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CHAPITRE VIII

De la rupture du cœur et de la perforation de la cloison de ses cavités.

§. 1023. La rupture du cœur est complète ou incomplète. Dans le premier cas, les parois, déchirées

i Kennedy, Lond. med. Reposit,; 1824 5 April, Nro. 12^.

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dans toute leur épaisseur, permettent au sang de s'épancher dans la cavité du péricarde. Dans le second, ce sont seulement des portions de ce viscère, des piliers charnus, des cordes tendineuses, qui se rompent, et dont la déchirure ne donne lieu à aucun épanchement.

§. 1024. La rupture complète a rarement été observée dans l'état sain du coeur. Ordinairement l'endroit rompu se trouve aminci, ramolli ou changé en graisse. Cependant on peut citer quelques exemples de cette lésion organique à la suite d'un effort violent, d'un accès de colère, d'un paroxysme épileptique ou dans l'acte vénérien.

Il y a lieu de s'étonner que les ruptures de cette espèce n'aient pas toujours lieu dans les endroits les plus faibles du cœur, par exemple aux oreillettes, qu'on les ait au contraire rencontrées aux ventricules, et ce qu'il y a de plus surprenant, au ventricule gauche1. On a décrit treize exemples de rupture au ventricule gauche contre huit du ventricule droit. On ne connaît qu'un seul cas de rupture de l'oreillette ; encore était-elle déterminée par une ulcération.2 Quelquefois aussi elles ont lieu à l'origine des grosses artères qui naissent du cœur. C'est ce qu'a observé Portal3 sur une dame extrêmement grosse et asthmatique, qui, revenue à Paris d'un voyage précipité depuis Nancy, mourut la nuit de son arrivée. A l'ouverture de son cadavre, on trouva le péricarde

i Morgagni, epist. anat. 27 , n.° 10.

2 H. Cloqcet, Bull, de la fac. de méd. \ 1812, p. 219.

3 Me'm. de Tacad. roy. des sciences; 1784? p- 5i.

énormément distendu de sang à la suite d'une rupture à la base du ventricule gauche. L'anneau ligamenteux qui unit l'aorte à ce ventricule , s'était décollé, et on pouvait introduire le petit doigt dans l'orifice. L'examen attentif de toutes les parties du cœur fit voir qu'elles étaient dans l'état de la plus parfaite santé.

§. 1025. Ce qui est beaucoup plus fréquent dans les cas de rupture du cœur, c'est, comme je viens de le dire, de trouver qui cet organe était malade antérieurement. Portal rapporte un exemple de cette rupture à la suite d'un anévrisme de toutes les cavités du cœur. Les parois des ventricules, au lieu d'être plus amincies, étaient au contraire plus épaisses, mais plus molles (cardio-malacie) ; il y avait plusieurs ruptures à ce ventricule et notamment trois au ventricule gauche. Les valvules aortiques étaient ossifiées et l'orifice de l'artère pulmonaire rétréci. Le sujet de cette maladie était une femme de soixantecinq ans, qui, depuis cinq ans, éprouvait une gêne dans la respiration , surtout en montant les escaliers, Son pouls était irrégulier et intermittent. Un accès de colère occasiona des palpitations, qui abrégèrent ses jours.

Une dame plus que sexagénaire, très -petite et sujette à des constipations, éprouva tout à coup une douleur à l'épigastre. On appliqua sur cette région des fomentations émollientes , on prescrivit des pilules purgatives. Les accidens n'étant point calmés, le lendemain une saignée fut pratiquée; on ordonna une potion purgative et un lavement avec Ihuile de

térébenthine. A la douleur, qui continuait sans interruption, se joignit une attaque de vomissement, dans laquelle elle mourut. On trouva dans la vésicule du fiel trois calculs, dont l'un s'était engagé dans le commencement du canal cystique et l'avait entièrement bouché. Le péricarde était rempli d'un sang moitié fluide et moitié coagulé, qui s'était épanché du ventricule gauche par une rupture longue d'un pouce; les fibres musculaires du cœur, imprégnées de graisse, pouvaient êtretécrasées entre les doigts.1

Un gentilhomme, attaqué de symptômes apoplectiques, contre lesquels on avait pratiqué une saignée et appliqué un cautère au bras, mourut subitement dans une salle de bains. On ne trouva rien dans la tête; mais le péricarde était rempli de sang. Après qu'on eut enlevé celui-ci, on reconnut que le cœur était chargé de graisse. La partie antérieure et supérieure du ventricule gauche montrait une grande tache sanguine, sur laquelle on apercevait une déchirure qui permettait l'introduction d'une bougie. La substance de l'organe était molle et flasque. 2

§.1026. La rupture partielle du cœur, soupçonnée par Sénac, a été depuis pleinement confirmée par Gorvisart , qui a vu une fois un des gros piliers qui soutiennent les valvules mitrales, rompu à sa base, et une autre fois la rupture de deux tendons

i Robert Adam, The Dublin hospitals reports and communications med. andsurg.} t. 4> p- 353. Samml. auserl. Abhandl.} t. 34, p. 686.

2 Même endroit.

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qui attachent une des valvules mitrales aux piliers du ventricule gauche. Dans le premier de ces cas la maladie eut une marche aiguë" : la rupture paraissait s'être faite subitement ; elle s'était annoncée par un pouls petit, serré, singulièrement fréquent, assez ir régulier; par des palpitations très-fortes du cœur; par l'impossibilité de rester couché, debout ou assis; en un mot, par un état d'agitation et d'anxiété impossible à décrire.

Au reste, cette espèce de rupture se remarque aussi sur des coeurs malades. Un musicien âgé de trente-quatre ans, d'une forte constitution, d'un tempérament sanguin et dune conduite très -déréglée , ressentit tout à coup dans la région du cœur une très-vive douleur, qui devint si violente qu'elle porta le malade jusqu'à la fureur. La respiration était gênée; il y avait une toux sèche. La dyspnée ne pouvait être diminuée que par la position verticale, et en penchant le corps en avant et sur le côté gauche. Peu à peu les grandes souffrances cessèrent, et furent remplacées par un sentiment de plénitude à la poitrine. Cependant les extrémités inférieures s'infiltrèrent, et quoique la douleur eût entièrement disparu, les battemens du cœur furent néanmoins tremblans, irréguliers, obscurs et d'une fréquence excessive (cent quarante-huit fois dans la minute). Le teint était plombé , la face bouffie, les yeux fixes et hagards , la dyspnée si forte que le malade ne put passer les nuits que dans son fauteuil. L'appétit n'était point dérangé; mais il y. avait de la dyspepsie et de la constipation. Les urines étaient rares et déposaient

un sédiment rougeâtre. Le moindre mouvement augmentait les accidens. La mort arriva doucement et sans agonie. A l'ouverture du cadavre on trouva un hydro thorax double ; une liydropisie du péricarde ; le cœur aussi gros que celui d'un bœuf; les parois du ventricule gauche très-épaissies ; la surface interne enflammée et parsemée de quelques excroissances -, de semblables excroissances aux valvules mitrales et aortiques; une rupture aux cordes tendineuses de la valvule mitrale , qui flottaient dans l'intérieur du ventricule. »

§. 1027. Le cœur peut se rompre, d'après Bohni us, dans la cloison qui sépare les deux ventricules, d'où résulte entre eux une communication plus ou moins libre. Un pareil cas s'est présenté à M. le docteur Roche2. Une femme de cinquante-cinq ans, aubergiste, d'un tempérament bilieux, d'un embonpoint très-marqué, n'ayant jamais eu que de très-légères indispositions, ressentit depuis quelques mois des étouffemens passagers, quon attribuait à la fumée et à la vapeur du charbon à laquelle elle était journellement exposée. Un soir, ayant soupe avec des haricots en salade, elle eut à minuit des nausées et des douleurs vives dans les régions précordiale et épigastrique, auxquelles s'associèrent des angoisses et des vomissemens d'alimens et de matières glaireuses et filantes. La face de la malade était rouge

i Robert Adam , l. c ; t. 4> p- 353 : observation communiquée par le docteur Chetwe. Samml. auserl. Abhandl.j t. 34» p. 68o.

2 Médecin à Thoucy (Yonne), Observation inédite.

et animée; mais le pouls absolument naturel. Trois heures plus tard , les choses étaient bien changées. Le pouls était devenu petit, misérable et intermittent • la face pâle, quoique sans altération des traits; le mal-aise inexprimable. Cette femme resta dans cet état pendant une heure, au bout de laquelle elle rendit le dernier soupir, en s'entretenant avec les personnes qui l'entouraient.

Le péricarde était fortement distendu par du sang caillé. Le cœur, d'un volume, d'une couleur et dune texture naturels , offrait vers le milieu du ventricule gauche une déchirure récente, longue de cinq a six lignes, et une seconde rupture, aussi étendue que la première, dans la partie inférieure de la cloison interventriculaire; celle-ci était dirigée obliquement de haut en bas et de droite à gauche ; toutes ses cavités étaient vides de sang. Les autres viscères ne présentèrent que des lésions insignifiantes.

§. 1028. Les perforations qu'on a décrites à la cloison des ventricules ne sont point l'effet de ruptures, mais un vice d'organisation. Lorsque cette disposition existe à la cloison des oreillettes, elle résulte de la persistance du trou de Botal. Dans ces circonstances le sang des cavités droites entre dans les cavités gauches et réciproquement, suivant que l'action des unes ou des autres est prépondérante.

Cette disposition entraîne des effets mécaniques, chimiques et vitaux. Les effets mécaniques se manifestent par une dilatation anévrismatique du cœur et, par les symptômes qui caractérisent cette dernière ; les chimiques, par la non -oxygénation du n. 52

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sang, lorsque celui des cavités droites est détourné du poumon par son passage immédiat dans les cavités gauches. Les effets vitaux sont caractérisés par le défaut de chaleur, de vie et d'énergie, et par la non-excitation des organes.

Cependant, lorsque le trou de communication dans la cloison des ventricules et des oreillettes est peu considérable, il n'en résulte aucun de ces effets. J'ai vu la cloison des ventricules perforée à sa partie supérieure d'un trou lisse, arrondi et calleux, du calibre d'une grosse plume à écrire, sans que l'individu, mort à l'âge de quarante-huit ans, eût présenté aucun symptôme qu'on pût attribuer à cette disposition. Quant à la perforation de la cloison des oreillettes, je l'ai observée bien plus large encore sur des adultes, sans aucun des accidens qui caractérisent la maladie bleue.

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