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CHAPITRE IV

On a fréquemment roccasion d'observer Finflammation chronique et aiguë de la peau sous les formes les plus diverses dans des affections nombreuses et avec des caractères qui ont toujours la plus grande analogie. C'est pourquoi il suffira de considérer quelques types pour en prendre une idée exacte.

A. Inflammation chronique. — Nous examinerons d'abord la lésion décrite par certains auteurs comme une hypertrophie de Fépiderme et du corps papillaire, désignée con^munément sous le nom de durillon^ pour montrer qu*il s'agit d'une inflammation lente ou chronique dans sa forme la plus simple et cependant avec des caractères bien typiques (fig. 22).

Ce qui frappe au premier abord, c'est l'épaississement anormal de la couche cornée, qui correspond à une hyperproduction de^ cellules de cette couche, en même temps qu'à une augmentation d'épaisseur et à une déformation plus ou moins prononcée du corps muqueux de Malpighi, où les cellules sont notablement plus nombreuses. Celles des papilles sont aussi en plus grand nombre et l'on y voit des vaisseaux manifestement augmentés de volume. Pour Rindfleisch qui considère cette lésion simplement comme une hypertrophie, c'est l'hyperémie du corps papillaire, produite par des pressions extérieures, qui augmente la nutrition du corps papillaire. Celui-ci fournit de jeunes cellules qui viennent s'ajouter au réseau de Malpighi, se convertissant peu à peu en cellules épidermiques.

Or, c'est d'une inflammation qu'il s'agit. D'abord, pour peu que la lésion soit intense, on y trouve les signes symptomatiques attribués depuis Celse à l'inflammation et, bien manifestement, sous l'influence d'une cause traumatique, parfaitement susceptible de déterminer une lésion de ce genre. Au point de vue anatomique, on constate sur toute l'épaisseur de la peau, à ce niveau, des dilata-

lions vasculaires indiquant une augmentation de Faclivité circulatoire tout à fait en rapport avec les symptômes observés. Il y a une hyperplasie correspondante qui porte, effectivement, sur les cellules épithéliales du corps de Malpighi, donnant lieu à une accumulation très abondante de cellules cornées et de déchets cellulaires, probablement en raison de la lenteur et de la persistance des Iroublcs»

Fio. 22. — Durillon.

e.e.i concho cornée très épaissie exfoliée à la partie moyenne. — cm., corps muqpieux do Malpighi augmenté d'épaisseur. — «.<?., tissu sous-épithélial avec hyperplasie cellulaire. — d, derme également avec uh-plus grand nombre de cellules. — ^/.*., glandes sudoripares. — y, vaisseau dilaté. — a.o.j artères oblitérées.

Mais on peut aussi remarquer une plus grande quantité de cellules dites conjonctives près des cellules basales de Tépithélium, dans le derme, et^principalement autour des vaisseaux et des glandes. On y constate même l'oblitération complète ou incomplète d'arlérioles, comme dans la plupart des inflammations.

Du reste, on a fréquemment Toccasion d'observer des lésions analogues localisées ou plus ou moins étendues dont le caractère

mflammatoire n'est contesté par personne. Telles sont les diverses lésions papuleuses et squameuses de la peau, les inflammations de voisinage dans les cas de lésions chroniques des os et des articulations, etc., ainsi que les inflammations chroniques plus ou moins prononcées, dites scléroses de la peau, ordinairement avec de Tœdème. Dans tous ces cas, il y a toujours une vasculari-

Fio. 23. — Inflammation chronique de la peau.

ce , couche cornée. — c.wi., corps muqueux. — </, derme. — /.p., follicules pileux. — f.m., fibres musculaires. — ^/.t., glandes sudoripares. — 9, vaisseaux. — é.c, exsudais cellulaires.

sation augmentée du corps papillaire et du derme, avec des productions cellulaires exagérées, non seulement au niveau des papilles et des cellules épithéliales, mais encore sur toutes les parties constituantes du derme, sans changement bien accusé dans la structure des tissus, ainsi qu'on peut s'en rendre compte sur la figure 23. En en*et, on trouve sur beaucoup de points une accumulation des jaunes cellules dans les papilles et dans le tissu conjonctif sousépithélial, près de la couche basale, avec les cellules de laquelle

INFLAM^fATION DE LX PEAU

on les voit souvent se confondre et notamment au niveau des parties interpapillaires. Ce phénomène est d'autant plus facile à observer que les cellules sont plus nombreuses. Les follicules pileux et leurs appareils glandulaires ainsi que les glandes sudoripares c offrent une augmentation remarquable de cellules. Les interstices des faisceaux fibreux du derme sont également plus riches en cellules. Les fibres musculaires lisses qui s'y trouvent sont augmentées de volume et probablement de nombre. On remarque aussi que les cellules de la gaine des ' nerfs et même des tubes nerveux sont parfois plus nombreuses. Le phénomène est constant pour les vaisseaux de toute région enflammée. Leur paroi est entourée d'une ou plusieurs couches de jeunes cellulesetsouvent leur endothélium parait plus abondant.

Ainsi, pour peu que rinQammation aitquelque intensité,

on constate très nettement qu'elle consiste dans une hyperplasie cellulaire généralisée, de toutes les parties constituantes de la portion du tissu affecté, et qu'elle est en rapport avec une vascularisa-

Fio. 24. — Inflammation éléphanliasique de la peau du dos du pied.

cm., corps muqueux de Malpighi. — t.e., tissu sous-ëpithriial. — t.d., derme. — gl s.t glandes sudoripares. — r, vaisseaux. — e.c, exsudât cellulaire.

tion plus OU moins augmentée des mêmes parties^ enfin que les déchets cellulaires sont plus abondants.

L'intensité plus grande des lésions ne saurait apporter aucun changement à la nature des phénomènes pathologiques, ainsi qu'on peut s'en rendre compte par l'examen d'une préparation intéressante se rapportant à un œdème éléphantiasique des membres inférieurs au niveau du dos du pied (fig. 24).

On voit que la peau est 'infiltrée par un liquide abondant et par une grande quantité de cellules que l'on rencontre à l'état confluent presque partout, mais particulièrement auprès des diverses parties plus ou moins riches en cellules, telles que vaisseaux, glandes et productions épithéliales. Les modifications que présentent ces dernières sont particulièrement remarquables. Elles sont refoulées de tous côtés par les papilles considérablement augmentées de volume sous l'influence d'une infiltration excessive de liquide et de cellules. On voit, en efi*et, une grande quantité de cellules dont le noyau arrondi et bien coloré se détache nettement sur le stroma blanchâtre hyalin, infiltré d'un liquide incolore, finement granuleux, paraissant très abondant.

Il en résulte que les papilles forment à la périphérie des saillies plus ou moins volumineuses et arrondies, coiff'ées du corps de Malpighi épaissi, et auquel se trouve surajoutée une couche cornée également plus épaisse. Cependant, il arrive que sur certains points la couche épithéliale est tellement refoulée que les cellules se présentent sous la forme d'une masse tassée, de coloration brunâtre, et que, sur beaucoup de points, cette couche est dissociée par l'abondance du liquide infiltré, formant de petites cavités superficielles dans lesquelles sont disséminées des cellules épithéliales. Et tandis qu'au-dessous on voit encore une partie delà couche malpighienne tassée sous la forme d'une traînée brunâtre, une autre partie se trouve à la superficie faisant corps avec les cellules de la couche cornée.

Mais ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont les modifications apportées aux portions interpapillaires du corps de Malpighi. Elles ont encore une certaine épaisseur au voisinage de la couche superficielle. Mais elles sont bientôt tellement refoulées par les papilles voisines, qu'elles deviennent de plus en plus minces en s'étendant dans les parties profondes. Et cette extension est considérable, au point de donner l'apparence de tractus presque parallèles, sillonnant la plus grande partie du tissu sous-épithélial énormément épaissi par l'infiltration de la grande quantité d'éléments nouveaux

qu on peut voir entre la couche de Malpighi et les faisceaux fibreux du derme qui paraissent ainsi très abaissés. Il y a de nombreuses cellules dans le derme, autour des vaisseaux et des glandes. Il existe aussi beaucoup de liquide granuleux, surtout au niveau des parties superficielles qui correspondent au tissu sous-épi thélial, lequel est, pour ainsi dire, complètement transformé et considérablement augmenté par la quantité de liquide et de cellules qui s'y trouvent. C'est dans cette région que les productions épithéliales interpapillaires se sont particulièrement développées sous la forme de longs cordons brunâtres, dont les cellules plutôt petites se confondent insensiblement avec les cellules voisines des papilles. Et quoique les cellules épithéliales de la couche superficielle soient en général mieux limitées, elles se confondent sur beaucoup de points avec celles des papilles. Enfin, on peut voir que certains cordons épithéliaux qui semblent s'enfoncer dans le tissu sous-épithélial sont réunis çà et là, et jusque dans les parties les plus profondes, par une couche épaisse et continue de cellules. Celles-ci ofi'rent sur les préparations la disposition membraniforme et paraissent relier ainsi ces cordons, sur quelques points, à la façon des membranes de la patte des palmipèdes, ou mieux de la portion parencbymateuse d'une feuille dont les cordons épiihéliaux formeraient les nervures; mais elles constituent en réalité des amas sous la forme de tractus d'épaisseur variable et impossible à apprécier sur les coupes.

Au premier abord on dirait qu'il ne s'agit partout que de petites cellules rondes ou ovalaires, disposées irrégulièrement, puis d'une manière plus régulière près des cordons qui semblent formés par des cellules plus tassées, ainsi qu'au niveau des productions cellulaires plus abondantes qui les relient. Mais un examen attentif permet de se rendre compte que ces cordons cellulaires sont bien constitués par une dépendance du corps de Malpighi provenant de ses portions interpapillaires avec lesquelles ils se continuent sans interruption. En outre, on peut voir sur les bords de la couche de Malpighi, plus minces et plus clairs, que les cellules épithéliales ont partout de petites dimensions, et qu'elles sont constituées par un noyau arrondi bien coloré, semblable à celui des cellules des papilles, et par un protoplasma très clair et hyalin, peu abondant, dont les pressions réciproques empêchent que les contours se détachent nettement. Bien plus, il arrive sur beaucoup de points que les cellules sont tellement abondantes et pressées, que les noyaux paraissent presque se

ne INFLAMMATION SIMPLE

toucher. 11 en est de même sur les cordons qui descendent protondément et qui apparaissent comme formés de cellules si petites que les noyaux semblent tous en contact. Ce n'est que sur les parties latérales et sur celles qui offrent l'aspect membraniforme, dans les points les plus clairs, qu'on peut reconnaître aux cellules les caractères ci-dessus indiqués. Et l'on voit encore que, sur les limites extrêmes, la transition entre ces cellules épithéliales et les cellules voisines des papilles ainsi que du tissu sous-épithélial est tout à fait insensible; dételle sorte qu'il est impossible de dire où les unes iSnissent et où les autres commencent.

Nous appelons spécialement l'attention sur ce cas qui nous parait tout h fait probant contre les hypothèses des auteurs pour expliquer l'hyperproduction des cellules épithéliales, et se trouve au contraire absolument en faveur de notre interprétation.

Comment admettre, avec les auteurs, que le corps de Malpighi a pu, au niveau des espaces interpapillaires, pousser des prolongements épais, filiformes ou membraniformes, etc., dans la profondeur du tissu sous-jacent, par la multiplication des cellules de la couche basale, sans faire des hypothèses contre nature?

On sait, en effet, que ces cellules évoluent à l'état normal du côté de la superficie où, lorsque les productions cellulaires sont plus abondantes, elles arrivent à former une couche cornée plus épaisse. Or, en supposant que l'épithélium « pousse des prolongements dans la profondeur du derme par le même mécanisme », suivant les hypothèses des auteurs, il faut supposer que l'évolution épithéliale se fait en sens inverse; et cependant on a la preuve du contraire, parce que les parties qui semblent s'enfoncer conservent toujours h leur limite inférieure ou profonde la même disposition.

S'il s'agit, en effet, de cellules produites dans des conditions où leur développement peut le mieux se faire, on trouve constamment sur les parties limitantes inférieures des cellules semblables ou analogues aux cellules basâtes normales. Ici, les cellules basâtes se confondent avec celles des tissus sous-jacents, mais encore leur type ne ressemble nullement aux cellules cornées, car on peut constater dans tous les cas que l'évolution cellulaire a toujours lieu des parties profondes aux parties superficielles, où une accumulation anormale de cellules cornées correspond aux productions cellulaires intensives sous-jacentes. Or, s'il y avait des cellules se portant en même temps du côté de la surface libre et des parties profondes, il devrait se produire entre les deux groupes une séparation.du corps de Malpighi, correspondant à chaque partie dont

IMFLAMMATIOX DE LA PEAU m

révolution aurait lieu en sens inverse, et des modifications dans la disposition des cellules depuis leur lieu de formation ou de production, jusqu'à leur évolution dernière, alors qu'on ne trouve pas la moindre trace de pareilles modifications. C'est ainsi que la seule disposition anatomique des cellules dans ce cas, comme dans tous les cas d'hyperproduclion épithéliale, toujours analogue à la disposition physiologique, ne permet pas d'admettre les hypothèses des auteurs qui ne peuvent nullement concorder avec elle et seraient contre nature.

On est ainsi amené à conclure, d'abord que l'évolution des cellules de la couche de Malpighi en hyperproduction ne peut avoir lieu de la manière indiquée par les auteurs, et qu'il doit en être de même de l'hypothèse de la division des cellules de la couche basale, qui en est le point de départ. En effet, si ces cellules se divisaient, comme on l'admet, elles ne pourraient ensuite évoluer que du côté de la superficie et non vers les parties profondes. 11 faut nécessairement que l'explication de la production des cellules épithéliales à l'état normal soit applicable aux productions plus ou moins exagérées de l'état palhologique.

Or, ce cas montre d'une façon évidente la transition insensible des cellules dites conjonctives aux cellules bordantes de l'épithélium, soit au niveau des parties superficielles des papilles, soit sur les parties latérales et profondes des prolongements épithéliaux interpapillaires, en de nombreux points. 11 semble parfois que les cellules conjonctives s'allongent pour venir constituer la couche basale de l'épithélium, tandis que d'autres fois la confusion entre ces diverses cellules est tout à fait insensible.

Du reste, à l'état normal, lorsque la préparation est assez mince, on trouve toujours dans le tissu conjonctif, près de la couche basale, des cellules plus ou moins manifestes sur quelques points. Elles sont.beaucoup plus évidentes sur les préparations fraîches durcies par l'acide carbonique. Et pour peu qu'il y ait de l'hyperplasie, on voit ces cellules conjonctives plus nombreuses et pénétrant plus ou moins manifestement dans la couche basale. C'est ce qui a été plus ou moins constaté par divers observateurs, et ce qui est évident sur toutes les préparations se rapportant à des phénomènes d'hyperproduction inÛammatoire ou néoplasique, ainsi que nous aurons souvent l'occasion de le faire remarquer.

Dans le cas ci-dessus relaté où l'hyperproduction est particulièrement intense, les cellules conjonctives très nombreuses sont peu volumineuses et Ton voit que les cellules épithéliales prennent le

n» INFLAMMATION SIMPLE

même aspect et les mêmes caractères; ce qui est encore une raison de plus pour admettre qu'il s'agit bien du" passage des unes aux autres. L'analogie de ces cellules provient de leur parenté rapprochée qui l'explique naturellement, tandis qu'on ne voit pas pourquoi cette analogie existerait s'il ne s'agissait, comme on l'admet généralement, que d'éléments appartenant h des tissus différents et qui proliféreraient de part et d'autre, seulement par suite d'une action de présence et d'une réaction hypothétique.

Il existe un rapport manifeste entre l'abondance et l'aspect des cellules du tissu conjonctif et les mêmes caractères des cellules épithéliales. Il n'est pas particulier à ce fait, car on peut le constater dans tous les cas à des degrés divers; mais il est d'autant plus remarquable que les nouvelles productions sont plus abondantes, et par conséquent que les formations épithéliales sont aussi plus nombreuses et plus hâtives. C'est pourquoi il est le moins manifeste à l'état normal et le plus accusé dans les cas comme celui qui vient d'être décrit. Ce rapport n'est pas non plus particulier aux productions relatives à l'épithélium malpighien ; car on peut le constater également dans les hyperproductions se rapportant à l'épithélium des muqueuses et des glandes, ainsi qu'il ressortira bientôt des préparations examinées.

En outre nous ferons remarquer, à l'appui de l'opinion que nous soutenons, que l'hyperplasie cellulaire n'est pas limitée à Tépithélium et au tissu conjonctif, qu'elle exfste également au niveau des glandes sudoripares, entourées d'une grande quantité de cellules conjonctives et dont les cellules propres ont pris aussi des caractères en rapport avec cette abondante et rapide production.

Entre les faisceaux du derme, on aperçoit encore des cellules en grande quantité, et d'autant plus qu'on examine les parties les plus superficielles. Cependant on en trouve également plus qu'à l'état normal sur les parties profondes et jusque dans le tissu celluloadipeux.

Partout, au niveau des vaisseaux, l'hyperplasie cellulaire est particulièrement prononcée, comme dans tous les cas d'hyperproduction de cellules, quelle qu'en soit la nature. Et non seulement les cellules sont plus ou moins abondantes à la périphérie des vaisseaux, mais on peut voir sur les coupes perpendiculaires à leur direction que les cellules endothéliales sont nombreuses et font saillie à leur surface interne ou remplissent leur lumière, s'ils sont de petit calibre ; tandis que pour les vaisseaux à plusieurs tuniques, on constate Tépaississement de celles-ci et parfois des

oblitérations incomplètes ou complètes de leur lumière, sur lesquelles nous aurons Foccasion de revenir.

Mais dès à présent, ce qui ressort très nettement de l'ensemble de ces lésions, c'est, comme nous Tavons déjà précédemment constaté, rhyperproduction généralisée à toutes les parties constituantes du tissu affecté, de telle sorte que Thyperplasie initiale supposée d'un seul élément ne saurait expliquer les autres productions, ni même cette première production, par les hypothèses qui ont généralement cours. Au contraire Thyperplasie généralisée à tous les éléments sous la dépendance d'un territoire vasculaire dont l'action est augmentée s'explique parfaitement par une diapédèse plus abondante à ce niveau, d'où résulte la production d'une plus grande quantité d'éléments jeunes semblables sur tous les points, et dont la transformation s'opère partout pour constituer Taugmentation des éléments propres de chaque partie. Ensuite ces élén^ents évoluent d'une manière analogue à celle de Tétat normal, et seulement avec des modifications secondaires facilement explicables par les conditions plus ou moins anormales où ils se trouvent.

Si nous insistons sur cette hyperplasie cellulaire de tous les élémenls constituants de la région ou siège l'inflammation^ et qui correspond à C augmentation de la vascularisation à ce niveau, c'est que nous considérons comme capital ce phénomène, dont il n'est pas tenu compte suffisamment par les auteurs. Ceux-ci paraissent même l'oublier pour faire jouer un rôle particulier, tantôt aux cellules propres de la partie affectée, et tantôt au tissu conjoncti* interstitiel, contrairement à l'observation des faits qui montre toujours la participation de ces divers éléments dans l'inflammation d'un organe ou d'un tissu.

C'est à tort aussi que les auteurs regardent certaines cellule» comme étant d'un ordre supérieur et auxquelles les autres seraient subordonnées, les secondes ayant moins d'importance que les premières, etc. Celles-ci, dites cellules nobles, quoique remplissant une fonction déterminée, sont souvent à la fin de leur évolution et elles vont alors disparaître pour être remplacées par des cellules plus jeunes qui ne leur cèdent en rien comme importance. Il est évident que tous les éléments appelés à jouer un rôle dans la constitution des tissus sont indispensables et également importants. Tous participent à l'activité augmentée, là où existe l'hyperémie qui est le point de départ de tous les phénomènes observés et permet seule de les expliquer dans leur ensemble, comme nous espérons le prouver ultérieurement.

Jusqu'ici, il n'a été question que de lésions produites lentement, graduellement et considérées comme chroniques. Mais il est facile de se convaincre qu'on peut observer h Tétat aigu des phénomènes tout à fait analogues.

B. Inflammation aiguë. — S'il survient un érythème et notamment un exanthème fébrile, caractérisé tout d'abord par une rougeur variable de la peau, on voit ensuite celle-ci prendre plus ou moins manifestement un aspect terne dû aux productions cellulaires plus abondantes qui ont eu lieu à cette occasion. Les cellules abondent au niveau des parties sous-épithéliales, augmentant les productions malpigbiennes et épidermiques. L'accumulation des cellules épidermiques à la surface est telle, qu'il ne tarde pas à survenir une exfoliation de ces cellules sous forme de furfures ou même de véritables lambeaux.

S'il s'agit d'une altération cutanée plus localisée, comme celle qui résulte d'un coup de soleil, on observe encore les mêmes phénomènes dans la région qui a subi l'action nocive : vascularisation augmentée et production plus abondante de cellules épidermiques qui ne peuvent venir que des parties profondes.

Les lésions de l'érysipèle de cause manifestement infectieuse et qui se présentent ordinairement avec une grande acuité ne diffèrent pas beaucoup des précédentes.

L'examen de la peau au niveau d'un érysipèle de la jambe (fig. 23) montre aussi des lésions tout h fait analogues à celles de l'inflammation chronique. Les vaisseaux sont plus manifestement dilatés et remplis de sang, en général avec beaucoup plus de jeunes cellules à leur pourtour. Du reste il y a toujours des jeunes cellules dans toutes les parties constituantes de la peau, et en allant des parties profondes aux parties superficielles, d'abord autour des vaisseaux €t des glandes sudoripares, dans tous les interstices des faisceaux fibreux qui sont très apparents, ainsi qu'au niveau des faisceaux de fibres lisses qu'on y rencontre.

Les cellules abondent surtout près de la couche de Malpighi augmentée d'épaisseur sur certains points, et au contraire refoulée sur d'autres, par la présence d'exsudats liquides dans un certain nombre de papilles, tout comme dans le cas d'éléphantiasis. Et enfin on remarque à la surface une couche anormale de cellules épidermiques provenant de la plus grande production de cellules épithéliales.

On est frappé qu'il y ait si peu de différence dans l'état anato-

mique de la peau considérée tour à tour dans une inflammation chronique et une inflammation aiguë, toutes deux, cependant, étant

ce. e.I.p,

cm,

fjl.8.

Fio. 23. — Erysipèle de la jambe,

. ce, couche cornée. — cm., corps maquenx de Malpighi. — </, derme. — /.ca., tissas celloloadipeiuc. — gl.9., glandes sudoripares. — /'.m., fibres musculaires. — .r, vaisseaux dilatés. — e.Lp.^ exsudât liquide et cellulaire des papilles. — ce, exsudai cellulaire.

bien déterminées. On conçoit que cette simple constatation suffise pour faire écrouler les théories hypothétiques basées sur leur prétendu antagonisme.

A. Inflammation chronique. — Des altérations analogues peuvent être constatées sur les muqueuses, et notamment sur celle de rintestin enflammé que nous prendrons pour exemple. Dans un cas d'appendicite opérée à. firoid après plusieurs mois de durée, nous trouvons l'inflammation caractérisée par la dilatation des vaisseaux et par une production cellulaire exubérante sur toute l'épaisseur de la paroi de Torgane, avec prédominance là où les cellules sont ordinairement plus abondantes, c'est-à-dire sur la muqueuse et la sous-muqueuse, et surtout au niveau des follicules lymphatiaues. Toutes les parties constituantes de l'organe sont en place, mais toutes présentent une exagération dans la production de leurs éléments et notamment des cellules conjonctives. Ainsi, les glandes apparaissent plutôt volumineuses et bourrées de cellules. Celles-ci se trouvent en même temps en quantité anormale dans le tissu conjonctif interglandulaire et sou&-muqueux. Mais ce sont surtout les follicules lymphatiques qui présentent un volume excessif et dont les cellules paraissent déborder en se répandant dans toutes les parties voisines de la muqueuse et de la sous-muqueuse. L'augmentation de nombre des vésicules adipeuses dans la sousmuqueuse est aussi à remarquer.

Les éléments musculaires de la muscxdaris mucosœ sont manifestement plus nombreux, et l'on constate encore l'épaississement de la tunique musculaire, dû très vraisemblablement à l'augmentation du nombre de ses fibres.

Enfin, le tissu conjonctif sous-séreux est épaissi par la présence d'un nombre anormal de cellules, dont les éléments se continuent avec ceux du péritoine toujours enflammé, comme nous avons cherché à le démontrer avec M. Paviot. Et, à ce niveau, particulièrement, il existe des vaisseaux dilatés et même de nouvelle formation.

Sauf ce dernier point sur lequel nous reviendrons ultérieurement, on peut parfaitement se rendre compte que cette inflammation chronique au niveau de l'appendice iléo-caecal est caractérisée, comme celle de la peau précédemment examinée, par une vascularisation augmentée et par des productions cellulaires exagérées dans toutes les parties de l'organe, ayant abouti à une hyperplasie des éléments constituants de ces diverses parties, c'est-à-dire des

INFLAMMATION DXNE ML\aFASE 183

glandes et du tissu conjonctif, ainsi que des tissus lymphoide, musculaire, ccllulo-adipeux, sous-séreux, très vraisemblablement à la suite de Tintlammation de la séreuse oii les productions anormales prédominent, tandis qu'il n'y a pas de perturbation bien accusée dans la structure de Tappendice, tout comme nous Tavons vu précédemment pour la peau enflammée. Ce sont des productions analogues que nous avons déjà pu constater au niveau d'une amygdale considérée à tort comme étant seulement hypertrophiée (V. fig. 6). T/intlammation chronique d'une muqueuse dont les éléments épithéliaux sont facilement renouvelables, comme celle de l'utérus.

Fi<;. 2H. — Mélrite avec hyperplasie cellulaire el néo formations glandulaires.

c. e'cllnlos conjonclivrs <lu siroina so coiifondanl avec les cellules dpilhôliales en bordure. i\ vaisseaux avec cellules einlothrlialcs analogies aux cellules conjonclives voisines.

peut donner lieu à des productions exubérantes de nouvelle formation (dont une partie a été reproduite sur la ligure 26), et qui offrent le plus grand intérêt, soit pour prouver les rapporis existant entre les productions conjonctives et épithéliales, soit pour montrer l'analogie de ces productions intensives et lentes avec les néoplasmes proprement dits.

On peut très bien se rendre compte que toutes les cellules con jonctives et épithéliales constituant ce nouveau tissu sont de même nature, vu qu'on observe sur toutes le môme noyau et le même protoplasma. Elles ne diffèrent que par leur forme et leur volume résultant des conditions physiques dans lesquelles elles se trouvent, soit h la surface des cavités glandulaires, soit dans le tissu con-

IKi INFlAMMATIi>N SIMl'LK

jonclif interniédiairo, soit enfin an nivoan de rendothélium va^culaire. On remarquera qne, môme dans le tissu conjonclif, les cellules offrent éj^alemcnt des variations de volume et de forme pour les mômes raisons. On constate bien aussi le passage insensible des «cellules conjonctives à la surface épithéliale qui n'est bien manifestement dans ce cas, suivant l'expression de M. Sabatier, « que la forme limitante des surfaces libres du tissu conjonclif».

Enfin, si cette production se rapproche des véritables néoplasmes par son exubérance typique, elle en diffère, comme nous le verrons, par des formations plus simples, ainsi que par son évolution aboutissant ordinairement à la p:uérison, ce qui n'arrive jamais pour les tumeurs.

B. Inflammalion aiguë. — En examinant par comparaison une inflammation aiguë de Tintestin, comme nous Tavons fait, par exemple, dans un cas où, à la suite de la création d'un anus contre nature, la muqueuse était restée pendant quelques jours exposée à Tair avec une entrave à sa circulation, nous avcms pu constater (jue les lésions sont aussi caractérisées par une dilatation des vaisseaux devenus très apparents et par une hyperplasie cellulaire sur toutes les parties constiluantes de l'intestin. Elles prédominent là où les cellub^s sont normalement b; plus abondantes, c'est-à-dire au niveau des points lymphatiques et du tissu de la muqueuse proprement dite, puis du tissu sous-muqueux, ensuite des interstices conjonctifs des faisceaux musculaires et du tissu sous-séreux. Toutefois le péritoine n'était pas encore le siège d'exsudats, l'affection ayant débuté par la muqueuse.

Mais les productions cellulaires devenant plus abondantes surtout au niveau de la muqueuse el du tissu sous-muqueux, on voit les espaces conjonctifs interglandulaires bourrés de cellules et, par ce fait, plus ou moins épaissis, tandis que les cavités glandulaires, qui d'abord avaient pu prendre sur certains points un plus grand développement, se trouvent à ce niveau plus resserrées. En examinant réj)ithélium cylindrique qui tapisse la paroi des glandes, on remarque que le noyau de leurs cellules est toujours analogue à celui des cellules conjonctives voisines, et que le volume du proloplasma est variable suivant l'espac*» qui lui est dévolu et les conditions dans lesquelles se trouvent les cellules conjonctives. En effet, à mesure que les cellules sont accumulées en plus grand nombre, les cavités glandulaires se rapetissent et en même temps leurs éléments cellu-

INKLAMMATM»N DINK MLOlKfSi: 1S,

laires, jusqu'au point où ceux-ci deviennent tellement semblables aux cellules conjonctives qu'on n'arrive plus jçuère à les dislinguer, ii^urtout lorsque les caviti^ se trouvent plus ou moins eiïacées par l'épaississement du tissu inler*:clandulaire.

Sur une préparation se rapportant à une portion du cœcuui qui faisait également saillie au dehors dans le même cas, ou pouvait voir, sur un point moins enflamme^, les cavités glandulaires encore très manifestes disparaissant peu à peu sur les parties voisines, où les cellules étaient le plus abondantes et en partie confondues avec celles des glandes.

Les mêmes phénomènes peuvent être observés au niveau des lésions intestinales de la lièvre typhoïde, à leur début, ainsi que dans les inflammations de l'intestin ou de l'estomac au voisinage des ulcérations, mais non d'une manière constante; les modifications produites sur les éléments glandulaires pouvant être très différentes, suivant leur degré de nutrition (*t d'activité, et l'espace dont ils disposent pour se développer. C'est ainsi qu'on peut voir à c<Mé d'une ou de plusieurs glandes qui ont pris un développement exagéré d'aulres glandes plus ou moins etîacées et dont les éléments sont en partie confondus avec ceux du tissu conjonctif, qui affluent à ce niveau. Mais, ces aspects différents s'expliquent très bien en tenant compte des conditions manifestement différentes de nutrition et de développement possibles des cellules sur tous ces points.

C'est lorsque la vascularisation est augmentée et que les nouvelles productions plus abondantes ne modilienl pas encore notablement la structure du tissu qu'on voit les éléments propres prendre leur plus grand développement. Tandis que si les cellules abondent au point de produire des compressions et d'entraver plus ou moins la nutrition, elles deviennent confluentes, mais plus petites; et celles qui forment les glandes se mettent à Tunisson.

Les altérations peuvent être plus accusées et plus variées lors(jue les vaisseaux, relativement volumineux, du tissu sous-muqueux ont été oblitérés primitivement ou secondairement: car il peut eu résulter des bouleversements de la structure de l'organe et même des ulcératitms, ainsi qu'on peut le constater sur une paroi du rectum se rapportant à une dysenterie chronique (lig. 27).

Les productions exsudatives sont intenses sous Tinfluence d'um^ dilatation très prononcée des vaisseaux, parliculièremenl au niveau de la muqueuse et de la sous-muqueuse. Mais on remarque aussi

un épaississcmcnt de la substance hyaline de la sous-muqueuse, du tissu întermusculaire et sous-séreux, tandis que ce sont les éléments cellulaires qui prédominent à la surface de la muqueuse. On peut aussi y constater la formation d'une fausse membrane résultant de l'accumulation et do la condensation des produits exsudés, qui augmentent à ce niveau Tépaississement de la paroi intestinale, tandis que dans le voisinage se trouve une dépression résultant d'une légère exulcération. Sur le point correspondant, la muqueuse est bouleversée par des néoproductions cellulaires et vasculaires

tyi.

tm.

Kn.. 21. — Ihiscnlerie cliiuniique mi niveau tin rectum.

m.i.. muqucuM' iiiMlIrt^e. — f.m.t».. ffiussc rnonibrano rxsu.lôo. — h.c.f., hyporplasio colliilairo oxnbrronlo. - t. r/l.. luhos j'l.'»ii<liil.iir<«s. — r.d.. cni)ill.'iiros dilalrs, — m.m.. nnisriilniro inuqncus»'. — i.m.i., sous-mtuniptis.o infllln'o — t.m.. Inniqiio umsnilnirtv — p, vnisvoniiv.

intensives au point qu'un certain nom])re de glandes ont disparu. Il n y a cependant pas une grande perte do substance, comme Toxamen à l'œil nu semblait l'indiquer.

Quoique les produits de sécrétion et de desquamation épithéliales ne soient pas appréciables sur beaucoup de préparations se rapportant à des inllammalions moins prononcées, il est bien certain qu'ils ne font pas défaut: car l'on sait qu'ils sont toujours plus ou moins augmentés et modifiés dans tous les cas d'inflammation de la muqueuse du tube digestif, d'est ce qui a été constaté par MM. .1. Courmont, Doyon et Paviol sur l'intestin grêle enflammé

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