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CHAPITRE III

QUELQUES CONSIDÉRATIONS SUR LE TISSU CONJONCTIF ET LE ROLE QU'ON PEUT LUI ATTRIBUER

<i Le tissu conjoncfif, dit M- Ranvier, correspond à peu près au tissu cellulaire de Bichat. Répandu dans le corps entier, il env©^ loppe tous les organes et pénètre dans leur intérieur pour leur former une sorte de squelette. »

L'auteur du Traité d'histologie, cite les parties de l'organisme où l'on rencontre du tissu conjonctif, mais ne le définit pas autrement Toutefois, il résulte de ses recherches que les fibres conjonctives sont essentiellement constituées par des faisceaux de fibrilles formés en> dehors des cellules, lesquelles se trouvent ainsi entre les. faisceaux. On aurait pu croire cette question du rapport des cellules avec les fibrilles définitivement tranchée ; mais M. Retterer a publié, il y a quelques années, une revue générale au sujet des découvertes récentes relatives au développement du tissu cour jonctif, d'où il ressort qu'il se manifeste une tendance à considérer au contraire les faisceaux de fibrilles conjonctives comme produits aux dépens des cellules elles-mêmes. - C'est donc le retour aux anciennes opinions contradictoires émises à ce sujet depuis les travaux de Schwann, Henle, Reichert, Lebert, Ch. Robin, Virchow, etc. ; ce qui prouve que des observateurs de premier ordre ont interprété différemment ce qu'ils ont wxj ou n'ont pas vu les mêmes choses, peut-être en n'observant pas les mêmes points, ni dans les mêmes conditions. Nous inclinons pour cette dernière hypothèse, en raison de l'interprétation relativement facile, fournie par les moyens actuels d'observation, et parce que c'est aussi l'impression que donne la lecture des travaux publiés à ce sujet.

Ce tissu se présente dans les diverses parties de l'organisme avec des dispositions particulières, et ordinairement avec l'adjonction de fibres élastiques, souvent de vésicules adipeuses, suivant les régions qu'il occupe et les fonctions qu'il remplit ; de telle sorte qu'il diffère notablement dans les tendons, les membranes d'enveloppe, le derme, les gaines des vaisseaux et des nerfs, dans l'épiploon, etc.,

OÙ il constitue autant d'appareils spécialement adaptés à une fonction, mais aussi avec le caractère général de servir de pro^ tection, de soutien ou de relier les parties entre elles. En tout cas partout où il y a du iissti fibreux proprement dit, on trouve, comme Ta indiqué M. Ranvier, des faisceaux fibrillaires indépendants des cellules, lesquelles sont situées entre les faisceaux; ceux-ci étant, par conséquent, extra-cellulaires.

11 est plus difficile de savoir s'il s'agit de fibrilles primitives réunies pour former les faisceaux, ou s'il y a d'abord une masse homogène subissant ultérieurement la fibrillation ; mais cette dernière interprétation nous paraît la plus probable, d'après les observation^ que nous avons faites dans les cas pathologiques.

On peut aussi se demander quels sont les rapports existant entre ces cellules et ces faisceaux?

Il est très vraisemblable que des échanges ont lieu entre ces parties dans les actes nutritifs ; mais il n'est guère possible de croire à la formation de ces faisceaux uniquement aux dépens d'une matière élaborée par les cellules : celles-ci étant trop peu nombreuses et trop petites pour fournir de pareils matériaux. On dit, il est vrai, que sur l'embryon, ce tissu ne renferme d'abord que des cellules au sein desquelles on voit ultérieurement apparaître des faisceaux de fibres conjonctives; mais c'est un argument employé par les deux parties pour prouver que les fibres sont extra ou intracellulaires. On oublie que les cellules se trouvent au sein d'une substance intermédiaire aussi réduite que l'on voudra, maià indispensable assurément pour que les échanges nutritifs puissent avoir lieu avec les produits fournis par le sang. Or, en général, oïl ne tient pas compte de ces sucs nutritifs qui, à l'état normal, ne sont même pas quantité négligeable, et qui, à l'état pathologique, sont susceptibles de prendre de grandes proportions. Dans ce dernier cas, on peut même suivre la formation du tissu fibreux depuis la production des exsudats liquides ou demi-liquides dans lesquels se trouvent les cellules, et où l'on voit se produire graduellement la substance hyaline d'abord molle, puis de plus en plus ferme, jusqu'à la constitution de faisceaux durs hyalins ou fibrillaires entre lesquels persistent les cellules aplaties.

Dans tous les cas, il s'agit bien d'une production extra-cellulaire formée par des substances provenant du sang, mais certainement après des échanges avec les cellules qui jouent vis-à-vis de celte production le même rôle que les cellules du tissu cartilagineux ou osseux vis-à-vis de la substance fondamentale intermédiaire.

Doiic, qui dit tissu fibreux, dit tissu constitué par une substance fondamentale hyaline, en faisceaux déliés ou plus ou moins volumineux, homogène ou fibrillaire, dans laquelle se trouve disséminées des cellules en quantité variable, mais d'autant moindre que la substance fondamentale est plus abondante, que les faisceaux sont plus volumineux et plus compacts, ordinairement avec Tadjonction de fibres élastiques et souvent de tissu cellulo-adipeux, suivant les régions.

En admettant que les faisceaux conjonctifs sont recouverts de cellules plates à la façon des séreuses, on devait nécessairement assimiler ces cellules aux endothéliums qui recouvrent ces membranes, et penser qu'il existe pour ainsi dire des surfaces séreuses interposées entre les éléments propres deç organes partout où se trouve du tissu fibreux. C'était admettre, en somme, avec Kfilne Edwards, de minces lacunes représentant les parties les plus profondes du système lymphatique. Mais la communication de ces prétendus espaces lymphatiques avec les véritables vaisseaux de même nom n'a pas pu êtte prouvée. Bien au contraire, on a toujours trouvé que ces derniers, tapissés par un endoihélium continu^ étaient fermés; et M. Renaut fait remarquer avec raison que les injections par lesquelles on a cru démontrer le passage des liquides du tissu conjonctif dans les voies lymphatiques n'ont pu arriver dans ces vaisseaux que par effraction.

Mais, à toutes les raisons que l'on a données pour prouver qu'il n'existe pas de canaux du suc dans le tissu conjonctif, il faut précisément ajouter le fait qu'il n'y a pas pour le contenir un épithélium continu, comme on le trouve dans tous les canaux et dans toutes les cavités de l'économie dont il tapisse les parois. Nulle part on ne voit un endothélium discontinu \\xn\idjïi une cavité où circulerait de la lymphe ou tout autre liquide. Il ne pourrait pas en être différemment pour le tissu fibreux, s'il existait véritablement des cavités înterfasciculaires. Or, ces cavités n'existent pas et il n'y a pas non plus de raison pour que l'on persiste à considérer les cellules Interfasciculaires comme un endothélium discontinu et en somme comme un endothélium qui fait supposer leur existence.

On voit, en effet, pour peu que les faisceaux fibreux soient épais^ et denses, que c'est à peine si Ton peut apercevoir les cellules intermédiaires ou plutôt leur noyau avec ou sans substance protoplasmique appréciable. D'autres fois, cette substance est plus ou moins abondante et très irrégulièrement disposée entre les

faisceaux, sans contours déterminés et sans adaptation avec lapériphérie des cellules voisines, contrairement à ce qui a lieu pour tous les endothéliums véritables. Si la substance dite protoplasmique des cellules est répandue irrégulièrement et se trouve en communication dans les points où les cellules sont voisines, ce n'est pas à la façon des endothéliums, mais d'une manière diffuse comme il peut arriver pour toutes les cellules répandues dans une substance fondamentale.

Il y a tout lieu de croire qu'il en est ainsi pour le tissu ûbreux. On y voit en somme des noyaux dans une substance intermédiaire dite protoplasmique qui est comme infiltrée entre les faisceaux fibrillaires disposés de toutes manières ; de telle sorte que cette substance plus abondante au niveau des points où les faisceaux sont légèrement écartés se poursuit irrégulièrement en s'amincis* sant sur ceux où les faisceaux sont plus immédiatement en contact. Il en résulte aussi que, lorsqu'ils sont dissociés, ces faisceaux offrent les empreintes dues à leur entre-croisement. On peut bien se rendre compte que la substance intermédiaire est très mince sur certains points et plus épaisse vers les entre-croisements de plusieurs faisceaux superposés.. Il semble qu'elle envoie comme des prolongements reliés avec d'autres prolongements provenant des amas voisins, et qui, pour ce motif, sont dits anastomotiques. En réalité, ces prolongements résultent de la présence de la même substance diffusée irrégulièrement entre les faisceaux, en quantité variable suivant les espaces laissés entre eux.

Cette substance est très modifiable dans les cas pathologiques où on la trouve souvent plus fluide et plus abondante ; ce qui nous fait croire qu'il s' agit non d'un protoplasma cellulaire limité, mais plutôt d'une substance dans laquelle sont plongées les cellules qui n'ont, il est vrai, de bien manifeste que leur noyau. Et même dans bien des cas pathologiques, c'est lui seul qu on aperçoit entre les faisceaux, la substance protoplasmique étant si peu abondante et si fluide qu'elle passe inaperçue et qu'on en trouve à peine des traces. U est vraisemblable que dans tous ces cas le protoplasma cellulaire est réellement peu abondant et sans limites précises, qu'il se confond plus ou moins avec la substance intermédiaire dont l'analogie ou la similitude avec le protoplasma est toujours plus ou moins manifeste. Enfin, iLne saurait y avoir d'éléments cellulaires sans un milieu qui rende les échanges nutritifs possibles.. Et ce milieu participe avec l'élément cellulaire aux modifications constatées dans les états pathologiques qui servent en quelque sorte à sa démonstration,:

mais qui ne se produiseat que sous TiaQuence de modificatioiis surveaues daas Tétât des vaisseaux.

Le tissu conjoactif, coasidéré daas ses rapports avec les éléments propres des tissus à Tétat aormal et surtout à Tétat pathologique^ a doaaé lieu à des opiaioas coatradictoires aombreuses qui mériteraient d'être discutées si la queslioa était Tobjet d'un travail spécial. Mais ne pouvant pas lui donner un pareil développement dans cet ouvrage, nous nous bornerons à mettre nettement en évidence comment, seloa aous, oa doit compreadre Torigiae et le rôle des cellules coajoactives et, par coaséqueat, ce que Ton doit entendre sous la dénomination de tissu conjonctif ou mieux de substance conjonctive^ espéraat que les argument*^ en faveur de notre interprétation ressortiront de Tétude de tous les phénomènes pathologiques auxquels cette question est intimement liée.

Et d'abord il est un point au sujet duquel il aous est impossible de souscrire à Topiaioa des auteurs : c'est à propos de la coastitutioa du tissu conjonctif dans laprofondeur des organes. Oa admet,., ea effet, sa péaétratioa daas les divers orgaaes jusqu'aux cellules propres qui caractériseat chacua d'eux. Et comme, d'après M. Raavier, « le tissu coajoactif est coastitué partout par les mêmes éléments », il s'ea suit que les faisceaux à fibrilles conjonctives extra^cellulaires qui accompeigaent. les vaisseaux artériels et veineux dans le tissu fibreux lâche jusque dans la profondeur des organes, devrait se trouver encore auprès des capillaires qui pénètrent pluï profondément, puisque tout ce qui n'est pas vaisseaux^ nerfs on cellules propres d'un organe, est dit tissu conjonctif par les auteurs^ Or, c'est en vain qu'on y chercherait les faisceaux Wbrillaires avec lés grandes cellules ramifiées et les fibres élastiques, éléments décrits comme caractérisant tout tissu conjontif.

On voit, il est vrai, entre les capillaires et les cellules propres dés organes, des noyaux arrondis, ovalaires ou fusiformes, dans une petite quantité de substance hyaline, mais qui ne constitue pas des faisceaux fibreux. Sur la plupart des préparations faites après durcissement dans l'alcool, il est très difficile de dire s'il s'agit de cellules fusiformes à protoplasma hyalin intimement accolées, ou seulement en réalité de noyaux au sein d'une substance hyaline intermédiaire se confondant avec le protoplasma cellulaire. Toute-* fois, par les dissociations à. l'état frais et surtout par l'étude des coupes faites après durcissement rapide par congélation des fragipents de tissus avec l'air liquide ou avec l'acide carbonique, on

peut se rendre comj^te que, sut* les points qui ont été plus où moins jdissoMés par les manipulationjs, les noyaux apparaissent ronds ou plus ou nktijis aplatis, souvent sans trace de protoplasma manifeste, pu seulement avec un petit débris de substance hyaline semblable à celle qui se trouve au voisinage sous forme de filament. Le noyau ^st accolé à un point de sa périphérie ou se trouve entre deux filaments hyalins dans Tangle formé par leur réunion, sans protôplasma jnanifeste ou seulement avec des traces, sous forme de légers amas irréguliers de substance granuleuse ou hyaline, se confondant plus pu moins avec la substance hyaline intermédiaire. Celle-ci se présente sous la forme de filaments légers ou à peine de quelques linéaments, en raison de leur friabilité extrême. En somme, les cellules qui sont situées au sein de cette substance n'ont pas des contours nettement définis.

; On dirait plutôt qu'il s'agit de noyaux plongés irrégulièrement dans une substance fondamentale demi-liquide; ce qui explique bien les divergences des auteurs au sujet du rapport des cellules avec la substance intermédiaire considérée dans des régions différentes.

Il y a entre les cellules conjonctives et les cellules propres des tissus une différence qui parait surtout en rapport avec le rôle que les unes et les autres ont à remplir. Les premières sont manifestement des éléments jeunes, dont le noyau seul est très net, mais dont le protoplasma n'est pas apparent, parce qu'il n'est pas limité. Il se confond le plus souvent, en effet, avec la substance intermédiaire aux dépens de laquelle il va se développer, lorsque ces éléments seront devenus fixes pour constituer les cellules propres des divers tissus, lesquelles se renouvelleront au fur et à mesure de leur disparition, comme il arrive pour les épithéliums qui tapissent les surfaces de revêtement, les glandes et leurs canaux excréteurs, etc. Ce sont les conditions physiques dans lesquelles se trouvent les jeunes éléments et la fonction qu'ils sont appelés à remplir dans chaque tissu, qui paraissent déterminer leur développement. Celuici est donc en rapport avec la nature des éléments de chaque tissu. La limitation et la forme du protoplasma des cellules résultent à la fois de leur nature et de leur contact réciproque ; mais on peut trouver, sur les limites des éléments conjonctifs et des éléments propres, tous les intermédiaires entre les jeunes cellules et celles qui ont acquis leur entier développement au cours de leurs diverses phases.

- Il y a d'autant plus de probabilités pour que cette interprétation

de phénomènes observés dans les tissus épithéliaux soit exacte, que dans les tissus fibreux, adipeux, osseux, cartilagineux, musculaires et nerveux, leurs éléments dits conjonctifs font manifestement partie intégrante de chacun de ces tissus. En effet, Texainen attentif de leurs éléments constituants par les divers procédés, et notamment à Tétat frais soit par dissociation, soit par le durcissement instantané, montre qu^ils sont tous de même nature, qu'il n'existe pas de tissu conjonctif indépendant des cellules propres et qu'il n'y a de tissu fibreux que dans la charpente vasculaire des divers tissus. Enfin dans les cas pathologiques on a la démonstration que ce sont les jeunes cellules dites conjonctives, produites en abondance, qui vont donner lieu aux formations nouvelles d'éléments propres, et avec d'autant plus d'activité que ces éléments sont sujets au renouvellement et sont facilement produits à l'état normal.

Le rapport des éléments conjonctifs avec les cellules propres qui ne sont pas sujettes à un renouvellement complet est beaucoup plus difficile à saisir. Toutefois, il semble bien qu'il se produit encore un renouvellement des noyaux et de la substance protoplasmique qui les environnent, en raison de ce que l'on peut observer dans les productions pathologiques exagérées.

Dans tous les cas, ce sont les examens portant sur ces productions, surtout sur celles ne s'éloignant pas beaucoup des productions normales, qui permettent le mieux d'arriver à une interprétation vraisemblable de la constitution des tissus et notamment de la substance conjonctive proprement dite et du rôle qu'elle est appelée à remplir par rapport aux éléments différenciés.

Dans les cas pathologiques on trouve ordinairement des cellules fusiformes bien caractérisées, en plus ou moins grand nombre, parce qu'il y a eu des productions cellulaires en quantité anormale, et qu'un certain nombre de cellules se sont fixées en donnant lieu à un tissu dit de sclérose, formé par ces éléments fusiformes accolés avec peu ou pas de substance intermédiaire manifeste, avec ou, le plus souvent, sans faisceaux fibrillaires. Ce sont surtout les disso* dations à l'état frais qui permettent de bien se rendre compte de la constitution de ce tissu pathologique.

Mais on rencontre encore fréquemment dans les hyperproductions anormales, des cellules en plus ou moins grand nombre au sein d'une substance intermédiaire d'aspect et de quantité très variables, où se trouvent aussi des vaisseaux de nouvelle formation. Elles constituent des productions plus ou moins abondantes, à la surface desquelles existe un épithëlium de revêtement, ou bien

elles renferment des cavités ou des amas glandulaires, etc. Or, dans ces cas, ce tissu vascularisé et composé en définitive seulement <ie cellules accumulées dans une substance intermédiaire granuleuse, striée ou hyaline, molle, demi-liquide, ou plus ou moins ferme, parfois très abondante, est encore désigné par tous les auteurs sous le nom de tissu conjonctif^ sans qu'on songe à le distinguer de celui qui porte le même nom et dont les caractères sont cependant bien différents, puisque ce sont ceux du tissu fibreux.

La conclusion qui se dégage de l'examen de ces faits, c'est qu'on a tort d'assimiler à l'état normal le tissu sous-épithélial, péri-glandulaire et interacineux, au tissu fibro-vasculaire, au tissu fibreux, et de lui donner le même nom, puisqu'il s'agit de tissus dont la constitution anatomique et dont les fonctions sont différentes. LeB faisceaux de fibrilles extracellulaires sont la caractéristique du 4issu fibreux et se retrouvent dans toutes ses modalités, mais font absolument défaut dans les portions profondes ou parenchymateuses proprement dites des organes oîi ne se trouvent plus que des capillaires et des cellules. Ce qui est considéré à ce niveau, par les auteurs, comme du tissu conjonctif est, en réalité, un tissu cellulovasculaire avec une substance intermédiaire, en quantité très minime à l'état normal, mais qui peut augmenter beaucoup en même temps que les cellules et les vaisseaux, dans les états pathologiques. Et, comme ces derniers ne sont ordinairement qu'une exagération plus ou moins défectueuse du premier, ils contribuent encore à prouver que ce tissu est autrement constitué que le tissu fibreux, et qu'il joue un autre rôle des plus importants, puisque c'est à ce niveau qu'ont lieu les productions anormales des cellules, et de la substance intermédiaire demi-liquide ou liquide avec laquelle s'opèrent les échanges nutritifs, par suite de la présence des vaisseaux capillaires qui, vraisemblablement, fournissent les matériaux de nutrition nécessaires.

Du reste, Rindfleisch fait remarquer que « le tissu conjonctif embryonnaire est identique au tissu primordial, si souvent cité, de la formation pathologique, à Texsudat plastique des pathologistes-humoristes, à la prolifération des corpuscules plasmatiques de Virchow, à l'accumulation des globules blancs émigrés du sang que Cohnheim nous a fait connaître ». Si ce tissu, qui ne saurait être embryonnaire dans l'organisme entièrement formé, a une importance particulière à l'état pathologique, ce n'est pas que les phénomènes qu'on y rencontre soient d'une autre nature que ceux de l'état normal; car ils ne peuvent consister que dans une dévia-

AÎIAT. TRIPIER. 3

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tien plus ou moins prononcée, et le plus souvent avec exagération des productions normales, au point de fournir la démonstration de ce qui se passe dans cet état. Cest là que se trouvent manifestement les jeunes cellules situées à Tétat normal, comme à l'état pathologique, immédiatement au voisinage et souvent à la base des cellules propres qu'elles vont remplacer au fur et à mesure de leur disparition; car on peut avoir toutes les transitions entre ces jeunes cellules et les cellules en place d'im épithélium de revêtement, d'une cavité glandulaire, (i'est l'évidence même dans certains cas pathologiques, comme, du reste, cela a été vu par quelques observateurs, et l'on ne peut admettre qu'il en soit autrement à l'état normal. Si, dans ce cas, le phénomène est moins facile à observer, cela tient à ce que les productions cellulaires sont beaucoup plus restreintes et que leur évolution est infiniment plus lente. Mais encore est-il possible de constater la même disposition des cellules jeunes, par rapport aux cellules en place, ce qui indique la même évolution.

C'est ce qui ressort déjà des travaux de M. Sabatier pour qui « le tissu conjonctif continue plus ou moins, dans le cours de la vie, à être la matrice d'où sortent les éléments des autres tissus... C'est un blastoderme post-embryonnaire ». En reproduisant ces lignes, M. de Rouville, son élève, donne des preuves nouvelles de ce mode de régénération de l'épithélium par le tissu conjonctif, en présentant encore des observations très démonstratives prises dans la série animale. Mais ces auteurs admettent en même temps les formations cellulaires par la division à la fois directe et indirecte, au niveau, soit des cellules conjonctives, soit des cellules épithcliales ; de telle sorte qu'on ne voit pas à quoi servirait le passage des cellules conjonctives à l'état de cellules propres des tissus, si les unes et les autres étaient susceptibles de se reproduire par division. En tous cas, M. de Rouville dit que « les leucocytes ne sont pas capables, à leur sortie des vaisseaux, d'entretenir et de rénover les tissus ».

Mais cette affirmation ne saurait suffire pour infirmer tout ce que prouve l'observation des faits pathologiques permettant de reconstituer les diverses phases du processus, depuis l'augmentation de l'activité circulatoire, la diapédèse des cellules, leur accumulation dans les parties affectées, et jusqu'à leur utilisation pour les nouvelles formations ; et, du reste, sans qu'on trouve des indices manifestes de division dans les cellules propres des tissus qui, loin de se reproduire, évoluent de manière à disparaître.

L'observation simple des faits suffit donc à démontrer que le tissu cellulo-vasculaire, dit aussi conjonctif (mais non dans le sens de tissu fibreux), fait partie, en réalité, de chaque tissu particulier où il sert à la nutrition des éléments propres et au renouvellement des cellules spécialisées, dont Forigine se trouve dans le liquide nutritif, c'est-àrdire dans le sang.

Si des cellules, indifférentes dans l'appareil circulatoire, prennent des caractères particuliers en passant dans les tissus, c'est-àdire se spécialisent, cela s'explique suffisamment, non pas simplement par une action de présence dans tel ou tel tissu, qui n'explique rien, mais vraisemblablement parce que des échanges incessants ont lieu entre les cellules anciennes et leur milieu intérieur, puis entre les liquides de ce milieu et les jeunes cellules dont la constitution ne tarde pas à acquérir les caractères des cellules anciennes, ainsi que le démontrent les observations qu'on peut faire sur ces cellules, comparativement à celles qui sont en place. Déjà Ch. Robin avait admis la spécialisation des cellules par leurs échanges nutritifs au sein du blastème où il les faisait naître spontanément. Si la doctrine de la production spontanée des éléments ne peut être soutenue actuellement, il n'en est pas de même pour ce qui concerne leur spécialisation par les échanges nutritifs, qui est absolument en rapport avec les données actuelles de la science et tout à fait rationnelle. Les jeunes éléments cellulaires sont bien dans chaque tissu de même nature que ses cellules propres, puisque dès leur production, ils s'acheminent vers cette réalisation.

Il est à remarquer, d'autre part, que la circulation sanguine à Tétat normal permet la pénétration des éléments liquides et cellulaires jusqu'à la limite extrême de tous les tissus, non seulement par les capillaires, mais en outre par diapédèse à travers leurs parois, pour entrer dans Tintimité des tissus. Les modifications qu'elle présente, à l'état pathologique, sont précisément en rapport avec les phénomènes de néoproductions cellulaires et liquides, augmentés et modifiés suivant les circonstances. Il en résulte toutes probabilités pour que le sang joue à l'état pathologique comme à Tétat normal, le même rôle important qui consiste à assurer les matériaux nutritifs et cellulaires indispensables à la vie des tissus dans toutes les conditions normales et anormales où l'organisme peut se trouver.

Comme nous l'avons dit, il n'est pas possible de suivre un globule blanc du sang contenu dans un vaisseau jusqu'à son utilisation pour former en définitive une cellule spécialisée d'un organe ; mais

la disposition de Tappareil circulatoire, l'importance de ses fonctions, le phénomène bien manifeste de la diapédèse, puis les transitions qu'on peut observer dans Tintimité des tissus, entre les jeunes cellules diapédésées et celles qu'elles vont remplacer au fur et à mesure de leur disparition, toutes choses rendues encore bien plus manifestes dans les états pathologiques, montrent toutes les étapes qui doivent être parcourues par les globules blancs, non pas avec certitude, mais avec autant de probabilités que possible dans Tétat des connaissances actuelles.

Ces considérations relatives à la constitution du tissu conjonctit profond des organes étaient nécessaires pour distinguer ce tissu du tissu fibreux auquel on donne à tort le même nom, et pour bien spécifier sa constitution qui en fait un tissu cellulo-vasculaire adjoint à chaque tissu propre, dont il constitue, en réalité, la partie nutritive et pour ainsi dire la matrice, recevant du sang tous ses éléments de nutrition, y compris les éléments cellulaires qui vont servir à remplacer les cellules, spécialisées au fur et à mesure de leur disparition. Elles éclaireront l'étude des productions pathologiques qui trouvent ainsi une explication rationnelle; tandis que les hypothèses qui ont généralement cours aujourd'hui sont absolument inconciliables avec l'observation des faits.

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