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GÉNÉRALITÉS RELATIVES A LA PATHOLOGIE ET A L'ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Si Tétude de la pathologie basée sur des faits cliniques remonte à la plus haute antiquité, ce n'est que depuis un temps relativement court qu'elle a réalisé de grands progrès , en prenant un caractère véritablement scientifique sous Tinfluence des travaux d'anatomie pathologique.

Tout d'abord, Morgagni a montré le parti que Ton pouvait tirer des examens nécroscopiques rapprochés des observations qui avaient été faites pendant la vie ; et ces dernières ainsi complétées ont acquis graduellement plus de valeur. Mais les progrès les plus considérables réalisés au sujet de la pathologie sont manifestement liés aux découvertes anatomiques et physiologiques dont les travaux de Bichat ont été le point de départ. Pour ce qui concerne plus spécialement l'anatomie pathologique, cet homme de génie avait prévu le « nouvel essor » qu'elle devait prendre et le caractère scientifique qu'elle allait imprimer à la médecine. C'est au point que nos connaissances médicales ont plus progressé depuis un siècle que pendant les périodes antérieures. 11 est vrai que toutes les sciences sont entrées également dans une nouvelle voie de progrès aussi remarquable, et qu'elles se sont ainsi prêtées un mutuel appui.

AXAT. TRIPIER. 1

2 INTRODLCl'lON

Les phénomènes physiologiques étant considérés comme les propriétés des tissus et les fonctions des organes, il était logique de rattacher les troubles survenus dans l'organisme à des lésions de ces organes et de ces tissus. Ainsi a pris naissance l'École anatomique qui, par l'étude de l'anatomie pathologique dans ses rapports avec les manifestations symptomatiques des maladies, a étendu considérablement ce champ d'investigation et enrichi la science médicale de découvertes nombreuses, au premier rang desquelles figurent celles de Laënnec.

Toutefois, les médecins considéraient la plupart des lésions comme des produits contre nature, et les maladies comme des entités greffées sur l'organisme, lorsque Broussais est venu dire que la médecine devait être physiologique. Mais, pour cet auteur, l'irritation était la cause de la plupart des maladies et elle devait être combattue par des saignées. Ce traitement qui eut tout d'abord une grande vogue, tomba ensuite en complet discrédit, après avoir donné lieu à des polémiques très vives, dont on ne s'occupe plus depuis longtemps. On paraît même avoir quelque peu oublié que Broussais a découvert la loi qui doit servir de guide dans Vétude de la médecine.

Et cependant, bien avant qu'il en fût question en Allemagne, Auguste Comte avait relevé l'importance de cette découverte, ainsi que le prouve le passage suivant de son cours de philosophie positive, relatif à la biologie, publié en 1838.

« Suivant le principe éminemment philosophique qui sert désormais de base générale et directe à la pathologie positive, et dont nous devons l'établissement définitif au génie hardi et persévérant de notre illustre concitoyen M. Broussais, l'état pathologique ne diffère point radicalement de l'état physiologique, à l'égard duquel il ne saurait constituer, sous un aspect quelconque, qu'un simple prolongement plus ou moins étendu des limites de variation, soit supérieures, soit inférieures, propres è. chaque phénomène de l'organisme normal, sans pouvoir jamais produire de phénomènes vraiment nouveaux, qui n'auraient point, à un certain degré, leurs analogues purement physiologiques. Par une suite nécessaire de ce principe, la notion exacte et rationnelle de l'état physiologique doit donc fournir, sans doute, Tindispensable point de départ de toute saine théorie pathologique; mais il en résulte d'une manière non moins évidente, que, réciproquement, l'examen scientifique des phénomènes pathologiques est éminemment propre à perfectionner les études uniquement relatives à l'état normal. »

Cette conception de la pathologie, un instant obscurcie, fut bientôt reprise avec des ai^ments nouveaux tirés des études faites à l'aide du microscope. C'est ainsi qu'on la voit réapparaître dans les travaux de J. MuUer, de Remak, de Virchow, de Ch. Robin, et devenir l'idée fondamentale de la pathologie moderne, avec l'appui considérable que lui prête la médecine expérimentale, comme en témoignent les écrits de Cl. Bernard.

Aujourd'hui, c'est un fait établi sans conteste et qui domine la pathologie tout entière, à savoir : qu'il n'existe pas de production sans analogue dans l'économie; que tout symptôme morbide résulte d'un trouble fonctionnel, comme toute lésion provient de modifications produites dans la constitution anatomique des organes et des tissus; de telle sorte que l'évolution des phénomènes pathologiques est absolument en rapport avec celle des phénomènes physiologiques de l'organisme vivant : « C'est, dit Cl. Bernard, par l'activité normale des éléments organiques que la vie se manifeste h l'état de santé ; c'est par la manifestation anormale des mêmes éléments que se caractérisent les maladies. » Littré et Ch. Robin ont encore parfaitement exprimé la même idée en disant que « le sort de la pathologie est étroitement subordonné à celui de la biologie ». C'est dire que, pour avoir l'explication des phénomènes de la vie à l'état pathologique, il faut les rattacher constamment à ceux de l'état normal. Voilà la base incontestable de la pathologie scientifique, qui ressort des travaux du siècle dernier, et doit servir à toutes les recherches futures; car plus on avance dans les études pathologiques, et plus on acquiert la conviction que hors de là on n'aboutira qu'à l'erreur.

On a pu ainsi établir que toutes les causes des maladies doivent être d'ordre mécanique, chimique ou parasitaire, et encore pourrait-on dire, toutes d'ordre mécanique, en considérant le mode précis d'action de chaque cause. Les découvertes de Pasteur ont apporté un appui considérable à cette manière de voir et jeté une si vive lumière sur l'étiologie et la pathogénie, que les causes de bien des maladies sont maintenant connues ou révélées chaque jour, et que, si, pour un grand nombre encore, le but n'a pu être atteint, on connaît au moins les voies qui permettront d'y arriver. La classification étiologique des maladies qui n'était encore considérée que comme une classification idéale, il y a peu d'années, est entrée aujourd'hui dans la phase de réalisation.

Mais les difficultés surgissent aussitôt qu'on veut se rendre compte du mode de production des lésions et les caractériser

exactement. C*est qu*on n'a pas attendu et qu'on ne pouvait pas attendre de tout connaître à Tétat normal pour entreprendre l'étude des états pathologiques; d'où les erreurs nombreuses qui ont été commises et ont toujours cours, tout au moins les incertitudes qui existent sur presque tous les points, en raison de nos connaissances encore restreintes touchant la constitution et le fonctionnement des éléments de Toi^anisme. On a vécu et on continue à vivre en partie sur des données exactes ou plus ou moins contestables, en partie principalement sur des données théoriques qui se modifient suivant les découvertes que l'on fait ou que Ton croit faire; et il faut convenir que nos connaissances positives dans la biologie normale et pathologique sont encore bien limitées !

Pour s'en convaincre, il suffit de voir comment les savants ont pu changer à diverses reprises, dans l'espace de peu d'années, les théories relatives à l'origine et à l'évolution des éléments anatomiques. Or il faudrait tout d'abord être fixé sur ce point pour expliquer les modifications se produisant sous l'influence des agents nocifs.

L'étude des théories aujourd'hui délaissées n'oflFre qu'un intérêt historique, tandis que la théoine cellulaire joue encore un rôle si important en pathologie et en anatomie pathologique, qu'il est indispensable d'examiner en premier lieu ce qui la concerne.

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