanche du genou qui s’était peu à peu développée, avait beaucoup fait souffrir le jeune malade, et s’était accompagnée en outre d’un vaste engorgement fluctuant, correspondant à la bourse muqueuse qui se trouve sous le triceps fémoral, et dont l’intérieur était rempli par un liquide qui, à l’examen extérieur, offrit une fluctuation manifeste. La ponction avait été faite, mais tout en donnant issue à près de 300 grammes d’un liquide gluant et transparent, elle n’avait amené qu'un soulagement momentané, et bientôt la cavité s’était de nouveau remplie. Les mouvements du genou, rétracté presque à angle droit, étaient nuis, les douleurs de plus en plus vives et continues, et comme l’état général de la santé du jeune malade parut encore assez satisfaisante, l’amputation de la cuisse fut pratiquée. Le malade a guéri, mais je l’ai perdu de vue.

Examende la pièce. — Le genou, fléchi à peu près à angle droit, offre à deux travers de doigt au-dessus de la rotule les traces de la ponction que l’on avait faite auparavant, mais le liquide cependant s’était reproduit avant l’opération. Cette tumeur fluctuante, du volume d’une grosse pomme, a contracté des adhérences intimes avec la peau qui la recouvre, aussi est-elle ouverte pendant la dissection, et il en sort 100 grammes environ d’un liquide d’un jaune brunâtre , qui renferme de nombreux flocons de fausses membranes. A l’état de repos, recueilli dans un vase, il laisse déposer les deux tiers environ de pus, dont les cellules sont très caractéristiques.

En faisant la dissection de la poche, on peut la dégager sur toute sa surface et l’on peut se convaincre qu’il s’agit là d’une énorme dilatation de la portion de la synoviale qui se trouve, comme bourse muqueuse, sous le muscle triceps fémoral. La structure est fibroïde et fibro-plastique, et l’on ne reconnaît que fort peu d’épithélium à sa surface interne. Sa paroi a environ 2 millimètres d'épaisseur, elle est d’un jaune rougeâtre et montre une assez forte vascularité; dans plusieurs endroits, on constate des épanchements sanguins dans sa substance. Nous avons bien pu voir sa communication avec la synoviale articulaire, par un pertuis qui admettait tout au plus une petite sonde d’argent. Cependant il paraît que pendant la vie cette communication n’avait point existé, car il y a une différence bien notable entre l’aspect du liquide contenu dans cette poche et celui que nous rencontrons dans l’intérieur de l’articulation. Ce dernier est à la fois plus épais, plus clair et tout autrement composé sous le rapport microscopique, par conséquent la communication pendant la vie n’a pas été possible. En ouvrant l’articulation au-dessous de la rotule, on voit que des adhérences fibreuses et assez vasculaires réunissent déjà la partie postérieure du fémur avec celle du tibia. Par le fait de cette ankylosé commençante, l’articulation est très notablement diminuée de capacité et renferme en tout 25 à 30 grammes environ d’un pus évidemment tuberculeux, d’un jaune pâle, légèrement verdâtre, bien lié, et tenant en suspension de nombreux grumeaux comme caséeux. Les ligaments croisés bien conservés divisent l’articulation en deux compartiments, dont l’externe offre des fausses membranes et des bourgeons rougeâtres et vasculaires qui recouvrent nonseulement la surface interne de la rotule, mais aussi tout le condyle interne du fémur. Ces bourgeons charnus proviennent de la surface de l’os, ils ont détruit en bonne partie le cartilage d’encroûtement, et même une portion de la membrane synoviale. Dans le côté externe de l’articulation, la synoviale est mieux conservée, d’un jaune pâle et rosé, d'un millimètre à 2 d’épaisseur, avec un engorgement peu notable du tissu cellulaire périsynovial. Les fibro-cartilages sont comme dédoublés en lamelles fibreuses, et ressemblent plutôt à une pile de disques qu’à un corps compacte. La synoviale offre la même structure que la poche que nous avons décrite au-dessus du genou ; elle est recouverte de pus, de fausses membranes, mêlée de beaucoup d’éléments graisseux, mais ne montre presque point d’épithélium. Les cartilages du condyle du fémur et de la tête du tibia ont subi, dans cette portion de l’articulation, une altération fort remarquable. Ils sont ramollis et détachés par fragments nombreux qui ne tiennent aux parties sous-jacentes que par de légères adhérences et qui sont séparés les uns des autres. Il y a des plaques qui ont jusqu’à 7 et S millimètres de longueur, sur 3 à 4 de largeur, tandis que d’autres n’ont que 3 à 4 millimètres en tous sens. Le tissu cartilagineux y est si ramolli, que par le grattage on en détache de nombreux fragments comme gélatineux. Le microscope montre son tissu fissuréet comme fibroïde, et ses corpuscules méconnaissables et transformés en traînées irrégulières, granuleuses, les unes arrondies, les autres fusiformes. Dans quelques portions, on reconnaît de nombreux réseaux au milieu du cartilage. Cette espèce de nécrose moléculaire du cartilage a eu lieu au fémur par suite du développement des bourgeons charnus qui l’ont poussé au-devant d’eux, tandis qu’au tibia il y a en outre une fistule de 4 millimètres de largeur qui fait communiquer l’articulation avec la maladie de ces os qui, selon toute probabilité, a été le point de départ de toute altération. Le tibia fendu par le milieu montre, sur un trajet de 7 centimètres, une cavité qui le traverse verticalement, et qui a de 6 à 8 millimètres de largeur sur un centimètre de profondeur. Elle es} remplie d’un mélange de pus, de petits séquestres et de matière tuberculeuse ramollie au centre de la cavité, encore à l’état cru à sa circonférence, où une membrane pyogénique revêt d’un côté toute la cavité de l’os en un kyste, pour ainsi dire; d’un autre côté, la matière tuberculeuse, qui a provoqué une ostéite nécrotisante et purulente, puis un épanchement de pus et de tubercules dans le genou, les altérations consécutives décrites dans cette cavité et une inflammation consécutive secondaire avec une énorme dilatation, dans la synoviale sous-tricipilale. La bourse muqueuse du tendon de la rotule est saine.

DIV. — Tumeur cancéreuse de latête de l'humérus. (PI. CLXXXII, fig. 14-16.)

Cette tumeur avait été enlevée à l’Hôtel-Dieu par M. Blandin, qui a fait la résection de l’humérus malade dans lequel s’était développée, depuis un an environ, une tumeur qui avait peu à peu envahi toute l’épaule et faisait beaucoup souffrir le malade.

La tumeur a le volume d’une pomme de dimension moyenne. Toute la tête de l’os est malade et tant entourée qu’infiltrée, remplacée même en partie par un tissu gélatiniforme d’un jaune pâle, demi-transparent, lobulé. Les lobules sont séparés par des intersections fibreuses blanchâtres, irrégulières. La compression et le raclage ne détachent que quelques grumeaux gélatineux, mais point de suc. Dans plusieurs endroits il existe, au milieu de ce tissu, de petits épanchements sanguins. Dans les parties profondes de la tumeur, le tissu osseux a moins souffert; il est aréolaire, un peu raréfié, infiltré dans ses mailles par le tissu colloïde indiqué; ce n’est que sur un tiers environ de sa circonférence supérieure qu’il y a une disparition complète de la partie corticale de la tête de l’os. Le cartilage d’encroûtement a été en majeure partie bien conservé.

A l’examen microscopique, on voit dans ce tissu, outre les fibres et la substance gélatineuse demi-transparente, des cellules pâles de

OBSERVATIONS

0mm,02 à O””11, 035, renfermant des granules et de petites vésicules de graisse et un ou plusieurs noyaux de 0'“"',008 à 0n‘"’,0l5, ovoïdes, avec un grand nucléole de 0,n"',003. Le tissu colloïde est insoluble dans l’eaubouillante, et ne donne, par une coction prolongée, ni gélatine ni chondrine. Lé tissu médullaire rouge de l’humérus montre fort bien ses cellules particulières de 0“n,,013 à 0n,n,,017, avec un petit noyau rond de 0nmi,005, sans nucléole distinct, cellules médullaires des os fort bien décrites par M. Charles Robin.

DV. — Cancer colloïde de l’épaule. (PI. CLXXX1I1, fig. 9-13.)

Un homme, âgé de quarante-deux ans, d’une apparence faible, d’un teint pâle et jaunâtre, s’est aperçu depuis plusieurs années d’un engorgement de l’épaule droite, sur le développement duquel il ne sait donner que des renseignements fort incomplets. Peu à peu l’engorgement, en augmentant de volume, est devenu de plus en plus douloureux et surtout le siège de lancées vives et fréquentes. Depuis quatre mois les douleurs sont devenues à peu près continues, tantôt sourdes, tantôt très intenses. Il en perdit le sommeil, ses forces baissèrent, il maigrit considérablement; il ne put plus se servir du tout du membre malade, qui devint pour lui une source de souffrances continuelles. Le malade se fit alors recevoir â la Maison royale de santé, dans le service de M. Monod.

A son entrée, on constate à l’épaule droite un engorgement ovoïde qui occupe plus de la moitié supérieure du bras : elle a un diamètre antéro-postérieur de 15 centimètres dans sa plus grande largeur. La consistance de l’engorgement varie entre la dureté osseuse et une fermeté élastique. Les mouvements de l’articulation de l’épaule sont abolis; les douleurs y sont vives, soit spontanément, soit lorsqu’on fait le moindre effort de mouvement. Le 16 septembre 18A8, M. Monod pratique la désarticulation de l’épaule, et il est obligé d’enlever plusieurs petites tumeurs situées dans les muscles voisins, ainsi que les apophyses coracoïde et acromion, l’une et l’autre envahies par la production morbide. Après l’opération, le malade a plusieurs hémorrhagies consécutives, auxquelles il succombe le lendemain. L’autopsie n’a pu être faite.

L’examen de la pièce démontre que toute la partie supérieure de l’humérus est transformée, pour ainsi dire, en un tissu morbide d’un jaune pâle, demi-transparent, parsemé à sa surface d’aiguilles osseuses, et renfermant quelques petites cavités remplies d’une substance gluante, demi-transparente, presque liquide. La tumeur paraît provenir avec une large base de la face interne de l’humérus, et surtout de sa partie périostale. Les muscles, tout autour, sont très amincis.

La production morbide est composée d’un tissu irrégulièrement lobulé, luisant, demi-transparent, comme gélatini forme, gluant, d'un blanc jaunâtre ; peu vasculaire à la surface dans une partie de son étendue, mais plus richement pourvu de vaisseaux dans quelques endroits. En comprimant ce tissu, on n’en fait point sortir de suc cancéreux. Celui-ci paraît comme coagulé en une substance transparente, comme gluante, ressemblant à de la pyine. Au microscope, on y reconnaît une trame fibreuse fine, à aréoles très irrégulières, renfermant une substance hyaline et beaucoup de cellules très pâles, ayant en moyenne 0",m,02 à 0mm,025 et renfermant un noyau également pâle de 0D,m,008 à 0mm,01, dans lequel on ne reconnaît qu’exceplionnellement un nucléole. Beaucoup de ces cellules renferment une certaine quantité de très petites vésicules graisseuses qui les remplissent à un tel point, qu’elles offrent l’aspect des globules granuleux. Par places, les noyaux paraissent également infiltrés de ces granules.

DVI. — Tumeur sarcomateuse de V attache supérieure du muscle vaste externe. (PI. CLXXXII, fig. 17.)

Une femme, âgée de vingt-neuf ans, arrive le 27 novembre 1856 dans ma division de l’hôpital de Zurich. Elle est atteinte depuis sept jours de douleurs à la partie supérieure de la cuisse droite, qui est légèrement engorgée et douloureuse à la pression. Les douleurs avaient diminué et la malade paraissait assez bien, lorsque, le 8 décembre, elle meurt rapidement, sans cause connue.

A l’autopsie, nous ne trouvons aucun organe interne malade. Le tissu cellulaire de l'attache de la cuisse au bassin est infiltré d’une substance gélatiniforme, et la partie supérieure du muscle vaste externe est le siège d'une tumeur sarcomateuse du volume d’un œuf de poule; une tumeur semblable, plus petite, se trouve près de l’attache du muscle fessier moyen. Ces tumeurs sont entièrement composées de tissu fibro-plastique, d’éléments cellulaires variés, de tissu connectif, et parsemées dans quelques endroits de réseaux osseux.

T. U. — AXAT. PATHOL. — G9* I.IVR.

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