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CHAPITRE VIII

ÉTOLUnON ET TERMINAISON DE LINFLAMMATION

L'inflammation peut être considérée dans tous les organes à Tétat aigu ou chronique. Dans le premier cas l'évolution des lésions se poursuit le plus souvent avec une activité plus ou moins rapide, jusqu'à la terminaison par la mort ou la guérison ; tandis que dans le second elle est ordinairement plus ou moins lente et persistante. Mais nous avons vu aussi que ces deux catégories de lésions ne pouvaient pas être distinguées d'une manière absolue, d'abord en raison de ce que cliniquement une inflammation ayant débuté d'une manière aiguë pouvait persister indéfiniment, et inversement de ce qu'une inflammation considérée comme chronique pouvait à un moment donné présenter des phénomènes aigus, mais surtout parce que, anatomiquement, la distinction est impossible, autrement que par la considération que les productions ont eu lieu rapidement ou lentement en rapport avec les phénomènes symptomatiques. Les seules lésions ayant quelque importance et accompagnées de fièvre, pourraient rationnellement figurer comme inflammations aiguës, et plutôt nécessairement au point de vue clinique.

Nous avons encore vu que les inflammations aiguës ou chroniques, simples ou suppurées, ne persistent qu'en raison de la persistance de l'agent nocif ou par suite de circonstances locales empêchant les phénomènes de réparation, et que ceux d'extension locale ou de généralisation trouvent presque toujours leur explication dans les conditions anatomiques locales et dans l'état général où se trouve le malade. 11 y a, dans tous les cas, un phénomène dominant que nous avons constamment cherché à mettre en relief dans l'étude des lésions inflammatoires : c'est la tendance que présente l'organisme à la continuation des phénomènes de nutrition el de rénovation cellulaire de tous les tissus au cours de leur évolution; parce que c'est le fil conducteur qui permet de se rendre compte de la nature de toutes les productions pathologiques (aussi bien pour ce qui concerne les lésions de généralisation que pour celles qui sont primitives), toutes provenant de la déviation de

celles de l'état normal sous Tinfluence de la cause nocive connue ou inconnue.

C'est ainsi qu'on peut expliquer les altérations les plus variées au cours de l'évolution de toutes les manifestations inflammatoires et jusqu'à celles qui s'éloignent le plus de l'état normal sous l'influence des causes diverses, soit pour ce qui concerne les phénomènes productifs, soit pour ceux de dégénérescence, quelles que soient aussi les complications qui peuvent se présenter et le mode de terminaison de l'inflammation.

C'est avec la même préoccupation de la conservation de l'organisme dans son évolution pathologique que doivent être envisagées les possibilités de terminaison de l'inflammation pour arriver à en avoir une notion aussi exacte que possible, car c'est toujours un phénomène constant, non seulement dans les cas où la structure de l'organe aff'ecté n'est pas modifiée, mais encore dans ceux ou des altérations destructives ont eu lieu ; de telle sorte qu'on explique ainsi parfaitement la tendance aux phénomènes de réparation et de guérison qu'on peut observer dans tous les cas.

Terminaison de Tinflammation par le retour ad integrum.

Les inflammations légères de la peau et des muqueuses et même les altérations plus accusées, comme celles de Térysipèle, se terminent ordinairement par résolution. H en est de môme de beaucoup d'inflammations légères des parenchymes survenues sous l'influence d'une cause infectieuse, qui n'ont donné lieu à aucune altération de structure, et encore d'une inflammation exsudative intense, comme celle qu'on observe dans la pneumonie lobaire et même dans d'autres organes, comme les reins, le foie, etc. Toutefois ce que l'on entend cliniquement par résolution, s'applique bien à la rétrocession des phénomènes inflammatoires, mais comprend à la fois les cas où les parties reviennent absolument h l'état normal, ainsi que ceux où elles conservent quelques traces des lésions antérieures, qu'il importe de distinguer anatomiquement. Pour le moment, nous ne nous occuperons que de la terminaison par le retour des parties ad integrum,

Virchow admet le retour possible à l'état normal, voire même à l'état embryonnaire, des cellules atteintes de tuméfaction trouble ; mais c'est une vue théorique dont la démonstralion n'a pas été faite. La preuve contraire est tout aussi aléatoire, en raison de l'impossibilité de suivre une cellule dans son évolution au sein

des tissus où ron trouve seulement 'des cellules voisines aux diverses phases de leur évolution et d'autres cellules à divers degrés d'altération. Mais il y a tout lieu de penser que des cellules évoluant naturellement d'une manière déterminée, vont continuer leur évolution lorsqu'elles seront altérées, sauf avec des modifications variables, et sans revenir en arrière en vertu d'une propriété contre nature que Tétat pathologique leur aurait fait acquérir. On ne peut comparer, d'autre part, les cellules à des individus malades qui reviennent à la santé; car cet état est dû, non au rajeunissement des cellules et encore moins à leur retour h l'état embryonnaire, mais au renouvellement des Méments altérés. Et en effet, lorsque des cellules ont subi des altérations, il y a toutes probabilités pour qu'elles évoluent tant bien que mal jusqu'à disparaître et être remplacées par des cellules normales. C'est le retour ad integrum que l'on peut constater dans les parties précédemment enflammées, où il n'y a eu que des altérations portant stir les éléments cellulaires disposés de manière à pouvoir être remplacés comme ils le sont à fétat normal^ notamment pour les épithéliums et endothéliums.

C'est ce qui arrive pour la peau, les muqueuses et les glandes à la suite d'une inflammation légère, ou même d'une altération plus prononcée comme celle d'un érysipèle, ayant donné lieu seulement à une production intensive d'éléments cellulaires qui sont éliminés à la surface de ces organes dans les mêmes conditions qu'à l'état normal, mais seulement en plus grande quantité et plus rapidement jusqu'au retour ad integrum. Il peut en être de même pour une inflammation légère du poumon et même pour la pneumonie lobaire, lorsque la structure du tissu n'est pas modifiée. Une partie des exsudats est éliminée au dehors à la surface de la peau ou des muqueuses affectées et pour le poumon par l'intermédiaire des bronches, tandis qu'une autre partie est résorbée par les lymphatiques. C'est surtout dans les cas où l'affection atteint un organe sain et évolue rapidement, précisément à la façon de l'érysipèle auquel la pneumonie a été comparée.

II est vraisemblable aussi que des inflammations légères sans altération de structure, telles que celles signalées dans les divers organes à l'occasion des maladies infectieuses, peuvent se terminer par le retour ad integrum^ mais également lorsque l'évolution de l'affection a été rapide; car dans tous les cas dont il vient d'être question il est possible de trouver quelques lésions scléreuses consécutives, au moins sur les points où les productions exsu-

datives ont été le plus abondantes et le plus persistantes. Ces cas rentrent alors, soit dans la catégorie de la terminaison de rinflammation par le passage à l'état chronique, soit dans celle de la terminaison par cicatrisation.

Terminaison de rinflammation par le passage à Tétat chronique.

Il est très commun de trouver au niveau de la peau, des muqueuses et des organes divers qui ont été le siège d'une inflammation tant soit peu persistante, un certain degré de sclérose se manifestant toujours de prime abord autour des vaisseaux ou des parties qui en renferment beaucoup, comme les parois bronchiques, par un épaississement parfois si léger qu'il passe inaperçu lorsque l'attention n'est pas spécialement dirigée sur cette recherche, et surtout dans les organes où l'on n'a pas, comme dans le poumon, des particules noires pour les mettre en évidence. C'est qu'il y a eu des productions cellulaires en quantité excessive, qui n*ont pas pu être utilisées entièrement pour la formation et l'évolution des cellules propres, lesquelles exigent des conditions structurales particulières et la place nécessaire à leur développement. Celles qui n'ont pas pu évoluer et sont restées dans le tissu conjonctif, se sont tassées irrégulièrement, naturellement aux dépens des éléments normaux dont la structure se trouve ainsi modifiée, ne fût-ce que par le changement de disposition des capillaires à ce niveau. Le retour ad integrum de ces parties est alors impossible ^ parce que la structure du tissu a été modifiée et que, notamment^ les vaisseaux ne sont plus disposés de la même manière.

Il en résulte, en effet, que les nouveaux éléments produits se présentent dans des conditions différentes qui imposent une constitution ou structure en rapport avec ces productions nouvelles; d'autant plus que des vaisseaux de volume variable peuvent être ensuite comprimés ou le siège d'une inflammation aboutissant h leur oblitération. C'est consécutivement la production de troubles nouveaux et d'un bouleversement du tissu engendrant la persistance non seulement de la sclérose, mais encore d'une hyperplasie cellulaire. Celle-ci se manifeste è la fois par des productions abondantes et anormales à la surface de la peau ou des muqueuses, ainsi que dans les cavités glandulaires des parties affectées, par la présence d'une plus grande quantité de cellules conjonctives dans tout le tissu avec prédominance aux points d'élection précédemment indiqués. Elle a aussi une tendance à accroître la sclérose

no ÉVmLLTIoN et TER3IIXAI<*»N de L'INTUiMMATIOX

à la périphérie des parties primitÎTement atteintes, ainsi qu'à en produire «^ur d'autres points, surtout sous Tinfluence de quelque cause de recrudescence de Tinflammation.

On rencontre fréquemment la persistance de l'inflammation sous cette forme. Elle est due seulement à ce que la structure du tissu a été altérée de telle sorte, que, même après la suppression de la cause et le reirait des troubles inflammatoires, il reste un certain degré d'inflammation toujours caractérisée par une byperplasie anormale, mais avec la présence de productions scléreuses anciennes en plus ou moins grande quantité. Elle parait entretenue par ces modifications de structure au niveau des tissus qui doivent fournir des éléments cellulaires en grande quantité, au fur et à mesure de leur utilisation à la surface de la peau, des muqueuses et des cavités glandulaires, où on les voit persister à peu près comme à Tétat normal, et seulement avec quelques modifications, lorsque la structure du tissu sous-jacent est très altérée.

C'est ainsi que persistent, quoique Ton fasse, certaines inflammations de la peau dont les parties profondes sont plus ou moins sclérosées. 11 en est de même pour les inflammations des muqueuses dans les mêmes conditions, comme celles de larrière- gorge, des parties profondes de Turèthre, de la vessie, etc. Cest en vain que dans ces cas on multiplie les cautérisations dans un but curalif. Encore les malades sont-ils heureux, lorsque leur état n'est pets aggravé par ces nouvelles exacerbations inflammatoires qui se propagent souvent aux muscles sous-jacents et occasionnent des troubles irrémédiables.

Nous avons vu comment une bronchite qui a duré quelque temps s'accompagne toujours de lésions scléreuses, et, à la longue, de phénomènes inflammatoires persistants, qui exposent les malades h la production de lésions nouvelles.

Cest le cas habituel pour Tinflammation des reins qui commence à se produire sur quelques points de la périphérie de ces organes et se diffuse peu à peu sur les diverses parties du parenchyme, en présentant, comme nous Tavons indiqué, toujours les mêmes caractères, c'est-à-dire une byperplasie cellulaire anormale. Celle-ci modifie les cellules des tubuli et augmente les déchets ; elle encombre les espaces inlertubulaires et, à un moment donné, peut, sur divers points, remplir tout le tissu en le bouleversant et en donnant lieu à la production de nouveaux tubes plus ou moins rudimentaires, en raison de la tendance persistante de Toi^ane à sa conservation par ses productions cellulaires même anormales et

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exagérées. Plus ces lésions augmentent et plus elles ont de la tendance h en engendrer de nouvelles ; ce qui rend compte de leur incurabilité.

L'inflammation continue aussi k s'étendre dans la cirrhose hépatique pour peu qu'elle ait atteint un certain degré, et quand bien même la cause initiale a été supprimée. 11 en est h peu près de même de toutes les inflammations dites spontanées qui se sont manifestées par des productions scléreuses tant soit peu étendues sur un organe de structure délicate et remplissant un rôle physiologique important, dont les altérations tendent constamment à augmenter. Cependant toutes les productions scléreuses ne donnent pas lieu à des inflammations indéfinies et il nous reste précisément à examiner les cas terminés par guérison définitive.

Terminaison de l'inflammation par cicatrisation.

Nous avons vu que parmi les cas d'inflammation, considérés comme terminés par résolution et le retour ad integnim^ il y a souvent production d'un peu de sclérose qui passe inaperçue, mais empêche cependant de considérer le tissu affecté comme étant revenu absolument à l'état normal. Les altérations qui en résultent sont si légères qu'il faut les rechercher attentivement pour les trouver, qu'elles ne donnent pas lieu à des troubles Notables dans les phénomènes de nutrition et de rénovation cellulaire; et que, si troubles il y a, on les considère comme négligeables. Telles sont, par exemple, les lésions inflammatoires produites sur la peau par une pression prolongée (durillon), celles de l'érysipèle, celles des poumons désignées sous le nom de bronchite, ou celles du rein et du foie dans les maladies infectieuses qui donnent lieu à quelques troubles passagers de ces organes, appréciables ou non. Après leur cessation, on considère cliniquement ces aff^ections comme guéries; mais au point de vue anatomique, il en est résulté des lésions scléreuses minimes persistantes, qui peuvent bien être considérées comme des lésions cicatricielles et auxquelles se rapportent sans doute quelques troubles locaux parfois encore appréciables, mais qui d'autres fois passent inaperçus.

Ainsi il suffit pour le durillon qu'il y ait eu un peu de sclérose du derme et des artérioles oblitérées pour que, malgré la cessation de toute pression, la peau ne puisse pas revenir complètement à l'état normal, qu'elle reste moins souple et avec quelques modifications des productions épithéliales.

L'érjsipèle, et surtout l'érysipèle à répétition de la face, laisse parfois quelques modifications scléreuses persistantes ' des téguments qui, lorsqu'elles ne sont pas appréciables pendant la vie, sont manifestes à l'examen histologique.

Une bronchite légère ne laissera peut-être pas de trace appréciable fonctionnellement. Cependant il est possible qu'on relève 4e temps en temps la présence d'une mucosité bronchique expectorée difficilement pour songer que cela peut provenir d'une légère production anormale entretenue par un peu de sclérose pulmonaire sur quelques points que l'examen attentif des poumons dans les autopsies révèle communément.

Il est fréquent de trouver dans les reins de petits points de sclérose très limités sur une préparation, plus souvent au niveau d'un ou de quelques glomérules, chez des sujets n'ayant présenté pendant leur vie aucun signe de ces lésions. En effet elles paraissent plutôt se rapporter à une cicatrice ayant vraisemblablement pour origine une inflammation légère survenue à l'occasion d'une maladie infectieuse quelconque qui a pu produire ou non à ce moment une albuminurie passagère. 11 arrive en effet que dans ces cas les altérations sont si limitées qu'elles ne donnent pas lieu à des troubles appréciables. Mais anatomiquement on peut remarquer qu'il y a toujours en plus quelques cellules irrégulièrement disposées au niveau ou autour des points sclérosés.

Il est encore très commun de rencontrer sur les reins des traces d'infarctus anciens sous forme de dépressions cicatricielles variables d'étendue et de nombre, qui n'ont donné pendant la vie aucun signe appréciable. Et cependant on trouve à ce niveau des lésions destructives avec de la sclérose et des productions cellulaires anormales, lesquelles sont restées plus ou moins limitées et peuvent ainsi être considérées comme cicatricielles, quoique anatomiquement on trouve les traces d'une perturbation persistante à ce niveau.

Il est également fréquent de rencontrer dans le foie des espaces portes qui paraissent un peu agrandis, souvent même avec un ou plusieurs légers prolongements anormaux, et dont le tissu es! manifestement scléreux, mais sans une production cellulaire abondante, de telle sorte que là encore on se trouve en présence d'une sclérose légère qui peut être considérée comme cicatricielle; d'autant qu'elle n'avait donné lieu pendant la vie à aucun trouble appréciable, et que les lésions n'ont pas le caractère envahissant.

Des altérations analogues peuvent exister dans d'autres organes, dans le cœur, par exemple, où des travées de sclérose fréquemment

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