CHAPITRE V
De Pankylose.
§. 876. Ce qui a été dit jusqu'ici sur les maladies des articulations, explique en grande partie cet état d'une articulation diarthrodiale, dans lequel les mouvemens sont ou entièrement abolis ou extrêmement gênés. Ce genre d'altération a reçu le nom dankylose.
L'ankylose est vraie ou complète, fausse ou incomplète. Dans la première les os sont tellement unis et soudés, qu'ils ne forment qu'une seule pièce, en sorte que les mouvemens sont abolis pour toujours : il n'existe plus ni membrane synoviale, ni 'Cartilages diarthrodiaux , ni lame compacte; la substance spongieuse est continue de l'un à l'autre os.
1 Dictionnaire des sciences médicales , art. Tumeur blanche^ %* 56| p. ti3.
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Dans la fausse ankyloise les os ne sont pas soudés; ils jouissent encore d'une certaine mobilité, et les mouvemens de l'articulation peuvent se rétablir, lorsque la cause qui les empêchait ne subsiste plus.
§. 877. Nous ayons dît plusieurs fois comment cette Êiusse ankylose se formait, et comment soûs l'influence d'un trairail épipUogistique se développé un tissu cellulaire et ligamenteux, qui établit des âd<* hérences entre les extrémités articulaires des os. D'un autre côté, Timmobilité seule dans laquelle on tient pendant long-temps les membres, produit l'ankjrlose £iu8se de leurs articulations ; témoins les malades qui pour des paratysies ou pour d'autres maladies sont obligés de garder constaonment les mêmes attitudes. Les ligamens articulaires contractent alors de la roideur, et serrent fortonent les surfaces articulaires l'une contre l'autre. La sécrétion de la synovie diminue, et finit par cesser; les feuillets de la membrane sjTBOviale contigus perdent leur poli, deviennent rugueux, et contractent des adhérences au moyai d'un tissu cellulaire, qui dans ces cas parait, suivant l'opinion de M. J. Cloquct ^ , se développer ssms travail inflammatoire.
§. dis. D'après mon expérience, c'est principalement le principe goutteux qui produit la fausse ankylose. Je citerai entre autres exemples celui d'un homme de trente-quatre ans, tourmenté de violentes douleurs arthritiques et particulièrement d'un gonagra extrêmement opiniâtre. Au bout de six ans de
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sojaffrances les- douleurs s'apabèrent et disparurent même complètement ; mais les contractions perma* nentes des muscles fléchisseurs avaient fini par déterminer une flexion incurable des genoux, des coudes , des poignets et des phalanges. Cet état dura vingt-deux ans , et se termina par le maçasme. Dans }e dernier temps de la vie, les membres abdominaux étaient dans un tel état de flexion que les genoux approchaient du menton. La dissection fit voir tjue les condyles du tibia avaient passé derrière les condyles du fémur, et se trouvaient placés dans le creux du jarret ; la rotule avait contracté des adhérences avec la poulie cartilagineuse qui sépare les condyles du fémur ; le ligament capsulaire était converti en un tissu cellulaire lamineux ; les cartilages semir lunaires avaient disparu / ainsi que les ligamens croisés et le ligament postérieur de Winslow.
§. 879. Je présume que l'ankylose vraie commence par l'ankylose fausse, c'est-à-dire qu'il s'établit entre les surfaces diarthrodiales des adhérences cellulosor ligamenteuses, qui finissent par s'imprégner de phosphate calcaire. Loin de croire qu^elle soit due à l'ossification des cartilages, je pense, au contraire, que ceux-ci sont d'abord détruits, et que ce n'est qu'après leur disparition qu'a lieu le travail organique, dont la soudure est le dernier terme. Ce qui vient à l'appui de mon opinion , c'est la grande tendance du tissu ligamenteux à l'ossification : non- seulement cett^ tendance est admise pour le système fibreux .en gé- Tiéral , mais il y a des exemples qui prouvent l'ossification des ligamens articulaires en particulier.
ANATOnE PATHOLOGIQUE SPÉCULE. 5^7
JàiiisRussel^ possède une pièce préparée qui montre un des ligamens croisés de Tàrticulation du genou en partie ossifié. Le malade, qui avait eu à cette articulation une plaie suivie d'inflammation , mourut un mois après l'accident , à la suite d'un typhus. Il est vraisemblable que, s'il avait survécu à sa fièvre» toute l'articulation aurait fini par se souder.
§. 880. Les articldations les plus susceptibles de s'ossifier, sont les planiforftes , telles que celles du carpe, du tarse , des vertèbres ; et il n'est pas rare de trouver ces dernières toutes soudées entre elles. Pou- PART^ avait remarqué cette disposition sur le cadavre d'un centenaire, et Connor^ décrit un squelette dont l'épine du dos et le bassin ne formaient qu'une seule jùèce. D'un autre coté, les articulations les plus mobiles ofirent aussi des ankyloses vraies, comme noul l'avons d^à remarqué dans le chapitre précédent Un exemple d'ankylose vraie de l'humérus avec l'otnoplate est consigné dans l'Histoire de la société royale de médecine 4. La substance des tubérosités de l'humérus était confondue avec le bourrelet de la cavité glénoïde; un tissu réticulaire osseux, dont les filets étaient bien organisés , remplaçait la capsule articulaire.
Quant aux ankyloses vraies des articulations du coude , du genou et du pied , il n'y a pas de musée anatomique qui n'en offre de nombreux exemples :
a Acad. roy. des sciences, année 1699.
3 De stupendo ossium coalila ^ p. 4.
4 Année 17799 p* aaS*