CHAPITRE X
Des végétations charnues dans Vintérieur du cœur*
§. 1035. Ces végétations sont fixées, soit à la membrane qui tapisse les cavités du cœur , soit aux valvules qui en sont la continuation. On les divise, d'après Laennec \ en verruqueuses et en globuleuses.
Les premières ressemblent assez bien aux porraux vénériens qui se développent aux parties génitales de l'homme et delà femme/Tantôt elles ont la forme d'une petite fraise; tantôt celle d'un petit fuseau 3 tantôt elles sont isolées, tantôt elles sont agminées. Leur couleur est ordinairement d'un jaune pâle, d'autres fois rosée et même un peu li vide.Leur consistance est assez ferme; leur tissu est charnu et leur adhérence aux parues sousjacentes très-intime : c'est ainsi du moins que je les ai trouvées, quoique très-rarement, tantôt aux valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire et de l'artère aorte, où elles avaient le volume d'une grosse tête d'épingle; tantôt dans l'oreillette gauche, où, agminées, elles occupaient, comme des pustules hordéi-
1 L. c, %. 3, ch. 20, p. 217,
formes couchées l'une à côté de l'autre, un espace quadrangulaire de neuf lignes d'étendue, tapissées de la membrane interne de cette oreillette; tantôt aux valvules mitrales qui, à leur partie supérieure, en deviennent épaisses, rouges et comme charnues, et extrêmement inégales à leurs surfaces. Toutes ces excroissances, qui me paraissent dues à une aberration du travail nutritif plutôt qu'à un acte inflammatoire, reconnaissent, suivant Corvisart, comme cause éloignée, le virus syphilitique. Cette opinion, quoique avancée d'après quelques faits, n'a pourtant pas encore reçu la sanction de l'expérience.
§. 1036. Il convient de distinguer de ces végétations chaunues, et de considérer comme de fausses excroissances ver rugueuses, celles qui, d'une consistance molle et d'une textui'è très-humide, d'une couleur semblable à celle de la graisse, se laissent très-facilement enlever de dessus les parties qu'elles recouvrent , en les raclant tout simplement avec le manche du scalpel. Loin d'être implantées dans ces parties, elles ne paraissent formées que d'un dépôt de la portion fibrineuse du sang, et être analogues aux concrétions polypeuses qu'on rencontre si fréquemment dans l'intérieur du cœur. Leur adhérence a lieu non par l'effet d'une inflammation, mais en vertu de la force organisatrice inhérente au sang, et c'est elle aussi qui donne à ces végétations leur forme et leur aspect particuliers.
§. 1037. Il me paraît en être de même des végétations appelées par Laennec globuleuses, et qui consistent en de petites boules ou kistes sphé-
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roïdes ou ovoïdes, dont la grosseur varie depuis celle d'un pois jusqu'à celle d'un œuf de pigeon, et qui contiennent tantôt du sang à demi liquide, mais de couleur trouble, tantôt du sang caillé pur; tantôt une matière de couleur violette pâle, d'une consistance pultacée et semblable à de la lie de vin; tantôt, enfin, un pus épais, ou une bouillie claire. Leur adhérence aux parois des ventricules ou des oreillettes a lieu au moyen d'un pédicule, de forme trèsirrégulière , qui s'entrelace avec les colonnes charnues de ces cavités , et qui leur est assez peu lié pour que l'on puisse le détacher sans le rompre.
Je ne vois dans toutes ces productions , que j'ai souvent vérifiées , que de petites masses de»sang plus ou moins décomposé et plus ou moins dénaturé, non par une altération physique ou par un effet de la mort, mais par un changement vital assez énergique pour donner à ce qu'on peut appeler leur kiste, une apparence d'organisation, et leur faire contracter une adhérence plus ou moins forte avec les parois du cœur.
§. 1038. Quant aux accidens que les végétations verruqueuses et globuleuses peuvent déterminer, je ne sais s'ils sont aussi réels qu'on le dit, et surtout si on peut présumer leur existence, soit au moyen de ces accidens, soit par le stéthoscope. Laennec rapporte, il est vrai, plusieurs cas de maladie , caractérisés par des étourdissemens, des étouffemens , de violentes palpitations de cœur , une grande agitation; la lividité de la face et des lèvres; le râle muqueux, etc., dans lesquels l'ouverture des cada-
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vres constata la présence de ces végétations ; mais à coté d'elles se trouvaient des désordres plus graves et beaucoup plus capables d'exciter des symptômes alarmans. Parmi ces désordres, je citerai l'hypertrophie du cœur , la dilatation de ses cavités et de celle de l'aorte, l'induration et l'état tuberculeux du poumon y l'hydrothorax, etc. Je concevrais un trouble extrême dans la circulation, si ces végétations étaient assez volumineuses pour s'opposer au trajet du sang à travers les cavités du cœur; mais celles qu'on a désignées sous le nom de verruqueuses , quoique placées le plus ordinairement sur les valvules ventriculaires ou artérielles , sont trop petites pour pouvoir produire cet effet. Les globuleuses m'en paraissent également incapables, parce que, nichées dans les interstices des colonnes charnues des ventricules ou des oreillettes, elles sont, par leur mollesse, susceptibles d'être comprimées et réduites dans leur volume.