‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 2)Chapitre 84 sur 88 · II · texte numérisé non relu

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de nombreuses expériences que le sang, soit sain, soit malade,, a plus d'électricilé que l'air, et qu'il est non-seulement conducteur du fluide électrique, mais qu'il possède une électricité propre, qu'il s'e^ force de conserver au même degré, queb que scûent les changemens de Fâtmosphère souS le rapport de l'électricité. U a examiné le sang dans plusieurs maladies, telles que le rhumatisme, la fièvre rhumatismale, la péripneumonie, la céphalée arthritique, la métrite de^ accouchées, la goutte, l'hydrothorax , la maladie -vénérienne, la fièvre rhumatismale compliquée de* fièvre tierce , la fièvre quotidi^ine et la phthisie pulmonaire. Le résultat de ses expériences est, 1.^ qij^ le sang avait dans chacune de ces maladies un ét^t électrique différent; s.^ que le sang dans l'état de santé était électrique en plus, dans l'état d'inflammation violente, au contraire, en moins; 3.^ que le sérum, séparé du cruor, avait perdu son action. sur lelectromètre^ Le second résultat provient-il de ce que le sang dans les maladies inflammatoires ^andonnerait aux organes , et notamment au systèn^e nerveux, son excédant de fluide électrique? Pour rendre l'expérience plus concluante, il aurait fallu la £iire sur le sang artériel. Toutefois il est prouvé que dans ces maladies le sang est [4us irritant,. (}uelle que soit d'ailleurs la cause de cette qualité irritante: ^ '• ... ».', :.:

menti. Annali uniuersaliâimedicinajâel signor Dott. A. OxoDSiy jénn. 1819, Aprile,

1 MemorU d§Ue açademia di Turinoj i8ao, t. 19.

ANATOMIE PATHOLOGigUE SPECIALE. 6^Z

§. 1168. Telles sont les particularités que l'on peut observer sur le sang dans les maladies, soit au moment de sa sortie de la veine, soit après qu'on l'a laissé coaguler. A l'ouverture des cadavres il s'en présente encore de bien remarquables, et qu'il nous reste à indiquer.

Sans parler des concrétions calculeuses et des entozoaires, dont nous avons traité ailleurs (§§. 528 et 56o), on a trouvé mêlées au sang des substances qui en altéraient la nature et la composition. Ainsi on y a vu du pus dans les cas de phlébite, surtout chez les-femmes en couches, d'après les observations de Chaussier, Ribes et Deneux^; d'autres fois, au rapport de M. Velpeau^, les veines paraissent le prendre dans des foyers purulens, et le transporter, combiné avec d autres humeurs, dans le reste de l'économie. Le même auteur l'a trouvé au centre de concrétions polypiformes du cœur; M. Guersent^ dans celui d'un caillot solide et organisé qui remplissait le ventricule gauche d'un cœur anévrisipatique; et deux fois dans une seule année on a vu à la Charité de Paris une matière purulente au milieu d'un caillot contenu dans une des cavités du cœur. 4 On cite aussi des observations qui prouvent l'existence d'une matière cérébriforme dans les veines,

1 Rev. méd. ; 1837, t. a, p. »iQ.

a Ibid»; i8a6, t. 3 , p. 76.

3 Ibid.i i8a6, t. 4, p. ai4'

4 AaoRAL, article San§ du 'Dictionnaire de xn^d. en ai yol., p. 71.

puisée par l'absorption dans un foyer de cette matière * ; dans d'autres on a vu le sang si complètement décomposé, qu'il eût été impossible d en retirer quatre onces d'un cadavre ^ ; dans celui d'un homme dé soixante-trois ans, mort avec des symp* tomes de congestion cérébrale, on rencontra tout le sang de la consistance d'une bouillie exactement semblable à la lie de vin rouge, ou à un putrilage roux ou brun noirâtre^; aucune lésion n'existait aux parties solides, si ce n'est Tossificatioii des artères et une augmentation très-considérable de volume du foie et de la rate. Il est plus d'une fois arrivé à M. Andral4 de ne trouver à la place de sang qu'une matière de consistance variable, grumeleuse, friable, d'un gris sale, assez semblable soit au pus à demi concret de certains abcès froids, soit à la sanie qui découle d'ulcères de mauvaise nature , soit a certaines masses cancéreuses réduites en bouillie et rougies par du sang.

§. 1169. D'un autre côté, le mélange de fluides aériformes avec le sang et la présence de gaz dans les voies de la circulation , est aussi un phénomène qui est loin d'être insignifiant. Pechlin^ a vu le premier lès cavités droites et les vaisseaux coronaires du cœur, ainsi que toutes les veines du corps, distendues chez un indiridu attaqué de coliques et

1 Vblpbau, Rey. méd.; 1836, t. 4» P* 3i!>. a Ibid,; i8a6, t. 3, p. 77.

3 Ibld.f 1837 y t. 3, p. 933.

4 Dict. de médecine en 31 toI., art. Sang^ p. 70.

5 Observât, phy sic. med,^ p. i35.

d'anxiétés. Ce phénooiène fut constaté par F. Hoffmann 1, pr RuYscH \ Valsalva et Morgagni^. Ce dernier Tavait observé sur un jeune homme mort de tétanos, che2 lequel le ventricule droit du cœur contenait du sang mêlé de bulles d'air. Testa 4 a vii deux fois. les cavités cardiaques vides de sang, mais remplies dair, sur des personnes qui avaient succombé à des palpitations de cœur. Le professeur Ignace Celle ^, de Parme, dit avoir trouvé la veine cave inférieure absolument vide de sang , mais remplie d'un gaz élastique, dilatant ce vaisseau jusqu'à la grandeur d'un intestin : ce gaz brûlait avec une flamme bleue, et sans exhaler aucune odeur; ce qui fit croire que ce n'était que de l'hydrogène. De plus, le foie, très-volumineux, renfermait. un gaz semblable dans des espèces de cellules développées dans sa substance. L'homme sur lequel on avait trouvé ce phénomène,, après avoir été sujet à un rhumatisme vague, à la dysurie, à des coliques, à une constipation , à des vomissemens d'une matière huileuse , mourut d'une paralysie complète des extrémités inférieures et des intestins, d'ulcères gangreneux à l'os sacrum et aux côtes» Avant sa mort il eut un appétit vorace et des attaques de rage.

§. 1170. Si le sang est susceptible d'éprouver des

1 Dissert, derhydrop. pericard. rariss.^ HaLi 1697.. » Rêspons^ ad epist, probUm, 16.

3 Epist. anat. 5» art. ao» Epist^ 54 > 49*^

4 Ueber die Krankbeit. des Herz,} a. d. ItaL , v. K.. Sprevg^x.; J%* 1, S. tao.

5 lieues Journ» d. ausl&nd, Med., Chir.f, Litêr.} 3. la, Bf, &.

changemens appréciables, soit avant, soit après la mort, il en est d'autres qui, sans pouvoir être saisis par les sens, ne sont pas moins constatés par des faits bien avérés. Ici viennent se placer ces observations de blessures que des anatomistes se sont faites en disséquant certains cadavres, et à la suite desquelles le bras enflammé s'est promptement gangrené ; ces nombreux exemples de maladies que se sont inoculées les boucliers et lès vétérinaires, pour avoir opéré sur des animaux attaqués de la pustule et du charbon. Le fait le plus surprenant d'une semblable infection est consigné par Duhamel dans les Mémoires de l'académie des sciences, et rapporté dans le Dictionnaire de médecine (en vingt et un volumes , t 19, p. 72). « Un boucher qui avait mis (( dans sa bouche le couteau qui avait servi a tuer (( un bœuf, succomba au bout de quatre jours , a après avoir eu un notable gonflement de la langue, (( une grande dyspnée et une éruption de pustules (c noirâtres sur tout le corps. Un autre individu se (( blessa avec un os du même bœuf à la paume de c( la main : il en résulta un sphacèle du bras et la ce mort au bout de sept jours. Enfin, deux femmes ce ayant reçu quelques gouttes de sang du même ani- (( mal, l'une sur la main et l'autre sur la joue, ces « parties furent frappées d'une inflammation, qui se « termina rapidement par la gangrène. '^

§. 1171. Des expériences multipliées servent à confirmer ces observations. Des quantités minimes de poisons végétaux ou animaux mêlées au sang en altèrent promptement la masse , et produisent des

accîdens funestes et la mort M. Leurêt a infecté sur des* chevaux tout leur sang» en. y mêlant de la naatière charbonneuse. L'infection, traiismise par ce moyen à toutes les parties de l'économie, les avait presque généralement flétries et ecckymosées ; le sang laissait échapper du gaz acide carbonique au bout de deux heures , tandis que celui d'un animal sain ne le dé^gait qu'au bout de trente-six heures.* Tous ces effets avaient lieu lors même qix'on se bornait à placer sous la peau de ces animaux des por-^ ûons d'organe d'un cheval charbonné, un morceau du cœiir » du poumon , etc. M. GENDAm , comme nous l'avons dit ailleurs (^ 3io), ayant injecté dans les veines d'animaux du sang ti?é d'individus varioles, a vu se manifester des accidens très-graves, suivis de la mort, et a trouvé à l'ouverture du cadavre plusieurs organes fortement enflammés. Des ex-<périences tentées par M. le docteur de Pommer'^, de Heilbronn, et dans lesquelles il injectait dans les veines d'un chien sain du sang tiré du cadavre d'un autre chien, ont fait naître tous les symptômes du typhus, 4 l'exception du trouble dans les fonctions du cerveau. Des substances pourries, introduites dans le canal intestinal , ne produisaient ni un état nerveux ni un état putride : il fallait absolument que le principe septique fût mêlé au sang.

§.1172. Après tant d'exemples qui prouvent l'altération du sang par des substances délétères, savons-

1 Ifouy. bibliotB. med. ^ 1S26, t. 3, p. 161 et 171. a Heidelb, Klin. Annah ; JS. 3 , 5. 53 1 .

nous s'il n'en puise jamais de semblables dans Faif que nous respirons? L'atmo^pbère n'est-elle pas le réservoir et le vébicule de toutes sortes de miasmes contagieux ou non contagieux ? Ces miasmes ne pourraient-ils pas , comme les substances impondérables, pénétrer dans le sang, augmenter ou diminuer sa température, favoriser ou afiaiblir sa coagulabilité, exalter ou déprimer ses qualités irritantes, élever ou abaisser sa vitalité? Ces changemens une fois admis, le désordre s'arrétera-t-il là? N'y a-t-il pas un rapport intime entre le système nerveux et le système vasculaire? Et si le sang exerce une action sur la pulpe nerveuse , celle-ci ne réagit-elle pas sur le sang ? Telle est du moins l'opinion que je me suis formée sur le pouvoir de l'innervation , que je ne la crois pas bornée aux vaisseaux, mais étendue au fluide qui les remplit. Ayant développé cette doc* trine dans un autre endroit de cet ouvrage (§§. 197, 203 et 2o5), il me suffit de rappeler qu'en considérant la force nerveuse comme exerçant un empire suprême sur toute l'économie, les humeurs, loin d'être sousii^tes à son influence, me paraissent , en vertu de la faible cohésion de leurs molécules, lui obéir plus facilement que les solides eux-mêmes. Ceci s'applique surtout au sang , que je crois , si j'ose ainsi dire, innervé toutes les fois que l'action nerveuse est exaltée; lorsque, par exemple à la suite de causes morales , il distend les vaisseaux et gonfle les organes, ou que dans les maladies inflammatoires il devient plus chaud et plus concrescible. Cest ainsi que la formation du caillot, suivant MM. Prévost

et Dumas ^ à lieu, parce que les globules sanguins obéissent à une force d attraction qui les précipite les uns sur les autres , après que la forée de répulsion qui les tenait écartés a disparu. Or, cette force de répulsion , selon moi , n'est autre chose que rin-* nervation elle-même.. Je retrouve encore cette inner« vation du sang dans les altérations qu'il éprouve , lorsque cette force est pervertie, par exemple, dan» les fièvres malignes ; chez cette femme observée par FouRCROï, dont le sang devint bleu à la suite d'attaques de nerfs (p. 629); chez celles où il est devenu noir par des influences morales (§. 262) y eta . §. 1173. la suppression de l'action nerveuse sur le sang n'occasionne pas dans ce fluide des changemens moins notables ; j'en ai pour preuves le Êit observé par M. Gendrin de la suspension de la formation de la couenne par une syncope, et l'altération du sang , aussi subite que profonde , dans le choléra asiatique. A moins qu'on n'admette une décomposition primitive du sang par l'effet immédiat d'un miasme, il £iut reconnaître un rapport intime entre l'état de ce fluide et celui du système nerveux : c'est ce que j'ai tâché de démontrer dans plusieurs endroits de cet ouvrage, et notamment aux chapitres pneumaiose et hémaionose. J'ajouterai ici un exemple frappant d'une prompte dissolution du sang par une cause morale : j'emprunte ce fait au docteur Stock %

1 Bibliotb. uniy. , sciences et arts; iSai, t. 17, p. 394* / a Médical cases witk occasional remarks ^ Bath, 1984» p* 5^* SammL auseries, jébhandL^ B. a y 5. 47*

65o LITRE IT.

de Bath« Deux jeunes gens attaqués d'angîne gan* gréneuse aviiênt pour mère une femme grasse èf bouffie , et qui craignait tellement la maladie de ses fâSf qu'elle n'approchait jamais d^eux qu'avec un Siiton de vinaigre sous le nez. Un soir son médecin lâ^ trouva très-gaie, et occupée à boire son thé. Tout à^oup, et après une derai^heure de conversation,, elle s'écrie . « Je suis attaquée du mal de mes fils, et a j'en mourrai très-certainement ^ Elle fit examiner de suite le gosier; on n'y put rien' découvrir : cepetidant on vit sa physionomie se décomposer d'une manière frappante» et ses forces tellement décliner, <}u'il ne lui fut possible de gagner le Ik quWec le secours de deux personnes. Le médecin, toujours j^ésent, eut de la peine' à .dbtinguer le pouls. L» peau était fraîche; la respiration courte, précipitée et un peu gênée; la tète dans un état de stupeur qui dégénéra en léthargie : les selles et les urines étaient involontaires. Cette femme mourut au bout de vingtquatre heures. Son cadavre, qui ne Ait point ouverte était parsemé de taches gangreneuses, qui répandaient une odeur tellement fétide, qu'il fallut se presser de rèutérrér. î . »

Cette décomposition du sang se remarque aussi dans certains exanthèmes aigus, et elle y est d'autant plus prompte que la fièvre a été plus intense et la réaction plus forte. C'est qu'à l'altération produite par le principe de la maladie, s'ajoute celle qui ré* suite de l'innervation portée au plus haut degré.

§.1174. Le sang est donc soumis à deux sortes d'influences. Également accessible aux agens impon-

ANATOklË PATHOLOGIçrE SPÉCULE. 65 1

dérables atmosphériques et à un agent organique impondérable, ses propriétés physiques, chimique» et vitales éprouvent des changemens prompts, qui peuvent ébranler l'organisme jusque dans ses fondemens. Tantôt agresseur, le sang porte le trouble dans l'organisme; tantôt se défendant sans succë» contre une innervation déréglée, il succombe et perd ses qualités les plus précieuses. Ainsi, lorsque dans des maladies occasionées par des principe» spécifiques, par exemple dans la variole, la scarlatine, la milinire, la peste, la fièvre jaune, l'hydrophobie, les individus succombent brusquement, au moment où l'on s*y attend le moins , que leurs cadavres, peu après la mort et à une température basse, présentent les signes d'une putréfaction rapide et un sang dissous, il me semble que la cause prochaine résidait dans les humeurs, et qu'elle a porté aux centres nerveux une atteinte mortelle. Quand, aii contraire, d'autres maladies graves, par exemple des fièvres extrêmement intenses, des inflammation^ violentes , se terminent par Fa mort , et qu'on ne trouve dans les cadavres qu^un sang coagulé ou écumeux, j'en conclus que ce dernier avait subi l'influence d'une innervation anormale.

Dans le premier cas le sang a détruit la force nerveuse ; dans le second , l'agent nerveux a éteint la vie du sang; dans les deux cas il y a eu combat entre ces deux excitateurs des phénomènes organiques. Les plus fâcheux sont sans doute ceux où ces deux excitateurs sont simultanément affectés , et surtout d'une manière stupéfiante, comme cela a

6S2 LITRE II. ÀNAT. PATHOLOG. SPÉCIALBr

liea par Tacdon de la foudre, dans certains empoî* sonnemens et dans la période algide du choléra oriental : alors il n'y a plus dans l'organisine ni lutte ni réaction.

Telle est la manière dont je conçois la patholo^e humorale*

§.1175. J'en ai dit assez pour mettre dans tout son jour le rôle important <jue le sang joue dans les maladies. Le retour vers un humorisme raisonné est un des traits qui caractérisent l'époque actuelle. Aucune circonstance n'aura peut-être plus contribué à faire revivre des doctrines long-temps abandon* nées que cette maladie terrible, qui, née dans l'Inde et répandue en Europe, change pour ainsi dire à vue d'œil le sang d'un individu , et anéantit ses propriétés vitales, en même temps qu'elle paralyse le système nerveux. Le choléra a ùÀt voir que ce fluide obéit à d autres influences qu'à celles qui naissent de l'action accoutumée de l'atmosphère ou du travail paisible de la nutrition, et qu'il existe en lui quelque chose qu'on ne saurait attaquer sans le dénaturer et le rendre impropre à l'entretien de la vie.

Encore un pas, et l'on sera conduit à trouver un sens profond dans ces paroles remarquables de la plus haute antiquité : « L'ame de la chair est dans « le saug.^ * .

I L^yitiqae, cfa. 17, y. 1 1 et i4* Deutëronome, ch. ta , ▼. s.3.^

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