‹ Traité d'anatomie pathologique (volume 3)Chapitre 45 sur 75 · II · texte numérisé non relu

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45o LIVRE II.

quatorze lignes d'épaisseur à la base du cœur1, et six à un travers de doigt au-dessus de la pointe2. Les parois du ventricule droit avaient neuf lignes d'épaisseur5. L'artère aorte, mesurée un peu au-delà des valvules semi-lunaires, avait deux pouces et deux lignes de largeur4, et offrait une véritable dilatation anévrismatique depuis son origine jusqu'à sa sortie du péricarde. Les parois de cette artère étaient manifestement altérées.

Cette absence de battemens dans un cœur affecté d'un anévrisme actif aux deux ventricules, en même temps que le pouls était fort, plein et dur, est pour moi un phénomène d'autant plus inexplicable, que les autres altérations organiques trouvées dans le cadavre, telles qu'un hydrothorax, un léger épanchement dans le péricarde , l'hépatisation d'une grande partie du poumon droit, ne peuvent servir à m'en rendre raison.

§. 989. Parmi les divers symptômes de l'anévrisme, il en est deux que je crois devoir soumettre à un examen particulier, savoir, la douleur excessive qu'éprouvent quelques malades à l'épine du dos et l'intumescence du foie.

Nul doute pour moi que la douleur dorsale provient du tiraillement des nerfs cardiaques, par l'effet même de la dilatation du cœur. Cette douleur, se propageant jusqu'au premier ganglion thorachique,

1 Sept lignes dans l'état naturel.

a Quatre lignes dans l'état naturel.

3 Deux lignes et quart dans l'état naturel.

4 Douze à quatorze lignes dans l'état naturel.

est transmise aux filamens que ce ganglion fournit à la longue bande antérieure des vertèbres et aux corps des vertèbres eux-mêmes.1

Suivant Corvisart2, l'intumescence du foie est due à une stase sanguine dans l'oreillette droite et dans la veine cave inférieure. Testa5 s'étonne que cette intumescence, déjà connue des anciens anatomistes, soit tombée dans l'oubli, et que ni Morga- Gxt ni Lieutaud n'en aient parlé. Je l'ai rencontrée un grand nombre de fois, et je crois avoir remarqué qu'elle tient moins à un engorgement vasculeux et hypertrophique du foie , qu'au déplacement , à la descente de ce viscère , opérée par le volume augmenté du cœur.

§. 990. Quant au mécanisme suivant lequel se forme l'anévrisme du cœur, il résulte de causes déjà indiquées en traitant de chaque espèce d'anévrisme en particulier. Il suffira donc de rappeler que dans l'anévrisme actif le travail de nutrition est fixé d une manière spéciale et permanente sur les diverses parties du cœur. C'est , d'après mes observations , le principe rhumatismal, le principe de la goutte et celui de la miliaire qui exercent cette influence le plus souvent; j'y joins pour la femme les désordres de la menstruation. Le principe rhumatismal me paraît agir tantôt directement sur le travail plastique (alors on ne découvre rien dans le cœur, si ce n'est l'aug-

i Lobstein, De nervo sympathetico , §. 26. ,2 L. c. , 2." édit. , p. 443- 3 Ueber die Krankheiten des HerzeriSy im yiuszug a. d. Ital. , mit Anmerk. von K. Sprengel. Halle, 18135 $• ^4 -66.

mentation de sa masse et de son volume), tantôt par L-intermédiaire d'une cardite ou d'une pvricardite, et dans ce cas on observe les traces de l'inflammation, soit sous forme de villosités du cœur, soit sous celle d'adhérence avec le péricarde. Le principe goutteux agit sur le travail nutritif d'une manière encore plus manifeste , puisqu'il incruste certaines parties du cœur d'une couche osséo -pierreuse , après l'avoir tenu pendant un temps souvent très-long dans un état d excitation bien prononcée. Quant au principe miliaire, on sait qu'il a la funeste propriété d'envahir la région précordiale, de se fixer sur le cœur, et de déterminer dans cet organe des palpitations, qui donnent au malade un sentiment inexprimable de serrement et d'angoisses. Si cette action pathologique se répète, elle influe d'une manière inconnue sur le travail nutritif, dont elle détermine l'exaltation. J'ignore comment le dérangement de la menstruation exerce un empire sur le même travail, et quel rapport il y a entre l'utérus et le cœur ; mais il est certain qu'aux deux époques les plus importantes de la vie de la femme, celle de la puberté et celle de l'âge critique, on voit naître quelquefois des battemens extraordinaires du cœur, qui finissent par un anévrisme de cet organe. Plusieurs fois aussi j'ai remarqué de fortes palpitations chez des femmes attaquées de ménorrhagies habituelles.

§. 991. Les causes les plus fréquentes de l'anévrisme passif sont , d'après mes observations , les engorgemens des viscères, par exemple du poumon, du foie, de la rate, des stases dans le système capil-

laire général, l'hypocondrie asthénique, et par dessus tout les passions tristes et sédatives. Que de fois j'ai pu remonter à cette cause, comme à la source première de tous les changemens de tissu qui avaient précédé la formation d'anévrismes dont le principal caractère consistait dans la diminution de la contractilité. Cette impuissance de pousser le sang à travers les cavités cardiaques devient la cause première de leur dilatation et de l'amincissement de leurs parois.

§. 992. En définitive, je reconnais dans tout anévrîsme du coeur un dérangement primitif dans les forces de cet organe; dérangement qui amène à sa suite les changemens dans son volume, sa forme et son poids. Dans l'anévrisme actif la contractilité exaltée et en général la manifestation de la vie plus énergique conduit à l'hypertrophie de la substance musculeuse. La dilatation des cavités , loin d'être l'effet dune distension mécanique de leurs parois <> est due à la même cause. Ces cavités s'agrandissent comme celle de la matrice dans les cas de grossesse extra- utérine, c'est-à-dire par développement nutritif.

Dans l'anévrisme passif la force contractile est en défaut, la nutrition languit et les cavités sont distendues mécaniquement par le sang, qui y est retenu en partie par l'affaiblissement de la force expultrice.

L'anévrisme simple se rapproche de l'anévrisme actif, avec cette différence , que le travail nutritif se borne au développement des cavités du cœur, sans

ajouter notablement à la masse musculaire et encore moins à sa densité.

Dans les trois espèces d'anévrismes parvenus à leur dernière période , outre la diminution de la contractilité, on remarque encore celle de la dilatation active. Le sang n'étant plus attiré dans les cavités du cœur, la stase dans le réseau capillaire général a lieu, et se termine par lhydropisie. N'oublions pas toutefois que cette stase est consécutive , et ne doit pas être confondue avec ces stases primitives qui ? précédant quelquefois la formation de l'anévrisme, en sont alors une des conditions, et, paraissent dépendre dune paralysie idiopathique des capillaires, dont le rôle en physiologie pathologique n'a pas encore été suffisamment apprécié.

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