CHAPITRE III
Des végétations osseuses ou ostéophytes.
§. 702. Je donne le nom à' ostéophytes1 à ces végétations qui naissent, soit à la surface des os, soit autour de leurs articulations, et dont la forme est extrêmement variée. Tantôt elles forment une couche mince de phosphate calcaire, qui incruste les os dans une étendue plus ou moins grande (ostéophyte diffus)', tantôt, un peu plus élevées, elles se montrent sous l'aspect d'une croûte jibrillo-réticulaire , sous celle de granulations verruqueuses ou à' esquilles pointues ; tantôt, enfin, elles ont un relief plus considérable encore, et prennent la forme de plaques , de stalactites, $ apophyses styloïdes, de prolongemens rayonnes et de végétations figurées en choux-fleurs..
De oo*Tgov, os, et de (pvrov, ce gui végète, ce qui croîh
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. ïzj.*
Il existe de ces végétations qui, comme un cal épanché sur des articulations, y produisent la synostose, tandis que d'autres, de configuration irrégulière et bizarre (pstéophytes amorphes) , surmontent les extrémités articulaires des os, et les rendent absolument méconnaissables. On en voit parmi ces dernières qui, groupées autour des articulations, ne leur sont unies que par des liens très -faibles, ou qui sont même absolument libres.
Ces végétations doivent être distinguées des exostoses, avec lesquelles on les confond ordinairement. Sans parler de leur forme particulière , les ostéophytes ne constituent pas>, comme les exostoses, des intumescences locales et plus ou moins arrondies • elles ne se sont pas développées entre les couches de sa substance compacte; leur surface n'est pas lisse, et leur texture diffère toujours de celle du reste de l'os : souvent elles ne tiennent pas à ce dernier dune manière intime, et lorsqu'elles font corps avec lui, c'est sous la forme d'excroissances , ayant tantôt un pédicule, tantôt une base plus large, qui paraît plutôt collée sur l'os que faire corps avec lui. En décrivant les diverses espèces d'ostéophytes que j'ai été à même d'examiner, j'indiquerai les autres différences qui les séparent des exostoses.
§. 703. Dans Yostéophyte diffus on voit une couche de substance osseuse encroûter un os d'ailleurs parfaitement sain. Le plus souvent cette croûte, faiblement adhérente, peut facilement être soulevée avec la lame d'un scalpel; on la détache aussi par la ma» cération ou l'action du feu. D'autres fois cependant
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cette adhérence est plus intime et la croate paraît comme soudée à la surface de l'os; elle semble même quelquefois appartenir à la substance normale et n'être qu'un prolongement de la raréfaction fibrillaire corticale de l'os.
La couleur de l'ostéophyte diffus est ordinairement celle de l'os lui-même, qu'elle tapisse. D'autres fois elle est d'un gris noirâtre et même quelquefois tout-à-fait noire, ce qui contraste avec la couleur blanche de l'os. Sa consistance est celle de la substance spongieuse ou réticulaire des os; son aspect, celui d'un pariétal d'embryon : on y voit une multitude de libres placées parallèlement les unes aux autres dans le sens de la longueur de l'os. Lorsqu'on examine, à l'aide d'une lentille qui augmente soixantequatre fois le volume des objets , une parcelle de cette couche osseuse , on reconnaît qu'à sa surface externe le phosphate calcaire a été déposé suivant une direction linéaire, et que de petits faisceaux osseux , placés les uns à côté des autres , laissent entre eux des sillons et un grand nombre de petites mailles ou excavations irrégulières. A sa surface inférieure cette même couche n'offre pas cette disposition linéaire, mais un nombre prodigieux de cellules, qui, quoique irrégulièrement placées, varient peu dans leurs dimensions : avec des lentilles plus fortes on croirait voir un madrépore.
§. 704. Les végétations osseuses qui caractérisent l'ostéophyte diffus, ne paraissent pas être des excroissances proprement dites de los sur lequel on les trouve appliquées : elles n'en sortent pas par une
espèce cTefflorescence ; elles n'écartent pas les fibres de son écorce pour se produire au dehors; mais, élaborées probablement par le périoste, elles sont pour ainsi dire collées à la surface qu'il revêt. L'action des vaisseaux a sans doute une grande part dans ce travail ; ce qui doit le faire présumer , c'est que les sillons longitudinaux , les interstices et les petits canaux qui séparent les fibres osseuses, sont eux-mêmes dans la direction de ces vaisseaux,
§. 705. La maladie que je viens de décrire a été observée par plusieurs auteurs. Ackerma^n 1 en a parlé le premier : il regarde cette lame osseuse comme un symptôme du rakitis et comme le résultat d'une ossification du tissu cellulaire du périoste. M. Delpech2 la considère comme une forme particulière d'exostoses superficielles appliquée sur l'os primitif, et en différant notablement par la texture. Les recherches anatomiques, ajoute cet auteur, montrent que c'est une lame osseuse plus ou moins attachée à la surface externe de l'os, et qui s'en détache quand on ramollit ce dernier par la macération ou qu'on l'expose au contact de l'air : on s'assure alors que le tissu de l'os sous-jacent est tout-àfait sain. Howship3 a souvent observé cette espèce de végétation : il l'a trouvée sur divers points du tibia d'un individu tourmenté de tumeurs très-douloureuses, qui ne cédèrent qu'à l'usage du mercure.
1 Ueber die Kretinen ; S. ^3.
2 Préc. élément, des malad. réput. chirurgical.} t. 3, p. 5^5 ,
3 Beobacht. ùber den gesund. u. krankh, Bau der Knochen: a, d. Engl.7 von Csrutti, Leipzig, S. êi. —
L'auteur anglais pense que cette maladie est le résultat d'une sécrétion par la lame la plus fine du périoste. Au reste , dit-il , elle peut être étudiée sur des pièces innombrables du cabinet de M. Heaveside : on y apprend en même temps qu'elle doit son origine à diverses causes , depuis la simple lésion du périoste dans les cas d'amputation, jusqu'à l'action d'agens spécifiques capables de produire la nécrose. §. 706. Uostéophyte fibrillo-réticulaire a un aspect différent, suivant qu'on l'examine à l'œil nu ou avec la loupe. A l'oeil nu il se montre sous la forme d'innombrables filamens amiantacés qui hérissent la surface de l'os* vu à la loupe, il représente tantôt une infinité de petites aiguilles coniques , tantôt des réseaux beaucoup plus fins que le tissu spongieux le plus serré des os. Je l'ai rencontré sur les os longs et sur les os larges, et chaque fois ces os étaient attaqués d'ostéosclérose totale ; c'était alors l'ostéosclérose sus-corticale, décrite dans un précédent article, dont ils étaient affectés (§. 678, n.° 3).
§. 707. Uostéophyte granuleux ou verruqueux emprunte tantôt la forme de certains lichens, tantôt celle de petits champignons ou des grosses papilles situées à la base de la langue. On trouve le lichénoïde particulièrement à la table interne des os du crâne, et le verruqueux autour des trochanters , ou plutôt aux deux lignes obliques qui vont de l'une à l'autre de ces éminences. Quelquefois ces végétations sont isolées; d'autres fois elles sont rapprochées et même serrées les unes contre les autres. Dans ce dernier cas elles affectent une même direction, et sont ordinai-
AKATOMIÈ PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. î fê
rement intimement adhérentes aux os; d'autres fois, au contraire, elles lui sont unies par un tissu ligamenteux, et s'en détachent par la macération sous forme de petits os sésamoïdes. On les trouve encore autour des articulations malades, par exemple au pourtour de la tête de l'humérus, du fémur, des os du métacarpe, du métatarse, des condyles du tibia, principalement chez des individus arthritiques : on les rencontre aussi aux extrémités des fragmens osseux dans les cas de fractures mal consolidées. Lorsque dans ces dernières elles sont plus prononcées, qu'elles se touchent jusqu'à se confondre , mais qu'elles s'écartent de la texture ordinaire des os, elles constituent ces viroles osseuses que Duhamel et Fougeroux ont prises pour le cal véritable. Enfin , quand elles sont encore plus grosses et qu'elles entourent les fragmens osseux comme une masse irrégulière, elles forment le spina ventosa sus-cortical dont nous venons de tracer le tableau dans le troisième article du chapitre précédent (§. 691).
§. 708. Uostéophyte en forme d1 esquilles pointues se trouve particulièrement à la base de certaines tumeurs cérébriformes fixées sur la surface des os larges, tels que ceux du crâne, et auxquelles Astleï Cooper l a donné le nom à'exostoses fongueuses. Lorsqu'on enlève ces tumeurs avec précaution, le scalpel est à tout moment arrêté par un nombre infini de petits prolongemens osseux pénétrant dans leur intérieur. Quoique dans ces cas l'os soit toujours
1 OEuvres chirurg. , tr. franc., t. 2, p. çtêfi, 247. IL ÎO
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malade, qu'il soit usé, érodé et plus ou moins détruit, ces prolongemens n'en sont pas des débris; ce sont réellement des corps osseux nouvellement développés et d'une texture différente de celle de l'os ancien. C'est donc à tort qu'ils ont été pris pour un indice de carie par Sàndifort, qui d'ailleurs les avait bien observés dans une tumeur fongueuse du crâne ; a Loca a carie plane ex es a inlrinsecus sese latis- « siine extendunt et reticulatim quasi osseam quoa dammodo vegetationem sistunt ; vilrea lamella ce non exesa est, sed in multas emineniias aculas, « tenerrimas, pulcherrimas exsurgit.1 "
§. 709. Uosteophyte lamelleux ou par plaques se rencontre le plus souvent à la ligne âpre du fémur. Nous en possédons un qui naît de sa partie supérieure par une base épaisse de neuf lignes, se porte en dedans, s'éloigne de l'os en s'aplatissant. Cette excroissance osseuse a un pouce dans sa plus grande largeur, sur trois pouces et demi de long : elle se termine enfin par un bord arrondi dans sa partie supérieure, mince et tranchant dans l'inférieure, où il dégénère en une pointe aiguë. Cette large végétation est percée de différens trous, dont quelquesuns vont directement de sa face antérieure à sa face postérieure, tandis que d'autres rampent dans la substance osseuse sous forme de canaux. Sa structure est telle que deux lames de substance compacte renferment un tissu réticulaire semblable à celui des extrémités des os longs.
i Mus. anaî.-} t. i, p. i5î,
Cette sorte d'ostéophyte prend parfois la forme d'un crochet, d'une faux, d'un fer de lance : on en a trouvé de tels près Le condyle interne du tibia , aux os du bassin, et notamment aux branches de l'ischion. 1
§. 710. Uostéophyte styloïde ressemble aux apophyses de ce nom. Lorsque le corps des vertèbres a été attaqué de carie, on voit souvent plusieurs ostéophytes styloïdes se rendre d'une vertèbre à l'autre , et former comme une sorte de grille au devant de l'endroit carié. J'en ai aussi rencontré au devant d'une articulation du genou affectée de tumeur blanche : ceux qui naissaient des condyles du fémur montaient, et ceux qui provenaient du condyle du tibia descendaient ; en sorte que l'articulation était comme hérissée d'apophyses styloïdes, dont la longueur variait depuis un pouce jusqu'à trois, et dont l'épaisseur était absolument celle de l'apophyse styloïde du temporal.
§. 711. Uostéophyte rayonne s'observe dans des cas de nécrose sur les os de nouvelle formation. Je l'ai vu très-prononcé sur une portion de fémur nouvellement développée : des rayons osseux partaient comme d'un centre de l'orifice d'un canal qui renfermait l'os nécrosé , et se portaient vers tous les points de la circonférence ; ce qui donnait à cette préparation pathologique l'apparence de ces auréoles dont les peintres entourent les têtes des saints.
§. 712. Uostéophyte botry tique ou en chou-
i Sandifort, Mus, anat.j t, t ; p. 190, tab. 62, fig. 2, 3, 4>
fleur, est une végétation osseuse irrégulière et à surface très -inégale. Attachée à l'os par une base sessile, ou par une sorte de pédicule, elle dégénère promptement en une tumeur plus ou moins volumineuse , qui atteint quelquefois le volume d'une tête de fœtus de sept mois; elle n'est pas toujours composée d'une substance homogène : plus ou moins compacte à sa base , elle devient peu à peu spongieuse dans sa masse. Souvent elle constitue aussi une capsule osseuse remplie de matières dissimilaires, sqirrheuses, fibreuses, fongueuses, gélatineuses et même hydatoïdes.
Scarpa * , qui la décrit sous le nom ftexostose maligne (exoslosis mali moris) , pense qu'elle est primitivement formée d'un tissu réticulaire , qui, successivement détruit et corrodé par une carie intérieure, ne laisse plus qu'une caverne remplie d'une humeur ichoreuse. Un ostéophyte botrytique d'un diamètre de trois pouces, attaché par un pédicule de seize lignes d'épaisseur à la partie inférieure et interne du fémur d'un adulte, m'offrit plusieurs noyaux de substance éburnée, enchâssés dans un tissu réticulaire, interrompu par plusieurs cavernes remplies d'une matière sarcomateuse. L'extérieur de la tumeur ne pouvait être mieux comparé qu'aux inégalités des choux-fleurs.
§. 713. Quel nom donner à ces végétations osseuses qui , comme un cal épanché sur plusieurs os, les soudent et n'en forment qu'une seule pièce?
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Rien de plus fréquent que cette soudure aux vertèbres de rbomme, des quadrupèdes, et surtout du cheval. Tantôt on voit deux vertèbres ainsi réunies , tantôt un plus grand nombre, particulièrement à la région lombaire; et c'est moins à la surface antérieure des vertèbres qu'on rencontre cet ostéophyte, que sur leurs côtés. A chaque intervalle de leurs corps la nouvelle substance osseuse fait une saillie qui passe d'une vertèbre à l'autre en manière de pont. Quelquefois aussi ces synostoses latérales sont incomplètes, en ce sens que chaque vertèbre fournit une excroissance osseuse , mais qui est séparée de celle qui vient à sa rencontre par une couche de substance ligamenteuse.
Les côtes offrent également des exemples nombreux de cette espèce d'ostéophyte avec synostose. Le pont osseux qui les réunit a la longueur de l'espace intercostal, lequel ordinairement est de six lignes. Je l'ai rencontré plus fréquemment à la surface interne de la côte qu'à l'externe. Dans quelques cas j'ai remarqué qu'une des côtes avait été fracturée £ alors l'ostéophyte n'aboutissait pas toujours à l'endroit même de la fracture , mais en était plus ou moins distant, par exemple de plus d'un demi-pouce. Astley Cooper1 avait déjà reconnu que cette végétation osseuse ne devait pas être considérée comme une exostose véritable.
§. 714. Enfin , Y ostéophyte amorphe consiste dans des productions bizarres, développées spécialement
i OEuvr. chirurg., trad. par Bertrand \ fe. i, p> 2S0.
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autour des articulations, qui en sont défigurées au point qu'on peut à peine les reconnaître. Tandis que les extrémités articulaires sont usées et détruites, on aperçoit autour d'elles des tumeurs osseuses de figure variée, les unes semblables aux choux-fleurs, d'autres à une avance en forme de toit, d'autres à des concrétions verruqueuses. Il y en a qui, absolument libres, sont juxta-posées à l'articulation, et ont de l'analogie avec les os du carpe ou du tarse. Ces pièces sont en général très-légères, composées de substance réticulaire, légèrement encroûtées de substance compacte; du reste, on n'y aperçoit aucun orifice, aucun sillon, aucun canal servant à loger ou à transmettre des vaisseaux sanguins dans leur intérieur.
§. 715. D'après ce qui vient d'être dit, il ne doit plus rester de doute sur les différences caractéristiques de l'ostéophyte et de l'exostose , quoique l'un et l'autre puissent exister simultanément sur le même individu. L'origine du premier, sa cause prochaine, résident dans une ossification des tissus qui environnent l'os. Ainsi l'ostéophyte diffus semble n'être autre chose qu'une ossification de la couche du tissu cellulaire qui unit le périoste à l'os ; l'ostéophyte fibrillo-réticulaire, une ossification du périoste luimême ; l'ostéophyte par plaques et le styloïde , une ossification des fibres tendineuses et aponévrotiques, dont ces végétations prennent toujours la direction. Le tissu cellulaire intersticiel des muscles qui entourent l'os altéré, s'ossifie dans l'ostéophyte botrytique et dans lostéophyte avec synostose. Je pense qu'on doit admettre dans tous ces cas une hypertrophie
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morbide plutôt qu'une inflammation. En effet, la maladie commence, se développe et croît sans occasioner de douleur, sans déterminer ni accidens ni trouble dans les fonctions; c'est ce que j'ai pu constater sur des individus porteurs d'ostéophytes que j'ai connus pendant leur vie. Sans doute dans ce genre d'altération la force plastique se trouve le plus souvent sous l'influence de quelque principe morbifique , notamment du syphilitique ou de l'arthritique ; d'autres fois, cependant, on n'a pu découvrir aucune cause morbide à laquelle on pût rapporter la formation de ces végétations. On a vu un jeune homme sur lequel la matière osseuse surabondante se déposait avec promptitude sur telle ou telle partie, surtout sur celles qui avaient reçu le moindre coup. Le ligament de la nuque, les bords de l'aisselle, étaient ossifiés; le malade ne pouvait ni mouvoir le cou, ni faire aucun mouvement avec le bras, Ce jeune homme était en outre affecté de plusieurs exostoses *. Nous possédons à notre Muséum les os longs des extrémités supérieures et inférieures d'un homme de quatre-vingts ans; qui sont tous affectés d'exostoses ou d'ostéophytes : or, ce vieillard n'avait eu pendant sa vie aucun signe de maladie. Son fémur droit offre l'excroissance botry tique décrite au §. 7 1 2, Le fémur gauche a au-dessus de ses deux condyies trois prolongemens osseux, de treize, dix-huit et vingt-cinq lignes de longueur, attachés à l'os par un pédicule de cinq à huit lignes d'épaisseur, se diri-
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géant en haut , et se terminant par une petite tête recourbée et arrondie. Le tibia droit présente à son extrémité supérieure un gonflement notable , quelques excroissances tuberculeuses et une crête saillante à son extrémité inférieure, et à son côté externe une excroissance recourbée, dirigée de bas en haut et ayant vingt et une lignes de longueur sur un pouce de largeur et six lignes d'épaisseur; enfin, à son côté interne, une épine osseuse de cinq lignes de hauteur. Le tibia gauche porte, i.° au-dessous de son condyle interne, une excroissance de quinze lignes de longueur, qui, en descendant, se recourbe de dedans en dehors; 2. ".au-dessus de la malléole, une autre excroissance, de cinq lignes, dirigée de bas en haut; 5.° une crête extrêmement épaisse et saillante, donnant attache à la partie inférieure du ligament interosseux. Aux os~dn bras, les bords de la coulisse bicipitale sont saillans et raboteux.
Une observation plus curieuse encore d'ostéophytes amorphes est la suivante.
§. 716. Une fille, sourde et muette de naissance, parvint à lage de quarante ans sans éprouver aucune maladie : elle était alors forte et robuste et d'une taille de cinq pieds trois pouces; seulement de temps à autre elle était sujette à une tuméfaction non inflammatoire des pieds et des jambes, qui ne l'empêchait pas de se livrer aux travaux de la campagne. Un jour, étant aux champs et rentrant avec une charge quelle portait sur la tête, elle tomba, et ne put se relever. On vint à son secours , et on la ramena dans une voiture. Ne pouvant pas remuer
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les extrémités inférieures, elle fut obligée de garder le lit. On n'appela point d'hommes de l'art : on se contenta de quelques remèdes domestiques, et notamment de fomentations toniques et fortifiantes appliquées sur les jambes. Au bout de trois semaines la malade fut en état de se lever; mais, quoiqu'on ne s'aperçût d'aucun dérangement ni d'aucune difformité dans ses extrémités inférieures , elle ne put marcher qu'à l'aide de béquilles. Il lui en fallut d'abord deux, puis elle n'employa plus qu'une, et enfin celle-ci même lui devint inutile. Un an après cet accident, étant occupée aux travaux du jardinage, elle fit une seconde chute , et cette fois elle se fractura les deux os de la jambe droite, à quatre travers de doigt au-dessous du genou. Un officier de santé fut appelé. La fracture, qui était simple, fut guérie en cinq semaines; mais dès ce moment on s'aperçut que cette fille rapetissait au point que dans un espace de six ans sa taille se trouva diminuée d'un pied. Dans tout cet intervalle la marche fut de plus en plus pénible; elle finit par devenir impossible. Les articulations des genoux offrirent une grande difformité ; les fémurs parurent luxés dans leurs articulations cotyloides. La malade ne souffrait point, excepté lors des variations de l'atmosphère. Devenue depuis six ans tout-à-fait impotente, elle fut placée à l'hôpital; elle y resta treize mois , et mourut à l'âge de quarante-huit ans et demi. Une particularité remarquable est que chez cette femme les règles se supprimèrent, sans cause connue, à l'âge de trente-deux ans ; qu'elles restèrent supprimées huit ans sans oc-
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casioner d'accidens ; qu'elles reparurent lors de la première chute qu'elle fît, et qu'elles continuèrent à couler régulièrement sans exercer aucune influence appréciable sur la maladie des os et des articulations- Au reste , cette femme n'était pas sans intelligence : avant sa maladie elle aimait à s'occuper, et était même très -laborieuse ; outre les grossiers ouvrages de la campagne, elle savait bien filer, coudre et tricoter.
La première inspection du cadavre me fit conjecturer que les extrémités inférieures étaient entièrement disloquées. La jambe droite était tordue et pliée en dedans; les articulations des genoux et des hanches étaient attaquées de gonflement : on y sentait des portions osseuses comme libres et détachées, qui furent d'abord prises pour des fractures de ces parties. La dissection confirma bien l'existence de saillies, de tumeurs et de prolongemens considérables aux os innommés , aux fémurs et aux os de la jambe, ainsi que la présence de pièces osseuses fixées dans les ligamens, les aponévroses, les tendons, en un mot, dans les parties molles qui entourent les articulations ; mais bientôt nous découvrîmes que celte disposition n'était l'effet d'aucune violence externe, et qu'elle était due à un travail pathologique qui avait eu pour résultat la formation d'un nombre considérable d'excroissances aux os et de pièces osseuses isolées, plus irrégulières les unes que les autres. Voici les détails curieux offerts par la dissection 2
Articulation fêmoro-cox aie droite. La cavité cotyîoïde était effacée et entièrement remplie d'une ma-
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lière osseuse d'un tissu moitié spongieux et moitié compacte. Le sommet de cette cavité était surmonté d'une excroissance formée d'une série de végétations osseuses, ayant quatre pouces neuf lignes de diamètre transversal, et figurées en mamelons, en prolongemens tranclians et en pointes séparées les unes des autres par des trous, des fosses, des scissures : ces excroissances paraissaient résulter d'une exubérance de la table externe de l'os. Une autre végétation était placée sur l'éminence iléo-pectinée, et près d'elle se trouvait une apophyse styloïde assez longue. Le ligament falciforme du bassin était ossifié dans presque toute son étendue.
Le fémur du même côté était sans tête et sans col ; il offrait à sa partie supérieure antérieure et interne une énorme exostose, représentant un triangle dont le sommet se terminait en deux pointes très-aiguës. La base de ce triangle présentait une échancrure semilunaire, et postérieurement une surface formée d'un tissu réticulaire, encroûté çà et là d'une couche mincey de substance compacte. C'est par cette surface que s'articulait ce fémur avec la cavité cotyloïde. L'extrémité inférieure de cet os était également difforme : on y voyait encore quelques traces du condyle interne; l'externe n'existait plus. A sa place se trouvait une surface raboteuse, garnie à sa partie antérieure de végétations osseuses irrégulières. De semblables végétations se remarquaient çà et là au-dessus du condyle interne.
Le tibia et le péroné, qui avaient été fracturés, offraient à l'endroit de la fracturé un ostéophyte
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qui unissait entre eux les deux os. Le péroné présentait en outre deux excroissances, l'une au-dessus, l'autre au-dessous de la fracture du tibia : celuici était très- déformé à son extrémité supérieure. On y reconnaissait encore les deux cavités glénoïdes; mais l'interne était extrêmement large et raboteuse. Le pourtour des condyles était hérissé de végétations osseuses. La tête du péroné était soudée avec une de ces végétations de trois pouces neuf lignes de diamètre transversal et deux pouces cinq lignes de hauteur. Autour de l'articulation du genou, et dans son appareil ligamenteux, se trouvaient enchâssées neuf pièces osseuses. La plus volumineuse avait trois pouces de largeur, deux pouces cinq lignes de hauteur et deux pouces d'épaisseur: sa forme était si irrégulière qu'on ne pouvait la comparer à rien. Une autre présentait la forme d'une rotule; une troisième, celle du grand trochanter; une quatrième était semi-lunaire ; les cinquième et sixième ressemblaient à un os cunéiforme; la septième, à un gros os sésamoide; enfin, les deux dernières, à des portions de côtes.
Articulation fêmoro-cox aie gauche. Un très-grand désordre se remarquait aussi à cette articulation. La cavité cotyloïde était effacée , détruite et changée en une longue cavité glénoide à surface raboteuse. Le bord supérieur de cetle cavité formait une longue excroissance inégale, qui se terminait près de l'épine antérieure et inférieure de l'os des îles en une grosse tubérosité. Cette cavité glénoide, ainsi déformée, était comme abritée par une lame osseuse de trois à quatre
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lignes d'épaisseur, formant une espèce de toit distant de cinq à six lignes du sourcil de la cavité, et attachée d'une part à la crête de l'os des îles, et de l'autre à la partie supérieure de la cavité cotyloïde : ce toit osseux avait quatre pouces huit lignes d'étendue transversalement, et deux pouces neuf lignes dans sa plus grande largeur. La partie supérieure du fémur était extrêmement défigurée : i.° on n'y retrouvait plus ni tête ni col , de sorte que cet os ne commençait réellement qu'au grand trochanter; 2.0 une lame osseuse inégale jouait dans la cavité cotyloïde- 3.° à la partie supérieure et interne , au niveau du petit trochanter , commençait une excroissance très-considérable, ayant quatre pouces dans son long diamètre, deux pouces quatre lignes dans sa plus grande largeur; elle se terminait en bas par deux pointes, une antérieure, épaisse, et l'autre postérieure, grêle et aiguè*. Cette excroissance, qui ressemblait à un col difforme, offrait une espèce de surface ou de cavité glénoïde, mais presque entièrement raboteuse.
Autour de cette articulation fémoro-coxale, et dans son appareil ligamenteux, se trouvaient trente-huit pièces osseuses entièrement difformes, et pour cela impossible à décrire, mais pouvant être rangées dans la classe des os courts, excepté trois, qui ressemblaient à des portions de côtes. L'une d'elles avait quelque analogie de forme et de texture avec la dernière phalange des orteils. Trente-six autres pièces, que, pour leur forme et leur structure, je ne puis mieux comparer qu'aux corps des vertèbres du fœtus détachés et séparés de leurs lames, étaient renier-
mées dans une espèce de bourse muqueuse, située à la partie supérieure et interne de la cuisse.
Les condyles du fémur n'étaient pas gonflés : on remarquait sur les bords des surfaces articulaires des végétations osseuses en forme de petits champignons, dont la plupart étaient adhérentes à l'os ; quelquesunes , plus volumineuses , ne tenaient aux condyles que par un petit ligament.
La rotule, dont le diamètre transversal avait deux pouces trois lignes , était entourée de tubercules osseux, dont l'un, plus considérable, était soudé au bord supérieur et interne de cet os 5 les autres y étaient attachés par un tissu ligamenteux, ou plutôt ils étaient contenus dans la capsule articulaire.
Dans l'intérieur de l'articulation, et entre les deux condyles du fémur, se trouvait logée une pièce osseuse de quatorze lignes de largeur, d'un pouce de hauteur et de sept lignes d'épaisseur. Cette pièce, au moyen d'un ligament long de huit lignes , tenait à la face interne du ligament capsulaire, au point où s'attache le ligament ailé du côté gauche : elle était probablement dans l'origine un cartilage flottant, accidentellement développé dans l'intérieur du genou.
Le tibia était le siège de désordres non moins remarquables. Toute la partie supérieure de cet os , comprise entre l'épine et les condyles, était affectée d'hypérostose. Un rebord osseux saillant et inégal, placé devant la partie de là face articulaire des condyles, détachait de ses faces externe et postérieure des prolongemens en forme d'apophyses pointues plus ou moins longues. La plus volumineuse commençait
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à environ deux pouces au-dessous de la tête du péroné, et descendait le long du bord externe du tibia : elle avait quatre pouces et demi dans sa plus grande dimension. Une autre, placée postérieurement, dans la direction du ligament de Winslow, avait trois pouces et demi de longueur. D'autres ostéophytes, en partie stalactiformes et en partie styloïdes, se trouvaient placés dans l'espace creux qui existe entre le condyle externe du tibia et la tête du péroné. Cette tête avait vingt-deux lignes de diamètre, et était parfaitement soudée avec le tibia.
En considérant la disposition de ces exostoses styloïdes et stalactiformes, on ne peut se refuser à l'idée qu elles résultent de l'ossification des ligamens, des tendons et des fibres aponévrotiques des muscles. En effet, les ligamens qui unissaient la tête du péroné au tibia, sont évidemment ossifiés. Les autres productions osseuses sont toutes dans la direction des ligamens et des fibres tendineuses.
Des autres os du squelette de cette femme, le sacrum seul présentait à sa face antérieure , et au-dessus du troisième trou sacré gauche, une apophyse très-grêle, longue de trois pouces, qui se perdait dans le muscle pyriforme du même côté.
Toutes les altérations que je viens de décrire ne peuvent être attribuées qu'à une diathèse spéciale , ainsi que je l'ai dit plus haut. La nature de celle-ci m'est absolument inconnue. Rien n'annonçait dans la malade l'existence d'un principe morbide particulier. On est donc forcé de s'arrêter à l'anomalie de l'acte nutritif, à une direction vicieuse de la force
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plastique. Au-delà on n'a pas même de conjectures plausibles à former. Aucune fièvre, aucune affection aiguë n'avait précédé la maladie ; aucune de ces grandes révolutions qui surviennent à certaines époques ne s'était montrée. Les règles, supprimées avant la première chute, s'étaient rétablies, et continuaient régulièrement pendant que la nature travaillait à cette ossification extraordinaire.
Je dirai toutefois que j'avais reconnu chez la femme qui fait le sujet de cette observation, une faiblesse et comme une demi-paralysie des membres inférieurs; faiblesse qui explique la tuméfaction des jambes et les chutes de la malade. Or, une diminution de la force nerveuse une fois admise dans ces parties, je conçois que l'acte nutritif n'a plus été convenablement dirigé. La force plastique, privée de son guide naturel et abandonnée en quelque sorte à elle-même, s'est égarée dans sa marche, et les matériaux des os ont été déposés par elle dans des tissus pour lesquels ils paraissent avoir de l'affinité. J'ajouterais, si j'osais hasarder une hypothèse dans une matière aussi obscure, que l'innervation affaiblie formait l'essence de cette maladie.