CHAPITRE VIL
De F inflammation du cœur, ou de la cardite et de ses suites.
§.1010. Je retrouve dans la cardite trois des formes de l'inflammation que j'ai signalées dans lé cours de cet ouvrage ; savoir : la phlogose , Y épi" phlogose et Y hyperphlogose. La première , qui cons-
i Laesnec, /. c , p. 16g.
a Sammî. auserl. Abhandl.} B. 28, S. 704.
3 De itAtpcT/a, cœur, et de eT»/xoç? graisse.
titue la cardite aiguë des auteurs, commence au feuillet cardiaque du péricarde, et peut-être aussi quelquefois à la tunique externe des cavités du cœur; elle envahit la substance de cet organe et produit des symptômes extrêmement graves, semblables à ceux de la phlogose du péricarde (§. ç)3o). En effet, la maladie attaque quelquefois sans prodrome et avec les accidensles plus formidables ; tels que douleurs pongitives et brûlantes dans la région précordiale1; douleurs sous l'appendice xyphoïde, augmentées par la déglutition2 ; chaleur interne et sentiment de pression dans toute la cavité thorachique gauche 3 ; battemens du coeur fréquens et irréguliers , et quelquefois si forts, qu'on a pu, assure-t-on, les entendre à la distance de dix pas 4; respiration courte, fréquente et pénible; anxiété inexprimable, alternant avec des lipothymies; décubitus dorsal, avec saillie de la poitrine, comme dans l'opisthotonos; d'autres fois orthopnée et flexion du dos en avant; fièvre continue, commençant par une horripilation ou par un frisson plus prononcé ; pouls très-fréquent, ayant jusqu'à deux cents pulsations par minute (Sprengel), tantôt fort et élevé, tantôt petit, serré et extrêmement variable 5; communément absence de délire; mais visage rouge ou sublivide , blême ou jaunâtre; traits de la face exprimant le désespoir; yeux brillans
i Testa, Herzkrankheiten , ùbersetzt von Sprengel; S. 25o. 3 HtfBER, Dissert, de carditide. Grœning., 1819.
3 Kretsig, Herzkrankheiten j B. 2, Th. 1, «S". 218.
4 Krause, Hecker,, Litter. Annal. ; 1828, Hft. 9.
5 Puchelt, das Venensy stem , S. 83.
et injectés; quelquefois soif; d'autres fois aversion pour la boisson; urines rouges; dans quelques cas envies de vomir; marche extrêmement rapide de la maladie, souvent devenue mortelle le second ou le troisième jour; paroxismes violens, marqués par de terribles angoisses ; extrême jactitation et froid des extrémités; battemens du cœur de plus en plus irréguliers et ondulatoires , et diminuant de minute en minute; respiration devenant de plus en plus rare et ne s' exécutant qu'en quinze à vingt secondes; aphonie, défaillances, hoquet et mort, précédée quelquefois d'une apparente et perfide rémission.
Lorsque l'invasion de la maladie est plus lente , elle a des prodromes qui consistent dans une toux avec crachats sanguinoiens; douleur rétrosternale avec fièvre, et douleurs rhumatismales des membres. C'est sous cet appareil de symptômes que je l'ai observée dans les deux cas suivans :
§. 1011. Un garçon de douze ans, après s'être exposé à l'ardeur du soleil dans la saison la plus chaude de l'année , descendit dans des carrières pour y chercher des minéraux. Peu de jours après, il fut pris d'une inflammation rhumatismale des pieds et des poignets, qui se transmit bientôt au cœur et y produisit les mouvemens les plus tumultueux, une anxiété extrême et des palpitations telles qu'elles n'au^ raient pu être plus fortes dans un anévrisme actif le mieux prononcé. Les palpitations étaient accom* pagnées de douleurs déchirantes à la poitrine, qui faisaient pousser à cet enfant les cris les plus perçans. Après quatre jours de souffrances , je parvins à calmer
ces accidens au moyen de la méthode antiphlogistique largement employée. Cependant les mêmes accès se répétèrent encore deux fois à deux ans d'intervalle, mais à un degré moins violent que la première fois. Assez long- temps je crus ce malade attaqué d'anévrisme actif. Toutefois, observant que chaque attaque coïncidait avec un accès de rhumatisme dans les membres, et qu'elle en était même précédée, je me rassurai et je me convainquis par la suite de l'existence d'une inflammation du cœur. Ce jeune homme, qui est âgé aujourd'hui de vingt-cinq ans, est doué d'une constitution forte , et n'a plus été malade depuis.
Dans un second cas de cardite, qui m'est aussi fourni par un jeune homme de quinze ans, la maladie était caractérisée par des palpitations extraordinaires et des douleurs poignantes dansla région précordiale; il en éprouvait également plusieurs attaques à diverses époques; elles alternaient avec des accès de rhumatisme goutteux. Ce cas présentait cette singularité remarquable, que le malade, sujet à un bégayement habituel , était débarrassé de ce vice de prononciation du moment qu'il éprouvait les attaques de cardite.
§. 1012. Quant aux altérations organiques déterminées par la phlogose du cœur, on n'a pu encore les constater anatomiquement , par la raison, 1 .° que la maladie est assez rare ; i.° qu'elle se termine quelquefois par la guérison, et que 3.°, dans les cas d'une issue malheureuse , les recherches cadavériques n'ont pas été faites avec assez de soin et assez de critique. On s'est borné à l'inspection du péricarde,
dont l'inflammation accompagne souvent la cardite proprement dite, mais ne la constitue pas.
Cependant, si nous voulons nous en rapporter à l'autorité de Fabrice d'Hilden, de Stoerk et de Meckel , on aurait trouvé à la suite de cardite aiguë, la partie musculeuse du cœur convertie en une substance molle et pâle ; les fibres charnues sans ténacité ; le tissu cellulaire qui les unit, lâche, quelquefois infiltré de matière lymphatico- purulente, et même dans certains cas, en partie détruit; le système vasculaire plus apparent, plus développé que dans l'état ordinaire et paraissant atteint lui-même de la phlegmasie qui frappait les autres tissus.
Qui ne voit combien ces résultats confirment ce que nous avons enseigné sur le caractère et la terminaison de la phlogose; savoir qu'elle détermine constamment la sécrétion d'une matière lymphaticopuriforme ?
§. 1013. Hépiphlogose se présente, i.° à l'état aigu, et 2.0 à l'état chronique.
Dans le premier, la marche de la maladie est loin d'être aussi rapide que dans la cardite par phlogose ; elle commence fréquemment par des rhumatismes , qui, en se déplaçant, produisent une douleur oppressive derrière le sternum. Il se manifeste une fièvre continue rémittente; le cœur offre des palpitations irrégulières ; le pouls est variable; il y a de la dyspnée et de la toux. Après ces symptômes, qu'on peut considérer comme la période des prodromes, les palpitations deviennent plus fortes et plus fréquentes, et reviennent par accès. Le malade éprouve un mal-
aise indéfinissable; les douleurs ne sont point atroces; il n'y a point de difficulté de respirer portée jusqu'à la suffocation ; la tête est libre , et on remarque tout au plus une céphalée pulsatile. Néanmoins les progrès de la maladie sont de jour en jour plus sensibles; les forces s'épuisent par les fréquens accès de mal-aise, de palpitations et d'anxiété, et le malade meurt, sans avoir perdu un instant sa présence d'esprit.
A l'ouverture des cadavres on trouve le cœur de volume naturel , mou et flasque ; les ventricules et les oreillettes pâles et jaunâtres; une matière grasse s'est déposée et comme infiltrée entre les fibres charnues. On aperçoit à la surface des cavités , ainsi que dans leur substance charnue, un réseau vasculaire très-développé et très-apparent. Ces cavités contiennent ordinairement des concrétions polypiformes, qui se continuent dans celles des gros vaisseaux.
Le cas suivant, qui présente un exemple d'épiphlogose aiguë du cœur, unie à une péricardite, fera mieux ressortir tous les symptômes de la maladie.
§. 1014. Une demoiselle de dix-neuf ans, néed'un père syphilitique , devait à cette circonstance une cachexie prononcée, et qui se manifestait tantôt par des glandes lymphatiques engorgées, tantôt par des douleurs arthriliques, avec gonflement des articulations du poignet et des doigts. La maladie du cœur s'était développée lentement. Dans sa première jeunesse elle se fatiguait très -facilement, et après un quart d'heure démarche, elle ressentait un essouflement accompagné d'une légère douleur pongitive
derrière les fausses côtes du côté gauche. D'autres fois on remarquait chez elle une tendance à l'étourdissement et une irritabilité exaltée du système nerveux. De temps à autre elle était attaquée de toux , qui tantôt était sèche et tantôt accompagnée d'expectoration mucoso - sanguinolente. Les règles se supprimèrent , et sur le soir la malade avait quelquefois une sensation de faiblesse, telle qu'elle était sur le point de dégénérer en lipothymie. Le pouls était fréquent, mais toujours régulier, sans augmenter de vitesse ni de force. Quant aux pulsations du cœur, on ne put les découvrir dans quelque attitude qu'on plaçât la malade. Le sommeil était dès l'enfance agité et troublé par des réveils en sursaut.
Un jour la malade ressentit subitement, et sans cause connue, une grande difficulté de respirer, accompagnée d'une extrême anxiété , mais sans toux et sans irrégularité du pouls. Cet asthme diminua de violence , mais ne cessa pas entièrement ; il rendit peu à peu le décubitus sur le dos nécessaire; celui sur les côtés occasionait une sensation particulière; ce n'était point une douleur, mais une gêne qui obligeait la malade à changer à chaque instant de position. A cette époque , elle éprouvait aussi des éclairs de douleur, traversant la poitrine, qui lui faisaient pousser des cris aigus. La respiration était alors très-gênée, le pouls fréquent et dur, mais régulier. Le moindre mouvement et les influences morales excitaient ou augmentaient ces symptômes. La malade se plaignit d'un froid extérieur et d'une chaleur intérieure ; sa respiration devint de plus en
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plus laborieuse; les joues , les mains et les ongles prirent une couleur livide; le pouls était très-petit et irrégulier; il survint un état comateux; la toux, d'abord insignifiante, s'aggrava; elle durait souvent toute la nuit. A la fin il se manifesta une douleur pongitive dans la région du foie et une pression au milieu de la poitrine; enfin une extrême faiblesse et un état soporeux précédèrent la mort, qui eut lieu sans secousses et sans agonie.
A l'ouverture du cadavre on trouva dans les deux cavités de la poitrine quatre à cinq onces d'un fluide jaunâtre et transparent. Le poumon gauche était adhérent à la plèvre d'une manière partielle ; mais son tissu n'était nullement altéré ; il en était de même du poumon droit. Le péricarde n'offrait aucune trace d'inflammation ; il n'était point épaissi non plus; mais sa surface interne était partout hérissée de filamens, dont la longueur était de deux à trois lignes , et l'épaisseur celle d'une soie de porc. Ces filamens étaient comme enracinés dans le péricarde, dont ils ne purent, par conséquent, être détachés par la macération. Cette membrane n'était point adhérente au cœur ; seulement huit à dix flocons , longs de trois pouces, allaient de l'un à l'autre, et renfermaient dans leur épaisseur des particules blanches , molles, de la grosseur d'un pois, et paraissant formés de lymphe coagulable. Le cœur était d'un volume ordinaire. Sa surface externe paraissait dégénérée en une multitude de filamens de six à neuf lignes de longueur, et qui étaient couchés les uns sur les autres à la manière des tuiles. Leur couleur était d'un blanc
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. /j.8 1
jaunâtre. Chaque filament était rude et comme saupoudré de gruau très- fin, et qui ne se détachait ni se dissolvait dans l'eau. Les mêmes filamens tenaient fortement à la substance du cœur ; ils étaient confondus avec lui en un tout organique, et on ne pouvait les enlever, ni par la macération ni par l'arrachement.
En examinant le cœur lui-même avec plus d'attention, on découvrit que les deux tiers de sa substance avaient dégénéré en une masse adipeuse, d'un gris jaunâtre , dans laquelle les filamens en question étaient implantés. Cette masse était molle et pouvait être incisée très-facilement ; elle était la même dans toute l'étendue du cœur, et ne présentait nulle part une structure fibreuse. A sa surface interne , le cœur présentait une couche rouge. Ses colonnes charnues étaient encore colorées , et avaient conservé leur texture primitive. Le cœur était en général mou et flétri. Les cavités gauches étaient absolument vides. Dans les droites , il y avait quelques caillots noirâtres , qui enveloppaient un noyau blanc grisâtre. Les gros vaisseaux de la poitrine ne contenaient que très-peu de sang noir et fluide.
L'auteur de cette observation1 la donne comme un exemple d'une conversion du cœur en substance adipeuse, et n'est pas éloigné d'admettre que les filamens dont ce viscère était hérissé et qu'il compare à des poils , avaient pris racine dans cette même substance, à l'instar de ceux du cuir chevelu.
i Simeons Hezdelberger Annalen; B. 37 S. 262.
11, ♦ Si
lS-2 LIVRE II.
Pour moi, je n'y puis voir qu'une épiphlogose du cœur, qui, par sa nature même, devait se terminer par l1exsudation d'une lymphe coagulable. De là les iilamens piliformes; de là cette dégénérescence en apparence adipeuse, mais qui, dans le fond, n'était qu'une matière albumino-fibrineuse, infiltrée dans le tissu du cœur.
§. 1015. Lorsque le cœur est attaqué d' épiphlogose chronique primitiçe, les signes de la maladie se masquent sous d'autres symptômes , quelquefois étrangers aux affections du cœur, et sont pour cette raison difficiles à démêler. Les malades, ordinairement sujets à une cachexie particulière ou affectés d'une goutte invétérée, éprouvent derrière le sternum un mal-aise ou une douleur fixe, comme si elle provenait d'un clou qu'on y aurait enfoncé. Leur moral est visiblement altéré : ils se plaignent d'une inquiétude vague, qui, retentissant jusque vers la tête, leur donne des accès de vertige.
D'autres fois la maladie se développe avec une extrême lenteur, et qui demande des années entières. Alors se manifeste ordinairement une constriction à la poitrine, une douleur dans les bras, une toux sèche ou sanguinolente. Peu à peu une fièvre hectique se déclare, qui, en déterminant des sueurs colliquatives, accélère la chute des forces vitales et conduit le malade au tombeau.
Dans quelques cas un état aigu vient pour ainsi dire se greffer subitement sur un état chronique. Tout à coup la douleur devient pongitive ; la dyspnée très-forte; l'anxiété extrême, et des accès de défail-
lance souvent répétés , mettent fin à l'existence du malade, après deux ou trois jours de souffrance.
L'ouverture des cadavres donne pour résultat les mêmes phénomènes que dans le cas précédent : même changement de couleur au cœur, même matière infiltrée dans sa substance, mais plus dense et ayant une apparence plus organique et se rapprochant du tissu cellulaire. Tel était l'état des parties dans le cas suivant, observé par Gairdner.1
§. 1016. Un homme de vingt-neuf ans, médecin, fut pris, au milieu de la nuit, de violentes palpitations du cœur. Le docteur Gairdpœr, arrivé près du malad e une heure après l'accès , trouva les mouvemens du cœur un peu diminués, quoique le pouls battît encore cent vingt fois par minute. Le malade éprouvait en même temps une douleur pulsatile à la tête: il raconta que dans le commencement de l'accès les battemens du cœur avaient été si violens , qu'on pouvait les entendre, et qu'il s'attendait à mourir avant l'arrivée des secours; il était si persuadé que le moindre mouvement pouvait les renouveler, qu'il s'astreignait au repos le plus absolu. On pratiqua une saignée de trente onces, qui produisit un allégement momentané quant aux palpitations et à la céphalée. Le pouls descendit aussi à cent huit. Le sang était couvert d'une croûte phlogistique. On prescrivit une potion saline pour la nuit.
Le lendemain, le malade, couché tranquillement, n'osait faire le moindre mouvement, crainte de re-
i Transact, oftJie med. chir. soc. of Edimb.j t. a } p. a3 j à a 43.
nouveler l'accès. Son pouls était à cent. Sur le soir, nouvelle attaque, aussi forte que la première : nouvelle saignée de trente onces; croûte phlogistique; répétition de la potion saline. Malgré ces moyens, troisième accès le soir du surlendemain, moins violent que les précédens ; mais inspirant au malade plus de crainte : troisième et forte saignée; le sang coule de la veine pendant la nuit , et le malade perd encore plusieurs onces de sang. Accès de palpitations moins répétés et plus faibles : application de sangsues aux tempes, dirigée contre la céphalée. Après avoir éprouvé deux petits accès de palpitation , le malade se trouva assez bien : son pouls était mou et naturel ; mais sa fréquence augmentait considérablement au moindre exercice ; si , par exemple ,1e malade essayait de porter sa jambe hors du lit , le pouls , qui marquait soixanteseize ou quatre-vingts pulsations, montait à cent trente. Cependant, peu à peu cette singulière maladie diminua et s'éteignit au point que le malade put aller en voiture, se tenir debout et marcher sans être soutenu. Mais une nouvelle série d'accidens se manifesta, et détruisit l'espoir d'une guérison parfaite. Les symptômes de la phthisie pulmonaire se déclarèrent , et le malade succomba le neuvième mois après l'apparition de sa première maladie.
A l'ouverture du cadavre on trouva les deux poumons remplis de tubercules suppures. Le poumon gauche renfermait en outre une très-grande vomique. Le droit était attaqué d'œdème. Le cœur était couvert, dans la plus grande partie de son étendue, d'une fausse membrane coriace, qui n'en pouvait être se-
parée, parce qu'elle pénétrait sous forme d'un tissu cellulaire très -dense dans les interstices des fibres musculaires des ventricules.
Je trouve dans ce cas un exemple bien tranché d'un changement organique par l'effet d'une épiphlogose chronique du cœur et du péricarde. Cette forme de l'inflammation est la moins dangereuse des cardites, parce qu'elle détermine une altération compatible avec le maintien de la vie.
§. 1017. Nous venons d'examiner l'épiphlogose chronique comme affection primitive du cœur. Souvent aussi cette maladie est le résultat d'une épiphlogose aiguë, et alors sa pathogénie peut être conçue sans difficulté.
§. 1018. L'hyperphlogose du cœur était regardée comme une altération assez fréquente dans les temps où l'on prenait pour autant d'ulcérations de cet organe toutes les inégalités qu'on rencontrait à sa surface ; inégalités résultant le plus souvent de la présence de végétations , de villosités, de lambeaux de fausses membranes. Toutefois nous possédons quelques faits authentiques qui constatent l'existence de petites collections purulentes, soit dans la substance même du cœur, soit à l'une ou l'autre de ses surfaces , avec érosion et ulcération de ces dernières.
Laennec x a rencontré deux fois une collection purulente dans les parois du ventricule gauche. Dans l'un de ces cas l'abcès avait le volume d'une aveline. Mecrel 2 avait déjà vu du pus infiltré entre les fibres
i Auscultation médiate j t. 3 , p. 1 58.
a Mém. de Vacad. de Berlin} année 1^56, p. 33.
musculaires du cœur. Quant aux érosions et aux ulcérations, les exemples en sont moins rares. Dans quelques-uns les ulcères étaient d'une nature véritablement maligne. On lit dans les Mémoires de la Société royale de médecine 1 l'histoire d'une fille de vingt-deux ans, qui, reçue à l'hôpital de Perpignan pour une maladie vénérienne, se plaignit dans l'intérieur de la poitrine d'une pesanteur qui répondait à la mamelle gauche. Cinq mois après le traitement antisyphilitique, cette pesanteur dégénéra en une douleur pongitive, que la malade comparait à des coups d'aiguilles, donnés par intervalles. Cette fille mourut après deux ans de maladie, durant lesquels elle avait éprouvé de fréquens accès de syncope. A l'ouverture du cadavre on découvrit une espèce de carcinome, qui avait entamé une grande partie du cœur. La portion de l'ulcère qui répondait à la partie latérale et au fond du ventricule droit, ne laissait entre elle et ce ventricule que quelques fibres musculaires, formant une toile mince, susceptible d'être rompue par une légère pression du doigt. La portion de Tulcère qui répondait au fond du ventricule gauche, avait entre elle et ce ventricule un peu plus d'épaisseur. L'oreillette droite participait au gonflemenx et à la densité squirrheuse du cœur; cette densité était telle que le scalpel y rencontrait la même résistance que des cartilages lui auraient fait éprouver. Le vo-
i Années 1777 et 1778, p. 252. Les rédacteurs de cet ouvrage disent que le docteur Carcassone , qui avait observé ce cas extraordinaire, avait donné à la Société toutes les preuves qu'elle avait désirées pour en constater la vérité.
lume de ce viscère était très-considérable, à en juger par sa circonférence, qui était de onze pouces huit lignes au-dessous des oreillettes. L'ulcère avait neuf pouces deux lignes et demie d'étendue.
Les Annales de la médecine physiologique, publiées par M. Broussais l, renferment la description d'un coeur très-volumineux, et qui avait à sa partie supérieure, près l'orifice aortique, un ulcère de quinze lignes de largeur et de douze lignes de hauteur. Quelques petits trous laissaient pénétrer un stilet à six lignes de profondeur. L'aspect de cet ulcère était grisâtre et inégal- les bords étaient rouges, boursouflés et coupés perpendiculairement à la partie inférieure; mais à la partie supérieure ils étaient blanchâtres et se confondaient insensiblement avec la membrane interne de l'aorte. Les parties lésées par cet ulcère étaient, i.° une grande portion de la partie supérieure des fibres musculaires du ventricule gauche; i.° la membrane interne tapissant le ventricule ; 3.° la valvule sigmoïde correspondante à la face antérieure de l'aorte, qui était entièrement détruite. Le malade, jeune militaire de dix-neuf ans, mourut au Val-de-Grâce d'une gastro-entérite et colite avec catarrhe (fièvre gastro-catarrhale); mais aucun symptôme n'annonçait l'affection du cœur, que l'autopsie a fait découvrir. On soupçonnait seulement l'hypertrophie de cet organe (qui existait réellement) par la plénitude et la force du pouls.
Laennec2 a vu une seule fois un ulcère du cœur,
i Août 1822, p. 86.
situé à la face interne du ventricule gauche, et qui avait un pouce de longueur sur six lignes de largeur et quatre lignes de profondeur.
M. Fouquier 1 a présenté à l'Académie royale de médecine un cœur attaqué d'un cancer à sa base. Les symptômes que le malade a présentés ne pouvaient nullement indiquer cette lésion. Le pouls était très-petit; mais aucune douleur ne se faisait ressentir dans la région précordiale. Ce cas se rapproche de celui de la fille de Perpignan, rapporté plus haut.
Enfin , on a trouvé à la surface interne du cœur des ulcérations, qu'on a cru pouvoir rapporter à des affections psoriques ou syphilitiques. On a vu la tunique interne de cet organe érodée ou soulevée par des pustules purulentes, produites elles-mêmes par des causes inconnues. 2
§. 1019. Lorsque les ulcères pénètrent profondément dans la substance du cœur, ils finissent par perforer les parois de ce viscère et établir une communication entre ses cavités et celle du péricarde ; ce qui doit nécessairement en traîner une hémorrhagie foudroyante. D'autres fois, il est vrai, ces perforations ne sont pas le résultat d'un ulcère, mais celui d'un ramollissement de tissu , qu'on peut constater en examinant le pourtour de la perforation. D'un autre côté, M. Aivdral3 a présenté à l'Académie
i Rev. méd.; t. 9, 3.e ann., p. no.
a Van Swieten, Comment.; t. 1 , p. 63a. Haller , Opusc, pathol.; obs. 2î. Testa, l. c; p. 239. 3 Précis d'anat. pathol. j t. 2, p. 3o$.
royale de médecine un cœur dans lequel la paroi postérieure du ventricule gauche offrait cinq perforations, sans qu'il y eût de ramollissement autour de ces mêmes ouvertures.
§. 1020. Il résulte de ce qui précède que la tunique interne du cœur, en s'ulcérant, est susceptible d'un des modes de l'inflammation ; savoir de lhyperphlogose. Quantaux deux autres modes, je ne les ai pas encore pu constater, quoique des anatomistes (Portal et Laennec) aient vu la surface interne du cœur plus rouge (phlogose) et même tapissée d'une couche de lymphe plastique (épiphlogose).
§. 1021. Peut-être pourrait-on admettre dans le cœur le quatrième mode d'inflammation ? celui que nous avons nommé métaphlogose, caractérisé par sa terminaison en mortification, s'il est vrai qu'on ait réellement observé la gangrené du cœur. Pour décider ce point, ce n'est pas aux anciens anatomistes qu'il faut s'adresser , par la raison qu'ils confondaient cette maladie avec les simples colorations en bleu ou en noir, ou avec les mélanoses. Cependant, en considérant comme gangreneux cet état où il y a ramollissement extrême de la substance du cœur, avec couleur livide ou noire et odeur putride, on peut dire qu'il a été observé plusieurs fois. Portal * a assisté à l'ouverture du cadavre d'un homme de cinquante ans, fort et vigoureux, sujet depuis quelque temps à des accès de fièvre intermittente, et dont le dernier ? suivi de palpitations du cœur , qui
i Anat. méd. -, t, 3 , p. 79.
4gO LIVRE IL
durèrent quatre jours, amena la syncope et la mort. Tous les viscères étaient sains, à l'exception du cœur, dont la substance, qui se déchirait très-facilement, exhalait une odeur fétide, en même temps quelle était bleue; il n'y avait aucune sérosité infiltrée entre ses fibres, et le péricarde ne contenait que très-peu d'eau limpide, comme dans l'état naturel. Portal donne à cet état le nom de gangrène sèche. Leroux cite l'exemple d'une gangrène du cœur, où cet organe, flasque et mou, présentait à sa surface plusieurs plaques livides, noirâtres, mortifiées, qui pénétraient toute la substance et rendaient les faisceaux charnus extrêmement tendres et faciles à déchirer. Ces mêmes plaques se trouvaient aussi sur d'autres viscères et organes. Toutefois , en réfléchissant sur les symptômes et la marche de cette maladie, on est porté à la regarder bien moins comme une suite immédiate d'un travail inflammatoire que comme le résultat d'une extrême débilité.
§. 1022. Les exemples de Gaulay et de Kennedy me paraissent plus concluans. Le premier 1 a trouvé sur une femme dont tous les organes glanduleux du bas-ventre étaient affectés d'engorgement, dont le teint était constamment pâle, et qui, les trois derniers jours de sa vie, outre une gêne extrême de la respiration, avait le pouls petit, inégal et intermittent; a trouvé, dis-je, le cœur très-mou, friable, d'une mauvaise odeur et marqué de deux lignes
i Gaulay, Journ. de méd. , chir. et pharm. j 1807, Janvier, p. 10.
ANATOMIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE. 4g 1
longitudinales noires , se dirigeant de la base du cœur à sa pointe et pénétrant dans sa substance à la profondeur d'une ligne. Le second l a observé un semblable état sur une malade également attaquée d'engorgemens squirrheux aux organes du bas-ventre. Dans les six jours qui précédèrent sa mort, cette femme éprouva, après un refroidissement, des douleurs très-fortes dans les membres, des frissons, de l'inquiétude, suivie d'une anxiété inexprimable ; propension à la lipothymie; ardeur brûlante dans la région précordiale; orthopnée; pulsations du cœur, d'abord fortes, puis faibles et dégénérant plus tard en mouvemens irréguliers ; un pouls s'efFaçant sous le doigt et disparaissant à l'artère radiale; l'infiltration des extrémités; enfin un état soporeux, bientôt suivi de la mort. Le cœur, mou dans sa totalité et très-foncé en couleur, exhalait une odeur fétide, et se laissait déchirer avec la plus grande facilité, sans que les vaisseaux rompus répandissent du sang. Le ventricule gauche était le plus malade; sa substance était convertie en une masse pultacée, d'une odeur excessivement désagréable.