‹ Traité d'anatomie pathologique généraleChapitre 79 sur 176 · RÉUNION DUNE PLAIE PAR PREMIÈRE INTENTION · texte numérisé non relu

RÉUNION DUNE PLAIE PAR PREMIÈRE INTENTION

teinent innaminatoire, quoique celte cicatrice passe ensuite inaperçue, lorsqu'elle est très étroite, comme c'est souvent le cas pour les réunions par première intention.

Les phénomènes inflammatoires sont néanmoins bien manifestes, étant caractérisés h la fois par des phénomènes destructifs et par des productions cellulaires exubérantes et anormales, d'où résultent des altérations indélébiles. C'est qu'il y a eu, comme dans les cas de réunion par seconde intention, des tissus détruits ou altérés qui ne se reformeront pas ou se reproduiront d'une manière anormale ; c'est que des modifications ont été apportées à la structure des tissus divisés, et que, suivant la loi précédemment indiquée, il ne saurait y avoir dans ces cas de retour ad integrxim.

Le retour à Tétat normal ne saurait être observé que si l'agent vulnérant n'a enlevé ou altéré que les cellules de revêtement de la peau ou des muqueuses. Cela équivaut, en effet, à une desquamation hâtive des cellules ou à la section de§ cheveux et des ongles qui continuent de pousser, les cellules des couches profondes venant peu à peu remplacer celles qui ont été enlevées jusqu'au retour ad integrum.

On peut cependant se demander comment il se fait que dans ces cas la perte de substance se comble ; car il faut non seulement que les cellules continuent à se produire lorsque les parties superficielles sont tombées ou ont été régulièrement enlevées, mais encore qu'il y ait production d'une plus grande quantité de cellules à ce niveau pour arriver à l'égalisation parfaite de la surface externe de l'épithélium.

La théorie des équivalents d'espace de Weigert ne saurait suffire & expliquer ce phénomène; car elle ne peut se rapporter véritablement qu'au volume et à la forme que les cellules prennent les unes par rapport aux autres dans un espace déterminé. En supposant que la simple perte de substance incite l'organisme à la remplir par une production exagérée de cellules, comme on devrait le faire en supposant le primum movens dans les cellules, ce serait revenir h l'hypothèse que « la nature à horreur du vide » c'est-à-dire à une hypothèse sentimentale; tandis que l'on peut parfaitement se rendre compte des conditions qui doivent favoriser la production plus abondante des cellules là où des cellules normales ont été enlevées. En effet, dans ce point les capillaires sous-jacents doivent éprouver une résistance un peu moindre, d'où résulte leur dilatation, parfois neltement appré-

ciable, avec une activité circulatoire augmentée qui favorise les productions cellulaires plus abondantes jusqu'au retour de Tétat absolument normal.

Ainsi dans tous les cas les phénomènes productifs de réparation des tissus sont sous la dépendance des conditions physiques et physiologiques des vaisseaux chargés de pourvoir toujours aux phénomènes de nutrition et de rénovation cellulaire.

Mais dans les états généraux graves, surtout avec fièvre, et particulièrement à rapproche de la mort, les phénomènes inflammatoires peuvent être très diminués, à peine appréciables ou nuls au niveau des plaies dont les bords ont été mis cependant en coaptation parfaite, de même que sous Tinfluence des causes d'irritation (application d'un vésicatoire, injection d'une substance irritante, comme Tessence de térébenthine, suivant la méthode de M. Fochier dans le but d'obtenir un abcès dit de fixation, etc.), Tinflammation peut faire défaut. Il en résulte qu'à l'autopsie on trouve bien les surfaces incisées en contact, comme les a mises le chirurgien, mais que le travail de cicatrisation n'a eu lieu que d'une manière incomplète ou nulle, lorsque la fièvre a persisté et que l'état du malade a continué de s'aggraver jusqu'à sa mort.

Comme la question d'une intervention chirurgicale sur l'intestin dans les cas de perforation et môme d'hémorragie au cours de la fièvre typhoïde, est actuellement à l'ordre du jour, on peut se demander si, d'après les considérations précédentes, il n'y a pas impossibilité à la réunion tissulaire des parties coaptées, lorsque la fièvre doit persister? C'est ce qui est arrivé pour les réunions de plaies que nous avons observées dans des conditions analogues, et il nous semble particulièrement à craindre qu'il en soit toujours ainsi au cours d'une fièvre grave qui n'a aucune chance de céder sous l'influence de l'intervention ne visant qu'un phénomène secondaire. Car il en est tout autrement, lorsqu'on évacue une collection purulente qui entretenait la fièvre et que celle-ci ne tarde pas à diminuer, puis à cesser bientôt après l'intervention; ce qui permet à la cicatrisation de s'efl*ectuer avec le retour des conditions de nutrition des tissus, suffisantes pour donner lieu aux phénomènes d'hyperplasie cellulaire.

La notion exacte de ce qui se passe dans la réunion d'une plaie par première intention est donc importante. Et même, lorsqu'elle a été faite dans les meilleures conditions générales et locales par le chirurgien le plus habile, on peut apprécier la constance des phénomènes inflammatoires, puisque, s'ils viennent réellement à

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