CHAPITRE VU
Dé V inflammation du ccewr^ eu delà cardite
et de ses suites.
§.1010. Je retrouve dans la cardite trois des fbr« mes de l'inflammation que j'ai signalées dans le cours de cet ouvrage ; savoir : la phlogo^e , Yépi^ phlogose et ï hyperphlogose. La première , qui cons-
1 Lasivic, /. c, p. 169.
9 Samml. auserL Abhûndl,^ B. 98» «^. 7o4<
3 D« Kkgf^âif çmur^ et d« hipsç^ ffraiue.
474 LITRS II.
thne k cardite aîgaè des auteurs, oommenee an feuillet cânfiaqae du péricarde, et pent<-ètre aussi quelquefois à la tunique externe des cavHés du CMoeur ; die envahit la substance de cet organe et produit des symptômes extrêmement graves, sonUables à ceux de la j^ogose du péricarde (§. 9^0). En ejfet,. la maladie attaque quelquefois sans prodrome et avec les acoidens les plus formidables ; tels que douleurs pongitives et brûlantes dans la région précordiSle > ;. dofdeurs sous l'appendice xyphoide, augmentéespar la déglutition * ; chalem* interne et sentiment de pression dans toute la cavité thorachique gaudie';^ baitemens du cosur fréquens et irreguliers , et quel» quefois si forts , qu on a pu , assur e-t-on , les entendre à la distance de dix pas^; respiration courte, fîné^ quente et pénible; anxiété inexprimable, alternant avec des lipothymies; décubkus dorsal, avec saillie de la poilrine, comme dans l'opisthotonos; d'autres
fiiis orthopnée et flexion du dos en avant;. fièvre coiltinue, commençant par une horripUation ou par un frisson plus prononcé ; pouls très-fréquent, ayant jusqu'àrdeux cenu pulsations par minute (SfeenOel),. tantôt fort et élevé, tantôt petit, serré et extrême* meut variable^; communément absence de délire; mais visage rouge ou subUvide, blême ou jaunâtre; traits de la face exprimant le désespoir ; yeuxbrillans
1 Testa., Henkrankheiien , UBetsetzt von Smiffeis^ S. aSo. a HoBSH, Dissert, de carditide, Grmning»^ iSi^.
3 K-ftSTSiG, HerxkrankhciUn i B, 3 y Th. i , 5. ai S.
4 Ki4.vsEy Heck.se y Litter. jinnal.; i8a8y Hft. 9.
5 PucHELTy das Veneni^stem y 1$. 85.
A5ÀT0MIE PATHOLOGiqtJE SPÉCULE. 4?^
et injectés; <](belqaefoîs soif^ d'autre» fois aiFersion pour k boisson ; urines rouges; dans quelques cas envies de vomir; marche extrêmement rapide de la maladie 9 souvent devenue mortelle le second ou le troiMème jour; paroxismes violens» marqués par de terriUies angoisses ; extrême jactitation et fiçmA des extrémités; battemens du cœur de plus en plus irréit guliers et ondulatoires , et diminuant de minute eil minute ; respiration devenant de plus en phts raria et ne s'exécntant qu'en quinze à vingt secondes.; «phonie, défeillances, hoquet et mort, précédée quelquefois d'une apparente et perfide rémission*
Lorsque l'invasion de la maladie est plus lente ^ dHe a des prodromes qui consistent dans une toux aivec crachats sangninolens; douleur rétrostemale Avec fièvre, et ^douleurs rhumatismales des membres» C'est sous cet appareil de symptôme^ que je l'ai oIk Mrvée dans les deux cas suivans :
^ lOll. Un garçon de douze ans, aprè» s'être e%po$é à l'ardeur du soleil dans la saison la plus chaude de l'année, descendit dans des carrièFcs poor y chercher des minéraux. Peu de jours après^ ilfiit pris d'une inflammation rhumatismale des pieds et des poignets, qui se transmit biettôt au coeur et y produisit les moavemens les plus tumukueux, une anxiété extrême et des palpitations telles qu'elles n'au* raient pu être plus fortes dans un anévrisme actif le mieux prononcé. Les palpiutions étaient accom^ pagnées de douleurs déchirantes à la poîtrkne, qui faisaient pousser à cet enfant les cris les plus pefçansi Après quaitre jours de souffrances , je parvins à cahnef
ces accidens au, moyen de la méthode1bit]{lUogi$t^ que largement employée. Cependant les mêmes accts 9e répétèrent encore deux fois à deux ans dtntervalle, mais à un degré moins violent que la première fois. Assez long- temps je crus ce malade attaqué d'anévrisme actif. Toutefois, observant que* chaque , attaque coïncidait avec un accès de rhumatisme àà^ les membres, et qu'elle en était même précédée, je ine rassurai et je me convainquis par la suite de ïtmtence d'une inflammation du coeur. Ce jeune hoaune, qui est âgé aujourd'hui de vingt-<ùnq ans, est doué d'une constitution forte, et n'a plus été malacle depuis.
Dans un second cas de cardite, qui m^est aussi fourni par un jeune homme de quinze ans, la maladie était caractérisée par des palpitations extraordinaires et des douleurs poignantes dans la région précordîale; il en éprouvait également plusieurs attaques à diverses époques; elles alternaient avec des accès de rhumatisme goutteux. Ce cas présentait ce^te singularité remarquable, que le malade, sujet à un bégayement habituel , était débarrassé de ce vice de prononciation du moment qu'il éprouvait les attaques de cardite.
§. 1012. Quant aux altérations organiques déterminées par ]a phlogose du cœur, on n'a pu encore les con'stater anatomiquement , par la rai^n, 1 .° que la maladie est assez rare ; 2.^ qu'dle se termine quelquefois par la guérison, et que 3.^ dans les cas d'une issue malheureuse, les recherches cadavériques n'ont pas été faites avec assez de soin et assez de critique» On s^est borné à l'inspection du péricarde,
ahatomie pathologique spÉaALB. 477
dont inflammation accompagne souvent la cardité proprement dite, mais ne la constitue pas.
Cependant, si nous voulons nous en rapporter à l'autorité de Fabrice d'Hilden, de Stqerk et de MscKEL , on aurait trouvé à la suite de cardite aigué, la partie musculeuse du cœur convertie en une subs*tance nioUe et pâle ; les fibres charnues sans ténacité ; le tissu cellulaire qui les unit, lâche, quelque* fois infiltré de matière lymphatico- purulente, et même dans certains cas, en partie détruit; le système vaSculaire plus apparent, plus développé que dans Tétat ordinaire et paraissant atteint luirmème de la phlegmasie qui finppait les auu*es tissus. ' Qui ne voit combien ces résultats confirment ce que nous avons enseigné sur le caractère et la terminaison de la phlogose; savoir qu'elle détermine constamment la sécrétion d'une matière Ijmphalico* puriforme? <
-'- §. lois. 11 epiphlogose se présente, i.° à l'état aigu 9 et 3.^ à Tétat chronique. ^
Dans le premier, la marche de la maladie est loin d'être aussi rapide que dans la cardite par phlogqse ; «lie commence fi^quemn^ent par des rhumatismes , qui, en èe déplaçant, produisent une douleur bp* pressive derrière le sternum. Il se manifeste une fièvre continue rémittente; le cœur offre des palpitations irrégulières ; le pouls est variable ; il y a de la dyspnée et de la toux. Apfès ces symptômes, qu'on peut considérer eomme la période des prodromes, les pal«pitations deviennent plus fortes et plus fréquentes, et reviennent par accès. Le malade éprouve un mal-
47' UVRB il.
aise iadéftiiiwabk ; tes douleurs nesoni pMaiatrof^; il n y a point de difficulté de resjûrer portée jusqua la suffocation ; la tête est libre , et ou remarque tout au plus une céphalée pulsaiile. Néanmaixis les progrès de la maladie 6ont de )Our en jour plus seo$i* blés; les forces s'épuisttit par les fréquena accès de mal-aise, de palpitations et d'aniiété, et le malade meurt, sans avoir perdu ua .instant sa présence d'esprit
A l'ouyerture des cadavres ou trouve le cœur de '▼<^ume naturel , mou et flasque ; les ventricules et les oreillettes pâles et [aunàtres; une matière grasse s'est déposée et conuae infiltrée entre les fibrea charnues. On aperçoit à la sur&oe des cavités , ainsi que dans leur substance charnue, un réseau vaaoulaire €rès»^vek>ppé et très-i^parent. Ces cavités contâeBnent ordinairement des eoncréûons polypîformes , qui se contmuent dans celles des gros vaisseaux : Le cas suivant, cpii présente un exemple, d'épiphlogose aiguë du cœur^ unie à une pérlcardite, fera DMieux ressortir tous les symptômes de la maladie. • §• 1014. Une demoiselle de dix-neuf ans, néed'un père syphilitique ^ devai| à cette circonstance "une cachexie prononcée, et qui se ma^ifiBStaitiantot par des glandes lymphatiques engorgées , tant6t par des douleurs arthritiques , avec gonflement des articuJar .tions du poignet et des doigtsw Iol maladie du ccQtir ■s'était développée lentement Dans sa première jeu- -nesso elle se Êitiguait très-ftcileaient, et après un quart d'heure de marche, elle ressentait un essoufle*- ' ment accompagné d'une légère douleur pongiiive
ANÀTOMÏE PArHOiX>GIQUE SPÉCIALE. 479
derrière les fausses côtes du colé gauche. D'autres fois on remarquait chez dUe une tcfndance à l'étonrdissetnent et une irritabilité exaltée du système nenveux. De temps à autre elle était attaquée de toux, qui tantôt était sèche et tantôt accompagnée d'ex*pectoration mucoso - sanguinolente. Les r^es se supprimèrent , et sur le soir la malade avait quelquefois une sensation de faiblesse, tdle qu'elle était sur le point de dégénérer en lipothymie. Lepouls était fré^ ^ent, mais toujours régulier, sans augmenter de vitesse ni de foroe. Quant aux pulsations du cceur, on ne put les déeouvrir dans quelque attitude qu'on plaçât la malade; Le sommeil était dès l'enfiince agité et troublé par des réveils en sursaut
Un jour la malade ressentit subitement, et sans cause connue, une grande difficulté de respirer, accompagnée d'une • extrême anxiété , nuis :sans toux et sans irrégularité du pouls. Cet asthme dimitiua de violence , mais ne cessa pas entièrement ; il rendit peu à peu le décubitus sur le dos nécessaire ; cdui sur les côtés occasionait une sensation par** ûculîère; ce n'était point une douleur, mais tuie ^éne qui obligeait la malade à changer à chaque instant de pôeiiion. À cette époque, elle éprouvait aussi des éclairs de douleur, traversant la poitrine, qui kû faisaient pousser des cris aigus. La respiration était alors très^née, le pouls fi^équent et dur, mais régulier. Le moindre mouvement et. les influences morales exdtaieiit ou augmentaient ces symptômes. La malade se plaignit d'un froid extérieur et d'une ehakiM* intérieure 5 sa respiratioil derint de plut eA
plus laborieuse; les joués , les mains ^ et les ongles prirent une couleur livide; le pouls était très-petit -et irrégulier; il survint un état comateux; la toux, d'abord insignifiante, s'aggrava; elle durait souvent toute la nuit A la fin il se manifesta une douleur positive dans la région du foie et une pression au milieu de la poitrine; enfin une extréaie Êiblesse et un état soporeux précédèrent la mort, qui eut lieu sans secoiisses et sans agonie.
A Touverture du cadavre on trouva dans les deux cavités de la poitrine quatre à cinq onces d'un fluide )aunàtrè et transparent Le poumon gauche était adhérent à la plèvre d'une manière partieUe ; mais son tissu n'était nullement altéré ; il en était de même du poumon ' droit. Le péricarde n'offrait aucune trace d'inflammation ; il n'était point épaissi, non plus ; mais sa surface interiie était partout hérissée de filamens, dontlalongueurétaitde deuxà trois lignes, et l'épais^ seur celle d'une soie de> porc Ces filaniens étaient comme enracinés dans le péricarde, dont ils ne purent, par conséquent, étire détachés par la macéra* tion. Cette membrane n'était point adhér^ite aii cœur; seulement huit à dix llocons, longs dé trois pouces, allaient de l'un à l'autre, et renfermaient dans leur^isseur des particules blanches , moUes, de là grosseur d'im pois, et paraissant formés de lymphe coagulable. Le cœur était d un volume ordinaire. Sa surface externe paraissait dégénérée en une multitude de filamens dé six à neuf lignes de longueur, S^ qui étaient coubhés les uns sur les autres à la manière des tuiles. Leur couleur était d'uiOL. blanc
jaunâtre. Chaque filament était rude et comme sau-^ poudré de gruau très-fin, et qui ne se détachait ni se dissolvait dans Teau. Les mêmes filamens tenaient fortement à la substance du cœur; ils étaient confondus avec lui en un tout organique, et on ne pouvait les enlever, ni par la macération ni par l'arrachement.
En examinant le cœur lui-même avec plus d'attention, on découvrit que les deux tiers de sa substance avaient dégénéré en une masse adipeuse, d'un gris jaunâtre , dans laquelle les filamens en question étaient implantas. Cette masse était molle et pouvait être incisée très-facilement; elle était la même dans toute l'étendue du cœur, et ne présentait nulle part une structure fibreuse. Â sa surface interne, le cœur pré* sentait une couche rouge. Ses colonnes charnues étaient encore colorées, et a^ftient conservé leur texture primitive. Le cœur était en général mou et flétri. Les cavités gauches étaient absolument vides* Dans les droites, il y avait quelques caillots noirâtres, qui enveloppaient un noyau blanc grisâtre. Les gros vaisseaux de la poitrine ne contenaient que très-peu de sang noir et fluide.
L'auteur de cette observation ^ la donne comme un exemple d'une conversion, du cœur en substance adipeuse^ et n'est pas éloigné d admettre que les filamens dont ce viscère était hérissé et qu'il compare à des poils , avaient pris racine dans Cette même substance, à l'instar de ceux du cuir chevelu.
1 SiiTEOirs Heidelberger jinnalcn^ B. S, S. a6d.
u. Si
Pour moi, je n'y puis voir qu'une épiphlogose du cœur, qui, par 9a nature même, devait se terminer par Texsudation d'une lymphe coagulable. De là les filamens piliformes; de là cette dégénérescence en apparence adipeuse, mais qui, dans le fond, n'était quune matière albumino-fibrineuse, infiltrée dans le tissu du cœur.
§. 1015. Lorsque le cœur est attaqué ^épiphlogose chronique primitive ^ les signes de la maladie se masquent sous d'autres symptômes , quelquefois étrangers aux affections du cœur, et sont pour cette raison difficiles à démêler. Les malades, ordinairement sujets à une cachexie particulière ou affecté^i d'une goutte invétérée, éprouvent derrière le sternum un mal-aise ou une douleur fixe, comme si elle provenait d'un clou qu'on y aurait enfoncé. Leur moral est visiblement altéré : ib se plaignent d'une inquiétude vague, qui, retentissant jusque vers la tête, leur donne des accès de vertige.
D'autres fois la maladie se développe avec une extrême lenteur, et qui demande des années entières. Alors se manifeste ordinairement une constriction à la poitrine, une douleur dans les bras, une toux sèche ou sanguinolente. Peu à peu une fièvre hectique se déclare, qui, en déterminant des ^JBur» colliquatives, accélère la chute des forces vitale» «t conduit le malade au tombeau.
Dans quelques cas un état aigu vient pour ainsi dire se greffer subitement sur un état chronique. Tout à coup la douleur devient pongitive; La dyspnée très-forte; l'anxiété extrême, et des accès de déiàil-
ANATOM1E PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 4^5
lance souvent répéiés, mettent fin à l'existence du malade, après deux ou trois jours de souffrance.
L'ouverture des cadavres donne pour résultat les mêmes phénomènes que dans le cas précédent : même changement de couleur au cœur, même matière infiltrée dans sa substance, mais plus dense et ayant une apparence plus organique et se rapprochant du tissu cellulaire. Tel était l'état des parties dans le cas suivant, observé par Gairdner.^
§. 1016. Un homme de vingt-neuf ans, ^médecin, fut pris, au milieu de la nuit, de violentes palpitations du cœur. Le docteur Gairdner, arrivé près du malade une heure après l'accès, trouva les mouvemens du coeur un peu diminués, quoique le pouls battit encore cent vingt fois par minute. Le malade éprouvait en même temps une douleur pulsatile à la lète: il raconta que dans le commencement de l'accès les battemens du cœur avaient été si violens , qu'on pouvait les entendre, et qu'il s'attendait à mourir avant l'arrivée des secours; il était si persuadé que le moindre mouvement pouvait les renouveler , qu'il s'astreignait au repos le plus absolu. On pratiqua Une saiy^ée de trente onces, qui produisit un allégement aomentané quant aux palpitations et à la céphalée, je pouls descendit aussi à éent huit Le sang était ouvert d'une croûte phlogistique. On prescrivit ne {>otion saline pour la nuit
IL«e l^idemain, le malade, couché tranquillement, ^osait faire le moindre mouvement, crainte de re-
i TVtfiuact. ofthe med. chir. soc, ofEdimb,^ t. a^p. a37ka43«
noaveler l'accès. Son pouls étah à cent Sor le soîr, nouvelle attaque, aussi forte que la première : non- Telle saignée de trente onces; croûte phlogistique; répétition de la potion saline. Malgré ces moyens, troisième accès le soir du surlendonain, moins violent que les précédens; mais inspirant au malade plus de crainte : troisième et forte saignée; le sang coule de la veine pendant la nuit, et le m^adeperd encore plusieurs onces de sang. Accès de palpitations moins répétés et plus Ëiibles : application de sangsues aux tempes, dirigée contre la céphalée. Après avoir éprouvé deux petits accès de palpitation, le malade se trouva assez bien : son pouls était mou et naturel; mais sa fréquence augmentait considérablement au moindre exercice ; si , par exemple ,1e malade essayait de porter sa jambe hors du lit , le pouls , qui marquait soixantesme ou quatre-vingts pulsations, montait à cent trente. Cependant, peu à peu cette singulière maladie diminua et s'éteignit au point que le malade put aller en voiture, se tenir debout et marcher sans être soutenu. Mais une nouvelle série d'accidens se manifesta, et détruisit respoir d'une guérison parfaite. Les symptômes de la phthisie pulmonaire se déclarèrent , et le malade succomba le neuvième mois après l'apparition de sa première maladie.
A l'ouverture du cadavre on trouva les deux poumons remplis de tubercules suppures. Le poumon gauche renfermait en outre une très-grande vomique. Le droit était attaqué d'œdème. Le cœur était couvert, dans la plus grande partie de son étendue, d'une fausse membrane coriace, qui n'en pouvait être se-
parée, parce qu'elle pénétrait sous forme iPun tissu cellulaire tris ^ dense dans les interstices des fibres musculaires des ventricules.
Je trouve dans ce cas un exemple bien tranché d'un changement organique par Tefiet d'une épiphlogose chronique du cœur et du péricarde. Cette forme de Tinflammation est la moins dangereuse d^ cardites, parce qu'elle détermine une altération compatible avec le maintien de la vie.
§. 1017. Nous venons d'examiner l'épiphlogose chronique comme affeclion primitive du coeur. Sou* vept aussi cetle maladie est le résultat d'une épiphlo-* gose aiguë, et alors sa pathogénie peut être conçue sans difficulté.
§. 1018. L'hyperphlogose du cœur était regardée comme ime altération assez fréquente dans les temps où l'on prenait pour autant d ulcérations de cet organe toutes les inégalités qu'on rencontrait à sa sur* face ; inégalités résultant le plus souvent de la pré* sence de végétations, de villosilés, de lambeaux de fausses membranes. Toutefois nous possédons quelques faits authentiques qui constatent l'existence de petites collections purulentes, soit dans la substance même du cœur , soit à l'une ou l'autre de ses surfaces, avec érosion et ulcération de ces dernières,
Laennec ^ a rencontré deux fois une collection purulente dans les parois du ventricule gauche. Dans l^un de ces cas l'abcès avait le volume d'une aveline.
IVIegkel ^ avait déjà vu du pus infiltré entre les fibres
t Auscultation médiate; t. 3 , p. i58.
3 Mém. de Tacad. de Berliu; année lySÔ, p. 33.
muscidaîres da cœur. Quant aax érosions et aux ulcérations, les exemples en sont mcnns rares. Dans qaelques-uns les olcères étaient (Tune nature ventablement maligne On lit dans les Mémoires de la Société royale de médecine ' l'histoire d*une fille de vingt-deux ans, qui, reçue à rhôpial de Perpignan pour une maladie vénérienne, se plaignit dans Tintérieiu" de la poitrine d'une pesanteur qui répondait à la mamelle gauche. Cinq mois après le traitement antisyphilitique, cette pesanteur dégénéra en une douleur pongitive, que la malade comparait à des coups d'aiguilles, donnés par intervalles. Cette fille mourut après deux ans de maladie, durant lesquels elle avait éprouvé de fi*équens accès de syncope. Â l'ouverture du cadavre on découvrit une espèce de carcinome, qui avait entamé une grande partie du coeur. La portion de Fulcère qui répondait à la partie latérale et au fond du ventricule droit, ne laissait entre elle et ce ventricule que quelques fibres musculaires, formant une toile mince, susceptible d'être rompue par une légère pression du doigt La portion de l'ulcère qui répondait au fond du ventrictile gauche, avait entre elle et ce ventricule un peu plus d'épaisseur. L'oreillette droite participait au gonflement et à la densité squirrheuse du cœur; cette densité était telle que le scalpel y rencontrait la même résistance
que des cartilages lui auraient fiiit éprouver. Le vo-
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1 Années 1777 et 177S, p. aSi. Lef rédacteurs de cet ouvrage disent que le docteur Cabcassors, qui af ait observé ce cas extraordinaire, avait donné ^ la Société tontes les preuves qn^elle avait désirées pour en constater la Térité.
ANATOHIE PkttLÙLÙÙlQVE SPÉCIALE. 4^7
lume de ce viscère était très-considérable, à en juger par sa circonférence , qui était de onze pouces hdit lignes au-dessous des oreillettes. L'ulcère avait neuf pouces deux lignes et demie d'étendue.
Les Annales de la médecine physiologique, publiées par IVL Broussais ^ renferment la description d'un cœur très-volumineux, et qui avait à sa partie supérieure, près rorifice aoHique, un ulcère de quinze lignes de largeur et de douze lignes de hauteur. Quelques petits trous laissaient pénétrer un stilet h. six lignes de profondeur. L'aspect de cet ulcère était grisâtre et inégal; les bords étaient rouges, boursouflés et coupés perpendiculairement à la partie inférieure; mais à la partie supérieure ils étaient blanchâtres et se confondaient insensiblement avec la membrane interne de l'aorte. Les parties lésées par cet ulcère étaient, i.** une grande portion de la partie supérieure des fibres musculaires du ventricule gauche; 2." la membrane interne tapissant le ventricule; 5.° la valvule sigmoïde correspondante à la face antérieure de l'aorte, qui était entièrement détruite. Le malade, jeune militaire de dix-neuf ans, mourut au Val-dê-Grâce d'une gastro-entérite et colite avec catarrhe (fièvre gastro-catarrhale); mais aucun symptôme n'annonçait l'affection du cœur, que l'autopsie a fait découvrir. On soupçonnait seulement l'hypertrophie de cet organe (qui existait réellement) par la plénitude et la force du pouls.
Laennec^ a vu une seule fois un ulcère du coeur,
1 Août 1833, p. 86.
488 p LITRE II.
situé à la face interne du ventricule gauche, et qui avait un pouce de longueur sur six lignes de largeur et quatre lignes de profondeur.
M. FouQUiER ' a présenté à FAcadémie royale de médecine un cœur attaqué d un cancer à sa base. Les symptômes que le malade a présentés. ne. pouvaient nullement indiquer cette lésion. Le pouls était très- petit; mais aucune douleur ne se fiisait ressentir dans la région précordiale. Ce cas se rapproche de celui de la fille de Perpignan , rapporté plus haut
. Enfin, on a trouvé à la surface interne du cœur des ulcérations, qu'on a cru pouvoir rapporter à des affections psoriques ou syphilitiques. On a vu la tunique interne de cet organe érodée ou soi:|levée par des pustules purulentes, produites elles-mêmes par des causes inconnues. ^
§. 1 01 9. Lorsque les ulcères pénètrent profondément dans la substance du cœur, ils finissent par perforer les parois de ce viscère et établir une communication entre ses cavités et celle du péricarde; ce qui doit nécessairement entrainerWehémorrhagie foudroyante. D autres fois, il est vrai, ces perforations ne sont pas le résultat d un ulcère, mais celui d'un ramollissement de tissu , qu'on peut constater en examinant le pourtour de la perforation. D'un autre côté, M. Amoral ^ a présenté à l'Académie
1 Rev. méd.; t. g, B." ann., p. iio.
a Vah SwiETRur, Comment.} t. i , p. 633. Haller, Opusc. pathol.} obs. ax. Testa., /. c; p. aSg. 3 Précis d^anat. patbol.; t. tt» p. 3o5.
iroyale de médecine un coeur dans/ lequd la jjaroi po&térieure du ventricule gauche offrait cinq perfo- > rations, sans qu'il y eût de ramollissement autour de ces mêmes ouvertures.
§. 1020. Il résulte de ce qui précède que la tunique interne du cœur, en s'ulcérant, est susceptible d'un des modes de l'inflammation ; savoir de Thyperphlogose. Quantaux deux autres modes, je ne les ai pas encore pu constater, quoique des anatomistes (PoATAL et Laennec) aient vu la surface interne du cœur plus rouge (phlogose) et même tapissée d'une couche de lymphe plastique (épiphlogose).
§. 1021. Peut-être pourrait-on admettre dans le cœur le quatrième mode d'inflammation y celui que nous avons nommé métaphlogose, caractérisé par sa terminaison en mortification, s'il est vrai qu'on ait réellement observé la gangrène du cœur. Pour dé-cider ce point, ce n'est pas aux anciens anatomist^ qu'il faut s'adresser , par la raison qu'ils confondaient cette maladie avec les simples colorations en «bleur ou en noir y ou avec les mélanoses. Cependant, en considérant comme gangreneux cet état où il y a ramollissement extrême de la substance du cœur, avec couleur livide ou noire et odeur putride, on peut dire qu'il a été observé plvsieurs fois. Portal ^ a assisté à l'ouverture du cadavre d'un homme de cinquante ans, fort et vigoureux, sujet depuis quelque temps à des accès de fièvre intermittente, et dont le dernier j suivi de palpitations du cœur , qui
I Anat. méd. ) t. 3 > p. 79. .
durèrent quatre jours, amena la syncope et la mort Tous les viscères étaient sains, à l'exception du cœur, dont la substance, qui se déchirait très-facilement, exhalait une odeur fétide, en même temps qu'elle était bleue; il n'y avait aucune sérosité infiltrée entre ses fibres, et le péricarde ne contenait que très-peu d'eau limpide, comme dans l'état naturel. Portâl donne à cet état le nbm de gangrène sèche. Leroux cite l'exemple d'une gangrène du cxBur, où cet organe , flasque et mou, présentait a sa surface plusieurs plaques livides, noirâtres, mortifiées, qui pénétraient toute la substance et rendaient les faisceaux charnus extrêmement tendres et faciles a déchirer. Ces mêmes plaques se trouvaient aussi sur d'autres viscères et organes; Toutefois, en réfléchissant sur les symptômes et la marche de cette maladie, on est porté à la regarder bien moins comme une suite immédiate d'un travail inflammatoire que comme le réstdtat d'une extrême débilité.
§. 1022. Les exemples de Gaulay et de Kennedt me paraissent plus concluans. Le premier > a trouvé sur une femme dont tous les organes glanduleux du bas-ventre étaient affectés d'engorgement, dont le teint était constamment pâle, et qui, les trois, derniers jours de sa vie, outre une gêne extrême de la respiration, avait le pouls petit, inégal et intermittent; a trouvé, dis-je, le cœur très-mou, friable, d'une mauvaise odeur et marqué de deux lignes
I Gaulât, Joum. de méd. , chir. et pbann. ^ 1807, Janyier, p. 10.
ANATOHIE PAT&OL06fQ17E SPÉCIALE. 49^
longitudinales noires , se dirigeant de k base du cœur à sa pointe et pénétrant dans sa substance à la profondeur d'une ligne. Le second > a observé un sem-* blable état sur une malade également attaquée d'en* gorgemens squirrheux aux organes du bas-ventre. Dans les six jours qui précédèrent sa mort, celte femme éprouva, après un refroidissement, des douleurs très-fortes dans les membres, des frissons, de l'inquiétude, suivie d'une anxiété inexprimable ; propension à la lipothymie; ardeur brûlante dans la région précordiale; orthopnée; pulsations du cœur, d'abord fortes, puis faibles et dégénérant plus tard en mouvemens irréguliers; un pouls s'effaçant sous le doigt et disparaissant à l'artère^ radiale; l'infiltration des extrémités ; enfin un état soporeux , bientôt suivi de la mort. Le cœur, mou dans sa totalité et très-foncé en couleur, exhalait une odeur fétide, et se laissait déchirer avec la plus grande facilité, sans que les vaisseaux rompus répandissent du sang. Le ventricule gauche était le plus malade; sa substance était convertie en une masse pultacée , d'une odeur excessivement désagréable.