‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 10 sur 176 · PATHOLOGIE CELLULAIRE ET PATHOLOGIE TISSULAIRE · texte numérisé non relu

PATHOLOGIE CELLULAIRE ET PATHOLOGIE TISSULAIRE

C'est sur cette base fragile des propriétés hypothétiques attribuées aux cellules considérées comme pouvant agir d'une manière indépendcmte, que Virchow a basé sa théorie de « la pathologie cellulaire », laquelle, naturellement, n'est pas moins hypothétique en tous points. En effet, pas plus à l'état pathologique qu'à l'état normal, on ne voit une catégorie de cellules jouer à elles seules un rôle quelconque, soit pour se nourrir, soit pour fonctionner, soit enfin pour se reproduire, suivant les propriétés que l'auteur leur attribue et dont les modifications ou déviations expliqueraient toutes les productions pathologiques.

n suffit d'observer les faits pour s'assurer que les cellules ne peuvent se nourrir que si les matériaux de nutrition leur sont apportés par la circulation et si les conditions physiques sont propices aux échanges osmotiques nécessaires ; qu'elles ne sont susceptibles de fonctionner que dans ces conditions qui nécessitent déjà l'intervention d'autres éléments et notamment la présence des liquides plasmatiques aussi indispensables que les cellules ellesmêmes ; que celles-ci doivent même être renouvelées plus ou moins rapidement; et qu'enfin, pour pourvoir à leur remplacement, rien n^est moins démontré que leur division, difficile même à comprendre avec la continuation de leur fonctionnement.

Ce n'est pas à dire que le rôle des cellules soit négligeable. Bien au contraire, il doit être particulièrement étudié en raison de son importance. Mais le fait certain, c'est qu'il ne faut pas négliger davantage le rôle des autres éléments dont ne peuvent se passer les cellules, comme on paraît le croire en général. C'est que, à l'état pathologique, les phénomènes anormaux portent è. la fois sur toutes les parties constituantes d'un tissu, toujours intimement unies comme à l'état normal, et qu'en voulant les considérer isolément, on est obligé de faire une hypothèse contre nature. C'est ainsi que même après avoir fait l'apologie dé « la cellule », l'auteur de la Pathologie cellulaire ne s'occupe plus guère que des «tissus physiologiques et pathologiques».

Ainsi que l'a établi Bichat, les tissus constituent à l'état normal la base sur laquelle reposent nos connaissances nécessaires pour comprendre les actes biologiques. Il est donc rationnel que les tissus soient également envisagés dans toutes leurs parties constituantes pour interpréter les modifications pathologiques dont ils peuvent être le siège et qui sont du ressort de la biologie pathologique. C'est pourquoi il ne saurait y avoir de « pathologie cellulaire » qu'en théorie, et que ce qui tombe sous les sens est toujours une pathologie tissulaire.

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