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CHAPITRE IV

En général, on a de la tendance à considérer l'organisme affecté comme étant en quelque sorte à l'état statique et présentant des phénomènes produits par les causes nocives ou suscités par ces causes, au moins en partie, et dans un but de défense, etc. Or, on oublie trop que l'organisme une fois créé continue de se développer et d'évoluer en présentant incessamment des changements en rapport avec sa nutrition et la rénovation de ses éléments constituants. Ces phénomènes biologiques ne cessent pas de se produire dans les états pathologiques, mais sont plus ou moins modifiés; de telle sorte qu'il faut tout d'abord s'enquérir de ce qu'il advient d'eux

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dans les diverses conditions anormales où se trouve Torganisme. On arrive alors facilement à se rendre-compte de Torigine et de la nature de la plupart des lésions sans avoir recours à aucune hypothèse, à aucune théorie. Il ne s'agit que d'observer ce qui se passe à Fétat normal et à Fétat pathologique avec toutes les transitions possibles.

Si Ton ignore la cause première de la production des êtres organisés, comme du reste de toute chose, l'observation prouve d'une manière certaine que tous les organismes se développent et évoluent d'une manière déterminée pour chaque espèce dans les conditions où la vie est possible. Celle-ci se maintient dans tous, quels qu'ils soient, par les phénomènes de nutrition, variables comme intensité aux diverses périodes de l'évolution, mais toujours caractérisés par les actes d'assimilation et de désassimilation, considérés depuis de Blainville comme caractérisant la vie, en même temps que par la rénovation des éléments cellulaires peu k peu détruits au fur et à mesure du fonctionnement des organes. C'est l'étude des modifications apportées dans tous ces phénomènes suivant nos connaissances actuelles qui doit servir de base à l'interprétation des phénomènes pathologiques. Ceux-ci seront envisagés dans les trois phases principales parcourues successivement par l'organisme humain : i® dans la période embryonnaire ou de formation ; 2** dans la période fœtale, et 3° dans la période extrautérine qui comprend l'enfance, l'état adulte et la vieillesse.

!•* Période embkyonnairb ou de formation. — L'élude de l'action des agents pathogènes sur l'organisme pendant sa période embryonnaire est particulièrement instructive, non seulement en raison de ce qu'elle apprend pour cette période, mais encore parce qu'elle sert en même temps de point de départ pour expliquer les phénomènes anormaux constatés pendant les autres périodes. On ne saurait admettre, en effet, que le principe qui est reconnu vrai pour une période, ne le soit pas pour une autre du même organisme évoluant inévitablement d'une manière déterminée.

Cependant, ce mode d'évolution a été contesté et ce point doit être avant tout éclairci.

Il parait établi aujourd'hui que l'œuf ou Tovule fécondé est une production cellulaire résultant de la coalescence des produits mâle et femelle, et que le développement de l'embryon a lieu par ime multiplication cellulaire ayant cette première cellule pour origine, puis par une différenciation des éléments anatomiques,

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de telle sorte que ces phénomènes se produisent toujours de la même manière pour aboutir aux mêmes résultats dans un temps déterminé chez les organismes de la même espèce.

Pour se rendre compte de ce développement régulier des organes, on avait d'abord admis leur préexistence dans Tovule. Cette hypothèse ayant été abandonnée, on s'est ingénié à faire entrer dans le protoplasma ovulaire, sous des noms variés, des éléments représentatifs des organes afin d*expliquer leur développement par inQuence ancestrale. Ces théories généralement admises n'ont pu recevoir aucune démonstration. M. Delage a fait la critique de chacune d'elles en insistant sur celle de Weismann qui est la plus répandue, et il a parfaitement montré qu elles ne reposent que sur des vues de Tesprit.

Tout en approuvant les critiques de M. Delage, nous sommes forcé de reconnaître que, s'il a été habile à démolir les édifices relatifs à la constitution du protoplasma cellulaire, il a moins bien réussi dans son essai de reconstruction, quoique ce fut en apparence sur une base plus solide. « L'œuf, dit-il, n'est point forcé par sa constitution physico-chimique à suivre dans son développement une voie unique, rigoureusement déterminée : il contient en lui une multitude de possibilités d'évolutions. S'il en suit une seule, c'est qu'il rencontre à chaque instant les conditions ambiantes précisément nécessaires pour le conduire dans celle-là. »

Cette citation résume la doctrine de l'auteur. Elle a du reste pour origine celle de W. Roux, à laquelle il donne le nom de biomécanique. Elle nous parait renfermer des affirmations qui manquent de preuves, puis la simple constatation d'un fait, présentée comme une explication.

L'auteur affirme que « l'œuf n'est point forcé de suivre un développement unique rigoureusement déterminé » ; mais pour le prouver, il ne suffit pas de dire qu'il contient en lui une multitude de possibilités d'évolutions : il faudrait le démontrer autrement qu'en citant quelques variations pathologiques qui, au contraire, sont la preuve de la persistance dans les productions organiques, des phénomènes évolutifs habituels, malgré les troubles plus ou moins considérables qui peuvent y être apportés, et dont les spécimens sont nombreux puisqu'ils se rapportent, comme il sera démontré, à tous les phénomènes pathologiques. 11 y a, non pas des évolutions diverses, mais seulement des déviations variables dans les évolutions normales sous l'influence de causes nombreuses. L'auteur lui-même reconnaît que « l'œuf ne suit qu'une seule

évolution » et il croit l'expliquer en disant que « c'est parce qu'il rencontre à chaque instant les conditions ambiantes précisément nécessaires pour le conduire dans celle-là ». Cette explication ressemble singulièrement à celle qui attribue à la propriété dormitive le pouvoir que possède Topium de faire dormir. Tout au moins pour la justifier, il faudrait qu'en changeant les conditions ambiantes de Toeuf ont put obtenir une évolution différejite. Les tentatives faites dans ce but, n'ont rien changé à l'évolution, ou bien le développement a été enrayé. Ce qu'il y a de positif c'est que de l'œuf d'une poule, on n'a jamais fait sortir autre chose qu'une poule ou un poulet ayant une évolution déterminée par les ancêtres, et ne pouvant donner naissance à un individu d'une autre espèce. Tant qu'on n'aura rien pu changer à cet ordre de choses, il faudra toujours compter avec une évolution organique déterminée pour chaque espèce.

Déjà Cl. Bernard avait dit que « toute manifestation de l'être vivant est un phénomène physiologique et se trouve lié à des conditions physico-chimiques déterminées qui le permettent quand elles sont réalisées, qui l'empêchent quand elles font défaut ». C'est en somme le résultat de l'observation des faits en dehors de toute conception théorique. Et, pour ce qui concerne l'évolution de l'oi^anisme, le même auteur dit que « l'être vivant est comme la planète qui décrit son orbe elliptique ». 11 ajoute, il est vrai, que c'est « en vertu d'une impulsion initiale » ; mais il montre également que celle-ci est inconnue puisqu'elle se rattache à la cause première qui, comme la cause finale, « se confondent l'une et l'autre dans un inaccessible lointain ».

Ce sont, en effet, des connaissances qui nous font absolument défaut pour le moment. Mais cela ne saurait engager l'avenir, après les acquisitions que la science a pu faire pendant le siècle qui vient de s'écouler et qu'on n'aurait pas même pu soupçonner dans les siècles précédents.

Si les lois qui président à la production et à l'évolution de l'être vivant nous sont inconnues, nous savons cependant que ces phénomènes ne peuvent se produire que dans certaines conditions physico- chimiques plus ou moins bien déterminées; par conséquent il n'est pas admissible que les phénomènes de même nature qui s'y rattachent soient sous la dépendance de causes d'un autre ordre. La métaphysique est une question de sentiment qui n'a rien à faire avec la science. La force vitale ne peut rien expliquer, pas plus que la force héréditaire contre laquelle M. Delage s'élève

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avec raison. « 11 en est d'ailleurs de même, dit Cl. Bernard, de ce que nous appelons les forces physiques'^ ce serait une illusion de vouloir rien prouver par elles ». Mais contrairement à l'opinion de l'illustre physiologiste, nous ne croyons pas que les conceptions métaphysiques soient nécessaires, même confinées dans le « domaine intellectuel où elles sont nées » ; d'abord parce que ne servant à rien, elles sont inutiles, ensuite parce qu'elles font croire à une explication qui n'existe pas, et ne peuvent donner que des illusions trompeuses. Cl. Bernard le reconnaît lui-même, lorsqu'il dit que « toutes les harmonies naturelles se ramènent à des considérations physico-chimiques quand nous en connaissons le mécanisme ». Mieux vaut donc constater ce que nous ignorons pour chercher dans l'avenir h. le connaître, sans désespérer de rien pour la suite des siècles en raison de ce que nous avons pu acquérir dans un temps relativement court.

C'est ce qu'enseigne la philosophie positive qui, seule, peut servir de guide dans les recherches scientifiques. Par conséquent nous partons bien du même principe que M. Delage pour Rechercher les causes du développement de l'œuf et nous constatons que « les tropismes et les tactismes, l'excitation fonctionnelle, l'action des ingestas et egestas de la nutrition » ainsi que « les conditions ambiantes de tout ordre », pas plus que « la constitution du plasma germinatif » telle que nous la connaissons actuellement, toutes causes invoquées par cet auteur pour rendre compte de l'ontogenèse, ne sont capables de nous révéler le pourquoi de la production d'un individu toujours semblable à celui qui l'a engendré et évoluant de la même manière.

Ces causes existent très certainement, aussi bien que celles de tous les phénomènes que nous pouvons observer; mais il est non moins certain qu'elles nous échappent encore. Et du reste j quand bien même nous les connaîtrions, cela n'empêcherait pas que nous dussions prendre en considération le fait essentiel de r immutabilité dans le développement et révolution de tout organisme^ placé naturellement dans les conditions où la vie est possible. Il est bien certain que pour arriver à se former, à se développe^ convenablement et à parcourir les diverses phases de son existence l'être a besoin que ses milieux intérieurs et extérieurs soient convenablement adaptés à sa destinée, c'est-à-dire aux conditions préétablies par ses ancêtres.

. Si des changements sont produits dans ses milieux spontanément ou expérimentalement, il en résultera des modifications plus ou

moins appréciables dans les phénomènes de formation, de développement ou d'évolution de l'organisme suivant Tépoque où ils auront eu lieu; et même dans tous les temps, la mort de l'organisme pourra se produire lorsque ces changements seront devenus incompatibles avec Fexistence. Mais tant que Tôtre vivra, on pourra toujours retrouver dans les modifications qui se présenteront les mêmes tendances à la formation, au développement et h l'évolution déterminés par l'origine ancestrale.

Il résulte de ces considérations que les agents nocifs pourront rendre leur action manifeste par les modifications apportées aux phénomènes naturels ou biologiques qui se passent dans l'organisme depuis son origine jusqu'à sa mort, comprenant, non seulement les phénomènes de formation, de développement et d'évolution, mais encore lous les phénomènes se rattachant à la nutrition et au fonctionnement des organes^ qui offrent dans leur production un caractère non moins immuable.

Dans la phase de formation et de développement de l'organisme, l'agent nocif entravant son action, donnera lieu à des arrêts de développement et à des productions anormales constituant les malformations ou monstruosités^ c'est-à-dire à des variations ou déviations morphologiques qui, par leur aspect extérieur, diffèrent plus ou moins des productions normales, mais dont la constitution et l'évolution se comportent comme les produits normaux. Ainsi que le fait remarquer Davaine, d'après Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, les monstres eux-mêmes n'échappent pas aux lois de l'organisation. Ce sont les mêmes éléments anatomiques disposés d'une manière analogue, qui constituent les productions anormales. Leur développement et leur évolution s'opèrent par le même mécanisme. Ch. Robin montrant l'influence successive de la génération d'un tissu sur celle d'un autre et l'apparition nécessaire des divers organes dans un ordre détejpminé, ajoute que « cela se produit et se poursuit inévitablement dans un ordre analogue jusque dans les monstruosités ». Par conséquent l'agent nocif n'aura eu d'autre influence, s'il n'a pas compromis l'existence de l'organisme, que d'apporter un obstacle aux phénomènes de formation se produisant au moment de son action, pour les empêcher ou les entraver plus ou moins, mais sans qu'il en résulte d'autres troubles évolutifs.

C'est précisément ce qui résulte des expériences faites à ce sujet, notamment par Dareste, qui, mieux que ses devanciers, a tenu compte des différences observées sur l'embryon en voie de formation par rapport à celui qui est complètement formé, démontrant

que les causes accidentelles qui produisent les monstruosités n'agissent point sur l'organisation toute faite, mais la modifient pendant qu'elle s'effectue « et qu'en définitive, comme le dit M. Mathias Duval, la teratogénie n'est qu'une embryogénie modifiée ». Le même auteur s'appuyant sur les travaux de Dareste, de M. Ch. Féré, de M. Ballanthyen, dit que « la formation des parties est pour ainsi dire la fonction générale de l'embryon. Aussi les causes pathogéniques ne peuvent-elles produire que des troubles de formation, de développement, c'est-à-dire, aboutir à des malformations, à des arrêts de développement, à des monstruosités en un mot ».

En effet, les monstruosités ou anomalies peuvent être produites expérimentalement, presque à coup sûr, lorsqu'on opère dans la période embryogénique, si l'action perturbatrice est suffisante et n'est pas non plus poussée à un tel degré qu'il en résulte la cessation de la vie. « Je suis sûr, dit Dareste, en agissant d'une certaine façon de produire une monstruosité quelconque ; mais je ne puis pas produire une monstruosité déterminée. » Cet auteur semble attribuer le fait à ce que « les mêmes anomalies peuvent être le résultat des conditions les plus différentes ». Or, cela prouve évidemment que la nature des modifications produites ne dépend pas de la nature de la cause qui, dans tous les cas, agit en déterminant un trouble plus ou moins prononcé dans les phénomènes de formation de l'organisme.

Du reste en mettant en jeu la même cause nocive on n'arrive pas davantage à produire une anomalie déterminée, parce que Ton n'est pas certain d'agir toujours avec une intensité égale et surtout au même moment précis du développement de l'organisme; ce qui serait nécessaire, pour donner lieu au même trouble. C'est ainsi qu'on se rend parfaitement compte des tentatives infructueuses qui ont été faites en vue de produire expérimentalement des monstruosités déterminées, en employant les mêmes moyens et, à plus forte raison, en se plaçant dans des conditions différentes.

Non seulement la diversité des causes n'a qu'une influence relative sur la production des monstruosités ; mais il en est encore de même de l'intensité de leur action qui, si elle est très forte, détermine la mort de l'embryon, et qui, à un moindre degré, ne produira pas des effets sensiblement différents, lorsqu'elle aura été appliquée au môme moment du développement embryonnaire.

C'est l'époque où la cause aura agi qui apportera le plus de modifications dans ses effets. « Il est clair, dit Davaine, que les

déviations seront généralement d'autant plus importantes qu'elles seront plus rapprochées de Tépoque où Torgane se constitue histologiquement », c'est-à-dire, que la cause nocive aura agi à une période moins avancée de la formation de Tembryon. Ainsi les monstruosités les plus prononcées sont celles qui résulteront d'accidents survenus dans la fécondation, puis dans les premières phases de formation ; tandis que les troubles produits vers la fin de cette période ne donneront plus lieu qu'à de simples anomalies plus ou moins limitées.

Cependant on ne peut affirmer qu'une chose au sujet de la cause d'une monstruosité, c'est qu'elle n'a pas pu se produire après une époque déterminée; car son influence peut remonter plus ou moins loin, et jusque dans les générateurs, par le fait des conditions héréditaires ou acquises qu'ils peuvent présenter, et dont l'influence peut se faire sentir à toutes les périodes de la phase embryonnaire. Ces faits ressortent nettement des observations relatives à l'atavisme et aux influences héréditaires acquises, notamment à celles qu'on peut provoquer expérimentalement comme l'ont fait MM. Charrin et Gley.

Dans tous les cas, qu'il s'agisse d'une influence héréditaire ou directe ayant produit une monstruosité, il est certain que la cause n'a pu avoir d'effet que pendant la période embryonnaire par une action, soit sur les générateurs, soit sur l'ovule au moment de la fécondation, soit surtout sur le nouvel organisme à partir de cette époque jusqu'à son entière formation.

Si certains expérimentateurs ont échoué dans la production des monstruosités, c'est qu'ils ont fait porter l'action de la cause nocive sur un organisme déjà formé, comme il est arrivé pour des œufs d'oiseaux où la période embryogénique est limitée aux premiers jours de l'incubation.

Cette période qui varie suivant les animaux, doit être connue pour expliquer Faction des agents nocifs. Dans l'espèce humaine, cette action ne peut donner lieu à des monstruosités après le deuxième mois de la gestation, parce que la période de formation est achevée et qu'on est entré dans la période fœtale. Il en sera de même chez tous les animaux, en tenant compte, pour chaque espèce, de la durée de la période embryogénique, au delà de laquelle les phénomènes observés sous l'influence des mêmes causes seront totalement difl'érents; parce que leur action qui, cependant, n'a pas changé de nature, se fera sentir sur des phénomènes biologiques d'un autre ordre. C'est ainsi que les mêmes causes pourront avoir

une action tératogénique sur reiûbryon et une action pathogénique sur le sujet déjà formé, suivant la remarque de M. Mathias Duval.

Par contre, les causes nocives ne produiront jamais sur Tembryoa les troubles qu'elles déterminent sur le sujet déjà formé, parce qu'il y a seulement des organes en formation^ comme le dit aussi très justement le môme auteur qui admet avec M. Ballanthyen que « les termes de tératologie ou de tératogénie et ceux de pathologie de l'embryon sont synonymes ».

Ces faits qui ressortent surtout des expériences de Dareste au moyen d'agents mécaniques et chimiques, onl été rendus non moins manifestes par les expériences de M. Ch. Féré qui s'est servi de substances d'origine microbienne ou toxique, dont la différence d'action sur l'embryon et sur le fœtus est encore plus évidente. Dans les deux cas, l'agent est également nocif, puisque, comme l'a montré aussi M. Ch. Féré « les toxines qui sont le moins tératogènes pour l'embryon de poulet, sont celles qui proviennent des microbes auxquels la poule est moins sensible ». (M. Duval.) Or, comme cet agent est tératogène dans le premier cas et pathogène dans le second; on peut en déduire que l'effet morbide dépend de l'état physiologique de l'organe au moment où il est affecté.

2° Période fœtale. — Cette manière d'interpréter les phénomènes pathologiques ressort très nettement de ce que Ton peut observer sur le fœtus après la période de formation, pendant l'accroissement des organes dont les phénomènes évolutifs se rapprochent plus ou moins de ce qu'ils seront après la naissance. Les mêmes causes qui auraient produit dans la période embryonnaire une monstruosité ou une anomalie quelconque, donneront lieu à des états pathologiques analogues à ceux qu'on observe après la naisance.

Cependant, comme les fonctions des divers organes sont bien inférieures chez le fœtus à ce qu'elles seront ultérieurement, les troubles résultant des causes morbigènes seront aussi moins accusés. Leur degré sera en rapport direct avec l'âge du fœtus. C'est ce que l'on peut observer dans certaines maladies atteignant à la fois la mère et le fœtus, comme la variole par exemple. On peut dire d'une manière générale que les manifestations pathologiques seront d'autant moins marquées, que le fœtus sera plus récemment sorti de la période embryonnaire, et qu'elles seront d'autant plus accusées qu'elles se produiront plus près de l'époque de la naissance. Et de même aussi les lésions se remarqueront surtout sur les organes dont le fonctionnement est prédominant. C'est ainsi que

chez le fœtus on trouvera principalement des lésions primitives du cœur droit contrairement à ce qu'on observe après la naissance où ces lésions sont tout à fait exceptionnelles.

Mais chez le fœtus, il y a encore à considérer Teffet d'une cause pathogène sur le développement et l'accroissement des organes, qui se produisent avec une grande activité à partir de la formation complète de lorganisme. Il y aura donc en outre des arrêts de développement et d'accroissement d'autant plus prononcés que la cause nocive aura fait sentir ses effets à une époque plus rapprochée de la période embryonnaire. Ils seront en sens inverse des troubles morbides proprement dits.

Dans tous les cas, l'action morbigène des agents nocifs sera en rapport avec Tétat des organes au point de vue de leur développement, de leur accroissement et de leurs fonctions. Elle se fera d'autant plus sentir que les phénomènes physiologiques seront plus accusés ; parce que, à ce moment encore, elle sera fonction anormale des organes, en prenant le terme dans sa plus large acception.

Il résulte, en somme, des considérations précédentes que les modifications pathologiques présentées par le nouvel être dans le sein maternel sont dues aux troubles produits par les agents nocifs dans la continuation des phénomènes de formation, de développement, d'accroissement et de nutrition, qui ont lieu conformément aux dispositions ancestrales. Ces troubles consistent seulement en des déviations des phénomènes normaux, dont les variétés résultent surtout de l'époque où la perturbation a eu lieu et sont en rapport par conséquent avec les périodes de formation de l'embryon et de développement du fœtus.

3* Période extra-utérine. — S'il est bien démontré que, dans les périodes embryonnaire et fœtale, les mêmes causes morbifîques ne se manifestent que par des troubles en rapport avec la production des phénomènes ^biologiques, considérés aux diverses époques de l'évolution du nouvel être; il y a tout lieu de croire qu'il doit en être de même après la naissance, l'organisme n'ayant pas changé de nature et ne pouvant pas se comporter autrement à l'égard des causes nocives, que par des modifications plus ou moins appréciables dams ces phénomènes qui se continuent dans tout le cours de son existence. C'est ce qui résulte, en effet, non seidement de la conception rationnelle du mode d'action des causes nocives sur l'organisme vivant, précédemment établie et généra-

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lisée à toutes les époques de son existence, mais encore de Tobservation des faits pathologiques qui, bien manifestement, ressortissent k la môme loi.

A partir de la naissance jusqu'à la mort, l'organisme suit un développement et une évolution déterminés par les ancêtres de chaque espèce, et dont il ne peut pas plus s'éloigner dans cette période que dans celle des phases congénitales, si toutefois il est placé dans des conditions à pouvoir vivre.

Le développement et la croissance, d'abord très actifs dans l'enfance, vont en diminuant dans l'adolescence jusqu'à la constitution définitive de l'organisme. Il y a ensuite une période d'état relatif; car si le développement de tous les organes est entièrement achevé vers la vingtième année, il ne s'en suit pas qu'il ne se produise aucune modification évolutive jusqu'au moment où. Ja période de déclin de la vie se manifeste par des phénomènes de régression et d'atrophie.

En effet, l'organisme entier, considéré dans son évolution, présente une phase de développement et d'accroissement avec une grande activité des organes et une nutrition correspondante. Puis, après une période où ces modifications sont moins appréciables, et qui, pour cela, est dite période d'état, succède une période de déclin bien évidente, où se manifeste de plus en plus la diminution d'activité organique, à laquelle correspond une nutrition également diminuée.

Quoique l'organisme présente ainsi un état bien différent chez Tenfant ou l'adolescent et chez le vieillard, on est toujours en présence de phénomènes normaux, parce qu'ils correspondent au cycle inévitable parcouru par l'organisme, en vertu de lois encore inconnues. Ils devraient môme aboutir à la mort normale^ si, dans l'état de déchéance où se trouve l'organisme chargé d'ans, le trouble d'un organe important (en général moins fréquent qu'auparavant mais plus grave) ne suffisait à mettre fin à l'existence.

Or, sous l'influence des causes nocives, l'évolution organique peut être plus ou moins troublée aux diverses périodes de l'existence, mais principalement, d'après la loi générale, au moment où les modifications physiologiques seront les plus actives, c'est-à-dire pendant la période de croissance. Lorsque les troubles seront assez considérables pour occasionner un arrêt de croissance, ce phénomène prendra rang dans l'appareil symptomatique tout comme les malformations dans la période fœtale, mais ne constituera jamais à lui seul la manifestation morbide, comme dans la phase

embryonnaire, où la formation de Torgane est sa fonction principale; parce que la mise en activité des organes est le phénomène essentiel; que leur modification évolutive est devenue graduellement un phénomène secondaire, et d'autant plus qu'on s'éloigne de l'époque de la naissance.

Ces phénomènes de croissance auxquels succèdent ceux d'atrophie sénile sont du reste intimement liés aux phénomènes de nutrition et de rénovation cellulaire des organes avec lesquels ils se confondent en quelque sorte; ces derniers étant en somme les phénomènes dominants de la vie. Ce sont eux qui doivent être principalement troublés et dont les modifications ou déviations constituent toutes les modalités pathologiques observées, avec les variations se rapportant aux diverses phases d'évolution de l'organisme.

C'est ainsi que tous les produits inflammatoires aigus ou chroniques, quelque variés qu'ils soient, que toutes les tumeurs, que toutes les productions dégénératives, ne résultent que de troubles survenus sous l'influence d'agents nocifs divers et de conditions très variées, dans les phénomènes d'évolution et de nutrition de l'organisme, dont les éléments constituants sont sans cesse en voie de modification et même de destruction et de rénovation, se présentant sous des aspects variés et en nombre plus ou moins augmenté, sans avoir changé de nature. 11 n'y a toujours que des phénomènes de composition et de décomposition plus ou moins modifiés, mais sans aucun processus nouveau^ quel que soit le nom de la maladie.

On ne saurait s'imaginer, en effet, sans sortir de la voie biologique, que l'organisme, non seulement élabore des produits contre nature (ce qui n'est plus admis), mais môme qu'il donne lieu à des produits similaires ou analogues, qu'il réagisse en luttant contre des agents nocifs, qu'il se défende en donnant lieu à des processus spéciaux; ce qui implique encore des productions tout autres que celles dues aux phénomènes nécessaires à l'entretien de la vie.

Nous ne voyons naître aucune entité morbide; nous observons seulement, sous l'influence des causes diverses, des modifications dans les phénomènes naturels, reconnaissables dans tous les états pathologiques; de telle sorte que ceux-ci doivent toujours être ramenés à une simple déviation passagère ou permanente des pliénomènes biologiques normaux^ quel que soit l'aspect sous lequel ils se présentent. Voilà la loi, la loi fondamentale qui doit pré-

valoir en dehors de toute théorie, parce qu'elle ressort nettement de Texanien pur et simple des phénomènes physiologiques et pathologiques relatifs à Tentretien de la vie, comme il est facile de s'en rendre compte.

La vie se maintient au moyen de la respiration et de l'alimentation qui apportent au liquide nutritif les éléments nécessaires à sa constitution. Ce liquide crée donc aux cellules un milieu intérieur avec lequel s'établissent des échanges constituant les phénomènes d'assimilation et de désassimilation, et d'où résultent aussi la production de déchets qui seront éliminés. En ajoutant que parmi ces déchets se trouvent des débris cellulaires et des cellules qui doivent être renouvelés au fur et à mesure de leur destruction, nous aurons indiqué dans ses grandes lignes et sans faire d'hypothèse, en quoi consistent essentiellement les phénomènes de nutrition qui entretiennent la vie de l'organisme.

On connaît encore très imparfaitement ce qui se passe entre les éléments cellulaires et le liquide nutritif qui les imprègne; mais on sait que le métabolisme des cellules relève uniquement des conditions physico-chimiques dans lesquelles se trouvent les substances en contact, et qu'il en résulte pour ces cellules leur nutrition et une évolution particulière dans chaque tissu ou organe, se produisant toujours de la même manière pour chaque espèce animale et végétale. En outre on peut constater sur divers tissus que les jeunes cellules parcourent les phases de leur développement et de leur utilisation jusqu'à leur disparition sous des formes diverses, tout comme l'organisme entier parcourt les phases de son existence, et d'une manière aussi immuable, s'il ne survient aucune entrave.

Mais lorsque des agents nocifs ont été introduits dans le liquide nutritif par une voie quelconque, des troubles pourront se manifester sur un ou plusieurs points ou encore dans l'organisme entier, par suite des altérations de ce liquide et de ses rapports avec les éléments cellulaires des tissus.

Si l'agent nocif a agi tout d'abord directement sur les tissus; en môme temps que les éléments cellulaires auront été altérés ou détruits, les échanges entre ces éléments et le liquide nutritif seront immédiatement modifiés, et il en résultera, indépendamment des troubles locaux, d'autres troubles plus ou moins généralisés résultant de cette altération du milieu intérieur continuellement en mouvement.

Ainsi donc, dans le cas d'une agression de l'organisme, directe

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