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CHAPITRE IV

De V arthrocace.

§. 837. J'appelle arthrocace , cette maladie grave et fréquente des articulations, décrite tour à tour

1 Beobacht. und Bemerk. Liber die beweglich. Concrem. in den Gelenh. Erlangen, 181 3.

sous les noms de tumeur blanche , engorgement lymphatique , fongus des articulations, etc., et qui consiste en une série d'altérations produites par les différens modes de l'inflammation. L'un de ces modes détermine des accidens susceptibles de disparaître • un second occasionne une déformation ou une ankylose permanente ; un troisième traîne à sa suite des désordres plus graves et auxquels le malade succombe fréquemment. Le lecteur a déjà pressenti que ces divers modes ou degrés ne sont autres que ceux de la phlogose, de l'épiphlogose et de l'byperphlogose des articulations.

§. 838. Dans la phlogose le gonflement de l'articulation est dû à la raréfaction du tissu cellulaire sous-cutané, sous-aponévrotique et sous-synovial, et à la présence d'une lymphe séro-gélatineuse dans les mailles de ces tissus. Quelquefois aussi le feuillet synovial lui-même est affecté d'un léger gonflement et devient le siège d'une sécrétion augmentée de synovie. Cette sorte d'arthrocace, la plus simple et la plus bénigne de toutes, est passagère, et dépend ordinairement d'un refroidissement , d'une lésion externe , telle qu'un coup , une luxation , ou simplement d'une fatigue à laquelle l'articulation a été sujette, d'un mouvement violent qu'elle a essuyé, etc. Dans ce cas, toutes les fois que le désordre n'est pas grand et n'est point entretenu par une cause interne et spécifique, la cure n'offre aucune difficulté, et s'obtient quelquefois par le seul repos.

§. 839. L'épiphlogose détermine des changent ens plus notables et plus permanens. Son caractère es-

sentiel étant de former des tissus nouveaux analogues aux tissus naturels, on trouve à l'examen anatomique des parties malades le tissu cellulaire lamineux dense et épais, les ligamens funiculaires hypertrophiés, les ligamens capsulaires également épaissis ou convertis en membranes fibro-cartilagineuses couvertes de fausses membranes à leur surface interne, les cartilages diarthrodiaux également tapissés de couches de lymphe plastique; ces couches, transformées plus tard en tissu cellulaire lamineux ou en fils tendineux, déterminent de fausses ankyloses. A une époque plus avancée de la maladie on trouve les articulations déformées , soit par une matière crétacée infiltrée dans l'appareil ligamenteux, soit par des concrétions tophacées déposées entre les cordons des ligamens , soit par des ostéophytes verruqueux ou stalactiformes (§. 707) greffés sur le pourtour de la surface diarthrodiale des os , soit enfin par une complète soudure de ces derniers.

§. 840. Les désordres les plus graves dans l'arthrocace viennent de l'hyperphlogose. Cette inflammation, caractérisée par la suppuration, établit des foyers purulens dans le centre même et dans le voisinage de l'articulation , détruit les parties molles qui concourent à la former, enflamme la peau, la ronge et la perce d'orifices fistuleux, qui aboutissent à l'articulation. La fièvre hectique survient, les membres s'infiltrent ? une cachexie générale s'établit , et le malade meurt dans le dernier degré d'épuisement. Cette sorte darthrocace est presque toujours due à l'action d'un vice interne, notamment du scrofuleux;

ce qui en rend la cure très-difficile, sinon impossible. Dans quelques cas rares, ce vice ayant été dompté par les efforts salutaires de la nature, secondés d'un bon régime et d'un traitement rationnel, l'hyperphlogose est ramenée à l'épiphlogose, la sécrétion purulente est remplacée par celle d'une lymphe plastique et organisable, et le malade échappe au danger qui le menaçait, mais en conservant une ankylose avec ou sans soudure des os.

§. 841. Telle est l'esquisse de l'arthrocace. Complétons ce tableau , en mettant à profit les intéressantes recherches du professeur Rust1. En adoptant la nomenclature du professeur de Berlin , je crois pouvoir sans inconvénient abréger les noms qu'il donne aux tumeurs blanches des diverses articulations en particulier. Je supprime dans ces noms le mot arthron comme inutile, puisqu'il est bien entendu qu'il s'agit uniquement d'articulations. Ainsi, par exemple, je remplace les noms de coxarthrocace , gonarthrocace , etc. , par ceux de coxocace , gonocace, etc.

ARTICLE PREMIER

Du spondylocace.

§. 842. C'est le nom abrégé de spondylarthrocace que M. Rust donne à l'inflammation des articulations diarthrodiales des vertèbres et aux altérations qui en résultent.

i Arthrokakolngie , oder ùber die V~errerikungen durch innere Bedingung, vonJ. N. Rust; Wien, 1817, in-4°

La maladie commence par une douleur fixe dans la région malade et par un sentiment de faiblesse dans les parties situées au-dessous. Elle se manifeste par une roideur dans la portion de la colonne vertébrale affectée, et par une difficulté de la fléchir vers le côté opposé au siège de la maladie. Au toucher on n'aperçoit point de tuméfaction aux parties molles, qu'on peut palper sans occasioner de douleur , tandis que l'inclinaison de la colonne vertébrale vers le côté malade , et l'impossibilité d'exécuter avec lui des mouvemens de rotation, font soupçonner le véritable siège du mal. Cet état est le plus ordinairement la suite d'un refroidissement : il ne détermine pas d'accidens graves, et est susceptible de se dissiper sous l'influence de transpirations abondantes. S'il arrivait qu'un individu ainsi affecté mourut par toute autre cause, on ne rencontrerait, suivant Rust, qu'une légère intumescence des ligamens et un peu de raréfaction des tissus de l'os. Cet état morbide, considéré par les auteurs comme le premier degré du spondyloeace, est l'effet du premier mode d'inflammation, la phlogose.

§. 843. Lorsque le second mode inflammatoire s'empare de l'articulation des vertèbres (second degré de la maladie d'après les auteurs), une ou plusieurs vertèbres proéminent , et , comprimant les nerfs voisins, produisent la paralysie des parties auxquelles ces nerfs se rendent. La douleur et les autres symptômes de l'inflammation peuvent se dissiper; mais la difformité, la roideur et la difficulté de mouvemens subsistent toute la vie. A l'ouverture

des cadavres on trouve les apophyses articulaires des vertèbres ankylosées , déformées , le plus souvent alongées, amincies, changées en végétations osseuses de la nature des ostéophytes. La cause la plus fréquente de cette spondylocace par épiphlogose est l'arthritis.

§. 844. Les choses se passent différemment dans l'hyperphlogose. Alors il y a déplacement et carie des vertèbres, et des abcès par congestion se montrent, soit dans les parties voisines, soit à des endroits plus éloignés, mais toujours déclives. Cet état, qu'HippocRATE1 et Galien2 ont bien connu, est regardé par les auteurs comme le troisième degré de la maladie. Pour moi il est le résultat d'un mode spécial d'inflammation du tissu osseux, lequel reconnaît pour cause un principe morbifique particulier j c'est le plus communément le principe scrofuleux ou celui de quelques fièvres éruptives.

§. 845. Les vertèbres qui sont le siège fréquent du spondylocace, sont les cervicales, et surtout les première, seconde et troisième. Le mal s'annonce par une douleur à la nuque , qui se manifeste particulièrement la nuit, et qu'augmente la déglutition ou une profonde inspiration. Peu à peu un des côtés du cou devient plus douloureux, surtout pendant les mouvemens de rotation de la tête. Ces douleurs sont facilement confondues avec le rhumatisme;

i De morb. vulgar., 1. 2, sect. 7, édit. Foè's , in-fol., i52i, p. 1016.

2 Comment, in Hippocrat. de artic. Venet., ap.Junt., i55o7 vol. 6, p. 269.

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mais lorsqu'en pressant la région correspondante aux trois premières vertèbres, on y fait naître une douleur très-vive , on peut annoncer avec vraisemblance que le mal a son siège dans l'articulation des vertèbres. Par suite des progrès de la maladie, la douleur devient de plus en plus forte , le malade sent une roideur du cou , et la tête est forcément inclinée vers l'une ou l'autre épaule. Cette inclinaison , qui a toujours lieu vers le côté opposé au siège de la maladie, est due au gonflement des apophyses obliques des vertèbres et même des condyles de l'occiput. L'observation a prouvé à M. Rijst1 que le spondylocace a presque toujours lieu du côté gauche, et conséquemment que la tête est inclinée à droite. Souvent l'ankylose et la déformation des vertèbres persistent toute la vie, et donnent lieu à un torticolis permanent.

§, 846. Dans le spondylocace par hyperphlogose, le malade sent des douleurs térébrantes dans la nuque et dans l'occiput ; la tête est tirée d'abord en arrière et ensuite vers le côté même qui est le siège de la maladie : ici ce n'est plus le gonflement des vertèbres qui les incline vers le côté opposé ; c'est une érosion des parties par carie. La tête devient lourde ; le malade ne peut plus la changer de place qu'en la soutenant des deux mains. Si la maladie existe des deux côtés, il n'y a de possible que le décubitus sur le dos. On observe ensuite de la dysphagie et une contraction toute particulière des

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muscles de la lace, exprimant le sentiment d'une douleur profonde, avec rétraction des lèvres et grincement de dents. A tous ces symptômes s'associent le bourdonnement d'oreilles, le vertige, l'embarras et la stupeur de la tête, des spasmes, des convulsions, l'aphonie et le crachement de pus , la fièvre hectique et une extrême sensibilité dans les parties malades , excitée par le plus léger attouchement. Quelquefois, après avoir éprouvé ces accidens durant plusieurs mois, les malades meurent subitement.

§. 847. A l'ouverture des cadavres on trouve , outre une collection de pus entre l'œsophage et les vertèbres, l'excoriation du pharynx, la destruction de l'appareil ligamenteux de l'atlas et de l'épistro-' phéus, la Carie des apophyses articulaires et des condyles de l'occipital : l'apophyse odontoïde est quelquefois détruite 5 d'autres fois elle est entièrement séparée j la dure-mère de la moelle épinière est tantôt usée , érodée et détruite , tantôt épaissie par des végétations sarcomateuses ou fungiformes greffées sur elle.

On a pu constater ce dernier genre de désordre sur un jeune homme de vingt-deux ans, mort à la clinique externe de la faculté, au mois de Mars i83o, d'un spondylocace par hyperphlogose. Une masse fongueuse adhérente à la dure -mère s'étendait du grand trou occipital à la cinquième vertèbre cervicale; la compression qu'avait exercée cette tumeur sur la moelle de l'épine , avait considérablement aplati et- atrophié cette dernière ; la pie-mère était noirâtre; du côté droit l'articulation de la première

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avec la seconde vertèbre était détruite ; il en était de même des ligamens, ainsi que de ceux qui attachent Ja première vertèbre à la tête ; une partie des arcs postérieurs de la première et de la seconde vertèbre était érodée par la carie; même altération à l'articulation atlo-occipilale. Un foyer purulent, placé entre les muscles cervicaux, convertis eux-mêmes en une masse lardacée, pénétrait dans le canal vertébral à la faveur des érosions que je viens de signaler. Cette maladie, dont la durée fut de quatre mois, avait commencé par une angine gutturale, qui, au bout de six semaines, fut remplacée par une douleur à la partie supérieure du muscle sterno -cléido- mastoïdien gauche. Cette douleur, qui prit une grande intensité, précéda la formation d un abeès, dont l'ouverture continua de fournir un pus abondant. Peu de temps avant la mort du malade , on observa des symptômes d'une ményngite, suivis bientôt d'une paralysie d'abord des extrémités supérieures , puis des extrémités inférieures , avec œdème de ces parties. Enfin, un dernier phénomène fut l'immobilité complète de la tête, peut-être aussi comme résultat. de la paralysie des muscles qui la meuvent.

ARTICLE SECOND

De Vomocace^ de l 'anconocace ? du cheirocace et du podocace.

§. 848. Sous le nom d'omocace (omoarihrocace de Rust), je désigne larthrocace de l'articulation scapulo -numérale. La maladie s'annonce par des

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