‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 22 sur 88 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des transformations du tissu osseux.

§.755. Nous venons de voir la substance des os altérée dans sa composition chimique, mais non encore transformée en une matière étrahgère. Deux maladies vont nous offrir ce dernier genre d'altération: dans l'une, Y ostéosarcome ^ nous verrons à la place du tissu osseux une masse lardacée et charnue^ dans l'autre nous ne retrouverons aucuns débris de l'os primitif: il aura été entièrement converti en un aînas de fluides gélatineux ou pultacés; c'est là le plus haut degré de désorganisation du tissu osseux. Nous le désignerons sous le nom d^osteolyose.

ARTICLE PREMIER

De tostéosarcome.

§. 756. M. BoyerS qui emploie la dénomination Sostéosarcome (appelé aussi os/^b^ar^ro^^), définit cette maladie ainsi : une altération du tissu osseux , dans laquelle , après avoir éprouvé une distension {dus ou moins considérable, il dégénère et ^e transforme en une substance variée, mais plus ou moins analogue à celle du cancer dans Jes parties 'molles;

1 Mal. ckir.y t. 3, p. 5S7'.

ANATOMIE PÀIBOLOGIQIJE SPÉCIALE. Al3

tandis" que les symptômes locaux et généraux présentent une ressemblance encore plus frappante avec ceux de celte dernière maladie.

Je ferai deux remarques sur cette définition. Premîèranent l'augmentation de volume ne précède et n'accompagne pas constanunent Fostéosarcome. En second lieu cette maladie n'est pas toujours et essentiellement cancéreuse; elle n'a pas non plus de corrélation intime avec le fongus médullaire, réputé oarcnomateux par quelques auteurs ; die n'acquiert pas oc^nme ce dernier une mollesse âastique; elle n'est point vasculeuse; elle ne donne point naissance, quand on: l'extirpe; à d'inquiétantfes hémorrhagies; die ne produit point cette d jscrasie ni cette extrême prostration des forces vitales que l'on remarque dans la dégénérescence cérébrifbrme.

- §. 757. Tous les os paraissent sujets à cette maladie ; oq>endaait on l'observe plus fréquemment aux os de la fiice, à ceux de la base du crâne, aux os longs des'extremités/mais par-dessus tout aux os innominés, qui: sont peut-être de tous les os ceux qui en sont le plus souvent atteints.

§. 758. J'admets avec M. Boyer deux espèces d'ostéosarcome. Dans la première, la maladie, qui a coounencé par une affection cancéreuse des parties molles, s'est propagée jusqu'à l'os ; c'est ce qu'on voit par exemple dans l'ostéosarcome de la fiice par suite de maladies qui se sont développées dans les fosses nasales, dans le sinus maxillaire, etc. Dans la seconde espèce Tos est le siège primitif dé la njaladie : son propre tissu dégénère, et les parties, molles

2l4 LIVRE. II.

ne partiopent à cette altérati<Mi que secondaire* ment.

§. 759. Lorsque la maladie a Êiit 3es progrès considérables , le tissu de l'os a disparu plus ou moins complètement : à sa place on trouve une substance homogène, grisâtre ou jaunâtre, lardacée, dont la coupe unie ressemble à celle du blanc d'oeuf fortement durci, ou à celle de vieux fromage; la consistance de cette substance varie depuis celle du cartilage jusqu'à celle d'une bouillie fort dense. Jjt$ parties molles environnantes qui ont partagé Taffection de l'os, en ont pris la texture, et pardci* pent évidemment à la même altération : muscles, tendons, périoste, ligamens^ vaisseaux, tout est confondu dans la même masse, tout a subi la même dégénérescence.

On rencontre fréquemment dans les ostéosarco^ mes, surtout dans ceux qui forment de grandes tumeurs , des foyers contenant tantôt un ichor fé* tide, tantôt une matière semblable à de la bouillie claire, et quelquefois au centre de la substance lar* dacée une masse plus ou moins considérable de matière gélatineuse demi -^transparente et tremblo^ tante.

§. 760. Dans im ostéosarcome au côté gauche de

la face , qu'a disséqué et examiné avec le plus grand

^ soin IML le docteur Becker S on a trouvé que l'os

zygomatique, le maxillaire supérieur, l'os du palais,

1 Geschichte eines Osteosarcoms der Gesiohtshnochen^ KvsTf Mag,/', d, gesammt. ffeilk,; J9, ai > «$. 9ii8.

ANATOWE PÀTHOXXmiQipE êPÈClÂLE. ^\S

la gnuMie aile.de Fos ^[^héiioide, la portion orbitaire du coitmal et Tos ungui^, étaient entièrement détnâts, et remplacés par une tumeiir blandie, nom vasculâdre, de consistance variée, analogue dans yielqties endroits à du fromage et dans d'autres an tissu des glandes, mais nulle part à celui des cartir lages. Le bord alvéolaire, raréfié et ramolli, renfernuût des dents parfaitement intactes. Cette masse n'exhalait aucune mauvaise odeur , ni pendant son excision du cadavre, ni pendant six jours d'immeraîon dans l'eau : elle avait même si peu de tendance à la putréfiaiction) qu'on ne put obtenir un conunei»» «ment de décomposition qu'après une macération de âx semaines dans une solution alcaline. Coupée pMT tranches minces, elle offrit au premier coiq> 4'oeil une sur&ce lisse , mais qui , examinée à la loupe, présentait une infinité de pores, qui par la compression fournissaient une madère muqueuse, probaUienient contenue dans des cellules qui communiqnaient entre elles : on observa aussi que des traunées de tissu cellulaire traversaient cette masse dans difieventas directions. Soumise à la dessiccation , nne de ces tranches avait un aspect dendrit^ que, et faisait voir des ramifications arborescentes, qui paraissaient provenir de très -petites parcelles^ osseuses. Quant aux muscles qui couvraient immédiatement les os , on n'y découvrait plus de fibres rouges et charnues , mais seulement des ûisceaux blancs et fibreux.

§. 761. «Tai aussi examiné avec beaucoup d'attention un ostéosarcome complet de la moitié infé*

ai6 LIVRE II. '

lieure du tibia et sans tuméfiictîoiL La moitié sopé^ riêure de cet os était dans l'état naturel , excepté cependant que le péiioste avait une ligna d épaisseur et' avait Taspect aponévrotiqae, même Lia &ce interne du tibia, <pii ne donne attache à aucune film tendineuse. Aundessous de ce point le périoste s'a* mincissait brusquement, :et devenait très-adlvécent à l'os. Celui-ci, à peine gœifié, était raboteux à f extérieur. Je reconnus à la loupe que ces aspérités dépendaient d'un gcsind nombre de petits sillons longitudinaux , mais flexueux : elles occupaient im espace d'un pouce. L'os s'amincbsait ensuite, était flexible, puis disparaissait teut*à«-fàit, pour &ire pkee à ime substance blanche, et charnue, qui n'était ni 'fibreuse , ni celluleuse , ni graisseuse , mais figurée en lobules ou mamelons , affectant tous une direction transversale , et qui représentaient un nombre prodigieux de bourgeons en forme de petits ehant'r pignons. Ces bourgeons, qui ne pouvaient èirè écrasés entre les doigts, mais qu'il était &cile de déobiT rer, présentaient à la loupe un tissu spongieux, du-*quel on pouvait exprimer l'esprit de vin dont ik avaient été imbibés par la macération. lia masse sar-r comateuse de l'os dégénéré se continuait dans l'astragale et dans le calcanéum, en sorte qu^il n'y avait plusr aucune trace d'articulation ni même d'inierrup^ tion entre ces trois os.

La moitié inférieure du péroné était tuméfiée par ostéosclérose corticale :il y avait fausse ankylose entre la malléole externe et l'astragale.' Le lîgàm^t interosseux, la couche musculaire à InquéUe il- donne

AHATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. àl'}

attache, le |>érios«» du péroné, étaient confondus en une seule masse jaunkre, coriace, dense, ifihneuse; et' dans laquelle on distii^guait, à l'aide des. Terres grossissans^ une direction rectiligne. Une portion dé cette masse. desséchée fit voir une légtee sirie oÀeuse; mais rien de semblâUe n'apparaissait dans une petite portion de la masse sarcomateuse , è^gale-f niem soumise à la dissection : . c'était une substance toatra.fi.it kl-égulière et idfonne.

£tt résKmé, la substance dans laquelle ce tibia était dégénéré 9 ressemblait à une véiitahle éponge chsr» aue II m'a semblé qu'il n'y avaitentre elle et le spuia vaitosa d'autre différence que celle de la matière mtese dont ' elle était formée , cette matière: étant tome charnue, tandis qu'elle est osseuse daiis lé ^ina yentosa.

§.'762. On a déâgné le yirus vénérien, le scrophuleux , la gale , les dai^res , le rhumatisme , et même les violences extérieures , comme lès causes de l'ostéosarcome Tout en convenant que ces .affecticms peuvent compliquer la maladie, M. Ek>YBnL pense néanmoins qu'elles scmt incapables de produire ime dégénérescence aussi grave du tîssu osseux Sef> Ion lui, c'est bien plutôt le virus cancéreux qu'il fiiut accuser de tous ces désordres. Ce qui nûlite en faveur de cette opinion , c'est qu'après l'amputation la maladie se reproduit presque toujours, comme après l'extiipation du cancer des parties molles* Toutefois )'ai eu occasion d'observer le contraire dans un cas tjrès-curieux que je vais rapporter.

$. 763. Un jeune homme de viugt^huit ans, tisso^

3l8 LITRE II.

rand de sa jirofession, de mojeiuie stature, lié de pacou sains, ayant un ftèreet une soeur d'une £onsditodon robuste, ayait joui lui-même d'une très» bonne santés loi^squ'à l'âge de vingt-cinq ans, en Juin lâiS, il se fractura dans une chnie lefénmr gaudie. La fraotnre se trouvaic immédianement au-dessus des condyles de cet os. Un efairurgim de village af^iquft an appareil, qui resta en place quaruoe jours, au bout desquels on fit marcher k malade. On remarqua aussitôt qu'il ne pouvait s'appuyer sur ce moabre sans ressentir de très-fortes doideuvs. On se con*vamquit en même temps que la consoiîdalion n'étak point effectuée, et que les deux fragmens glissaient l'un sur rauu*e : le genou et la partie infin^ure de la cuisse étaient gonflés dans l'étendue de trois pou*ces, et égalaient presque le volume d'une tète d'enfrnt à terme. Un an après l'accident, k partie du fémur située au-dessus de la tumeur commença à devenir douloureuse et à se tuméfier. Ce gonflement augmenta de plus en plus , et s'ét^idit jusipxe vers laine.

Lorsque ce malade emra à Thèpital, le 7 JFnîUet 1 82 1 , la tumeur était énorme , et avait envahi près* que toute la cuisse : elle était dure et un peu sensible au toucher; les tégumens qui la couvraient étaient sains, les veines cutanées très-' dilatées. Sa forme était irrégulièrement arrondie : elle avait treize pouces et demi de diamètre longitudinal, dix pouces et demi de diamètre transversal , et neuf pouces et demi de diamètre antéro -postérieur. L'articulation du g^iou avait conservé un peu de mobilité : la

:*JfÀT01IIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 319

marche étak encore possible, loais non sans peinet et seulement à Vùie d'un Uton. Ia tumeur conti* Boant à augmenter, et étMit devenue le sîége de yives douleurs, qui ^étendaioit dans toute la longueur du membre, aocompagnées de fièvre et d'insomnie, le mraibre fot amputé par M. Makchal, chirurgien en chef de l'hôpital civil , à la hauteur du quart supérieur du fémur. Trois ligatures étroites et arrondies forent aj^liquées : la plaie fut réunie en fente trans* versale, au moyen de bandelettes agglutinatives. Im* médiatement après l'opération tout sentiment dou* lourenx disparut, et le surlendemain le malade recouvra sa gaieté, qui ne l'abandonna plus depuis» L'appareil fut levé le septièooie jour : la réunion s'élait efiectuée vers la partie interne de la plaie; ime portion du musde droit antérieur Élisait une petite saillie, et offrait un aspect noirâtre ; les bords de la plaie finrent maintenus rapprochés; il s'étabUt une soppuraiion, qui, sans être abondante, dura quelqu» ten^; la cicatrisation fut complète au bout de sept semaines, et le malade, qui est maintenant (5 Jan« vier iSSs) à Thopital en quahté de pensionnaire, a pris de l'anbonpoint , et jouit de la meilleure santés Examinée après l'amputation, la tiuneur pesait treize livres trcMS onces : elle formait un énorme sao à-parob denses, sarcomateuses, coriaces, d'tm tissu fibreux , dans l'épaisseur desquelles on trouvait çà et là quelques parcelles osseuses, qui étaient mani£es^ tement la continuation du cylindre osseux; on eût dit celui-ci distendu et converti en une vaste ca« veme à parois charnues. Le liquide que renfermait

cette cavité éutt du poids de cinq livres et demie : il«se continuait aVec celui que renfermait encore le cj^lindre osseux, était gélatineux, de consistance d'un sitop épais, sans odeur ni saveur. L'analyse chimique , laite par M. le professeur Goze au kboratoire de la faculté, montra que cent parties de cette hu* mtor cont^iaient cinquante parties d'eau, quarante et une d'albumine, cinq dixièmes d'hydrochlo*rate de soude , vingt-iânq centièmes de phosphate de soude et autant de sul&te et de carbonate de chaux.

^ 764. Je tiens pour certain, avec le docteur BfiCKER S que Fostéosarcome ne commence ni dans le périoste ni dans la toile médullaire , mais dans la substance osseuse elle-même. J'ai vu, comme cet auteur, qu^ l'ostéosarcome peut par continuité de tissu GOmBûiuniquer la même altération au périoste d'un os voisin , sans que celui-ci éprouve le moii^ dre ramollissement dans sa substance. C'est ainsi que dans Fostéosarcome du tibia dont je viens de parler^ les parties molles placées dans l'intervalle des deux cis de la jaiâbe étaient désorganisées, ainsi que le périoste du péroné ; dont la substance , au lieu d'être ramollie, était au contraire plus dure que dans l'état normal. Je pense, au reste, que l'ostéosarcome a , comme toutes les maladies organiques, ses périodes et ses degrés, et qu'il doit y avoir des époques où la transmutation de la substance osseuse est moins avancée que dans d'autres. C'est ce que )'ai

1 RusT, /. e,f p. a3S.

ANATOMIE PATHOLOGIQtTE SPÉGIALti. 22%

tnèine Térifié sur xm volumineux ostéosarcome de l'extrémité supérieure d'un péroné qui se trouyedans notre Musée. Cette tumeur, de forme ovoïde, a cinq pouces trois lignes de hauteur ; son diamètre trans-* versai est de trois pouces deux lignes. Cèst une masse charnue et informe, qui miferme «n grand nombre de parcelles osseuses extrêmement friables.

ARTICLE SECOND

De la fonte des os y ou de Fostéolyose.

§. 765. Il est une maladie, heureusement rare, dans laquelle Tos disparait dans une étendue plus ou moins grande, tombe, si l'on peut ainsi dire, en aéliquium, et laisse à sa place une collection de matière qui difi%re par sa couleur et sa consistance, sans offrir jamais aucim caractèk*e d'acrimonie. Cest Il cette espèce de fonte, de dissolution des os, que je donne le nom Sostéolrose^. Quelques exemples en feront connaître les particularités.

§. 766. Une femme âgée d'environ quarante ans s'aperçut dune tumeur indolente au sein droit, qu'elle attribuait à un léger coup qu'elle avait reçu à cette partie quelque temps auparavant Cette tumeur augmenta sensiblement, sans causer d'autre incommodité qu'une oppression de poitrine. Cependant au bout de deux ans la tumeur s'agrandit prodigieusement; les difficultés de respirer augmentèrent; une fièvre hectique s'alluma , et c'est dans cet état que la malade fut reçue à l'hôpital civil, où elle mourut

i De oçnoVy ot, et de A(/«^> ye dissous.

A{n*è8 un séjour de six semâîoes. Voici daïis quel état les parties fbrent trouvées après la mort

Le sein droit était très^ volumineux, et paraiissait an premier aspect être le siège d'un énorme squiniie* La tumeur s'étendait transversalement du bord externe de l'omoplate au sternum : elle était immobile^ et la peau qui la couvrait étût très^adhérente, amin-* cie autour de k papille du sein , et percée d'un petit trou, par lequel il s'écoulait un peu de matière. La circonférence de cette tumeur était de vingt- six pouces, son diamètre transversal de dix, le perpendiculaire de septt et son relief au-dessus du niveau du thorax de cinq pouces et demi. La dissection de cette tumeur montra qu'elle n'avait pas son siège dans la glande mammaire, mais que les muscles grand et petit pectoral, très-amincis, lui servaient d'enveloppe. ES9 poussant plus loin nos recherches , nous reconnu^ mes que la maladie s'étendait plus profondément que nous ne l'avions d'abord soupçonné. Mous ne vîmes pas sans étonnement qu'elle pénétrait dans la poitrine par une large ouverture ; résultat de l'entière destruction des troisième, quatrième et cinquième cô« tes, depuis et y compris leurs cartilages jusqu'au milieu de leur longueur. Ayant pratiqué une incision à la partie inférieure de la tumeur, il s'en écoula à peu près deux livres' d'une matière glaireuse. Nous arrivâmes alors à une vaste caverne , qui occupait une grande partie de la cavité thoracique droite» caverne dont les parois étaient épaissies, dures, calleuses et comme krdacées. Cependant des recherches ultérieures nous firent apercevoir un grand nombre

ÀNATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉaALE. 22$

ûe kistes plus ou moins Tohunineur , «tués plus profondément dans Tintérieur de la poitrine : Tua d'eux, plus considérable que les autres, refoulait en bas le diaphragme, tellement que le centre tendineux de ce muscle correspondait au rebord cartilagineux des fausses côtes, et que le bord tranchant du Ibie descendait jusqu'à la crête de l'os des îles. Le dîa« phragme lui-mtaie, très-aminci, intimement adhé* rent k ce dernier kiste, n'était pas altéré dans ^ structure, et l'on pouvait distinguer parfiôlement le centre aponévrotique de la partie charnue. Enfin ^ d'autres kistes, plus petits, mais nombreux, et situés derrière le sternum , refouliûent tout-à-fait le cosur dans la carité gauche de la poitrine, montaient jus* qu'à l'articulation de la clavicule avec le sternum , et comprimaient les deux veines graves, mais surtout l'inférieure. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peupte que nous parvînmes à découvrir la bronche droite, l'artère et les veines pulmonaires du même côté» Quant au poumon lui-même , cet organe , coUé le kmg de la colonne-vertébrale, et réduit à un plan celluleux mince, avait conservé sa couleur natu« reUe.

La cavité thoracique gauche n'offrait rien de par*» ticulier. Le poumon de ce côté était sain , à quelques tubercules près, disséminés dans son intérieur. Le ventricule gauche du cœur élait aussi mon et aussi flasque que le droit, et avait presque la même'ca» paciié. L'aorte et l'artère pulmonaire étâôent dans leur état naturel Le foie, ayant entraîné le duo« dénum jusque vers la région hypogastrique, avait

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pkoé fcatomac dans une âuiation absolament pet-^ pendicùlidre; le pancréas avait une direction trè»' obfique.

U résulte de cette description v i •'' qu'une énorme tumeur remfJissait presque entièrement la cavité thoracîqne droite; s."" que cette tumeur avait affaissé le poumon de ce coté et anéanti son action; 5.^ qu'elle refoulait en bas le diaphragme, et s'étendait de l'in^ teneur dé la poitrine jusque sous les muscles pecto* raux et la peau, à la &veur d'une large ouverture, suite de la destruction d'une partie des troisième , quatrième et cinquième côtes; 4*^ enfin, qu'elle était formée d'un grand nombre de kistes , dont deux , plus grands que les autres , méritaient le nom de

Revenons un instant sur quelques particularités intéressantes de ce cas de patholo^e.

Tous les kisties dont la réunion formait la grande tumeur que nous avons décrite, quoique intimement adhérens entre eux, étaient néanmoins indépendans les uns des autres : leur ensemble constituait une masse rénitente, élastique, avec fluctuation peu sen* siUe. Le tissu tapissant extérieurement leurs parois , était parsemé de vaisseaux très-apparéns : ces vaisseaux formaient même des jdexus assez marqués ; nùiis dans l'épaisseur de ces parois, et à la surface interne, on ne distinguait plus aucune trace de vaisseaux. I^t matière contenue dans ces kistes était dif^ férente quant à sa couleur; mais sa nature paraissait èU'e lia même dans tous. Dans quelques-uns cett^ matière était parfidtement transparente et homogène;

ÀNAtOMiE PATHOLOGIQUE SPÉCIAtE. ddS

dans d'autres, au contraire, elle était sanguinolente» et contenait une substance plus épaisse et grumdée : elle était sans odeur et sans saveur » et ressemblait i quant à sa consistance» au nnicus des narmeSé Deux livres de cette matière» retirées d'un seul kiste» fiir^tit examinées chimiquement : on j trouva une grande quantité de gélatine, très^peu d'albumine, du muriake et du phosphate de chaux^

Les extrémités des côtes détruites, renfermées dans le principal kiste, baignaient dafts la matière qui y était contenue ; aussi avons-nous trouvé deux por* tions d'os , de la longueur de six lignes , nageant dans la Uqueur. Ces fragmens, parfiiitement blancs, poreux, n'avaient aucune odeur : il en était de m^me de toutes les parties osseuses en contact avec la matière. Une portion des cartilages des côtes, qui tenait encore au sternum, était également inodore, poreuse et comme boursouflée. En un mot, rien dans ï'a^^ect de ces os , ni dans les qualités de Thùmeur, ne ressemblait aux phénomènes de la carie. On n'j flqpercevait point non plus cette espèce d'érosion qui résulte du choc d'une tumeur anévrismatique. Dès* lors ne peut-on pas dire que cette maladie consistait dans une fonte gélatineuse des os? Quoi qu'il en soit, on rencontre dans les auteurs des exemples de tumeurs qui ont avec l'observation précédente une grande analogie, sous le triple rapport de la disparition des os, de l'accumulation d'une humeur gélatineuse et de la légèreté des causes qui ont produit la maladie. Plusieurs de ces exemples ont été consignés dans les Mémoires de l'académie de chirur-

IT. i5

^^6 LIVll£ 11.

gîe, par Hownr' el Dufouart^» ainsi que dans Tcavrage de MM. Boter et Richerand^. Cq>eiidant de tous les &its qui sont parvenus à ma connaissance 9 aucun n'a avec celui que nous avons décrit une idoitité aussi parfaite que celui qui a été publié par un médecin de Philadelphie 4. Dans ce cas la tumeur, qui avait été oecasionée par une légère plaie à la partie supérieure du sternum, avait acquis dans l'espace de deux ans xm volume tel qu'elle occupait d'un côté de la poitrine tout l'espace compris entre les' seconde et septième côtes. Cette tumeur renfermait une grande quantité de matière glaireuse, et, en la disséquant, on trouva qu'une partie considérable des troisième, quatrième, cinquième et sixième côtes manquait entièr^nent.

J'ai dit que j'avais trouvé le poumon droit trèsaminci, intimement adhérent à la tumeur, mais ajani conservé sa couleur bleuâtre. J'ajoute qu'on ne retrouvait plus aucune trace de la plèvre. D'après ceci on pouvait s'attendre à un rétrécissement considérable, ou même à Toblitération comjdète des vaisseaux pulmonaires, tant aéri^u, que sanguins. A notre grand étonnement, ces caxmux avaient conservé leur calibre naturel.

§. 767. On lit dans le Recueil périodique de h

1 T. 8, édit. in-id.

a T. 1» p. a, édit. ia*ia. »

3 Leçons du citoyen Boter sur les maladies des os» par A.

RiGHEaAKD j t. 1, p. 37a et SUÎT.

4 Journ, der auslund, mtd» Liiter, f von Su/kland u . Harles :

ANAtOMiE PATHOU>GIQUE SPÉCIALE. 22^

société de m^ecuie ^ un cas d'ostéolyosé observé par le docleur Thiésault. Cest celui d'une femme qui, après deux fractures de la cuisse ht son tiers supérieur, y éprouva un gonflement considérable» qui égala bientôt le volume d'une tète d'enfant à terme, et qui offrait des batt^nens qu'on pouvait praidre pour ceux d'un anévnsme. A la dissection du cadavre on trouva la cuisse malade plus courte que l'autre de quatre à cinq pouces : la tumeur avait vingt^quatre ' pouces de circonférence; elle était lisse et luisante : l'artère fémorale, rétr^cie, était collée sur elle. La tumeur elle-même se composait d'une espèce de parenchyme celluleul ferme , ayant deux pouces d'épaisseur , et /;on« tenant xme humeur lymphatico - gâatineuse. Les muscles étaient entièrement détruits. La moitié supérieure du fémur, y compris la tête, le col et les deux trocfaanters , la table externe de l'os des îles , toute la cavité cotyloïde, la branche horizontale du pubis et la branche descendante de l'ischion, manquaient entièrement : il n'en restait que quelques parcelles minces, implantées çà et là comme de petites épingles dans la substance lymphatico-gélatineuse; elles ne pesaient pas ensemble plus de deux gros. Ce qui restait de l'os innominé se brisait et s'écrasaîtJidlenient entre les doigts. Le reste du fémur était^ très- spongieux, et comme rongé à son extrémité supérieure dans l'étendue de trois pouces* périoste» décollé jusqu'aux condyles, renfermait

ip— I— — — — p— — — ^— iw*— — 1— — — —i»«i

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entre lui et l'os une couche dé sang caillé assez épaisse. Ce même os ne cédait que difficilement à la pression du doigt, et cette pression en expiimait une humeur grasse, sanguinolente, qui s'échappait par de petits pores répandus à la sui&ce. Les condyles étaient soudés avec ceux du tibia et avec la rotule. Ces derniers os, qui avaient conservé leur volume et leur forme ordinaires, et dont le périoste se détachait &cilement , étaient très-fiiahles : ils recevaient rimpressfion des doigts comme de la terre glaise.

Cette même femme portait deux tumeurs à la tète, remplies d'une substance blanchâtre, grasse, à demi figée, et qui pénétrait d^s le crâne. Les os de cette cavité étaient ramollis. Le péricrâne se détachait avec une grande faciUté, ou, pour mieux dire, il n'était pas adhérent La couleur de ces os était d'un rouge brun : ils regorgeaient, comme presque tous les autres, d'une humeur grasse, sanguinolente, qui sortait avec facilité par la plus légère pression.

§. 768. M. Lëveillé ^ a aussi observé un cas àna* logue sur une jeune fille de sept ans. La cuisse avait acquis un volume considérable : la peau en était tendue, lisse, variqueuse, et affectée d'érysipèlei La malade avait des douleurs très-aiguës. A l'inspection anâtomique on trouva lesf parties molles minces , grêles, et les vaisseaux sanguins prodigieusement augmentés en calibre. Dans le centre de cette tumeur

se trouvait un fluide épais , huileux , jaune , sans

1 Recueil périodique ^ t. a6, p. ^Z^,

ânatomib pathologique spécule. 229

odair; le fémur était rompu au-dessous du grand trochanter : il y avait une perte de substance dont , il n'était resté que quelques parcelles osseuses assez épaisses. Les extrémités des deux fragmens étaient très-éloignées l'une de l'autre, sans tuméfiiction apparente, et d'une consistance molle et presque pultacée.

§. 769. Enfin , la fonte des os peut quelquefois avoir lieu dans un endroit très -circonscrit. Cest ainsi que le docteur RusSel ^ observa dans le crâne un trou de l'étendue d'un pouce de diamètre, bouché par une tumeur fluctuante remplie d'une humeur rougeâtre. L'os lui-même n'était nullement malade dans la circonférence de ce trou.

Cen est assez, je pense, pour prouver que l'ostéo- Ijose est ime maladie distincte , damier degré de dégénérescence de la substance osseuse, et que cette maladie est quelquefois constitutionnelle et quelquefois purement locale.

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