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CHAPITRE IL Du gonflement des os ou de Vhypérosiose

Je comprends sous ce titre deux genres d'altérations bien distinctes : l'une consiste dans l'augmentation de masse ou de densité du tissu osseux; l'autre dépend de la raréfaction de ce même tissu. Je nomme la première ostéosclérose; je désigne la seconde par le nom d'ostéoporose. Un troisième genre est celui dans lequel il y a tout à la fois augmentation de

i Autenrieth et Doerner , De gravior. cfuibusd. cartil. mutât. Tubing. , 1798, pag. 3i, 3 Ibid., pag. 35.

niasse et augmentation de volume : j'appellerai celuici ostéospongiose ; c'est la maladie généralement connue sous le nom de spina ventosa.

Ces trois genres , l'ostéosclérose , l'ostéoporose et l'ostéospongiose, peuvent attaquer toute l'épaisseur d'un os, ou bien n'envahir qu'une portion de cette même épaisseur- ce dernier cas constitue l'hypérostose partielle ou locale, décrite sous le nom à'exostose dans tous les traités de maladies des os.

ARTICLE PREMIER

De Vosiéosclérose.

§. 674. Dans l'ostéosclérose les os, indépendamment de leur augmentation de volume, acquièrent dans toute leur étendue une induration , une compacité telles qu'ils deviennent bien plus pesans que dans l'état ordinaire. Cette augmentation de masse se fait dans leurs deux substances, dans la compacte comme dans la spongieuse. La première prend, surtout aux os plats, une figure irrégulièrement bosselée ou mamelonnée, qui donne à leur surface externe un aspect ondulé. La seconde disparaît entièrement; ses cellules se remplissent d'une matière osseuse, alors il ne reste plus de diploé dans les os du crâne, ni de cavité médullaire dans les os longs; le cylindre creux de ceux-ci se convertit en un cylindre plein.

§. 675. Examinés à l'état frais, les os qui offrent cette maladie sont revêtus d'un périoste épais, peu injecté. Quand on le détache de la surface osseuse à laquelle il adhère, on voit qu'il pénètre par des

espèces de prolongemens dans des anfractuosités qui la sillonnent; c'est ce qu'on remarque surtout aux os longs, tels que le fémur, le tibia, etc.: sur les os du crâne ces sillons sont moins profonds, et on ne les voit qu'à la table externe.

§. 676. On ne saurait croire à quel degré de volume et de dureté peuvent parvenir les os de la tête, quand ils sont frappés d'ostéosclérose. Sandifort l donne des détails curieux sur un crâne extrêmement épais, dur et compacte, qui se trouve dans le cabinet de Leyde. Ribell 2 décrit une tête d'homme adulte, laquelle pesait huit livres et quart (poids naturel , une livre ,et quart à deux livres); la mâchoire inférieure seule était du poids de trois livres et demie. Cette maladie avait commencé à se manifester à l'âge de douze ans; elle avait attaqué d'abord les apophyses montantes des os maxillaires; à l'âge de quinze ans elle avait acquis un développement tel que, pressant fortement les cartilages du nez l'un contre l'autre, elle s'opposait au passage de l'air par les fosses nasales. C'est alors que la mâchoire inférieure commença à se développer uniformément dans presque toutes ses parties; mais les condyles et leur col conservèrent à peu près leurs dimensions naturelles. Les os maxillaires supérieurs, les parois orbitaires, excepté la voûte, les fosses nasales en arrière et en avant, participèrent à ce surcroît de nutrition. Les yeux, chassés des orbites, rendaient la vue courte et

i E. Sandifort, Mus. anat. acad. Lugd. Bat., t. i , p. 1 4 1 , tab. XIII, fig. 3, 4, 5.

a Dissertation sur les exostoses. Paris, i8a3; avec figures.

ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 10r>

pénible. La voûte palatine, devenue convexe dans toute son étendue, gênait les mouvemens de la langue, et par conséquent l'articulation des sons. Les os de la pommette, les arcades zygomatiques s'accrurent avec la même rapidité. Le coronal, les pariétaux , l'occipital , étaient parsemés de petites éminences osseuses; la surface interne de ces os était lisse, aussi le malade jouissait-il de toutes ses fonctions intellectuelles. Il mourut à l'âge de quarantesix ans de péripneumonie chronique. A la dissection de la face on ne put distinguer les muscles de cette partie; leurs faisceaux charnus avaient pris un aspect fibreux , et étaient confondus avec le tissu cellulaire et le périoste. Tous les os du crâne et de la face étaient d'une dureté remarquable et d'une teinte jaunâtre. Les os maxillaires supérieurs et la mâchoire inférieure étaient les plus difformes, et présentaient réellement un aspect hideux; mais leurs bords alvéolaires n'étaient point affectés. Les autres os du squelette étaient remarquables par leur extrême ténuité,

Jadelot x a trouvé à Rheims, à quinze pieds sous terre, une tête qui pesait huit livres. L'épaisseur des os du crâne variait de neuf lignes jusqu'à un pouce et demi. Le diploé était d'un tissu plus compacte que les deux tables elles-mêmes. Les sutures étaient presque toutes effacées, néanmoins tout annonçait que cette tête avait appartenu à un jeune sujet.

Ilg2 a publié, dans une monographie, la descrip-

i Mémoires présentés à l'Institut, tom. 2, pag. 336.

2 Einige anat. Beob. enthalt. einen Bericht. d. zeitherig. Lehre

tion anatomique d'une tête extraordinairement volumineuse et pesante : c'était celle d'une fille morte à vingt-sept ans. Le poids de cette tête , non compris celui de la mâchoire inférieure, était de cent vingt onces , et excédait par conséquent sept fois le poids ordinaire de cette partie du squelette. Son diamètre an téro- postérieur était de sept pouces et demi; le transversal de dix pouces ; la surface externe de la calotte osseuse, inégale et raboteuse, était semblable à l'écorce de certains arbres, et percée ça et là d'orifices pour le passage des vaisseaux. Les sutures étaient effacées. L'épaisseur de ce crâne variait de neuf lignes à deux pouces. La portion orbitaire des os frontaux , qui dans l'état naturel est mince et presque transparente , avait neuf lignes d'épaisseur. Le corps du sphénoïde était le seul os qui fut exempt d'un épaississement aussi considérable.

Cette augmentation de volume s'était faite aux dépens de la cavité interne de la tête, dont le long diamètre avait cinq pouces deux lignes, le transversal quatre pouces huit lignes ; les sillons qui logent l'artère méningée moyenne, étaient plus profonds et plus nombreux. Tous les orifices qui livrent passage aux vaisseaux et nerfs, étaient considérablement rétrécis; le grand trou occipital était réduit de moitié; les trous sphéno-épineux avaient seuls conservé leur calibre.

Les os de la face étaient aussi singulièrement gonflés et épaissis, et comme cette partie de la tête était

v. d. Schnecke , nebst einer anat. Belehr. eines durch ausserord. Knochenwuchses sehr merk\v. Schudels. Prag, 1822.

brisée, on n'a pu peser que quelques-uns des os qui la composent. L'os zygomatique avait un poids d'une once cinq gros et vingt grains (poids naturel, un gros). Les os un guis avaient la forme d'un cube; le poids d'un seul de ces os était d'un gros quarante - sept grains (poids naturel, un grain). Le vomer était quatre fois plus épais que dans l'état ordinaire.

Le tissu de ces os était si dur qu'il ressemblait à la défense du morse (trichecus).

La personne à laquelle avait appartenu cette tête, avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de dix ans, et était remarquable par sa beauté. A cette époque elle fut attaquée, sans cause connue, de goutte sereine, à laquelle succédèrent des accès d'épilepsie, de céphalée et de délire. De temps à autre il survenait un érysipèle à la tête. A l'âge de seize ans cette personne devint sourde; l'année suivante elle ne pouvait plus avaler d'alimens solides. Alors aussi on remarqua une torsion latérale de la colonne vertébrale et des fémurs. La mort eut lieu subitement à la suite d'un érysipèle répercuté.

§. 677. L'ostéosclérose des os cylindriques est connue depuis long-temps ; on l'avait désignée sous le nom d'énostose * ou d'exostose bénigne interne. 2 Pvuysch3 fait mention d'os devenus solides, et dont il faisait faire des manches de scalpel. Bonn 4- parle

i Vaiv der Haar, Auserles, mediz, und chirurg. Abhandl.t a. d. HolL- B. i , S. 6o, 6i.

2 Ludwig, Institut, chirurg., pag. 192.

3 Thesaur. anat., 2,3,9.

4 Descript. thesaur. oss. morbos, Hovii , p. 89, 90, art. 3 1 i ^

d'un fémur entièrement converti en un cylindre solide, et Vais der Haar1 dit avoir observé quelques exemples pareils. M. Boyer 2 a aussi remarqué le cas dont il est question ; il le regarde comme extrêmement rare : il n'a pas vu que les os eussent augmenté considérablement de volume. J'ai mesuré plusieurs os cylindriques affectés d'exostose, qui font partie de notre Musée anatomique, et j'ai constaté qu'ils étaient notablement plus volumineux que dans l'état naturel. Quant à leur poids , son augmentation est encore plus frappante; un morceau de fémur, long de quatre pouces et demi , pesait quatre onces et demie, tandis qu'un autre morceau de même longueur, pris sur un fémur sain, ne pesait pas deux onces.

Un exemple bien singulier d'accroissement en grosseur de tous les os du squelette a été publié par Saucerotte3: Un homme de trente -neuf ans, qui en 1768 pesait cent dix-neuf livres, avait acquis en 1772 un poids de cent soixante-dix-huit livres, sans que les parties molles eussent participé en rien à cet excès de pesanteur; elles étaient en effet flasques et affaissées. La tête était si grosse que cet homme était obligé de se faire faire des chapeaux, n'en trouvant point à sa mesure. Ses yeux étaient à fleur de tête par l'épaississement des os qui forment l'orbite. La mâchoire inférieure dépassait la supérieure de l'épaisseur d'un doigt. La colonne vertébrale et la

2 Traité des malad. chirurg. 5 tom. 3, p. 542.

3 Mélanges de chirurgie, pag. 4<>7 et suiv.

clavicule étaient d'un volume extraordinaire ; les omoplates, le sternum, les os des hanches, avaient de même une étendue et une épaisseur démesurées. Les côtes , larges d'un pouce et demi , débordaient dans quelques endroits les unes sur les autres. Les jambes ne paraissaient pas d'abord participer à cette intumescence ; mais en les palpant, on trouvait qu elles étaient tout os, et qu'elles n'avaient point, à propre- 'ment parler, de mollets. Cet individu n'imputait l'accroissement de ces os à aucun état maladif- affecté de temps en temps d'une gêne dans la respiration et d'un sommeil comateux, il mourut en pleine connaissance à la suite d'une péritonite précédée d'embarras gastrique. Quelque temps avant sa mort, il s'était aperçu que ses os ne grossissaient plus. Les urines , examinées chimiquement , ne renfermaient point les sels terreux qui leur appartiennent. Le cadavre ne fut point ouvert.

§. 678. Telle est l'histoire générale de l'ostéosclérose; les recherches que j'ai été à même de faire sur cette maladie, m'autorisent à en distinguer plusieurs espèces, selon les parties de l'os qui en sont affectées, et suivant l'aspect sous lequel elle se présente. Il en est une qui occupe seulement le centre de l'os; une seconde affecte seulement les parois de la cavité médullaire; une troisième, enfin, envahit en même temps et cette cavité et ses parois. Je crois donc pouvoir distinguer une ostéosclérose totale, une ostéosclérose centrale et une corticale. Disons d'abord un mot des deux dernières :

i ° U ostéosclérose centrale convertit le cylindre

creux que forme un os long en un cylindre plein, en remplissant la cavité médullaire de phosphate calcaire. C'est particulièrement dans la partie moyenne d'un os long que cette conversion commence; de là elle s'étend vers les extrémités articulaires, mais là elle n'est jamais complète. Vers l'origine de la maladie on remarque çà et là quelques cellules persistantes ; à une époque plus avancée tout est changé en une masse dure et éburnée. La partie corticale de l'os n'éprouve dans cette espèce d'ostéosclérose aucune altération; sa surface externe reste la même, elle conserve aussi son épaisseur naturelle, comme il est aisé de s'en convaincre.

2.0 Il en est tout autrement dans Yostéosclërose corticale. Ici la cavité médullaire de l'os persiste; mais les couches osseuses externes s'épaississent considérablement. Sur un tibia conservé dans notre Muséum, la paroi de la cavité médullaire a sept lignes d'épaisseur à sa partie moyenne, tandis que dans un tibia sain cette épaisseur n'est que de quatre lignes; cet os pèse douze onces (dans l'état naturel, le poids» du même os est de huit). La surface externe est également changée, tantôt elle est chargée d'excroissances verruqueuses, tantôt de crêtes pareilles à celles de certaines écorces d'arbres. Nous possédons entre autres un péroné, gonflé dans toute sa longueur par suite d'ostéosclérose corticale, dont la suface externe présente de longues cannelures divisées par des crêtes saillantes, ce qui donne à cet os assez de ressemblance avec les rameaux de l'orme subéreux (ulmus suberosa de Willdenow). Le poids

de ce péroné est de trois onces et demie , tandis qu'un péroné sain ne pèse que deux onces et quart.

3.° Lorsque les os sont affectés ftosléosclérose totale, c'est-à-dire, lorsque leur cavité médullaire est remplie de phosphate calcaire , en même temps que leur écorce est tuméfiée, on aperçoit sur celle-ci une disposition très - remarquable : sa surface est hérissée d'innombrables filamens osseux qui, à leur première vue, ont l'aspect de velours, et qui sont posés perpendiculairement sur la longueur de los. A la loupe ces filamens offrent tantôt la forme d aiguilles mousses , tantôt celle de petites stalactites , tantôt une contexture laminaire et spongieuse, tantôt enfin ils ont plus de relief et forment des cellules qui représentent en petit les cellules d'abeilles , ou ressemblent à ces aréoles régulières qu'on observe dans la lymphe plastique prête à s'organiser. Sur un tibia qui offrait cette dernière disposition, j'ai trouvé une grande analogie de forme entre ces cellules et une certaine espèce de champignon qui croît sur les bois de sapin, et que Fries 1 a appelé .polyporus medulla partis. Je dois noter comme une chose digne de remarque, que les endroits de la surface de l'os qui me montraient le plus parfaitement cette structure celluleuse, correspondaient à ceux où la cavité médullaire était entièrement ossifiée; j'observai de plus, par l'examen attentif des pièces sciées, que le gonflement de l'os dépendait en même temps et de l'oblitération de la

1 ■ .-„ ■ „ ,iMj,.Wx-^-..-:.. .-—r- ■

i Sjstema mycolog,, tom. î , pag. 38o.

cavité médullaire et d'une couche osseuse nouvelle* déposée sur la substance corticale. Je remarquai de plus que cette couche nouvelle, bien qu'elle eût contracté des adhérences intimes avec cette dernière, en était néanmoins séparée par une ligne longitudinale qui en marquait la limite, et qu'elle était en outre facilement reconnaissant par la direction de ses fibres perpendiculaires à l'axe de l'os. Je reconnus enfin que la couche dont je parle était plus épaisse au milieu de l'os que vers ses deux extrémités. Il est donc évident qu'outre le gonflement de l'os par l'épaississement de substance corticale, il en existe un autre, dépendant d'une incrustation de cette dernière par une nouvelle matière osseuse. Celle-ci , comme quelques faits me l'ont prouvé, peut prendre un accroissement très-prononcé et déformer entièrement l'os, en conservant toutefois sa structure filamenteuse, ou en prenant un arrangement laminaire.

Nous possédons un bassin d'homme dont les os des îles sont affectés d'ostéosclérose totale, et dont les surfaces sont hérissées de végétations en forme de lames ou de fibres osseuses. Celles-ci, posées perpendiculairement sur la surface des os, constituent par leur ensemble un tissu que l'on pourrait comparer aux filamens du velours, et qui, considéré à la loupe, n'est autre chose qu'une réunion d'innombrables houppes osseuses, dont les filamens ont la forme d'aiguilles coniques, placées les unes à côté des autres. Les os pubis et ischion du côté droit offrent des végétations tellement considérables que le trou ovalaire en est beaucoup rétréci. Le sacrum

ÀNAÎOMIË PATHOLOGIQUE SPECIALE. 11 5

est peu altéré ; sa face postérieure surtout ne montre aucun changement de texture. Le poids de ce bassin est de vingt- huit onces et demie (celui d'un bassin ordinaire est de dix-neuf à vin^t onces).

D'après ces recherches ne pourrait - on pas admettre une quatrième espèce d'ostéosclérose, qu'on nommerait sus-corticale , et qui, indépendamment de son siège, se distinguerait des autres par une cristallisation toute particulière du phosphate calcaire? Cette incrustation, au reste, fait le passage à certaines végétations osseuses que je décrirai plus tard.1

§. 679. Dans aucun des cas d'ostéosclérose que j'ai rencontrés au fémur, au tibia, au péroné, je n'ai pu obtenir aucun renseignement sur les causes qui avaient pu déterminer ce genre d'altération ; les sujets qui me les ont fournis, étaient des cadavres de femmes avancées en âge, qui n'offraient aucune trace de maladies auxquelles on pût les rapporter- mais si je rapproche les os cylindriques de quelques crânes qui se trouvent aussi dans notre collection, et qui ont avec eux la plus grande analogie de structure, j'avoue que je suis disposé à soupçonner ici avec Van der Haar2 une cause syphilitique. Ces crânes ont appartenu à des sujets vénériens ; ils n'ont plus ni cornets, ni vomer, ni la partie labyrinthique de l'os ethmoïde,ni os du palais. C'est donc une particularité assez digne de remarque, qu'à côté de la destruction provoquée par le virus sy-

i Voyez l'article Ostéophyte.

2 Samml. auserhs. Abhandl, B. 5, S. 7.29.

Îl4 LIVRE Iï.

philitique , on observe une augmentation Je v&~ Jume et une véritable hypertrophie.

Toutefois je ne prétends pas que le principe vénérien soit la seule cause déterminante de l'ostéosclérose; rien ne prouve en effet que les têtes si extraordinairement grosses, décrites par RiBELi.etlLGy aient appartenu à des sujets vénériens. En second lieu, nous possédons dans notre Muséum des fémuFs de pigeons très-gros, entièrement convertis en masses éburnées.

§. 680; Quant au mécanisme que la nature suk dans la production de cette maladie, Van derHaar * admet une inflammation dans le tissu spongieux, même de l'os, à la suite de laquelle les cellules se dilatent d'abord pour se remplir ensuite d'une substance osseuse dure , semblable à l'ivoire ou à 1* corne de cerf. Je ne sais sur quelles recherches repose cette étiologie; ce que je puis affirmer, c'esî que les individus sur lesquels le hasard m'a fait rencontrer l'ostéosclérose, ne souffraient point, que 1& périoste n'était point enflammé, ni le tissu osseux pénétré de sang.

Peut-être, au reste, suffit -il, pour expliquer h phénomène dont il s'agit, d'admettre que les os sont., comme la graisse f comme les muscles, comme le foie , et en générai comme toutes les parties moHes? susceptibles d'hypertrophie, en notant toutefois que l'hypertrophie des os est toujours déterminée par une cause morbide préexistante. Ainsi j'admettrais

ÀtfATOMlE PATHOLOGIQUE SPECIALE. Il5

volontiers, comme cause éloignée, un virus spécifique, par exemple le syphilitique : celui-ci déterminerait d'abord une innervation vicieuse, laquelle provoquerait ensuite une nutrition exubérante et le changement d'organisation que nous venons de décrire. Quoi qu'il en soit, je ne saurais me familiariser avec l'idée que , pour le développement de substances homéoplastiques , la nature ait besoin d'un acte inflammatoire; tout au plus l'admettrais- je au début de l'altération organique; mais la première impulsion donnée, certainement sa présence n'est plus nécessaire.

§. 681. Jusqu'ici j'ai parlé de la tuméfaction totale de l'os; il existe aussi des tuméfactions partielles, dans lesquelles le tissu osseux offre le même degré de dureté et de densité que l'ostéosclérose : ces tumeurs sont connues sous le nom ftexostoses éburnées ou ostéoncoses. *

Toutes les exostoses éburnées que j'ai pu observer, avaient leur siège dans les couches extérieures des os cylindriques, et dans la substance compacte des os plats. Leur forme est hémisphérique, ovalaire ou elliptique; leur volume varie depuis celui d'un noyau de cerise jusqu'à celui d'une tête de fœtus. Dans le premier cas on leur donne le nom de nodus. Leur surface est ordinairement unie, et leur tissu est semblable à l'ivoire, Leur développement se fait d'une manière lente et imperceptible, sans occasioijer de douleur : ces tumeurs ne gênent que par leur

X De oç-gpv, osi et de t>yKoçy tumiur dure, deme<

ilô LIVRE IL

poids, ou parce quelles compriment ou déplacent d'autres organes; elles ont, en un mot, tous les. caractères de bénignité que l'ostéosclérose , et sont probablement, comme celle-ci, le résultat d'une hypertrophie morbide. Il paraît qu'alors le suc gélatineux épanché entre les molécules de la substance osseuse, s'y accumule et passe graduellement par les différentes phases de l'ossification. Il faut supposer que l'action nutritive a été augmentée par une cause quelconque ; le plus souvent cette cause est externe. On a vu à la suite d'un coup sur le tibia , survenir une exostose de vingt-sept pouces de circonférence. 2 M. Jules Cloquet2 a observé sur un individu né de parens sains , doué lui-même d'une bonne constitution, et n'ayant jamais eu d'affection syphilitique, deux exostoses, lune au frontal et l'autre au tibia, qui s'étaient développées à la suite d'une contusion et étaient absolument indolentes,

ARTICLE SECOND. De Fostéoporose.

§. 682. Dans cette maladie les os augmentent de volume, et quelquefois même en prennent un énorme sans qu'il y ait augmentation de leur masse. Leur tissu est, au contraire, raréfié; leur surface externe, inégale et un peu raboteuse, présente un grand nombre de porosités. Le périoste n'offre point de chan-

x Clossius, Krankh. cler Knoch., S. n4-

2 Dict. de médecine y 21 vol., tom. 8, pag. 417-

ÀxXATOMIE PATHOLOGIQUE SPECIALE. î 17

gernent, il n'est ni injecté, ni raréfié, ni épaissi ; l'appareil médullaire, au contraire, est altéré. Ayant scié, suivant leur longueur, des tibias affectés d'ostéoporose, j'ai trouvé, à la vérité, que dans plusieurs endroits la moelle avait sa couleur rouge ordinaire; mais dans d'autres points elle était d'un rouge foncé, comme si elle eût été formée de sang coagulé; dans d'autres points la moelle était jaune; on rencontrait même des portions de graisse compacte, dure, qu'on pouvait retirer de la substance réticulaire comme d'une espèce de chaton. Quant aux parties molles qui entouraient ces os , elles n'offraient rien de particulier.

§. 683. L'ostéoporose attaque tous les âges, quoiqu'elle soit plus fréquente dans l'enfance et la jeunesse. L'état de gonflement et de boursouflement que l'on observe quelquefois aux os des rachitiques, est une ostéoporose. Je l'ai souvent rencontré sur des os de fœtus à terme, et nous conservons dans notre Muséum des os du crâne et de la face qui l'offrent à un degré très- prononcé. J'ai rencontré ce même gonflement sur les omoplates, les os innominés et les os des avant-bras d'enfans qui ont vécu plusieurs mois. Scarpa l cite l'exemple d'un garçon de trois ans, chez lequel les os du crâne avaient subi une tuméfaction extraordinaire par la raréfaction de leur tissu. Sandifort2 parle d'un crâne dont les os avaient les cinq huitièmes d'un pouce d'épais-

1 De anat. et pathol. oss. comment. Ticini, 1827, p. 60. 3 L. c. , tom. 1 , p, 1 41 > tab. i3 , fig. ï3 2,

Il8 LIVRE II.

seur. Le péroné d'un adulte m'a présenté cette même maladie à un degré très-avancé; toute la substance corticale était raréfiée dans le sens des fibres longitudinales, de telle sorte qu'elle formait un assena blage de gouttières, de canaux et de cellules elliptiques, séparés par des cloisons osseuses; disposition qui , soit dit en passant , confirme l'opinion de ceux qui admettent dans les os des lames superposées les unes aux autres. Un fémur d'un individu plus avancé en âge, avait la substance corticale entièrement spongieuse et épaisse de cinq à huit lignes. Au reste, l'ostéoporose peut être centrale, corticale et totale. Dans le premier cas, qui a lieu sur les os plal§ et les extrémités des os longs , la substance spongieuse se raréfie seule, la compacte restant la même; c'est dans cet état que se trouvaient les os du crâne décrits par Sandifort. Dans le second cas, c'est celle-ci qui se change en tissu réticulaire , tandis que dans le troisième les deux substances de l'os se raréfient et deviennent spongieuses.

§. 684. L'ostéoporose corticale a fréquemment un caractère particulier, et tel que la substance compacte de l'os paraît convertie , à sa surface externe , en une multitude de fibres longitudinales , pareilles à celles que présentent les os di* crâne chez le foetus. Ces fibres n'ont pas toujours la même couleur, ni la même consistance que l'os; elles sont quelquefois d'un tissu plus poreux, tantôt jaunâtres, tantôt noirâtres : nous en avons un de couleur rosée. La formation de ces fibres semble due au développement et à l'action des vaisseaux du pé-?

rioste, qui, en se creusant des gouttières dans la substance osseuse, lui donnent l'apparence de fibres longitudinales; mais c'est particulièrement par l'effet de la périostose fibro- cartilagineuse qu'on remarque la disposition dont il s'agit, et à laquelle j'ai cru devoir donner le nom de raréfaction jibrillaire corticale (§. 666). Dans quelques circonstances l'endroit raréfié s'élève plus ou moins au-dessus du niveau de l'os, et se confond avec une lame osseuse de nouvelle formation , que nous décrirons plus bas sous le nom d'ostéophyte diffus. Dans les premiers âges de la vie, les os du crâne offrent quelquefois une disposition telle , qu'une partie est lisse à l'extérieur et tout-à-fait dans l'état naturel , tandis qu'une autre partie est boursouflée , poreuse et réticulaire. Les cabinets renferment un grand nombre de ces pièces, et Sandifort1 en a décrit et représenté quelques-unes sous le nom de carie.

§. 685. On rencontre fréquemment une ostéoporose locale, connue sous le nom dtexostose laminée ou spongieuse. Comme l'ostéoncose ou l'exostose éburnée, elle constitue une tumeur hémisphérique, née dans le tissu de, l'os même. Ainsi , en sciant suivant sa longueur un' os qui en est affecté, on trouve que sa substance corticale à été convertie dans cet endroit en substance réticulaire, et que cette conversion a décidé un gonflement local. On observe aussi que cette substance réticulaire est encore recouverte d'une légère couche de substance com-

1 E. Sandifort, Mus, anat., etc., tom. 1, p. i5<).

pacte. Beaucoup de pièces de notre Muséum donnent une idée nette de cette espèce d'exostose.

§. €86. L'ostéoporose , soit générale, soit locale, n'a pas le même mode de développement que l'ostéosclérose et l'exostose éburnée ; elle n'est pas comme celles-ci le résultat d'un surcroît de masse et de nutrition; elle suppose une diminution de cohésion entre les molécules de l'os , diminution qui dépend elle-même de cette force expansive que j'ai signalée dans le premier volume de cet ouvrage (§. 178). En rédigeant ce paragraphe, j'ignorais que j'eusse en faveur de mon opinion , une des premières autorités de ce siècle, celle de l'illustre Scarpa, qui dans beaucoup d'endroits de son dernier traité sur l'anatomie et la pathologie des os ^invoque souvent cette même force à laquelle il attribue le ramollissement, le gonflement et la raréfaction de ces parties. Cette force expansive provient, selon moi, de l'activité exaltée des nerfs, probablement mise en jeu par des principes morbifiques spéciaux, tels que le vénérien, l'arthritique, le variolique, celui de la rougeole, etc. L'énergie de ce mouvement expansif explique le développement quelquefois très-rapide de l'ostéoporose, ainsi que les vives douleurs qui l'accompagnent. Depuis long-temps il est reconnu que les exostoses laminées acquièrent promptement un volume considérable, qu'elles sont précédées et accompagnées de douleurs continues et intolérables, tandis que les exostoses éburnées croissent lente-

1 De anat. et pathol. oss. comment, j p. 49> 56 , 61 , 80.

ANATOMIE PATHOLOGlQtTE SPÉCIALE. 121

nient, et qu'elles ne sont précédées d'aucune douleur ou tout au plus de douleurs sourdes. Or, ce qui s'observe sur l'ostéoporose partielle et locale, doit avoir lieu aussi lorsque les os sont attaqués dans toute leur étendue de raréfaction et de boursouflement. J'en excepte pourtant les cas où la maladie reconnaît moins pour cause éloignée un principe morbide et irritant qu'un vice de nutrition , par exemple dans le rachitis.

§. 687. Il suit de ce qui précède, que le nom d'exostose s'applique à deux affections organiques du tissu osseux qui sont diamétralement opposées sous le rapport de leur structure et de leur mode de développement. M. Boyer assure que les véritables exostoses sont presque toujours incurables, c'està-dire non susceptibles de se résoudre : si cette assertion , appliquée aux exostoses éburnées , paraît incontestable, en est-il de même des exostoses laminées? La cause morbide étant détruite, le mouvement d'expansion étant anéanti, les lames osseuses ne peuvent-elles pas, en se rapprochant, effacer les cellules qui s'étaient formées? Tel est du moins le sentiment de Scarpa ; mais il convient en même temps que ces cellules peuvent aussi se remplir de matière nouvelle , soit osseuse , soit sarcomateuse. Je suis disposé à admettre ce dernier point, surtout pour ce qui concerne les substances hétéroplastiques qui, en transformant les os , font naître d'autres maladies organiques , dont il sera question plus tard. Tant il est vrai que la raréfaction du tissu osseux est la condition première de la formation d'une foule

d'autres altérations dont ce tissu peut être affecté. §. 688. Je ne terminerai pas cet article sans indiquer les altérations avec lesquelles l'ostéoporose pourrait être confondue : ces altérations sont la carie commençante, la friabilité des os et le commencement de leur dissolution. Ces maladies n'ont de commun avec celle que nous venons de décrire, que la diminution de cohésion entre les molécules osseuses ; elles en diffèrent totalement sous d'autres rapports. Essentiellement dues à une déperdition de substance et à une soustraction du phosphate calcaire, elles ne portent point l'empreinte de cette action expansive que nous avons signalée dans l'ostéoporose, et n'offrent point ce gonflement plus ou moins considérable qui caractérise celle-ci. Cette dernière se rapproche au contraire beaucoup de la maladie dont nous allons nous occuper dans l'article •suivant.

ARTICLE TROISIÈME

De l astéosponglose 7 communément appelée spiïia ventosa.

§. 689. Les auteurs ne sont pas d'accord sur ce qu'il faut entendre par spina ventosa. Jean -Louis Petit1, qui le considère comme une maladie extraordinaire, y voit tantôt une exostose particulière, tantôt un ramollissement ou une dissolution des os, tantôt une carie, une sorte de vermoulure souvent accompagnée d'atrophie et quelque fois de la mor-

i Traité des mal. des os; édit. 1788, tom. 2, p. 267.

iiikation des membres. Selon Boerhaave1, c'est une maladie dans laquelle l'os se corrompt auprès des épiphyses, et où la corruption commence par la moelle et fait des progrès de l'intérieur vers l'extérieur: ce qui est l'inverse de la carie, laquelle commence par le périoste et pénètre de là dans la substance osseuse elle-même. Augustin2 définit le spina ventosa une inflammation interne, accompagnée d'intumescence partielle ou totale de l'os, avec douleur atroce et tuméfaction des parties molles : intumescence qui dégénère rarement en ulcération listuleuse ou en carie ouverte, mais dans laquelle l'os, ainsi que les parties molles qui le recouvrent, constituent une masse dure, inégale, quelquefois monstrueuse , et dans laquelle la texture primitive a été complètement altérée. Voigtel3 fait aussi consister le spina ventosa dans un gonflement de l'os, tantôt par hypertrophie et tantôt par raréfaction du tissu osseux. Dans le premier cas, l'os devient lourd, sa surface externe est hérissée d'aspérités et sa cavité médullaire ossifiée; dans le second, l'os malade devient celluleux, très-tuméfié et disposé à suppurer. Suivant M. Boyer.4, Je spina ventosa est une affection des os cylindriques , dans laquelle les parois du canal médullaire subissent une distension lente, successive, quelquefois énorme, en même temps

i Van Swieten, Comment, in, H. Boerh. aphoris. ,• tom. P' 9*7 "-" 92°> injine §. 526.

a De spina ventosa. Hal. î 797 ; §. 4-

3 Handb. der path. Anat., tom. 1 , p. i4& — »47?

4 Traité des malacL chi^urg.} tom. 3, p. 56g,

qu'elles sont considérablement amincies et même percées dans plusieurs points , ou que leur tissu éprouve une raréfaction singulière ; maladie dont le siège primitif paraît être la cavité médullaire, Béclard ; , qui adopte cette description , fait dépendre le développement considérable de l'os d'un accroissement, extraordinaire de la membrane médullaire, dont l'altération consiste chez les adultes tantôt en une dégénération carcinomateuse , un véritable cancer mou, tantôt en une tumeur fibreuse et cartilagineuse, tandis que chez les enfans l'os, renflé dans son milieu, contient une substance rouge très-vasculaire , dont la nature n'est pas bien déterminée. Astlev Cooper2 considère l'ostéosarcome et le spina ventosa comme des variétés d'une seule et même maladie, à laquelle il donne le nom ftexostose fongueuse de la membrane médullaire. M. Otto5 regarde le spina ventosa comme une sorte de carie interne, avec l'intumescence de l'os et dépôt de matière calcaire sous forme de pointes et d'épines.

On voit que ces auteurs ne s'accordent guère que sur un point, le gonflement de l'os.

Pour porter la lumière sur cette maladie, il faut, en invoquant les recherches anatomiques, non-seulement la suivre dans ses diverses périodes , mais aussi la considérer dans chacune des parties dont les os se composent. En conséquence de ces recher-

i Élém. cPanat. génér. , p. 181.

2 Dict. de méd. en 2 1 volumes ; art. Spina ventosa.

3 Lehrbuck der pathol. Anat.y B. 1 , S. ifô.

ANAT0MIE PATHOLOGIQUE SPECIALE. l^S

ches, j'établis un spina ventosa central, un spina ventosa cortical, un spina ventosa sus-cortical et un spina ventosa total , suivant que la maladie de l'os affecte primitivement la cavité médullaire, la substance compacte, le périoste, ou toutes ces parties à la fois. Ce n'est qu'après avoir exposé ces détails anatomiques que nous pourrons essayer de déterminer le véritable caractère du spina ventosa. Je commence par le spina ventosa cortical.

§. 690. Dans cette espèce, la substance compacte d'un os long est seule affectée : elle se gonfle, soit dans toute la longueur de l'os, soit dans quelquesuns de ses points. Ce gonflement dépend d'une part de la raréfaction du tissu et de l'autre d'un surcroît de nutrition. Il se forme des cellules dans la substance compacte de l'os, qui, quoique raréfié, devient plus lourd. Quel que soit le degré auquel le 'gonflement de l'os soit porté, la cavité médullaire ne change pas et conserve ses dimensions.

Ce gonflement de la substance corticale de l'os a deux périodes : dans la première , le changement se borne à lintumescence que je viens de décrire; l'os est plus pesant, quoique converti en tissu spongieux; les cellules sont remplies d'une substance tantôt médullaire, tantôt demi-charnue, d'un jaune rougeâtre; les parties molles environnantes sont intactes , mais le périoste est épaissi, quoique non injecté; la surface de l'os est inégale et raboteuse, chargée d'aspérités, de saillies séparées par de nombreux sillons, Il n'y a point de carie , ni à l'intérieur, ni à l'extérieur.

12Ô LIVRE ïï.

Dans la seconde période, la raréfaction du tissu est plus grande, l'os plus boursouflé; sa face externe est devenue réticulaire, et fait voir d'innombrables cellules, ainsi qu'une multitude de pores et d'orifices de grandeur variable, en même temps que des sinuosités et des lacunes pénètrent dans l'intérieur de la tumeur, qui renferme elle-même des laciniures et des cavernes. Cette apparence spongieuse est trèsmarquée dans une pièce de notre cabinet, et que je ne puis m' empêcher de décrire : c'est le tibia droit d'un jeune sujet. Cet os est gonflé dans sa moitié inférieure et dans les deux tiers de son épaisseur. Des faces antérieure, interne et postérieure s'élève une grosse végétation, formée d'une substance osseuse diversement modifiée; à son côté externe cette tumeur est poreuse et réticulaire , semblable en petit aux cellules d'une ruche d'abeilles; sa partie antérieure et interne offre des espèces de houppes posées Verticalement et formées chacune d'une lame roulée autour de son axe, à la manière de certaines coquilles appelées volutes; un nombre infini de sillons sépare ces éminences les unes des autres, Au pourtour de la tumeur se remarquent tine dizaine de mamelonsplaces dans la même direction; les scissures plus ou moins profondes qui les séparent, logent des vaisseaux sanguins. À la partie supérieure de ses faces antérieure et postérieure se trouvent trois ouvertures assez larges pour admettre une plume à écrire. Toute cette tumeur paraît résulter d'une raréfaction, avec accroissement de substance des parois osseuses. La cavité médullaire n'est point changée dans ses di-

ÂUfATOMïË PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. I2f

mensions. L'intérieur ou la masse de la tumeur est partout réticulaire et homogène.

D'autres fois la substance corticale de l'os , en se raréfiant, fait naître de larges cellules séparées par des cloisons imparfaites et remplies d'une substance plus ou moins molle et plus ou moins charnue ? assez semblable dans la plupart des cas au tissu des glandes lymphatiques. Lorsque, par la macération f cette substance est détruite , l'os paraît hérissé de dentelures et d'épines, et comme découpé et déchiqueté dans toute sa circonférence. C'est ce qu'on voit très -distinctement sur un autre tibia de notre Muséum , dans lequel les pointes et les dentelures . partant de la couche de substance compacte voisine du canal médullaire, aboutissent sous forme de cloisons imparfaites à une couche superficielle frappée elle-même d'ostéoporose.

Lorsque des os placés l'un à côté de l'autre sont affectés de spina ventosa, on les voit fréquemment se réunir et se souder. Nous possédons plusieurs exemples de ce cas où Ton voit les deux os de la jambe confondus à Fune de leurs extrémités, particulièrement à l'inférieure, en une seule masse spongieuse.

§. 691. Le spina ventosa sus-cortical consiste en une masse osseuse, plus ou inoins difforme et plus ou moins adhérente aux os , formée de végétations irrégulières , tantôt verruqueuses, tantôt mycodes (en forme de champignons) et tantôt stalactiformes. Ces végétations, en se développant autour d'un os9 lui donnent quelquefois un volume extraordinaire, C'est autour des fractures qu'elles se forment le plu?

communément; on pourrait alors les considérer comme des anneaux osseux que la nature jette autour des fragmens, afin de les maintenir en contact, surtout lorsqu'ils n'ont pas été bien affrontés. J'ai sous les yeux des pièces où cette disposition trèsprononcée constitue des excroissances stalactiformes. Un spina ventosa sus-cortical des plus complets a été décrit par Houstet, dans son mémoire sur les exostoses des os cylindriques1. Une autre tumeur du même genre entourait les fragmens mal réunis d'un fémur cassé- un peu au-dessus de la partie moyenne. Cette tumeur très-considérable était formée d'une matière osseuse seulement appliquée sur le •fémur, et qui, dans la plus grande partie de son étendue, et surtout à la face interne de l'os, offrait une ample cavité, dont les parois blanches et solides contenaient : 1 .9 deux sortes de matière osseuse ? l'une éburnée et collée à la face interne du fémur, l'autre grise, légère et spongieuse; 2.0 des sucs de différentes couleurs , de consistance d'électuaire. Le canal osseux qui traversait cette tumeur avait conservé son diamètre et son étendue naturelle, et ses parois étaient à peu de chose près dans leur étal normal.

§. 692. J'arrive enfin au spina ventosa central, le seul qui ait été décrit sous se nom par les auteurs , et notamment par M. Boyer2. Dans cette espèce les parois du cylindre de l'os, portées par une forte ex-

i Méra. de Pacad. roy. de chirurg.; t. 8, édit= in-i 27 {>. \\* a L. c.

ANAT0MIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. ï 29

pansion du tissu osseux à une grande distance du centre de la cavité médullaire, se trouvent converties en celles d'une cavité globuleuse ou fusiforme, assez régulière , percées d'un nombre plus ou moins considérable d'ouvertures, à bords arrondis et de grandeur variable. Dans d'autres cas, les parois du cylindre, portées irrégulièrement loin du centre de la cavité, présentent à l'extérieur des espèces de bosselures, et à l'intérieur, des fosses correspondantes. Enfin, dans quelques circonstances, dit M. Boyer (car c'est sa description que j'emprunte ici), le tissu de i'os altéré de l'une des manières indiquées se trouve en même temps enveloppé d'une couche cartilagineuse , qui soulève inégalement le périoste , sans l'altérer, et dans l'épaisseur de laquelle se sont développées des productions osseuses nouvelles , de forme irrégulière et bizarre, disposées en manière de rayons, et dirigées du point de l'os altéré vers la périphérie de la couche cartilagineuse. Ces productions osseuses varient, quant à' leur volume, et sont quelquefois capillaires : les unes sont dures et grenues ; les autres , à demi solides , sont très-flexibles. Quelques-unes sont complètement isolées et séparées de l'os par un grand intervalle , tandis que d'autres sont en contact avec lui ou même lui sont adhérentes ; mais alors on les en distingue sans peine par la différence de tissu, de forme, de couleur et de consistance.

Tout ce que dit ici M. Boyer des productions osseuses, développées extérieurement à l'os, s'applique évidemment au spina ventosa sus-cortical. Des exemil 9

pies de spina ventosa central sont décrits et repré^ sentes par Daubenton sous le nom de fausse ankylose de Vos de la cuisse droite avec Vos de la hanche?- Ce naturaliste parle en outre d'une tumeur de deux pieds et demi de circonférence, représentant une capsule osseuse qui, de la partie inférieure du fémur, s'étend jusqu'au-dessus delà cavité cotyloïde, et qui, à sa surface externe, fait voir des inégalités, des trous et des empreintes, tandis que l'interne offre des protubérances et des cavités. Il n'y a d'intact que les portions inférieure et supérieure du fémur; le reste est transformé dans la tumeur creuse dont il est question. Un autre fémur décrit par Datjbe.nton2 est attaqué d'un spina ventosa central à son extrémité inférieure. Les parois de l'os dilaté sont si minces qu'on «voit le jour à travers. Cet exemple est d'autant plus digne de remarque, que le spina ventosa attaque rarement les extrémités articulaires des os. J'en trouve pourtant un second dans l'ouvrage de Trioen.5

§. 69 S. Enfin, il existe un spina ventosa total : c'est celui où le gonflement de l'os dépend tout à la fois, i.° de la dilatation de la cavité médullaire, 2.0 de l'intumescence des parois de son cylindre, 3.° de l'incrustation de la surface externe de ces parois par une substance osseuse nouvelle ; en d'autres termes , il existe en même temps un spina ventosa cen-

i Hist. nat. gén. et part., avec la descript. du cabin. du Roi \ %. 3, p. 107, pi. 3, fig. i, 2, 3.

2 Même ouvrage; p 9 3, pi. 2, fig. 4» 5.

3 Obsçry. med. çhir- fasck.7 tal>. 7.

AJVAT0M1E PATHOLOGIQUE SPECIALE. loi

tral, cortical et sus-cortical. Ce cas se présente assez souvent aux os du métacarpe et du métatarse, et aux phalanges des doigts et des orteils. Il est rare pourtant qu'alors la substance compacte formant les parois du cylindre osseux, soit éburnée et plus dure qua l'ordinaire j elle est au contraire raréfiée et plus spongieuse.

§. 694. Il suit de ce qui vient d'être dit, que le spina ventosa est une maladie de l'os, dans laquelle le gonflement dépend tout à la fois d'une augmentation de sa masse et d'une raréfaction de son tissu, En effet, ce n'est pas une raréfaction ou ostéoporose seide, car l'os devient plus pesant qu'il n'était : ce n'est pas non plus une compacité seule^ car son tissu offre d'innombrables cellules : il arrive ce qu'on voit arriver à la matrice pendant la grossesse ; il y a en même temps surnùtrition, raréfaction, et lorsque le spina ventosa est central, dilatation. Dans ce dernier cas, la maladie commence dans la cavité médullaire. Les parois du cylindre osseux, quoique amincies dans certains endroits, sont épaissies dans d'autres et percées de trous plus ou moins grands, qui, de même que la cavité centrale , sont remplis de différentes substances , tantôt gélatineuses , tantôt charnues , tantôt osseuses. On y a trouvé quelquefois des espaces remplis de gaz. Dans le spina ventosa cortical j la maladie existe dans la substance compacte formant les parois du cylindre osseux. Cette substance devient boursouflée , spongieuse , en même temps qu'elle est hypertrophiée. Mais ici la maladie a pu suivre dans son développement une marche

l52 LIVRE II.

différente : tantôt elle a commencé par la raréfaction de tissu, et la surnulrition lui a succédé ; tantôt, au contraire, elle a commencé par une ostéosclérose, et plus tard des cellules se sont formées dans la masse compacte. Enfin, dans le spina ventosa suscortical, le développement de la maladie procède du périoste, ainsi que des parties molles qui lui sont immédiatement appliquées. Des anneaux, des capsules, formées de substance osseuse, entourent l'os primitif, et ont avec lui une connexion plus ou moins intime.

§. 695. Le spina ventosa n'est donc autre chose qu'une hypérostose , affectant surtout la partie moyenne des os longs ; il est le résultat d'un travail nutritif morbide , en vertu duquel une nouvelle ma-*tière osseuse est ajoutée à l'ancienne , en même temps qu'il se dépose dans les cellules et la grande cavité de l'os des substances nouvelles, soit analogues, soit hétérologues aux substances primitives; et comme, 'en définitive, la portion d'os affectée de spina ventosa ressemble à une éponge, j'ai cru pouvoir donner à cette altération le nom d'ostéospongiose 7 qui me paraît plus significatif que celui de spina ventosa, donné par Rhasès et Avicejnne, et qui dans leur langue est exprimé par celui de Rihh Alschukhah ; ce que les interprètes et les commentateurs ont traduit par vend spina ou spinœ ventositas. Pour l'intelligence de cette étymologie il faut savoir que les Arabes expliquaient toutes les tumeurs par l'action d'un souffle malin , capable de distendre la capacité naturelle des os. A cette idée ils ont ajouté celle

ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE* l35

d } épine , à raison de la douleur aiguë que ressentent les malades, et qui ressemble à celle que produirait une épine enfoncée dans les chairs et dans l'os; telle est l'origine du nom de spina ventosa, encore usité. Ce nom avait déjà été critiqué par MaRC-Au- RÈle Séverin, qui, croyant que la maladie était exclusivement propre aux enfans , et qu'elle avait toujours son siège autour des articulations, l'avait appelée pœdarthrocace. Il est bien constant aujourd'hui que la maladie décrite par cet auteur n'est autre chose que la tuméfaction des extrémités articulaires, qui a lieu dans le rakitisy parties que le véritable spina ventosa n'affecte que rarement. Aussi, comme le remarque M. Boyer , les mouvemens se conservent-ils long-temps dans l'articulation voisine de la maladie.

§. 696. Quoique le spina ventosa affecte avec une prédilection marquée les os longs des membres, cependant il ne leur appartient pas exclusivement» C'est ainsi que nous conservons des côtes qui en sont attaquées dans une grande étendue. Dans le spina ventosa total de ces os , on en voit qui sont percés de part en part par des orifices plus ou moins larges et remplis, dans l'état frais, dune substances sarcomateuse. Sandifort * a décrit sous le nom de carie, un cas de cette espèce, n'ayant aucun égard au gonflement dont l'os était attaqué en même temps. Les vertèbres ont offert quelques exemples de spina ventosa cortical, n'exerçant par conséquent

i Mus. anat.; tab. 49» %• 6? 7,

aucune pression sur la moelle de l'épine. J'en trouve un de ce genre dans l'ouvrage souvent cité de Sandifort. 1

Les os du crâne ne sont pas non plus à l'abri de cette altération. Notre collection renferme plusieurs exemples de spina ventosa, soit cortical, soit total. Les premiers, déterminés par des caries cancéreuses, en occupent le pourtour et ont réellement l'aspect d'une écume osseuse. Les seconds , survenus dans les cas d'encéphaloïdes de la dure-mère, sont peutêtre plus souvent la cause que l'effet de cette dernière maladie. Dépouillés par la macération de toutes les parties molles , ces os présentent une surface singulièrement inégale, garnie d'un nombre infini de dentelures , de pointes aiguës et de trous plus ou moins irréguliers , pénétrant dans le crâne et donnant à cette partie de la tête l'aspect d'une éponge à grandes cellules et à laciniures nombreuses. On peut prendre une juste idée du spina ventosa du crâne, par la figure annexée à une observation d'un médecin anglais sur un cas de carie 2. Une pièce de notre cabinet présente la même maladie , mais non encore parvenue au même degré. Sur le pariétal et le côté droit du coronal d'un garçon de sept ans, s'était développé un encéphaloïdes , communiquant par un orifice triangulaire, à bords déchiquetés, avec des fongosités de la dure-mère. L'examen des os malades fit voir que le diploë était raréfié et offrait un tissu

i PI. 5 g et 60, décrit sous le nom A'ostéostéatome. 3 Med. obs, and Ing>; t. 5, p. 187.

à mailles plus larges que dans l'état naturel. La table externe était encroûtée d'une couche osseuse qui, considérée à la loupe, offrait un aspect régulier ? pareil aux fibres osseuses des os du crâne de l'embryon. Ces fibres, en partie droites et en partie tortueuses, étaient séparées par des sillons qui, dans l'état frais, logeaient probablement des rameaux vasculaires.

Nous possédons en outre un spina ventosa central de l'apophyse mastoïde. Les cellules dont elle est composée, sont considérablement distendues, et lui donnent un volume double de celui qu'elle a dans l'état naturel. Nous avons vu , par suite du cancer à la face , la portion orbitaire du coronaî et les fosses nasales singulièrement tuméfiées par la distension des sinus frontaux et des cellules ethmoïdales, et leur conversion en de petites cavernes semblables aux cavités d'une grosse éponge. Enfin 9 Bordenave a observé et traité avec succès un spina ventosa central de la mâchoire inférieure. *

§.697. Le spina ventosa que nous avons jusqu'ici considéré dans son état de simplicité, .se trouve souvent réuni avec la carie. Cette coexistence tient ? suivant M. Boyer 2, à des causes inconnues et certainement accidentelles. L'os simplement carié n'offre qu'une perte de substance par érosion; mais lorsqu'il est en même temps gonflé dans toute son épaisseur ? lorsque sa substance compacte s'est changée en subs-

i Mém. de Tacad, roy. de chir.} t. 4? édit. in-i2^p. i^îk a L» c.y p. 577 -

tance réticulaire, que sa surface externe est inégale et hérissée de végétations multiformes, qu'un tissu osseux nouveau s'est ajouté au tissu ancien , alors il y a tout à la fois carie et spina ventosa. Les exemples de cette complication sont fréquens. Je citerai ici celui d'un squelette dont les os longs des membres, excepté ceux des mains et des pieds, sont affectés de ces deux maladies. J'ai déjà dit que dans la carie cancéreuse du crâne, le pourtour de l'érosion se trouvait souvent entouré d'un spina ventosa cortical de forme particulière et semblable à une écume osseuse.

§. 698. Les parties molles qui environnent l'os malade, participent toujours à la maladie, s'il y a complication de carie : alors elles s'enflamment, s'ulcèrent • les ulcères deviennent fistuleux, et fournissent un pus séreux et sanguinolent. La sonde qu'on y introduit pénètre quelquefois dans l'intérieur de l'os, qui est rempli d'un tissu sarcomateux. Lorsque le spina ventosa n'est point accompagné de carie, on trouve, si le gonflement de l'os est très-considérable , les muscles dans un état d'expansion et quelquefois d'induration remarquable. Si, par exemple, la maladie est au fémur, le crural, le vaste interne et le vaste externe, le triceps adducteur et le petit chef du biceps, sont épanouis sur la tumeur, et transformés en tissu lardacé ou convertis en une substance semi-cartilagineuse. Le demi-tendineux, le demi-membraneux, le grêle interne et le couturier, fortement tendus sur un des côtés de la tumeur, conservent leur structure naturelle. Le tissu ceilu-

ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. Ï5'f

laire intermusculaire , confondu avec les muscles entourant immédiatement la cuisse , est comme eux dégénéré. Le tissu adipeux sous-cutané est changé en tissu lamineux, et la peau est amincie et luisante. Lorsque la maladie occupe le tibia, la peau qui couvre la face antérieure de cet os y adhère intimement; elle devient quelquefois brunâtre. Les nerfs rampans dans la masse musculaire n'offrent point d'altération de structure ; mais ils sont difficiles à distinguer des autres parties charnues, et pour ainsi dire confondus avec elles : les artères et les veines ne présentent point de changement.

§. 699. Le véritable spina ventosa n'est jamais congénital; mais il attaque tous les âges, et sous ce rapport il présente , d'après M. Boyer *, une différence frappante, et qui a motivé sa distinction en deux espèces.

Jusqu'à l'âge de la puberté , le spina ventosa affecte les os du métacarpe , du métatarse et les phalanges. Il dépend alors évidemment du vice scrophuleux, s'annonce, se développe, subsiste longtemps sans douleur ou avec des douleurs médiocres, et se termine fréquemment par la nécrose d'une partie de l'os affecté. C'est là la première espèce.

La seconde, plus rare, mais plus grave, affecte surtout les adultes, se développe près des extrémités des os longs , l'humérus , les os de l'avant-bras , le fémur, le tibia : elle est souvent précédée de douleurs aiguës , persévérantes , que les malades com-

i Le, p. 571.

l38 LIVRE IL

parent à l'action d'une épine, et qu'ils rapportent à la partie la plus profonde du membre.

§. 700. Le spina ventosa étant le dernier degré de l'hypérostose, on peut regarder l'ostéosclérose et l'ostéoporose, dont nous avons parlé dans les précédens articles, comme des degrés de la maladie, quoique souvent elles restent toute la vie stationnaires. Quoi qu'il en soit , tout dans ces trois affections dépend d'un surcroît de nutrition , d'une déviation de la force plastique, déterminée par des causes souvent inconnues. J'admets que l'une de ces causes peut être l'inflammation • mais celle-ci ne joue évidemment qu'un rôle secondaire, et il faut nécessairement remonter plus haut. Tout ce que nous savons sur la pathogénie du spina ventosa, c'est qu'un principe morbifique, par exemple le syphilitique, le cancéreux, agit d'abord sur la sphère nerveuse des os, et que ceux-ci mettent en jeu la force plastique et lui impriment une vicieuse direction» La nutrition est d'abord singulièrement augmentée; l'absorption devient à son tour plus active ; des cellules , des orifices, des cavités se forment, et l'os devient une caverne ou véritable éponge. ; l'hypertrophie avait lieu par la sécrétion d'une substance homoéoplastique : la matière Jiétéroplastique apparaît à son tour, se dépose dans les cavités dont je viens de parler, et les remplit plus ou moins complètement.

§. 701. Nous terminerons l'histoire du spina ventosa par quelques considérations de physiologie pathologique.

Tantôt cette maladie est accompagnée de ces dou-

ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 1 og

leurs atroces au centre de l'os qui lui font donner le nom qu'elle porte; tantôt, malgré l'intumescence et la déformation la plus complète, les malades n'éprouvent pas la moindre douleur, et peuvent se servir de leurs membres comme s'ils n'étaient nullement altérés. D'où vient cette différence? Des filets nerveux seraient-ils altérés dans un cas et non dans l'autre? ou bien le changement d'organisation réagirait -il d'une manière différente sur le système sensitif? Aucune de ces suppositions n'est vraisemblable. Rappelons-nous d'abord les diverses espèces de spina ventosa que nous avons établies, en ayant égard aux parties où il a fixé son siège. Celui qui affecte le centre de l'os et distend les parois du cylindre osseux , exerce une force d'expansion qui , d'après ce qui a été dit, doit faire naître des douleurs dans les parties qu'il intéresse : il attaque l'appareil médullaire, qui, de l'avis unanime des physiologistes, est l'organe sensible du tissu osseux. Dans le spina ventosa cortical, au contraire, l'appareil médullaire reste intact; de plus, la maladie commence par l'ostéosclérose de la substance compacte, et c'est plus tard que celle-ci se raréfie et qu'il s'y forme des cellules plus ou moins spacieuses ; mais cette raréfaction , n'agissant plus sur un tissu naturel, n'occasionne pas la même douleur qu'elle fait naître dans la circonstance opposée. Le spina ventosa sus-cortical, production nouvelle plus étrangère encore à la cavité médullaire, doit encore moins que le précédent déterminer des douleurs.

Remarquons toutefois qu'un désordre aussi grave

entraîne tôt ou tard un trouble notable dans l'économie; lors même qu'il est isolé et simple, le spina ventosa détermine à la longue l'appauvrissement des parties saines ; plus tard , ce travail morbide excite une fièvre lente, et peu à peu les forces du malade s'épuisent. Si le spina ventosa est accompagné de carie et d'ulcères aux parties molles, les accidens sont plus graves, la marche de la maladie plus prompte, et la fièvre plus intense par l'effet de la résorption de la matière sanieuse. Les seules douleurs atroces que détermine souvent le spina ventosa central suffisent pour exciter dans tout le système organique un trouble qui doit en précipiter la ruine.

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